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dimanche 3 mars 2013

3649 - injustifiables

... dans une guerre, une arme n’a d’intérêt que si on l’utilise, et les pertes ne se justifient que si elles permettent de satisfaire un véritable objectif militaire.

Les U-boot de la Kriegsmarine remplissaient ces deux conditions, d'abord parce qu’ils furent constamment utilisés en mer du premier au dernier jour du conflit (1), et ensuite parce qu’en dépit de leurs pertes exceptionnellement élevées (près de 800 sous-marins (2), quelque 30 000 marins sur 40 000), ils réussirent à couler plus de 20 millions de tonnes de navires alliés !

A contrario, les navires de surface de cette même Kriegsmarine passèrent la quasi-totalité de la guerre à quai ou au mouillage dans un fjord; et s’ils subirent eux aussi de lourdes pertes, celles-ci ne furent à aucun moment justifiées sur le plan des résultats : même si elle s'avéra la plus fructueuse de toutes celles menées par la flotte de surface allemande, l’Opération Berlin, début 1941, ne permit finalement aux Scharnhorst et Gneisenau que de capturer ou couler 22 navires alliés, pour un maigre total de 114 000 tonnes seulement.

En définitive, ce n’est qu’au début de 1945, un an après la tragique disparition du Scharnhorst, et dans un tout autre rôle que celui pour lequel ils avaient été conçus, que la poignée de grands bâtiments survivants démontra son utilité.

Mais ceci est une autre histoire...

(1) le paquebot britannique Athenia fut coulé par le sous-marin U-30 le 3 septembre 1939, et le charbonnier américain Black Point par le U-853 le 6 mai 1945.
(2) ce chiffre prend pas en compte les quelque 400 U-Boot sabordés ou livrés aux vainqueurs au lendemain de la Capitulation


samedi 2 mars 2013

3648 - deux générations, un même et identique destin

... près de 30 ans séparaient la Bataille du Cap Nord de celle des Falklands mais, dans les deux cas, le fauve poursuivi par le chasseur portait le même nom et, dans les deux cas, la poursuite s’était terminée par la même et épouvantable tragédie, avec la mort, dans des circonstances atroces, de l’amiral et de tout son équipage.

Le croiseur de bataille Scharnhorst de 1943 était certes bien plus puissant, plus gros, et plus rapide que le croiseur-cuirassé Scharnhorst de 1914, mais il était lui aussi tombé dans le même piège : croyant terrasser facilement une proie sans défense, il avait en fait fini par rencontrer un prédateur bien plus dangereux et mieux armé que lui !

Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement : face à la Royal Navy, la Kriegsmarine d’Adolf Hitler était en effet encore bien plus faible que ne l’avait été, une génération plus tôt, la Kaiserlische Marine de Guillaume II, ce qui transformait donc toute sortie de bâtiment en mission à très haut risque, pour ne pas dire en suicide.

Encore les dites missions n’étaient-elles nullement rentables pour l’effort de guerre du Reich : après le retour en Allemagne des Scharnhorst et Gneisenau, en février 1942, plus aucun grand bâtiment de surface de la Kriegsmarine ne reprit en effet le chemin de l’Atlantique, en sorte que leurs succès de 1940-1941 contre le trafic marchand allié - succès au demeurant fort discutables - demeurèrent à jamais sans lendemain.

En Norvège, seul théâtre d’opérations qui pouvaient encore leur convenir, ils ne remportèrent par la suite aucun succès et se révélèrent à ce point vulnérables que la Kriegsmarine préféra les maintenir au mouillage pour leur faire tenir le rôle ingrat de simples épouvantails...



vendredi 1 mars 2013

3647 - sous le chalumeau des démolisseurs

... après la destruction du Scharnhorst, le 26 décembre 1943, les travaux sur son jumeau Gneisenau, déjà fortement remis en cause après l’échec de la Kriegsmarine en Mer de Barents, en décembre de l’année précédente, ces travaux avaient désormais perdu tout intérêt.

Aucune tourelle double, ni aucun canon de 380mm, ne fut donc jamais installé sur le Gneisenau, et celui-ci ne fut jamais remis en service...

