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samedi 14 février 2004

341 - belogen und betrogen

... Avec la Paix, et l'effroyable bilan des pertes humaines, vint la volonté de savoir comment "on en était arrivé là", comment des individus finalement très ordinaires, adorant leur femme et leurs enfants, avaient pu partir à la conquête du Monde, bâtir des camps d'extermination , et envoyer des millions de personnes à la Mort.

Cherchant à déchiffrer les mystères du "suivisme allemand", qui avait vu pays entier, en ce compris les communistes les plus convaincus, renoncer à la démocratie pour se tenir derrière son Führer jusqu'à la fin , les experts du SHAEF interrogèrent plus de 300 généraux allemands capturés. Dans les conclusions de leur rapport on peut lire:

"Ces généraux approuvent tout acte qui réussit. Le succès est bon. Ce qui ne réussit pas est mauvais. Il était, par exemple, mauvais de persécuter les Juifs avant la guerre car cela a dressé les Anglo-américains contre l'Allemagne. Il aurait été bon d'ajourner la campagne antijuive pour ne la commencer que lorsque l'Allemagne aurait eu gagné la guerre".


Le général Blumentritt ajoutait même que si les nazis n'avaient pas persécuté les Juifs dès 1933, des savants tels qu'Einstein "auraient pu aider l'Allemagne à produire de meilleures armes", et même à finaliser la bombe atomique, étudiée à l'Institut Kaiser Wilhelm de Berlin.

De même, "il était mauvais de bombarder l'Angleterre en 1940. Si l'on s'en était abstenu, la Grande-Bretagne se serait jointe à Hitler dans la guerre contre la Russie. Il était mauvais de traiter les Russes et les Polonais comme du bétail, car maintenant, ils vont traiter les Allemands de la même façon (...) Il ne s'agit pas là de déclarations isolées de généraux pronazis, mais des réflexions de presque tous ces hommes. Qu'il soit moralement inadmissible d'exterminer une race ou de massacrer les prisonniers leur apparaît à peine. La seule horreur qu'ils ressentent à l'endroit des crimes allemands est qu'ils pourraient eux-mêmes, par quelque monstrueuse injustice, en être accusés par les Alliés"

Cette fuite devant toute responsabilité, cette revendication du statut de victime injustement poursuivie, était aussi le fait de la population civile, qui ne cessait de parler des bombardements alliés mais se réfugiait dans un silence buté dès qu'on lui rappelait que c'était la Luftwaffe qui, à Guernica, Varsovie ou Rotterdam, avait inauguré la logique du bombardement des villes.

Et lorsque, par extraordinaire, ils consentaient enfin à reconnaître la réalité de l'horreur nationale-socialiste, ils en rendaient "la direction", "les chefs", et in fine "Le Führer", pour seuls responsables. Eux n'étaient coupables de rien. Ils avaient été "belogen und betrogen", trahis et trompés.

Et comment leur en faire reproche quand, à des milliers de kilomètres de là, à l'autre bout du monde, d'autres "trahis et trompés" préparaient également une défense identique...

vendredi 13 février 2004

340 - après la guerre

... ... la seule prise de Berlin avait coûté à l'armée rouge plus de 78 000 tués et 274 000 blessés, souvent par excès de précipitation, par gloriole, ou pour le seul désir d'arriver dans la ville avant les Anglo-américains

Ayant vaincu la "Bête fasciste", les soldats russes découvraient maintenant en Allemagne un sentiment de liberté jusqu'alors inconnu, et mesuraient l'écart de niveau de vie existant entre l'Allemagne et l'URSS

Très vite, le Kremlin s'en inquiéta, et prit les mesures appropriées : de 1944 à 1945, la proportion d'arrestations politiques au sein de l'Armée rouge doubla. Plus de 135 000 soldats et officiers furent condamnés pour "crimes contre-révolutionnaires".

Le destin fut encore plus tragique pour les centaines de milliers de prisonniers de guerre russes qui avaient été libérés par les Alliés occidentaux

Souvent déclarés "morts pour la Patrie", et ayant été soumis durant leurs années de détention à de la "propagande contre-révolutionnaire", ils avaient toutes les raisons de craindre la colère de Staline, et guère envie de retourner en URSS

Dans ce qui restera comme un des épisodes les moins glorieux de l'Histoire occidentale, il fallut les y contraindre, parfois à coups de baïonnettes, sous le prétexte qu'ils étaient Russes, que la Russie les réclamait et que Staline avait menacé, si on ne les lui rendait pas, de prolonger le "séjour" des prisonniers de guerre occidentaux libérés par l'Armée rouge dans les zones à présent sous sa juridiction.

