mercredi 31 octobre 2007

1697 - elle court elle court, la rumeur

... en 1932, les Lois de Nuremberg, qui définiront comme Mischlinge (Allemand métissé de Juif) au deuxième degré tout individu ayant un grand-parent juif, ne sont pas encore promulguées (elles ne le seront que trois ans plus tard), mais l'accusation de "judéité" portée contre Heydrich est suffisamment grave pour pousser Himmler à autoriser l'ouverture d'une enquête raciale sur son subordonné (1).

En juin, la commission rend son verdict et déclare que l'intéressé "est d'origine allemande et ne présente pas de sang de couleur ni de sang juif" (sic)

Bien que lavé officiellement de toute accusation de tare raciale, Heydrich n'en a pas pour autant fini avec la rumeur, qui le poursuivra tout au long de sa carrière et qui, selon de nombreux auteurs, explique, du moins en partie, l'infatigable ardeur de ce dernier à éradiquer par tous les moyens cette race maudite, comme s'il voulait ainsi écarter de sa propre personne tout soupçon de complaisance raciale à l'égard des Juifs.

Une autre rumeur, fréquemment évoquée, attribue à Hitler lui-même le maintien d'Heydrich dans ses fonctions "Hitler, après une longue conversation avec Heydrich, en aurait conclu que ce dernier était "un homme très doué mais aussi très dangereux, dont il faut conserver les talents pour le bien du mouvement. Néanmoins, les gens de cette sorte doivent être autorisés à travailler à la seule condition d'être fermement tenus en main et son origine non aryenne s'y prête particulièrement bien, car ainsi il nous sera éternellement reconnaissant de l'avoir gardé et non pas repoussé, et il nous obéira aveuglément" (2)

Et de fait, jusqu'à la fin de sa vie, Heydrich devait faire preuve d'une fidélité aveugle envers ses maîtres...

(1) s'il avait été reconnu mischlinge au deuxième degré, Heydrich aurait échappé à la déportation mais n'aurait pu conserver ses fonctions dans la SS
(2) Knopp, page 157

mardi 30 octobre 2007

1696 - fatale rencontre

... Heydrich ne s'est jamais beaucoup intéressé au nazisme. Mais si sa femme est convaincue qu'il s'agit de la voie de l'Avenir, et sa mère de la seule manière pour lui de recouvrer honneur et emploi, pourquoi ne pas devenir nazi, ou plus exactement SS - puisque c'est de cela qu'il s'agit - a fortiori lorsque l'idéologie élitiste et sportive de cette formation de fiers aryens correspond peu ou prou à ses propres conceptions.

En mai 1931, donc, Heydrich rencontre Himmler et le coup de foudre - si on peut l'appeler ainsi - est immédiat. Heydrich est accepté dans la SS et se voit immédiatement confier la création du service de renseignements du NSDAP, embryon très modeste du futur Sicherheitsdienst ("Service de Sécurité") ou SD

Si les débuts d'Heydrich sont modestes, l'intéressé fait en tout cas preuve d'une force de travail exceptionnelle. Bientôt, il épuisera à ce point ses secrétaires que ces derniers seront obligés de travailler par quart de travail pour suivre son rythme.

Heydrich n'en a pourtant pas fini avec les déboires dûs à son ex-fiancée bafouée : en février 1932, d'anciens camarades de la Marine, ayant eu connaissance de ses nouvelles fonctions, déposent plainte auprès du Gauleiter du NSDAP de Halle, et affirment que l'intéressé est Juif, et que son nom n'est pas véritablement Heydrich, mais bien Süss

L'accusation est grave, et de fait la grand-mère paternelle de Heydrich, Ernestine, a épousé en secondes noces un serrurier du nom de Gustav Süss...

lundi 29 octobre 2007

1695 - les caprices du destin

... ce sont les circonstances, bien plus que les affinités personnelles, qui ont jeté Heydrich dans les bras du NSDAP, auquel il n'adhère qu'en 1931, à l'âge de 27 ans.

Né d'un père compositeur et d'une mère professeur de piano, lui-même excellent violoniste, Heydrich aurait peut-être pu devenir un artiste, si son goût pour le sport et l'action ne l'avaient poussé à entrer dans la Marine de Guerre, en 1922.

Promu enseigne de vaisseau en 1930, sa carrière dans la Marine va alors connaître une fin aussi brutale que ridicule. Son excellente éducation et son physique d'athlète l'ont en effet rendu très populaire auprès des dames, et en ont fait un coureur de jupons invétéré. Ayant rencontré la jeune (18 ans) et jolie Lina van Osten lors d'un bal à Kiel, Heydrich décide de l'épouser, ce qui serait affreusement banal s'il n'avait déjà promis le mariage à la fille d'un influent inspecteur des Constructions navales, laquelle apprend la nouvelle de ces fiançailles par les journaux.

Furieux, le père porte l'affaire jusqu'au sommet de la Reichsmarine, laquelle décide alors de traduire l'enseigne Heydrich devant un tribunal d'honneur. Nullement satisfait des explications ni de l'attitude de l'accusé, le tribunal le déclare indigne de servir, et le licencie sur-le-champ, le 01 mai 1931.

Pour Heydrich, c'est comme si le monde venait de s'écrouler sous ses yeux. Déshonoré et sans emploi dans une Allemagne aux prises avec un chômage de masse, ses perspectives paraissent sombres.

Par chance, Lina van Osten est une nazie fervente, qui a déjà adhéré au NSDAP et incite Heydrich à s'y inscrire à son tour, ce qu'il fait le lendemain-même de son renvoi. Surtout, la mère d'Heydrich est une vieille amie du baron von Everstein, chef de la SA de Münich et connaissance d'Himmler, lequel est à la recherche d'un collaborateur pour diriger le service de renseignement de la SS qu'il se propose de fonder...

dimanche 28 octobre 2007

1694 - pile ou face

... il était peut-être inévitable, finalement, que le petit et myope Heinrich Himmler, complexé par son physique ingrat, ses carences sportives, son peu d'assurance envers les femmes, et son consternant manque de charisme, il était peut-être inévitable qu'il ait immédiatement succombé au charme de Reynhard Heydrich lorsqu'il le rencontra en mai 1931.

Physiquement et intellectuellement, Heydrich est l'antithèse d'Himmler. Grand, blond, athlétique, séduisant, champion d'escrime et violoniste émérite, Heydrich est l'idéal aryen personnifié. C'est aussi un trompe-la-mort, qui considère que la vie ne vaut que si on la risque.

