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vendredi 15 janvier 2016

4707 - le Yamato repensé - l'Histoire sans fin

Space Battleship Yamato : le Yamato dans l'espace...
... devenu superstar à titre posthume, le Yamato a hélas totalement éclipsé son jumeau Musashi, son demi-frère Shinano, mais aussi tous ces bâtiments de la Marine impériale qui, comme lui, combattirent vaillamment mais finirent écrasés sous les bombes, obus ou torpilles du rouleau-compresseur américain.

Au-delà de son sacrifice de kamikaze, c'est évidemment le gigantisme du navire, et la symbolique ô combien phallique de ses énormes canons qui, aujourd'hui encore, expliquent ce traitement préférentiel et, il faut bien le dire, fort injuste.

Et c'est pour ces mêmes raisons qu'aux États-Unis, un nombre au moins égal de fidèles se sont également pris de passion pour leurs propres et vieux cuirassés, et en particulier pour leurs quatre Iowa, transformés en musées flottants 

Battleship : le vieux cuirassé comme ultime rempart contre les extra-terrestres
Dans Under Siege ("Piège en Haute Mer", 1992), le Missouri (1) est ainsi pris en otage par des terroristes armés jusqu'aux dents, alors que dans Battleship (2012), ce même cuirassé-musée affronte cette fois des extraterrestres dotés des pires intentions, un rôle, et un scénario, que reprend du reste l'Iowa dans le mockbuster American Warships (2012) 

Et dans les jeux vidéo, où tout en ce compris le plus invraisemblable, est permis, Yamato et Iowa continuent de s'affronter dans des batailles sans merci, quitte parfois jusqu'à faire équipe afin de combattre de redoutables adversaires originaires ou non de la Planète Terre.

Soixante-dix ans après sa destruction, la saga du Yamato n'est certes pas sur le point de s'achever...

(1) si l'action de ce film se situe à bord du Missouri, le tournage fut en réalité réalisé à bord du cuirassé Alabama, lui aussi musée flottant

jeudi 14 janvier 2016

4706 - le Yamato repensé : quand la réalité devient dessin animé

La réplique du Yamato, utilisée lors du tournage de Sekkan Yamato en 1953
… l’ultime mission du Yamato se solda donc, à l’image de toute sa brève carrière, par un lamentable - et cette fois définitif - désastre militaire.

Pourtant, ironiquement, c’est ce désastre en tout point prévisible, ou plus exactement les circonstances très particulières de celui-ci, qui valurent bientôt au super-cuirassé d’entrer dans la légende,... comme symbole par excellence de la volonté de résistance de tout un peuple qui sait le combat sans espoir mais refuse néanmoins d’abandonner la lutte.

Tel le Phénix, le Yamato renaquit de ses cendres dès le début des années 1950, dans la littérature d’abord, puis au cinéma, avec le film Sekkan Yamato (1953), qui connut un immense succès dans ce Japon en pleine reconstruction et à la recherche d’un sens positif à donner à cette guerre dont il était sorti vaincu et ruiné.

Des romans, des mangas, des jeux vidéo et, bien entendu d’autres films, de plus en plus éloignés des faits, virent le jour dans les années suivantes.

Presque aussi vrai que vrai...
Dans la série de dessins animés Uchū Senkan Yamato ("Space Battleship Yamato", 1974-1975), le Yamato, qui va jusqu’à reprendre la silhouette - en ce compris les tourelles et leurs énormes canons ! - du cuirassé original, devient ainsi un formidable vaisseau spatial sauveur de l’Humanité.

Si Otokotachi no Yamato ("Les Hommes du Yamato", 2005), a le mérite de revenir à la réalité historique cinquante ans après Sekkan Yamato (et soixante ans après le naufrage du véritable cuirassé), "Space Battleship : L'Ultime Espoir" (2010) reprend quant à lui la thématique fantaisiste des dessins animés de 1975 mais en la portant au cinéma, avec de vrais acteurs confrontés à des extra-terrestres encore plus nombreux et puissants que ne l’étaient les Américains en 1945...

mercredi 13 janvier 2016

4705 - le Yamato repensé : ... jusqu'au suicide final

Énorme échec militaire, le Yamato n'apporta rien à l'effort de guerre nippon
... même si les ultimes traversées du Bismarck et du duo Prince of Wales/Repulse ont souvent été qualifiées de "missions-suicides", elles ne l'ont néanmoins été qu'à posteriori car, bien que conscients des dangers encourus, ni la Kriegsmarine, ni la Royal Navy, ni surtout les équipages, ne s'attendaient, au moment de l'appareillage, à ce que l'affaire se solde inévitablement par la perte des navires concernés et de la plus grande partie de leurs officiers et marins.

