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jeudi 24 mai 2012

3366 - l'espoir d'un meilleur jour

... si la réussite de la Corée du Sud, et le marasme de sa rivale du Nord, justifient en quelque sorte - bien qu’a posteriori - la guerre elle-même, on peut alors se demander si, en définitive, Douglas MacArthur n’avait pas eu raison de vouloir franchir le 38ème Parallèle, de provoquer la chute du régime de Kim Il-Sung, et enfin de réunifier toute la Corée sous celui de Syngman Rhee.

Certes, le grand homme avait, ce faisant, largement outrepassé ses ordres, gravement sous-estimé son adversaire, et totalement négligé le risque d’une intervention chinoise, ce qui, au bout du compte, avait provoqué une épouvantable catastrophe et une humiliante retraite, mais une fois le Front stabilisé, et une bonne partie du terrain reconquis, les successeurs de MacArthur - Matthew Ridgway et, surtout, James van Fleet - avaient nourri la même idée et souhaité prolonger au Nord leurs succès remportés au Sud.

A chaque fois, Washington, échaudé par l’expérience, avait tué leur rêve dans l’œuf, poussant par la suite les intéressés à le regretter amèrement et à estimer qu’ils auraient bel et bien pu, avec les moyens à leur disposition - et en particulier l’artillerie et l’aviation tactique – repousser Chinois et Nord-Coréens jusqu’au Yalu, et réussir ainsi là où MacArthur avait fini par échouer.

Mais même s’ils y étaient parvenus, ils n’auraient alors fait que placer les soldats américains, et par extension l’Amérique elle-même, à un jet de pierre de l’URSS et de la Chine communistes, c.-à-d. réussi à multiplier par beaucoup les risques - et les occasions - d’une confrontation majeure, autrement dit d’un nouveau conflit mondial.

A contrario, et aussi frustrante cette situation pouvait-elle sembler au lendemain de l’Armistice, maintenir les deux Corée en l’état créait une "zone tampon", donc un facteur d’apaisement entre les deux camps, et ce dans l’espoir qu’un jour, peut-être, ceux-ci puissent enfin se rencontrer autrement que dans le cadre d’un conflit armé

Mais ceci est une autre histoire...

mercredi 23 mai 2012

3365 - avec le recul du Temps...

... après l'agression nord-coréenne, les Occidentaux, et particulièrement les Américains, devaient-ils intervenir en Corée du Sud, c-à-d au profit d'une armée aussi inefficace et surtout d'un régime aussi impopulaire, corrompu et despotique que celui de Syngman Rhee ?

A l'évidence, cette intervention fut décidée sous de mauvais prétextes, qui tenaient bien davantage de la politique nationale et internationale des États-Unis que de la défense des civils sud-coréens, alors occupés à fuir en masse les troupes de Kim Il-Sung.

Quand l'agression fut enfin stoppée, et la Corée du Sud reconquise, ces mêmes prétextes allaient encore ravager ce malheureux pays pendant deux années de plus, et y faire des millions de morts et de blessés supplémentaires sans que, là encore, les Coréens, du Nord comme du Sud, aient la moindre voix au chapitre.

A la signature de l'Armistice, les deux dictateurs coréens, qui avaient entretemps été ramenés à leur point de départ, ne régnaient plus que sur d'immenses champs de ruines dont la possession ne valait certes pas les pleurs et les sacrifices consentis.

Pourtant, avec les années, la Corée du Sud finirait par profiter de cette guerre et, dans cette partie du monde, à devenir un modèle de développement et même de Démocratie alors que sa rivale du Nord, elle, n'en finirait pas de s'enfoncer dans la dictature et, après la chute de l'URSS, dans la noirceur d'une faillite économique si complète qu'elle allait là encore causer la mort de millions de personnes.

Deux évolutions et deux résultats fort différents bien que nés d'une même situation et d'un même affrontement, ce qui, quelque part, démontre qu'un bien peut parfois naître du mal et que la Guerre de Corée, finalement, n'avait peut-être pas été inutile...

mardi 22 mai 2012

3364 - les mêmes causes...

... Syngman Rhee était un despote corrompu mais c'était aussi un homme qui parlait fort bien anglais et avait fréquenté les meilleures écoles américaines et, surtout, c'était un homme qui croyait en Dieu et ne manquait jamais d'aller à la messe tout en professant les diatribes anticommunistes réglementaires et toujours si agréables à entendre.

Pour MacArthur, qui l'avait choisi sans même savoir qui il était, et pour Truman, qui le soutenait à bout de bras, Rhee était le meilleur candidat possible,... c-à-d celui qui éviterait à l'Amérique l'effort de devoir étudier la Corée et le Coréen !

Nullement satisfait du rôle - celui d'homme-lige - qu'on lui demandait de jouer, Rhee fit néanmoins tout ce qui était en son pouvoir pour se rebeller, par vanité personnelle bien sûr, mais aussi parce que, se sachant fort impopulaire chez lui, il se devait par conséquent de donner à son peuple la preuve de son indépendance.

