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mardi 30 septembre 2008

2032 - E finita la comedia

... plus encore que l'Allemagne nazie, l'Italie fasciste s'engagea dans une aventure militaire qu'elle n'avait pas les moyens de mener.

Faute de canons et de tanks modernes, l'Armée de Terre, bien que pléthorique, ne fut jamais en mesure d'imposer sa loi, et devint très vite, bien que souvent injustement, la risée de ses adversaires.

Correctement équipée, la Marine de Guerre n'en souffrit pas moins de l'absence de porte-avions, qui lui auraient permis de repérer et de frapper ses adversaires à grande distance, en plus de protéger la flotte elle-même. Les revers subis, la pénurie de carburant, et l'absence de véritable doctrine d'emploi, finirent par la condamner à demeurer dans ses ports avant d'appareiller pour un ultime voyage à destination des ports ennemis.

Efficace en Éthiopie et lors de la Guerre d'Espagne, l'Aviation italienne perdit cependant trop de temps à négocier le passage du biplan au monoplan, et souffrit jusqu'à la fin d'insolubles problèmes d'approvisionnement en appareils modernes.

Plus que la défaite de ses soldats, de ses marins et de ses aviateurs, la défaite de l'Italie fut d'abord et avant tout celle de son industrie, sous-outillée et sous-financée, et donc constamment à la traîne de l'encombrant allié allemand dont la production, à la différence de la sienne, ne cessait d'augmenter.

Pour finir, la comédie se termina par un retournement d'alliance et une guerre civile, qui vit les Italiens combattre aux côtés de leurs ennemis d'hier contre leurs alliés d'autrefois, et se combattre entre eux, jusqu'à l'effondrement total d'un régime qu'ils avaient eux-mêmes plébiscités...

lundi 29 septembre 2008

2031 - O Tempora O Mores...

... avec la mort de Mussolini, le 28 avril 1945, s'acheva une tragique aventure, débutée 23 ans plus tôt, lorsque le Roi d'Italie Victor-Emmanuel III, s'était résigné à nommer Mussolini chef du gouvernement italien, suite au succès remporté par ce dernier lors de la "marche sur Rome".

A l'instar de Hitler, Mussolini allait porter une lourde part de responsabilités dans les événements qui allaient suivre et finalement déboucher sur une nouvelle guerre mondiale, puis sur la ruine de son pays.

On pourra toujours dire que le fascisme italien demeura toujours fort éloigné du racisme et de l'impitoyable brutalité du fascisme allemand, que Mussolini n'était certes pas Hitler, ou encore que ce furent les actions du premier, bien plus que la volonté du second, qui poussèrent l'Italie dans les bras de l'Allemagne, et le gouvernement italien dans l'ombre et les traces du gouvernement allemand.

Mais comme avec Hitler, l'erreur serait cependant de croire que les dits événements ont pu se dérouler sans l'assentiment de la majorité de la population, qui acclamait frénétiquement son Duce bien-aimé lorsque ce dernier étendait les frontières de l'Italie en authentique conquérant romain, et se prenait, tout comme elle, à rêver aux lendemains de fortune que ne manqueraient de produire les millions d'esclaves des pays vaincus.

Ce n'est en vérité que lorsque ce rêve pris fin, lorsque les revers commencèrent à se multiplier, et les bombes à pleuvoir sur le territoire national, que la population italienne, tout comme la population allemande, entama sa cure de désintoxication idéologique, au point de finir par haïr l'homme qu'elle avait volontairement porté au Pouvoir quelques années auparavant...

O Tempora O Mores...

dimanche 28 septembre 2008

2030 - par les pieds

... ayant quitté Milan le 25 avril 1945, Mussolini et sa suite ont erré sur les routes pendant toute une journée.

Le lendemain, un officier SS convainc le Duce de se dissimuler, en uniforme de sous-officier, dans une colonne allemande en retraite. Mais la dite colonne est finalement arrêtée par un groupe de partisans italiens près du lac de Côme.

Le déguisement de Mussolini ne résiste pas longtemps à l'analyse. Lui-même, sa maîtresse, Clara Petacci, et ses derniers fidèles, sont brutalement arrachés du camion, conduits à la commune de Domaso, puis enfermés dans une ferme voisine.

Comme en juillet 1943, Mussolini s'avère à nouveau un hôte fort encombrant pour ses geôliers qui, ne sachant pas trop quoi faire, s'efforcent d'obtenir des instructions.

Le 28, la décision tombe enfin : Mussolini, sa maîtresse et leur suite, une quinzaine de personnes au total, sont sommairement exécutés, dans des circonstances qui demeureront nébuleuses, sans doute parce que personne, en Italie, ne souhaite faire les frais d'un procès qui pourrait s'avérer gênant pour beaucoup de monde.

