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mardi 6 janvier 2026

9142 - la Fin de l'Empire

Colon britannique dans son rickshaw, à Singapour : le colonialisme britannique à son apogée...

… car lorsque Churchill avait décidé d’envoyer une "puissante flotte britannique" dans le Pacifique, et de la mettre au service des Américains, il ne voulait pas seulement qu’elle serve à vaincre le Japon - objectif qui, à cette date, était déjà quasiment rempli et aurait pu l'être totalement sans elle - il voulait aussi, et peut-être surtout, qu’elle participe au rétablissement des colonies britanniques d’avant-guerre.

Mais de cela, les USA - et ils ne s’en étaient du reste jamais cachés - n’en voulaient pas; l’URSS, devenue véritable puissance mondiale après la Capitulation allemande, n’en voulait pas; les populations locales, qui avaient vu les colonisateurs occidentaux, jusque-là considérés comme tout-puissants, vaincus et même carrément humiliés par les Japonais en 1941-42, et à qui on avait au demeurant promis bien des choses si elles aidaient à la victoire contre le Japon, n’en voulaient pas; et les contribuables britanniques, ruinés par la guerre, contemplant leurs villes dévastées par les bombardements allemands, et toujours soumis à d’innombrables rationnements, n’en voulaient pas non plus !

Utiliser la flotte pour débarquer dans les anciennes colonies après la Capitulation japonaise, y instaurer un semblant d'ordre, faire prisonniers des soldats nippons qui, après avoir écouté le discours de leur Empereur, ne demandaient finalement qu’à se rendre, puis, au bout du compte, rapatrier les soldats occidentaux libérés des camps japonais, c’était une chose...

... mais se servir de cette même flotte pour imposer ensuite le retour de colons et d’une administration coloniale britanniques dont plus personne ne voulait, pas même en Grande-Bretagne, c’était tout autre chose !

Churchill, du reste, battu en même temps que son parti aux élections générales de juillet 1945, avait lui-même vidé les lieux depuis plusieurs semaines lorsque les premiers navires de guerre britanniques se remirent à accoster dans les ports des anciennes colonies, et, lui disparu, plus personne, et certainement pas son successeur, le Travailliste Clement Attlee, n’était là pour tenter d’imposer un simple retour aux pratiques d’avant-guerre.

La Grande-Bretagne avait tourné la page et, bon gré mal gré, s'apprêtait déjà à faire ses adieux à l’Empire.

Mais ceci est une autre Histoire...


lundi 5 janvier 2026

9141 - la flotte oubliée

… En Grande-Bretagne, aujourd’hui encore, on se souvient de Dunkerque et de la Bataille de l’Atlantique et, quoi que dans une moindre mesure, des convois arctiques et des affrontements navals en Méditerranée.

On se rappelle la traque du Bismarck, la lutte contre les U-boot, le massacre du convoi PQ-17, ou encore la défense de Malte, mais tout le monde a depuis longtemps oublié les combats en Asie, et bien plus encore cette British Pacific Fleet qui, pourtant, avec ses quatre porte-avions, ses cuirassés et ses croiseurs, fut la plus puissante flotte rassemblée par la Royal Navy de toute la guerre !

L’éloignement de la métropole, la totale absence de résultats véritablement spectaculaires à présenter au public britannique, le désintérêt de ce même public pour la guerre en Asie dès le lendemain de la Capitulation allemande, ou encore la complète sujétion de cette flotte aux Américains, expliquent sans doute le pourquoi, mais ne le justifient pas moralement.

Qu’ils aient appartenu à la British Pacific Fleet, à l’East Indies Fleet ou, avant cela, à l’Eastern Fleet, ces hommes ne furent jamais des héros de légende à qui on donna un jour le nom d’une rue, ou auxquels on éleva une statue dans un square, mais seulement de fort anonymes combattants de l’ombre qui, comme tous les combattants de l’ombre, qui se levaient chaque matin pour effectuer, à plus de 10 000 km de leur foyer, le travail qu’on exigeait d’eux, un travail ingrat, un travail certes dangereux mais néanmoins routinier, et un travail sans doute utile mais en aucune manière décisif.

Car autant l’avouer : la British Pacific Fleet ne gagna pas la guerre contre le Japon, et son rôle dans la défaite japonaise ne fut en définitive que purement marginal,... ce qui est tout de même mieux que son apport dans le rétablissement des colonies britanniques d’avant-guerre…

dimanche 4 janvier 2026

9140 - la "petite soeur"

L'East Indies Fleet - ici l'Empress en novembre 1945 - faire mieux qu'attendu...

… ironiquement, le ratio coûts/bénéfices de l’East Indies Fleet, autrement dit de la "petite soeur" de la British Pacific Fleet, est probablement plus favorable.

Car après le départ pour le Pacifique de la plupart et de ses meilleures unités, ce qui restait de l’Eastern Fleet demeura dans l’Océan Indien, et à Ceylan, sous le nouveau nom d’East Indies Fleet.

Contrairement à sa "grande soeur" British Pacific Fleet, l’East Indies Fleet ne possédait pas de cuirassés modernes en dehors du français Richelieu, ni même de véritables porte-avions, et se contentait de ce qu’on voulait bien lui laisser, et en particulier de plusieurs petits et fort lents porte-avions d’escorte à présent libérés de toute mission dans l’Atlantique, l’Arctique ou la Méditerranée.

Ce n’était certes pas grand-chose, mais c’était tout de même… infiniment plus que ce que possédait encore son ennemie, la Marine impériale japonaise, dans ce même Océan Indien !