Au lieu de cela, ce navire qui avait été un des plus gros croiseurs de bataille de l’Histoire fut progressivement débarrassé de tout ce qui pouvait encore être utile à la guerre, à commencer bien sûr par son armement, lequel se retrouva sur diverses fortifications du "Mur de l’Atlantique", et en particulier en Norvège, où l’on peut encore admirer aujourd’hui une de ses tourelles triple de 280mm qui garde l’entrée... d’un musée.

Laissée à l’abandon, la carcasse du Gneisenau allait ensuite paisiblement rouiller jusqu’au 27 mars 1945 lorsque, face à la progression inexorable de l’Armée Rouge, décision fut prise de la remorquer jusqu’à l’entrée du port de Gotenhafen, puis de l’y saborder afin d’en barrer l’accès.

Échoué en eaux peu profondes, ses superstructures clairement visibles au-dessus des flots, le Gneisenau n’avait plus qu’à attendre le chalumeau des démolisseurs lesquels, comme dans un ultime outrage, allaient mettre plus de six ans avant de s’intéresser à son cas : l’épave n'étant finalement renflouée que le 12 septembre 1951 avant d'être expédiée à la ferraille...



jeudi 28 février 2013

3646 - retour à Gotenhafen

... Gotenhafen, 27 mars 1945

Alors que l’étau de l’Armée Rouge se resserre autour de Gotenhafen, qui s’appellera bientôt Gdynia, les équipes de démolition allemandes s’affairent à détruire tout ce qui pourrait s’avérer utile à leur adversaire et futur vainqueur.

Au milieu des flammes et de la fumée, on aperçoit, ça et là, la silhouette d’un immense navire que des remorqueurs sont occupés à haler jusqu’à l’entrée du port.

Dans cette masse de métal qui était autrefois un puissant croiseur de bataille, seuls les regards les plus exercés parviendraient pourtant à reconnaître le Gneisenau.

Le Gneisenau, ce jumeau du Scharnhorst qui dans la nuit du 26 février 1942 avait - rappelons-le - été victime d’un effrayant bombardement britannique sur le port de Kiel, un bombardement qui lui avait arraché la plus grande partie de son étrave et carbonisé la tourelle "A" (1)

Après ce bombardement, et devant l’ampleur des dégâts, les responsables de la Kriegsmarine avaient préféré l’envoyer à Gotenhafen pour des réparations qui, dans les faits, s’apparentaient davantage à une véritable reconstruction puisqu’on devait en profiter pour enfin remplacer ses trois tourelles triples de 280mm par trois tourelles doubles de 380mm, semblables à celles que l’on trouvait sur le Tirpitz et le défunt Bismarck.

Mais à Gotenhafen, les travaux, qui ne bénéficiaient d’aucune priorité, n’avaient progressé que très lentement et n’étaient toujours pas terminés lorsque le Scharnhorst avait sombré au large du Cap Nord, le 26 décembre 1943.

(1) Saviez-vous que... 3606

mercredi 27 février 2013

3645 - l'ultime bataille

... lorsque sa route avait finalement croisé celle du Duke of York, le Scharnhorst était aussitôt devenu un mort en sursis.

Certes, on pourra toujours dire que si un obus du cuirassé britannique ne l’avait pas frappé à la hauteur de la chaufferie, et à la toute dernière minute, il serait peut-être parvenu à s’échapper.

Mais de toute manière, à ce moment-là, soit après un heure et demie de poursuite, le croiseur de bataille allemand avait déjà subi de tels dommages que ceux-ci l’auraient assurément tenus éloignés des combats jusqu’à la fin de la guerre, surtout si l’on considère qu’à l’instar de celles du Tirpitz, les réparations n’auraient jamais pu être réalisées dans la cale sèche d’un chantier naval allemand, mais plutôt dans un vague recoin de l’Altenfjord, donc loin de toute infrastructure ou équipement dignes de ce nom.

Sa vitesse désormais réduite de moitié, le Scharnhorst devenait, pour les destroyers britanniques, une proie d’autant plus facile que Bey, par sa funeste décision de disperser les siens en début de matinée, l'avait carrément livré sans défense à leurs torpilles.