Ramenés à Milan en camion, les corps sont alors traînés dans les rues de la ville au milieu d'une foule en liesse, et finalement suspendus par les pieds, à la devanture d'une station d'essence, Piazza Loreto, à l'endroit-même où, un an auparavant, des partisans italiens avaient subi le même sort après un attentat contre la Wehrmacht...

samedi 27 septembre 2008

2029 - les derniers espoirs

... bien plus que la nouvelle Ligne Gothique, c'est plutôt le manque d'effectifs, et les conditions météorologiques, qui, à l'automne 1944, ont de nouveau réduit la progression alliée en Italie à une allure d'escargot.

L'issue finale ne fait pourtant plus aucun doute. Le 16 décembre 1944, Mussolini s'est finalement résolu à prononcer un discours public à Milan - ce sera le dernier - mais pour le Duce comme pour l'assistance, le coeur n'y est plus.

Dix jours plus tard, l'armée allemande, soutenue par les forces italiennes du Maréchal Graziani, a bien lancé une contre-offensive dans les Apennins, mais les quelques succès remportés n'ont certes pas fait illusion.

Les Allemands, il est vrai, ont d'autres soucis en tête : entre les Britanniques et les Américains à l'Ouest, et les Russes à l'Est, l'Allemagne nazie se retrouve entre les deux branches d'un gigantesque casse-noix, qui va bientôt la broyer.

A la mi-avril 1945, la situation est devenue désespérée : Berlin est encerclée par l'armée rouge et Milan, berceau du fascisme italien, que Mussolini, dans une dernière et vaine rodomontade, avait promis de transformer en "Stalingrad italien", Milan est sur le point de tomber.

Dans l'après-midi du 25, Mussolini évacue donc la ville, dans les bagages de l'armée allemande...

vendredi 26 septembre 2008

2028 - le début de la fin

... lorsque Benito Mussolini se rend en Allemagne, à la mi-juillet 1944, en vue d'y inspecter les quatre divisions italiennes que le Reich a finalement accepté d'équiper et d'entraîner, les rêves de grandeur sont depuis longtemps derrière lui.

Bien loin d'avoir repoussé les limites du nouvel Empire italien, le Duce les a au contraire vues rétrécir comme peau de chagrin, puis se réduire à l'Italie, avant que celle-ci ne soit elle-même envahie par les Alliés, puis morcelée entre ces derniers et l'Allemagne nazie.

Naguère acclamé par des millions de personnes, Mussolini, tout comme Hitler, n'a plus la moindre victoire à annoncer à ses partisans et tout comme Hitler, n'apparaît quasiment plus en public.

Constamment protégé -  ou surveillé ? - par une garde prétorienne, fournie par Hitler, le dictateur n'est plus que l'ombre de lui-même lorsqu'il rencontre à nouveau Hitler au Wolfschantze de Rastenburg (Prusse orientale), dans l'après-midi du 20 juillet 1944.

Il ne pouvait pas tomber plus mal : la Ligne Gustav, qui a protégé l'Italie du Nord pendant cinq mois, a cessé d'exister; Rome est tombée aux mains des Alliés il y a six semaines; les dits Alliés sont désormais solidement installés en Normandie; l'armée rouge a lancé une nouvelle offensive à l'Est et, surtout, le Führer lui-même a failli périr quelques heures auparavant dans un attentat mené par le comte Stauffenberg.

Difficile dans ces conditions de croire encore en une "victoire finale" à laquelle Hitler pourtant continue de s'accrocher et tente de convaincre son interlocuteur...

jeudi 25 septembre 2008

2027 - la marionnette sanglante

... revenons à présent à Benito Mussolini, que nous avons abandonné le 23 septembre 1943, alors qu'il venait de proclamer la naissance de la Repubblica Sociale Italiana (République Sociale Italienne ou RSI), qui allait bientôt s'installer dans la petite ville de Salo (près du Lac de Garde).

A vrai dire, la RSI a toutes les caractéristiques d'un État-fantoche : ce sont les Allemands qui dictent la partition, rythment le tempo et équipent - chichement - l'orchestre, dont ils font surveiller le chef en permanence.

Réduit au rang de marionnette, Mussolini dirige donc ce qu'il peut,... à commencer par le Procès de Vérone, sombre farce juridique destinée à juger les membres de l'ancien Grand Conseil du Fascisme qui, le 24 juillet précédent, se sont prononcés en faveur de sa destitution.

Le 10 janvier 1944, après trois jours de pseudo-débats, cinq des inculpés sont condamnés à mort, parmi lesquels le comte Galeazzo Ciano, ancien Ministre des Affaires étrangères et par ailleurs gendre de Mussolini, qui refuse de signer sa demande de grâce.