Dans ces conditions, il était cependant tout aussi illusoire de rêver aux grands honneurs de la Presse et à de hauts faits d’armes : durant toute son existence, l’East Indies Fleet se contenta pour l’essentiel de patrouiller le long des côtes et de s’en prendre aux petits navires, qui n’étaient parfois que de simples jonques désarmées, s’efforçant tant que mal de ravitailler les garnisons japonaises présentes sur des îles isolées ou, au contraire, de les évacuer vers Sumatra ou Singapour

Pourtant, malgré son manque de moyens, et l’absence quasi-totale d’ennemi à affronter sur Mer ou dans les Airs, la petite East Indies Fleet connut son heure de gloire en mai 1945, lorsque plusieurs de ses destroyers réussirent à accrocher, et à couler, le croiseur lourd Haguro au cours d’une véritable bataille navale au canon et à la torpille, un honneur qui, malheureusement pour elle, échappa toujours à sa "grande soeur" du Pacifique…

samedi 3 janvier 2026

9139 - ni grands honneurs des médias ni Gloire quelconque

Le Formidable, à Sydney, débarquant des prisonniers de guerre libérés, octobre 1945
… dans les ultimes semaines de la guerre, donc, la British Pacific Fleet fut autorisée à combattre directement aux côtés de la 3ème Flotte américaine, mais à cette date, et dans ce Japon à l’agonie, que pouvait-il bien rester à détruire qui ait encore la moindre valeur militaire ?

Et combattre aux côtés des Américains ne signifiait toujours pas effectuer exactement les mêmes missions qu’eux : sans même parler de la destruction du super-cuirassé Yamato, que s’était déjà réservée, en avril 1945, la 5ème Flotte américaine de Spruance, la British Pacific Fleet fut encore empêchée, en juillet, sous la 3ème Flotte de Halsey, et à pas moins de trois reprises (!), de s’en prendre aux derniers vestiges de la Marine impériale japonaise, réfugiés à Yokosuka et Kure !

Impossible, dans ces conditions, d’accéder aux grands honneurs des médias et à une Gloire quelconque : tout au long de leur service au sein de la Flotte, les hommes de la British Pacific Fleet se contentèrent de faire humblement leur travail dans l’indifférence quasi-totale de leurs compatriotes qui, après la Capitulation allemande, en mai, avaient décidé de tourner la page, ne réalisaient même plus qu’il existait encore une guerre qui faisait rage à des milliers de km de chez eux et, à la conclusion de celle-ci, accueillirent dans une indifférence quasi-totale les marins et aviateurs qui s’en revenaient d’Extrême-Orient.

En tant que composante de la Royal Navy, la British Pacific Fleet ne survécut d’ailleurs pas longtemps à la Capitulation japonaise : une fois Hong-Kong reconquise, et les rescapés des camps de prisonniers rapatriés ou du moins sur la voie du rapatriement, la Flotte fut dissoute, à la profonde amertume de l’amiral Rawlings qui l’avait commandée dans le Pacifique, et ses unités dispersées aux quatre vents avant de se voir, pour bon nombre d’entre-elles, carrément expédiées dans les parcs à ferrailles dans l’inévitable downsizing de l’après-guerre…

vendredi 2 janvier 2026

9138 - un coût trés élevé

La British Pacific Fleet : un coût finalement plus élevé pour la Grande-Bretagne que pour le Japon

… contrainte d’évoluer sous le commandement des Américains, mais toujours loin de ceux-ci et dans des secteurs où ils n’opéraient pas, la British Pacific Fleet menait des opérations qui, dans l’absolu, étaient sans doute utiles à l’effort de guerre allié dans son ensemble, mais qui, hélas pour elle, n’intéressaient aucunement les médias et la population au pays, et étaient de toute manière sans cesse à recommencer.

Ce n’est qu’après s’être remise en route, en juillet 1945, et sous le commandement de la 3ème Flotte de Halsey, que la British Pacific Fleet fut enfin autorisée à opérer directement aux côtés des Task Groups américains, et dans les mêmes missions qu’eux.

Mais à ce moment-là, la guerre contre le Japon vivait déjà sur ses derniers milles, et avait depuis longtemps été gagnée non par l’Aéronavale américaine ou britannique, mais bien par les sous-marins américains, qui avaient réussi à soumettre l’archipel nippon à un blocus total, et par les B-29 américains qui, jour après jour, incinéraient les villes nippones les unes après les autres et qui, au final, larguèrent les deux bombes atomiques qui convainquirent l’Empereur Hirohito à jeter l’éponge.

Au strict bilan comptable, c-à-d en ne considérant que le ratio coûts/bénéfices, on peut même considérer qu’en cinq mois d’opérations, mais aussi de périodes de repos, dans le Pacifique, la British Pacific Fleet a coûté bien plus cher à la Grande-Bretagne qu’au Japon !

Sans même parler du coût des accidents et combats eux-mêmes, avec par exemple les appareils, les bombes, les roquettes, les équipements et le carburant constamment à remplacer après chaque mission, le simple entretien, à des milliers de km de la métropole, d’une pareille flotte, avec ses porte-avions mais aussi ses cuirassés, ses croiseurs et ses nombreux destroyers d’accompagnement, représentait en effet un effort colossal et à vrai dire démesuré pour une Grande-Bretagne qui, depuis 1939, avait déjà tout sacrifié à la guerre… 

jeudi 1 janvier 2026

9137 - ... et au Pacifique

La British Päcific Fleet : aucune Gloire à gagner, beaucoup de coups à prendre...

