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samedi 10 novembre 2012

3536 - le Tirpitz repensé

... après la tragique disparition du Bismarck, en mars 1941, Hitler aurait sans doute dû suivre son inclination première, laquelle lui dictait de mettre immédiatement à la ferraille les autres grands navires de la Kriegsmarine - dont le Tirpitz.

Très vulnérables (en particulier aux attaques aériennes), gros consommateurs de carburant comme de main d’oeuvre, d’un entretien aussi difficile que coûteux, ces "casernes flottantes" n’offraient plus qu’un intérêt limité, qui n'allait d'ailleurs que continuer à s'amenuiser au fil des mois.

Pour des raisons tenant avant tout du prestige national, le Tirpitz et ses congénères furent néanmoins maintenus en activité, avec une rentabilité de plus en plus dérisoire, laquelle alimentait la colère et les frustrations d’Hitler qui, pourtant, se refusa jusqu’au bout à ordonner leur ferraillage.

Frustrés et en colère, les responsables de la Royal Navy l’étaient également, qui multipliaient les tentatives pour mettre un terme définitif à l’existence du monstre, allant jusqu’à l'appâter au moyen de convois entiers, comme le malheureux PQ-17.

Mais tapis dans son fjord, et craignant autant ses adversaires que ses adversaires le craignaient, le monstre ne se montrait jamais, et pour finir, à la consternation des marins, ce furent les aviateurs qui eurent le dernier mot.

La Royal Navy se trouva pourtant un lot de consolation, sous la forme d’un autre navire de guerre, plus petit et hélas moins prestigieux que le Tirpitz.

Mais ceci est une autre histoire...

vendredi 9 novembre 2012

3535 - d'atout relatif à charge extravagante

... tout au long de l’année 1942, et au moins jusqu’au début de 1943, la présence du Tirpitz en Norvège mobilisait une part aussi disproportionnée qu'indue des ressources aériennes et surtout navales des Britanniques, ce qui, pour une Allemagne sur le point de s’emparer de Malte et d’Alexandrie, pouvait être vu comme une victoire et valait sans doute de dépenser force Reichsmarks dans l’entretien et les réparations d’un cuirassé qui, à part dans le rôle d’épouvantail - ou devrait-on dire "d’aimant à moyens ennemis" ? - n’était plus utile à rien d’autre.

Mais au début 1944, les ambitions s’étaient toutes envolées, la Méditerranée était définitivement perdue, et avec la réussite du Débarquement de Normandie, en juin, les moyens que la Grande-Bretagne maintenait encore pour monter la garde devant les côtes de Norvège ne représentaient plus grand-chose pour elle, et n’auraient de toute manière pu servir que dans le Pacifique,... où l’Allemagne n’avait aucun territoire à conquérir ou à défendre.

A contrario, le Tirpitz, de plus en plus malmené par le Temps et les bombardements, était quant à lui devenu une charge extravagante pour un Troisième Reich désormais contraint d'économiser la moindre goutte de carburant pour encore faire rouler ses Panzer et voler ses Messerschmitt, mais forcé d'en brûler des milliers de litres pour acheminer, sur de voraces destroyers, les équipements et pièces de rechange indispensables à ses réparations; pour un Troisième Reich maintenant obligé de recruter ses soldats chez les adolescents allemands ou les musulmans albanais (!), mais continuant d'en entretenir des milliers d'autres, adultes et authentiquement aryens, à des milliers de kms de la guerre, au fond d'un fjord norvégien sans le moindre intérêt militaire...

jeudi 8 novembre 2012

3534 - pour qui sonne le coût

... de son arrivée à Trondheim, en janvier 1942, à sa mort près de Tromsø, en novembre 1944, le Tirpitz n’avait pour ainsi dire tenu que le rôle d’un épouvantail qui, par sa seule présence, avait de fait inquiété, sinon terrorisé, les Britanniques, les contraignant dès lors à immobiliser d’importants moyens qui se seraient sans doute avérés plus utiles ailleurs.

Pour autant, ce rôle avait-il vraiment été rentable pour l’Allemagne ?