Fusillés dès le lendemain, ces cinq hommes vont aller grossir les morbides statistiques de la RSI : dans toutes les zones encore sous son contrôle, on traque et on exécute en effet les partisans à tour de bras et sans même s'embarrasser du moindre jugement.

A la violence des supporters de Mussolini réplique naturellement celle de ses opposants, de plus en plus nombreux et de mieux en mieux organisés à mesure de l'avance alliée dans la Péninsule.

mercredi 24 septembre 2008

2026 - de la Ligne Gustav à la Ligne Gothique.

... ayant enfin franchi la Ligne Gustav contre laquelle ils butaient depuis plus de quatre mois, s'étant enfin emparés de Rome (4 juin 1944), les Alliés envisagent naturellement de poursuivre leur offensive vers le Nord de l'Italie et, au-delà vers l'Autriche et l'Allemagne.

Le problème, c'est que le succès du Débarquement de Normandie, deux jours plus tard, va très rapidement éclipser celui obtenu sur le Front italien, lequel deviendra encore plus secondaire lorsque la nécessité d'étoffer les rangs pour le débarquement prévu en Provence (Opération Anvil, 15 août 1944) contraindra l'État-major à puiser dans les effectifs présents en Italie plutôt que de leur acheminer des renforts.

Les Allemands, de leur côté, ne sont pas restés inactifs : sous la conduite énergique de Kesselring, la retraite vers le Nord s'est effectuée en bon ordre, ce qui a au moins permis de dresser de nouvelles lignes de défense, reprenant peu ou prou les caractéristiques, et en particulier l'utilisation du terrain et du relief, qui ont fait le succès de la résistance allemande en Italie depuis septembre 1943.

Édifiée au Nord de Florence, la nouvelle Ligne Gothique vaut bien la défunte Ligne Gustav.

Et de fait, les Alliés vont à nouveau s'y casser les dents pendant des mois, et à vrai dire jusqu'à la fin de la guerre en Europe, brisant ainsi les derniers rêves de Churchill...

mardi 23 septembre 2008

2025 - l'heure de Juin

... ni le contournement par Anzio ni les attaques frontales sur Cassino ne s'avérant efficaces, ne reste plus qu'à faire preuve d'imagination et à recourir au bon vieux "système D"

Justement, le général Juin, qui commande le Corps Expéditionnaire Français, a un plan : forcer le passage à travers les monts Aurunci, au sud-ouest de Cassino.

Sur ce terrain montagneux et raviné, impraticable à toute armée conventionnelle, et a fortiori à toute armée lourdement motorisée, ce seront les tirailleur marocains - et leurs mules - qui vont effectuer le gros du travail, bousculeront les défenses et pourront ainsi prendre le Mont Cassin à revers

Britanniques, et surtout Américains, sont pour le moins sceptiques, et de fait, les premières heures de l'offensive, qui débute le 11 mai 1944, sont plutôt chaotiques : on se bat au couteau, dans la boue ou la rocaille, au milieu des mines ou des barbelés, dans la confusion la plus totale et, il faut bien le dire, loin de tout esprit chevaleresque

Mais à la longue, ce sont bel et bien les Allemands qui finissent par céder : le 17, le Maréchal Kesselring n'a d'autre choix que de jeter l'éponge; le lendemain, le 2ème corps polonais s'empare du Mont Cassin, à présent coupé de ses arrières; le 23 mai, Britanniques et Américains lancent une offensive à Anzio, et parviennent enfin à s'extraire de la nasse où ils se morfondaient depuis quatre mois.

Face aux Allemands qui battent en retraite vers le Nord, la route de Rome est désormais ouverte : le 4 juin, la ville éternelle, que les Allemands n'ont pas voulu défendre, tombe aux mains des Alliés qui, pour un peu, se verraient bien poursuivre jusqu'en Autriche et, pourquoi pas, jusque Berlin, comme Churchill le préconise depuis trois ans.

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres...

lundi 22 septembre 2008

2024 - nouvelle tentative, nouvel échec

... du côté allemand, on a assisté, pendant trois heures, au défilé des bombardiers venus déverser leur chargement sur le monastère du Mont Cassin.

Et une fois le dernier avion parti, on s'est naturellement empressé d'investir les ruines avant-même que la poussière ne soit retombée !

A présent désacralisé, ce monastère du VIème siècle - ou du moins ce qu'il en reste - offre en effet un bon poste d'observation, une excellente position défensive,... et un prétexte encore meilleur pour attirer les caméras de la propagande, qui vont s'empresser de révéler au monde l'ampleur de la barbarie alliée.