… mais le problème, déjà, c’est que la British Pacific Fleet ne fut jamais en mesure de mettre en oeuvre plus de quatre porte-avions en même temps, alors que la Navy américaine en alignait au moins quatre ou cinq fois plus.

Surtout, ces porte-avions, et leurs groupes aériens, ne disposaient d’aucun volant de réserve : lorsque, en mai 1945, la British Pacific Fleet, après seulement 62 jours de mer, se retrouva dans l’obligation de rentrer à Sydney pour se remettre en état et offrir un repos bien mérité à ses équipages, il n’existait aucune autre formation britannique en mesure de prendre sa relève alors que, côté américain, lorsqu’un Task Group de trois ou quatre porte-avions se retirait du théâtre des opérations, il était immanquablement remplacé par un autre Task Group de puissance semblable.

Pour ne rien arranger, aussi longtemps qu’elle demeura subordonnée à la 5ème Flotte de Spruance, la British Pacific Fleet ne fut jamais autorisée à évoluer directement aux côtés des Task Groups américains et à effectuer les mêmes missions qu’eux.

Au lieu de cela, elle fut constamment contrainte d’opérer en marge et en retrait de ces derniers, en particulier au-dessus des îles Sakishima, où elle bombardait jour après jour des terrains d’aviation que les Japonais, en gens obstinés et méthodiques, remettaient systématiquement en état nuit après nuit !

Il n’y avait là aucune Gloire à gagner, mais seulement des coups à prendre, et de fait à son retour à Sydney, la British Pacific Fleet avait perdu bien plus d’appareils qu’elle n’en avait détruit chez l’ennemi !

Et ces pertes étaient d’autant moins glorieuses qu’elles ne s’étaient pas produites lors d’héroïques combats aériens ou de non moins dangereux bombardements, mais bien à cause de vulgaires pannes mécaniques, d’accidents au décollage ou à l’appontage, ou alors du fait de l’un ou l’autre kamikaze qui avait réussi à s’écraser sur un pont certes blindé mais hélas occupé par de nombreux appareils prêts au décollage…

mercredi 31 décembre 2025

9136 - ... à la British Pacific Fleet

Les porte-avions de la British Pacific Fleet : l'inconvénient de la taille, l'avantage du pont blindé

… l’un dans l’autre, Churchill avait alors opté pour une solution quelque peu bancale : créer, à partir de l’Eastern Fleet, une nouvelle formation, la British Pacific Fleet, qui récupérerait la plus grande partie des navires, et en tout cas les meilleurs navires, de l’Eastern Fleet, mais qui serait mise à la disposition des Américains dans le Pacifique, et opérerait sous commandement américain, et selon les normes et procédures américaines !

Or, là encore, les Américains n’en voulaient pas, estimant, avec quelque raison, que cette British Pacific Fleet était bien trop novice, consumerait bien trop de leurs propres ressources logistiques, et risquerait, malgré tout, de leur voler une partie des lauriers de la future victoire contre le Japon.

La guerre étant, selon la célèbre expression de Clémenceau, "une chose trop grave pour la confier à des militaires", l’affaire s’était donc réglée au niveau politique, entre Churchill et Roosevelt, et la British Pacific Fleet avait finalement été autorisée à pénétrer dans le Pacifique au début de 1945, et à opérer sous le contrôle de la 5ème Flotte américaine de l’amiral Spruance.

Pour les Britanniques, c’était une victoire, mais c’était aussi, compte tenu de la faiblesse de leurs moyens, un fardeau considérable. Et de fait, les débuts de British Pacific Fleet avaient été fort laborieux, en particulier dans le domaine du ravitaillement en mer, discipline dans laquelle les équipages américains excellaient mais où les britanniques avaient tout à apprendre, et qu’ils ne maitriseraient en définitive que dans les ultimes semaines de la guerre.

Dans cette guerre, justement, les porte-avions britanniques avaient l’avantage de disposer d’un pont blindé, dont leurs homologues américains étaient dépourvus, et qui offrait une bien meilleure résistance aux attaques, et en particulier aux attaques kamikazes devenues la norme chez l’ennemi japonais, mais ils avaient en revanche l’inconvénient d’être plus petits et d’embarquer en moyenne 25 à 30% d’avions en moins, ce qui, en pratique, signifiait que la force de frappe de quatre porte-avions britanniques équivalait à peu près à celle de trois porte-avions américains… 

mardi 30 décembre 2025

9135 - et de l'Océan Indien...

L'Eastern Fleet, ou faire ce qu'on peut avec ce qu'on a...
… à partir de 1944, l’amélioration de la situation militaire dans l’Atlantique, en Méditerranée et dans l’Arctique, puis la réussite des Débarquements de Normandie et de Provence, avaient progressivement permis à l’Eastern Fleet de récupérer des navires de guerre, de s’en retourner à Ceylan, puis de lancer des actions enfin offensives dans l’Océan Indien.

Mais parce qu’elle ne disposait d’aucun moyen amphibie, ni d’unités d’Infanterie qui lui auraient permis de prendre pied sur le rivage et de partir à la reconquête des territoires perdus, l’Eastern Fleet s’était toutefois limitée à des actions de type hit and run, où l’on se contentait de surgir et de frapper les intérêts japonais, et particulièrement leurs installations pétrolières d’Indonésie et de Malaisie, avant de retraiter à toute vapeur vers Ceylan.