Là encore, ces deux logiques antagonistes furent la source d'innombrables rancœurs et frustrations, ô combien nuisibles à la bonne marche des opérations sur le terrain, au point d'ailleurs d'ulcérer Washington qui, à plusieurs reprises, jongla avec l'idée d'évincer Rhee du Pouvoir mais dut à chaque fois y renoncer, faute d'avoir pu trouver un candidat plus "convenable".

La leçon, pourtant, ne fut pas retenue et, quinze ans plus tard, au Vietnam, pour s'éviter le difficile apprentissage du vietnamien et de la réalité vietnamienne, on vit à nouveau Washington défendre "son homme", Ngo Dinh Diem, lui aussi chrétien pratiquant, anticommuniste fervent... et despote corrompu et fort impopulaire dans son pays.

Les mêmes causes engendrant les mêmes effets, l'armée sud-vietnamienne et son Président se révélèrent eux aussi plus boulets qu'alliés, mais si les Américains furent à nouveau incapables d'améliorer la première, ils disposaient cette fois de plusieurs candidats "convenables" et en mesure de reprendre le rôle de Diem, comme le démontrerait d'ailleurs l'assassinat de ce dernier...






lundi 21 mai 2012

3363 - ... ou pas

... en Corée, les États-Unis s'étaient portés au secours non seulement d'une armée corrompue et inefficace mais aussi d'un régime politique corrompu et despotique.

Malgré les efforts déployés, et tout l'argent investi dans son équipement et sa formation, la ROK sud-coréenne ne s'améliora que marginalement sans jamais pouvoir rivaliser, sur le plan militaire, avec l'InMin Gun nord-coréenne.

Pour le soldat américain, et du modeste fantassin au général trois étoiles, son homologue sud-coréen demeura toujours un "gook", un "bridé" qui n'en faisait pas sa juste part et sur lequel on ne pouvait jamais compter, surtout en cas d'attaque ennemie, alors que ce dernier, lui, ne cessa jamais de considérer son allié américain comme un exploiteur colonial qui en exigeait au contraire bien trop et surtout qu'il prenne tous les risques à sa place.

Sur le terrain, cette incompréhension mutuelle fut la source d'innombrables rancœurs et de frustrations que Washington et Séoul ne furent pas en mesure de juguler avant l'Armistice mais qui se reproduisirent, quasiment à l'identique, et avec les mêmes conséquences une quinzaine d'années plus tard, lors de la Guerre du Vietnam.

Mais comment ces militaires que tout séparait auraient-ils pu mieux se comprendre sur le terrain et sous la mitraille alors que les politiques ne se comprenaient pas davantage et, dans le confort de leurs bureaux, ruminaient exactement les mêmes rancœurs et frustrations ?

Du reste, et bien avant la guerre, la Maison Blanche et le Département d'État n'avait jamais cherché à comprendre la Corée et les Coréens, mais seulement à y dénicher "des hommes à eux", c-à-d de simples "courroies de transmission" qui parleraient leur langue et, en dépit de tout ce qu'on pourrait leur reprocher au plan personnel, partageraient les intérêts de l'Amérique et sa vision du monde...

dimanche 20 mai 2012

3362 - en retenir les leçons...

... les guerres servent aussi de leçons, dont on décide - ou non - de tenir compte pour éviter - ou mieux se préparer - à un conflit futur.

Celle de Corée ne fit pas exception à la règle, encore que la leçon la plus efficace, dans le camp américain, ne fut certes pas la plus spectaculaire.

Avant la Corée, aucun général américain n'avait disposé à la fois d'une telle puissance de feu et d'une telle liberté de mouvements que Douglas MacArthur.

A la lumière de qui s'était passé, et considérant la probable évolution des armements futurs - en particulier la miniaturisation d'engins nucléaires tactiques - ce n'était manifestement pas une bonne idée, et pour une fois, tant la Maison Blanche que le Pentagone décidèrent d'agir main dans la main et de tout mettre en œuvre pour éviter semblable récidive.

Ainsi, dans les années qui suivraient, et en bien comme en mal, la main-mise du pouvoir civil sur les affaires militaires ne cesserait de s'accentuer, et aucun autre général américain ne serait par exemple autorisé à rester en poste aussi longtemps que MacArthur, donc à acquérir autant d'influence que lui.

Et même s'ils ne dédaignèrent pas, eux aussi, y aller de temps à autres, de déclarations bien senties à la Presse, William Westmoreland (au Vietnam) ou encore Norman Schwarzkopf (lors de la Guerre du Golfe) ne bénéficièrent jamais de la même liberté de ton et de critique que MacArthur ni, surtout, de la possibilité de devenir à leur tour d'authentiques stars des médias ayant constamment leur photo en première page

Quels que soit son intelligence, sa compréhension ou son talent militaire, conférer à nouveau autant de pouvoir et d'autonomie à un homme seul ne pouvait à l'évidence que provoquer une nouvelle catastrophe, et cette leçon-là, au moins, fut retenue...

samedi 19 mai 2012

3361 - l'amertume et l'ennui

... si la Guerre de Corée ne fut pas particulièrement sanglante - côté occidental s'entend ! - elle n'en laissa pas moins un goût amer à tous ceux qui y prirent part.