Même lorsque ses activités l'auront propulsé tout en haut de la liste des Nazis à abattre, Heydrich continuera à se rendre seul à l'Opéra, et à voyager sans escorte dans une voiture découverte. Il prendra des leçons de pilotage, et n'aimera rien tant que de piloter lui-même le petit bimoteur Siebel 104 mis à sa disposition.

Plus tard, Heydrich, de sa propre initiative, passera avec succès son brevet de pilote de chasse. Himmler, qui ne veut pas perdre pareil adjoint, lui interdira alors de voler, mais Heydrich n'en aura cure : à chaque fois qu'il le pourra, il troquera sa tenue de SS pour celle de pilote de chasse, combattra au dessus de la Norvège et de la Belgique et, à l'été 1941, c'est toujours aux commandes d'un Messerschmitt 109 qu'il se fera descendre au dessus de l'Union Soviétique, s'attirant les foudres d'Hitler, qui lui interdira à son tour de voler...

Quel contraste avec Himmler, son supérieur direct, qui ne se déplace jamais sans son escorte de SS armés jusqu'aux dents, qui voyage de préférence dans son luxueux train privé - le Steiermark - et qui a fait installer un siège blindé, construit à ses mesures, à l'intérieur du gros quadrimoteur Focke-Wulf "Condor" mis à sa disposition...

samedi 27 octobre 2007

1693 - aux antipodes de son maître

... autant Hitler, par son charisme personnel, suscite l'adulation des foules, autant Himmler se révèle un être froid et distant, qui provoque l'ennui chez tous ceux qui le rencontrent.

Le Gauleiter du NSDAP de Hambourg se souviendra longtemps des six heures de voyage qu'il dut passer dans un compartiment de chemin de fer, en compagnie d'Himmler.

"Himmler ne dégageait aucune chaleur ni aucune séduction (...) il se comportait d'une manière extrêmement abrupte et directe : il fanfaronnait avec des manières de soudard en tenant des propos antibourgeois, alors qu'il était visible qu'il ne cherchait qu'à masquer son manque d'assurance et sa maladresse.

Mais c'était supportable à la rigueur. En revanche, ce qui a fait de lui un compagnon de voyage presque insupportable, c'est le flot d'idioties et de paroles sans queue ni tête qu'il m'a infligé à jet continu.

Aujourd'hui encore, je crois pouvoir dire sans exagérer que jamais un homme de formation supérieure ne m'a servi un tel concentré d'inepties politiques. Ses développements étaient un étrange méli-mélo de rodomontades martiales, de verbiage de Café du Commerce, et de prophéties dignes d'un prédicateur illuminé" (1)

(1) Knopp, page 100

vendredi 26 octobre 2007

1692 - le puceau paradoxal

... si la SS véhicule le symbole du mâle aryen sûr de lui et dominateur, son chef en est l'antithèse absolue.

A vrai dire, la vie sexuelle d'Himmler est presque aussi étrange que celle d'Hitler lui-même (1) Tout le monde s'accorde en effet à penser que le chef suprême de cette formation de virils guerriers n'a connu sa première expérience sexuelle qu'à l'âge de 28 ans, à l'occasion de son mariage avec Margarete Siegroth, par ailleurs de 7 ans son aînée, et qu'il a rencontrée en 1926.

Autre et saisissant paradoxe : alors qu'Himmler et sa SS commencent à faire trembler l'Allemagne, et bientôt l'Europe entière, le Reichsführer-SS est, dans l'intimité de son foyer, et s'il faut en croire Henriette von Schirach (2), un homme effacé et sous la domination totale de son épouse.

De leur union naît bientôt une fille, Gudrun, qui restera leur unique enfant. Envers elle et son épouse, Himmler a toutes les qualités du père modèle et de l'époux affectueux. Peut-être parce qu'il hésite encore sur son avenir professionnel, Himmler investit la dot de Margarete dans un élevage de poulets, qui fait faillite peu après.

En 1940, alors que Himmler est devenu, de facto, le numéro deux de l'Allemagne nazie, cet infatigable défenseur de la moralité aryenne se commet cependant avec une de ses secrétaires, Hedwig Potthast, dont il aura deux enfants qui, comme il n'est pas question d'envisager le divorce, resteront illégitimes...

(1) Saviez-vous que... "Hitler et les femmes"
(2) épouse de Baldur von Schirach, chef des Jeunesses hitlériennes, et, peut-être, ancienne maîtresse d'Hitler

jeudi 25 octobre 2007

1691 - le sens de la vie

... le 9 novembre 1923, devant l'ancien Ministère de la guerre bavarois, à Münich, c'est un petit homme à lunettes qui brandit fièrement l'étendard de la révolte.

Si le "putsch de la brasserie" échoue lamentablement, et vaut à son chef et instigateur, Adolf Hitler, un procès public et plusieurs mois d'incarcération à la prison de Landsberg, le petit homme à lunettes - qui n'est autre qu'Heinrich Himmler, en tire pourtant une intense satisfaction personnelle : pour la première fois de sa vie, il a l'impression de faire partie de l'Histoire et d'avoir participé à un grand événement.

Laissé libre en raison de son jeune âge et de son insignifiance, Himmler retourne à l'anonymat durant quelques mois, puis réintègre le NSDAP à la libération d'Hitler.

Déçu par le manque de professionnalisme de la SA, le Führer s'est juré d'en extrapoler une version plus réduite - la Schutzstaffel - mais entièrement dévouée à sa cause.

Cette conception élitiste convient parfaitement à Himmler qui, en 1926, se retrouve chef-SS du district de Haute-Bavière. S'il n'est nullement impressionnant sur le plan physique, Himmler est en tout cas un homme compétent et loyal, qualités qui lui valent d'obtenir, un an plus tard, sa nomination comme Reichsführer-SS adjoint et, en janvier 1929, Reichsführer-SS, suite à la démission de Ehrard Heiden.

A cette date, la SS compte moins de 300 hommes, par ailleurs toujours subordonnés à la SA d'Ernst Röhm, qu'Hitler a sorti de son exil bolivien, où il se morfondait depuis l'échec du putsch de 1923.

mercredi 24 octobre 2007

1690 - dispense de bière

... à l'automne de 1919, le jeune Himmler, qui doute de plus en plus de son avenir, décide d'entreprendre des études d'agronomie.

Bien qu'il se soit inscrit dans une dizaine d'associations étudiantes, il ne parvient pas à s'y faire un nom, sauf en ce qui concerne son consternant manque de résistance à la bière, qui lui attire à nouveau, dans ces milieux à la fois virils et très arrosés, les railleries de ses condisciples, auxquels il finit par présenter un certificat médical "d'irritation à l'estomac" qui, s'il lui vaut "dispense de bière", ne contribue certes pas à le rendre plus populaire.

