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mercredi 7 juillet 2004

486 - Bleu outre-tombe















... Après l’affaire du Laconia, et la désastreuse tentative de sauvetage de ses passagers, la Kriegsmarine imposera des consignes très strictes à ses commandants, ce qui se traduira par un net durcissement du conflit.

Quant aux rescapés du Laconia, plusieurs bâtiments français finiront par en recueillir un bon millier, et notamment ceux qui avaient été pris en remorque par les U-506 et 507, lesquels avaient eu finalement plus de chance que le pauvre Hartenstein...

Il restait encore deux embarcations qui erraient sur l'océan. La dernière fut retrouvée le 21 octobre 1942, plus d'un mois après le torpillage. Elle ne comptait plus que 4 survivants sur les 51 qui y avaient pris place...

Déjà bien mal récompensé pour son beau geste, Werner Hartenstein rentra à Lorient, et en ressortit à la mi-janvier 1943 pour prendre la route de la Mer des Caraïbes.

Sa croisière s'achèvera misérablement le 8 mars 1943, sous les coups d'un bombardier B-24, du même type que celui qui l'avait attaqué alors qu'il remorquait les survivants du Laconia…

Triste fin pour un homme qui aurait mérité mieux, pour un soldat qui s'était efforcé à deux reprises de rendre la guerre un peu moins moche, pour un marin qui gît aujourd'hui, avec tout son équipage par 3 500 mètres de fond quelque part au large de la Barbade.

Dans un bleu outre-tombe

mardi 6 juillet 2004

485 - chacun pour soi et Dieu pour tous

... au large des côtes africaines, en ce 16 septembre 1942, apparaît soudain l'ennemi le plus redouté du submersible, celui qui, sans prévenir, jaillit du ciel sous la forme d'un gros hydravion ou d'un bombardier quadrimoteur.

Cette fois-ci, c'est un B-24 américain...

Hartenstein a déployé une grande croix rouge sur le pont. Il s'efforce d'entrer en contact avec l'équipage du bombardier. En vain. Quelques secondes plus tard, deux bombes s'abattent dans le sillage du U-156 qui remorque toujours les embarcations du Laconia, dont l'une chavire immédiatement...

Cette fois, c’est chacun pour soi et Dieu pour tous. Larguez les amarres. Et tant qu'on y est, que les Italiens et les Anglais pris à bord se jettent à l'eau car il est impossible de plonger avec eux !

Du coup, voilà les rescapés bons pour un deuxième naufrage tandis que les bombes continuent de pleuvoir autour d’eux. Il n'y aura que six survivants...

Hartenstein s'est enfui sans demander son reste, son bâtiment est endommagé, et lui même a pris un sérieux coup au moral. Il ne comprend pas pourquoi il a été bombardé en pleine opération humanitaire...

A Berlin, Dönitz subit les foudres d'Hitler qui, comme de coutume, écume de rage et tempête contre cet "humanisme" qui met en danger ses précieux sous-marins et les empêche de se livrer à l'activité pour laquelle ils sont conçus : donner la mort

Suivant le bon vieux principe des vases communicants, ce sera bientôt au tour du malheureux Hartenstein d'essuyer les remontrances de ses supérieurs, qui lui enjoignent de quitter les lieux sur l'heure et de ne plus participer à aucune opération de sauvetage...

lundi 5 juillet 2004

484 - une trève humanitaire












... Mis au courant de l'incident du Laconia, et de ses centaines de naufragés perdus en plein océan, l'amiral Dönitz, responsable de la flotte sous-marine, est très inquiet : avec pareille surcharge, comment l'U-156 pourrait-il s'esquiver en cas d'attaque ennemie ?

De son côté, Werner Hartenstein a eu une autre idée : nouer des contacts par voie diplomatique et faire accepter une trêve, pour raison humanitaire, le temps de permettre à un navire quelconque de se rendre sur les lieux pour y recueillir les survivants.