Le maintien d’un cuirassé de 50 000 tonnes et de son équipage de 2 000 hommes, mais aussi des nombreux navires, avions et canons indispensables à sa protection au fond d’un fjord perdu du bout du monde, à des milliers de kilomètres du port allemand le plus proche, tout cela représentait en effet un énorme défi logistique, donc un coût phénoménal pour le Troisième Reich, et un coût qui ne cessait de croître à mesure que le Tirpitz subissait autant les attaques et les dommages causés par ses adversaires que la simple usure due au Temps.

En termes strictement comptables, on pourrait sans doute établir que les moyens constamment mobilisés contre le Tirpitz, et les multiples attaques dont celui-ci fit l’objet, coûtèrent bien plus cher à la Grande-Bretagne que son entretien et ses nombreuses réparations n’en coûtèrent à l’Allemagne.

Mais pareil raisonnement ne tient cependant pas compte du contexte, ni des ressources relatives des uns et des autres...

mercredi 7 novembre 2012

3533 - de l'inconvénient de n'être que le second


... tout au long de sa brève et pas du tout glorieuse carrière, le Tirpitz fut un navire mal aimé, y compris par ses propres utilisateurs, qui ne pouvaient s’en séparer mais ne savaient pas quoi en faire.

Désuet dès sa mise en service, mais parce qu’il était arrivé le premier, le Bismarck avait eu la possibilité de remporter une grande victoire contre un navire de son espèce, et s’il avait disparu à peine quelques jours plus tard, au moins avait-il eu l’opportunité de mourir, là encore, contre des navires semblables à lui, et dans des circonstances qui l’avaient aussitôt fait entrer dans la légende.

Malheureusement pour lui, le Tirpitz n’avait jamais eu cette chance : sitôt ses essais terminés, la Kriegsmarine, qui craignait qu’il ne subisse le sort de son jumeau, l’avait en effet envoyé en Baltique pour y servir d’épouvantail à de bien fantomatiques navires russes.

En janvier 1942, une opportunité s’était néanmoins présentée, sous la forme des convois de navires marchands que la Grande-Bretagne expédiait en URSS, et contre lesquels le Tirpitz, ainsi que d’autres grands navires de surface, auraient pu jouer le rôle de prédateurs.

Hélas, cette avenue s’était bien vite transformée en un nouveau cul-de-sac, forçant le cuirassé à réendosser sa tenue d’épouvantail, de plus en plus mitée à mesure que les Britanniques lançaient attaque après attaque contre lui.

Et c’est en véritable handicapé, incapable de prendre la mer, que le pauvre Tirpitz, devenu vulgaire ponton à peine flottant, avait fini ses jours, sans jamais avoir eu la possibilité de remplir la mission pour laquelle il avait été conçu...

mardi 6 novembre 2012

3532 - enfin utile...

... comme l’Américain Billy Mitchell l’avait déjà pressenti au début des années 1920, l’avion était donc venu à bout du plus gros blindage d’Europe, même si, pour y arriver, il lui avait fallu bien plus de tentatives et bien plus de bombes que prévu.

Débarrassée de son dernier ennemi, la Royal Navy britannique, qui pendant trois ans avait également, et vainement, multiplié les tentatives, allait se montrer mauvaise joueuse, considérant que le Tirpitz n’avait pas véritablement été coulé par l’Aviation puisque sa quille était encore visible au-dessus des flots !

Ironiquement, ce n’est que bien après sa mort que le Tirpitz allait enfin s’avérer utile à quelque chose : à partir de 1948, Allemands et Norvégiens allaient en effet travailler main dans la main pour découper et ferrailler les quelque 50 000 tonnes du monstre toujours piégé dans la vase.

Extrêmement difficiles, et interrompus à maintes reprises par la météo, les travaux allaient s’échelonner sur près d’une décennie, et ne s’achèveraient qu’en 1957, laissant enfin la Norvège libre d’une occupation qui avait débuté dans le Faettenfjord de Trondheim, le 16 janvier 1942...

lundi 5 novembre 2012

3531 - la chute finale

... avant d’expédier le Tirpitz à Tromsø, les Allemands avaient imaginé de l’ancrer au-dessus d’un massif de sable et de rochers qui, en cas de naufrage, lui éviterait au moins de chavirer.

Des travaux avaient d’ailleurs été menés en ce sens, mais l’explosion de près d’une trentaine (!) de Tallboy sur ou à proximité du cuirassé a réduit tous cet effort à néant.