A l'inverse, Ten-gō Sakusen fut conçue dès le départ comme un suicide collectif, dont toute possibilité de victoire, et même de survie (!), était exclue par principe, et dont les prémisses s'avéraient si irréalistes qu'elles en devenaient parfaitement fantaisistes

Car même s'il avait réussi à rallier Okinawa sans être coulé ou fortement endommagé en route, comment le Yamato aurait-il pu forcer le blocus des cuirassés et croiseurs américains ? Comment aurait-il réussi, ensuite, à s'échouer sur la plage prévue ? Et une fois ses machines hors-service, comment aurait-on pu continuer à pointer les tourelles et à élever les canons ? Et comment ses derniers survivants seraient-ils finalement parvenus, à découvert, et sans la moindre embarcation, à rejoindre la terre ferme et les défenseurs de l'île ?

La Marine impériale, il est vrai. était confrontée à un épouvantable dilemme qui, quelle que soit l'option choisie - prendre la mer ou demeurer au port - ne pouvait se traduire que par la destruction du super-cuirassé. 

Militairement parlant, seule la première option offrait encore un semblant d'intérêt, mais encore aurait-il fallu l'organiser avec un minimum de rigueur et d'objectivité, c-à-d sans lyrisme excessif et rappels incessants à "l'Honneur"

Lancer le Yamato, mais aussi le Yahagi et les destroyers d'escorte, contre l'un des innombrables convois américains occupés à sillonner le Pacifique se serait assurément avéré bien plus payant que de les expédier tous vers Okinawa et l'Invincible armada ennemie qui s'y trouvait rassemblée

Mais "l'Honneur" - ou du moins l'idée que l'on s'en faisait à Tokyo - en décida hélas autrement...

mardi 12 janvier 2016

4704 - le Yamato repensé : de l'infernale succession des mauvais choix...

L'épave du Yamato : un rêve à jamais brisé
… se lancer dans la construction de super-cuirassés plus d’une décennie après que l’Américain Billy Mitchell ait démontré  la vulnérabilité de ce type de navires aux bombes et torpilles d’avions constituait à l’évidence un mauvais choix,… d’autant plus regrettable lorsque venant d'une Nation, le Japon, pionnière dans le domaine aéronaval.

On ne peut d’ailleurs qu’essayer d’imaginer ce qu’aurait été la Guerre du Pacifique si le Soleil Levant avait, comme le réclamaient ses aviateurs, consacré ses ressources, et aussi son culte du secret (!), à la réalisation de porte-avions géants plutôt que de cuirassés géants, mais ce (mauvais) choix effectué, il ne restait plus qu’à vivre avec ses conséquences et, surtout, à tenter d’en tirer malgré tout le plus grand profit possible.

Ce ne fut malheureusement pas le cas puisqu’après Pearl Harbor, après Kuantan, l’Amirauté japonaise se refusa systématiquement à faire courir le moindre risque à ce navire devenu symbole par excellence de l'Empire.

A Midway et, surtout, durant l’interminable Campagne de Guadalcanal, le Yamato demeura ainsi à l’abri et fort loin des combats, laissant à des vétérans bien moins puissants le soin de lutter, et de mourir, à sa place.

Rien ne put pourtant jamais convaincre cette même Amirauté de désarmer ce navire ainsi devenu inutile : à l'instar du Tirpitz allemand, et pour des raisons analogues, le Yamato fut tenu en réserve, et constamment entretenu, et même amélioré à grands frais, au cas où se présenterait une opportunité qui lui permettrait de briller.

Mais lorsque celle-ci se matérialisa enfin, devant Leyte, de nouveaux mauvais choix, tactiques cette fois, ruinèrent cet ultime espoir, en sorte qu'il ne resta plus qu'une seule issue possible...

... celle du suicide

lundi 11 janvier 2016

4703 - le Yamato repensé : tout ça pour ça

Utilisée pour le film de 2005, la réplique du Yamato est devenue attraction touristique
… techniquement désuet, étonnamment fragile, peu ou pas du tout utilisé, le Yamato ne fut en définitive - et tout comme le Tirpitz - qu’un immense gâchis financier et matériel, qui n’apporta strictement rien à l’effort de guerre japonais, et mobilisa au contraire d’énormes ressources qui auraient pu, et qui auraient dû, être employées bien plus utilement ailleurs.

