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jeudi 10 février 2005

704 - sur le pont du Missouri



















... le 09 août 1945, le B29 Bock's Car a décollé pour le Japon, emportant la seconde bombe atomique, surnommée "Fat Man" en raison de sa forme qui n'est pas sans évoquer celle d'un adulte obèse. Le même jour, la Russie - qui la veille a déclaré la guerre au Japon - envahit la Mandchourie

Le 13 août, l'empereur Hiro-Hito se décide enfin à jeter l'éponge. L'annonce officielle et radiodiffusée de la capitulation sans condition doit avoir lieu le 15, mais les officiers jusqu'au-boutistes n'ont pas renoncé, qui tentent de s'emparer de l'enregistrement du discours impérial et de renverser le gouvernement. La mutinerie échoue et, pour la première fois depuis son accession au trône, les citoyens japonais entendent enfin la voix de leur empereur tandis que, de leur côté, les hauts dignitaires nippons se suicident par dizaines.

Encore quinze jours, et les premiers soldats américains mettent le pied au Japon. Le 2 septembre, l'acte officiel de capitulation est signé sur le pont du cuirassé Missouri.

Par ce symbole, les Américains ont voulu venger Pearl Harbour et son attaque-surprise, déclenchée près de quatre ans plus tôt.

"La séance est levée !", conclut sobrement le général McArthur.

Quelques secondes plus tard, devant les responsables japonais pétrifiés, en grand uniforme et haut-de-forme, plusieurs centaines d'avions américains apparaissent. Au total, ils seront plus de 2 000 à survoler le Missouri.

La Seconde Guerre mondiale est terminée.

mercredi 9 février 2005

703 - le débarquement qui n'eut jamais lieu

... si l'armée manque de moyens, et si la marine est réduite à sa plus simple expression, l'aviation japonaise, en ce mois d'août 1945, fait meilleure figure, et dispose encore de plus de 10 000 appareils - c-à-d trois fois plus qu'au commencement de la guerre (!)

Et si l'essence est sévèrement rationnée, et l'entraînement au pilotage réduit au strict minimum, ce ne sont pas les volontaires fanatisés qui manqueront pour se précipiter, comme à Okinawa, sur les navires américains, lorsque ceux-ci se présenteront en vue des côtes.

La bombe atomique en décidera autrement. Le 6 août 1945, Hiroshima est rayée de la carte. C'est la solution américaine au problème des morts américains.

Deux jours plus tard, craignant de passer à côté d'une part du gâteau, Joseph Staline se décide enfin à tenir sa promesse contractée à Yalta en février, et réaffirmée à Potsdam en juillet : déclarer la guerre au Japon dans les trois mois suivants la capitulation de l'Allemagne.

Dès le lendemain, 09 août, avec un sens de l'opportunisme inouï et une absence totale de scrupules, le Petit Père des Peuples lance ses troupes à la conquête de la Mandchourie.

Pour un coût dérisoire, et au prix de pertes minimes, il va venger l'humiliation de Port Arthur (1905), lorsque l'armée et la marine russes avaient dû capituler et céder la place à l'empire japonais. Il va s'emparer de la Mandchourie, mais aussi de la Corée du Nord.

Le 23 août, alors que l'empereur Hiro-Hito a pourtant annoncé la capitulation du Japon 8 jours auparavant (!) il fera même main basse sur les îles Sakhaline et Kouriles, ne s'arrêtant que sous les menaces de moins en moins voilées d'un Truman qui a enfin compris, mais trop tard, qu'il s'était fait berner.

mardi 8 février 2005

702 - d'Olympic à Coronet

... écrasé sous les bombes des bombardiers B29 qui, depuis janvier 1945, incinèrent ses villes les unes après autres, coupé de ses sources d'approvisionnement par les sous-marins américains, le Japon est, à l'été 1945, un pays à l'agonie, dont même les attaques kamikazes ne sont pas parvenues à sauver l'île d'Okinawa - distante de moins de 600 kilomètres - de l'occupation américaine.

Mais le Japon est aussi un pays que les Américains, maîtres du ciel, maîtres sur et sous les mers, ont décidé de briser par tous les moyens, même s'ils doivent pour cela le ramener à l'Âge de Pierre.

Pour s'en emparer, le général McArthur a imaginé un plan en deux phases. La première - Olympic - envisage un débarquement au Kyushu en novembre. La seconde - Coronet - prévoit d'en faire de même au Honshu - la plus grande des deux îles du Japon métropolitain - en mars 1946.

Les pertes attendues - morts et blessés - dépassent le demi-million de soldats.