De fait, après s’être stabilisé quelques instants à 20 degrés de gîte, le grand navire reprend sa glissade. A 40 degrés, son commandant n’a plus d’autre choix que d’ordonner l’évacuation générale.

Vers 09h58, l’explosion d’une des soutes à munitions déchire les entrailles du Tirpitz et projette les 1 100 tonnes de la tourelle C à plusieurs mètres de hauteur.

Quelques instants plus tard, le navire se renverse, quille en l’air et superstructures profondément enfoncées dans la vase.

C’est fini : en moins de 20 minutes, une trentaine de bombardiers lourds viennent de venger trois années d’humiliations, et mettre un terme définitif à la triste et peu édifiante carrière du plus puissant navire de guerre allemand, dont plus de 700 hommes, piégés à l’intérieur, vont connaître une mort atroce...

dimanche 4 novembre 2012

3530 - et la chance l'abandonna

... Tromsø, 12 novembre 1944, 09h35

C’est donc en passant par la Suède neutre, sous la couverture radar allemande, qu’au matin du 12 novembre, une trentaine de Lancaster sont repartis à l’attaque du Tirpitz qui, à 21 000 mètres d'eux, ouvre soudainement le feu de ses tourelles avant à leur élévation maximale.

Depuis quelques mois, le cuirassé dispose en effet de nouveaux obus de 380mm à fragmentation qui, sur le papier, sont supposés offrir une certaine efficacité contre les avions mais qui, en pratique, ne servent qu’à faire du bruit et occuper les artilleurs.

De fait, les Lancaster, nullement impressionnés par ce vacarme, poursuivent leur progression comme si de rien n’était et sans se soucier davantage des tirs de 105, 37 et finalement 20mm du Tirpitz.

Cette fois, la chance a définitivement tourné, et aucun nuage ne viendra sauver la mise : opérant par groupes de cinq avions comme lors de l’attaque du 15 septembre, les Lancaster larguent leur Tallboy les unes après les autres.

Étonnamment, l’une d’entre elles se contente de ricocher sur le blindage du pont, près de la tourelle B, par bâbord avant, puis glisse à la mer sans exploser, mais deux autres frappent le Tirpitz de plein fouet, toujours sur bâbord, et traversent plusieurs ponts avant d’éclater à l’intérieur du bâtiment, ouvrant une brèche d’une soixantaine de mètres par laquelle des milliers de tonnes d'eau s'engouffrent immédiatement...

samedi 3 novembre 2012

3529 - swedish design

... passer en Suède et remonter son territoire sur plusieurs centaines de kilomètres constituerait, à n’en point douter, une violation flagrante de l’espace aérien d’un pays neutre.

Mais si les Suédois ont quelque peu flirté avec l’Allemagne nazie au début de la guerre, s’ils continuent de vendre à cette même Allemagne nazie les aciers spéciaux et autres roulements à billes indispensables à son effort de guerre, et si quelques centaines de Suédois se sont portés volontaires pour servir dans la SS Allemande (1), le gouvernement de Stockholm sait à présent dans quel camp se trouveront les futurs vainqueurs de la guerre.

La population suédoise dans son ensemble ne l’ignore pas non plus : sa plus grande vedette, l’actrice et chanteuse Zarah Leander, n’a-t-elle pas renoncé à sa longue (débutée en 1937) et très enrichissante (200 000 Reichsmarks par an) carrière au sein de la UFA allemande (2) pour rentrer en Suède, dès l’été de 1943 ?

A supposer-même que les Suédois s’en aperçoivent, il y a donc peu de chances qu’ils s’indignent sérieusement du passage d’une escadrille complète de bombardiers britanniques au-dessus de leur territoire.

L’Opération Catechism du 12 novembre va d’ailleurs en apporter la démonstration...

(1) Saviez-vous que... Deux lettres blanches sur fond noir
(2) Saviez-vous que... Zarah Leander

vendredi 2 novembre 2012

3528 - viser le trou

... pour les pilotes des Squadron 9 et -617, l’attaque du 29 octobre a naturellement laissé un goût amer, qui ne peut être effacé que par un nouveau raid, cette fois victorieux !

Mais l’annonce du déploiement d’un Staffel de FW-190 à seulement quelques dizaines de kilomètres du mouillage du Tirpitz complique maintenant la donne, car sans escorte de chasse, et avec quasiment tout leur armement défensif démonté pour gagner du poids, leurs Lancaster seraient en effet des proies faciles pour les avions ennemis.

