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vendredi 17 novembre 2023

7741 - à qui gagne, perd...

Churchill - qui vient tout juste de perdre les élections, Truman et Staline, à l'ouverture de la Conférence de Potsdam
... l'alliance de circonstance, et à vrai dire contre-nature, entre Anglo-américains et Soviétiques ne survécut pas longtemps à la fin des convois arctiques et à la Capitulation du Troisième Reich.

Devenu Président-malgré-lui après la mort de Roosevelt, le 12 avril 1945, Harry Truman, qui ne partageait pas du tout l'optimisme de son prédécesseur sur les nouvelles "Nations Unies", mais aussi sur les véritables intentions de Joseph Staline, se retrouva à la tête d'un pays devenu le plus puissant du Monde, mais aussi, et malheureusement, avec un Monde virtuellement coupé en deux, rapidement menacé d'un total holocauste nucléaire, et déchiré en permanence par une multitude de soulèvements indépendantistes dans tous les pays jusque-là colonisés par les puissances occidentales, autant de circonstances qui forcèrent bientôt les États-Unis à jouer tantôt les arbitres, tantôt les gendarmes,... et tantôt les nouveaux oppresseurs.

Grande triomphatrice d'un conflit dont elle avait il est vrai supporté l'essentiel du coût matériel et humain, l'URSS redevint une authentique puissance mondiale en héritant quant à elle de toute l'Europe de l'Est, ce qui lui permit de reconstituer un Empire en tout point digne de celui des Tsars, et un Empire qui perdura du reste bien après la mort de Staline lui-même, en mars 1953.

Des "Trois Grands", c'est la Grande-Bretagne de Winston Churchill qui fut en revanche la moins récompensée par la victoire contre l'Allemagne nazie : exsangue et totalement ruinée, celle-ci n'eut bien vite plus d'autre choix que de renoncer à la quasi-totalité de son Empire d'avant-guerre, tandis que Churchill lui-même, qui pendant longtemps avait pourtant été le seul à mener la lutte contre Hitler, dut endurer l'humiliation suprême de se voir désavoué par ses propres compatriotes, et renvoyé sans ménagement dans l'Opposition, après les élections générales du 05 juillet 1945 (1)

Et la Royal Navy, à qui Churchill avait imposé une mission - celle de protéger les convois arctiques - dont elle n'avait jamais voulu mais dont elle s'acquitta néanmoins avec brio, ne fut pas mieux récompensée : autant victime de l'effondrement de l'Empire britannique que de la réduction drastique des dépenses militaires, celle-ci vit en effet la plus grande partie de ses navires ferraillés dans l'immédiat après-guerre et, aux yeux-mêmes de ses propres supporters, ne retrouva un semblant d'importance et de légitimité qu'une quarantaine d'années plus tard, à l'occasion d'une autre guerre, celle des Falklands, menée à l'autre bout du Monde.

Mais ceci est une autre Histoire...

(1) le résultat final de ses élections ne sera officiellement connu que deux semaines plus tard, après l'ouverture de la Conférence de Potsdam, dont Churchill, remplacé par son vainqueur, Clement Atlee, ne verra donc pas la fin

jeudi 16 novembre 2023

7740 - un même et pitoyable destin

La carcasse du Hipper, à Kiel, en mai 1945
... mais parler du Tirpitz amène tout naturellement à évoquer les autres grands navires de surface de la Kriegsmarine, dont Hitler avait déclaré, début 1942, qu'ils se devaient d'être en Norvège et nulle part ailleurs.

Pour autant, et contre les convois arctiques, ceux qui réussirent à se rendre jusqu'en Norvège ne furent pas plus efficaces que le Tirpitz, et connurent au bout du compte un sort semblable.

Eux aussi beaucoup trop vulnérables, et de toute manière surarmés pour la tâche - détruire de lents cargos dépourvus de tout blindage - qu'on attendait d'eux, prisonniers des mêmes règles d'engagement qui prohibaient toute perte mais aboutirent malgré tout à celle du Scharnhorst, ils se contentèrent eux aussi, et pour l'essentiel, de rouiller paisiblement au fond de fjords lointains et dépourvus d'infrastructures, jusqu'à ce que la détérioration de la situation militaire, et de leur propre état général, force leur retour en Allemagne, et plus précisément en Mer Baltique.

Et c'est là, en Baltique, que les Panzerschiff Lützow et Admiral Scheer, le croiseur lourd Admiral Hipper, et les croiseurs légers Köln et Nürnberg, parvinrent au bout du compte à se rendre utiles, en mouillant des mines et, surtout, en bombardant les tanks et fantassins russes occupés à progresser le long des côtes de la Baltique, et en protégeant l'évacuation des millions de civils allemands fuyant cette même progression

Mais à l'exception du Nürnberg, qui après avoir rendu les armes à Copenhague fut plus tard livré aux Soviétiques, tous les autres furent, comme le Tirpitz, victimes de simples bombes d'avions, qui les mirent définitivement hors de combat et entraînèrent leur ferraillage après la guerre...

mercredi 15 novembre 2023

7739 - le cuirassé de tous les fantasmes

Le Tirpitz, ou le cuirassé de tous les fantasmes...
... dans la saga des convois arctique, le cuirassé Tirpitz occupe une place à part, et à vrai dire totalement hors-norme.

