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mardi 13 août 2013

3812 - In Memoriam

... contrairement à beaucoup de ses contemporains qui n'ont jamais eu la chance de combattre des navires de leur propre espèce, voire même, comme le Vanguard (1), de tirer le moindre coup de canon lors d'un conflit armé, le Warspite eut quant à lui la chance de participer activement à deux guerres mondiales, et de faire parler la poudre de la Bataille du Jutland en mai 1916, où il fut le cuirassé britannique le plus fortement engagé au combat, jusqu'au bombardement de l'île de Walcheren, en novembre 1944

Il eut également la chance de commander deux marches de reddition : celle de la Hochseeflotte allemande en 1918, et celle de la Regia Marina italienne en 1943, toutes deux vaincues par une Royal Navy bien décidée à conserver le contrôle des mers.

Grâce aux restrictions sur les nouvelles constructions de cuirassés, imposées tant par la mauvaise conjoncture économique que par le Traité de Washington de 1922, le Warspite, bien que déjà démodé au début des années 1920, bénéficia également de plusieurs programmes de refonte qui lui permirent de reprendre du service en Norvège en 1939, puis en Méditerranée à partir de 1940.

Endommagé en 1941 par ce qui était devenu la principale menace du cuirassé, le bombardier-torpilleur, il prit la route du Pacifique en 1942, mais s'y révéla hélas, et comme tous les navires de son espèce, inadapté aux nouvelles règles d'un combat naval à présent entièrement dominé par le porte-avions.

Revenu en Méditerranée en 1943, son rôle se limita alors à servir de plateforme d'artillerie flottante au bénéfice de l'Infanterie, ce qui faillit d'ailleurs causer sa perte mais ne l'empêcha pourtant pas de reprendre le même rôle en 1944, du Débarquement de Normandie en juin, au bombardement de Walcheren en novembre.

Trop vieux, et sans plus aucun ennemi à combattre, le plus titré des cuirassés britanniques fut alors mis en réserve, puis oublié de tous jusqu'à ce qu'il se rappelle finalement au souvenir de chacun, en rompant ses amarres et en s'échouant de lui-même lors de son ultime voyage, après avoir lutté jusqu'au dernier jour de sa longue et glorieuse carrière...

(1) bien que comamndé en 1941, le Vanguard, ultime cuirassé britannique, ne fut mis en service qu'en mai 1946, et ferraillé en 1960

lundi 12 août 2013

3811 - lutter jusqu'au bout

… Portsmouth, 19 avril 1947

Tous les efforts pour préserver le Warspite seront hélas vains : l’Angleterre, qui s’est déjà honteusement débarrassée de Churchill aux élections du 5 juillet 1945 (1), l’Angleterre est ruinée et plus que jamais désireuse de tirer un trait sur les reliques de la 2ème G.M.

Le 12 juillet 1946, le vieux cuirassé est donc vendu au poids de la ferraille.

Encore un an et, le 19 avril 1947, hâlé par plusieurs remorqueurs et débarrassé de ses canons et de tout son équipement, il quitte Portsmouth pour un chantier de démolition de Faslane (Écosse)

Mais en chemin, comme si elle avait une âme et entendait lutter jusqu'au bout et échapper au sort qui l’attend, la vieille dame se rebelle une dernière fois et, dans la tempête, brise ses amarres et va elle-même s’échouer sur Prussia Cove (Cornouailles)

Toutes les tentatives pour l’extraire de sa fâcheuse position s’avérant vaines, la carcasse du Warspite sera partiellement démantelée sur place, puis, à l’automne de 1950, tirée à grand peine quelques kilomètres plus loin, et plus précisément jusqu’à la plage de Marazion, où elle disparaîtra finalement sous le feu des chalumeaux à l’automne de 1955…

(1) Battu aux législatives du 5 juillet, Churchill dut céder son poste de Premier Ministre au Travailliste Clement Atlee le 27 juillet… avant de le lui reprendre le 26 octobre 1951

dimanche 11 août 2013

3810 - son dernier coup d'archet

… 1er novembre 1944

Le 1er novembre, le Warspite entreprend donc de bombarder les batteries allemandes de Walcheren, en appui aux forces canadiennes qui, dans des conditions extrêmement difficiles, tentent de s’emparer de l’île, ce qu’elles réussiront finalement à accomplir le 8 novembre.

Mais le Warspite n’attendra pas la chute de Walcheren, et encore moins le passage du premier convoi allié à travers l’Estuaire de l’Escaut, le 28 novembre suivant.