Pour compenser, Himmler lit beaucoup, et en particulier la littérature antisémite. Commentant en 1924 un pamphlet de la Ligue nationale-raciste allemande de protection et de défense, il note "Une brochure magnifique. La dernière partie surtout, qui dit comment il est possible de corriger la race, est d'une magnifique, d'une haute valeur morale" (1)

Sorti ingénieur agronome en 1922, Himmler continue de fréquenter divers cercles politiques, mais manque toujours de repères personnels, ce qui le pousse sans doute à frapper à la porte du NSDAP, qu'il intègre en 1923 tout en continuant à fréquenter d'autres cercles politiques, en particulier l'Artamanenbund, ou "Ligue des Artamanen", une des nombreuses composantes de la culture völkisch (2)

Dans son journal, il expose sa propre vision du paradis terrestre, ou plus exactement des colonies germaniques qu'il conviendrait d'implanter à l'Est : "Entre les villages militaires des gens "de sang nordique", on trouverait des camps de "travailleurs esclaves qui, quelles que soient les pertes, construisent nos villes, nos villages, nos fermes" (3)

On n'est plus très loin de la "Solution finale au problème juif"...

(1) Knopp, page 92
(2) bien que jamais démontrée, l'appartenance de Himmler à la Société de Thulé, autre groupuscule politico-ésotérique de la culture völkisch, est également fréquemment évoquée
(3) Knopp, page 94

mardi 23 octobre 2007

1689 - itinéraire d'un complexé

... la vie d'Himmler fut d'abord et avant tout celle d'un complexé, d'un petit homme timide, myope et peu sportif, dont le moindre des paradoxes est d'avoir réussi à prendre la tête d'une organisation qui propulsa le grand mâle aryen dominateur au rang de mythe national.

Né à Münich en 1900, dans une famille de la petite bourgeoisie, Heinrich Luitpold Himmler est un élève appliqué et très sensible, que sa constitution fragile expose fréquemment aux railleries de ses condisciples et au mépris de ses professeurs d'éducation physique.

Enthousiasmé, comme tant d'autres Allemands, par le déclenchement de la Première Guerre mondiale, il doit cependant attendre 1917 pour rejoindre les rangs d'une école d'officiers, où l'armistice le surprend avant qu'il ait eu le temps de rejoindre le Front.

Pour Himmler, cet armistice, est vécu comme une double humiliation, d'abord parce qu'il fait de l'Allemagne un pays vaincu, ou plus exactement "trahi par les Juifs et les communistes", mais surtout, sur un plan plus personnel, parce qu'il l'exposera constamment aux moqueries de ses futurs camarades du NSDAP qui pour la plupart, à l'image de Röhm, de Goering, et bien entendu d'Hitler lui-même, ont combattu durant la Grande Guerre.

Cette mortification "d'être arrivé trop tard" le poussera par la suite à s'inventer une biographie imaginaire, et à se présenter publiquement comme un "ancien combattant" d'un Front où il n'a pourtant jamais mis les pieds.

Mais elle le pousse d'abord, dans un premier temps, et faute de mieux, à épouser la cause des Corps Francs, formations paramilitaires d'extrême-droite qui, de l'armistice de 1918 à l'avènement de la République de Weimar, s'opposent aux socialistes et aux communistes dans des rixes sanglantes...

lundi 22 octobre 2007

1688 - l'heure de la SS

... constamment dans l'ombre des SA, et bien moins nombreux qu'eux, les hommes de la SS attendaient tranquillement leur heure

Celle-ci vint en juin 1934 lorsque Hitler, qui se méfiait de plus en plus des visées de son vieux complice Ernst Röhm et de sa SA, décida de liquider physiquement le premier, et de faire rentrer la seconde dans le rang de l'Ordre Nouveau.

le 30 juin 1934, dans une opération spectaculaire appelée "Nuit des Longs Couteaux", des commandos de la SS et de la Gestapo, avec le soutien logistique de l'Armée régulière, arrêtèrent la plupart des chefs SA, et les exécutèrent sur-le-champ.

Ernst Röhm lui-même fut emprisonné à Munich, et exécuté dès le lendemain.

Ironiquement, bon nombre des SS qui participèrent à cette liquidation étaient d'anciens SA. Leur chef, Heinrich Himmler, avait même été l'adjoint de Röhm avant de se ranger du côté d'Hitler...

S'il est vrai que c'est Himmler qui transforma la SS en organisation tentaculaire et qui la dirigea (presque) jusqu'à la fin, il est tout aussi exact d'affirmer que c'est la SS qui sortit Himmler de la médiocrité et de l'anonymat...

dimanche 21 octobre 2007

1687 - et puis vint Dachau

... ce ne fut pas tant l'accession d'Hitler au Pouvoir, en janvier 1933, que la création du premier camp de concentration à Dachau, deux mois plus tard, qui provoqua la première grande mutation de la SS.

Pour gérer ces camps, Hitler voulait des cerbères aussi fidèles à sa personne qu'impitoyables à l'égard des ennemis du Reich. Et qui, mieux que les SS de son "fidèle Heinrich", auraient pu remplir ce rôle ?

Certainement pas les SA, beaucoup plus nombreux mais indisciplinés et dirigés par un homme – Ernst Röhm – dont les visées politiques personnelles, et l'homosexualité affirmée, cadraient de moins en moins avec la vision hitlérienne de l'Ordre nouveau.

De simples agents de sécurité dans les meetings, et de gardes du corps au profit des hauts responsables du NSDAP – à commencer par Hitler lui-même - les SS se transformèrent donc très rapidement en gardiens de prison.

Et comme le Reich se découvrait de plus en plus d'ennemis à traquer et à emprisonner, les effectifs de la SS explosèrent : d'environ 15 000 en 1931, leur nombre fut multiplié par dix, puis par vingt.

A la fin de 1933, les SS étaient déjà plus de 200 000.

samedi 20 octobre 2007

1686 - dans l'ombre de la SA

... Volontairement auto-limités, les effectifs de la SS ne progressèrent que très lentement - beaucoup moins que ceux de la SA - et il fallut attendre l'arrivée d'Hitler au Pouvoir, et surtout l'ouverture des premiers camps de concentration – dont la mise en œuvre et la gestion fut rapidement confiée à la SS - pour les voir véritablement s'envoler.

Dans les années 1920, cependant, la tâche de la SS consistait d'abord et avant tout à assurer le service d'ordre dans les meetings du NSDAP, et à protéger son chef (et plus tard les autres dignitaires du parti) contre les ennemis de l'intérieur et de l'extérieur.