Heureusement, il y a une solution : l’étude des fréquences et portées des radars allemands - nous sommes au tout début de la "guerre électronique" - vient de démontrer qu’il existe, à mi-longueur des côtes norvégiennes, un "trou" dans lequel des appareils venant de la mer, et volant à basse altitude, pourraient s’introduire tout en demeurant inaperçus.

En mettant ensuite cap à l’est, on se retrouverait bien vite en Suède, dont il suffirait alors de remonter le territoire sur quelques centaines de kilomètres, à l’abri des reliefs montagneux, avant de repasser en Norvège, quasiment à la verticale du Tirpitz et en tout cas bien avant que les chasseurs allemands, enfin prévenus par leur réseau de radars, soient en mesure d’intervenir...

jeudi 1 novembre 2012

3527 - deuxième essai

... Tromsø, 29 octobre 1944

Le Tirpitz ne devant plus jamais reprendre la mer, ses réserves de mazout ont été réduites au strict minimum (de quoi continuer à alimenter les génératrices) et son équipage à quelque 1 500 officiers et marins... sans illusion sur le sort qui les attend et qui préfigure en fait celui de toute l’Allemagne nazie.

De fait, le 29 octobre, les Britanniques sont de retour, sous la forme de 37 Lancaster des inévitables Squadron 9 et -617, armés des non moins inévitables bombes Tallboy de 5 tonnes.

Les générateurs de fumée ne sont pas encore opérationnels mais, cette fois encore, la chance est du côté du Tirpitz puisque d’énormes nuages font irruption au-dessus de son mouillage quelques instants à peine avant l’arrivée des Lancaster, dès lors forcés de bombarder à l’aveuglette et surtout sans le moindre résultat,... si ce n’est celui de tordre bien inutilement un des arbres d’hélice du monstre.

Pitoyable bilan en vérité surtout rapporté au coût des trente-deux (!) Tallboy larguées en cette occasion, ainsi qu'à la perte d’un Lancaster, contraint à effectuer un atterrissage forcé en Suède.

Pour les Allemands, il ne saurait cependant être question de pavoiser : les Britanniques - personne n’en doute - ne tarderont pas à lancer une nouvelle attaque, ce pourquoi la Kriegsmarine s’empresse une fois de plus de réclamer de la Luftwaffe qu’elle fournisse au Tirpitz la protection aérienne qui lui fait cruellement défaut depuis des mois.

Mais comme nous l’avons vu lors de l’affaire du PQ-17, les relations entre marins et aviateurs allemands n’ont jamais été très bonnes, et la Luftwaffe de cette fin d’année 1944 n’est de toute manière plus que l’ombre de ce qu’elle était il y a deux ans à peine, en sorte que sa promesse de déployer un Staffel de chasseurs FW-190 à Badurfoss, à 75 kms de Tromsø, ne va pas apporter grand-chose...

mercredi 31 octobre 2012

3526 - la dernière traversée

... Håkøya (Tromsø), 16 octobre 1944

Au soir du 15 octobre, soit un mois après l'attaque qui l'a laissé irrémédiablement handicapé, le Tirpitz a quitté le Kafjord à destination de Tromsø.

A bord, marins et officiers ne se font aucune illusion : cette traversée sera bel et bien la dernière de leur navire qui, il n'y a pas si longtemps encore, était pourtant l'orgueil du Reich, et le symbole par excellence de sa toute-puissance.

Le 16, le cuirassé a donc mouillé l'ancre à quelques centaines de mètres de l'île d'Håkøya, où il est supposé repousser, avec ses puissants canons de 380mm, un débarquement que les Britanniques n'ont pourtant pas la moindre idée d'organiser !

Du début à la fin, l'Histoire du Tirpitz n'aura été qu'une longue suite d'incompréhensions mutuelles...

Au fil des jours, les batteries de DCA et les filets anti-submersibles qui le protégeaient déjà dans le Kafjord vont également être acheminés jusqu'à Tromsø.