Dans son dernier message à l’Amirauté, l’amiral allemands avait alors déclaré que lui-même et son équipage tout entier se battraient "jusqu’au dernier obus", et de fait c’est ce qu’ils avaient fait, mais l’héroïsme, hélas, ne suffisait plus depuis longtemps à remporter cette ultime bataille...

mardi 26 février 2013

3644 - quatre heures fatales

... Bey, qui ne devait sa nomination à la tête d’Ostfront qu’en raison de l’absence de Kummetz, Bey voulait-il prouver - ou se prouver, - quelque chose en repartant à l’attaque une deuxième fois ?

La réponse - si réponse il y a - ne sera jamais connue : l’amiral l’ayant en effet emportée dans la tombe en même temps que 1932 de ses officiers et marins (!)

Mais le fait demeure qu’à la deuxième tentative du Scharnhorst, ce furent, une fois de plus, les croiseurs britanniques, et pas les cargos, qui se présentèrent face à lui.

Comment Bey avait-il pu imaginer, ne serait-ce qu’un instant, que ces derniers, après l’avoir mis en fuite, manqueraient soudainement à leur devoir de protéger le JW-55B ? Et comment avait-il pu imaginer qu’il parviendrait à les tromper dans l’obscurité malgré leurs radars bien supérieurs au sien ?

De fait, les croiseurs britanniques avaient répondu présent. Et même si le Scharnhorst avait mis quelques coups au but lors de cette deuxième rencontre, il n’avait une fois de plus eu d’autre choix que de retraiter au bout du compte.

Après avoir encore hésité pendant plus d’une heure, Bey avait finalement décidé, à 13h15, de prendre le chemin du retour, mais il était maintenant bien trop tard : les quatre heures ainsi perdues par le Scharnhorst avaient permis au Duke of York de se porter à sa rencontre et de lui barrer la retraite, le condamnant dès lors à une destruction certaine...

lundi 25 février 2013

3643 - la tentative de trop

... mais en définitive, la plus grosse erreur de Bey, celle qui lui fut véritablement fatale, est d’être revenu à la charge vers midi, le 26 décembre, alors que, trois heures auparavant, il avait pourtant rencontré non pas le convoi prévu mais bien trois croiseurs britanniques à ce point décidés à en découdre qu’ils l’avaient contraint à battre en retraite.

Dans l’aventure, le Scharnhorst avait par ailleurs perdu son radar de tir principal, lequel était irréparable sur place, ce qui condamnait donc les pointeurs allemands à ne plus tirer qu’à vue... dans une pénombre quasi-totale !

Dans les conditions de mer et de visibilité du moment, cela revenait à dire que le Scharnhorst n’était tout simplement plus opérationnel en tant qu’arme et devait donc retourner dans l’Altenfjord d’autant plus vite que les croiseurs britanniques avaient forcément appelé l’un ou l’autre cuirassé à la rescousse, et que celui-ci, voire ceux-ci, étai(en)t peut-être déjà en route et occupé(s) à lui couper la retraite.

En appareillant le jour précédent, Bey avait certes reçu pour instruction de se montrer "agressif", mais l’agressivité n’a jamais été synonyme d’inconscience, et en repartant à l’attaque, Bey agissait bel et bien avec une inconscience suicidaire car à la deuxième tentative, ce furent une fois de plus les trois croiseurs britanniques, et non pas les cargos du JW-55B, qui se présentèrent sur la route du Scharnhorst...

dimanche 24 février 2013

3642 - disperser ses forces

... au soir du 25 décembre 1943, Bey avait donc quitté l’Altenfjord avec le Scharnhorst et cinq destroyers d’escorte.

Mais le lendemain matin, confronté à la fois à une mer démontée et à un convoi insaisissable, il avait préféré disperser sa petite flottille et poursuivre sa route avec le seul Scharnhorst.

Ce faisant, l’amiral allemand maximisait sans doute ses chances de retrouver le dit convoi dans l’obscurité, et même de l’intercepter au moment qu’il avait prévu, soit vers 10h00.