Constamment protégé, entretenu, réparé, et même amélioré tout au long de la guerre - et à un coût exorbitant ! - il fut finalement sacrifié lors des derniers mois de celle-ci, dans le cadre d’une mission-suicide totalement improvisée et qui n’avait en réalité d’autre but que de racheter une conduite à une Marine impériale accusée par beaucoup de ne pas en faire assez pour la Nation, un reproche que la Kriegsmarine allemande, ou du moins sa flotte de surface, dut également subir tout au long du conflit.

Avec les limites qui étaient les siennes, et dans cette guerre où les cuirassés n’avaient depuis longtemps plus leur place, le Yamato n’avait évidemment aucune chance de briller - ni a fortiori de l’emporter ! - face à l’immense et invincible armada rassemblée par les États-Unis devant Okinawa.

En vérité, il n’avait même quasiment aucune chance d’arriver jusque-là, ce dont chacun à bord était parfaitement conscient mais qui n’empêcha pourtant ni officiers ni marins d’appareiller avec enthousiasme et même la volonté de mourir héroïquement pour l’Empereur-dieu, un objectif qui, à en croire un certain général Patton, n’avait pourtant jamais conduit nulle part et qui, de fait, ne conduisit le Yamato qu’au désastre, par un horrible après-midi du 7 avril 1945…

dimanche 10 janvier 2016

4702 - le Yamato repensé : un rendement clairement décroissant

Les canons géants du Yamato : aussi spectaculaires qu'inutiles...
… s’ils frappèrent les imaginations, les énormes canons de 460mm du Yamato frappèrent d’abord et avant tout le mur des rendements décroissants.

Par rapport au 406mm américains, et aux 410mm des Nagato, le léger bénéfice de portée et de punch conféré par un tel calibre ne pouvait en effet contrebalancer la considérable augmentation des contraintes - notamment en matière de protection contre le souffle - liées à son emploi.

Comme avec le blindage, l’absence de tout affrontement direct entre les Yamato et les Iowa américains ne permet pas d’apporter une réponse définitive à la fameuse question du "qui l’aurait emporté en combat singulier," qui déchire les partisans des deux camps depuis soixante-dix ans.

Si le punch est clairement du côté japonais, on se doit en revanche de souligner le considérable avantage de précision que conféraient aux Américains l’usage de radars et de calculateurs de tirs intégrés, dont les Yamato étaient quant à eux dépourvus.

Quant à la portée, les 460mm japonais offraient certes un léger avantage sur les 406mm américains, mais tous les essais de tirs à très grande distance effectués par les Japonais eux-mêmes s’avérèrent particulièrement décevants et ne firent en réalité que confirmer ce que l’on savait déjà depuis la Première Guerre mondiale, à savoir qu’il était virtuellement impossible, avec de simples télémètres optiques, d’obtenir des coups au but à plus de 20 kms de distance sur un navire en mouvement...

samedi 9 janvier 2016

4701 - le Yamato repensé : la question du blindage

Le blindage du Yamato : sans égal, mais peu efficace
… le Yamato disposait, nous l’avons dit, d’un blindage et d’un armement sans équivalant dans le petit monde des cuirassés, mais aujourd’hui encore, l’efficacité réelle de l’un et de l’autre apparaît fort discutable.

S’il ne fut jamais possible, faute du moindre affrontement entre  les deux Yamato et n’importe lequel de leurs contemporains américains ou britanniques, de tester la résistance réelle de leur blindage aux obus de gros calibre, le dit blindage montra en revanche une inquiétante vulnérabilité aux torpilles, pourtant peu puissantes, et aux bombes, pourtant relativement légères, des sous-marins et avions américains.

Le 25 décembre 1943, le Yamato se retrouva ainsi en très fâcheuse posture suite à l’impact d’une seule torpille, qui l’expédia pour plusieurs semaines dans un chantier naval, tandis que la première bombe de 1 000 livres qui le frappa le 7 août 1945 s’avéra en mesure, en plus de transpercer plusieurs ponts, de mettre hors de combat la tourelle secondaire arrière ainsi que le radar principal, et de déclencher sur tout l’arrière du cuirassé un incendie que les équipes de secours japonaises ne furent jamais en mesure de circonscrire.