De son déploiement en Norvège, le 16 janvier 1942, à sa destruction finale, le 12 novembre 1944, donc en un peu moins de trois ans, ce Monstre de 45 000 tonnes et terreur de tous les convois n'a en effet pas tiré le moindre coup de canon contre quelque navire que soit, et a en fait passé la quasi-totalité de son temps au fond d'un fjord à ne strictement rien faire !

En revanche, la simple possibilité de le voir sortir en mer n'a cessé de mobiliser le ban et l'arrière-ban de la Royal Navy et a même provoqué, en juillet 1942, la dispersion en catastrophe du convoi PQ17, dès lors livré aux appétits de ses prédateurs.

Et le plus ironique dans cette histoire est que le plus éclatant succès allemand contre les convois arctiques, celui du PQ17, a été obtenu par des avions et des sous-marins qui, selon le plan prévu,... n'auraient dû servir que d'éclaireurs au Tirpitz et à ses navires d'accompagnement !

Piégée par la simple existence du Monstre, la Royal Navy a alors tenté pendant des mois de le faire tomber... dans un piège, qui ne s'est en définitive refermé que sur le malheureux Scharnhorst.

Avec des sous-marins de poche puis des avions embarqués, elle a aussi essayé, à de multiples reprises, de le couler dans son fjord, avant de devoir s'en remettre à sa grande rivale, la Royal Air Force, qui, à grands coups de bombes de cinq tonnes (!) l'a d'abord réduit à l'impuissance avant de le faire chavirer devant une petite île norvégienne, mettant ainsi un terme à un cuirassé qui fut d'abord et avant tout celui de tous les fantasmes...

mardi 14 novembre 2023

7738 - ... et de la fureur à l'apaisement

L'U-boot : à partit de 1943, plus souvent chassé que chasseur...
... après la catastrophe de Stalingrad, début février 1943, le Reich se retrouve partout sur la défensive,... et partout contraint de céder progressivement du terrain.

Dans l'Arctique, les avions et sous-marins allemands, bien qu'encore sur la brèche, remportent de moins en moins de succès, et subissent au contraire de plus en plus de pertes au fil des mois du fait de la généralisation de chasseurs et bombardiers alliés opérant depuis de petits porte-avions d'escorte.

Inexistante depuis décembre 1942, la flotte de surface allemande tente pour sa part un retour en décembre 1943, mais le sort des armes a définitivement tourné en défaveur du Reich et du croiseur de bataille Scharnhorst, qui, en cherchant à s'en prendre au JW55B, tombe finalement dans le piège que la Royal Navy destinait depuis 18 mois au cuirassé Tirpitz.

A partir de là, et de l'appareillage du JW56A, en janvier 1944, débute la période de l'apaisement, qui se poursuivra jusqu'au départ du JW66 en avril 1945, dernier convoi aller encore organisé en temps de guerre.

Les Allemands sont encore là, mais désormais complètement invisibles, ou plus exactement incapables, malgré quelques armes nouvelles, comme le schnorchel ou la torpille acoustique, de remporter le moindre succès, sauf à de rarissimes exceptions-près.

En pratique, bombardiers et U-boot sont devenus bien plus chassés que chasseurs, mais le plus extraordinaire, en définitive, c'est qu'ils continuent, et continueront jusqu'au dernier jour, de décoller et de prendre la mer alors que tout est perdu et que leurs chances de victoires sont à peu près nulles et dans tout les cas largement inférieures à celles de disparaître dans le ciel ou au fond des eaux glacées de l'Arctique...

lundi 13 novembre 2023

7737 - de l'insouciance à la fureur

Le PQ17, ou l'apothéose de la fureur arctique
... l'Histoire des convois arctiques se déroula en fait en trois grandes périodes

La première, que l'on pourrait qualifier d'insouciante, s'étend en gros de l'appareillage de Dervish, fin août 1941, au PQ11 de février 1942.

A ce moment, les Allemands, convaincus de l'emporter, et de l'emporter rapidement (!), en URSS, prêtent peu voire pas du tout d'attention aux convois arctiques, par ailleurs de faible envergure, donc peu susceptibles d'influer négativement sur leur effort de guerre, ce qui se traduit, au sein des convois, par un taux de pertes très faible, et le plus souvent nul, les équipages n'étant en définitive exposés qu'aux périls de la mer.

Cette relative indifférence allemande se termine néanmoins à la toute fin de 1941, avec l'échec de l'offensive sur Moscou, puis la contre-attaque soviétique qui s'ensuit, laquelle contraint dès lors le Reich à accepter la perspective d'une guerre longue, et donc à s'intéresser cette fois sérieusement à ces convois dont l'ampleur ne cesse de croître au moment où Hitler, de son côté, s'apprête à lancer une nouvelle offensive de printemps, qu'il espère cette fois victorieuse, en direction "d'une ville sur la Volga du nom de Stalingrad"

La période de fureur débute quant à elle avec le PQ12 de mars 1942, qui voit la première tentative allemande d'utiliser le cuirassé Tirpitz, et se termine avec la destruction, en décembre 1943, du croiseur de bataille Scharnhorst, qui s'efforçait d'attaquer le JW55B.