Peu nombreux, quelques centaines, les SS - contrairement à une opinion aujourd'hui largement répandue - ne participaient guère aux actions violentes, laissant à la seule SA le soin d'en découdre dans les bagarres de rues avec les militants communistes du KPD.

Paradoxalement, les SS, qui quelques années plus tard deviendraient le symbole par excellence de la violence et de la barbarie, avaient plutôt bonne cote au sein de la population allemande, qui louait ces jeunes-gens vigoureux et toujours bien mis, qu'on ne voyait jamais se mêler aux bagarres, à la différence de ces brutes avinées de la SA.

vendredi 19 octobre 2007

1685 - Schutzstaffel

... Après le pitoyable échec du "putsch de la Brasserie" de novembre 1923, suivi de sa propre incarcération à la Prison de Landsberg jusqu'en décembre 1924, Hitler avait compris que s'il voulait parvenir au Pouvoir, il lui faudrait professionnaliser le NSDAP et, surtout, convaincre les militants de son bras armé - le SturmAbteilung (ou SA) - de rentrer dans le rang et de mettre une sourdine à leurs excès, qui irritaient l'Armée et inquiétaient beaucoup la classe moyenne allemande.

En tant que principal vivier de "gros bras", la SA pouvait encore rendre d'inestimables services, ne serait-ce qu'en persuadant "virilement" les électeurs de voter pour lui, mais Hitler voulait autre chose : des hommes beaucoup moins nombreux mais totalement fidèles, dévoués et acquis autant à sa personne qu'à sa cause

Ainsi naquit la Schutzstaffel, ou "SS" qui, en 1925, reprit le flambeau, et la mission, de la Stosstrupp Hitler.

"La SA, c'est la troupe; la SS, c'est l'élite", disait-on à l'époque. Et de fait, les critères de recrutement dans la SS étaient bien plus sévères que dans la SA ou même dans l'armée régulière de la petite République de Weimar.

Pour entrer dans la SS, il ne fallait pas seulement satisfaire à des critères de taille et d'aptitude physique. Il fallait aussi, du moins à cette époque, être en mesure de démontrer son attachement personnel au nazisme ainsi que son "aryanité" sur plusieurs générations. Le verdict final en cette matière revenant toujours au déjà grand-maître de la SS (et ancien de la SA) Heinrich Himmler, qui épluchait personnellement chaque dossier de candidature.

jeudi 18 octobre 2007

1684 - Stosstrupp

... la première SS est née en 1923, sous le nom de Stosstrupp Hitler (ou "peloton de choc de Hitler") lorsque le parti nazi, dont ce dernier avait pris la tête deux ans plus tôt, se rendit compte que la personne de son chef constituait un capital aussi précieux que fragile, donc à protéger à tout prix.

Sa seule fonction était d'assurer en permanence la sécurité du "Chef" dans ses moindres déplacements.

"Seuls étaient acceptés ceux qui "avaient fait leurs preuves" en tombant à bras raccourcis sur les opposants dans les meetings du Munich post-révolutionnaire. "La force est notre droit", telle était leur devise sans équivoque, et ils convainquaient leurs adversaires à coups de "gommes" et de "briquets" ainsi qu'ils baptisaient cyniquement leurs matraques et leurs pistolets. Un symbole spécifique décorait leurs uniformes (…) la tête de mort avait été empruntée aux troupes d'élite de l'armée. Depuis des siècles, il passait pour un signe d'indéfectible loyauté envers le chef de corps" (1)

Dévoués à Hitler jusqu'à la Mort, n'obéissant qu'à lui, et opérant déjà en marge des "chemises brunes" (les militants armés de la SA), ces hommes, véritables gardes prétoriens, allaient constituer l'embryon de ce qui donnerait bientôt naissance à l'organisation la plus crainte et la plus haïe du Troisième Reich, la célèbre Schutsztaffel, ou "SS" (littéralement "échelon de protection") dont les missions et les effectifs n'allaient cesser de croître tout au long des années suivantes, mais dont la tâche essentielle demeura toujours d'assurer la sécurité d'Hitler contre ses ennemis, de l'intérieur comme de l'extérieur…

(1) Knopp, Les SS, page 27

mercredi 17 octobre 2007

1683 - deux lettres blanches sur fond noir

... ce fut sans conteste l'organisation la plus connue, la plus crainte et la plus détestée du Troisième Reich.

Née Stosstrupp Hitler ("peloton de choc de Hitler") en 1923, la Schutzstaffel ("échelon de protection") ou "SS" ne réunissait pourtant, au début, qu'une vingtaine de membres, chargés de protéger "le Chef" de ceux, déjà nombreux, qui complotaient sa perte.

Progressivement étendue aux autres dirigeants du parti nazi puis, à partir du milieu des années 1930, à l'ensemble de l'Allemagne et pour finir à toute l'Europe et l'URSS occupées, la "protection" contre les ennemis de l'intérieur et de l'extérieur demeura la principale raison d'être de la SS jusqu'à son dernier crépuscule.

Il fallut pourtant attendre l'ouverture des premiers camps de concentration, à la fin de mars 1933, pour que cette organisation, jusque là cantonnée dans l'ombre de la SturmAbteilung ("section d'assaut" ou "SA", prenne véritablement son envol, et voit ses effectifs passer de 15 000 hommes en 1931, à 200 000 à la fin de 1933 et à près d'un million à la fin de la guerre, incorporant au passage bon nombre de volontaires étrangers.

Cette évolution démographique finit par transformer la SS en véritable État dans l'État, et en une structure aux innombrables ramifications, dont la Waffen SS, ou "SS combattante", née en 1940, constitua le plus célèbre et terrible avatar, en même temps que le plus populeux.

C'est au souvenir de cette organisation, aux deux lettres blanches sur fond noir, que je vous convie à travers ces pages.

mardi 16 octobre 2007

1682 - l'héritage des vaincus

... la Luftwaffe terrassée, ses vainqueurs s'en attribuèrent tout naturellement les dépouilles.

Dans toute l'Allemagne, des centaines de fusées V1 et V2, mais aussi l'inventaire complet des avions de la Luftwaffe, furent retrouvés dans des mines, des tunnels, des usines souterraines ou des forêts, et exportés en grand nombre aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France ou en Union Soviétique.

Pour autant, la valeur réelle de l'héritage allemand fut, et reste encore, très largement surévaluée.

Indiscutable dans le domaine des fusées (en dehors des systèmes de guidage), il s'avéra peu de choses dans celui des avions. Les Britanniques produisant déjà d'excellents moteurs à réaction, par ailleurs copiés par leurs cousins américains, l'apport allemand fut négligeable.