A cet égard, le fait que le Yamato et le Musashi ne sombrèrent - comme se plaisent depuis des décennies à le rappeler leurs admirateurs  -  "qu’après avoir encaissé plus de bombes et de torpilles qu’aucun autre cuirassé avant eux" ne s’explique en réalité que par la véritable orgie de moyens dont disposaient les Américains, et ne doit donc pas faire illusion : faute de tout navire, et en particulier de tout remorqueur, capable de les haler jusqu’à un port ami, les deux bâtiments auraient certainement fini par sombrer, ou par exploser, même s'ils n'avaient encaissé qu'un nombre bien plus réduit de bombes ou de torpilles...

vendredi 8 janvier 2016

4700 - le Yamato repensé : sur le banc de touche

Malgré canons et blindage, le Yamato était clairement condamné par l'Histoire
… le Yamato fut sans conteste le plus puissant cuirassé du monde, mais il fut aussi, avec le Tirpitz allemand, un des plus inutiles, puisque de toute la guerre, et en dehors de l’entraînement, ses énormes canons de 460mm ne furent utilisés qu’une seule fois, devant l’île de Samar, le 25 octobre 1944.

Et encore ne furent-ils employés que contre une poignée de petits porte-avions d’escorte et de destroyers en fer blanc, et avec des résultats en tout point pitoyables, puisqu’il n’a jamais été établi que sur le porte-avions (1) et les trois destroyers américains détruits lors de cette action, un seul l’ait été par les obus du Yamato uniquement…

Tout aussi inefficace fut l’emploi, dans ces mêmes canons de 460mm, des obus spéciaux Sanshiki destinés à lui conférer une protection supplémentaire contre les avions, au prix, il est vrai, d’une usure spectaculaire de l’âme des pièces.

Séduisants sur le papier, les dits obus ne constituèrent en réalité qu’un coûteux et bien inutile gadget, dont il n’a jamais été établi non plus qu’ils aient provoqué la destruction d’un seul avion américain…

En pratique, et comme le Tirpitz, le Yamato passa la quasi-totalité de sa brève carrière sur le banc de touche, c-à-d à l’ancre dans une rade ou un lagon, ou alors dans la cale sèche d'un chantier naval pour réparations ou ajout de canons antiaériens, lesquels, privés de radar et de calculateur de tirs, ne furent cependant jamais en mesure de le protéger efficacement contre les attaques qui finirent par entraîner sa perte...

(1) également coulé lors de cette action, le porte-avions d’escorte St-Lo le fut par un appareil kamikaze

jeudi 7 janvier 2016

4699 - le Yamato repensé : l'après Kuantan

Après Kuantan, le Yamato, trop vulnérable, fut constamment tenu loin des combats
… car au-dessus de Pearl Harbor et, surtout, au large de Kuantan (1), contre le cuirassé Prince of Wales et le croiseur de bataille Repulse, les Japonais eux-mêmes firent la démonstration  que face à l’Aviation, les navires de ligne, aussi modernes et puissants soient-ils, n’étaient plus désormais qu’impotents canards posés sur l’eau le jour de l’ouverture de la chasse !

Bien que devenus inutiles d’un point de vue militaire, tous ces bâtiments, dont certains, comme le Yamato, étaient flambants neufs, devaient néanmoins, pour des raisons tenant essentiellement au prestige national, être protégés à tout prix.

Et comme il n’était pas davantage question de les expédier à la ferraille, la Marine impériale décida pour sa part de maintenir le Yamato et son jumeau Musashi le plus loin possible de la guerre, de convertir le Shinano en porte-avions, et d’annuler sine die tous les autres super-cuirassés encore en construction ou en projet.

L’allié allemand (avec le Tirpitz), mais aussi les adversaires britanniques et américains en firent de même ce qui, du coup, rendit rarissimes les affrontements entre cuirassés des deux  camps.

Ce n’est qu’à la toute fin de la guerre, bien après que tout espoir de victoire se fut évanoui, que la Marine impériale accepta le risque de sortir ces mastodontes de leur tanière, mais avec des résultats qui, malheureusement pour leurs supporters, furent très loin de correspondre aux attentes…

(1) Saviez-vous que... Le Drame de Kuatan

mercredi 6 janvier 2016

4698 - le Yamato repensé : la course au gigantisme

Plus gros, puis puissant... mais pour quoi faire ?
… beaucoup plus gros, mieux armés et mieux protégés que tout ce qui existait jusque-là, ces nouveaux super-cuirassés s’avérèrent aussi beaucoup plus coûteux que leurs prédécesseurs car, plutôt que de se contenter d’agrandir leurs Nagato existants, les Japonais optèrent pour le gigantisme, ce qui les contraignit à partir d’une feuille blanche.