En face, l'armée japonaise - qui a définitivement renoncé à secourir ses garnisons de Chine, Birmanie, Indochine ou Thaïlande, condamnées dès lors à lutter jusqu'à la mort - peut encore compter sur une cinquantaine de divisions, et sur l'appui - au moins théorique - de millions de civils embrigadés dans des milices populaires fort semblables à celles de la Volkssturm nazie, c-à-d avec un armement désuet, qui se limite parfois à de simples bâtons.

Quant à la marine de guerre, elle est réduite à sa plus simple expression, tout comme la marine marchande, qui ne compte plus que quelque 230 navires alors que le Lloyd's Register de 1939 en recensait plus de 2 300 (!)

lundi 7 février 2005

701 - le Dernier des Géants

... Au matin du 7 avril 1945, le Yamato est - comme prévu - repéré par les premiers appareils de reconnaissance américains, qui appellent aussitôt à la curée.

Malgré plusieurs changements de cap, le grand bâtiment est définitivement localisé vers midi. Trente minutes plus tard, les premiers bombardiers-torpilleurs apparaissent...

Plusieurs bombes explosent à l'arrière, une torpille le touche à l'avant gauche. A 13H00, les communications intérieures sont coupées suite à l'impact de deux nouvelles torpilles, et les Américains continuent de se relayer méthodiquement sur le bâtiment blessé, vague après vague, comme une meute de chacals à la poursuite d'un buffle à l'agonie.

A 13H30, trois nouvelles torpilles le touchent près de l'étrave, la gîte s'accentue, les chaudières sont noyées et l'immense navire se traîne maintenant sur l'eau à moins de 7 nœuds, tournant en ronds car son gouvernail est endommagé. "Aucun espoir" signale-t-on à l'amiral Ito, qui décide alors de transférer son pavillon sur un destroyer de l'escorte

A 14H17, le cuirassé encaisse sa dixième torpille au bu. Il ne verra jamais Okinawa, il ne reverra jamais le Japon et la rade de Kuré qui l'a vu naître. Okinawa mourra sans lui, et le Japon capitulera dans trois mois.

Le capitaine de vaisseau Ariga se fait attacher sur la passerelle, pour mourir avec son navire, puis donne l'ordre d'évacuation. Trop tard : à 14H23 une formidable explosion causée par l'éclatement de ses propres munitions déchire les flancs du Yamato, qui coule en quelques secondes, emportant 2 498 personnes dans sa tombe liquide, et mettant ainsi un point final à une épopée superbe, grandiose,...

Et parfaitement inutile.

dimanche 6 février 2005

700 - s'il n'en reste plus qu'un

... avec ses 72.800 tonnes à pleine charge, ses 9 canons de 456mm, ses 2.800 marins et officiers, le Yamato est, en ce mois d'avril 1945, le Dernier des Géants, le plus gros bâtiment de ligne au monde, la plus formidable machine de guerre jamais lancée sur les mers.

Mais en ce mois d'avril 1945, que valent encore pareils superlatifs face à la toute-puissance de l'aviation américaine qui, un an auparavant, a déjà envoyé son frère - le Musashi - par le fond ?

A quoi pense l'amiral Ito en appareillant pour Okinawa le 6 avril 1945 ? Certainement pas à un retour glorieux, puisqu'aucun retour n'est prévu : le Yamato n'a emporté de mazout que pour un unique trajet aller. Ses ordres lui enjoignent simplement de se frayer un passage jusqu'à Okinawa, de bousculer les forces d'invasion américaines, puis d'y échouer le Yamato, avant de pilonner les troupes de débarquement avec ses énormes canons, capables d'envoyer un obus d'une tonne et demie à 41 kilomètres.

Mais face à une flotte d'invasion jamais vue - qui dépasse même celle qui s'est présentée le 6 juin 1944 devant les côtes normandes (!) - il ne fait aucun doute que le cuirassé sera repéré et attaqué par toute l'aéronavale américaine bien avant d'atteindre son objectif.

C'est donc une mission kamikaze, un pur suicide pour l'Honneur, un sacrifice gratuit sur l'autel d'une cause perdue, un ultime défi adressé à un adversaire bien trop fort et dont on attend le coup de grâce final.

samedi 5 février 2005

699 - le Vent divin














... devant Okinawa, en ce printemps de 1945, la supériorité américaine est telle que toute autre tactique que celle des kamikazes n'aurait à vrai dire aucune chance de causer le moindre dommage.

Jeunes et sans expérience, mais fanatisés, des milliers de Japonais tentent ainsi, sinon de gagner la guerre, du moins de la finir dans l'Honneur.