En ce qui concerne les cellules, si le Messerschmitt 262 avait enflammé les imaginations, aucun des pays qui en héritèrent ne cherchèrent - et le fait est significatif - à le copier en l'état. A l'exception de l'aile en flèche (qui fut notamment adoptée par North American pour son célèbre chasseur "Sabre", puis par tous les avionneurs du monde), le 262, avec ses réacteurs installés en gondole sous les ailes, était nettement moins moderne que les prototypes du monoréacteur Lockheed P-80 "Shooting Star" qui avaient effectué leurs premiers vols avant la capitulation allemande et préfiguraient ce que seraient tous les chasseurs des années suivantes.

Fascinants sur le papier, les chasseurs à moteur-fusée comme le Messerschmitt 163 étaient bien trop limités et trop dangereux dans leur emploi pour mériter autre chose qu'une vague curiosité, vite éteinte.

Véritables fantasmes aériens, les ailes volantes allemandes existaient déjà à la même époque outre-Atlantique. Mais, considérant les déconvenues que connut Northrop avec cette formule, leur mise en service chez les Allemands, si elle avait pu se produire, aurait assurément déçu leurs supporters. Et de fait, il fallut attendre les années 1980, et la miniaturisation électronique, pour que l'on soit en mesure de les guérir de leur instabilité fondamentale.

L'apport allemand dans le domaine des avions conventionnels fut encore plus négligeable. Bien qu'aussi performant que les premiers chasseurs à réaction, un bimoteur push-pull comme le Dornier 335 était clairement condamné à terme par les progrès en matière de réaction.

La fin de la Luftwaffe fut aussi le chant du cygne des derniers avions à moteur à pistons...

lundi 15 octobre 2007

1681 - la fin du rêve

... tout au long de sa dernière année d'existence, la Luftwaffe s'était battue avec les moyens - insuffisants - dont elle disposait, tout en ne cessant de rêver - en vain - à une "recette miracle" qui lui permettrait de faire mentir la simple loi du plus grand nombre.

Les fusées V1 et V2 promettaient certes beaucoup, mais faute d'un explosif réellement puissant (comme une bombe atomique) ou d'un guidage précis (qui ne fut mis au point que des années plus tard), elles n'avaient pas servi à grand-chose, si ce n'est à terroriser la population des villes visées.

Les avions à réaction préfiguraient assurément la voie de l'Avenir, mais ceux qui furent effectivement engagés au combat ne furent jamais assez nombreux, ni suffisamment fiables, pour représenter autre chose qu'une nuisance.

L'apport des chasseurs "de zone" à moteur-fusée, ou des missiles pilotés, fut encore plus insignifiant, et ceux-ci s'avérèrent dans tous les cas bien plus dangereux pour leurs utilisateurs que pour leurs adversaires.

Dans la plupart des cas, les "armes-miracle" de la Luftwaffe étaient bien trop en avance sur leur temps et la technique de l'époque, et ne dépassèrent jamais le stade de la planche à dessin. Celles qui volèrent étaient accablées de maladies de jeunesse, qui en limitèrent très fortement l'intérêt.

Et quand bien même l'industrie allemande aurait eu la capacité de les produire en série, à quoi auraient-elles pu servir, faute d'essence pour les faire voler ?

A la capitulation, la Luftwaffe alignait encore près de 3 000 avions, pour la plupart conventionnels, mais cloués au sol par manque de pilotes et de carburant...

dimanche 14 octobre 2007

1680 - le dernier vol de l'aigle

... la Seconde Guerre mondiale avait débuté le 31 août 1939 par l'attaque d'un commando allemand revêtu d'uniformes polonais contre la station de radio allemande de Gleiwitz.

Ironiquement, la dernière mission de guerre de la Luftwaffe, le 8 mai 1945, fut menée contre une autre station de radio, celle de Prague, attaquée par quatre FW-190 du III/SG 77

"Le 8 mai, raconta un des pilotes, tous les avions, à l'exception de quatre, ont été vidés de leur carburant (...) nous avons décollé en direction de Prague. Notre mission était de détruire l'émetteur radio tenu par les partisans tchèques.

Quand nous sommes arrivés au dessus de la ville (...) j'ai aperçu des centaines de chasseurs américains en train de sillonner le ciel, comme dans une sorte de gigantesque démonstration aérienne. Leur livrée argentée brillait sous le soleil. Nous étions tellement fascinés que nous avons presque raté notre attaque.

(...) j'ai largué ma bombe à 1 500m. Coup au but. Puis, nous nous sommes éloignés vers l'Est et notre base. Ainsi se déroula ma dernière sortie de guerre, le jour-même de la capitulation, et, avec elle, ma dernière chance d'atterrir en zone américaine (1)

Dans toute l'Allemagne, les pilotes, debout devant leurs appareils, attendaient à présent leurs vainqueurs....

(1) ibid, page 120

samedi 13 octobre 2007

1679 - le ciel est son royaume

... le 28 avril 1945, en apprenant par la radio de Stockholm les ouvertures du chef de la SS, Heinrich Himmler, au comte Folke Bernadotte, Adolf Hitler entra dans une rage folle.

Se précipitant dans la pièce où Ritter Von Greim, nouveau commandant suprême de la Luftwaffe, se reposait de ses blessures contractées deux jours auparavant, il lui déclara "Un traître ne doit en aucun cas me succéder comme Führer !, vous veillerez à ce qu'il ne le fasse pas !"

On s'empressa donc d'aller quérir Hanna Reitsch, puis à pousser le couple vers un véhicule blindé de la SS Nordland, qui les conduisit à un Arado 96 prêt à décoller.

Contre toute attente, et à la stupéfaction des soldats russes qui venaient juste d'investir le Tiergarten, Hanna Reitsch réédita son exploit précédent, et parvint à faire décoller l'avion sous le feu de l'artillerie soviétique

Dernier commandant d'une Luftwaffe qui avait mis l'Europe à genoux, Ritter Von Greim ne commandait en vérité plus rien et n'assista même pas à son procès, préférant se suicider dans sa cellule, à Salzourg, le 24 mai 1945.

Après 18 mois d'emprisonnement chez les Américains, Hanna Reitsch, reprit quant à elle ses compétitions de planeurs, battit plusieurs records mondiaux, et décéda en 1979, à l'âge 67 ans, sans jamais avoir renié son attachement au national-socialisme.

vendredi 12 octobre 2007

1678 - l'ultime commandant

... alors que la Luftwaffe entrait en agonie, Hitler, retranché dans le bunker de la Chancellerie, ruminait son amertume et ses rêves de grandeur.