Pour couler les énormes plaques de blindage, il fallut ainsi construire de nouvelles aciéries, puis de nouveaux bateaux et de nouveaux portiques pour les transporter et ensuite les hisser au-dessus des cales de lancement, lesquelles durent elles-mêmes être considérablement élargies, voire reconstruites.

Les gigantesques canons de 460mm posèrent également d’immenses difficultés pratiques, non seulement en raison de leur masse mais aussi de l’effet de souffle qu’ils généraient et qui obligea les ingénieurs à installer tous les autres équipements sous de lourdes carapaces d’acier.

L’obligation de procéder dans le secret le plus absolu - par peur de voir Britanniques et Américains se mettre à leur tour à construire semblables navires - entraîna elle aussi d’importants surcoûts, en sorte qu’avant-même la mise en service du Yamato, premier de cette nouvelle lignée de super-cuirassés, le rendement coût-bénéfice s’annonçait déjà catastrophique.

Mais le véritable coup de grâce, celui qui condamna le Yamato à devenir et à demeurer un chef d’œuvre d’inutilité guerrière fut porté décembre 1941

Et par nuls autres que les Japonais eux-mêmes !

mardi 5 janvier 2016

4697 - le Yamato repensé : le pari de l'arme miracle

Le Yamato : une "arme-miracle" pas du tout miraculeuse...
… confronté à l’imminence d’une guerre, et réalisant qu’il n’aurait jamais les ressources industrielles et économiques pour construire autant de cuirassés que ses futurs adversaires américains ou britanniques, ni a fortiori autant que les deux réunis, le Japon décida de remplacer la quantité par la (supposée) qualité.

Dans l’esprit, et à la condition d’être dotés de plaques de blindage bien plus épaisses et de canons bien plus gros que tout ce qui existait jusque-là - donc d’être devenus "super" - quelques cuirassés de ce type seraient en mesure de tenir tête et même de l’emporter sur tous ceux, plus nombreux mais bien plus "conventionnels", qui oseraient se dresser sur leur route.

A la même époque, les Allemands en étaient eux aussi venus à cette conclusion avec leurs propres "super-cuirassés" Bismarck et Tirpitz et, plus tard, avec leurs "super-tanks" Maus et leurs "super-chasseurs" Messerschmitt 163 et 262

S’il n’était pas ridicule en soi, ce pari de "l’arme-miracle" était en revanche extraordinairement risqué, d’abord parce qu’il reposait sur la prémisse que l’adversaire construirait nécessairement, et exclusivement, ce qu’on voulait qu’il construise.

Ensuite, et surtout, parce que la dite arme devait obligatoirement - sous peine de catastrophe - s’avérer… miraculeuse, c-à-d bien supérieure à l’usage à toutes les armes ordinaires employées par l’adversaire.

lundi 4 janvier 2016

4696 - le triomphe de l'Aviation

Le cuirassé Missouri, où fut signée la Capitulation japonaise, est devenu un musée
… le Ministre de la Marine Mitsumasa Yonai, qui depuis des mois œuvrait secrètement en faveur de la paix, prononcera la dissolution de la Marine impériale, puis consacrera son énergie à épargner la potence à l’Empereur, avant de décéder d’une pneumonie en avril 1948.

Les Américains jongleront longtemps avec l’idée de juger Hirohito pour crimes de guerre mais, pour des raisons politiques, se contenteront au bout du compte de le désacraliser  et de lui imposer une Constitution et des réformes conçues sous l’égide du général MacArthur qui, de facto, régnera à ses côtés jusqu’en 1951.

L’Empereur-dieu mourra à Tokyo le 7 janvier 1989, à l’âge de 87 ans. Aujourd’hui encore, sa responsabilité personnelle dans le drame de Ten-gō Sakusen, mais aussi dans toutes les guerres menées par le Japon depuis le milieu des années 1920 reste sujette à controverses.

Le 2 septembre 1945, à bord du cuirassé Missouri ancré en Baie de Tokyo, MacArthur présidera la cérémonie officielle de Capitulation, qui ne durera que 33 minutes.

33 minutes pour clore une deuxième guerre mondiale qui aura fait plus de 50 millions de morts.

A la fin de la cérémonie, le cuirassé sera survolé par plus de deux mille appareils de tout type, manière de consacrer non seulement la victoire des États-Unis mais aussi le triomphe de l’Aviation sur les navires qui, comme le Yamato, étaient pourtant pourvus des plus gros canons et des plus épaisses plaques de blindage de l'Histoire…

dimanche 3 janvier 2016

4695 - l'ultime envol des kamikazes

Matome Ugaki, posant pour l'ultime mission kamikaze de la guerre
… disparus avec le Yamato, les corps de Kosaku Ariga et Seiichi Ito ne seront jamais retrouvés.