Sur le strict plan militaire - le seul qui nous intéresse ici - le plan de Freyberg est un échec total : repartis à l'assaut dès le lendemain (16 février 1944), les Néo-Zélandais buttent sur une résistance allemande encore plus efficace qu'auparavant. Le 18 février, malgré l'arrivée d'une division britannique en renfort, Freyberg n'a plus d'autre choix que de jeter l'éponge et de battre le rappel des troupes.

C'est ensuite la météo qui, pendant près d'un mois, se range du côté des Allemands et interdit toute initiative. Le 15 mars, Freyberg, qui a décidément de la suite dans les idées, décide de rayer de la carte la ville de Cassino, sise au pied du Mont, en la faisant bombarder par près de 800 appareils.

Mais lorsque les soldats Néo-zélandais se lancent à l'assaut des ruines de la ville, c'est pour découvrir avec horreur que les bâtiments à présent écroulés offrent, à l'instar de ceux du monastère, une protection idéale aux troupes allemandes, alors-même que l'accumulation de gravats empêche la progression des tanks canadiens qui doivent les appuyer.

Une fois de plus, l'attaque frontale débouche sur une boucherie, et la boucherie sur un enlisement. Le 22 mars, les Néo-Zélandais n'ont d'autre choix que de se replier, à l'ombre goguenarde du Mont Cassin et de son monastère, dont les ruines continuent de les défier...

dimanche 21 septembre 2008

2023 - de l'insulte à l'obsession

... leurs forces débarquées à Anzio désormais immobilisées pour de longs mois, les Alliés en sont donc revenus au point de départ, c-à-d à la nécessité de percer la Ligne Gustav par une attaque frontale.

Début février, Indiens et Néo-Zélandais du général Freyberg repartent donc à l'attaque du Mont Cassin... et se font étriller comme les Américains avant eux.

Pour Freyberg, et il faut bien le dire pour la plupart des soldats alliés, la silhouette du monastère, qui se dresse impunément au sommet de la montagne, devient une insulte, et même une obsession, qui les hante et les poursuit jusque durant leur sommeil.

Si le Mont Cassin est imprenable, c'est nécessairement, se disent-ils, parce que les Allemands ont installé dans le monastère sinon des pièces d'artillerie, du moins des observateurs qui, de cette position, peuvent tranquillement épier les moindres faits et gestes des Alliés, et ainsi régler les tirs de leur propre artillerie.

Compte tenu de son caractère historique, le monastère a jusque-là échappé aux tirs des uns et des autres. Mais le Néo-Zélandais Freyberg en fait une affaire d'honneur : plus question dit-il de lancer le moindre assaut sur la montagne tant que l'Aviation n'aura pas rasé le monastère qui trône sur son sommet.

L'ukase est loin de faire l'unanimité : beaucoup doutent de la présence de soldats allemands dans le monastère - et de fait, il n'y a aucun à moins de 300 mètres - d'autres, comme l'Américain Clark, craignent que les ruines ne constituent pour les Allemands de bien meilleurs abris qu'un édifice intact.

L'affaire remonte jusqu'au maréchal Alexander. Le Britannique tranche en faveur du Néo-Zélandais : le 14 février, l'artillerie bombarde le monastère... avec des tracts, qui invitent les occupants à s'enfuir. Le lendemain, 200 appareils larguent plus de 400 tonnes de bombes sur le bâtiment, qui disparaît dans la fumée et le fracas des explosions...

samedi 20 septembre 2008

2022 - "tout ce que nous avons finalement eu était une baleine échouée"

... le 22 janvier 1944, Britanniques et Américains débarquent donc à Anzio et Nettuno, sur les arrières de la Ligne Gustav,... sans rencontrer la moindre résistance allemande.

Mais loin de rassurer le général Lucas, cette incroyable absence de résistance, et à vrai dire de tout soldat allemand, le convainc au contraire qu'il est tombé dans un piège, dont les mâchoires mortelles peuvent se refermer sur lui d'un instant à l'autre.

Alors, au lieu de marcher sur Rome, Britanniques et Américains se contentent de faire débarquer leur matériel et de creuser des tranchées. En une semaine, ils ne progressent que de dix kilomètres vers l'intérieur des terres.

Les Allemands n'en demandaient pas tant : bien que totalement surpris par cette manoeuvre, Kesselring réagit à nouveau avec la vitesse d'un train express : en trois jours, les troupes alliées se retrouvent encerclées par trois divisions allemandes, et pilonnées sans relâche par de l'artillerie à longue portée, dont les célèbres Anzio Annie de 280mm, que l'Aviation alliée, malgré tous ses efforts, ne parviendra jamais à détruire.