En face, les Américains peuvent compter sur le radar, sur des aviateurs très expérimentés, sur des appareils plus performants, mais aussi sur une DCA capable de dresser de véritables murailles d'acier devant les kamikazes japonais.

Entre mars et août 1945, les attaques kamikazes n'en couleront pourtant pas moins 9 destroyers et 6 transports américains, endommageront plus ou moins gravement 10 cuirassés, 16 porte-avions 4 croiseurs, 81 destroyers, 44 transports et 62 plus petits bâtiments, et coûteront la vie à plus de 4 500 marins.

Les combats au sol, qui dureront deux mois, prélèveront également un lourd tribut : près de 8 000 morts et plus de 35 000 blessés américains, sans même parler des quelques 90 000 soldats et 100 000 civils japonais

C'est trop, beaucoup trop pour l'opinion publique américaine, encore occupée à savourer l'ivresse de la victoire contre l'Allemagne, et qui n'a aucune envie de voir les boys en revenir pour repartir aussitôt dans le Pacifique, à fortiori lorsque l'État-major de McArthur, se fondant sur les résultats des débarquements précédents, évalue à 600 000 les pertes nécessaires pour s'emparer du Japon...

vendredi 4 février 2005

698 - Okinawa la maudite

... après l'échec du plan de l'amiral Toyoda visant à détruire la tête de pont américaine débarquée à Leyte le 20 octobre 1944, plus rien ne pouvait empêcher les troupes américaines de reconquérir les Phillipines.

Le 9 janvier 1945, les Américains débarquaient à Luçon. Début février, ils étaient aux portes de Manille, que les troupes de l'amiral Iwabushi, pourtant abandonnées à leur sort, étaient bien décidées à défendre jusqu'au dernier homme. Et de fait, pas un seul de ces quelques 17 000 hommes ne fut capturé vivant (!) Après un mois d'effrayants combats de rues, Manille avait tout simplement cessé d'exister, tout comme cent mille civils phillipins, que les soldats japonais n'avaient pas hésité, en représailles, à massacrer jusque dans les églises.

Plus au Nord, les Américains ont débarqué le 19 février sur l'île d'Iwo-Jima, défendue par plus de 20 000 Japonais. Malgré les traditionnels et intenses bombardements effectués par l'aviation et l'artillerie navale, les Marines ont mis un mois à s'emparer de l'île, en y perdant près de 6 000 hommes et plus de 15 000 blessés.

Comme de coutume, la quasi-totalité des soldats japonais ont été tués, ou se sont suicidés, ce qui ne manque pas de relancer le débat sur l'étendue des pertes prévisibles en cas de débarquement au Japon.

Mais avant le Japon, il y a Okinawa, ses 500 000 habitants japonais, et une garnison de plus de 100 000 hommes.

Les Américains y débarquent le 1 avril, appuyés par la plus formidable flotte jamais vue - plus de 1 400 navires - sur laquelle les aviateurs japonais, désormais privés de porte-avions mais décollant de leurs bases du Japon continental, situé à moins de 600 kilomètres, se ruent immédiatement, non pas pour y larguer leurs bombes et torpilles - comme le ferait n'importe quel militaire occidental - mais pour s'y écraser avec leur appareil...

jeudi 3 février 2005

697 - la débâcle















... alors que les navires de Nishimura succombaient sous les obus de ceux d'Oldendorff, l'amiral Kurita, étrillé la veille par l'aéronavale américaine, se présentait finalement devant le détroit de San Bernardino avec ses quatre cuirassés et sa dizaine de croiseurs survivants.

Halsey parti affronter Ozawa dans le Nord avec l'essentiel de la flotte américaine, Oldendorff occupé par Nishimura devant Surigao, il ne restait guère que quelques destroyers et une poignée de petits portes-avions d'escorte pour défendre, en ce matin du 25 octobre 1944, les troupes américaines débarquées sur l'île de Leyte.

Les destroyers se sacrifièrent aussitôt pour sauver les portes-avions des obus japonais - et notamment de ceux du Yamato, le plus gros cuirassé du monde - et seul le Gambier Bay fut coulé. De leur côté, les rares avions américains disponibles tiraient tant et plus mais généralement sans résultat : leurs bombes, prévues pour appuyer les troupes au sol, ricochaient simplement sur le blindage des cuirassés japonais (!)

L'affaire aurait pu tourner très mal, et voir la concrétisation du plan de l'amiral Toyoda. Ce furent pourtant les Japonais qui lâchèrent prise les premiers. A midi, l'escadre nippone, qui avait appris la destruction des forces de Nishimura et le retour imminent des navires de Halsey, reprenait le chemin de ses bases, perdant ainsi toute chance de modifier l'issue de la bataille des Phillipines et, au delà, de la guerre elle-même.