Dix jours après la mort de l’amiral Ito, son fils unique, devenu pilote kamikaze, disparaîtra au-dessus d’Okinawa.

Commandant des forces japonaises d’Okinawa, le général Mitsuru Oshijima, qui n’avait pas voulu lancer de contre-attaque terrestre le jour de l’arrivée prévue du super-cuirassé, et avait au contraire tout tenté pour en annuler l’appareillage, se suicidera le 22 juin 1945, dans son bunker encerclé par les troupes américaines.

Le "père" des kamikazes, le vice-amiral Takijiro Onishi, se fera lui aussi seppuku le 16 août 1945, mais, ayant refusé l'aide de tout assistant pour lui trancher la tête après s’être rituellement éventré, il ne mourra, dans d’atroces souffrances, que 18 heures plus tard...

Son chef d’État-major, Matome Ugaki, mettra un point d’honneur à commander l’ultime attaque kamikaze de la guerre : le 15 août 1945, en contravention avec le discours de l’Empereur qui, trois heures auparavant, a annoncé à la radio qu’il accepte la Capitulation exigée par les Alliés, Ugaki décollera pour Okinawa avec dix autres appareils qui, victimes d’une erreur de navigation ou de la chasse américaine, disparaîtront sans laisser de trace.

Nommé à la place d’Ugaki, le vice-amiral Ryūnosuke Kusaka, qui avait finalement réussi à convaincre l’amiral Ito d’appareiller vers la mort, s’éteindra tranquillement en novembre 1971, à l’âge de 78 ans.

Son supérieur, Soemu Toyoda, qui avait voulu et organisé Ten-gō Sakusen, refusera jusqu’au bout toute idée de capitulation. Arrêté par les Américains, et inculpé de crimes de guerre, il sera néanmoins jugé non coupable, et mourra d’une banale crise cardiaque en novembre 1957.

samedi 2 janvier 2016

4694 - le dernier repos des guerriers

Le Bunker Hill, en flammes après avoir été touché par deux kamikazes, 11 mai 1945
… entre 1947 et 1962, à l’exception des quatre Iowa, tous les cuirassés américains seront ferraillés, sacrifiés lors de tests atomiques ou - pour les plus chanceux - transformés en musées après de longues années d’inactivité.

Plus modernes et plus rapides cuirassés jamais construits, les Iowa connaîtront en revanche une longue et étonnante carrière, en particulier comme batteries flottantes lors de la Guerre de Corée (1950-1953), au Vietnam (1968), au Liban (1984) et finalement lors de la Première Guerre du Golfe (1991), avant de devenir eux aussi des pièces de musée.

Le porte-avions Bunker Hill, navire-amiral de Marc Mitscher lors de Ten-gō Sakusen, sera très gravement endommagé par une attaque kamikaze le 11 mai 1945. Réparé après la guerre, il deviendra, avec le Franklin, le seul porte-avions de classe Essex à ne jamais reprendre le service actif, et sera finalement ferraillé en 1973.

S’étant vu contraint de transférer son pavillon sur l’Enterprise, Mitscher verra ce dernier ravagé trois jours plus tard par une autre attaque kamikaze, qui le contraindra cette fois à déménager sur le Randolph !

Lui-même épuisé par des mois d’attaques et de tensions, Marc Mitscher demandera alors à être relevé de son commandement. Promu à la tête de la Flotte Atlantique en mars 1946, ce fumeur invétéré décédera d’une thrombose le 3 février 1947.

Après avoir quitté la Marine en 1948, Raymond Spruance deviendra  quant à lui ambassadeur des États-Unis aux Philippines, et mourra en décembre 1969, à l’âge de 83 ans

vendredi 1 janvier 2016

4693 - loin de la folie des hommes

L'épave du Nagato, aujourd'hui un des hauts-lieux du tourisme sous-marin...
... les destroyers Hatsushimo et Fuyutsuki sauteront tous deux sur une mine en juillet et en août 1945; jamais réparés, il seront ferraillés en 1948, trois après l'increvable Suzutsuki, quant à lui mis au rancart et abandonné après son retour de Ten-gō Sakusen,

Brièvement utilisé comme transporteur de troupes après la guerre, le Yukikaze sera cédé à la Chine nationaliste en juillet 1947, et utilisé sous les couleurs taïwanaises jusqu'en 1966, avant d'être démoli en 1970.