Mais dans les conditions météorologiques du moment, il risquait également - et c’est d’ailleurs ce qui arriva - de perdre le contact avec ses escorteurs, et de ne plus être capable de les rallier en cas de besoin.

Sans escorteurs, le Scharnhorst, comme tout grand navire de surface, était dangereusement exposé à une attaque à la torpille, que celle-ci émane d’un sous-marin ou alors d’un destroyer ennemi.

En tant que spécialiste reconnu de cette arme, Bey ne pouvait ignorer qu’il courait un énorme risque en procédant de la sorte, et qu’agir ainsi contrevenait non seulement à toutes les règles établies mais aussi à tout ce qu’il avait lui-même appris, et enseigné, au cours de sa longue carrière...

samedi 23 février 2013

3641 - faute de mieux

... les hauts responsables de la Kriegsmarine - Doenitz en tête - ne pouvaient ignorer qu’en appareillant de l’Altenfjord le jour de Noël 1943, le Scharnhorst avait finalement bien plus de chances de rencontrer de puissants navires de guerre britanniques que d’innocents cargos en fer blanc.

Si l’on voulait qu’Ostfront ait la moindre chance de succès, si l’on voulait qu’elle ne se transforme pas en tragédie, la moindre des choses était de confier le commandement de cette opération à très haut risque à un homme d’expérience, autrement dit à Oskar Kummetz qui, depuis l’échec de Rösselsprung, à l’été 1942, n’avait cessé de militer pour l’emploi de navires de surface moins "voyants" et surtout moins symboliques pour l’Allemagne que le cuirassé Tirpitz, dont la seule évocation des périls auxquels il était exposé suffisait à paralyser toute initiative.

Ostfront avait été conçue par et pour Kummetz mais quand l’État-major avait enfin voulu passer à l’acte, en décembre 1943, l'intéressé se trouvait en "congé de longue durée", pour ne pas dire en disgrâce, en sorte qu’il avait fallu se rabattre sur Erich Bey, un homme assurément courageux et compétent mais qui n’avait jusqu’ici commandé que des destroyers et des flottilles de destroyers, et n’avait jamais dirigé la moindre opération de guerre depuis la passerelle d’un bâtiment de 32 000 tonnes.

Bey, qui s’attendait à prendre la mer avec uniquement des destroyers, avait d'ailleurs été quelque peu surpris d’apprendre qu’il allait devoir le faire avec le Scharnhorst, soit avec un navire qu’il s’était jusqu’ici contenté d’escorter.

En bon soldat, il avait cependant accepté et était bien décidé à faire de son mieux pour mériter ce qui s’apparentait tout de même à une promotion.

Mais le mieux n’était tout simplement pas suffisant...

vendredi 22 février 2013

3640 - l'ignorance

... depuis le début des convois vers la Russie, la Royal Navy britannique s’était toujours efforcée de fournir à ces derniers un niveau de protection adéquat.

Les navires réunis n’avaient malheureusement pas toujours été suffisants, ni même correctement employés - le désastre du PQ-17 était là pour en témoigner - mais ils avaient systématiquement été plus nombreux que ceux que la Kriegsmarine allemande était en mesure de leur opposer.

Les hauts responsables de cette Kriegsmarine, Doenitz en tête, ne l’ignoraient pas et n’avaient donc aucune raison d’imaginer que les cargos du JW-55B ne bénéficieraient pas eux aussi de destroyers, de croiseurs et même d’un ou deux cuirassés capables de s’interposer entre eux et le Scharnhorst.

En juin 1942, cette constante menace avait même conduit à l’abandon prématuré de l’Opération Rösselsprung alors les nombreuses reconnaissances aériennes démontraient pourtant que l’escorte britannique se trouvait loin du convoi, ou alors déjà en pleine retraite.