Depuis le 6 juin 1944, ses six canons de 380mm ont en effet tiré plus de 1 500 obus et sont désormais hors d’usage.

Le 4 novembre, le vieux cuirassé est donc de retour à Portsmouth pour y attendre son sort, ou plus exactement pour y attendre, sous équipage réduit, la fin de la guerre.

Le 1er février 1945, il est officiellement décommissionné, et bientôt promis aux ferrailleurs.

Mais comme le Warspite est tout de même le cuirassé le plus connu et le plus titré de la Royal Navy, certains voudraient lui épargner pareille ignominie, et donc le transformer en navire musée, comme les Américains vont d’ailleurs le faire avec un de ses cousins d’Outre-Atlantique, l’USS Texas, entré en service en mars 1914 - un an avant le Warspite – et toujours visible aujourd’hui au San Jacinto State Park près de Houston…

samedi 10 août 2013

3809 - capturer l'estuaire

... or seuls les ports de Rotterdam et d’Antwerpen correspondent à cette définition.

Encore occupé par la Wehrmacht, le premier est inutilisable. Reste donc le second, dont les Britanniques ont d'ailleurs eu la chance de s'emparer presque intact le 4 septembre.

Mais pour accéder au port d'Antwerpen, les cargos doivent au préalable franchir l'Estuaire de l'Escaut dont les deux rives sont toujours aux mains des Allemands... que personne n'a réussi à déloger, l'essentiel des moyens alliés étant alors mobilisé pour la coûteuse Opération Market Garden, laquelle s'est terminée le 25 septembre sur un triste constat d'échec et le massacre des parachutistes britanniques et polonais à Arnhem (1)

Ce n'est donc que le 2 octobre que la 1ère Armée canadienne est enfin en mesure de passer à l'offensive sur l'Escaut, une offensive dont beaucoup d’historiens diront qu’elle aurait dû être entreprise à la place de Market Garden, et non pas après son échec...

Fin octobre, au prix de violents combats, l'Infanterie canadienne a réussi à s'emparer des deux rives de l'Escaut, à l'exception de la petite île de Walcheren, qui en constitue en quelque sorte la clé, et où les Allemands se sont puissamment retranchés et restent en mesure, grâce à leurs pièces lourdes, de continuer à interdire toute navigation vers Antwerpen.

Un débarquement sur l'île s'impose donc

Un débarquement où le Warspite va tirer les derniers obus de sa longue carrière...

(1) Saviez-vous que... Un Pont trop loin


vendredi 9 août 2013

3808 - cherche port, désespérément

... octobre 1944

Depuis leur Débarquement en Normandie, et surtout depuis la réussite de l'Opération Cobra (1) qui, fin juillet, leur a permis de s'affranchir du bocage normand et de se répandre en France, les Alliés sont confrontés à un gigantesque problème logistique : acheminer depuis l'Angleterre les troupes, les tanks, les camions, les munitions, les approvisionnements et bien entendu l'essence indispensables à la poursuite des opérations.

Début août, les forces américaines disposaient ainsi "de 9 jours d'avance pour les munitions, de 16 jours pour l'essence. (...) A J+98 (12 septembre 1944), les armées atteignaient en effet une ligne qu'elles auraient dû atteindre à J+350. 260 jours de campagne avaient ainsi été concentrés en 19. Cette avance frénétique accrut la consommation des unités. La 1ère Armée américaine brûla à elle seule, le 24 août, 3 552 626 litres de carburant et, à la fin août, les réserves étaient à sec. La 1ère Armée ne disposait que de 0.31 jour pour l'essence, la 3ème de 0.007 jour" (2)

Car, de la Normandie au Front, la distance dépasse à présent les 500 kms, à parcourir presque exclusivement sur de mauvaises routes, le réseau ferroviaire ayant été presque totalement détruit.

Pour ne rien arranger, l’essentiel du ravitaillement allié est toujours déchargé au port artificiel d’Arromanches, ou simplement déposé sur les plages après échouage volontaire à marée basse de cargos que la mer reprend à marée haute, deux méthodes qui, malgré tous les efforts déployés, ne parviennent plus à satisfaire la demande.

Il y certes Cherbourg (que les Américains ont commencé à remettre en service début août) et aussi Marseille (capturé à la fin du même mois et dans la foulée du Débarquement en Provence), mais comme ces deux ports sont situés encore plus loin du Front, le problème du transport jusqu’aux unités combattantes reste entier.