De toutes les grosses unités de la Marine impériale échouées dans les ports japonais, seul le cuirassé Nagato retrouvera une certaine utilité après la guerre : renfloué par les Américains, il sera expédié avec le croiseur léger Sakawa vers le petit atoll de Bikini (îles Marshall) où, en compagnie du croiseur lourd allemand Prinz Eugen et de nombreux autres bâtiments américains obsolètes - dont les porte-avions Saratoga et Independance - il servira à tester les effets dévastateurs de la nouvelle arme atomique.

Gravement endommagé après le test Baker du 24 juillet 1946, le vieux cuirassé chavirera cinq jours plus tard.

A moins de 40 mètres sous la surface, son épave est aujourd'hui une des attractions préférées des plongeurs amateurs.

On ne peut certes pas en dire autant de celle du Yamato : découverte en 1985, celle-ci gît, brisée en deux tronçons principaux, par plus de 300 mètres de fond, loin de la folie des hommes...

jeudi 31 décembre 2015

4692 - l'épilogue

La fin de la Marine impériale : l'épave du cuirassé-porte-avions Hyuga, à Kure

… pourtant, Mitsumasa Yonai, se trompe, car si la Marine impériale n’est désormais plus capable de mener des actions de quelque envergure que ce soit, elle n’en continuera pas moins de lutter jusqu’à la Capitulation, avec la poignée de destroyers et de sous-marins, mais aussi le peu de pétrole, qui lui reste.

Dans la nuit du 29 au 30 juillet 1945, elle réussira même un petit exploit, lorsque le sous-marin I-58 enverra par le fond le croiseur lourd Indianapolis… trois jours après que ce même Indianapolis ait livré sur l’île de Tinian un nouveau type de bombe qui, le 6 août, détruira la ville d’Hiroshima

Incapables de reprendre la mer en raison de leur état mais aussi de la pénurie de mazout, les grandes unités survivantes, transformées en bien inutiles batteries (à peine) flottantes, seront en revanche écrasées au mouillage les unes après les autres par une Aéronavale américaine que personne - pas même les kamikazes - ne parviendra jamais à stopper.

Au large d’Okinawa, entre mars et août 1945, ces derniers détruiront pourtant 9 destroyers et 6 navires de transport, et endommageront plus ou moins gravement 10 cuirassés, 16 porte-avions, 4 croiseurs, 81 destroyers, 44 cargos et 62 plus petits bâtiments, en plus de coûter la vie à plus de 4 500 marins américains.

Une saignée qui achèvera de persuader le Président Trumman de lancer la bombe atomique.

Mais ceci est une autre histoire...

mercredi 30 décembre 2015

4691 - "La Marine impériale n’existe plus"

Pour la Marine impériale, la fin du Yamato fut aussi celle des dernières illusions
… et parce que le Yamato était le symbole-par-excellence de la puissance de l’Empire, sa disparition doit rester cachée le plus longtemps possible.

A Sasebo, les survivants de l’escadre, parmi lesquels de très nombreux blessés, vont ainsi demeurer au secret pendant deux semaines, tandis que les mères et épouses ne seront averties - très discrètement - du décès de leurs fils et époux qu’un bon mois plus tard.

Le 8 avril, à Tokyo, c’est au Ministre de la Marine, Mitsumasa Yonai, qu’échoit cependant la tâche la plus ingrate : annoncer le désastre à Sa Divine Majesté.
 
"Votre Altesse impériale", dit-il, "j’ai le regret de vous informer que la sortie du Yamato a échoué. Le Yamato et la plus grande partie de la force d’attaque spéciale ont été coulés par l’Aéronavale américaine à quelque 160 kms du Kyushu".
 
"Je dois déclarer à regret que l’opération était mal conçue. Nous ne nous attendions pas à une activité aérienne ennemie d’une telle intensité"
 
"La Flotte", balbutie Hirohito, "quel est le statut de la Flotte ?"
 
"Il n’y a plus de Flotte", répond Yonai les larmes aux yeux. "La Marine impériale n’existe plus"

mardi 29 décembre 2015

4690 - une débâcle sans appel

L'épave du Suzutsuki, à Sasebo, en novembre 1945. Les canons ont été démontés
... 8 avril 1945, 01h23

A bon droit, le Suzutsuki est devenu une légende au sein de la Marine impériale, et il va le demeurer puisque son commandant, gouvernant uniquement aux hélices, et surtout en marche arrière (!), va réussir à le ramener au japon dans l'après-midi du 8 avril (1)

A 01h23, l'ordre d'abandonner les recherches tombe quant à lui sur la passerelle ravagée du Fuyutsuki

En compagnie du Yukikaze et du Hatsushimo, le destroyer quitte alors définitivement le lieu de la tragédie et prend le cap de Sasebo, au grand désespoir des marins qui, en début de nuit, ont par ailleurs pris connaissance d'un message de l'amiral Kusaka soulignant que, grâce à "leurs efforts de diversion" (sic), l'Aviation japonaise avait été en mesure d'infliger "de sévères dommages à l'ennemi" (2)

Si l'amiral le dit...