En décembre 1943, les conditions météorologiques avaient hélas réduit les dites reconnaissances à leur plus simple expression : personne, côté allemand, ne savait combien de croiseurs ou de cuirassés britanniques avaient pris la mer, ni a fortiori où ils se trouvaient, mais personne ne pouvait douter non plus qu’ils étaient forcément quelque part, tapis dans l’obscurité, et prêts à bondir sur le premier navire allemand qui se présenterait...

jeudi 21 février 2013

3639 - la pensée magique

... les guerres se mènent toujours avec les moyens dont on dispose et non pas ceux que l’on souhaiterait et, en décembre 1943, la Royal Navy britannique disposait il est vrai de moyens bien supérieurs à ceux que la Kriegsmarine allemande était en mesure de réunir pour Osfront.

Mais c’était déjà le cas en juin 1942, lorsque cette même Kriegsmarine avait alors rassemblé un cuirassé, un croiseur lourd et deux Panzerschiff pour une Opération Rösselsprung (1) (l’attaque du convoi PQ-17) en tout point semblable à Osfront.

S’imaginer que l’on pourrait faire aussi bien, ou plus exactement que l’on pourrait faire mieux (2), un an plus tard, avec un seul et unique croiseur de bataille relevait en conséquence de la pensée magique, pour ne pas dire de la folie furieuse.

Certes, l’obscurité, quasi-permanente au mois de décembre, dissimulerait efficacement le dit croiseur aux regards des Britanniques, mais elle dissimulerait tout aussi efficacement à ce même croiseur les cargos qu’il était supposé détruire !

En tant que commandant-en-chef de la Kriegsmarine, et en tant que marin, Doenitz ne pouvait ignorer ce détail, pas plus qu’il ne pouvait ignorer le fait que les Britanniques, qui disposaient de radars plus performants que les radars allemands, bénéficieraient d’un énorme avantage sur le Scharnhorst s’ils se trouvaient en mer en même temps que lui.

Et comment imaginer qu’ils n’y seraient pas ?

(1) Saviez-vous que... PQ-17
(2) Rösselsprung avait dû être prématurément abandonnée lorsque l’escadre allemande avait été découverte en mer par un sous-marin soviétique bien avant d’avoir pu apercevoir le moindre cargo du convoi PQ-17

mercredi 20 février 2013

3638 - mal conçue...

... quelle que soit la manière dont on l’analyse, Osfront constitue l’exemple parfait, et presque caricatural, de l’opération aussi mal conçue que piètrement exécutée.

Mal conçue parce qu’après le lamentable fiasco de la Bataille de la Mer de Barents (31 décembre 1942), qui avait provoqué à la fois la démission forcée de Raeder (30 janvier 1943) et sa propre promotion à la tête de toute la Kriegsmarine, le grand-amiral Doenitz avait cherché par tous les moyens à préserver les derniers représentants de la flotte de surface qu’Hitler entendait tous expédier à ferraille.

Cette préservation ne pouvait passer que par la démonstration de leur utilité militaire, laquelle, en pratique, se trouvait malheureusement limitée à l’attaque, à proximité des côtes norvégiennes, des convois alliés en route vers l’URSS.

Seulement voilà : la nomination de Doenitz avait coïncidé avec la décision des Britanniques de suspendre les dits convois jusqu’à l’automne, en sorte que les grands navires de la Kriegsmarine - dont le Scharnhorst - s’étaient retrouvés en chômage pendant neuf mois au fond de leur fjord.

Mais lorsque l’automne, et les convois, étaient revenus, seul le Scharnhorst était encore opérationnel et en mesure de restaurer la réputation de la Kriegsmarine.

C’était beaucoup, et c’était trop, demander à un seul navire...

mardi 19 février 2013

3637 - la "Bataille du Cap Nord"

... à ses officiers réunis dans le carré du Duke of York après ce que la Presse et les historiens appelleront bientôt la "Bataille du Cap Nord", l'amiral Fraser dira "J'espère que si l'un d'entre vous se trouve un jour appelé à commander un navire dans un combat contre un ennemi maintes fois supérieur, il le commandera aussi vaillamment que le Scharnhorst a été commandé aujourd'hui".

Peut-être...