Par rapport aux années passées, c’était incontestablement un progrès, mais c’était néanmoins largement insuffisant pour provoquer autre chose qu’une légère irritation chez les Japonais, dont la Marine de guerre avait de toute manière déjà déserté l’Océan Indien au profit de celui du Pacifique.

Ce constat, et aussi la conviction - justifiée - que le sort de la guerre ne se jouerait que dans le Pacifique, avaient alors incité Churchill à changer son fusil d’épaule, ou plus exactement à relocaliser l’Easten Fleet dans le Pacifique.

Mais parce qu’ils s’estimaient - à raison - en mesure de remporter la Guerre du Pacifique à eux seuls, les Américains, dont le soutien logistique était de toute manière indispensable, ne voulaient pas entendre parler d’une quelconque flotte britannique opérant dans ce qu’ils considéraient comme leur jardin privé et exclusif, ni, a fortiori, d’une flotte britannique y opérant de manière indépendante

lundi 29 décembre 2025

9134 - de l'Eastern Fleet...

Kuantan : quand l'Angleterre perd sa flotte et bientôt ses colonies...

… la protection des colonies britanniques d’Asie incombait prioritairement, pour ne pas dire exclusivement, à la Royal Navy, et plus précisément à sa composante Extrême-Orientale, l’Eastern Fleet

Mais enfant pauvre et négligé de cette Royal Navy, la dite Eastern Fleet n’avait jamais possédé les moyens d’une telle ambition et, bien avant la guerre, il était déjà entendu par tout le monde qu’en cas d’affrontement avec le Japon - hypothèse de plus en plus probable au fil du temps - le salut des colonies passerait obligatoirement par une alliance immédiate entre l’Eastern Fleet et la Flotte américaine du Pacifique, autrement mieux dotée.

Fin 1941, devant la montée des périls, mais contre l’avis des responsables de la Royal Navy qui avaient aussitôt crié casse-cou, Churchill avait décidé d’expédier des renforts navals à Singapour, mais non contents d’être inadaptés et largement insuffisants, les dits renforts, en l’occurrence le cuirassé Prince of Wales et le croiseur de bataille Repulse, avaient été envoyés par le fond à Kuantan (Malaisie) trois jours à peine après l’attaque japonaise contre Pearl Harbor,... qui avait quant à elle sinon anéanti, du moins neutralisé la Flotte américaine du Pacifique pour plusieurs mois !

Ces deux évènements dramatiques et quasi-simultanés avaient inévitablement sonné le glas des colonies, facilement conquises par les Japonais, mais également contraint l’Eastern Fleet à se replier d’abord sur Ceylan, puis, en avril 1942, jusqu’au Kenya, d’où, réduite à peau-de-chagrin, elle n’avait ensuite quasiment plus bougé pendant deux ans, se contentant d’assurer de bien inoffensives patrouilles le long des côtes africaines, ainsi que des missions d’escorte pour les convois en direction ou en provenance de la Mer rouge et du Canal de Suez… 

dimanche 28 décembre 2025

9133 - Grandeur et Déchéance...

Churchill, en 1951 : aussi diminué que la Grande-Bretagne...

… en 1940, la Grande-Bretagne était une puissance mondiale et un Empire sur lequel le ciel ne se couchait jamais.

En 1940, la Royal Navy était, bien qu'à égalité avec l’US Navy, la première Marine de Guerre du Monde

Mais en 1945, la Grande-Bretagne était déjà reléguée dans l’ombre des deux véritables "Grands" - les USA de Truman et l’URSS de Staline - et la Royal Navy n’était déjà plus que la parente pauvre de sa cousine américaine, chez qui elle était sans cesse contrainte de quémander des armes, des équipements et du carburant pour simplement lui permettre de continuer à opérer.

Et en 1950, la Grande-Bretagne, qui avait déjà perdu bon nombre de ses colonies, n’était plus qu’une puissance régionale ruinée, et la Royal Navy, qui s'était vue forcée d'envoyer à la casse une bonne partie de ses bâtiments, une Marine de second ordre.

En dix ans à peine, le soleil s’était bel et bien couché sur l’Empire, et la Royal Navy avait été la première non seulement à assister, mais aussi à participer au spectacle.

Un an plus tard, Winston Churchill, humilié aux élections de 1945 et contraint de quitter le Pouvoir au bénéfice de Clement Attlee, redevenait Premier Ministre au détriment de ce même Clement Attlee,... mais ne pouvait plus rien faire d’autre qu’acter une bonne fois pour toutes la déchéance et la chute vertigineuse autant que définitive de sa patrie ainsi que de cette Royal Navy dans laquelle il avait mis tant d’espoirs, en particulier dans le Pacifique, où il avait été jusqu'à créer de toutes pièces une British Pacific Fleet directement mise au service des Américains qui n'en voulaient pourtant pas et ne savaient pas quoi en faire...

samedi 27 décembre 2025

9132 - un mouvement planétaire et inexorable

… les Philippines d’un côté, le Vietnam de l’autre, deux visions radicalement différentes,... et deux exemples d'une décolonisation obtenue à un prix radicalement différent !