Et ce fut particulièrement vrai pour les soldats américains qui, contrairement à la guerre précédente, avait cette fois découvert l'ennui et le profond sentiment de dépression que procure un conflit où il ne se passe presque jamais rien et où on l'on n'a rien d'autre à faire, pendant des mois, qu'à tuer le temps comme on peut et faute d'un ennemi certes constamment présent mais toujours invisible.

Et quand enfin l'attente se transformait en véritable affrontement, suite à une attaque de l'un ou l'autre camp, le dit affrontement n'allait jamais plus loin que la colline immédiatement voisine de celle où il avait débuté, c-à-d une colline en tout point semblable et tout aussi dépourvue d'intérêt que les centaines d'autres que l'on occupait déjà ou pour lesquelles ont s'était déjà battu...

Dans ces conditions, chacun n'aspirait plus qu'à "rentrer au pays" le plus rapidement possible mais, et contrairement encore à la guerre précédente, c'était toujours pour découvrir qu'"au pays", cette guerre lointaine et aux motifs obscurs n'intéressait personne et surtout pas les civils, avides de se jeter corps et biens dans une nouvelle ère de prospérité.

Et lorsque la guerre se solda finalement par un match nul - qui pour les États-Unis représentait néanmoins un échec considérable - les vétérans américains se retrouvèrent, pour la première fois, sans rien à fêter si ce n'est, peut-être, la satisfaction individuelle d'en être tout simplement revenu vivant...

vendredi 18 mai 2012

3360 - la reine des batailles

... lors de la 2ème G.M., les fantassins américains s'étaient toujours considérés comme les parents pauvres de la "Grande Croisade pour la Démocratie" dont parlait le Président Roosevelt.

Mal aimé, mal considéré, moins bien payé, et surtout bien plus dangereux que dans la Marine ou l'Aviation, le service dans l'Infanterie était en effet rejeté par la quasi-totalité des fantassins, lesquels, dans les sondages menés à cette époque, avaient déclaré à plus de 90 % qu'ils ne se réengageraient pas dans cette arme s'ils avaient le choix (1).

Quelques années plus tard, en Corée, la situation était toujours la même... en pire, puisque les fantassins, qui étaient souvent les mêmes que lors de la guerre précédente, ne pouvaient cette fois pas compter sur le réconfort que procure toujours la victoire : tout espoir en ce sens s'étant en effet définitivement évanoui après la désastreuse retraite du Yalu.

Et ils ne pouvaient pas non plus compter sur le chaleureux accueil de populations libérées et semblables à eux : ethniquement, culturellement, linguistiquement, rien ne leur était plus étranger que ces Sud-Coréens énigmatiques, aux coutumes et au parler incompréhensibles.

L'un dans l'autre, le moral des fantassins, déjà fort limité, s'était rapidement effondré face à l'éloignement du pays natal, l'absence de perspectives, l'opiniâtreté d'un ennemi bien moins soucieux des pertes dans ses propres rangs, et aussi les difficultés de ce théâtre d'opérations coréen, où l'on pataugeait pendant des mois dans la neige, la boue et le froid des tranchées, sans le moindre espoir de pouvoir au moins en sortir au printemps tant la situation militaire ressemblait à s'y méprendre à celle de la Première Guerre mondiale...

(1) Saviez-vous que... - 2083

jeudi 17 mai 2012

3359 - ... mais un échec stratégique

... indispensable sur le plan tactique, c-à-d au-dessus du champ de bataille, l'Aviation de bombardement fut en revanche largement inefficace au niveau stratégique, autrement dit loin derrière les lignes ennemies.

N'en déplaise aux descendants de Giulio Douhet, et faute de pouvoir recourir à l'arme atomique, il ne pouvait d'ailleurs en être autrement.

Dans le ciel allemand, donc face à un pays aussi urbanisé que fortement industrialisé, les bombardiers britanniques et américains avaient déjà démontré leur impuissance à briser autant la production de guerre que la détermination de l'adversaire à poursuivre la lutte.

Il fallait donc être bien naïf pour imaginer que l'on pourrait faire mieux face à un pays aussi pauvre et primitif que la Corée du Nord, un pays par ailleurs montagneux et où l'on ne trouvait pour ainsi dire aucun objectif valant ne serait-ce que le prix d'une bombe.

Une fois les rares usines, ponts et noeuds ferroviaires nord-coréens détruits, et faute de pouvoir en faire de même en sol chinois, la poursuite des bombardements ne relevait donc plus que de l'intimidation, c-à-d d'une logique bien plus psychologique que militaire, et aux résultats d'autant plus incertains qu'elle concernait un pays plus dictatorial encore que le défunt Troisième Reich.