Mais s'il est de fait que l'amiral Bey et tous les officiers et marins allemands ont combattu "jusqu'au dernier obus", et sont tous "morts héroïquement pour leur patrie" et sur leur navire en train de sombrer, il n'en demeure pas moins que chacun sait aussi, depuis Patton, que les guerres, et même les batailles, ne se gagnent jamais en mourant héroïquement pour la patrie,...  mais bien en faisant en sorte que ce soit les autres qui meurent pour la leur !

Et dans cette perspective, l'Opération Ostfront constitue si l'on peut dire l'exemple absolu de ce qu'il ne faut surtout pas faire puisque les Allemands, en plus d'avoir perdu un croiseur de bataille et quelque 1932 hommes, n'ont tué que... 11 marins anglais, et n'ont infligé que d'insignifiants dommages  à leur adversaire.

Les responsabilités de ce désastre sont évidemment nombreuses mais sont d'abord et avant tout imputables au commandement lui-même, qu'il s'agisse de celui, éloigné, d'Hitler et de l'État-major de la Kriegsmarine, ou de celui, direct, de l'amiral Bey en personne...

lundi 18 février 2013

3636 - la tragédie du Scharnhorst

... 19h33

Vers 19h20, le Belfast a donc commencé à tirer ses torpilles vers le Scharnhorst, imité, quelques minutes plus tard, par le Jamaica qui, pour faire bonne mesure, y va de quelques dizaines d'obus de 152mm supplémentaires sur la carcasse du Scharnhorst, lequel, aussi incroyable cela puisse-t-il paraître, continue néanmoins d'avancer !

A 19h33, ce sont les quatre destroyers du RA-55A, ceux-là même que Fraser avait détaché pour renforcer la protection du JW-55B, qui entrent à leur tour dans la danse : se relayant l'un après l'autre, les Musketeer, Matchless, Opportune et Virago lancent quinze (!) torpilles supplémentaires en direction du Scharnhorst avant que le Jamaica, après avoir viré de bord, n'en ajoute encore trois autres !

Une dizaine d'entre elles font mouche, accroissant encore un peu plus le carnage à bord du croiseur de bataille allemand, dont la vitesse tombe à moins de 3 nœuds et qui, en brûlant d'une extrémité à l'autre, dégage à présent une telle fumée que ni les obus éclairants ni les projecteurs des navires britanniques ne parviennent à la percer.

A 19h45, une énorme détonation, probablement provoquée par l'explosion d'une soute à munition, déchire les entrailles du Scharnhorst qui, comme son homologue de la Première Guerre mondiale, s'enfonce par l'avant, ses hélices tournant encore.

Plusieurs centaines de marins allemands, qui se sont jetés à la mer après avoir entendu l'ordre d'évacuation, sont occupés à se noyer dans les eaux glaciales du Cap Nord, où la survie ne dépasse pas quelques minutes : le Scorpion en recueillera 30, et le Matchless 6 de plus, avant que toute la flotte anglaise, craignant une attaque d'U-boot, ne vide les lieux, les abandonnant à leur sort.

Les 1932 autres marins et officiers du Scharnhorst, incluant l'amiral Bey, ont tous péri...

dimanche 17 février 2013

3635 - la curée

... 19h28

A sa cinquième bordée, vers 19h20, le Belfast a cessé le feu car pour les Britanniques, si la victoire est maintenant assurée, la concentration de leurs propres bâtiments autour de ce qu'il faut bien considérer comme une épave, cette concentration est devenue telle qu'ils courent à présent de gros risques de se tirer dessus les uns les autres.

Huit minutes plus tard, et après avoir tiré pas moins 446 obus de 356mm, les énormes pièces du Duke of York se taisent à leur tour mais pourtant, malgré cet impitoyable matraquage, le malheureux Scharnhorst est encore à flots, même s'il se traîne à présent à moins de 5 noeuds, profondément enfoncé dans l'eau.

Pour Fraser, il faut à présent en finir, et en finir vite.

Certes, les forces aériennes et sous-marines allemandes en Norvège ne sont plus ce qu'elles étaient à l'été 1942, lors de la tragédie du PQ-17, mais on ne peut exclure l'hypothèse qu'un bombardier, un U-boot, voire même un des destroyers d'escorte du Scharnhorst, dont Fraser connaît la présence dans les parages, fasse soudainement irruption et vienne quelque peu gâcher la fête.