Entre les deux, et rien qu’en Asie du Sud-Est, on trouve l’Inde (arrachée aux Britanniques en 1947), la Birmanie et Ceylan (arrachées à ces mêmes Britanniques en 1948), l’Indonésie (arrachée aux Hollandais en 1949, après quatre ans de conflit), le Cambodge et le Laos (arrachés aux Français en 1954, dans la foulée de l’Indépendance et de la partition du Vietnam), la Malaisie (arrachée aux Britanniques en 1957) ou encore le Bornéo du Nord et le Sarawak (arrachés aux Britanniques en 1963) et finalement Singapour (aux Britanniques, en 1965) et Hong-Kong (aux Britanniques, en 1997)

Moins de vingt ans après la Capitulation japonaise, et si l’on exclut Hong-Kong, qui ne s’est de toute manière maintenue que par la volonté de la Chine elle-même, toutes ces Indépendances, obtenues tantôt par la négociation, tantôt par la force, ont radicalement changé la face du monde,… mais aussi donné un sérieux coup de pouce aux Indépendantistes du monde entier, particulièrement africains et nord-africains et également en lutte contre les puissances coloniales européennes qui, là non plus, ne seront jamais en mesure de s’opposer à un mouvement devenu planétaire et inexorable.

Instituée au lendemain de la 2ème G.M., l’Organisation des Nations Unies, qui ne comptait que 51 membres à sa création, en 1945, en dénombre aujourd’hui pas moins de... 193, pour la plupart issus de la décolonisation.

La Grande-Bretagne fut, sans surprise, la principale victime de ce phénomène : en 1940, on disait encore du Soleil qu’il ne se couchait jamais sur son vaste Empire, mais moins de dix ans plus tard, le crépuscule était bel et bien tombé sur celui-ci.

Ironiquement, et bien qu’ayant lui aussi perdu l’intégralité de ses colonies après 1945, le Japon, jusque-là ultra-militarisé et régulièrement en guerre, devint quant à lui le pays le plus stable et le plus paisible de toute l’Asie…

vendredi 26 décembre 2025

9131 - la Fin de l'Indochine française

Dien-Bien-Phu, ou l'ultime baroud de la France en Indochine...

… Dien-Bien-Phu, 7 mai 1954

Au début de 1954, après neuf années de combats aux fortunes diverses, et malgré l’arrivée d’un soutien américain composé, notamment, de bombes au napalm pudiquement rebaptisées "munitions spéciales", l'impasse est toujours totale et la guerre, impossible à gagner pour la France.

Pour forcer le Destin, ou du moins contraindre Ho Chi Minh à revenir à la table de négociations, l’État-major français décide alors de recourir à une tactique déjà utilisée, rappelons-nous, par le Britannique Orde Wingate en Birmanie : bâtir un camp retranché en plein territoire ennemi, un camp retranché amplement approvisionné en armes et munitions, et régulièrement ravitaillé par les Airs, et un camp retranché sur lequel l’ennemi finira par se casser les dents.

Ce camp retranché, c’est Dien-Bien-Phu, au Nord-Ouest du Vietnam, près de la frontière laotienne, et sur le papier, l’idée est bonne… et serait même excellente si le Vietminh n'avait, de son côté, la mauvaise idée de s'emparer l'une après l'autre des collines réputées "imprenables" qui entourent le dit camp, puis de les hérisser de pièces de DCA… soviétiques, rendant bientôt impossible - comme à Stalingrad - tout ravitaillement mais aussi toute évacuation sanitaire.

Le 7 mai 1954, après deux mois de siège dans des conditions atroces, la garnison de la place est finalement contrainte à la reddition : sur les quelque 15 000 hommes qui combattaient dans les rangs français - en ce compris des Vietnamiens et des Nord-africains - 3 500 ont été tués ou sont portés disparus, et 11 000 - dont seuls 3 500 survivront à la captivité - faits prisonniers.

En soi, cela ne représente qu’environ 4% des 450 000 hommes des forces franco-indochinoises, mais bon nombre de ses meilleurs bataillons, et si on y ajoute le fait que le Vietminh, de son côté, a perdu de 25 à 30 000 hommes, on peut écrire que Dien-Bien-Phu est loin d’être le désastre militaire que l’on prétend

Mais politiquement, cette défaite est en revanche une véritable catastrophe, car après Dien-Bien-Phu, la France n'aura de cesse que de faire la paix le plus rapidement possible, et à n'importe quel prix,… quitte à abandonner au passage le million de Nord-Vietnamiens, majoritairement catholiques, qui fuiront éperdument vers le Sud dès la signature des Accords de Genève, le 20 juillet 1954, lesquels aboutiront à l'Indépendance et à la partition du Vietnam et, bientôt, à une autre guerre, américaine cette fois…

jeudi 25 décembre 2025

9130 - une fermeté trop loin

Troupes Vietminh paradant à Hanoï, 1946

… Haïphong, 23 novembre 1946

Faut-il continuer à négocier avec les Indépendantistes,... ou alors se battre pour leur faire entendre raison ?

Viscéralement anti-communiste, l’amiral Georges Thierry d'Argenlieu opte en tout cas pour la fermeté, et ses consignes… de fermeté aboutissent, sans surprise, à un incident, celui de Haïphong, important port vietnamien alors contrôlé par les Indépendantistes.

Le 23 novembre 1946, en appui à une opération terrestre pour reprendre la ville, des navires de guerre français ouvrent en effet le feu sur les quartiers chinois et vietnamiens, qui se retrouvent entièrement détruits.

Aujourd’hui encore, les circonstances du drame, de même que son bilan exact - plusieurs centaines ou alors milliers de morts - sont sujets à controverses, mais sa conséquence est en tout cas définitive : après Haïphong, il ne sera jamais plus question de négociation, mais seulement de guerre.