Pour ne rien arranger, les dits bombardements devaient encore s'effectuer au moyen de Boeing B-29, qui avaient certes fait leurs preuves dans le Pacifique mais avouaient désormais leur âge, et leur grande vulnérabilité, face aux nouveaux Mig soviétiques à réaction, ce qui allait contraindre l'État-major à limiter le nombre de leurs sorties, puis à ne plus les faire opérer que de nuit.

Rien d'étonnant dès lors à ce que les résultats concrets se soient finalement révélés fort maigres et surtout hors de proportion avec leur coût financier et humain.

Un constat amer mais implacable, et un constat qui, pourtant, n'allait nullement décourager les tenants du bombardement stratégique, lesquels, quinze ans plus tard, penseraient encore pouvoir faire mieux, et cette fois emporter la décision, au-dessus du Nord-Vietnam...

mercredi 16 mai 2012

3358 - un succès tactique...

... dans le domaine aérien, la Guerre de Corée consacra le triomphe des appareils à réaction qui, encore balbutiants lors de la 2ème G.M., renvoyèrent cette fois-ci définitivement leurs ancêtres à hélice vers les musées du monde entier.

Bien que désagréablement surprise, au début de la guerre, par l'apparition du Mig-15 soviétique - et par ses performances ! - l'USAF fut néanmoins en mesure de réagir très vite et d'expédier en Corée un appareil au moins équivalant, le F-86 "Sabre" qui, à sa manière, condamna lui aussi au musée tout ses homologues antérieurs.

Si les qualités et performances comparées du Mig et du Sabre, comme leurs palmarès respectifs, ont fait - et continuent de faire ! - l'objet de débats aussi passionnés que sans fin, le fait demeure qu'avec la venue du Sabre, les pilotes américains furent ensuite en mesure d'acquérir une totale suprématie aérienne dans le ciel coréen, puis de la maintenir jusqu'à l'Armistice du 27 juillet 1953.

Grâce à cela, les fantassins de l'ONU furent constamment en mesure de réclamer, et surtout d'obtenir, un soutien aérien où et quand ils le désiraient, ce qui, en d'innombrables occasions, leur évita tout simplement d'être écrasés par le nombre et la détermination de leurs adversaires, il est vrai bien moins préoccupés qu'eux par les pertes dans leurs propres rangs.

L'usage massif de cette "artillerie aérienne" contre laquelle Chinois et Nord-Coréens ne connaissaient aucun remède et dont ils ne pouvaient disposer eux-mêmes, permit de rééquilibrer les forces et, à la longue, de convaincre ces derniers qu'ils ne pourraient jamais l'emporter sur le terrain même en y sacrifiant des centaines de milliers d'hommes...






mardi 15 mai 2012

3357 - un ironique retour aux sources

... "ma Corée du Sud pour un tank !", c'était en quelque sorte ce que se disaient, à l'été 1950, les soldats américains et sud-coréens - quant à eux dépourvus de tels engins et par ailleurs dotés d'armes antichars inefficaces ! - lorsqu'ils apercevaient des T-34 nord-coréens.

Dans ces cas-là, la confrontation tournait le plus souvent au sauve-qui-peut, et il en fut ainsi pendant de longues et tragiques semaines, et en fait jusqu'à ce que les forces onusiennes soient en mesure d'utiliser une rivière - la Naktong - suffisamment large et profonde pour faire barrage à ces monstres d'acier et leur laisser ainsi à eux le temps de se regrouper autour de Pusan et y faire venir... des tanks Sherman, Pershing ou Patton enfin capables de lutter à armes égales avec les T-34.

Mais si l'équilibre des forces avait ainsi été rétabli, les tanks étaient toujours loin de représenter la panacée sur le théâtre coréen, comme la désastreuse retraite depuis le Yalu, à l'hiver, et face à des fantassins chinois qui ne possédaient pourtant que des mortiers et de simples mitrailleuses, allait encore le démontrer.

Et de toute manière, lorsque le conflit se transforma, à partir du printemps 1951, en simple guerre de positions, les tanks ne furent quasiment plus utilisés que comme artillerie mobile, c-à-d comme moyens de fournir rapidement une puissance de feu supplémentaire à des fantassins quant à eux terrés dans leurs tranchées et leurs casemates comme aux pires heures de 1914-1918,... une guerre que les premiers tanks, ironiquement, avaient pourtant réussi à sortir de son immobilisme...

lundi 14 mai 2012

3356 - ma Corée pour un tank

... comme toutes les guerres, celle de Corée fut aussi l'occasion de tester de nouveaux matériels, de valider des tactiques... et d'en invalider d'autres.

Avant le conflit, les spécialistes de l'arme blindée considéraient ainsi que la Corée, généreusement dotée en forêts, collines et montagnes mais presque totalement dépourvue de routes et de ponts, constituait un des pires endroits au monde pour les tanks.

C'est cette raison, et aussi la volonté de ne pas attiser les velléités belliqueuses de Syngman Rhee, qui avait d'ailleurs poussé les Américains à ne pas stationner un seul tank en Corée du Sud.