A la fin du mois, seuls les générateurs de fumée, qui avaient fait merveille lors du raid du 15 septembre, manquent encore à l'appel, mais des travaux ont néanmoins été entrepris sous la coque du monstre, qui visent, en cas de naufrage, à lui permettre de se poser sans dommage sur le fond - qui n'est qu'à quelques mètres - lui offrant ainsi la possibilité de continuer à utiliser son artillerie...

mardi 30 octobre 2012

3525 - impossible n'est pas anglais

... mais si l'installation de réservoirs supplémentaires de Wellington dans le fuselage des Lancaster des Squadron -9 et -617 résout le problème de l'autonomie, elle en crée immédiatement un autre, car les avions ainsi gréés dépassent maintenant de plus de 2 tonnes leur poids maximal autorisé au décollage !

Et même en supprimant la tourelle dorsale et tout l'armement de la tourelle avant (1), les avions seraient encore bien trop lourds pour pouvoir décoller !

Cette fois, c'est le Wing Commander Tait, déjà responsable de la mission du 15 septembre, qui va trouver la solution : démonter tous les moteurs Merlin XX et 22 de ses Lancaster "Tallboy" et les remplacer par des Merlin 24 - plus puissants d'environ 200 CV au décollage - que l'on "empruntera" aux unités de Lancaster "ordinaires" qui en sont dotées !

Sur le papier, avec une piste suffisamment longue, et pas mal de prières à Dame-la-Chance, on est à présent capable de voler jusqu'à Tromsø avec une Tallboy, et même d'en revenir,... à condition bien sûr que la DCA ou la chasse allemande ne s'en mêlent pas.

Ne reste plus maintenant qu'à attendre le moment favorable pour porter le coup de grâce au Tirpitz qui, après avoir appareillé du Kafjord au soir du 15 octobre, mouille désormais devant la petite île de Håkøya

(1) cette suppression était également appliquée - et d'ailleurs obligatoire ! - sur les Lancaster spécialement modifiés pour pouvoir emporter la Grand Slam de... 10 tonnes !

lundi 29 octobre 2012

3524 - une ironie de plus

... l'Histoire des guerres est une longue succession d'ironies.

C'est parce qu'ils sont convaincus que les Britanniques vont bientôt débarquer en Norvège que les Allemands ont décidé d'expédier le Tirpitz à Tromsø où, à défaut d'autre chose, il pourra au moins servir à renforcer les défenses côtières de la région.

Mais les Britanniques n'ont pas, et n'ont d'ailleurs jamais eu, la moindre envie de débarquer en Norvège, et c'est en expédiant le Tirpitz à Tromsø que les Allemands, bien malgré eux, viennent d'en précipiter la fin !

Car si Tromsø est à peine à 320 kms au sud du Kafjord, il se situe néanmoins à l'extrême limite du rayon d'action de bombardiers Lancaster partis d'Écosse ou, plus exactement, de bombardiers Lancaster munis de réservoirs supplémentaires en soute.

Et pour les pilotes des Squadron 9 et -617, rentrés d'URSS après leur raid du 15 septembre, c'est bien là le problème puisqu'en raison de son poids (plus de 5 tonnes) et de son encombrement (plus de 6 mètres de long), la Tallboy - seule arme efficace contre le Tirpitz - interdit l'installation de tels réservoirs (1) !

Comme impossible n'est pas anglais, un ingénieur du Bomber Command a cependant une idée : installer dans le fuselage-même des avions les longs et étroits réservoirs supplémentaires conçus pour la soute des bombardiers Wellington...

(1) bien que de très vastes dimensions, la soute des Lancaster Tallboy avait dû être spécialement modifiée - en particulier au niveau des portes - pour pouvoir emporter cette arme. Sur les Lancaster Grand Slam, soute et portes étaient supprimés, et la bombe transportée à l'air libre, sous le fuselage

dimanche 28 octobre 2012

3523 - récupération

... depuis qu'ils avaient envahi la Norvège puis en avaient chassé les Britanniques (avril puis juin 1940), les Allemands n'avaient cessé de craindre un retour de ces derniers par le biais d'une vaste opération de débarquement.

A partir de 1942, cette crainte s'était muée en une véritable hantise, une hantise qui les avait d'ailleurs incité à expédier en Norvège un nombre de plus en plus grand de navires de guerre (dont le cuirassé Tirpitz) ainsi qu'à bâtir, tout au long des côtes norvégiennes, un grand nombre de bunkers et d'ouvrages défensifs, armés de canons récupérés ici et là.