L’idéal, en fait, serait de disposer d’un véritable port en eau profonde, à la fois proche de la Grande-Bretagne et du nouveau théâtre des opérations....

(1) Saviez-vous que... Un Jour si long
(2) Wievioka, Histoire du Débarquement de Normandie, page 345

jeudi 8 août 2013

3807 - tel un boxeur qui ne cesse de s'affaiblir à force d'encaisser les coups

... 13 juin 1944, 08h15

Mais au matin du 13 juin, au large de Harwich, le Warspite est victime de l'explosion d'une mine magnétique, laquelle, en plus de lui faire embarquer plusieurs centaines de tonnes d'eau, tord une hélice et bloque le gouvernail !

Arrivé à grand-peine à Rosyth dans la soirée du lendemain, le voilà donc reparti pour un nouveau chantier de réparations qui va se prolonger jusqu'à la mi-août !

Le 10 août, le Warspite est de nouveau jugé apte au service... mais un service de plus en plus limité car, tel un boxeur qui ne cesse de s'affaiblir à force d'encaisser les coups, le malheureux cuirassé, qui ne disposait déjà plus que de six canons sur huit, se retrouve à présent avec seulement trois hélices opérationnelles sur quatre, la quatrième, trop fortement endommagée le 13 juin, ayant en effet été simplement laissée en l'état, ramenant ainsi la vitesse maximale du bâtiment à seulement 15 noeuds !

Résolu à servir jusqu'au bout, le vieux navire reprend néanmoins ses bombardements le 25 août, cette fois sur Brest, assiégée par l'Infanterie américaine puis, le 10 septembre, sur Le Havre, au bénéfice de l'Infanterie britannique.

Le 11 septembre, il est de retour à Portsmouth pour y attendre une nouvelle mission cette fois au profit... de l'Infanterie canadienne.


mercredi 7 août 2013

3806 - au matin du 6 juin

... Ouistreham, 6 juin 1944, 05h00

Retardé à plusieurs reprises pour des raisons météorologiques (1), ce n'est finalement que le 6 juin que les Alliés se retrouvent en mesure lancer leur vaste opération de débarquement sur les plages normandes.

Dans cette immense opération impliquant plusieurs milliers de navires de tout type et de tout tonnage, le rôle du Warspite est d'appuyer les troupes britanniques sur Sword beach - autrement dit la plage d'Ouistreham - en s'en prenant en particulier aux canons à longue portée que les Allemands ont installés près de Villerville et que le cuirassé commence à pilonner à partir de 05h00 pour ne s'interrompre qu'à la tombée de la nuit, non sans avoir lui-même été encadré à plusieurs reprises par les tirs allemands.

Le bombardement des positions ennemies ayant repris dès le lendemain matin, le Warspite n'a alors d'autre choix, vers 19h00, et après avoir tiré plus de 330 obus de 380mm, que de prendre la route de Portsmouth pour s'y réapprovisionner en munitions, opération toujours fort délicate et impossible à réaliser en mer (2)

De retour dans l'après-midi du 9, le Warspite reprend ses bombardements, cette fois dans les environs d'Utah beach et au bénéfice de l'infanterie américaine.

Le 12, le cuirassé est de retour à Portsmouth pour réapprovisionnement, mais ses tubes de canons sont à présent si usés qu'ils doivent impérativement être remplacés, ce qui ne peut se faire qu'à Rosyth, vers lequel le Warspite repart donc dans la soirée..

(1) Saviez-vous que... Un Jour si long
(2) un obus de 380mm pèse environ 900 kilos

mardi 6 août 2013

3805 - finir diminué

.... Rosyth, 17 mars 1944

Ce n'est donc que le 17 mars 1944, six mois après Salerne, que le Warspite est enfin en mesure de rallier Rosyth (Écosse)... et un nouveau chantier de réparations qui doit au moins lui permettre de reprendre du service pour le Débarquement de Normandie, en juin.

Encore les dites réparations se limitent-elles à l'essentiel et font-elles ainsi l'impasse sur une des chaufferies et, surtout sur la tourelle "X" de 380mm (1ère tourelle arrière) laquelle demeurera à jamais figée dans la position qu'elle occupait en cette journée fatidique du 16 septembre 1943.

Avec du temps, on parviendrait sans doute à rendre son plein potentiel au Warspite, mais le temps manque, les chantiers navals anglais travaillent déjà tous à plein régime pour construire, entretenir ou réparer le matériel et les navires destinés au Débarquement et, à presque 30 ans, le Warspite est de toute manière bien trop vieux, trop usé et trop démodé pour justifier pareil effort.