Au Pentagone, on savait certes que Kim Il-Sung, lui, disposait de plusieurs centaines de tanks T-34, mais on estimait que les Nord-Coréens - que personne n'imaginait très intelligents ni très habiles - ne les possédaient que pour la parade et seraient bien incapables de les utiliser sur le terrain.

En cas de conflit sur le sol coréen, ces lourds et patauds engins seraient, pensait-on, aussi à leur aise que des éléphants dans un magasin de porcelaine et de toute manière très vulnérables aux armes anti-tanks, canons et bazookas, dont  le Sud était doté.

Le raisonnement était sans doute vrai sur le papier, dans le calme et le confort d'un bureau d'État-major, mais en pratique, il s'avéra calamiteux, d'abord parce que l'Histoire avait déjà amplement démontré que les fantassins, quelle que soit leur nationalité, préféraient toujours affronter des tanks avec plusieurs pouces d'acier autour d'eux- autrement dit dans un autre tank - plutôt qu'avec la seule protection de leur casque et de leur uniforme, et ensuite parce que les armes anti-tanks dont disposaient Américains et Sud-Coréens au début du conflit n'était tout simplement pas efficaces contre les T-34, même à (très) courte distance...

dimanche 13 mai 2012

3355 - grandeur et déchéance

... si les responsabilités sont relativement faciles à déterminer au sein des forces onusiennes, il en va tout autrement dans le camp communiste, où le secret a toujours été de mise, et où les éventuels témoins des faiblesses et erreurs de leurs chefs n'ont jamais été autorisés à les exposer publiquement si ce n'est, bien sûr, sur ordres et lorsque les dits chefs, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, étaient eux-mêmes tombés en disgrâce et qu'il importait donc de les "charger" au maximum.

Ainsi en fut-il de Peng Dehuaï lui-même qui, après avoir déjoué le "génie militaire" de MacArthur, écrasé ses troupes sur le terrain, et brillamment mené les forces chinoises du Yalu jusqu'à Séoul, s'avéra ensuite incapable d'aller au-delà et surtout de trouver une issue à la guerre d'attrition que lui imposait maintenant Ridgway, soit la seule guerre que les États-Unis étaient susceptibles de gagner ou du moins de ne pas perdre face à la Chine communiste.

Malgré tous les efforts de Peng, et le sacrifice de centaines de milliers de soldats, l'armée chinoise dut à son tour battre en retraite, et Mao finalement consentir à un armistice.

Nommé Ministre de la Défense en 1954, et maréchal l'année suivante, Peng avait du moins échappé au blâme mais, en 1959, ses critiques à l'encontre des résultats, catastrophiques, du "Grand Bond en avant" - critiques que Mao lui avait lui-même demander de coucher par écrit ! - allaient finalement causer sa perte.

Bientôt démis de la plupart de ses responsabilités, et assigné à résidence, Peng fut, à partir de 1966, la cible privilégiée des fameux "Gardes rouges" : régulièrement exhibé, humilié, battu en public, et sommé d'avouer ses crimes, ce pourtant vieux compagnon de lutte de Mao fut finalement jeté en prison où il s'éteignit, faute de soins, en novembre 1974, à l'âge de 76 ans...

samedi 12 mai 2012

3354 - les malgré nous

... mais cette Guerre de Corée aurait néanmoins été fort différente, et assurément plus brève, si les Sud-Coréens, qui étaient tout de même les premiers intéressés à l'affaire, avaient réussi à assumer leur juste part du fardeau militaire.

Hélas, s'ils furent constamment les plus nombreux parmi les forces onusiennes, les malheureux soldats de la ROK ne furent nullement à la hauteur de la tâche et auraient assurément perdu la partie, et leur pays, sans l'aide de leurs alliés occidentaux.

Au début, on pouvait certes blâmer le manque de formation et de matériel. Mais même lorsqu'elle fut entièrement équipée et entraînée par les Américains, et aux frais de ces derniers, la ROK, à l'instar de l'armée italienne lors de la 2ème G.M., demeura un constant sujet de railleries.

A d'innombrables reprises, des bataillons entiers se débandèrent et s'évanouirent dans la nature en abandonnant armes et matériels dès les premiers coups de clairon annonçant une future attaque chinoise, et lorsqu'il leur arrivait de partir elles-mêmes à l'offensive, les unités de la ROK ne tardaient jamais à réclamer de leurs alliés le soutien aérien et terrestre sans lequel elles s'avéraient incapables de conserver leurs positions.

C'étaient pourtant les mêmes paysans, sous-payés, le plus souvent analphabètes et enrôlés contre leur gré, qu'on retrouvait, avec pourtant de tout autres résultats, au sein de l'InMin Gun nord-coréenne. Mais si le régime de Syngman Rhee ne le cédait en rien  à celui de Kim Il-Sung au chapitre de la dictature, il s'avérait manifestement bien moins capable de mobiliser ses ouailles et de les inciter à risquer leur vie pour la cause.