S’ensuivent des semaines, des mois, et au bout du compte des années d’affrontements au début sporadiques mais de plus en plus intenses à mesure que les Indépendantistes reçoivent du soutien et des armes soviétiques, et les Français du soutien et des armes… américaines, Washington s’étant finalement rallié à l’argument des Français selon lequel leur combat en Indochine était d’abord et avant tout un combat contre le communisme.

Reste qu’en France-même, ce conflit est tout sauf populaire, ce qui a dès lors convaincu les autorités à renoncer à toute idée d’y envoyer des conscrits : ce sont des soldats de métier, et des volontaires, parfois étrangers, qui combattent dans cette "Guerre d’Indochine" qui, au début de 1954, atteint son paroxysme…

mercredi 24 décembre 2025

9129 - un cas n'est pas l'autre...

2 septembre 1945 : à Hanoï, Ho Chi Minh proclame unilatéralement l'Indépendance du Vietnam

… Hanoï, 2 septembre 1945

Prévue depuis 10 ans, et acceptée depuis 10 ans par la puissance coloniale, l’Indépendance des Philippines est en quelque sorte l’antithèse de celle du Vietnam.

Le 9 mars 1945, rappelons-nous, les Japonais, qui contrôlaient et occupaient le Vietnam, ont en effet décapité - au figuré mais aussi et très souvent au propre - l'ensemble des responsables politiques et militaires français du territoire, en sorte que lorsque Ho Chi Minh, quant à lui discrètement soutenu depuis 1942 par les Américains et leur OSS, proclame unilatéralement l’Indépendance à Hanoï le 2 septembre 1945, soit le jour-même de la Capitulation japonaise, celle-ci est immédiatement rejetée par la France… qui, malheureusement pour elle, n’a pour l’heure aucun moyen de s’y opposer !

Dans une France exsangue et ruinée par la guerre, avec une population au mieux indifférente et au pire favorable aux Indépendantistes et à Ho Chi Minh, et avec des Américains qui n’ont aucune sympathie pour De Gaulle et le colonialisme français, rassembler de tels moyens est en effet tout sauf facile, et de fait, ceux-ci vont mettre des semaines, et même des mois, avant d’arriver sur place, en nombre néanmoins insuffisant pour espérer faire plier les Indépendantistes.

Mieux vaudrait sans doute négocier un compromis, une quelconque formule de "souveraineté-association", qui aurait le mérite de satisfaire ces derniers tout en maintenant le territoire dans la sphère française.

Telle est est tout cas la solution préconisée par le général Leclerc qui, à son retour du Vietnam, en juillet 1946, écrit, fort lucidement, qu'il a "recommandé au gouvernement la reconnaissance de l’État du Vietnam, il n'y avait pas d’autre solution. Il ne pouvait être question de reconquérir le Nord par les armes, nous n'en avions pas, et nous n'en aurions jamais les moyens (…) Il faut garder le Vietnam dans l'Union française, voilà le but, même s'il faut parler d'Indépendance"

Ho, qui il est vrai n’a lui non plus pas encore les moyens de ses ambitions, n’est a priori pas opposé à une formule de ce genre. Des pourparlers laborieux s’engagent donc qui, à terme, pourraient - peut-être - déboucher sur un accord, mais, en novembre 1946, tout déraille définitivement… 

mardi 23 décembre 2025

9128 - telle la cigale après avoir chanté tout l’été...

4 juillet 1946 : après un demi-siècle, le drapeau américain est amené. Les Philippines sont indépendantes...
… "L’un des principaux objectifs de guerre du Japon avait été d'affaiblir, puis d'éliminer, l'influence coloniale européenne en Extrême-Orient. Paradoxalement, cet objectif fut atteint, malgré la défaite du Japon lui-même. 

Après la défaite du Japon, une vague irrésistible de nationalisme, souvent d'inspiration et de contrôle communistes, déferla en effet sur toute l'Asie. Le modèle d'avant-guerre du continent s'effondra sous la pression des
changements politiques et des guerres civiles" (1)

Car telle la cigale après avoir chanté tout l’été, les Européens, après avoir dépensé tous leurs moyens durant la guerre, n’ont à présent plus la force matérielle, politique, mais aussi morale de récupérer leurs colonies du sud-est asiatique puis de s’y maintenir !

Cette admission, malheureusement, est loin d’être immédiate et, en quantités d’endroits, va donner lieu à des affrontements sanglants qui, dans certains cas, vont même durer des années mais se solderont, dans tous les cas, par le départ humiliant des puissances coloniales, et l’Indépendance des pays colonisés.

Sans surprise, puisque prévu depuis bien avant la guerre, le premier domino à tomber n’est autre que les Philippines.

Colonisé par les Espagnols à partir de 1565, devenu américain en 1898 après la Guerre hispano-américaine, le territoire a accédé, le 15 novembre 1935, au statut de Commonwealth des Philippines, toujours contrôlé par les Américains, mais possédant déjà son Président et ses propres institutions, et devant accéder à l’Indépendance complète après 10 ans, Indépendance finalement proclamée par les États-Unis eux-mêmes le 4 juillet 1946, soit moins d'un an après la Capitulation japonaise...

Et de un…

(1) Winton, op cit, page 495

lundi 22 décembre 2025

9127 - mais ceci fait...

Hisser du drapeau britannique, à Singapour : la volonté de faire comme si rien ne s'était passé...

… l’ampleur de ces différents rapatriements va, à l’évidence, exiger des mois d’efforts et mobiliser des milliers d’hommes et aussi des dizaines et même des centaines de navires, parmi lesquels figureront d’ailleurs des navires de guerre japonais désarmés, dont le désormais fameux et indestructible destroyer Kamikaze.