Le 2 juin, c'est donc un Warspite très diminué, et avec seulement six canons opérationnels sur huit, qui appareille de Greenock pour la Normandie où il doit, tout comme devant Salerne l'année précédente, appuyer l'action  des fantassins alliés qui s'apprêtent à présent à fouler le sol de la France occupée...

lundi 5 août 2013

3804 - le crépuscule des cuirassés

... automne 1943

Péniblement ramené jusqu'à Malte le 19 septembre, le Warspite va y passer tout le mois d'octobre aux bons soins d'ouvriers qui doivent lui rendre le minimum de flottabilité nécessaire pour lui permettre de rallier ensuite un chantier naval anglais.

Et les dommages subis lors de l'attaque du 16 septembre sont tels que ce n'est finalement que le 1er novembre, et toujours hâlé par plusieurs remorqueurs, que le grand cuirassé est enfin en mesure de quitter Malte non pas directement pour l'Angleterre mais tout simplement pour Gibraltar, où il arrive le 12 novembre... et où il va encore passer près de quatre mois en réparations avant d'être jugé apte à gagner l'Atlantique.

Il faut dire qu'à Malte, Gibraltar et bientôt Rosyth, les dites réparations ne bénéficient d'aucune priorité : le Warspite est en effet un vieux navire et, surtout, un vieux navire désormais privé de tout ennemi !

En Méditerranée, la Regia Marina a en effet été rayée de la surface des flots, et dans l'Atlantique, la flotte de surface de la Kriegsmarine, par ailleurs réduite à peau-de-chagrin depuis la tragique disparition du Scharnhorst le 26 décembre (1) n'a plus reparu depuis celle, tout aussi tragique, du Bismarck, le 27 mai 1941 !

Il n'y a plus guère que dans le Pacifique que les cuirassés sont encore susceptibles d'affronter des navires de leur espèce. Mais même là, pareils affrontements sont devenus rarissimes tant le porte-avions règne désormais en maître et y a pris toute la place.

Et de toute manière, comme son expérience de 1942 l'a démontré, le Warspite est bien trop lent pour pareille étendue...

(1) Saviez-vous que... "Auf einem seemannsgrab da blühen keine rosen"

dimanche 4 août 2013

3803 - jamais deux sans trois

... 16 septembre 1943, 14h27

Tout à la joie d'avoir repoussé une nouvelle attaque aérienne allemande, l'équipage du Warspite a à peine remarqué la poignée de bombardiers Do-17 évoluant à haute altitude, comme pistant une proie.

Soudain, trois bombes s'en détachent, des bombes qui. comme cela s'était déjà produit lors de l'attaque du malheureux Roma une semaine auparavant, ne tombent pas à la verticale mais semblent au contraire suivre les évolutions du Warspite.

Une première bombe touche l'eau par tribord arrière sans causer de dommages tandis qu'une deuxième déchire le flanc tribord du cuirassé après avoir éclaté sous l'eau.

Mais c'est la troisième qui va s'avérer catastrophique : frappant sur bâbord au niveau de la cheminée, puis traversant plusieurs ponts avant d'exploser, celle-ci provoque d'immenses dégâts internes et surtout une énorme voie d'eau qui noie cinq des six chaufferies du bâtiment et l'immobilise bientôt sur l'eau.

Privé de propulsion et d'électricité, le Warspite est maintenant à la merci d'une nouvelle attaque allemande.

Mais celle-ci ne vient pas et, contrairement au Roma, le Warspite se voit rapidement entouré de destroyers, et bientôt rejoint par plusieurs remorqueurs qui, au prix des pires difficultés, et après avoir brisé plusieurs aussières, vont néanmoins réussir à le hâler à travers le Détroit de Messine et finalement jusqu'à Malte, où il arrive dans la soirée du 19, lourd de plus 5 000 tonnes d'eau...


samedi 3 août 2013

3802 - de nombreux avantages

... 15 septembre 1943, 14h00

Aussi obsolètes puissent-ils sembler en cette nouvelle ère de bombardiers multimoteurs, les énormes canons d'un cuirassé comme le Warspite offrent maints avantages sur ces derniers, à commencer par la précision de leurs tirs, la possibilité de les répéter salve après salve, et surtout de le faire dans des conditions météorologiques qui empêchent le décollage des avions.