Plusieurs bâtiments de la Kriegsmarine désormais déclassés avaient les frais de cette opération, en particulier le croiseur de bataille Gneisenau, dont la tourelle "B" de 280mm avait été installée à Bergen, et la "C" à Trondheim.

Rendu incapable de prendre la mer après l'Opération Paravane du 15 septembre 1944, et tout retour en Allemagne pour réparations étant exclu, le cuirassé Tirpitz n'était plus désormais qu'un mort en sursis.

Mais s'il disparaissait au fond du Kafjord après une nouvelle attaque de bombardiers britanniques, sa mort ne servirait à rien, alors qu'en l'expédiant le long de la côte, et en particulier en face de la petite île de Håkøya près Tromsø, il pourrait au moins servir de batterie flottante et renforcer ainsi les défenses de la région face à un débarquement britannique que chacun devinait maintenant imminent...

samedi 27 octobre 2012

3522 - à quoi bon ?

... mais moins encore qu'en 1942 et 1943, personne ne songe sérieusement à rapatrier le Tirpitz en Allemagne : vite repéré et pris à partie par toute l'Aviation et la Marine britannique, le grand cuirassé serait sans aucun doute coulé lors du trajet et bien avant d'apercevoir une quelconque cale sèche allemande, dans laquelle sa sécurité serait au demeurant encore moins bien assurée que dans son fjord norvégien !

Et à supposer-même que, par miracle, il puisse quand même y arriver, et que, par un autre miracle, on parvienne à l'y protéger contre les bombardiers anglais, à quoi bon mobiliser, pendant près d'un an, d'énormes ressources matérielles et humaines pour réparer une arme qui - et c'est un euphémisme ! - n'a jamais fait la preuve d'une grande utilité militaire ?

A l'heure où les armées occidentales et soviétiques sont désormais aux portes-mêmes du Reich, le dit Reich a assurément bien d'autres préoccupations... et d'autres priorités.

Alors, et histoire de continuer malgré tout à immobiliser de gros moyens britannique, on va se contenter de dissimuler autant que possible l'étendue exacte des dégâts, notamment grâce à une large toile de camouflage tendue sur l'étrave.

On va aussi, et surtout, entreprendre quelques réparations de fortune, qui permettront au moins au monstre de sortir de son fjord non pas pour rallier l'Allemagne, mais tout simplement Tromso, à quelque 300 kms plus au Sud...

vendredi 26 octobre 2012

3521 - les jeux sont faits

... si les Britanniques n'ont perdu aucun avion lors de l'attaque (1), seule une Tallboy sur les quinze ou seize lancées contre le Tirpitz a réussi à le frapper.

Pire encore : sur les quelque soixante-dix Johnny Walker larguées quelques minutes plus tard, aucune n'est parvenue à se frayer un chemin jusqu'à lui : après avoir erré dans les eaux sombres du fjord pendant près d'une heure, les mines "marchantes" ont finalement explosé les unes après les autres, préservant certes leur secret, mais sans provoquer le moindre dégât supplémentaire !

Mais cette Tallboy isolée a cependant suffi à sceller définitivement le sort du cuirassé, car si ses machines n'ont pas été touchées, le Tirpitz, avec son étrave à moitié arrachée, ne peut plus sortir en mer, ou plus exactement est à présent juste capable de se traîner le long des côtés et à une vitesse maximale qui ne peut dépasser 8 ou 10 noeuds, soit - ironiquement - celle des cargos qu'il était supposé détruire deux ans auparavant...

Et cette fois, les jeux sont faits car, n'en déplaise à Doenitz et Hitler, il est tout simplement impossible de réparer sur place : c'est en effet tout l'avant du cuirassé qu'il faut reconstruire, ce qui réclamera au bas mot huit à neuf mois de travaux, lesquels ne pourront de toute manière être menés à bien que dans la cale sèche d'un chantier naval allemand !

(1) exception faite bien sûr de la dizaine d'avions qui avaient dû effectuer un atterrissage forcé le 10 septembre, et d'un autre Lancaster qui allait s'écraser en Norvège en s'en retournant vers la Grande-Bretagne après l'attaque du 15 septembre

jeudi 25 octobre 2012

3520 - il suffisait d'une seule...

... lorsqu'ils avaient conçu le Tirpitz, dans la première moitié des années 1930, les ingénieurs et architectes allemands avaient naturellement envisagé la possibilité d'attaques aériennes menées au moyen de bombes de quelques dizaines voire centaines de kilos.