Pour recevoir dignement ces compatriotes "égarés", des dizaines de camps d'internement furent créés en URSS, où les attendaient un peloton d'exécution,... ou les spécialistes des spécialistes du NKVD et du SMERCH.

Sur 1 800 000 anciens prisonniers de guerre, plus de 1 500 000 furent ainsi envoyés croupir des années durant dans des goulags ou des "bataillons de travailleurs sibériens"...

jeudi 12 février 2004

339 - Berlin, année zéro

... dans le Berlin de l'immédiat après-guerre, il ne restait plus que 8 500 lits d'hôpitaux sur 33 000. Il n'y avait plus d'électricité, plus d'eau et plus de gaz.

Un million de personnes avaient vu leur logement réduit en cendres. Et lorsque les Berlinois voulaient se rendre dans un autre secteur de la ville - ne serait-ce que pour chercher de la nourriture - ils n'avaient d'autre choix que de le faire à pieds : 95% du réseau de tramway était détruit, et le métro, inondé.

Pour autant, leur sort aurait paru enviable à leurs compatriotes de Poméranie, de Silésie, et surtout de Prusse orientale, où la population de 2 200 000 habitants en 1940 avait été réduite à 193 000 en mai 1945.

(...) "la terre même avait été rendue impropre à l'exploitation pour plusieurs années. Les maisons avaient été soit brûlées soit dépouillées de leurs installations les plus élémentaires. Des ampoules électriques avaient été volées par des paysans soviétiques qui n'avaient même pas l'électricité chez eux. Les fermes étaient zone morte, tout le bétail ayant été abattu ou envoyé en Russie

(...) Mais le sort des civils qui n'avaient pu s'échapper était plus tragique encore. La plupart des femmes et des jeunes-filles furent conduites à marches forcées en Union soviétique et contraintes de travailler dans des forêts, des tourbières et des canaux quinze à seize heures par jour. Un peu plus de la moitié d'entre elles périrent dans les deux années qui suivirent. La moitié des survivantes avaient été violées et, quand elles furent renvoyées dans la zone d'occupation soviétique d'Allemagne, en avril 1947, la plupart durent être immédiatement hospitalisées, souffrant de tuberculose ou de maladies vénériennes"


Soixante ans plus tard, les survivants de ces 14 millions de réfugiés attendent toujours des excuses, une indemnisation, ou un "droit au retour" sanctifié par les Nations Unies et la communauté internationale.

Leur tort fut sans doute de ne pas naître palestiniens...

mercredi 11 février 2004

338 - avortements massifs

... aux souffrances physiques et morales, au risque de voir s'enfuir leur époux ou leur fiancé, bon nombre des quelque deux millions d'Allemandes violées par des soldats russes durent hélas ajouter les maladies vénériennes et les grossesses non désirées.

De fait, la pénicilline devint bientôt le produit le plus recherché sur le marché noir, tandis que le nombre d'avortements, officiellement autorisés, grimpait en flèche.

"On estime qu'environ 90% des femmes devenues enceintes à la suite de viols se firent avorter. Parmi celles qui accouchèrent, beaucoup abandonnèrent l'enfant à l'hôpital, sachant que leur mari ou leur fiancé ne l'accepterait jamais"

A la longue, ces histoires d'horreur finirent par circuler dans la Presse internationale, et par remonter jusqu'au Kremlin, qui s'inquiéta de la mauvaise réputation à présent véhiculée par l'armée rouge.

Pourtant, le 3 août 1945, trois mois après la chute de Berlin, le maréchal Joukov était encore obligé de prendre des mesures contre "le brigandage, les violences physiques et les comportements scandaleux" dont ses hommes se rendaient coupables.

Mais bien plus que les réprimandes des officiers, ou l'indignation des commissaires politiques, ce fut la faim qui s'avéra en définitive la meilleure arme contre le viol.

A quoi bon encore user de violence si on pouvait obtenir de la même fille, à présent affamée, qu'elle se donne plus ou moins volontairement, en échange d'un peu de pain ou d'un petit morceau de viande.