Ten-gō Sakusen est officiellement terminée et se solde donc par une débâcle sans appel, qui, outre le Yamato, coûte aux Japonais un croiseur léger et quatre destroyers, ainsi que quelque 4 000 officiers et marins, dont 90% de l'équipage du super-cuirassé Yamato, et l'intégralité de celui du destroyer Asahimo !

De leur côté, les Américains n'ont perdu que 10 appareils (3), et 12 aviateurs...

(1) jugé irréparable dans le contexte militaire et économique du moment, le Suzutsuki ne reprendra plus jamais la mer et, après avoir été brièvement utilisé comme brise-lames, sera ferraillé en novembre 1945 
(2) Russell Spurr, op cit, page 308
(3) plus d'une dizaine d'appareils, considérés irréparables, seront néanmoins jetés par dessus-bord peu après leur retour sur leurs porte-avions respectifs

lundi 28 décembre 2015

4689 - le bûcher funéraire

L'Isokaze - ici à l'automne 1941 - fut la dernière victime de Ten-go Sakusen
… 17h50

Ce n’est qu’à 17h50, soit plus de trois heures après la disparition du Yamato, que tombe enfin la réponse de l’Amirauté : Ten-gō Sakusen est annulée, et les destroyers restants doivent s’en retourner au Japon, et plus précisément à Sasebo, après avoir repêché le plus de survivants possibles.

Peu de temps après, les vigies du Yukikaze aperçoivent la carcasse d’un autre destroyer japonais,  en l’occurrence l’Isokaze, toujours à flots mais lui aussi condamné et transformé en abattoir à ciel ouvert.

Après en avoir transbordé les survivants, et l’inévitable tableau de Sa Majesté, puis vainement tenté de l’achever à la torpille, c’est finalement au canon que le commandant du Yukikaze décide d’en finir,… projetant par là-même des morceaux de cadavres dans toutes les directions.

Transformé en bûcher funéraire, le valeureux Isokaze s’abîme vers 22h40

Reste le Suzutsuki, lequel n’est plus qu’une épave dépourvue d’étrave, mais une épave qui refuse obstinément de sombrer, ce qui du reste s’apparente pour lui à une routine : en janvier 1944, il a en effet déjà vu sa proue et son étrave arrachées par des torpilles américaines, puis, reconstruit, a de nouveau perdu son étrave en octobre, sous l’effet d’une nouvelle torpille américaine !

dimanche 27 décembre 2015

4668 - à la recherche des survivants

Trop endommagé, le destroyer Kasumi fut achevé par les Japonais eux-mêmes
… 16h55

Ce n’est donc que vers 15h00, et seulement après avoir envoyé un résumé de la situation à l’Amirauté, que les trois destroyers japonais partent enfin à à la recherche des survivants, dont certains barbotent déjà depuis plus de deux heures dans cette mer agitée et - rappelons-le - sans le moindre secours d’un canot ni même d’un gilet de sauvetage !

Dans le même temps, les deux Martin Mariner, qui s’étaient jusque-là prudemment tenus à l’écart en se contentant d’observer les événements de très haut, ont commencé à descendre à la recherche  des pilotes américains abattus qui, eux, disposent d’un canot et d’un gilet de sauvetage, et même d’un équipement de survie complet !

Avisant l'un de ces infortunés, un des Mariner parvient à amerrir et à le hisser à son bord, puis à déjauger (1) sous les tirs des destroyers japonais toujours aussi désireux de poursuivre le combat.

A 16h22, le Fuyutsuki aperçoit pour sa part la silhouette calcinée du Kasumi, dont on était sans nouvelle depuis plusieurs heures.

En panne de radio et de machines, ce dernier n’a aucune chance de jamais atteindre Okinawa, ni même de s’en retourner au Japon sans l’aide - totalement illusoire - d’un remorqueur de haute mer, ce pourquoi le commandant du Fuyutsuki décide-t-il de le saborder à la torpille à 16h55, après en avoir transbordé les survivants à son bord

(1) décoller en parlant d’un hydravion