Quant au pauvre Ozawa, il avait si merveilleusement tenu son rôle d'appât qu'il se retrouvait à présent seul contre la quasi-totalité de la flotte américaine du Pacifique, contre laquelle il perdit les portes-avions Zuikaku, Zuiho, Chitose et Chiyoda qui, il est vrai, n'avaient pour ainsi dire aucun avion à leur bord (!)

Au final, la Bataille de Leyte se solda par la destruction de 305 000 tonnes de navires japonais, dont quatre portes-avions et le super-cuirassé Musashi. Ce fut aussi la fin de la marine impériale japonaise en tant que force organisée...

mercredi 2 février 2005

696 - "la salve saluant les funérailles d'une époque révolue des combats navals"

... En tombant dans le piège japonais, et en lançant l'essentiel de ses forces à la poursuite des navires d'Ozawa, l'amiral Halsey n'a laissé devant Leyte qu'une lègère force d'appui, composée essentiellement de quelques vieux cuirassés rescapés de Pearl Harbour qui, ironiquement, vont bientôt écrire une des pages les plus glorieuses de l'US Navy alors que leurs plus jeunes et bien plus puissants successeurs ne feront que s'époumoner en vain à la recherche des bâtiments japonais .

Averti de l'arrivée imminente des cuirassés de Nishimura, l'amiral Oldendorff a disposé au mieux, par le travers du détroit de Surigao, les navires dont il dispose, et notamment tous les destroyers et vedettes lance-torpilles qu'il a pu réunir. De fait, quand les forces de Nishimura (deux cuirassés et un croiseur lourd) s'y présentent, vers 22H30, c'est pour y être accueillies par le tir des vedettes, puis des destroyers américains.

A 03H50, le cuirassé Fuso explose, mais l'amiral Nishimura, imperturbable, continue d'avancer vers la ligne invisible des vieux cuirassés américains qui, grâce à leurs radars, l'ont repéré depuis longtemps.

Vingt minutes plus tard, ceux-ci ouvrent un feu d'enfer sur le cuirassé Yamashiro, qui se retrouve rapidement la cible de plusieurs centaines d'obus de 356 et 406mm (!) Brûlant bientôt d'un bord à l'autre, le Yamashiro chavire à 04H20, entraînant dans la mort la quasi-totalité de son équipage (ainsi que l'amiral Nishimura lui-même), et salué par une dernière salve du Mississipi, une bordée complète des douze pièces, dont l'historien Samuel Morrison dira qu'elle constitua "la salve saluant les funérailles d'une époque révolue des combats navals".

Quatre-vingt-deux ans après la première bataille des cuirassés à Hampton Roads, le Yamashiro venait d'entrer dans l'Histoire comme le dernier cuirassé détruit au combat par les obus d'un autre cuirassé...

mardi 1 février 2005

695 - le piège se referme

... A Leyte, et contre toute attente, ce n'est pas l'appât - les forces de l'amiral Ozawa - qui est repéré et attaqué en premier, mais bien l'escadre de Kurita elle-même, harcelée par l'aéronavale américaine dès le matin du 24 octobre (!)

Après avoir résisté pendant sept heures contre les dizaines d'avions américains qui se relaient inlassablement au dessus de lui, le super-cuirassé Musashi chavire à 17H35, entraînant dans la mort 1 039 officiers et marins sur un total de 2 400 hommes, et non sans avoir encaissé la bagatelle de 20 torpilles et 17 bombes au but, soit davantage que n'importe quel autre bâtiment de ligne avant lui (!)

Kurita se serait bien passé de ce genre de record, d'autant qu'en plus du Musashi, il doit également déplorer les dommages subis par les cuirassés Yamato, Haruna et Nagato, ainsi que la perte de trois croiseurs, coulés la veille par des sous-marins américains.

Décidément, le "Plan de Victoire" a du plomb dans l'aile. Et ce n'est encore que le prologue...

Étrillées par l'aéronavale américaines, les forces de Kurita font alors - provisoirement - demi-tour alors que, de leur côté, celles de l'amiral Halsey, ayant repéré la formation d'Ozawa, se décident finalement à se porter à sa rencontre.

Avec quelques heures de retard, le plan de l'amiral Toyoda d'attirer Halsey au Nord, loin de l'île de Leyte, afin que les forces de Kurita puissent y écraser les troupes de débarquement américaines, ce plan trouve enfin son application.