L'Histoire n'ayant rien à voir avec la morale, on vit bientôt se former des couples réguliers et même, dans certains cas, des soldats et des officiers soviétiques refuser de rentrer au pays, et déserter, afin de rester avec la compagne allemande qu'ils avaient, à la longue, fini par apprécier...

mardi 10 février 2004

337 - "Vous allez nous valoir des ennuis à tous"

... pour les hommes, le viol généralisé de leurs compagnes fut également une aventure traumatisante, à fortiori s'ils avaient été contraints d'assister à la scène sans rien pouvoir tenter pour l'empêcher.

"Hanna Gerlitz, s'était donnée à deux officiers soviétiques ivres afin de sauver son mari et elle-même. Ensuite, écrivit-elle, j'ai dû consoler mon mari et l'aider à reprendre courage. Il pleurait comme un bébé"

(...) On rapporta à Ursula von Kardorff le cas d'un jeune aristocrate qui rompit immédiatement ses fiançailles en apprenant que celle qu'il devait épouser avait été violée par cinq soldats russes".

D'autres quittaient carrément foyer, épouse et enfants, pour ne jamais revenir.

Il faut dire que contrairement à une légende tenace, à laquelle s'accrochent les hommes depuis la Nuit des Temps, la plupart d'entre eux avaient préféré détourner les yeux plutôt que de se précipiter héroïquement pour sauver du viol collectif leur épouse ou leur fiancée

"Si quelqu'un tentait de défendre une femme contre des assaillants soviétiques, c'était bien souvent un père voulant protéger sa fille ou un fils venant au secours de sa mère. Un garçon de treize ans, Dieter Sahl, se jeta ainsi, poings en avant, sur un Russe qui violait sa mère devant lui. Il ne réussit qu'à se faire tuer (...) On pourrait citer à l'inverse celui d'un homme criant à une de ses voisines que des soldats soviétiques entraînaient : "Laissez-vous faire pour l'amour du Ciel ! Vous allez nous valoir des ennuis à tous"

lundi 9 février 2004

336 - la chasse aux femmes

















... même après la fin des combats, les Berlinoises se cloîtraient chez elles, en particulier le soir.

"Leurs mères ne se hasardaient dans les rues pour aller chercher de l'eau que très tôt le matin, quand les soldats soviétiques cuvaient encore leur alcool de la veille. Il arrivait qu'une mère indique aux Russes la cachette d'autres filles dans l'espoir de préserver les siennes. Toutes les vitres ayant été brisées, on entendait distinctement, toutes les nuits, les hurlements des victimes"

De fait, les hôpitaux berlinois estimèrent que 95 000 à 130 000 femmes avaient été violées dans la ville, dont environ 10 000 étaient mortes par la suite, souvent par suicide.

Au total, on estima que deux millions d'Allemandes avaient ainsi été violées, souvent par plusieurs hommes à la fois

"Ainsi, une amie d'Ursula von Kardorff fut violée par vingt-trois soldats, l'un après l'autre. Elle dut ensuite être recousue dans un hôpital".

A l'humiliation, aux souffrances physiques, et parfois aux maladies vénériennes ou à la maternité non désirée, s'ajouta dans bien des cas la désintégration de la cellule familiale...

dimanche 8 février 2004

335 - une paix de dupes

... la Seconde Guerre mondiale avait commencé en Europe le 31 août 1939, avec l'attaque de la station de radio allemande de Gleiwitz par un commando allemand revêtu d'uniformes polonais.

Par une étrange ironie, elle se termina, pour la Luftwaffe, le 8 mai 1945, lorsque quatre Focke-Wulf 190 du III/SG 77 attaquèrent la station de Radio-Prague.

Et puis ce fut la Paix. Une Paix de dupes qui permit à Joseph Staline de mettre la main sur la moitié de l'Europe, puis de l'enfermer derrière un rideau de fer.

Et comme l'Allemagne avait pillé l'Europe, la Russie entreprit de piller l'Allemagne.

Des usines entières furent démantelées jusqu'au dernier boulon, et expédiées en URSS, de même que tout le matériel scientifique de la future Allemagne de l'Est, et tous les savants et techniciens sur lesquels les hommes du NKVD avaient pu mettre la main.

Pour l'or, en revanche, la moisson fut beaucoup moins fructueuse puisque les Russes, malgré tous leurs efforts, ne purent mettre la main que sur moins de trois tonnes de métal précieux. L'essentiel, dont 210 tonnes volées à la Banque Nationale de Belgique, avait depuis longtemps pris le chemin des banques helvétiques.