En cette soirée du 26 avril 1945, la déjà légendaire Hanna Reitsch, qui avait fêté son 33ème anniversaire un mois plus tôt, s'apprêtait à réussir l'impossible : poser son petit monomoteur Fieseler-Storch près de la Porte de Brandebourg, en plein centre de Berlin, sous le feu de l'artillerie soviétique.

Son passager et amant, le général Ritter Von Greim, avait été blessé par les tirs russes alors que l'avion survolait la Grunewald.

C'est donc sur une civière que Von Greim, convoqué par le Führer, se présenta finalement devant lui,... pour y apprendre qu'il venait de succéder à Hermann Goering, destitué trois jours auparavant et désormais gardé au Berghof par un peloton de SS fidèles.

A vrai dire, la nomination de Von Greim en cet instant était encore plus surréaliste que son atterrissage Porte de Brandebourg : la Luftwaffe qu'il était censé commander, et dont il fut le dernier chef, n'existait plus que sur le papier

Et dans les rêves d'un dictateur fou nommé Adolf Hitler...

jeudi 11 octobre 2007

1677 - Eisenhammer

... tout aussi décevants furent les résultats obtenus par les "Mistel", ces étranges avions-gigognes sur lesquels la Luftwaffe avait pourtant fondé de gros espoirs.

Elle les avait déjà utilisés - en pure perte - lors du Débarquement de Normandie en juin 1944. Elle avait prévu de les employer, fin 1944, contre la grande base navale britannique de Scapa Flow, avant de découvrir que la Royal Navy, désormais débarrassée de la menace du Tirpitz allemand (1), en avait retiré toutes ses grosses unités pour les envoyer en Extrême Orient.

En décembre 1944, un nouvel objectif fut assigné aux Mistel : la douzaine de centrales électriques bâties par les Soviétiques autour de Moscou. Si l'on parvenait à les détruire, l'URSS serait, pensait-on, privée durant de longs mois d'une bonne partie de l'énergie indispensable à son industrie de guerre.

Exagérément optimiste, ce plan ne put jamais être mené à bien, et les Mistel furent finalement lancés le 16 avril, sans résultat mais au prix de lourdes pertes, contre les ponts et pontons enjambant l'Oder et la Neisse.

A cette occasion, on vit également une dizaine de Me-109 suicide tenter de s'écraser sur ces ponts avec leur chargement de bombes.

Si cette action, la seule véritablement suicide que mena jamais la Luftwaffe, se traduisit naturellement par la mort des pilotes, son efficacité fut en revanche nulle : les dégâts aux ponts - si tant est qu'il y en ait eu - furent en tout cas très vite réparés et ne ralentirent nullement la progression des tanks soviétiques...

(1) dernière grosse unité de la Kriegsmarine, le cuirassé Tirpitz, basé en Norvège, fut coulé par des bombardiers britanniques le 12 novembre 1944. A ce sujet : Saviez-vous que... no 594

mercredi 10 octobre 2007

1676 - les kamikazes allemands

... en lançant 800 avions-suicide à l'assaut d'un seul grand raid de bombardiers américains, Herrmann estimait que 400 d'entre eux parviendraient à un abordage se traduisant par la destruction d'autant de bombardiers.

Il estimait également que, sur les 400 pilotes ainsi transformés en kamikazes, la moitié d'entre eux, soit environ 200 pilotes, parviendraient à s'extraire de leur appareil endommagé, et à sauter en parachute.

Les pertes allemandes seraient donc sévères, mais assurément plus supportables pour un régime nazi aux abois que pour l'opinion publique américaine.

Comme l'expliqua Herrmann fin mars 1945, "ces opérations sont les seules qui pourraient avoir une efficacité quelconque dans les circonstances présentes. Elles ne sont en aucune manière plus coûteuses en personnel que les opérations ordinaires; elles ne consomment qu'un tiers d'avions en plus, et entre 1/5 et 1/10 de carburant supplémentaire que de coutume (...) [pour être efficace] l'opération devra impliquer au moins 650 pilotes (...) nous devons obtenir un succès si massif que l'adversaire sera contraint de modifier ses méthodes et de réduire la fréquence de ces attaques" (1)

Le problème, c'est qu'à cette date, moins de 250 pilotes-suicide se trouvaient en formation, dont seulement 150 immédiatement susceptibles d'être lancés contre l'ennemi.

Avec un nombre aussi faible, les résultats le furent tout autant, et certainement pas de nature à dissuader les bombardiers américains de s'aventurer dans le ciel allemand : le 7 avril 1945, 120 Me-109 suicide furent lancés contre une force de 1 300 bombardiers américains protégés par un nombre quasiment équivalent de chasseurs. Seuls 8 bombardiers furent détruits par abordage au terme de cette opération qui vit également la perte de 59 chasseurs allemands.

Décevante dans ses résultats, la première action-suicide de la Luftwaffe contre les bombardiers américains fut aussi la dernière : au début avril, les Russes, qui n'étaient plus qu'à 50 kms de Berlin, avaient lancé leur offensive finale sur la capitale du Troisième Reich, qui s'effondra un mois plus tard...

(1) ibid, page 107-108

mardi 9 octobre 2007

1675 - suicide patriotique

... la situation était devenue si désespérée que la Luftwaffe, qui ne manquait pas d'avions mais bien de pilotes confirmés et d'essence, en vint à constituer des unités-suicide composées de volontaires.

L'idée n'était pas nouvelle : en 1944 déjà, la célèbre aviatrice Hanna Reitsch, par ailleurs nazie fervente, avait proposé la création d'unités spéciales, dotées de fusées V1... pilotées.

En décembre 1944, le colonel Hajo Herrmann reprit l'idée à son compte, et suggéra d'utiliser des chasseurs conventionnels que leurs (très) jeunes pilotes lanceraient tout simplement contre les bombardiers américains.

L'abordage en plein vol faisait déjà partie de la stratégie des "Sturmbock" (1) mais n'était que très rarement utilisé, et uniquement en dernier recours, lorsque tout le reste avait échoué.

Aux "Sturmbock" fortement armés et blindés, donc lents et lourds, Herrmann jeta plutôt son dévolu sur des chasseurs débarrassés de tout armement et de tout blindage. Ainsi allégés de 200 à 300 kilos, ces derniers parviendraient, pensait-il, à échapper aux chasseurs d'escorte alliés. Et dans la mesure où il ne s'agissait plus de viser un bombardier, mais carrément de s'écraser dessus, la maestria et l'expérience du pilote n'avaient plus guère d'importance.