D'importants renforts d'avions, de sous-marins, mais aussi de navires de surface, sont progressivement envoyés en Norvège et, pour les deux premiers cités du moins, y remportent des succès notables, qui culminent avec la quasi-annihilation du PQ17 en juillet 1942.

Le PQ18, qui suit en septembre, marque en revanche le début d'une désescalade, qui se confirme avec le JW51B du mois de décembre et cette Bataille de la Mer de Barents où les navires de surface allemands, bien que supérieurs en puissance de feu, s'avèrent incapables d'exploiter leur avantage, et sont finalement contraints de retraiter piteusement et sans avoir pu couler quelque cargo que ce soit...

dimanche 12 novembre 2023

7736 - des fournitures américaines, une protection britannique

... parce qu'elle manquait elle-même de tout, la Grande-Bretagne ne pouvait cependant fournir grand-chose à l'URSS, ce pourquoi, jusqu'à l'entrée en guerre des États-Unis, ses livraisons furent essentiellement des livraisons américaines originellement destinées à sa propre armée, et chargées sur des cargos britanniques ou soviétiques,

Après Pearl Harbor, l'URSS put en revanche disposer directement des fournitures américaines, acheminées depuis la côte Est des États-Unis jusqu'en Écosse ou en Islande puis, de là, convoyées par la voie arctique jusque Mourmansk ou Arkhangelsk, et sur des cargos qui devinrent très vite majoritairement américains.

La protection des dits convois fut en revanche, et du début jusqu'à la fin, une affaire presque exclusivement britannique, ce qui, vu la faiblesse de la Royal Navy et ses propres engagements sur d'autres théâtres d'opérations, exerça une pression souvent intolérable sur les ressources de celle-ci et, en particulier dans le cas du convoi PQ17, la contraignit parfois à privilégier la survie de ses propres navires de guerre à celle des cargos dont elle avait la charge.

Pour ne pas revivre le désastreux épisode du PQ17, et dans une moindre mesure du PQ18, de 1942, les convois arctiques furent d'ailleurs carrément suspendus durant le printemps et l'été de 1943 et 1944, attendu que les jours de clarté quasi constante sous ces latitudes offraient aux Allemands de meilleures chances de repérer, et d'attaquer, les navires en route vers l'URSS, ou s'en revenant de celle-ci.

Des traversées de navires isolés, souvent soviétiques, furent néanmoins entreprises durant ces périodes d'arrêt des convois, mais au prix de pertes élevées et finalement peu justifiées en regard des faibles volumes transportés...

samedi 11 novembre 2023

7735 - le passage le plus direct et le plus rapide

La voie arctique : le passage le plus direct et le plus rapide vers l'URSS
... si la voie arctique ne représente qu'environ le quart de l'aide occidentale expédiée en URSS, et si elle fut - et de très loin ! - celle qui essuya le plus de pertes en chemin, soit environ 7%, on peut évidemment se demander pourquoi elle fut utilisée du début à la fin de la guerre à l'Est, soit du premier convoi Dervish du 21 août 1941 à l'ultime RA67 du 30 mai 1945.

Pour le comprendre, il faut réaliser que cette voie arctique était la plus courte et la plus directe au départ de l'Angleterre, mais qu'elle fut aussi, et pendant longtemps, la seule disponible.

Beaucoup plus long, donc plus lent, le corridor perse ne fut en effet réellement disponible qu'à la mi-1942 et, jusqu'au moins la mi-1943, imposa de surcroit un interminable contournement de toute l'Afrique.

La voie Pacifique déversait quant à elle ses approvisionnements dans l'extrême-orient russe, donc fort loin du théâtre des opérations et, du fait des accords de neutralité conclus entre l'URSS et le Japon, ne put longtemps s'effectuer que sur des cargos battant pavillon soviétique et menés par des équipages russes, ce qui, vu la faiblesse de la flotte de commerce russe, contraignit les États-Unis à céder à la Russie une grande quantité de cargos. 

Et en raison là encore des mêmes accords, les dits cargos ne pouvaient de toute manière transporter que des biens officiellement "non militaires", comme des matières premières, des camions, des locomotives ou encore de la nourriture.

Les tanks, canons ou avions, devaient quant à eux obligatoirement emprunter la voie arctique ou le corridor perse, ou alors, dans le cas des avions, être parfois  convoyés jusqu'en Alaska par des pilotes américains et, de là redécoller vers la Sibérie par-dessus le Détroit de Béring avec des pilotes soviétiques à leur bord, ce qui impliquait une logistique extrêmement contraignante...

vendredi 10 novembre 2023

7734 - le dénigrement

Des milliers de Sherman furent livrés à l'URSS,... et y côtoyèrent des T-34
... outre le manque flagrant de reconnaissance, ceux qui avaient participé, et survécu, aux convois arctiques, durent aussi affronter la banalisation et le dénigrement constant de leur apport à l'effort de guerre soviétique.

Aujourd'hui plus que jamais, et face au sacrifice de millions de soldats et de civils russes, l'aide matérielle occidentale à l'URSS est en effet systématiquement sous-estimée, voire carrément méprisée.