Au niveau individuel, chacun, du général au plus simple soldat, se fit également un devoir d'emporter quelques "souvenirs" : bijoux, montres, armes de chasse, dessous féminins, panneaux vitrés ou même simples boîtes de clous (!), tout pouvait en vérité être expédié par la Poste militaire jusqu'aux recoins les reculés de l'Union soviétique.

Et bien sûr, il y eut les viols

samedi 7 février 2004

334 - le dernier Sieg Heil

... le 5 mai 1945, les restes de l'armée du général Wenck - celle-là même qui, selon les ordres personnels d'Hitler, devait venir à la rescousse de Berlin et sauver l'Allemagne nazie des bolcheviques - les restes de cette armée franchirent l'Elbe, toujours pilonnés par l'artillerie soviétique, qui tirait indistinctement sur les soldats et les réfugiés civils.

De l'autre côté du fleuve, les Américains se contentaient de regarder le spectacle, un peu comme au cirque, lorsque le spectateur fasciné regarde le dompteur se faire dévorer par les lions.

Lorsqu'ils réussissaient à franchir le fleuve, par les quelques ponts encore en service, les soldats allemands étaient immédiatement dépouillés de leurs armes, et parfois de leurs montres ou de leurs décorations, par les Américains.

Craignant d'être refoulés et livrés aux Soviétiques, les "Hiwis" - les supplétifs russes de l'armée allemande - tentaient de passer en civils, tandis que les SS eux-mêmes brûlaient leurs papiers et leurs insignes.

Installé dans le parc du château de Schönhausen,ancienne résidence de Bismarck, le général Wenck prenait la mesure du désastre.

Le 6 mai, il ne contrôlait plus qu'un rectangle de huit kilomètres sur deux, adossé à l'Elbe, et sur lequel s'acharnait l'artillerie russe, massacrant par milliers soldats et civils, hommes, femmes et enfants, désireux de passer à l'Ouest.

"Un certain nombre de gens qui ne purent franchir l'Elbe finirent par se tuer", nota sobrement le colonel Reichhelm.

Des dizaines d'autres se noyèrent, en tentant de franchir le fleuve à la nage.

Le 7 mai, les artilleurs allemands tirèrent leurs ultimes obus sur les troupes russes, puis firent sauter leurs pièces.

Les derniers survivants de la Scharnhorst se rassemblèrent alors près du pont de Schönhausen, crièrent un ultime "Sieg Heil", puis traversèrent le pont, en jetant leurs armes dans le fleuve

Dans l'après-midi, Wenck franchit le pont à son tour, tel le capitaine quittant son navire en train de sombrer...

vendredi 6 février 2004

333 - "les humains sont beaucoup plus féroces"















... alors qu'il déambulait dans les ruines de Berlin, l'écrivain russe Vassili Grossman nota "Ce jour froid, couvert et pluvieux, est bien celui de l'effondrement de l'Allemagne, de son engloutissement dans la fumée, au milieu des ruines en feu, au milieu des centaines de cadavres jonchant les rues (...) certains ont été écrasés par des chars, vidés comme des tubes de dentifrice".

A la Chancellerie du Reich, où il fut finalement admis, il aperçut, fracassé, l'immense globe terrestre d'Hitler, rendu célèbre par le film de Chaplin "Le Grand Dictateur".

Tout n'était plus que vanité...

Au zoo de Berlin, ravagé par les combats autour de la tour de DCA, ce n'était plus que "cages brisées, des cadavres de singes, d'oiseaux tropicaux et d'ours. (...) Sur l'île des babouins, des bébés s'accrochaient encore de leurs petites mains aux ventres de leurs mères"

Avisant une femelle gorille morte, dans sa cage fracassée, l'écrivain demanda au vieux gardien, qui avait passé 37 ans de sa vie à s'occuper des singes à présents morts comme tout le reste alentours, il lui demanda si la femelle gorille avait été féroce.

"Non, répondit le gardien. Elle se contentait de rugir très fort. Les
humains sont beaucoup plus féroces"

jeudi 5 février 2004

332 - l'identification d'Hitler

... Pendant des jours, dans le plus grand secret, le SMERSH fouilla le moindre centimètre carré de la Chancellerie et de ses jardins, à la recherche des cadavres d'Adolf Hitler et d'Eva Braun.

Le 5 mai 1945, deux corps calcinés furent finalement exhumés dans les jardins, avec ceux d'un berger allemand et d'un chiot. Ils furent transportés en pleine nuit, et toujours dans le secret le plus absolu, à Buch, dans la banlieue de Berlin, où le SMERSH avait installé son quartier général.