Mais ceci fait, et autant du côté britannique, hollandais, ou français, comment justifier ensuite le maintien des uns et des autres au profit des colonies d’avant-guerre ? 

Comment justifier la présence de dizaines de porte-avions, de cuirassés, de croiseurs, de destroyers aux coûts d’opération et d’entretien vertigineux et qui n’ont de toute manière plus aucune armée ennemie à affronter ?

Comment, surtout, justifier celle de milliers de conscrits à qui on a simplement demandé de combattre les Japonais et qui, ces derniers à présent vaincus, ont toutes les raisons de vouloir rentrer chez eux le plus vite possible… et aucune de vouloir demeurer en Asie du Sud-Est pour aider au rétablissement des colonies ?

Et au pays, l’opinion publique est bien du même avis : maintenant que la guerre est finie, et les prisonniers de guerre sauvés et sur le chemin du retour, pourrait-on SVP ramener les boys au pays ?

Et pourrait-on aussi, si ce n'est pas trop demander, se préoccuper du quotidien au pays, c-à-d des montagnes de ruines à déblayer, des milliers d’usines et d’habitations à reconstruire, de l’Économie à rebâtir, ou encore de ces maudits tickets de rationnement qui continuent d’empoisonner la vie de tout le monde, plutôt que de se relancer immédiatement dans des aventures coloniales qui ont désormais plutôt mauvaise presse et toutes les chances, vu l’opposition de plus en plus manifeste des populations locales, de dégénérer en autant d’affrontements aussi sanglants que ruineux…

dimanche 21 décembre 2025

9126 - bien fait pour leur g…

Soldat indien surveillant des prisonniers japonais. Singapour, septembre 1945

… car à Singapour comme un peu partout en Asie, le rapatriement volontaire vers la Grande-Bretagne, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Hollande ou encore les États-Unis de plusieurs centaines de milliers de soldats occidentaux libérés des camps japonais se déroule parallèlement… au rapatriement, cette fois forcé et vers le Japon, d’un nombre encore plus élevé de soldats japonais maintenant fait prisonniers par les Occidentaux !

Et comme si cela ne suffisait pas déjà, s’y ajoute également le rapatriement tout aussi forcé, et toujours vers le Japon, de plusieurs centaines de milliers de civils japonais qui, depuis des décennies, voire même depuis leur naissance (!), étaient présents en Mandchourie, en Chine, à Hong-Kong, à Shanghai, à Singapour, en Corée ou encore à Taiwan, soit, et à l’instar des germanophones d’Europe de l’Est, en autant d’endroits où ils ne manqueraient pas d’être massacrés par la population locale s’ils s’entêtaient à vouloir y demeurer !

Alors que les anciens prisonniers occidentaux n’éprouvent à présent que soulagement et aussi fierté d’appartenir au camp des vainqueurs, et envisagent avec optimisme leur retour à la vie civile et dans un pays qui les accueillera avec joie et dont ils n’auront finalement été absents que quelques mois ou au pire quelques années, ces civils japonais, eux, ont tout perdu et tout abandonné derrière eux, ressentent l’humiliation et la honte de tous les vaincus,… et ont toutes les raisons d’appréhender leur supposé "retour" non seulement dans un pays qu’ils avaient pour ainsi dire oublié, voire, pour certains, jamais connu (!), mais aussi dans un pays lui aussi vaincu, ruiné et dévasté par les bombardements, un pays où les emplois sont inexistants, et un pays où on risque fort de les considérer comme des étrangers, des parias, et des bouches inutiles.

Si l’expression ne figure pas encore dans le langage courant, il s’agit bel et bien, et tout comme au même moment en Europe de l’Est, d’une "purification ethnique" qui, bien sûr, ne préoccupe et n’indigne personne, puisque les intéressés appartiennent "au mauvais camp", celui qui a perdu la guerre, et une guerre dans laquelle ils ne se sont pas rendus franchement sympathiques.

Vas Victis, bien fait pour leur g…

samedi 20 décembre 2025

9125 - une tâche titanesque

Soldats australiens, à Singapour, après leur libération du camp de Changi, septembre 1945

… l'île-forteresse reprise sans aucun combat, commence alors la tâche, autrement plus ardue, de retrouver, soigner, nourrir, recenser, rassembler et finalement évacuer par mer les dizaines de milliers de prisonniers de guerre occidentaux présents à Singapour.

A Singapour… mais aussi un peu partout en Asie où se trouvent encore des contingents japonais !

"Comme dans le Pacifique, la planification et l'organisation par le SEAC du rapatriement des prisonniers de guerre et des internés furent dépassées par les événements. 

La Force clandestine 136 et les groupes "E" (1) avaient, quelques mois avant la Capitulation japonaise, découvert des camps en Malaisie, au Siam et en Indochine française et, lorsque cela était possible, établi des contacts avec les détenus. 

Des équipes de contrôle du RAPWI (2) avaient également été mises en place. 

Mais l'hypothèse de base de toute la planification était basée sur l'idée que dits les camps seraient libérés progressivement, c-à-d au fur et à mesure de la reconquête des territoires, alors que soudainement, quelque 125 000 prisonniers de guerre et internés (y compris ceux de Java), répartis sur une vaste zone, dans quelque 250 camps, nécessitaient tous un rapatriement urgent et simultané" (2)

Et ce rapatriement est en vérité une tâche titanesque, qui va durer des semaines, et même des mois, et surtout une tâche qu’il va falloir mener en même temps qu’un autre rapatriement, celui-là encore plus important, et d’une toute autre nature…

(1) unités d’élite composées d’agents infiltrés appartenant au Special Operations Executive (SOE) britannique 

(2) Recovery of Allied Prisoners of War and Internees (RAPWI), organisation chargée de la récupération des prisonniers de guerre et internés alliés.