En Corée du Sud, comme plus tard au Sud-Vietnam, échapper à l'enrôlement, et donc à la guerre, constituait d'ailleurs une forme de sport national, dans lequel les riches excellaient tout particulièrement. Et lorsque ceux-là se retrouvaient malgré tout sous les drapeaux, comme officiers, la plupart d'entre eux demeuraient toujours, selon la propre opinion de leurs alliés américains, "des opportunistes vénaux" chez qui "le vol, la corruption, le chantage et les pots-de-vin étaient monnaie courante"

Il existait, bien sûr, de notables exceptions, comme le général Paik Sung-Yup, et aussi quelques formations d'élite qui ne le cédaient à personne sur le terrain mais, globalement, et à effectifs égaux, les unités sud-coréennes demeurèrent toujours à la traîne de leurs alliés et, a fortiori, de leurs adversaires...

vendredi 11 mai 2012

3353 - le principe de Peter


... il y a des généraux, comme Douglas MacArthur, dont le génie - du moins celui qu'on leur attribue - dissimule - du moins pour un temps - les nombreuses faiblesses, et d'autres, comme Edward Almond, chez qui les faiblesses sont à ce point évidentes qu'on ne cesse de se demander par quel miracle ils ont quand même pu obtenir leur poste.

Et il y en a d'autres, comme Walton Walker, qu'on sait sans génie mais honnêtes et travailleurs, et dont on loue le dynamisme et la ténacité jusqu'au jour où les circonstances de la guerre forcent à reconnaître que les dites qualités ne suffisent plus et que l'intéressé vient de heurter, et même de se fracasser, sur le Principe de Peter.

Ancien compagnon de route de George Patton, Walton Walker avait ainsi fait merveille à Pusan, mais le vernis avait commencé à craquer lorsqu'il avait dû abandonner sa posture purement défensive et endosser l'uniforme de l'attaquant, remontant alors vers le Nord de la Corée avec une lenteur qui n'avait cessé d'ulcérer le grand MacArthur.

Certes, MacArthur entendait brûler les étapes mais si Walker, lui, avait pris tout son temps, il n'en avait hélas pas profité pour peaufiner ses défenses et se préparer à une éventuelle retraite, en sorte que lorsque les Chinois avaient frappé, la 8ème Armée avait été prise totalement au dépourvu, et la 2ème Division d'Infanterie complètement anéantie sur la route de Kunu-ri à Sunchon.

L'ampleur du désastre avait alors tellement frappé Walker qu'il avait aussitôt renoncé à toute idée d'organiser une ligne de défense, et préféré repasser immédiatement le 38ème Parallèle avec la totalité de ses hommes, dont la plupart n'avaient même pas combattu.

On ne saura jamais si, face à l'offensive chinoise, une telle défense aurait été possible, mais la décision de ne pas l'organiser avait en tout cas condamné les forces onusiennes à perdre tout le terrain difficilement gagné au cours des mois précédents, puis à combattre en Corée deux années de plus..

jeudi 10 mai 2012

3352 - trois étoiles

... poussées en avant par les rêves futiles de MacArthur, et avec seulement les mauvais renseignements de Willoughby en mains, les troupes onusiennes qui marchaient vers le Yalu ne pouvaient échapper au désastre.

Mais le nombre de morts, de blessés,… et de survivants, dépendait, lui, et comme toujours, du matériel et des armes disponibles, de l’entraînement et de la discipline des soldats, et, last but not least, des qualités de ceux qui les avaient menés à la catastrophe et devaient à présent les en faire sortir.

A Chosin, le problème portait un nom : Edward Almond, un homme que MacArthur, bousculant une fois de plus la hiérarchie et toutes les convenances établies, avait spécialement placé à la tête du Xème Corps bien moins pour ses qualités militaires que pour son absolue dévotion à sa personne et à ses objectifs, en lui promettant, en échange, la troisième étoile après laquelle il courait en vain depuis la 2ème G.M.

Rien d’étonnant dès lors à ce que, sur la longue et mortelle retraite de Chosin à Hungnam, les Marines, qui constituaient pourtant l’élite de l’armée américaine, aient constamment maudit le nom d’Edward Almond et, plus tard, refusé de servir à nouveau sous ses ordres.

Lorsque Matthew Ridgway, suite à ce désastre et à la mort de Walton Walker, lorsque Matthew Ridgway avait repris le commandement de la 8ème Armée, il s’était empressé d’y réintégrer le Xème Corps… sans pour autant aller jusqu’à limoger Almond et à le renvoyer aux États-Unis.

Bien que désormais mieux contrôlé, et ayant par ailleurs vu son influence considérablement réduite sur le terrain, Almond n’en continua pas moins de multiplier les erreurs de commandement coûteuses en vies humaines, et ce jusqu’à l’obtention de sa troisième étoile.