Les médecins qui autopsièrent Hitler et Eva Braun reçurent, là encore, l'ordre formel de garder un silence absolu et définitif sur cette affaire.

Le 7 mai, le général Alexandre Anatolievitch Vadis, chef du directorat du SMERSH, qui était parvenu à mettre la main sur l'assistante du dentiste d'Hitler (laquelle confirma que les mâchoires retrouvées étaient bien les siennes), informa personnellement Joseph Staline de la réussite de l'opération.

Le Petit Père des Peuples n'en reparla jamais.

Les mâchoires d'Hitler, désormais identifiées, furent rangées dans un petit coffret rouge par les hommes du SMERSH, ceux du NKVD conservant le reste du crâne. L'ensemble fut expédié à Moscou et redécouvert, des années plus tard, dans les anciennes archives de la défunte URSS.

Le cadavre brûlé et décapité d'Hitler fut enterré en grand secret à Magdebourg, sous un terrain qui servit longtemps de lieu de parade pour l'Armée rouge. En 1970, il en fut exhumé de nuit, et incinéré, les cendres jetées dans les égouts de la ville.

Quant au pauvre Maréchal Joukov, qui pendant des mois eut à supporter stoïquement les sarcasmes d'un Staline lui reprochant de n'avoir pu mettre la main sur le cadavre d'Hitler (!), ce n'est que 20 ans plus tard qu'il apprit le rôle exact joués par Staline et le SMERSH dans cette affaire.

Il en conçut, dit-on, l'amertume du mari cocufié pendant 20 ans...

mercredi 4 février 2004

331 - une vague de suicides

... si la plupart des anciens dignitaires du Troisième Reich cherchèrent leur salut dans la fuite, d'autres, trop épuisés pour s'enfuir, ou simplement résignés à la Mort, choisirent au contraire d'accompagner le Führer jusque dans la tombe.

Ainsi périrent notamment les généraux Bärenfänger (qui se suicida en compagnie de son épouse), Krebs et Burgdorf (qui se firent sauter la cervelle côte à côte), ou le capitaine Schedle (responsable de la garde de la Chancellerie), qui, handicapé par une blessure au pied, n'avait pu se joindre au groupe de fugitifs menés par Martin Bormann.

De fait, la Chancellerie était presque vide lorsque les premiers soldats russes s'y présentèrent,... immédiatement suivis par les troupes du SMERSH, qui les firent aussitôt déguerpir.

Il faut dire que Staline, toujours aussi méfiant à l'égard de l'armée régulière, avait placé sur écoute les communications de la 5ème armée du Maréchal Joukov, à qui était dévolue la prise de la Chancellerie.

Il ne fut donc guère difficile aux sbires du SMERSH de surgir sur les pas des soldats de la 5ème armée dans les minutes suivant leur arrivée au bunker de la Chancellerie.

Très vite, les hommes du général Alexandre Anatolievitch Vadis, chef du directorat du SMERSH, expulsèrent leurs camarades de combat du Führerbunker, installèrent un "cordon sanitaire" tout autour de la Chancellerie, et allèrent même jusqu'à en interdire l'entrée au Maréchal Joukov...

mardi 3 février 2004

330 - vivre ou mourir ?

... après le double suicide d'Hitler, de Goebbels et de leurs épouses respectives, les survivants du Führerbunker, ainsi que la plupart des hauts dignitaires de l'Allemagne nazie, se trouvaient à présent confrontés à des choix difficiles.

Devaient-ils continuer à vivre ? ou se suicider comme leur Führer ? Et s'ils choisissaient la première solution, devaient-ils se rendre aux Alliés quels qu'ils soient, ou alors tenter de s'enfuir, ne serait-ce que pour échapper aux Russes ?

La plupart choisirent la fuite, à l'image de Traudl Junge, dernière secrétaire d'Hitler. Mais bon nombre d'entre eux, dont Ludwig Stumpfegger et Martin Bormann, tombèrent sous les balles russes, ou se suicidèrent en route, bien avant d'atteindre les lignes anglo-américaines.

Il faut dire que de son côté, le Maréchal Joukov, tétanisé à l'idée que certains dignitaires nazis puissent s'échapper, avait battu le rappel de toutes les troupes russes disponibles,... qu'il fallu bien souvent arracher à leur saoulographie du 1er mai, ou à leur traditionnelle chasse aux femmes.