Pour les Allemands, qui contemplent le site du débarquement depuis les collines avoisinantes, Anzio va alors devenir, et pendant quatre mois, le plus grand camp de prisonniers de guerre alliés en Europe. Un camp dont ils n'ont certes pas les moyens de s'emparer, mais dont ils ne doivent du moins nullement se préoccuper de l'intendance, puisque ce sont les Alliés eux-mêmes qui y pourvoient !

Le jugement de Churchill sera moins ironique mais beaucoup plus lapidaire : "J'avais espéré que nous ayons lancé un chat sauvage sur le rivage, mais tout ce que nous avons finalement eu était une baleine échouée"...

(1) il s'agissait de canons de type K5 sur voie ferrée, tirant un projectile de 280mm et de 250 kg à une distance maximale de 60 kms, à raison de 12 coups par heure. En juin 1944, les Américains s'emparèrent de ces canons que les Allemands, qui ne pouvaient les emporter dans leur retraite, avaient sabotés. Expédiés aux USA, leurs pièces servirent à reconstruire un canon complet, aujourd'hui exposé à l'Aberdeen Proving Ground, dans le Maryland.

vendredi 19 septembre 2008

2021 - "Je suis l'agneau qu'on mène à l'abattoir"

... très vite, les assauts frontaux contre la Ligne Gustav vont se solder par de sanglantes boucheries, pour des gains territoriaux extrêmement modestes.

Ainsi en est-il au Mont Cassin, où les Alliés sont passés à l'offensive le 17 janvier 1944 pour se heurter à une telle résistance que la 34ème division américaine y a laissé près de 2 500 morts et blessés sans parvenir à enlever la place.

A l'évidence, il faut trouver autre chose, et pourquoi pas débarquer des troupes sur les arrières de la Ligne Gustav.

Depuis des semaines, l'État-major planche d'ailleurs sur un plan - l'Opération Shingle - proposé par Churchill lui-même (1), et qui vise à débarquer des troupes à Anzio, entre Naples et Rome.

Pour Churchill, la réussite de cette opération ne pourra que placer le Maréchal Kesselring devant un dilemme : contrer ce débarquement en dégarnissant la ligne Gustav - ce qui donnera alors aux Alliés une meilleure chance de s'en emparer dans une attaque frontale - ou ne rien faire et laisser ainsi les Alliés marcher sur Rome depuis Anzio.

Le problème, c'est que si Kesselring ne s'attend effectivement pas à un débarquement sur ses arrières, il a néanmoins suffisamment de réserves pour le contrer sans sacrifier ses propres positions,... et d'autant plus que les Alliés, eux, vont devoir procéder à un débarquement "au
rabais", puisque l'essentiel des moyens humains et navals est - déjà - immobilisé en Grande-Bretagne en vue du débarquement de Normandie.

De fait, ces derniers ne disposent pour cette opération que d'une quarantaine de milliers d'hommes - soit l'équivalent de deux divisions - ce qui ne serait pas encore trop grave si leur chef, le général John Lucas n'avait écrit à la veille du débarquement "Je suis l'agneau qu'on mène à l'abattoir", ce qui en disait long sur sa confiance et sa volonté de prendre des risques...

(1) Churchill était déjà le principal instigateur du désastreux débarquement de Gallipoli, en 1915

jeudi 18 septembre 2008

2020 - "je me suis vite rendu compte qu'en fait de ventre mou, j'étais tombé sur un os"

... "Churchill répétait toujours "La Méditerranée, c'est le ventre mou de l'Europe", mais quand il a fallu l'attaquer, je me suis vite rendu compte qu'en fait de ventre mou, j'étais tombé sur un os".

C'est en ces termes que le général Clark, commandant la Vème Armée américaine, résumera, après-guerre, une Bataille d'Italie qui, depuis le débarquement à Salerne, début septembre 1943, n'avait cessé de déjouer tous les pronostics.

A Salerne déjà, il a fallu 10 jours de furieux combats, et le soutien massif de l'Aviation et de l'artillerie navale, pour que les Américains parviennent à progresser vers l'intérieur des terres, et à opérer leur jonction avec les Britanniques débarqués à Tarente.

A l'automne, Américains et Britanniques, mais aussi Australiens, Néo-Zélandais, Indiens, Français, Marocains, Algériens, se sont retrouvés piégés par la boue et des pluies diluviennes emportant tout sur leur passage.

Début janvier 1944, tout ce petit monde va finalement se heurter à la Ligne Gustav, que les Allemands ont érigée à la hâte de la Mer Tyrrhénienne à la Mer Adriatique.