L'avion était donc devenu une arme consommable, et son pilote un instrument vaguement réutilisable : tout au plus espérait-on qu'en frappant la partie la plus vulnérable d'un bombardier - les empennages - le pilote allemand parviendrait ensuite sinon à ramener son avion, du moins à s'en extraire et à sauter en parachute...

(1) Saviez-vous que... no 1650

lundi 8 octobre 2007

1674 - l'exode aérien

... en mars 1945, les Américains avaient franchi le Rhin malgré les efforts désespérés de la Luftwaffe pour détruire le Pont Ludendorff à Remagen.

A l'Est, les tanks russes envahissaient la Prusse, la Silésie et la Poméranie, balayant tout sur leur passage, et forçant 14 millions de civils à une fuite éperdue, au terme de laquelle deux millions d'entre eux devaient trouver la mort.

Les plus chanceux, ou ceux qui possédaient les meilleures relations, pouvaient parfois profiter de l'aide de la Luftwaffe qui, en évacuant ses propres avions, n'hésitait pas à embarquer des civils à leur bord, quitte à les caser... dans des chasseurs monoplaces (!)

Ainsi en fut-il des FW-190 entreposés à Kolberg.

"Nous avons reçu l'ordre d'évacuer tous nos avions de la base de Kolberg", souligna un pilote allemand. J'ai fait prendre l'air à un FW-190 dont la plaque de blindage dorsale avait été démontée de manière à pouvoir emporter une petite fille de 12 ans. La radio avait été elle aussi laissée sur place afin d'embarquer la mère de la petite fille (...) Un autre pilote de convoyage (...) décolla à bord d'un FW-190 avec un enfant sur chacun de ses genoux et leur mère dans l'arrière du fuselage" (1)

(1) ibid, page 99

dimanche 7 octobre 2007

1673 - "nous avons des avions, prenez ceux que vous voulez"

... pour la Luftwaffe, il était désormais plus facile de trouver des avions que de l'essence, et plus personne ne perdait son temps à réparer des avions endommagés quand tout cela existait neuf, à des centaines d'exemplaires.

Comme le résuma un pilote : "Nous allions tout simplement au dépôt le plus proche, où étaient entreposés des centaines de [Messerschmitt] 109 flambant, neufs, des [versions] G-6, des G-14 et même des K. Plus rien n'était organisé, nulle part. Le chef du dépôt répondait "Nous avons des avions, prenez ceux que vous voulez". Avoir de l'essence était une entreprise bien plus difficile" (1)

Et quand par miracle on parvenait à trouver de l'essence, c'était au tour des pilotes de faire défaut.

"Chaque matin, nos pilotes prenaient leur petit-déjeuner et découvraient les remplaçants. Les plus anciens savaient que les nouveaux arrivants n'avaient que quelques jours à vivre. Ils avaient raison. Le niveau d'entraînement des pilotes sortis des écoles était si bas qu'ils finissaient par être abattus au bout de deux ou trois missions".

Les unités dotées de chasseurs à réaction étaient certes mieux loties en personnel et en essence, mais combattaient à un contre dix, sur des machines malgré tout très imparfaites.

Raisonnablement efficace contre les bombardiers, le Me-262 perdait de sa superbe contre les chasseurs alliés. S'il les surclassait facilement en vitesse pure, il n'offrait ni la maniabilité, ni l'autonomie, ni la fiabilité de ces derniers. Dans le meilleur des cas, l'affrontement entre un Me-262 et un Mustang ou un P-47 se soldait donc par un match nul. Mais, bien souvent, les chasseurs à moteur à pistons profitaient de leur nombre et de leur autonomie pour descendre les 262 au moment le plus défavorable pour eux, au décollage ou à l'atterrissage...

(1) ibid, page 90

samedi 6 octobre 2007

1672 - l'aveuglement

... à mesure que le château de cartes s'écroulait, l'aveuglement des hauts responsables de la Luftwaffe, Goering en tête, ne faisait qu'empirer.

Le 9 janvier 1945, après une brève tournée d'inspection sur le
Front de l'Est, le général Heinz Guderian fit son rapport à l'Adlerhorst.

Lorsqu'il révéla au Führer que, selon les dernières reconnaissances aériennes, l'armée rouge avait rassemblé près de 8 000 avions de combat sur la Vistule et en Prusse orientale, il fut brusquement interrompu par Goering qui, quelques jours auparavant, avait sacrifié ce qui restait de la Luftwaffe dans une inutile, et sanglante, offensive à l'Ouest.

"Ne croyez pas cela, Mein Führer", s'exclama Goering. Ce ne sont pas de vrais avions. Ce sont simplement des leurres !"

Trop heureux de l'aubaine, Hitler surenchérit aussitôt, et déclara que les estimations des services de renseignement sur les forces soviétiques étaient "complètement aberrantes", et aussi que l'homme qui les avait rédigées "devrait immédiatement être enfermé dans un asile d'aliénés".

Alors que Guderian, complètement écoeuré, s'apprêtait à quitter l'Adlerhorst, Hitler le prit à part et, cherchant à l'apaiser, le remercia pour ses efforts grâce auxquels. lui dit-il "le Front de l'Est n'avait jamais encore possédé d'aussi puissantes réserves"

"Le Front de l'Est, répliqua Guderian, est comme un château de cartes. S'il vient à être rompu en un seul endroit, tout le reste s'effondrera"

vendredi 5 octobre 2007

1671 - à quoi bon ?

... Le côté volontairement suicidaire en moins, le Bachem "Natter" n'était rien d'autre - quoique en plus compliqué - que la version allemande du Yokosuka Ohka (1), lui aussi missile piloté à moteur-fusée.

Rien d'étonnant dès lors à ce que l'ensemble du projet ait été confié à Heinrich Himmler et à la SS, qui jusque là n'avaient pourtant rien eu affaire avec l'aviation.

De conception volontairement rudimentaire - presque entièrement construit en bois - le Natter fut essayé à plusieurs reprises en tant que planeur (remorqué derrière un Heinkel 111), puis lancé à la verticale (mais sans pilote) le long de sa rampe.

Le 28 février 1945, le lieutenant Lothar Siebert entra dans l'Histoire comme le premier pilote de Natter. Cinq secondes après le décollage, le poste de pilotage s'arracha de l'ensemble, le tuant sur le coup.

Une trentaine d'essais, quelques uns pilotés, eurent encore lieu jusqu'en avril 1945, lorsque l'irruption des troupes alliées dans l'usine et sur les sites de lancement renvoya définitivement l'épopée du Natter aux oubliettes de l'Histoire, dont il n'aurait jamais dû sortir...