Sachant que ce genre de tractations prend toujours beaucoup de temps, il décide lui-même, sans en référer à ses supérieurs, de lancer un SOS, par radio et en anglais, à l'attention de tout navire se trouvant dans les parages, il donne la position du naufrage et s'engage à ne pas attaquer ce navire pourvu qu'il ne soit pas attaqué lui-même...

Du jamais vu en temps de guerre.

Dans un premier temps, cette démarche courageuse semble donner de bons résultats. Dans l'étroit poste radio du U-156, Hartenstein apprend qu'un sous-marin italien et trois autres U-booten font route vers lui, que les autorités françaises ont été contactées afin qu'elles envoient des navires de sauvetage venus du Sénégal.

Au matin du 14 septembre 1942, le U-156, transformé en navire-hôpital de fortune, a pu regrouper pas moins de 1.500 naufragés, groupés sur 22 canots et radeaux de sauvetage du Laconia. Et il en a personnellement repêché plus de 400, dont la moitié ont ensuite été répartis sur les canots disponibles.

L'équipage du sous-marin s'efforce de réconforter les blessés, de leur fournir des vivres et du café chaud dans l'attente des secours qui, leur dit-on, ne sauraient tarder.

Le 15, le U-506 apparaît à l'horizon. Hartenstein lui confie la moitié des Italiens recueillis à son bord. Puis les deux sous-marins, prenant les embarcations de sauvetage en remorque, mettent le cap sur Abidjan (Côte d'Ivoire) en suivant des itinéraires différents.

De son côté, le U-507 en a fait de même pour les canots qu'il a rencontrés sur sa route.

dimanche 4 juillet 2004

483 - l'affaire du Laconia











12 Septembre 1942, 20H00. Les yeux rivés au périscope du sous-marin U-156, Werner Hartenstein contemple avec attention, et pour la dernière fois, la silhouette d'un grand paquebot qui se dessine sous l'horizon.

C'est un 20 000 tonnes de la compagnie Cunard-White Star Line, le Laconia, lancé à plus de 25 noeuds au large du Golfe de Guinée, et qui navigue seul, sans la moindre escorte, comme le veut la règle habituelle du temps de guerre, où l'on considère que la vitesse de ces grands navires constitue leur meilleur atout pour se dérober aux attaques.

Par petites étapes, le "Laconia" ramène de Suez vers l'Angleterre près de 2 000 soldats, marins et aviateurs britanniques, quelques femmes et enfants, ainsi que... 1 800 prisonniers de guerre italiens, capturés à El Alamein en juillet et entassés à fond de cale, dans des conditions exécrables, sous la garde d'un peloton de soldats polonais.

A 20H07, deux torpilles jaillissent du U-156. L'une d'entre elles touche le paquebot à l'arrière, l'autre en plein milieu de la cale n°4 remplie de prisonniers. C'est un véritable massacre...

Le Laconia va sombrer en 50 minutes. Partout des cris et des hurlements. Dans les cales les italiens se battent avec leurs gardiens et tentent désespérément de s'enfuir par les hublots, les écoutilles, la moindre ouverture qui les conduirait vers la lumière, la liberté, vers la Vie. Beaucoup périront, noyés comme des rats.

Hartenstein a fait surface, il cherche à identifier sa victime. Soudain, on entend des cris, des appels à l'aide... en italien. On repêche quelques survivants. Et effectivement, ce sont bien des prisonniers italiens, donc des alliés. Il y en aurait plus de 1.500. Que faire ? On ne peut tout de même pas les abandonner au milieu de l'océan...

Hartenstein demande de nouveaux ordres. Sans attendre la réponse, il commence à faire monter les italiens à son bord, mais la mer grouille littéralement de centaines de naufragés qui s'accrochent à toutes les épaves possibles, et le sous-marin navigue, pour ainsi dire, en plein dedans.

Alors, de sa propre initiative, démarche incroyable dans cette guerre totale, Hartenstein contacte tous les bâtiments allemands dans les parages, leur expose la situation et sollicite leur aide.