Sur cette ligne, sur la route qui mène de Naples à Rome, se dresse le Mont Cassin, dominé par une abbaye, fondée par les Bénédictins au début du VIème siècle, et qui a déjà connu à maintes reprises les vicissitudes de la guerre...

mercredi 17 septembre 2008

2019 - se battre en Italie... mais sans les Italiens

... malgré leurs efforts de séduction, ni le Royaume ni la République Sociale d'Italie ne seront jamais en mesure de convaincre leurs alliés respectifs de leur concéder autre chose qu'une place anecdotique dans la guerre qui, pendant près de deux ans, va ravager la Péninsule.

Ce sera donc, pour l'essentiel, une Bataille d'Italie sans les Italiens, et une Bataille qu'aucun des deux camps ne considérera jamais comme majeure.

Depuis la Conférence du Caire, fin novembre 1943, Churchill a en effet dû jeter aux oubliettes ses derniers rêves de conquérir l'Allemagne par le Sud : la priorité ira désormais au plan américain d'un débarquement sur les côtes françaises, perçu, à tort ou à raison, comme le chemin le plus direct et le plus rapide vers Berlin.

Pour les Alliés occidentaux, l'objectif se résume donc à tenter d'avancer en y consacrant un minimum de ressources.

Pour les Allemands, il s'agit simplement d'empêcher, ou du moins de ralentir, la progression alliée vers le Nord, en entretenant là encoe le nombre strictement nécessaire de soldats, de tanks ou d'avions.

Dans cette guerre a minima, les Allemands disposent néanmoins de l'avantage du terrain, particulièrement peu propice aux glorieuses chevauchées de blindés qui fascinent tant les Américains.

Au sud de Rome, de la Mer Tyrrhénienne à l'ouest à la Mer Adriatique à l'Est, sur un tracé de 150 kms baptisé "Gustav-Linie" (ou Ligne Gustave), les Allemands vont s'empresser d'ériger quantités de fortifications à travers les Apennins.

Une ligne qui passe une vieille abbaye, située au sommet du Mont Cassin...

mardi 16 septembre 2008

2018 - tragi-comique

... dans une guerre, tout retournement d'alliance entraîne des épisodes tragiques, comme celui des soldats italiens de Céphalonie. Il engendre aussi, souvent, des péripéties inattendues et parfois comiques.

Lorsque la nouvelle de l'armistice du 8 septembre fut connue au Japon, les citoyens italiens qui y résidaient furent arrêtés par la Kempetai, et sommés d'indiquer à qui, de Mussolini ou du Roi Victor-Emmanuel III, allait leur allégeance. Ceux qui se prononcèrent pour le Roi furent envoyés dans des camps de prisonniers jusqu'à la fin de la guerre, et les autres libérés sous surveillance policière.

C'est à Singapour - alors occupée par les Japonais - que les sous-mariniers italiens des Giuliani, Cappellini et Torelli apprirent également la nouvelle de l'armistice.

Depuis le début de la guerre, des sous-marins allemands, japonais mais aussi italiens faisaient en effet régulièrement l'aller-retour entre l'Europe et le Japon, débarquant des armes et des produits manufacturés européens dans les territoires sous domination nippone, et rechargeant du caoutchouc, de l'étain ou d'autres matières premières qu'ils ramenaient en Europe.

Les marins qui refusèrent de continuer la lutte furent là encore internés au Japon, et les autres autorisés à reprendre la mer mais avec des officiers allemands et sous pavillon allemand (la Kriegsmarine rebaptisant les bâtiments comme UIT (U-Boot Italien) 23, 24 et 25) (1)

Devenus UIT-24 et 25 sous pavillon allemand, les Cappellini et Torelli furent à nouveau saisis par les Japonais après la Capitulation allemande du 8 mai 1945, et versés dans la marine japonaise sous l'appellation d'I503 et 504,... avant d'être capturés par les Américains, qui les sabordèrent en 1946 !

La tragi-comédie ne s'arrêta cependant pas là : en juillet 1945, le gouvernement italien, nullement découragé par le précédent refus des Alliés d'utiliser les cuirassés italiens dans le Pacifique, décida en effet de déclarer la guerre au Japon ! (2) Une initiative sans la moindre portée pratique et qui visait en fait qu'à placer l'Italie dans le camp des vainqueurs en vue des négociations d'après-guerre....

(1) les Finzi et Bagnolini italiens, surpris à Bordeaux par l'armistice, subirent le même sort, et furent rebaptisés UIT21 et 22
(3) la Roumanie l'avait précédée dans cet exercice le 7 mars 1945

lundi 15 septembre 2008

2017 - au Nord, rien de nouveau

... si la situation des militaires du Royaume d'Italie n'a rien d'enviable, celle de leurs compatriotes et désormais adversaires de la République Sociale Italienne ne vaut guère mieux.