De fait, Halsey est tombé dans le piège japonais, et a lancé le gros de ses forces - et en particulier ses portes-avions lourds et ses cuirassés - à la poursuite d'Ozawa, en ne laissant devant Leyte qu'une légère force d'appui, composée essentiellement des "rescapés de Pearl Harbour" - soit les vieux cuirassés Maryland, West Virginia, Tennessee, Mississipi, California et Pennsylvania - pour ainsi dire dépourvus d'obus perforants, puisqu'ils ne sont là que pour appuyer les troupes de débarquement, et non pour affronter un quelconque cuirassé japonais...

lundi 31 janvier 2005

694 - la Bataille de Leyte

... Simple en apparence, mais extraordinairement complexe à mettre en oeuvre, le "Plan de Victoire" de l'amiral Toyoda est articulé autour de quatre axes principaux

* confié à l'amiral Ozawa, le gros des forces japonaises (quatre portes-avions et deux "cuirassés portes-avions" hybrides, mais pour la plupart sans avions à leur bord !) est destiné à servir d'appât et à attirer les forces américaines de l'amiral Halsey loin de l'île de Leyte, où les troupes du général McArthur ont débarqué le 20 octobre 1944.

* comprenant cinq cuirassés (dont les géants Yamato et Musashi), la force A de l'amiral Kurita attaquera les troupes américaines de débarquement par le Nord, après avoir traversé le détroit de San Bernardino

* venant du Sud, par le détroit de Surigao, la force C (deux cuirassés) de l'amiral Nishimura en fera de même, en prenant les Américains à revers

* enfin, une force de trois croiseurs, menés par l'amiral Shima, complétera l'encerclement.

Généralement très bien informés des intentions japonaises, les Américains vont cette fois passer complètement à côté de la question. Mais leur flotte est à ce point gigantesque - comprenant notamment une vingtaine de portes-avions - que la simple loi du nombre compensera très largement leurs déficiences dans le domaines du renseignement.

dimanche 30 janvier 2005

693 - le "Plan de Victoire"

... A la fin de 1944, le Japon avait beau encore contrôler les immenses richesses des pays conquis - comme le pétrole des Indes néerlandaises ou le caoutchouc d'Indochine - celles-ci ne lui servaient désormais plus à rien puisqu'il était devenu impossible de les exporter en métropole suite à la rupture des lignes de communication maritimes par les sous-marins américains (Saviez-vous que... 489 à 493).

Ainsi, sur les 2 337 navires de commerce japonais figurant sur le Lloyd's Register de 1939, il n'en restait plus que 231 en 1945 (!).

Parce qu'elle réduisait également l'entraînement des hommes et du matériel à sa plus simple expression, la pénurie de matières premières indispensables ne pouvait qu'entraîner une diminution catastrophique de l'efficacité de l'armée et de la marine japonaises, comme le reconnut le contre-amiral Jojima.

"(...) en octobre 1942, nos équipages de bombardiers en piqué venaient de terminer un ultime cycle d'entraînement au Japon (...) contre le navire-cible Settsu (...) Ces tests avaient montré que des scores de neuf coups au but sur neuf piqués étaient chose courante. Dans les mêmes conditions d'attaque [sur le même navire, en juin 1944] le nombre de coups au but dépassa alors rarement un pour neuf piqués. Il était impossible pour nos jeunes sortant tout droit des écoles d'acquérir en quelques semaines, voire quelques jours, le niveau que leurs aînés avaient mis des années à atteindre".

Du reste, en octobre 1944, à la veille de la gigantesque bataille de Leyte, plusieurs portes-avions japonais n'avaient tout simplement plus aucun avion à leur bord et allaient donc servir d'appâts pour attirer la flotte américaine dans un piège que l'amiral Toyoda avait pompeusement appelé "Plan de Victoire"...

samedi 29 janvier 2005

692 - la dernière séance

... en juin 1944, le "tir aux pigeons des Mariannes" a permis aux soldats américains de s'emparer de l'île japonaise de Saïpan et d'assister, horrifiés, au suicide des deux tiers de la population civile de l'île (!)

A cette occasion, l'armée japonaise a voulu utiliser pour la première fois au combat les armes bactériologiques développées depuis des années par la tristement célèbre "Section 731" en Mandchourie. Hélas, le cargo japonais transportant les stocks de puces porteuses du bacille de la peste a, comme tant d'autres, été coulé par un sous-marin américain avant d'atteindre l'île...

Tinian, d'où partira quelques mois plus tard le B29 Enola Gay porteur de la bombe atomique, est conquise fin juillet, Guam début août. Le Japon continental est désormais à portée des énormes quadrimoteurs Boeing B29, qui viennent tout juste d'entrer en service. Deux terrains sont immédiatement construits à Guam, deux à Tinian, un autre à Saïpan. Le 24 novembre, 111 B29 en décollent et rasent entièrement les usines Nakajima de Musashi, prélude à une campagne de bombardements qui va pour ainsi dire incinérer le Japon tout entier.