Ces tentatives désespérées pour briser l'encerclement se traduisirent bien souvent, côté allemand, par d'épouvantables boucheries, et notamment sur le Charlottenbrücke, lorsque blindés, soldats et civils allemands tentèrent de forcer le passage en direction de Spandau,... et se firent tailler en pièces par l'artillerie soviétique, qui les attendait tranquillement de l'autre côté du pont et tirait indistinctement, au canon et à la mitrailleuse lourde, sur les piétons et les véhicules, les civils et les militaires,...

lundi 2 février 2004

329 - "faisons vite, nous n'avons plus beaucoup de temps"

... dans le Führerbunker, le suicide d'Adolf Hitler, suivi de l'annonce des premières redditions des rares troupes allemandes qui continuaient à combattre, avaient en quelque sorte libéré les esprits.

Helmuth Kunz, médecin SS, fut prié par Joseph et Magda Goebbels de tuer leurs six enfants.

"Les Russes risquent d'arriver à tout moment et de nous empêcher d'exécuter notre plan", lui dit Goebbels. "C'est pourquoi nous devons nous dépêcher de faire ce que nous avons à faire"

Magda Goebbels
conduisit donc le docteur à la chambre où se trouvaient ses six enfants, âgés de 5 à 12 ans, et portant tous un prénom commençant par "H", en hommage à Hitler.

"N'ayez pas peur, leur dit-elle, le docteur va vous faire une vaccination qui est maintenant obligatoire pour les soldats et les enfants".

Kunz leur injecta de la morphine. Quand les enfants eurent perdu conscience, Madga Goebbels alla chercher Ludwig Stumpfegger - médecin personnel d'Hitler. Avec son aide, elle ouvrit la bouche de chacun de ses enfants, y plaça une capsule de cyanure, et referma la mâchoire de façon à ce que les dents viennent écraser l'ampoule.

Cette formalité accomplie, Magda Goebbels s'en fut retrouver son mari. "C'est fini pour les enfants, maintenant, il nous faut penser à nous", lui dit-elle.

"Faisons vite, répliqua son époux, nous n'avons plus beaucoup de temps"

Magda Goebbels s'empara de l'insigne en or du parti nazi - le dernier cadeau que lui avait remis Hitler 24 heures auparavant - et remonta avec lui jusqu'aux jardins de la chancellerie. Dégainant chacun leur pistolet Walther, mari et femme s'approchèrent de l'endroit où les corps d'Hitler et d'Eva Braun avaient été brûlés. Puis, dans un geste finalement très wagnerien, ils croquèrent des ampoules de cyanure et se firent simultanément sauter la cervelle.

Gunther Schwagermann, aide de camp de Goebbels, arrosa alors les corps d'essence, et les regarda longuement brûler...

dimanche 1 février 2004

328 - la reddition des derniers bastions

... dès le 1er mai 1945, des négociations reprirent un peu partout dans Berlin afin d'obtenir la reddition des quelques bastions qui continuaient à résister.

Dans le Reichstag, les derniers défenseurs allemands - environ 300 hommes - ne voulaient se rendre qu'à un officier supérieur. Le capitaine Neustroïev leur envoya alors un lieutenant, après lui avoir dit de se faire passer pour un colonel.

Protégée par l'épaisseur de son béton armé, la tour de DCA du zoo de Berlin demeurait imprenable, mais les conditions sanitaires, en particulier pour les milliers de civils qui y avaient trouvé refuge, étaient devenues telles que le commandant de la forteresse se résolut à capituler aussitôt après avoir tenté une percée.

A Spandau, les SS hésitèrent longtemps avant de livrer la citadelle, haut-lieu des recherches chimiques et bactériologiques allemandes, à la 47ème armée soviétique.

Lorsqu'ils finirent par accepter, on vit presque aussitôt arriver les spécialistes du NKVD, qui placèrent rapidement les docteurs Stuhldreer, et Schulte-Overberg sous bonne garde, avant de les expédier en URSS.

Ceux-ci refusèrent de collaborer avec les soviétiques, et en particulier de leur révéler les secrets des gaz tabun et sarin allemands.

En représailles, ils ne furent renvoyés en Allemagne qu'avec les tout derniers prisonniers de guerre libérés, en janvier 1954.

vendredi 30 janvier 2004

327 - comprendre le légalisme allemand

... avant de se suicider, Adolf Hitler avait désigné le grand amiral Doenitz comme son successeur légitime.