(1) Saviez-vous que... no 497

jeudi 4 octobre 2007

1670 - le délire

... au début de 1945, il était devenu évident qu'aucune des "armes-miracle" dont rêvait la Luftwaffe ne parviendrait à sauver la situation, ni même à entrer en service dans un délai raisonnable.

Les Messerchmitt 262 et Arado 234 à réaction étaient efficaces, mais difficiles à mettre en oeuvre, et consommaient tellement de carburant qu'ils ne pouvaient être utilisés dans la "défense de zone". Les Messerschmitt 163 à moteur fusée avaient pour leur part fait la preuve de leur trop faible efficacité dans cet exercice, et démontré qu'ils étaient surtout dangereux... pour leurs utilisateurs

Les missiles anti-aériens promettaient certes beaucoup, mais il faudrait encore longtemps avant que ne soit résolu le délicat problème de leur guidage vers la cible (il ne le serait en fait que bien après la guerre)

Naquit alors l'idée d'utiliser des missiles... pilotés. Bien que délirante en soi, cette option avait au moins le mérite de résoudre le problème du guidage.

La voie du Bachem "Natter" était donc grande ouverte.

Fondamentalement, le "Natter" était un donc avion-fusée, installé à la verticale le long d'une rampe de lancement, elle-même placée sur le trajet des bombardiers alliés que le Natter était censé détruire grâce à 24 ou 33 roquettes placées dans le nez.

Cette importante mission patriotique accomplie, le "pilote" n'avait plus qu'à actionner un levier qui, en sectionnant l'appareil en deux parties au niveau du poste de pilotage, lui permettait, en principe, de s'en extraire grâce à un parachute,... aucune autre procédure d'atterrissage n'ayant été prévue (!)

mercredi 3 octobre 2007

1669 - Bodenplatte

... le 1er janvier 1945, 900 chasseurs et chasseurs-bombardiers allemands décollèrent avant l'aube dans le but d'attaquer les aérodromes alliés situés en Hollande et en Belgique.

Pour mieux garantir l'effet de surprise, de nombreuses batteries de Flak n'avaient même pas été prévenues du passage des avions, ce qui valut à certains pilotes allemands le douteux privilège d'être canonnés par leur propre artillerie à l'aller comme au retour.

Si la surprise fut effectivement totale dans le camp allié, elle ne produisit pourtant pas les résultats que la Luftwaffe en espérait. Avec 200 appareils détruits ou irrémédiablement endommagés au sol, les pertes alliées étaient certes importantes, mais furent comblées par des avions neufs en moins de deux semaines.

Du côté allemand, les pertes dues aux accidents de décollage et d'atterrissage, ainsi qu'à l'action de la DCA alliée et allemande (!) furent d'environ 300 avions et, ce qui était beaucoup plus grave, de 237 pilotes tués, portés disparus ou faits prisonniers.

Si le premier de l'An avait été une fort mauvaise journée pour les Alliés, il se révéla surtout une véritable catastrophe pour la Luftwaffe, qui y gaspilla inutilement ses pilotes et ses maigres réserves d'essence.

Les avions, eux, continuaient de sortir des chaînes de montage, mais plus personne ne savait comment les faire voler...

mardi 2 octobre 2007

1668 - Garde au Rhin

... à la mi-novembre 1944, les unités de la Luftwaffe prévues pour le "grand coup" contre les bombardiers américains se virent assigner un tout autre objectif : appuyer l'offensive terrestre qu'Hitler envisageait à présent à l'Ouest.

Près de 200 000 hommes, et sept divisions de Panzers, avaient été réunis pour cette ultime offensive, dont Hitler espérait qu'elle lui permettrait, sinon d'arracher une paix séparée aux Alliés occidentaux, du moins de gagner quelques mois supplémentaires au cours desquels beaucoup d'événements pouvaient encore se produire.

Débutée au petit matin du 16 décembre, l'offensive allemande à travers les Ardennes belges constitua pour les Alliés une surprise aussi inattendue que désagréable : l'Allemagne n'était pas encore vaincue, et restait même capable d'actions spectaculaires.

Hélas pour les Allemands, l'offensive finit néanmoins par s'essouffler, des renforts alliés arrivèrent, Patton passa à la contre-offensive, et toute l'opération se solda par un échec d'autant plus grave que l'Allemagne y avait jeté ses dernières réserves.

Pour la Luftwaffe, les détestables conditions météorologiques des premiers jours ne lui avaient pas permis de faire grand-chose. En deux semaines, elle n'en avait pas moins perdu plusieurs centaines d'avions et de pilotes supplémentaires.

C'était beaucoup, mais pas encore assez pour convaincre ses responsables de renoncer à l'opération Bodenplatte...

lundi 1 octobre 2007

1667 - changement de cap

... alors que la Luftwaffe s'efforçait de rassembler les avions nécessaires au "grand coup", et d'entraîner leurs pilotes, les bombardiers américains continuaient de ravager le Reich.

Le 2 novembre 1944, un millier d'entre eux, escortés par plus de huit cents chasseurs, pilonnèrent une nouvelle fois la raffinerie de Leuna. En tentant de les intercepter, la Luftwaffe perdit 120 avions pour un maigre bilan de 40 bombardiers et 16 chasseurs américains abattus.

Quatre jours plus tard, l'affaire fut évoquée au Q.G. d'Hitler, à Rastenburg.

"J'ai engagé 260 chasseurs et ai obtenu 20 victoires", tempêta Hitler. Si j'en déploie 2 000, je n'aurais que 200 victoires. Ce qui signifie que je ne puis en aucune manière compter sur ces machines, même si elles sortent d'usine à un rythme infernal. Elles ne font que dévorer de la main d'oeuvre et des matériaux"

De fait, les grands bombardements américains des 2, 21, 26 et 27 novembre coûtèrent à la Luftwaffe près de 350 pilotes tués, blessés ou portés disparus.

Comme le souligna un pilote allemand : "le mois de novembre 1944 a été le pire de toute la guerre. Les pertes ont été de 20 contre 1, et parfois de 30 contre 1 en notre défaveur. Chaque jour, nous supportions des pertes. Les pilotes de renfort étaient mal formés et d'une bien piètre qualité, et les pénuries de carburant se faisaient de plus en plus sentir" (1)

Dans l'esprit d'Hitler, il était désormais évident que le "grand coup" envisagé par la Luftwaffe ne constituerait qu'une perte de ressources supplémentaires, et n'apporterait jamais les résultats escomptés.

Il décida alors de réserver les avions prévus pour cette opération à une toute autre fin...

(1) ibid, page 76