Ces avantages se payent néanmoins de quelques handicaps, qu'il s'agisse de la portée des canons (une trentaine de kilomètres au maximum)... ou de la vulnérabilité des navires eux-mêmes face aux attaques aériennes de l'adversaire. 

Dans l'après-midi du 15 septembre, embouqués à l'embouchure de la rivière Sele, le Warspite, le Valiant et plusieurs croiseurs britanniques et américains entreprennent donc le pilonnage des positions allemandes autour d'Altavilla, à la plus grande satisfaction  des fantassins américains sur le point d'être submergés.

Reparti vers le large à la tombée de la nuit, et après avoir essuyé sans dommage un raid aérien allemand, le Warspite est de retour le lendemain matin pour reprendre son pillonnage... et subir une nouvelle attaque de la part des appareils de la Luftwaffe nullement décidés à abandonner la partie, et aidés il est vrai par la nature-même de la mission d'appui-feu dévolue à leurs adversaires, laquelle leur impose de serrer la côte au plus près et d'y rester pour ainsi dire immobiles.

A 14h00, le grand cuirassé se retrouve ainsi pris pour cible par une douzaine de chasseurs-bombardiers Focke-Wulf, qu'il parvient néanmoins à repousser sans dommage pour lui.

Le pire est pourtant à venir...


vendredi 2 août 2013

3801 - un ventre pas si mou...

... depuis la mi-1942, Américains et Britanniques n'avaient cessé de s'opposer sur les objectifs de la guerre et en particulier sur le lieu où devait s'ouvrir le "Second Front" si ardemment réclamé par Staline.

En gens pragmatiques et pressés de rentrer chez eux, les Américains voulaient aller au plus direct, donc débarquer en France en une seule opération massive, alors que les Britanniques, fidèles en cela à leur longue tradition militaire, privilégiaient au contraire une stratégie "périphérique" qui. débutée par la conquête de toute l'Afrique du Nord, se poursuivrait ensuite en Italie et, au-delà, vers les Balkans, l'Autriche et l'Allemagne du Sud.

Pour Churchill, l'Italie était en effet le "ventre mou de l'Europe", et si la Campagne d'Italie s'était déroulée conformément à ses attentes, sans doute n'y aurait-il jamais eu de Débarquement en Normandie sauf, peut-être, dans une version a minima, fort éloignée de celle qui allait finalement être mise en œuvre.

Hélas, l'Armistice-surprise du 8 septembre a surtout eu pour effet de précipiter l'arrivée de troupes allemandes, infiniment plus coriaces et plus efficaces que celles qu'aurait pu aligner le défunt gouvernement Mussolini s'il était demeuré dans la guerre.

Et le Débarquement à Salerne, organisé dès le lendemain, va rapidement en donner un avant-goût : dès le 12, soldats américains et britanniques sont déjà sur la défensive suite à la contre-attaque de six divisions allemandes menées par le Generalfeldmarschal Albert Kesselring qui, après avoir commandé les Luftflotte I et II est désormais à la tête de toutes les forces allemandes dans la Péninsule.

Le 14 septembre, la situation des troupes alliées à Salerne est même devenue si préoccupante que le Warspite et le Valiant, qui étaient en route vers Gilbraltar, ont été priés de faire immédiatement demi-tour pour venir appuyer les fantassins sur le point d'être rejetés à la mer...

jeudi 1 août 2013

3800 - tout n'était que vanité

... mais si la marine de guerre italienne n'existe plus, que faire de ses bâtiments, et en particulier de ses cuirassés, qui sont parvenus à rallier Malte ? 

L'Impero demeuré inachevé, le Roma coulé par la Luftwaffe, l'épave du Conte di Cavour abandonnée aux Allemands, ils ne sont donc plus que cinq, qui, il y a peu, incarnaient encore l'orgueil de l'Italie toute entière

Soucieux de plaire à ses nouveaux alliés, ou devrait-on dire à ses nouveaux maîtres, le gouvernement du maréchal Badoglio va très vite proposer... de les remettre en service au profit des Alliés, contre les côtes françaises et dans le Pacifique !

La première éventualité est hélas politiquement inacceptable, et la seconde techniquement impossible puisque ces navires spécifiquement taillés pour de rapides courses en Méditerranée, n'ont pas l'allonge suffisante pour opérer dans les immensités du Pacifique où du reste, les cuirassés ont depuis longtemps été supplantés par les porte-avions.

Alors, en attendant une opportunité qui ne se produira jamais, on va les envoyer rouiller tranquillement dans le Grand Lac Amer (Égypte) en compagnie de tant d'autres navires avec lesquels Mussolini voulait dominer la Méditerranée.