Mais Doenitz n'était pas à Berlin, ce qui compliquait singulièrement la tâche du général Krebs, qui cherchait à présent à obtenir des Russes la cessation des hostilités.

Manifestement incapable de comprendre les arcanes du légalisme allemand, le général Sokolovsky, qui participait aux négociations, téléphona au Maréchal Joukov.

"Krebs affirme qu'il n'a pas autorité de prendre les décisions quant à une reddition sans condition (...) Je pense que nous devrions les envoyer au diable s'ils n'acceptent pas une reddition sans condition"

"Vous avez raison, répliqua Joukov. Dites-leur que si Goebbels et Bormann n'acceptent pas (...) nous allons réduire Berlin en poussière"


L'ultimatum fut fixé à 10H15, 1er mai 1945.

Aucune réponse n'étant parvenue à 10H40, l'artillerie soviétique noya la ville sous un nouveau déluge de feu, provoquant une boucherie encore plus inutile que les précédentes, en particulier parmi la population civile qui, depuis des jours, se terrait dans les caves...

jeudi 29 janvier 2004

326 - un cimetière de chars

... au moment où les corps d'Hitler et d'Eva Braun achevaient de se consumer, de furieux combats opposaient toujours les derniers défenseurs du Reichstag aux troupes russes, plus que jamais désireuses d'y hisser leur drapeau avant le 1er mai.

Sans se préoccuper des pertes dans leurs propres rangs, ils finirent par investir l'édifice, repoussant les défenseurs dans les caves et les étages supérieurs, où les combats se poursuivirent.

Au Ministère de l'Air, dans la Wilhemstrasse, les derniers survivants de la SS Nordland, épuisés, virent subitement débarquer une vingtaine de leurs camarades, menés par un Belge de la SS Charlemagne

"Tous riaient comme s'ils venaient de gagner la guerre. Ils étaient allés à la chasse aux blindés soviétiques autour de la gare d'Anhalter et affirmaient que l'endroit était maintenant devenu un cimetière de chars"

Ailleurs, néanmoins, des officiers allemands, libérés par la mort d'Hitler, s'efforçaient à présent de négocier la reddition avec les autorités soviétiques.

Vers 22H00, le général Krebs parvint ainsi à se rendre au quartier général de Tchouikov, et lui apprit le suicide d'Adolf Hitler.

Staline en fut informé par téléphone quelques minutes plus tard

"Donc c'est fait, dit-il. Dommage que nous n'ayons pas pu le prendre vivant"

mercredi 28 janvier 2004

325 - "Le chef est en feu, tu veux venir voir ?"

... ... le 30 avril 1945, vers midi, Adolf Hitler partagea son dernier repas en compagnie de ses intimes.

La veille, il avait reçu confirmation qu'aucune aide n'était plus à attendre de l'extérieur, et aussi que les derniers défenseurs de la Chancellerie ne tiendraient pas plus de 48 heures face à l'avance des troupes russes.

Le repas fut suivi d'une brève cérémonie d'adieux, à laquelle n'assista pas Magda Goebbels, sans doute désireuse de passer ses derniers moments en compagnie de ses six enfants.

Hitler, accompagné de sa jeune épousée, se retira dans sa chambre. Il tendit les capsules de cyanure à Eva puis, par sécurité, dégaina son pistolet. Il avala à son tour le cyanure et, presque du même geste, se fit sauter la cervelle.

Vers 15H15, ce 30 avril 1945, son valet Heinz Linge, ainsi que quelques témoins, pénétra dans la pièce.

Les corps d'Hitler et d'Eva Braun furent transportés dans des couvertures à l'extérieur du bunker, puis arrosés avec l'essence qu'Erich Kempka, chauffeur personnel d'Hitler, était allé chercher dans les garages de la Chancellerie.

Goebbels, Bormann, les généraux Krebs et Burgdorf, présentèrent leurs ultimes respects, bras levés, à l'hitlérienne, au moment où les cadavres s'embrasèrent.

A demi ivre, un des SS présents dans la cantine assista à la scène, puis dévala les marches du bunker en criant à son ami Rochus Misch "Le chef est en feu, tu veux venir voir ?"

Telle fut la dernière épitaphe d'un dictateur qui avait terrorisé puis ensanglanté l'Europe endant douze ans

mardi 27 janvier 2004

324 - l'obsession de la fidélité

... en ce 30 avril 1945, chacun, dans le Führerbunker, attendait le suicide du maître du Troisième Reich.