Pendant ce temps, le général McArthur met la dernière main au plan de reconquête des Philippines, qu'il a dû fuir, humilié, en 1942, non sans avoir juré d'y revenir, ce qu'il fait finalement en débarquant sur l'île de Leyte, le 20 octobre 1944.

Sachant que la perte des Philippines signifierait celle de la guerre, la marine impériale japonaise a décidé d'y expédier ses derniers bâtiments, dans un ultime coup de poker.

vendredi 28 janvier 2005

691 - le bord du gouffre
















... à l'été 1941, l'aéronavale japonaise avait été la première du monde, avec ses dix porte-avions (contre seulement huit aux États-Unis). Mais à l'été 1944, elle n'était plus que l'ombre d'elle-même, et du gouffre qui allait bientôt l'engloutir.

Si son industrie parvenait encore tant bien que mal à produire des avions, elle n'avait pas les moyens de construire les portes-avions que l'Amérique, elle, fabriquait à toute vitesse.

Ainsi, à la capitulation du Japon, les chantiers navals américains étaient parvenus à construire plus d'une centaine de porte-avions de toutes tailles. Dans le même temps, les chantiers navals japonais en avaient péniblement fabriqué treize...

Encore la plupart de ceux-ci avaient-ils été envoyés par le fond, parfois quelques jours à peine après leur lancement. Ainsi, en août 1945, sur les 23 porte-avions mis en service par la marine japonaise, seuls quatre étaient encore à flots,... réduits à l'état de navires-fantômes, sans un seul avion à leur bord.

Déjà surclassés en performances pures, les avions japonais étaient désormais confiés à des jeunes-gens de plus en plus inexpérimentés, qui succombaient en masse face à leurs adversaires américains, lesquels, non contents d'être plus nombreux dans le ciel, disposaient quant à eux de tous les moyens - et en particulier du pétrole - pour s'entraîner à domicile aussi longtemps que nécessaire.

jeudi 27 janvier 2005

690 - le tir au pigeons des Mariannes

... "Le sort de l'Empire dépend de cette bataille. Chacun doit faire le maximum", avait déclaré l'amiral Toyoda à son subalterne, Jisaburo Ozawa, à la veille de la bataille des Mariannes.

Mais en juin 1944, même le maximum ne suffisait plus pour sauver de la mort les jeunes pilotes japonais inexpérimentés, combattant dans des avions dont la légèreté - autrefois avantageuse - était devenue un handicap insurmontable face à des appareils américains non seulement plus lourds et mieux armés, mais aussi plus puissants et plus fortement blindés.

De fait, les 19 et 20 juin, l'affrontement a rapidement tourné à la débâcle pure et simple. Lors de ce que les Américains appelleront par dérision "le tir au pigeons des Mariannes", la quasi-totalité des quelques 500 avions japonais est anéantie par l'aéronavale des États-Unis.

L'audace américaine a payé : décollant en fin d'après-midi, et à l'extrême limite de leur rayon d'action, les pilotes américains sont parvenus à couler le porte-avions Hijo, et à gravement endommager le Chiyoda. Leur retour, effectué de nuit, ne s'est hélas pas fait sans mal : plus de 200 aviateurs sont tombés en panne sèche au dessus de l'océan (une cinquantaine ne seront jamais retrouvés). D'autres se sont posés - ou crashés - en catastrophe sur le premier pont d'envol qu'ils apercevaient. Sur les portes-avions américains, on a même dû pousser à l'eau tous les avions endommagés - même légèrement - afin de faire de la place aux appareils en approche.

Le coup d'éclat des sous-marins Albacore et Cavalla, qui sont parvenus à envoyer par le fond les portes-avions Shokaku et Taiho, a même fait de cette victoire un authentique triomphe.

Jamais la marine impériale japonaise ne se relèvera de ce désastre qui lui a non seulement coûté trois portes-avions, mais aussi l'essentiel de son aviation embarquée et de ses pilotes.

De fait, quand ils repartiront au combat à Leyte, en octobre, plusieurs des portes-avions survivants le feront... sans aucun avion à leur bord.

mercredi 26 janvier 2005

689 - la logique de l'effondrement

... Alors que les pilotes japonais de 1942 disposaient d'une expérience moyenne de 800 à 1000 heures de vol, ceux qui combattaient en 1944 n'en avaient même pas la moitié. En 1945, certains seront même lancés dans la mêlée avec moins de 150 heures de vol à leur actif...

En face, non contents d'être plus nombreux, leurs adversaires américains sont autrement mieux et plus longuement formés.