Au titre des dommages de guerre, le Vittorio-Veneto sera officiellement cédé à la Grande-Bretagne, et le Littorio aux États-Unis, mais ces derniers les renverront tous deux en Italie, où il seront ferraillés en 1948.

Autrement plus âgés - puisque datant, tout comme le Warspite, de la Première Guerre Mondiale - l'Andrea Doria et le Caio Duilio leur survivront pendant près d'une décennie, puis passeront à leur tour sous les chalumeaux des démolisseurs, en 1956 et 1957

Quant au plus vieux de tous, le Giulio Cesare, il connaîtra un destin pour le moins singulier : cédé à l'URSS, et rebaptisé Novorossiysk, il servira de navire-amiral puis de simple navire d'entraînement à la flotte de la Mer Noire, avant d'être victime, le 29 octobre 1955, devant Sebastopol, d'une énorme explosion - dont les circonstances ne seront jamais élucidées - qui le fera chavirer, entraînant plus de 600 marins dans sa tombe...

mercredi 31 juillet 2013

3799 - quand l'Histoire begaie

... 10 septembre 1943, 09h16

Le 21 novembre 1918, le Warspite avait fait partie de l'escorte chargée de mener les navires de la Hochseeflotte allemande jusqu'à leur lieu d'internement, en rade de Scapa Flow

Et 25 ans plus tard, en ce matin du 10 septembre 1943, c'est ce même cuirassé qui a pris la tête de l'escorte qui va maintenant amener les navires de la Regia Marina italienne jusqu'à Malte,... dont l'orgueilleuse marine de Mussolini aurait pu, aurait dû, s'emparer à l'automne de 1940, mais qu'elle avait préféré ignorer, la laissant ainsi se renforcer et devenir une sorte de "porte-avions incoulable" qui, au bout du compte (1), avait fini par signer l'arrêt de mort du trafic maritime de l'Axe en Méditerranée...

Le lendemain, suprême humiliation, ces navires depuis longtemps mais fort injustement devenus sujets de risées, mouillent donc à Grand Harbour.

Encore un jour, et le Warspite, comme s'il avait pris goût à son rôle de chien de berger, s'en ira rejoindre le Giulio Cesare, retardataire de la flotte italienne, dans le Golfe de Tarente, puis le conduira à son tour à Malte.

Affaiblie par trois années d'un conflit ô combien frustrant pour elle, et encore sous le choc de la tragique disparition du Roma sous les bombes de son allié d'hier, la marine de guerre italienne a cessé d'exister...

(1) Saviez-vous que... Voir Malte et puis mourir

mardi 30 juillet 2013

3798 - le jour de la grande première


… 09 septembre 1943, 15h37

Dès 1936, la Luftwaffe avait commencé à réfléchir à la meilleure manière de détruire les cuirassés britanniques.

Il ne suffisait pas, comme l'avait pourtant cru Billy Mitchell dans les années 1920, de leur lancer une grosse bombe : il fallait surtout que la dite bombe soit en mesure de les atteindre, ce qui n'avait rien d'évident en pleine mer, contre un navire en mouvement, en mesure de se défendre, et de dimensions finalement assez réduites.

Au fil des mois, on en était finalement venu à imaginer une bombe certes imposante (plus d'une tonne) mais surtout munie de petites ailettes la rendant capable de planer sur une courte distance, ainsi que de gouvernes actionnées par une radio-commande depuis l'avion-lanceur, lequel était alors capable d'en modifier la trajectoire à tout moment, et ce en fonction des manœuvres évasives du navire pris pour cible.

Le 9 septembre, et pour le plus grand malheur des Italiens, l'engin, baptisé Fritz-X, était enfin opérationnel, et de fait, à 15h37, l'un d'entre-eux touche l'Italia, et un autre le Roma.

Si le premier s'en tire sans trop de dommages, il n'en est pas même du second qui, traversé de part en part par l'engin qui a finalement explosé sous sa quille, se retrouve immédiatement privé de toute puissance, et bientôt immobilisé sur l'eau, donc à la merci d'une deuxième bombe, qui le frappe 25 minutes plus tard et provoque l'explosion d'une des soutes à munitions, projetant la tourelle "B" à plusieurs mètres de hauteur et entraînant bientôt la disparition du Roma, qui chavire et se brise en deux, entraînant plus de 1 200 officiers et marins dans la mort, donc l'amiral Bergamini.