(3) ibid, page 493

vendredi 19 décembre 2025

9124 - l'heure de Singapour

Mountbatten, prononçant son allocution après la reddition de Singapour, 12 septembre 1945

… et la délégation japonaise qui se présente dans la soirée sur le croiseur Sussex semble effectivement si pressée de rendre les armes qu’un de ses officiers, visiblement agacé, reproche aux Britanniques d’être arrivés "deux heures en retard", et s’entend tranquillement répondre "ici, nous ne sommes pas à l’heure de Tokyo" (1)

Heure de Tokyo ou de Singapour, la reddition des quelque 77 000 hommes du général Itagaki n’en est pas moins actée peu après, et sera formalisée le 12 septembre suivant à l’hôtel de ville, en présence de Mountbatten lui-même.

Dans les rangs japonais, tout le monde n’accepte cependant pas cette reddition. Pour y échapper, plusieurs centaines d’officiers et de soldats ont recours au suicide, tandis que d’autres décident plutôt de rejoindre les rangs de la guérilla communiste qui, dans la Malaisie voisine, lutte déjà contre le retour des Britanniques.

Mais pour l’heure, tout se déroule en tout cas infiniment mieux qu’on ne pouvait l’espérer au départ, et la bonne volonté des Japonais ne manque d'ailleurs pas d’impressionner les Britanniques. 

Sur le destroyer Rotherham, qui a accosté à la base navale, un lieutenant observe ainsi que "sur la table étaient disposés de nombreux feuillets de papier de riz, des cartes de Singapour, chaque feuillet étant soigneusement indexé. Peu importe ce qu'on demandait, il semblait y avoir une carte indiquant tous les endroits où tout cela était stocké : obus de 4 pouces, seaux, pneus, nous les nommions, ils les avaient et nous pouvions être conduits immédiatement aux magasins où ils se trouvaient

En tant que premier lieutenant, j'étais impatient de dénicher des légumes frais pour l'équipage de mon navire. Les Japonais firent venir un lieutenant "Agriculture" qui, ayant reçu mon ordre, disparut rapidement. Il réapparut le long de Rotherham à onze heures ce soir-là avec un camion rempli d'ignames et de haricots frais – juste assez pour ravitailler une flottille entière. 

Ce lieutenant "Agriculture" fut une surprise pour nous. Apparemment, les Japonais avaient un officier de ce grade dans chaque base et sa mission était de veiller à ce que le territoire conquis soit utilisé à bon escient afin de subvenir aux besoins des troupes" (2)

(1) il n’y a en fait qu’une heure de différence entre Singapour et Tokyo

(2) Winton, op cit, page 485

jeudi 18 décembre 2025

9123 - la Perle de l'Empire

Le Myoko, à Singapour, en septembre 1945, en compagnie des sous-marins I-501 et -502
… Singapour, 4 septembre 1945

Mais deux semaines auparavant, un événement bien plus significatif s’est produit à Singapour, lorsque, dans le cadre de l’Opération Tiderace, des bâtiments de l’East Indies Fleet, après s’être affranchis des champs de mines, se sont présentés devant Singapour le 3 septembre, précédant d’une journée le convoi transportant les premiers éléments de la 5ème Division d’Infanterie indienne partie de Rangoon - libérée nous l’avons vu le 3 mai.

Pour reprendre Singapour, la fameuse Perle de l’Empire, Louis Mountbatten, Supreme Allied Commander South East Asia Command (SEAC), avait prévu, pour le 9 septembre, un débarquement mobilisant pas moins de 100 000 fantassins, et des centaines de navires et d’avions.

Mais l’annonce de la Capitulation japonaise, le 15 aout, lui a en quelque sorte coupé l’herbe sous le pied, et finalement ramené ce plan grandiose à des dimensions infiniment plus raisonnables mais comprenant tout de même quelque 90 navires de guerre, dont les cuirassés britannique Nelson et français Richelieu, sept porte-avions d’escorte (!) et plusieurs croiseurs, dont le Sussex.

En face, les Japonais, qui se sont emparés de l’île-forteresse le 15 février 1942, disposent encore de quelque 77 000 hommes, de plus d’une centaine d’avions, ainsi que d’une poignée de navires de guerre, parmi lesquels figurent les croiseurs Myōkō et Takao - tous les deux en si mauvais état qu’ils ne sont depuis longtemps plus utilisés que comme batteries à peine flottantes - mais aussi - rappelons-nous - le petit, très vieux, mais néanmoins indestructible destroyer Kamikaze ainsi que, pour l'anecdote, les sous-marins I-501 et I-502, autrement dit... les anciens U-181 et U-862 allemands, lesquels se trouvaient immobilisés à Singapour le jour de la Capitulation du Reich, et qui ont aussitôt été saisis et pris en compte par les Japonais !

Avec ces moyens, les Japonais, s’ils le voulaient, seraient certainement en mesure d’organiser une résistance coriace, mais leur Empereur-Dieu a parlé et il faut lui obéir, en sorte que le 20 aout, le commandant de la place, le général Seishiro Itagaki, a directement câblé à Mountbatten pour lui indiquer que lui-même et ses hommes se plieraient aux décisions du monarque, et rendraient les armes dès l’arrivée des forces britanniques…