Surtout, grâce à l'expérience des combats, et à des tests menés sur des appareils japonais capturés, les pilotes américains ont enfin appris à se servir correctement de leurs avions, toujours plus lourds et moins maniables que ceux des Japonais.

Ils évitent désormais le combat tournoyant au profit du "hit and run". Dans son Hellcat lourdement armé et blindé - le blindage du "Zéro" est tout simplement inexistant - tiré par un moteur surpuissant, l'Américain attaque désormais de très haut, fond sur sa proie, et n'effectue généralement qu'une seule passe de tir avant de continuer dans un piqué si rapide que le Japonais - s'il a survécu - ne peut le suivre.

"En 1945, les ingénieurs de Mitsubushi installèrent des réservoirs auto-obturants et des plaques de blindage sur nos Zéro", expliqua un pilote nippon. "Très vite, je demandai, comme la plupart de mes camarades, a en être débarrassé et fit également disparaître la radio de bord qui marchait toujours aussi mal (...) Dans la mesure où notre sécurité importait peu, cela augmentait les performances de nos machines (...) Un jour de 1945, je fus extrêmement surpris de voir le kit de sauvetage dont disposaient les aviateurs ennemis : matériel de pèche, moustiquaire, canot pneumatique, rations conditionnées, miroir de signalisation, etc. Notre propre équipement se limitait à un pistolet automatique Nambu de 8mm pour nous suicider le cas échéant...

mardi 25 janvier 2005

688 - "Nous attendions la mort à chaque mission, avec sérénité"

... dans les Salomons, l'île de Rabaul, surnommée "le Gibraltar du Pacifique", est réputée imprenable. Qu'importe : fidèle à sa stratégie des "sauts de puce", le général McArthur a décidé de la couper du monde, en y laissant croupir la garnison japonaise sans ravitaillement.

En février 1944, la Nouvelle-Bretagne et Bougainville sont repris, après de furieux combats où, une fois encore, les soldats nippons ont préféré la mort à la reddition.

Mais le coup le plus dur viendra de l'archipel des Mariannes où les Japonais, pensant remporter une victoire décisive, ont réuni une flotte de neuf porte-avions et cinq cuirassés. C'est plus qu'à Pearl Harbour mais, face à la machine de guerre américaine qui tourne désormais à plein régime et a réuni quinze porte-avions et sept cuirassés (!), c'est dramatiquement insuffisant.

De plus, les aviateurs expérimentés qui sont tombés à Midway et dans les Salomons ont d'autant moins été remplacés qu'à la différence des Américains, les Japonais n'ont quant à eux développé aucun service de secours en mer.

S'il est abattu, le pilote japonais n'a donc aucune chance de survivre et de reprendre le combat. Du reste, en raison de l'étroitesse de l'habitacle, la plupart des pilotes de "Zéro" volent sans parachute, alors que leur équipement de survie - si tant est qu'on puisse l'appeler ainsi - se compose en tout et pour tout d'un pistolet Nambu - copie du Luger allemand - pour se suicider...

"Nous ne parlions pas de cela", expliqua après guerre un pilote japonais, "mais je suis sûr que très peu d'entre nous espéraient survivre à la guerre, à l'exception des officiers supérieurs, qui ne pilotaient pas. Nous attendions la mort à chaque mission, avec sérénité"

lundi 24 janvier 2005

687 - ensevelir ou incinérer

... le débarquement de Tarawa, du 20 au 23 novembre 1943, avait clairement mis en évidence la difficulté de neutraliser les troupes japonaises sur les îles que l'on se proposait de conquérir.

Même en y déversant par avance des milliers et des milliers de tonnes de bombes et d'obus, même en y employant les meilleurs bombardiers et les plus gros canons de l'époque, il restait toujours suffisamment de soldats japonais en état de combattre pour transformer tout débarquement en entreprise aussi hasardeuse que sanglante.

Bien sûr, avec l'expérience, les techniques de débarquement s'améliorèrent. En plus des traditionnels déversement de bombes et d'obus dans les jours et les heures précédant l'attaque, on vit se généraliser l'usage du bulldozer et du lance-flammes

Le premier pour ensevelir sous des tonnes de sable les Japonais tapis dans leurs bunkers, le second pour les y incinérer là où le terrain était impraticable au bulldozer.

Dans un cas comme dans l'autre, le but était évidemment de tuer d'abord et de faire des prisonniers ensuite. Du reste, les Japonais ne s'avéraient pas du tout disposés à déposer les armes. A Manille, en février 1945, on verra encore les 17 000 hommes de l'amiral Iwabushi mourir les uns après les autres sans qu'un seul ne se rende (!)