Ce qu'on appellera un jour la "bombe intelligente" vient de naître

Elle n'a pas fini de faire parler d'elle...

lundi 29 juillet 2013

3797 - rendre les navires

… La Spezia, 9 septembre 1943, 03h00

Aux premières heures du 9 septembre, le cuirassé Roma quitte discrètement le port de La Spezia en compagnie de ses jumeaux Vittorio Veneto et Italia (1) ainsi que de trois croiseurs et huit destroyers, qui mettent tous le cap vers la Sardaigne.

En application des conventions d’Armistice, et à l’instar de la Hochseeflotte allemande en 1918, la Regia Marina doit en effet livrer ses navires aux vainqueurs, lesquels les escorteront alors vers le port de leur choix.

Mais dans la matinée, l’amiral Carlo Bergamini, qui a son pavillon sur le Roma, apprend que les Allemands viennent d’envahir l’Italie, et qu’il se trouve donc à présent en guerre avec son allié d’hier !

De fait, en milieu d’après-midi, plusieurs bombardiers Dornier Do-17 apparaissent dans le ciel mais, curieusement, ne montrent aucun signe d’hostilité, se contentant plutôt de suivre la flotte à distance respectable et en tout cas hors de portée des canons de la DCA italienne, qui viennent d’être mis en batterie.

Mais à 15h37, des bombes s’en détachent soudain, des bombes qui, à la stupéfaction des Italiens, ne tombent pas simplement à la verticale mais semblent au contraire suivre les moindres mouvements de leurs différents bâtiments…

(1) nouveau nom du Littorio depuis le mois de juillet

dimanche 28 juillet 2013

3796 - le retournement d'alliance

... Salerne, 8 juillet 1943, 21h00

Histoire d’ajouter un peu à la confusion, les Alliés eux-mêmes ont imaginé un plan de conquête de l’Italie pour le moins compliqué puisque comprenant pas moins de trois débarquements à réaliser en Calabre (en traversant le Détroit de Messine), à Tarente et, surtout, à Salerne.

Le 2 septembre 1943, après avoir quitté Malte le jour précédant en compagnie de son jumeau Valiant, le Warspite a bombardé les batteries côtières italiennes de Reggio di Calabria puis, le lendemain, a appuyé les forces de débarquement britanniques.

Rentré à Malte le 4 septembre, il en est ressorti trois jours plus tard pour prendre la route de Salerne, où le débarquement (Opération Avalanche) est prévu pour les premières heures du 9.

C’est donc en mer, dans la soirée du 8, que l’équipage du cuirassé apprend que l’Italie vient de signer l’Armistice, et qu’il devra donc bientôt accompagner vers leurs lieux d’internement, et même protéger, les marins et les navires italiens qu’il combattait encore hier !

Dans l’immédiat, la reddition italienne ne change cependant pas grand-chose,… et d’autant moins qu’à partir de 21h00, le Warspite, comme tous les autres navires de la force d’invasion, se retrouve sous le feu de quelques bombardiers allemands.

Le lendemain, après avoir appuyé le débarquement sur Salerne, le Warspite remet le cap vers le sud-ouest pour son rendez-vous avec une partie de la flotte italienne, et en particulier avec le cuirassé Roma

samedi 27 juillet 2013

3795 - complicazione

... pour les Alliés, la satisfaction consécutive à la chute de Mussolini  a rapidement cédé la place à l'embarras devant le caractère pour le moins compliqué de la réalité italienne.

Pendant des semaines, le nouveau gouvernement du maréchal Badoglio a en effet multiplié les tergiversations et les exigences avant de se résigner à signer, le 3 septembre, un armistice qui, pour compliquer encore un peu plus les choses, n'a été proclamé que cinq jours plus tard,... sans que les troupes italiennes aient reçu la moindre instruction sur la conduite à tenir advenant une invasion allemande de leur territoire !

Et Dieu sait s'il aurait fallu y penser ! Depuis des semaines, Hitler s'est en effet préparé à cette éventualité et a donc massé Panzers et fantassins près de la frontière italienne.

Sitôt l'armistice proclamé, la Wehrmacht peut donc passer à l'action et bousculer sans difficulté une armée italienne où chacun se demande ce qu'il faut faire, qui donne les ordres... et surtout s'il faut vraiment s'opposer armes à la main à des soldats aux côtés desquels on a tout de même combattu depuis trois ans.

Les soldats allemands, eux ne se posent pas tant de questions.