Si l'on peut, et si l'on doit, admettre que les milliers de tanks - et particulièrement les tanks britanniques - livrés à l'Armée rouge étaient notoirement inférieurs à ses propres T-34, et n'ont donc souvent servi que de "bouche-trous" durant la première année de la guerre, il n'en est revanche pas de même pour les avions, au moins égaux à leurs homologues soviétiques du moment, ni pour le reste du matériel et des fournitures que l'URSS ne produisait tout simplement pas, ou alors en nombre dramatiquement insuffisant

"Le matériel de guerre comprenait [côté britannique]: 5 218 chars (1 388 fabriqués au Canada); 7 411 avions (3 129 fabriqués en Amérique); 4 932 canons antichars; 4 000 fusils et mitrailleuses; 4 338 postes de radio ;2 000 téléphones de campagne; 1 803 radars ;473 millions de balles et d'obus ;9 torpilleurs; 4 sous-marins; 14 dragueurs de mines; 10 destroyers; et un cuirassé. Tout cela passa par la voie arctique.

Entre mars 1941 et décembre 1945, les États-Unis fournirent à la Russie : 14 795 avions; 7 537 chars; 51 503 jeeps; 35 170 motocyclettes; 8 700 tracteurs; 375 883 camions et camionnettes; 8 218 canons antiaériens; 131 633 mitraillettes; 345 735 tonnes d'explosifs; 1 981 locomotives ;11 155 wagons de chemin de fer; 540 000 tonnes de rails en acier; plus de 1 million de miles de câble téléphonique; des expéditions alimentaires d'une valeur de 1 312 millions de dollars; 2 670 000 tonnes de pétrole; 842 000 tonnes de produits chimiques; 3 786 000 pneus; 49 000 tonnes de cuir; et 15 millions de paires de bottes.

(...) Environ un quart de ce qui précède fut expédié via la voie arctique, un autre quart via le Golfe Persique et l'autre moitié via le Pacifique. Le tonnage global pour la voie arctique fut de 3 964 231 tonnes sur un total global de 16 366 747" (1)

(1) Woodman, op cit, pages 519-520

jeudi 9 novembre 2023

7733 - ni décoration, ni reconnaissance

Le PQ17 : de nombreux écrits, mais aucune reconnaissance pour ceux qui y avaient participé
... considérées... froidement, et surtout rapportées à d'autres campagnes ou même batailles de la 2ème G.M., ces pertes étalées sur près de quatre ans n'ont en soi rien de particulièrement impressionnant.

Après tout, et pour ne parler que de celle-là, la Campagne de Guadalcanal, abordée dans notre précédente chronique (1), a en effet coûté, en à peine six mois, deux porte-avions, huit croiseurs (dont un australien), quatorze destroyers et sept mille morts aux Américains, et un porte-avions, deux cuirassés, quatre croiseurs, onze destroyers, six sous-marins et quelque vingt-cinq mille morts aux Japonais !

Pour autant, les dites pertes "peuvent être mises en perspective avec une seule statistique frappante : le passage dans l'Arctique fut le plus meurtrier de tous les itinéraires de convoi, et les pertes parmi les marins des navires marchands alliés furent proportionnellement plus élevées qu'au sein des forces armées" (2)

Et indépendamment des morts et des blessés, on mesure mal quatre-vingt ans plus tard, l'intensité des efforts et des sacrifices qu'eurent à consentir, jour après jour, mois après mois, les marins, civils ou militaires, ballotés par des vagues souvent déchaînées et dans le froid constant de l'Arctique, qui, même en été, ne laissait que quelques minutes d'espérance de vie aux malheureux qui se voyaient précipités à la mer.

Et même rendus sains et saufs à Mourmansk ou Arkhangelsk, ceux-là devaient encore affronter régulièrement l'un ou l'autre bombardement allemand, et également supporter la surveillance constante, les tracasseries et l'accueil plus que tiède des Soviétiques, avant d'entamer un voyage de retour presque aussi périlleux et incertain que l'aller.

Et le pire est peut-être que ceux-là n'eurent jamais les honneurs de la Presse et des communiqués de victoires, et n'obtinrent jamais la moindre décoration ni, à vrai dire, la moindre reconnaissance.

"Parce qu'il s'agissait d'une opération navale presque entièrement britannique, celle-ci fut ignorée dans une large mesure aux États-Unis, au grand dam des nombreux marins et gardes armés des navires marchands américains. Et chez les Britanniques eux-mêmes, le simple fait que les convois arctiques n'aient jamais obtenu le statut de campagne indépendante, et valu de médaille aux vétérans de la Royal Navy et des navires marchands, s'avéra particulièrement amer" (3)

(1) Saviez-vous que... Watchtower
(2) Woodman, op cit, page 522
(3) ibid, page 521

mercredi 8 novembre 2023

7732 - "pris dans son ensemble"...

Le PQ17 : de loin le plus célèbre des convois arctiques
... de l'appareillage de Dervish, le 21 aout 1941 au retour du RA67, le 30 mai 1945, soixante-dix-huit convois et près de 1 400 navires marchands auront donc sillonné l'Arctique dans un sens ou dans l'autre, et y auront perdu 85 des leurs, pour la plupart en 1942, avec le PQ17 et l'à peine moins désastreux PQ18.