Lorsqu'on l'interrogeait, Ridgway affirmait toujours qu’il avait conservé Almond pour ses qualités "d’agressivité", il est vrai fort rares chez les officiers américains en Corée, mais la véritable raison était sans doute que lui non plus n’avait pas voulu attaquer MacArthur de front, et avait donc préféré attendre que ce dernier s’exclue lui-même du jeu avant "d’inviter" Almond à troquer son insatisfaisant commandement coréen pour celui, bien plus paisible, de l’U.S. Army War College, dont il se retira en 1953 pour prendre sa retraite et travailler ensuite dans le monde de l’assurance, et ce jusqu’à sa mort en 1979, à l’âge de 86 ans...

mercredi 9 mai 2012

3351 - faute de renseignements...

... s'il occupe quasiment toute la place, Douglas MacArthur n'est assurément pas le seul militaire à blâmer dans la tragédie coréenne.

Infiniment moins connu que lui, le Brigadier général Charles Willoughby n'en occupe pas moins une place de choix au Panthéon des échecs : de l'agression nord-coréenne en juin 1950 au limogeage de MacArthur en avril 1951, en passant bien sûr par la grande offensive chinoise de novembre 1950, le service de renseignement dirigé par l'intéressé - et le seul autorisé par MacArthur en Corée ! - s'avéra en effet systématiquement incapable de deviner les intentions de l'adversaire comme d'en apprécier les effectifs et la valeur.

Pour ceux qui le côtoyèrent durant cette période, Willoughby n'était qu'un vulgaire amateur, même pas éclairé, et surtout un amateur qui ne livrait jamais à MacArthur - et à travers lui à l'ensemble de l'appareil politico-militaire américain - que les informations que MacArthur avait envie de lire ou d'entendre

Lors de la Guerre du Pacifique, cette constante volonté de ne jamais rien révéler de déplaisant à son chef, qu'il servait depuis 1941, avait déjà coûté fort cher, notamment à Peleliu, mais en Corée, elle atteignit des proportions dramatiques et véritablement criminelles, en particulier après le franchissement du 38ème Parallèle, lorsque l'intéressé ne cessa plus de sous-estimer - et dans des proportions gigantesques ! - le nombre de soldats chinois ayant déjà franchi le Yalu en prévision de leur offensive.

MacArthur, qui savait que ce genre d'informations bouleverserait le Pentagone et la Maison Blanche au point de les pousser à sonner la retraite, MacArthur n'avait évidemment aucune envie d'apprendre que des centaines de milliers de soldats chinois se trouvaient déjà entre lui et son objectif de réunifier toute la Corée à l'ombre du drapeau américain, mais des milliers de soldats Nations-Unies, en ce compris américains, allaient bel et bien payer cet aveuglement volontaire de leur propre vie...

Constamment dans l'ombre du grand homme, Willoughby n'eut d'autre choix que de prendre sa retraite et de quitter l'armée peu après le congédiement de ce dernier, ce qui ne l'empêcha pas de continuer à travailler comme lobbyiste et conseiller plus ou moins occulte, d'abord au profit du général Franco (dont il avait, tout comme MacArthur, toujours été un fervent admirateur), puis à celui de diverses organisations d'extrême-droite, et ce jusqu'à sa mort, en octobre 1972, à l'âge de 80 ans...

mardi 8 mai 2012

3350 - du premier au dernier acte

... dans l’imaginaire collectif, le Président des États-Unis est, dit-on, "l’homme le plus puissant du monde".

Mais en Corée, à la fin de 1950, c’était bel et bien un général, Douglas MacArthur, qui tenait le gros bout du bâton et, au mépris des instructions du Président, s’était enfoncé de plus en plus loin au-delà du 38ème Parallèle et sans que le Président, pourtant dûment prévenu, ne s’y oppose.

Avec les élections de 1952 comme horizon politique, Truman avait assurément de bonnes raisons de ne pas vouloir se mettre à dos un homme aussi populaire que MacArthur, mais en regard des milliers de vies, en ce compris américaines, ainsi exposées et finalement sacrifiées à un péril prévisible, cela ne saurait constituer une excuse !

Lorsque, suite à l’attaque chinoise, Walker, et finalement MacArthur, prirent unilatéralement la décision de repasser le 38ème Parallèle, Truman, même s’il l’aurait dû, et alors qu’il l’aurait pu, ne s’y opposa pas davantage.

Et lorsque Truman prit finalement la décision de limoger MacArthur, c’est uniquement parce que ce dernier, depuis la retraite du Yalu, avait tout fait, et probablement volontairement, pour qu’il en soit ainsi et que le Président n’aie plus d’autre choix que le risque d’une guerre ouverte avec la Chine communiste ou celui, malgré tout considérable, de son congédiement.

Au bout du compte, le Président avait choisi de se débarrasser du général mais, du premier au dernier acte, c’est bel et bien le général qui avait dicté la partition, et le tempo, au Président ce qui, et quelle que soit la façon dont on l’analyse, est tout sauf à l’honneur de ce dernier...

lundi 7 mai 2012

3349 - un commandant pas vraiment en chef...