Et comme il n'est pas non plus question de reprendre les tirs au canon, autant y aller à la torpille, en laissant au valeureux Belfast le soin d'ouvrir le bal...


samedi 16 février 2013

3634 - "nous nous battrons jusqu'au dernier obus !"

... 19h01

 "Nous nous battrons jusqu'au dernier obus !" a signalé Bey dans son dernier message à l'Amirauté.

Et de fait, c'est à la main, à travers les coursives, que les marins du Scharnhorst acheminent désormais les obus de 280m (1)  des tourelles "A" et "B" vers la tourelle "C", à l'arrière, la seule qui soit encore opérationnelle !

Mais à quoi bon ? Maintenant que le dernier espoir de reprendre de la vitesse s'est évaporé, le Scharnhorst ne peut plus échapper à ses poursuivants et en particulier au Duke of York qui, son radar à présent réparé, reprend le tir à 19h01, bientôt imité par le Jamaica.

A 19h07, la distance entre le croiseur de bataille allemand, qui se traîne à moins de 10 noeuds, et le cuirassé britannique, qui ne cesse de le marteler de ses obus de 356mm, est tombée à 7 000 mètres.

Encore cinq minutes, et ce sont les croiseurs de Burnett - Belfast en tête - qui, à environ 15 000 mètres, se mettent eux aussi à faire pleuvoir leurs obus de 152 et 203mm.

Sur le Scharnhorst, qui n'est plus qu'un amas de ferraille chauffé à blanc par les incendies, la tourelle "C" se tait à son tour, ne laissant qu'à quelques canons isolés de 150mm le soin de défendre - en pure perte - le dernier carré de l'Honneur allemand...

(1) un obus de 280mm pèse environ 300 kilos

vendredi 15 février 2013

3633 - à la torpille

... jusque là à la peine, dans une mer démontée, aux côtés des Duke of York et Jamaica beaucoup plus gros qu'eux, les destroyers Savage, Scorpion, Saumarez et Stord (1) peuvent à présent se ruer à l'attaque d'un Scharnhorst non seulement passablement édenté mais dont la vitesse est également tombée à seulement 10 nœuds.

Leurs quatre petits canons de 120mm ne peuvent évidemment faire grand-mal au croiseur de bataille allemand, mais il en va tout autrement de leurs huit tubes lance-torpilles de 533mm !

Éclairés par les obus des Savage et Saumarez, le Scorpion et le Stord lancent leurs seize torpilles à environ 2 000 mètres du Scharnhorst, puis échangent leur rôle avec les deux premiers, lesquels lancent respectivement huit et quatre torpilles supplémentaires.

En l'espace de cinq minutes, vingt-huit torpilles sont donc tirées en direction du navire allemand au moment où celui-ci, grâce aux efforts acharnés de ses mécaniciens, commence à reprendre de la vitesse !

Alors qu'il vient même de remonter à 20 nœuds, quatre torpilles au moins font mouche par tribord. L'une d'entre elles bloque définitivement le mécanisme de la tourelle "B" (déjà hors-service, faute de ventilation, depuis plusieurs minutes) et deux autres lui font embarquer plusieurs centaines de tonnes d'eau. 

Mais c'est la quatrième qui va sceller le sort du croiseur de bataille, en le frappant à l'arrière, près d'un arbre d'hélice, faisant ainsi retomber sa vitesse à seulement 12 nœuds...

(1) ces quatre destroyers de la classe S déplacent environ 1 800 tonnes. Le Stord bat pavillon norvégien.

jeudi 14 février 2013

3632 - quand la fortune change de camp

... 18h50

Mais avant que l'ordre de décrocher vers le JW-55B puisse être donné, les radaristes du Duke of York viennent de faire une stupéfiante découverte : la distance qui sépare leur cuirassé du croiseur de bataille allemand, qui ne cessait d'augmenter depuis une heure, cette distance est occupée à diminuer !

La fortune vient subitement de changer de camp : alors qu"il était sur le point d'échapper à ses poursuivants, le Scharnhorst est en train de ralentir !