En y ajoutant les différents navires perdus lors de traversées isolées, on arrive à un total de 104 bâtiments envoyés par le fond

Pour paraphraser l'amiral Fraser, on pourrait dire que "pris dans son ensemble", un taux de pertes moyen de seulement 8% représente un succès, lequel n'a cependant été rendu possible que par la discipline des équipages des cargos et par les efforts de la Royal Navy, qui a elle-même perdu deux croiseurs, six destroyers et huit plus petits escorteurs, et vu un nombre encore bien plus élevé de bâtiments, dont un porte-avions d'escorte, plus ou moins gravement endommagés dans cette aventure.

En tentant de s'en prendre aux convois arctiques, les Allemands, de leur côté, ont perdu le croiseur de bataille Scharnhorst, trois destroyers, une trentaine de sous-marins, plusieurs dizaines d'avions et aussi, quoi qu'indirectement, le cuirassé Tirpitz.

Comme toujours, les pertes humaines sont bien plus difficiles à établir. Près de neuf cents marins ont en tout cas péri sur les cargos victimes des torpilles ou des bombes allemandes, et près de deux mille sur les bâtiments affectés à leur escorte.

Si l'on considère que le seul naufrage du Scharnhorst a coûté la vie à quelque deux mille hommes, et que chaque sous-marin englouti corps et biens comptait un équipage d'une cinquantaine d'hommes, on peut donc estimer que les pertes allemandes sont à peu près équivalentes, et même supérieures si on y ajoute celles causées par le chavirage du Tirpitz et celles des différents équipages d'aéronefs abattus ou disparus en mer...

mardi 7 novembre 2023

7731 - l'ultime convoi arctique

... estuaire de la Clyde, 12 mai 1945

L'incertitude quant au sort final des derniers sous-marins allemands encore en mer va donc amener les Britanniques à maintenir une escorte complète pour le convoi JW67, prévu de longue date, et qui appareille de l'estuaire de la Clyde le 12 mai.

Et en dépit des craintes encore exprimées par certains, la traversée se déroule sans histoire, et les vingt-six cargos de cet ultime convoi arctique rallient donc la Péninsule de Kola le 20 mai.

Encore trois jours et, le 23 mai, le RA67 devient l'ultime convoi retour, dont les 23 cargos se présentent sept jours plus tard dans l'estuaire de la Clyde, tous feux allumés,... pour la première fois depuis le début de la guerre.

"Il restait quinze navires déchargeant dans les ports russes qui effectuèrent des traversées indépendantes vers l'ouest en juin, juillet et août. Un tiers environ étaient britanniques, le reste américains. Cinq autres navires furent remis aux Russes, tandis que quelques ultimes cargaisons furent expédiées vers l'Union soviétique aux termes de l'accord Prêt-Bail, le dernier voyage américain étant réalisé en décembre 1945 par le Caesar Rodney.

Ce Liberty Ship embarqua à Philadelphie une cargaison variée comprenant des machines-outils, des tours, des fraiseuses et des groupes électrogènes diesel (...) Les entreponts étaient remplis de vivres et de vêtements collectés auprès des organismes de secours pour soulager les terribles épreuves endurées par le peuple russe. Sur ses ponts, le navire transportait 5 locomotives à vapeur, dont près de 2 000 avaient été expédiées en Russie au cours de la guerre.

Son passage marqua presque la fin d'une collaboration qui, malgré le gaspillage, l'inefficacité et les perturbations de la guerre, avait assez bien fonctionné mais qui allait bientôt se muer en une hostilité qui allait durer quarante-cinq ans et se rapprocher parfois dangereusement d'une guerre" (1)

(1) Woodman, op cit, pages 516-517

lundi 6 novembre 2023

7730 - la reddition

Doenitz, au centre, Jodl et Speer, lors de leur arrestation par les Britanniques
... 04 mai 1945

Juste avant de se suicider, Adolf Hitler a désigné comme successeur l'amiral Doenitz, qui est ainsi devenu Président d'un Troisième Reich qui n'existe plus que sur le papier, et d'un fantomatique "Gouvernement de Flensburg" auquel les Alliés mettront fin quelques jours plus tard, lorsqu'ils procéderont à l'arrestation de tous ses membres, dont Doenitz lui-même.

"Dans un message diffusé l'après-midi du 4 mai, Dönitz ordonna à ses commandants de cesser les hostilités et de retourner dans leurs bases. Trois jours plus tard, le 7 mai 1945, lorsque la capitulation sans condition de l'Allemagne fut signée au QG du général Eisenhower à Reims, seuls dix des quarante-cinq U-boot se trouvant en mer avaient obéi.

(...) L'Amirauté britannique transmit un message selon lequel, sur ordre du haut commandement allemand, tous les sous-marins devaient faire surface immédiatement, signaler leurs positions et se diriger vers des ports spécifiés. L'ordre ne fut pourtant pas exécuté rapidement. Cette nuit-là, les six premiers U-boot se dirigèrent vers leurs bases. Neuf ne se rendirent que le 9, suivis de neuf autres le 10.