Loin de la traiter comme une alliée à part entière, Hitler la considère plutôt comme un réservoir de main d'oeuvre et de produits manufacturés pour le Reich, et ne veut certes pas entendre parler d'un commandement militaire italien indépendant.

Difficile, dans ces conditions, de motiver les combattants. La Marine de la RSI est quasiment inexistante. L'Aviation a vu tous ses appareils être saisis par les Allemands dès leur arrivée, et ne les récupérera qu'en partie en décembre 1943, sans jamais obtenir la moindre liberté opérationnelle. Quant à l'Infanterie, la plupart des hommes qui n'avaient pas déjà déserté à l'annonce de l'armistice du 8 septembre ont tout simplement été arrêtés et envoyés comme travailleurs forcés en Allemagne.

Le 16 octobre, le Reich a bien autorisé la RSI a lever une minuscule armée de quatre divisions, placée sous le commandement du maréchal Graziani, mais le recrutement va s'avèrer si difficile que la première d'entre elle ne sera opérationnelle qu'en juin de l'année suivante.

C'est donc essentiellement dans la lutte contre les partisans que vont "s'illustrer" les petites unités militaires ou paramilitaires que la RSI parvient à constituer ou à reconstituer. De petites unités qui, à l'image de la Xa Mas, vont jouer les gendarmes à l'arrière du Front, fusillant allègrement tous ceux suspectés d'appartenir à la Résistance...

dimanche 14 septembre 2008

2016 - au gré du hasard

... dans une guerre civile, c'est le hasard et la géographie, bien plus que les convictions idéologiques, qui déterminent de quel côté on se bat.

A la fin de septembre 1943, l'Italie s'est retrouvée coupée en deux selon un axe ouest-est passant dans la région napolitaine. En conséquence, les soldats, marins et aviateurs italiens situés au sud de cet axe sont restés monarchistes tandis que ceux situés au nord sont devenus républicains par la force des choses.

Par rapport à leurs compatriotes du Nord, les soldats du Sud souffrent néanmoins de deux handicaps importants et à vrai dire rédhibitoires.

Comme les industries italiennes sont presque exclusivement situées dans le Nord, ils ne peuvent obtenir de nouvelles armes et rencontrent bientôt les pires difficultés à simplement entretenir ou réparer celles dont ils disposent, ce qui les place dès lors dans une situation de totale dépendance à l'égard des Alliés.

Or ceux-ci sont plus que réticents à l'idée de réarmer ces hommes qu'ils ont combattus depuis 1940. Et quand ils finissent par y consentir, c'est toujours au cas par cas, et avec du matériel périmé dont eux-mêmes n'ont plus l'usage.

Il faudra ainsi attendre l'été 1944 pour voir les Alliés rééquiper six groupes aériens italiens avec des appareils déjà passablement fatigués (comme des Spitfire V) ou de second choix (comme des Bell P-39 "Airacobra" ou des Martin "Baltimore"), et il faudra également attendre longtemps avant de voir les Italiens autorisés à utiliser leurs appareils dans leur espace aérien national ce qui, pendant des mois, les condamnera à n'opérer que dans les Balkans, soit sur un Front encore plus secondaire.

Impossible, dans ces conditions, de s'attendre à de quelconques prouesses militaires. Et en vérité, les prouesses, si tant est qu'on puisse les appeler ainsi, consistent plutôt à maintenir un tank ou un avion en état de marche en arpentant inlassablement les parcs à ferrailles et en "cannibalisant" les pièces sur deux ou trois autres tanks ou avions...

samedi 13 septembre 2008

2015 - de la non-belligérance à la co-belligérance

... en septembre 1939, lorsque l'Allemagne s'était retrouvée en guerre contre la France et la Grande-Bretagne après avoir envahi la Pologne, Mussolini s'était empressé de proclamer la "non-belligérance" du Royaume d'Italie.

En septembre 1943, désormais occupé par les Alliés occidentaux, et en lutte contre la République Sociale Italienne de Mussolini, le Royaume d'Italie de Victor-Emmanuel-III et du maréchal Badoglio s'engage dans la voie de la "co-belligérance", en réclamant aux dits alliés occidentaux la permission - et les moyens - de combattre à leurs côtés contre l'Allemagne et la RSI.

Les Alliés sont - et c'est le moins qu'on puisse en dire - peu enthousiastes face à une telle proposition, et d'autant moins qu'ils n'auraient d'autre choix que de fournir la quasi-totalité des équipements et des armes nécessaires à cette nouvelle armée italienne, une armée certes "co-belligérante", mais finalement composée des mêmes soldats et officiers qu'ils combattaient encore quelques semaines auparavant !