Ce constat, les récits de cannibalisme commis par les Japonais sur leurs prisonniers en Nouvelle-Guinée, les hurlements des prisonniers américains découpés vivants à Guadalcanal ou ailleurs, la découverte des camps où des milliers de prisonniers occidentaux sont morts de faim, de maladie et de mauvais traitement, les attaques répétées des kamikazes contre les navires de la flotte et, pour finir, le simple chiffre des pertes américaines à Iwo-Jima, Okinawa, Saïpan ou Manille, tout cela contribuera à déshumaniser encore davantage cette guerre et l'ennemi - le "Jaune" - qu'on combat et qu'il faut écraser par tous les moyens possibles, y compris par l'emploi d'une arme nouvelle et mystérieuse, que des savants sont en train de finaliser, quelque part dans le désert du Nouveau-Mexique...

dimanche 23 janvier 2005

686 - la stratégie de la puce

... Malgré des jours de bombardement, malgré des milliers de tonnes de bombes et d'obus déversés sur une île de deux kilomètres carrés, malgré un soutien aérien incessant, malgré la présence, au large, de plusieurs cuirassés qui ont continuellement arrosé les positions japonaises avec les plus gros canons de l'époque, les pertes américaines à Tarawa s'élèvent à quelque mille tués, et plus de deux mille blessés.

L'opinion publique américaine - qui n'y est guère habituée - est abasourdie. Et ce n'est pas l'annihilation complète de la garnison japonaise et de ses quelque 5 000 hommes qui y changera quelque chose.

Que du contraire : le jusqu'au-boutisme des Nippons, leur volonté de lutter jusqu'à la mort, et de se suicider plutôt que de se rendre, n'ont fait que les déshumaniser davantage aux yeux des Américains.

"Pas un seul d'entre nous n'arrivera vivant au Japon !", écrivent les soldats américains, écoeurés de devoir débarquer et risquer leur vie semaine après semaine sur des îles dont personne n'a jamais entendu parler et où les attendent des Japonais qui, de manière parfaitement incompréhensible pour un esprit yankee, préfèrent la mort au déshonneur de la reddition.

Pourtant, même avec le recul du Temps, la stratégie du "saut de puce" du général McArthur, visant à ne débarquer que sur quelques îles stratégiques - comme Tarawa - capables d'accueillir un terrain d'atterrissage, et de laisser simplement les garnisons japonaises, privées de ravitaillement, croupir sur les autres - comme Rabaul - , était probablement la seule possible.

Ce qui ne l'empêchait pas de paraître encore bien trop coûteuse et trop lente aux yeux du gouvernement américains qui, désireux d'en finir au plus vite, allait bientôt se laisser entraîner par les sirènes du nucléaire...

samedi 22 janvier 2005

685 - Tant qu'il y aura des Hommes

... Sur la minuscule île de Betio, alors qu'ils progressent mètre par mètre, à une allure d'escargot, les Marines sont stupéfaits de se faire encore tirer dans le dos par des Japonais qui, cachés pendant des heures dans de simples trous de la taille d'un bidon profondément enterrés sous le sable, ont patiemment attendus d'être dépassés par les avant-gardes américaines.

D'autres ont ouvert le feu après avoir agité un drapeau blanc. D'autres les ont imités après s'être dissimulés parmi les morts. Même les cadavres sont parfois piégés. Et nul ne peut dire si, parmi tel ou tel amoncellement de corps, ne se cache pas un tireur isolé, ou même un blessé attendant tranquillement son heure, une grenade dégoupillée à la main.

Alors dans le doute, on arrose les blessés et les vivants à la mitrailleuse, quand ce n'est pas au lance-flammes. Plus question de prendre de risques. Pour le Marines, le "droit de la guerre" et les "conventions internationales" ne ramèneront jamais le copain qui, par insouciance ou réflexe humanitaire, a négligé de s'assurer que les Japonais morts l'étaient bel et bien...

Pendant quatre jours, du 20 au 23 novembre 1943, les combats font rage pour la possession de quelques mètres carrés de sable et de cocotiers.

Pour finir, quand le silence retombe sur la puanteur des cadavres qui jonchent le sol, l'intégralité d'une garnison japonaise de quelques 5 000 hommes a été tuée, ou s'est suicidée, à l'exception de 17 survivants hagards, et de quelques dizaines de travailleurs coréens, que les Américains baptisent "termites", car ce sont eux qui ont transformé le sous-sol en véritable nid à tireurs embusqués.

Jusque là inconnu du Monde, Tarawa est devenu "l'Atoll sanglant"

Il y en aura bien d'autres...