(...) Certains refusèrent pourtant d'obéir, deux se sabordèrent au large de Lisbonne, un s'échoua au large des côtes néerlandaises et deux autres, l'U-530 depuis la côte est des États-Unis et l'U-977 depuis Kiel, mirent le cap vers le Rio de la Plata, où ils furent internés par les autorités argentines" (1)

C'est fini...

(1) Woodman, op cit, page 514

dimanche 5 novembre 2023

7729 - le convoi historique

... ce convoi "historique", donc, se compose de vingt-sept navires placés notamment sous la protection de deux porte-avions d'escorte, mais aussi... de seize chasseurs de sous-marins construits aux États-Unis mais destinés à l'URSS, et d'ailleurs menés par des équipages soviétiques !

Et malgré tous leurs efforts, les U-boot échouent une fois de plus à infliger le moindre dommage au dit convoi, qui arrive donc sain et sauf le 25 avril, le jour-même où, à Torgau, soldats américains et soviétiques font leur jonction sur l'Elbe.

Dans la nuit du 29 avril, alors qu'à Berlin,Adolf Hitler, claquemuré dans son bunker, vient d'épouser Eva Braun et est occupé à vivre ses dernières heures, le convoi retour RA66 se met à son tour en branle, et attendu, une fois de plus, à sa sortie par des sous-marins allemands !

Dans la mêlée, extraordinairement confuse, qui s'ensuit l'U-307 est grenadé, contraint à faire surface et finalement coulé par la frégate Loch Insh, mais la frégate Goodalle est quant à elle torpillée et envoyée par le fond par le décidément très pugnace U-968

Le lendemain, jour-même du suicide d'Adolf Hitler, un quatuor de frégates règle son compte au U-286, et le 8 mai, jour de la Capitulation de l'Allemagne nazie, le convoi RA66 fait son entrée dans l'estuaire de la Clyde, sans avoir perdu un seul de ses vingt-six cargos...

samedi 4 novembre 2023

7728 - quand le Troisième Reich vit ses derniers instants

Les U-boot : dangereux jusqu'à la fin...
... estuaire de la Clyde, 11 mars 1945

Ce nouveau convoi, le JW65, appareille le 11 mars avec vingt-six navires marchands et, curieusement, ne rencontre aucune opposition jusqu'au matin du 20 mars, lorsque l'U-995 s'adjuge l'américain Horace Bushnell, qui se croyait déjà arrivé à bon port.

Vers midi, l'U-968 en fait de même avec le sloop Lapwing, qui coule en 20 minutes, et le Liberty Ship américain Thomas Donaldson.

Le 21 mars, le convoi rallie néanmoins Mourmansk, tandis que les escorteurs se préparent à reprendre la mer avec le convoi retour, RA65, qui appareille le 23 et rallie le Loch Ewe le 01 avril sans avoir quant à lui perdu un seul navire en route.

Mais en ce 01 avril 1945, le Troisième Reich tout entier est occupé à vivre ses dernier instants !

Le 07 mars, à Remagen, les troupes américaines ont en effet franchi le Rhin, ultime rempart à l'Ouest; le 29 mars, les troupes soviétiques sont entrées en Autriche; le 14 avril, les Pays-Bas sont complètement libérés; et le 16 avril, soit le jour-même où le convoi JW66 quitte l'estuaire de la Clyde à destination de l'URSS, les Soviétiques lancent leur assaut final sur Berlin, à présent encerclée, et que les Américains, pour épargner la vie de leurs propres soldats, ont préféré leur abandonner.

Qu'ils s'en doutent ou non, qu'ils y pensent ou pas, les équipages du JW66 vont  donc participer à ce qui sera non pas le dernier convoi arctique de la guerre, mais bien le dernier convoi arctique lancé durant la guerre...

vendredi 3 novembre 2023

7727 - aucune intention de lâcher le morceau

Le Bluebell : typique des corvettes de la 2ème G.M.
... quatre jours plus tard, le convoi retour RA64 appareille à son tour, mais cette fois, les sous-marins allemands sont présents en force et, malgré toutes les tentatives menées par les Soviétiques pour les chasser, les attendent carrément à la sortie !

Une fois encore, ce sont pourtant les escorteurs, et pas les cargos, qui vont faire les frais de leur audace : alors que le sloop Park venait tout juste de grenader et de couler l'U-425, il est lui-même victime d'une torpille acoustique du U-963, qui le transforme en amas de ferrailles.

Peu après l'U-968 s'adjuge pour sa part le Liberty Ship américain Thomas Scott, et l'U-711 la corvette Bluebell, qui éclate comme une grenade et coule en moins de trente secondes, ne laissant qu'un seul survivant sur un équipage de quatre-vingt-six hommes.

Pendant 48 heures, c'est ensuite la tempête qui s'en mêle et disperse largement le convoi qui, le 20 février, est ensuite attaqué sans discontinuer par plusieurs dizaines de bombardiers-torpilleurs de la Luftwaffe, lesquels, une fois de plus, n'obtiennent aucun résultat et doivent même attendre le 23 février avant de réussir enfin à accrocher un cargo à leur palmarès, à savoir l'américain Henry Bacon, trainard du RA64 qui, sans le savoir - et sans évidemment l'avoir voulu ! - va devenir le dernier navire coulé par l'Aviation allemande durant la 2ème G.M.