... face à l'immense Douglas MacArthur, et parce qu'il se savait "Président par accident", Harry Truman avait lui aussi préféré jouer l'apaisement, et même accepté l'affront que ce dernier lui avait, en déclinant à plusieurs reprises son invitation à le rencontrer.

Le fait qu'un simple général, fut-il à cinq étoiles, ait pu, en toute impunité refuser les invitations réitérées du Président des États-Unis, autrement dit de son commandant-en-chef, tout cela en disait déjà long sur le pouvoir du premier et l'impuissance du second qui, ayant de toute manière bien d'autres ennemis à affronter à Washington, avait donc laissé MacArthur, devenu "Supreme Commander for the Allied Powers", faire à peu près ce qu'il voulait en Asie

Sans doute Truman se disait-il que le Temps, ou plus exactement l'âge de MacArthur, qui marchait tranquillement vers ses 70 ans, réglerait le problème de lui-même et surtout sans inconvénient pour lui, mais une nouvelle guerre - celle de Corée - était survenue, forçant du même coup le général à revenir à l'avant-scène et le Président à céder toute la place à cet homme bien plus populaire que lui.

Pendant des mois, les combats avaient fait rage sans que le Président aie la moindre influence sur leur déroulement et surtout sur un MacArthur qui n'écoutait personne et ne tirait ses ordres que de lui-même.

Après Inchon et la reconquête de Séoul, Truman autant fasciné par le grand homme qu'attiré par la perspective de réunifier toute la Corée à l'ombre du drapeau américain, Truman, donc, ne s'était nullement opposé à la volonté du dit grand homme de franchir le 38ème Parallèle.

Et s'il y avait mis des conditions, c'était aussi en sachant que MacArthur n'en ferait de toute manière qu'à sa tête et sans qu'il soit à nouveau en mesure de s'y opposer...

dimanche 6 mai 2012

3348 - la création d'un monstre

... pendant plus d'une décennie, les hauts responsables du Pentagone avaient donc gravement failli à leur devoir et laissé se développer, sans la moindre retenue, l'ego démesuré d'un homme, Douglas MacArthur, qui estimait n'avoir de comptes à rendre qu'à lui-même et sa postérité.

Mais si ces militaires avaient ainsi largement contribué à créer un monstre incontrôlable bien qu'issu de leurs rangs, ils n'avaient en vérité fait qu'imiter les politiciens, lesquels étaient tout autant fascinés qu'eux par le charisme et la popularité du monstre que terrifiés par l'idée de s'en faire un ennemi.

Face à MacArthur, et malgré sa grande popularité personnelle, le Président Roosevelt avait d'ailleurs toujours joué la carte de l'apaisement et laissé ainsi le grand homme faire ce qu'il voulait dans ses Philippines d'adoption où, dans l'avant-guerre, il régnait comme un véritable proconsul romain.

A maintes reprises, Roosevelt avait même carrément abdiqué face à MacArthur, en particulier en juillet 1944 lorsque l'intéressé avait réussi à imposer son idée de reconquérir ses chères Philippines contre l'avis des amiraux King et Nimitz et du Président lui-même (1)

Et après la mort de Roosevelt, c'est encore MacArthur qui avait tiré tout le profit de la Capitulation japonaise, ne laissant que des miettes de gloire à un Harry Truman qui n'était devenu Président que par accident et qui ne réussirait jamais, malgré d'indéniables qualités, à faire oublier son prédécesseur...

(1) Saviez-vous que... 2706 à 2708

samedi 5 mai 2012

3347 - une si longue impuissance...

... si l'impuissance des plus hauts responsables du Pentagone devant MacArthur avait eu des conséquences tragiques en Corée, elle ne constituait cependant pas une première.

Lors de la Guerre du Pacifique déjà, personne parmi eux n'avait osé reprocher au grand homme d'avoir condamné ses hommes à la captivité et de s'être lui-même enfui de Corregidor certes sur ordre de la Maison Blanche mais avec épouse et domesticité au grand complet, ni, plus tard, d'avoir fait de la reconquête des Philippines une affaire quasiment privée et pour finir dépourvue de tout intérêt et nécessité militaires (1)

Dans le Pacifique, et plus tard en Corée, personne ne s'était non plus objecté à ce que MacArthur dispose de son propre service de renseignements pour tous les territoires soumis à sa juridiction ni, surtout, à ce que le dit service - qui lui était bien évidemment entièrement dévoué et ne lui disait jamais que ce qu'il voulait entendre - soit le seul autorisé dans ces zones !

Pas dupe pour un sou, George Marshall, alors chef d'État-major de l'Armée, avait certes reproché à MacArthur d'entretenir une "Cour" plutôt qu'un État-major digne de ce nom.

Mais si ce reproche trahissait un réel malaise et une profonde inquiétude, même le grand George Marshall n'avait pas osé aller au-delà et MacArthur, lui, s'était contenté d'oublier cette remarque, à supposer-même qu'il l'ait entendue...

(1) Saviez-vous que... "I came out of Bataan and I shall return"