A la longue, pourtant, les Italiens finiront par obtenir gain de cause, et l'on assistera ainsi à la création d'une Armée, d'une Marine et d'une Aviation italiennes "co-belligérantes", qui troqueront petit à petit leur matériel national complètement dépassé ou impossible à entretenir contre les fusils, les tanks ou les avions presque aussi fatigués que Britanniques ou Américains voudront bien leur donner.

Pour autant, il faudra attendre de longs mois, et quasiment la fin de la guerre en Europe pour voir ces "co-belligérants" véritablement épauler leurs nouveaux alliés sur le Front...

vendredi 12 septembre 2008

2014 - Italiens contre Italiens

... fin septembre 1943, l'Italie est militairement et politiquement coupée en deux selon un axe ouest-est qui, primitivement fixé dans la région de Naples, va, au cours des mois suivants, très lentement remonter vers la Suisse et l'Autriche.

Au Nord, on trouve donc la République Sociale Italienne (RSI) de Mussolini. Et au Sud, le Royaume d'Italie de Victor-Emmanuel III et du maréchal Badoglio, qui a officiellement déclaré la guerre à l'Allemagne le 13 septembre.

La RSI et le Royaume d'Italie se revendiquent naturellement toutes deux de "l'Italie véritable", et font assaut de symboles et de drapeaux destinés à proclamer leur légitimité. Au Nord, on peint ainsi de grands drapeaux italiens sur le fuselage des avions. Au Sud, on se contente d'une cocarde, qui reprend les mêmes couleurs.

Pour autant, le Pouvoir réel est ailleurs : au Nord, il est exercé par l'Allemagne, au Sud, par les Alliés occidentaux, les uns et les autres disposant de moyens militaires sans commune mesure avec ceux alignés par la RSI et le Royaume d'Italie.

Qu'ils soient marins, aviateurs ou fantassins, les Italiens sont désormais réduits à des rôles de figurants. Des figurants dont tout le monde se méfie, et qu'on n'utilise qu'avec parcimonie, le plus souvent fort loin du Front.

Pour ne rien arranger, tant la RSI que le Royaume d'Italie sont extrêmement impopulaires parmi la population. Au Nord, la RSI doit faire face à l'insurrection de partisans, majoritairement communistes, qui ne voient en elle qu'une marionnette tenue à bout de bras par Hitler. Au Sud, les Italiens ne sont nullement disposés à absoudre un Royaume d'Italie qui les a précipités dans une guerre mondiale et les mène aujourd'hui dans une guerre civile...

jeudi 11 septembre 2008

2013 - la libération de Mussolini

... pour Hitler, libérer Mussolini est d'une importance capitale.

Le Duce, même déchu, est en effet un des rares Italiens en qui Hitler ait encore confiance, et c'est aussi un des rares - sinon le seul - qui paraisse en mesure de rallier tout ce que l'Italie compte encore de fascistes ou de sympathisants de l'Allemagne, et de convaincre la population à se remettre au travail au profit de celle-ci.

Après avoir été arrêté le 25 juillet 1943, Mussolini avait été traîné par les Italiens d'un lieu de détention à un autre, pour finalement se retrouver dans un hôtel du Gran Sasso, à près de 3 000 mètres d'altitude.

L'endroit s'avérant aussi isolé que particulièrement difficile à atteindre, ses geôliers le croyaient à l'abri non seulement des Allemands mais aussi des Alliés, auxquels ils n'avaient pas voulu le livrer.

Le 12 septembre 1943, des parachutistes allemands parviennent néanmoins à se poser en planeurs prêts de l'hôtel et à libérer Mussolini sans que ces gardiens, aussi surpris qu'apeurés, n'opposent la moindre résistance.

Poussé par le célèbre Otto Skorzeny, qui s'en attribuera le mérite et toute la gloire, Mussolini est aussitôt fourré dans un petit Fieseler-Storch qui, après un décollage acrobatique, le dépose finalement à Vienne. Deux jours plus tard, un Hitler rayonnant le reçoit en grandes pompes à Münich et lui demande de former un nouveau gouvernement qui, sera, bien évidemment, placé sous la protection de l'Allemagne.

Le 23 septembre, revenu en Italie du Nord, et constamment accompagné d'une escorte de SS allemands dont on ne sait trop s'ils sont là pour le protéger ou le surveiller, Mussolini proclame la naissance de la Repubblica Sociale Italiana (République Sociale Italienne ou RSI), qui va bientôt s'installer dans la petite ville de Salo (près du Lac de Garde) et constituer une des pages les plus noires de l'Histoire d'Italie...