Le 28 février, le reste du convoi arrive néanmoins au Loch Ewe sans autre incident, mais cette affaire n'en démontre pas moins que, dans l'Arctique du moins, les Allemands n'ont toujours pas la moindre intention de lâcher le morceau, et sont même bien décidés à récidiver dès l'appareillage du convoi suivant...

jeudi 2 novembre 2023

7726 - quand l'année redémarre

La corvette Denbigh Castle, seule victime du convoi JW64
... estuaire de la Clyde, 03 février 1945

Aucune de ces merveilles ne se rendra jamais jusque dans l'Arctique, ni ne changera quoi que ce soit à l'issue de cette guerre depuis longtemps perdue par l'Allemagne, mais, malgré ses multiples déconvenues de 1944, c'est donc avec encore quelque espoir que la Kriegsmarine entame l'année 1945 qui, malheureusement pour elle, sera aussi sa dernière.

Dans l'Arctique en tout cas, l'année 1945 commence par l'arrivée, le 08 janvier, du convoi aller JW63, et par le départ, le 11, du convoi retour RA63 qui, bien que secoué par une tempête de plusieurs jours ayant dispersé ses bâtiments, se rend à bon port dix jours plus tard, et lui aussi sans la moindre perte.

Le 03 février, le JW64 appareille de l'estuaire de la Clyde quelques heures avant l'ouverture, à plusieurs milliers de km de là, de la Conférence de Yalta où les "Trois Grands", en pratique réduits aux États-Unis et à l'URSS, vont se partager l'Europe d'après-guerre puisque plus personne - et Staline moins que quiconque (!) - ne doute à présent de la victoire et de l'imminent effondrement du Troisième Reich.

Le 06, la Luftwaffe, que l'on avait presque fini par oublier, se rappelle au bon souvenir de tout le monde mais, malmenée par la DCA et la chasse des porte-avions d'escorte, perd plusieurs appareils sans réussir à détruire ni même à endommager quelque navire que ce soit

Le 10, les aviateurs allemands reviennent néanmoins en force, mais toujours sans autre résultat que de perdre eux-mêmes plusieurs avions.

Et ces aviateurs sont d'autant moins récompensés de leurs efforts que le 13, alors que le convoi est déjà occupé à pénétrer dans la Baie de Kola, c'est un sous-marin, en l’occurrence l'U-992, qui s'adjuge la seule victime de cette traversée,... la corvette Denbigh Castle

mercredi 1 novembre 2023

7725 - du rêve à la dure réalité

L'U-2540, devenu sous-marin musée, et seul survivant du type XXI
... mais la seule arme sous-marine "nouvelle" - encore que nullement "miracle" ! - dont l'Histoire a retenu le nom est évidemment l'Elektroboot ("électro-sous-marin") de typeXXI, dont le mythe, à l'instar d'ailleurs de celui du biréacteur de chasse Messerschmitt 262, a depuis longtemps fait oublier la réalité.

En concevant un profil beaucoup plus hydrodynamique que tout ce qui existait jusque-là, et en triplant la taille des batteries, les ingénieurs allemands sont en effet parvenus - du moins sur le papier - à concevoir un sous-marin capable d'atteindre la vitesse 18 nœuds en plongée, mais aussi de parcourir plus de 400 km en immersion à la vitesse de 5 nœuds, performances qui, dans les deux cas, représentent plus du double des celles des traditionnels type VIIC encore en opération dans l'Arctique !

Beaucoup plus performant que ses devanciers, et beaucoup plus difficile à repérer et à détruire, le type XXI est effectivement révolutionnaire, et va de fait... révolutionner le design des sous-marins du monde entier dans les deux ou trois décennies à venir

Mais - car il y a malheureusement un mais - ce design est malheureusement affligé d'une multitudes d'erreurs de conception, tandis que la construction, réalisée en neuf sous-ensembles préfabriqués, est quant à elle, et depuis 1943, victime d'un nombre incalculable de malfaçons qui exigent de longues et coûteuses réparations.

Au bout du compte, sur les quelque cent-vingt exemplaires plus ou moins achevés à la fin de la guerre, seuls quatre eurent le temps d'être admis en service opérationnel, et seulement deux d'effectuer des patrouilles en mer.

Et aucun ne coula jamais le moindre navire allié...

mardi 31 octobre 2023

7724 - la volonté d'y croire encore...

L'U-1407, devenu HMS Meteorite : plus dangereux pour son équipage que pour ses cibles...
... car Doenitz veut encore y croire et, tout comme son Maître, Adolf Hitler, place désormais tous ses espoirs dans des armes nouvelles, et même dans des "armes-miracle", dont la toute-puissance présumée permettrait à elle seule d'inverser le cours des événements au profit du Reich !

Après le schnorchel et la torpille acoustique, place donc aux tuiles anéchoïques, c-à-d à des milliers de petites plaques de caoutchouc perforé qui sont collées sur toute la surface de l'U-boot dans le but à la fois d'absorber les ondes sonar émises par le navire ennemi, mais aussi de réduire le bruit généré par le sous-marin lui-même.