Leur objectif est en effet très clair : neutraliser l'armée italienne, envoyer ses hommes dans des camps de prisonniers, s'emparer de tout leur matériel de guerre... ou le détruire pour que les Alliés ne puissent en profiter.

Le nouveau cuirassé Roma va bientôt faire les frais de cette impitoyable doctrine...

vendredi 26 juillet 2013

3794 - la comedia dell'Arte

... après 21 ans de Pouvoir ininterrompu, Mussolini vient donc d'être renversé en catimini par ceux qui comptaient jusque-là parmi ses plus fervents partisans !

C'est sans doute cette raison, et aussi la crainte d'une violente réaction allemande, qui explique pourquoi le nouveau gouvernement du maréchal Badoglio, loin de le mettre en accusation ou de le faire fusiller, décide plutôt de le mettre à l'ombre le temps d'y voir plus clair (1)

Car la situation est tout sauf limpide !

Les Allemands, qui depuis deux ans tiennent l'Italie à bout de bras, doivent impérativement être rassurés, ce pourquoi Badoglio dès sa nomination, s'empresse-t-il de proclamer que "la guerre continue"

Mais en réalité, et dans la meilleure tradition de la comedia dell'Arte, Badoglio, son nouveau gouvernement, et la Maison de Savoie, multiplient déjà les contacts avec les Alliés occidentaux dans le but d'arracher un armistice, suivi d'un éventuel retournement d'alliance.

Pour eux, et il faut bien le dire pour une bonne partie des soldats et des citoyens italiens, il est en effet clair que la guerre est perdue et que la seule chose qui importe dorénavant est de sauver ce qui peut encore l'être,... en commençant bien sûr par leur propre peau, leurs positions et privilèges.

Pour Londres et Washington, la chute de Mussolini, suivie d'un probable désengagement des forces armées italiennes, serait assurément une bonne nouvelle.... s'ils disposaient des moyens militaires qui leur permettraient de débarquer et d'occuper directement l'Italie continentale, et aussi - et peut-être surtout - s'ils parvenaient à comprendre la logique et les véritables intentions des Italiens, lesquels multiplient autant les tergiversations que les envois d'émissaires dont personne ne sait s'ils sont réellement habilités à négocier !

(1) après avoir été promené pendant des semaines d'une cellule à une autre, l'ex-Duce échouera finalement dans les Appenins, et plus précisément dans un hôtel du Gran Sasso, d'où Hitler, qui ne l'a pas oublié, le fera sortir le 12 septembre, en envoyant un commando de parachutistes allemands à son secours

jeudi 25 juillet 2013

3793 - plus dure sera la chute

... Rome, 24 juillet 1943

Mussolini ne s'était engagé dans la guerre qu'une fois convaincu de la victoire allemande... et tétanisé par la perspective de ne pouvoir s'approprier une partie de la dépouille des vaincus s'il persistait dans son refus de s'y engager.

Mais en cet été de 1943, il y a bien longtemps qu'on ne parle plus de victoire allemande, et c'est au contraire  l'Italie qui n'en finit pas d'être dépecée par ses vainqueurs !

La Somalie italienne, conquise en 1889, a en effet été perdue dès l'été 1941, en même temps que l'Érythrée et l'Éthiopie; la Libye, conquise en 1912, a suivi deux ans plus tard; et bientôt ce sera le tour de l'Albanie et des îles du Dodécanèse.

Mais la Sicile a également été envahie le 10 juillet, et Rome, bombardée le 19.

Et la population romaine, qui jusque-là ne s'était nullement émue des bombardements italiens sur des villes ou villages éthiopiens, britanniques, grecs ou russes (y compris, en Éthiopie, avec des gaz de combat), la population romaine a tellement peu apprécié le fait d'être à présent prise pour cible que le Grand Conseil du Fascisme, va en tirer les conséquences, mettant Mussolini en minorité et finissant par adopter, aux petites heures du lendemain, une résolution appelant à l'octroi des pleins pouvoirs au Roi Victor-Emmanuel III.

Lorsqu'il se rend chez le monarque quelques heures plus tard, le Duce apprend alors, à sa plus grande surprise, que le Roi, suivant l'avis du dit Conseil, a décidé de le démettre de ses fonctions de Chef du gouvernement et de le remplacer sine die par le maréchal Pietro Badoglio.

A sa sortie de la Villa Savoie, le dictateur est même arrêté par les carabiniers et poussé dans une ambulance jusqu'à un poste de police où il est aussitôt enfermé...