Les derniers doutes furent levés lorsque ce dernier réclama que l'on teste sur son berger allemand adoré - une chienne prénommée Blondi - les capsules de cyanure fournies par le docteur Stumpfegger.

Adolf Hitler s'était pris de passion pour cette race de chiens en 1921, à l'époque où quelqu'un lui en avait offert un en cadeau, alors qu'il vivait dans une misère noire.

N'arrivant pas à le loger dans sa chambre minuscule, Hitler avait voulu le placer chez des amis, mais l'animal s'était échappé, et lui était revenu.

Devenu l'homme le plus puissant d'Allemagne, il n'avait jamais oublié cet incident qui, sans doute, joua un grand rôle dans son amour des bergers allemands tout autant que dans son obsession pour la fidélité, laquelle le hanta jusqu'à la fin de sa vie.

Craignant plus que tout de tomber vivant aux mains des Russes qui, il n'en doutait pas, le promèneraient dans une cage à travers les rues, le dictateur venait également d'apprendre le sort de son ami Mussolini et de sa maîtresse Clara Petacci, fusillés par les communistes puis exhibés tous deux dans une rue de Milan après avoir été pendus par les pieds.

Résolu à ne pas subir le même sort, il donna donc des ordres pour que son corps soit brûlé après sa mort, et fit tester l'efficacité du cyanure sur son chien.

Blondi et ses cinq chiots furent ainsi sacrifiés, et précédèrent leur maître dans la tombe.

Les six enfants du docteur Goebbels, avec lesquels ils jouaient encore quelques minutes auparavant, les y rejoindraient bientôt

lundi 26 janvier 2004

323 - le dernier carré

... en ce 30 avril 1945, l'obsession russe avait à nouveau changé de sujet. Il ne s'agissait plus cette fois d'empêcher les Anglo-américains d'arriver les premiers à Berlin, ni de faire main basse sur l'uranium et les travaux atomiques allemands

Même la capture d'Adolf Hitler passait désormais au second plan face à l'impérieuse nécessité de s'emparer du Reichstag - symbole du Pouvoir allemand - avant le 1er mai, jour sacré des communistes.

Plusieurs assauts furent lancés - en vain - contre le grand bâtiment, et se traduisirent à chaque fois par un repli sanglant.

Bien résolu à en finir au plus vite, l'État-major russe fit alors venir 90 pièces d'artillerie, dont des canons de 152 et 203mm, qui se mirent à tirer continuellement, et à bout portant, sur l'édifice

Mais le Reichstag résistait toujours, tout comme le Ministère de l'Air, dans la Wilhelmstrasse

A ce moment, il restait moins de 10 000 hommes, dont une bonne part de SS étrangers, pour défendre le quartier administratif, dernier carré du Reich millénaire

dimanche 25 janvier 2004

322 - les damnés

... en cette fin d'avril 1945, où près de la moitié des derniers défenseurs de Berlin étaient désormais des étrangers, la poignée de SS français de Gustav Krukenberg avait joué un rôle particulièrement efficace, détruisant à eux seuls plus d'une cinquantaine de tanks russes dans le secteur de la Chancellerie.

L'homme le plus performant dans cet discipline très particulière s'appelait Eugène Vanlot, un plombier de 20 ans, qui en avait détruit huit à lui tout seul

Dans l'après-midi du 29 avril 1945, il se vit décerner une des dernières Croix de Chevalier à être attribuées. Son supérieur, le chef de bataillon Henri Fenet, fut également décoré, pour avoir lui aussi détruit cinq chars russes à coups de Panzerfaust.

Un SS suédois de la Nordland, surgi de nulle part, apporta trois bouteilles de vin français, récupérées Dieu sait où, pour fêter l'événement entre damnés de la même cause perdue.

Eugène Vanlot mourut peu de temps après. Grièvement blessé lors d'une tentative de repli à travers la Spree, il agonisa trois jours dans la cave d'un immeuble en ruines

Gustav Krukenberg, dernier commandant de la SS Charlemagne, survécut à la guerre et à la captivité. Il mourut en 1980, à l'âge de 92 ans.

Henri Fenet eut également de la chance. Blessé, il fut capturé par les Russes, qui finirent par le livrer aux autorités françaises, lesquelles le condamnèrent à 40 ans de prison,... mais le libérèrent en 1949.

Il mourut le 14 septembre 2002, à l'âge de 83 ans.