Vers 18h24, à la dernière salve du Duke of York, un 356mm a en effet crevé le pont blindé de l'allemand et a éclaté dans la chaufferie numéro 1, coupant net plusieurs conduites qui alimentent les turbines en vapeur, et réduisant presque instantanément la vitesse du Scharnhorst de moitié !

Les ingénieurs et mécaniciens du navire allemand se sont évidemment précipités pour effectuer des réparations d'urgence qui, dans quelques minutes, devraient permettre au Scharnhorst de remonter en pression mais, dans l'intervalle, le grand bâtiment est livré à la merci de ses adversaires, et en particulier des destroyers britanniques, lesquels attendaient tranquillement leur heure, dans l'ombre du cuirassé et des trois croiseurs.

Et les dits destroyers ont d'autant plus le champ libre que la plus grande partie de l'artillerie du Scharnhorst, principale comme secondaire, est à présent hors d'usage et que Bey, comme nous l'avons vu, a décidé de se priver de ses propres destroyers d'escorte en début de matinée...

mercredi 13 février 2013

3631 - "Je ne vois aucun espoir de rattraper le Scharnhorst"

... 18h24

Sur la passerelle du Duke of York, l'amiral Fraser, consterné, réalise que le Scharnhorst est bel et bien en train de lui échapper.

La distance entre les deux bâtiments dépasse à présent les 19 000 mètres et, pour ne rien arranger, un 280mm du Scharnhorst vient de frapper le cuirassé britannique juste après que celui-ci ait tiré sa 52ème salve.

Si le dit obus n'a pas explosé, il a tout de tout de même arraché quelques câbles du radar de tir, rendant le Duke of York aveugle à son tour !

La réparation peut certes être effectuée en quelques minutes mais dans l'intervalle, continuer à tirer ne constituerait qu'un inutile gaspillage de munitions en sorte qu'à 18h40, Fraser, désespéré, n'a maintenant plus d'autre choix que de se rendre à l'évidence : même s'il lui a infligé de sérieux dommages, son cuirassé est trop lent pour rattraper le Scharnhorst, de même que son croiseur, ainsi que ceux de Barnett, que la houle empêche tous les quatre de donner toute leur vitesse.

"Je ne vois aucun espoir de rattraper le Scharnhorst, signale-t-il par radio à son subordonné, ce pourquoi je vais décrocher pour assurer la protection du convoi".

Contre toute attente, le croiseur de bataille allemand va donc échapper à une destruction qui paraissait certaine...




mardi 12 février 2013

3630 - la poursuite

Le Duke of York dans la tempête (tableau de Michel Guyot)
... 17h40.

Peu après après 17h00, un nouvel obus du Duke of York a atteint le Scharnhorst à l'arrière de la tourelle "C", pulvérisant le hangar à avion et déclenchant un début d'incendie que l'équipage a néanmoins rapidement réussi à éteindre.

Le seul espoir de Bey, et de tous ses officiers et marins, réside à présent dans la vitesse du Scharnhorst, de trois à quatre noeuds plus rapide que celle du Duke of York, et de fait, au grand désespoir des Britanniques, la distance entre leur cuirassé et le croiseur de bataille allemand augmente lentement : d'environ 11 000 mètres à 16h50, elle est passée à 13 000 mètres une demi-heure plus tard.

A 17h40, bien que toujours poursuivi par l'ensemble de ses adversaires, le Scharnhorst est maintenant séparé de ces derniers par plus de 16 000 mètres, en sorte que seul le Duke of York est encore en mesure de continuer à échanger salve après salve avec lui, ce dont il ne se prive d'ailleurs pas puisqu'à 18h15, un de ses 356mm détruit le système de ventilation de la tourelle "B", laquelle venait tout juste d'être remise en service.

Et les conséquences sont importantes puisque, privée de ventilation, la dite tourelle se retrouve noyée par les gaz toxiques de ses propres tirs, donc obligatoirement réduite au silence !

A 18h20, seule la tourelle "C", à l'arrière, est encore en mesure de répliquer au Duke of York dont, le tir, pourtant, va bientôt s'interrompre à son tour...