Le système est efficace et a le gros avantage d'être adaptable sur n'importe quel sous-marin existant, mais aussi l'inconvénient d'être extrêmement coûteux et difficile à installer, en sorte que seule une poignée d'U-boot pourra en être équipée d'ici la Capitulation de l'Allemagne.

Infiniment plus radicale est la tentative de créer un sous-marin anaérobie, c-à-d capable de fonctionner durablement sans le moindre apport d'air extérieur. Dans le cas allemand, il s'agit de remplacer à la fois les batteries et le moteur diesel d'un sous-marin par une turbine Walter fonctionnant en circuit fermé et brûlant du peroxyde d'hydrogène contenu dans un réservoir.

Là encore, la formule est efficace et permet de se passer totalement d'un schnorchel en garantissant néanmoins une vitesse d'environ 20 nœuds en plongée - soit plus vite qu'un diesel en surface et le double d'un sous-marin sur batterie ! - mais non content d'être très instable, donc dangereux pour ses utilisateurs, difficile à fabriquer, et extrêmement coûteux, l'emploi du peroxyde d'hydrogène entraîne également une très forte consommation, qui réduit l'autonomie à quelques centaines de km seulement (!) sur les quelques sous-marins côtiers de type XVIIB qui, de peine et de misère, pourront être testés (1) avant la fin de la guerre.

Et aucun dans l'Arctique...

(1) après-guerre, les Britanniques testeront brièvement - et dangereusement ! - la formule sur le U-1407 capturé, devenu HMS Meteorite

lundi 30 octobre 2023

7723 - clôturer l'année en beauté

"Combien de temps encore ?"
... décembre 1944

Et nouvelle preuve de ce qui précède, le JW62, qui appareille du Loch Ewe le 29 novembre parvient lui aussi à amener ses trente cargos à bon port malgré la présence de deux Wolfpacks réunissant pas moins de dix-sept sous-marins !

Le convoi retour RA62, qui quitte l'URSS le 10 décembre fait mieux encore, en réussissant à couler les U-387 et U-365.

Le 13 décembre, la Luftwaffe, quasi-invisible depuis plusieurs mois, fait néanmoins un bref retour dans le ciel, sous la forme d'une dizaine de bombardiers-torpilleurs Junkers 88,... qui n'obtiennent néanmoins aucun succès en plus de perdre deux des leurs, victimes de chasseurs embarqués sur les porte-avions d'escorte !

Et ce n'est pas la disparition de la corvette norvégienne K-374 Tunsberg Castle, qui saute sur une mine le 12 décembre, qui va consoler les Allemands de leur incapacité à causer désormais quelque dommage que ce soit aux convois arctiques.

Le 30 décembre, le JW63 clôt d'ailleurs l'année 1944 en beauté avec pas moins de 39 cargos, qui atteignent la Baie de Kola le 08 janvier sous de violentes chutes de neige, mais là encore sans la moindre perte

Mais malgré leur insuccès, les Allemands n'ont toujours pas renoncé...

dimanche 29 octobre 2023

7722 - la descente aux abimes...

L'avion ou l'hydravion : une menace constante pour tout U-boot en surface
... à l'instar du convoi JW61, et du "convoi de la Honte" JW61B, les convois retourRA61 et RA61A, qui appareillent respectivement les 02 et 11 novembre 1944, arrivent eux aussi à bon port sans la moindre perte.

Les Allemands, et plus exactement leurs sous-marins, sont pourtant toujours là,  mais même si leur nombre total a augmenté depuis le PQ17, même s'ils bénéficient à présent de perfectionnements techniques, comme le schnorchel ou des torpilles acoustiques, qui auraient fait rêver leurs prédécesseurs du PQ17, leurs résultats sont à présent nuls, ou au mieux, pitoyables !

Depuis le PQ17, les escortes alliées, il est vrai, se sont considérablement renforcées et professionnalisées, alors que les U-boot, eux, ont au contraire vu leurs commandants les plus agressifs, et leurs équipages les plus expérimentés, disparaître les uns après les autres au combat.

Et le taux d'attrition - à la fin de la guerre, pas moins de 75% des sous-mariniers allemands auront disparu en mer ! - est tel qu'il a finalement fallu se résoudre à muter dans les U-boot du personnel de l'Infanterie, voire même de l'Aviation, avec les conséquences que l'on devine sur l'efficacité opérationnelle.

Mais la principale raison de cette véritable descente aux abimes est désormais aérienne, et même doublement.

D'abord parce que la Luftwaffe, elle-même en manque d'appareils et de navigants expérimentés, n'est plus en mesure de fournir aux U-boot les précieux renseignements qui leur permettaient autrefois de se placer en position d'attaque sur la route suivie par les convois

Ensuite parce que, grâce aux porte-avions d'escorte, mais aussi à leurs appareils basés à terre, les Alliés sont à présent en mesure de maintenir une veille aérienne quasi-permanente, qui force les U-boot à demeurer sous l'eau de manière tout aussi permanente, et réduit en conséquence leurs possibilités d'action à presque rien...