Mais jamais ils n'avaient imaginé qu'une décennie plus tard, leur création pourrait être la cible de projectiles perforants pesant plus de 5 tonnes !

De fait, en ce matin du 15 septembre 1944, c'est tout simplement la fumée - et la chance - qui va sauver le Tirpitz de la destruction totale.

Sur les quinze ou seize Tallboy lancées contre lui, seule une d'entre elle parvient en effet à le frapper à tribord, quelques mètres devant la tourelle A.

En une fraction de seconde, transperçant l'étrave du cuirassé comme un couteau chauffé à blanc le ferait dans une motte de beurre, la bombe traverse tous les ponts inférieurs et le fond de coque, avant de s'enfoncer de plusieurs mètres dans la boue du fjord puis d'exploser, produisant une gigantesque onde de choc qui achève de massacrer tout l'avant du cuirassé et lui fait - une fois de plus - embarquer quelque 1 500 tonnes d'eau.

Mais cette onde de choc, ainsi que celles d'autres Tallboy explosant à proximité, provoque également - et une fois de plus - de gros dommages collatéraux aux équipements et à la machinerie du Tirpitz qui, désormais, n'est plus qu'un mort en sursis...

mercredi 24 octobre 2012

3519 - au jugé

... Kafjord, 15 septembre, 11h00

Le 15 septembre, après trois jours de pluie quasiment ininterrompue, les vingt-sept Lancaster peuvent enfin décoller de Yagodnik.

Mais lorsqu'ils se présentent au-dessus du Kafjord, vers 11h00, les choses ne se passent de nouveau pas comme prévu.

Si la chasse allemande, désormais exsangue, brille par son absence, les générateurs de fumée allemands, eux, fonctionnent à plein régime et sont déjà occupés à noyer le Tirpitz sous un épais nuage de brouillard.

C'est donc au jugé, en tentant simplement de se repérer à la lueur des tirs de DCA, que quinze ou seize (1) Lancaster dégorgent l'un après l'autre leur Tallboy avant de reprendre le chemin de Yagodnik, et sans même avoir pu évaluer l'efficacité de leur bombardement.

Et quelques minutes plus tard, c'est au-dessus d'une cible à présent totalement noyée par la fumée que les six Lancaster Johnny Walker se présentent à leur tour pour larguer leurs mines "marchantes" qui, pendant environ une heure, vont arpenter les eaux du fjord à la recherche du cuirassé allemand...

(1) les sources varient quant au nombre de bombes réellement larguées ce jour-là; quatre (ou cinq) Lancaster sont d'autre part rentrés à Yagodnik sans avoir pu larguer leur Tallboy, faute d'avoir pu apercevoir la cible ou tout simplement parce que la dite Tallboy était restée coincée dans la soute !

mardi 23 octobre 2012

3518 - savants calculs

... les Tallboy frapperont donc de plein fouet, et par le haut, l'épais blindage du Tirpitz, tandis que les Johnny Walker attaqueront insidieusement par le bas, là où l'épaisseur de la coque ne dépasse pas 2 centimètres.

Totalement différentes dans leur conception et leur mode opératoire, ces deux armes ne peuvent pas non plus être employées en même temps : la gigantesque onde de choc dégagée par les Tallboy ferait en effet immanquablement détonner les Johnny Walker bien avant que celles-ci ne puissent parvenir jusqu'au Tirpitz !

L'attaque se déroulera donc en deux temps : les vingt Lancaster armés d'une Tallboy frapperont les premiers, suivis, quelques minutes plus tard, par six autres Lancaster chargés chacun d'une douzaine de Johnny Walker - le vingt-septième Lancaster, désarmé, devant quant à lui filmer toute l'opération, baptisée "Paravane".

Les Lancaster Tallboy seront eux-mêmes répartis en quatre groupes de cinq appareils, chaque groupe séparé d'environ 800 mètres, et chaque avion étagé de 15 en 15 mètres au sein de chaque groupe.

Une fois au-dessus de la cible, le premier Lancaster du premier groupe larguera sa Tallboy à 3 500 mètres, et le dernier du dernier groupe à 5 400 mètres. De 3 500 mètres à 0, la chute de la première Tallboy durera environ 26 secondes, soit 4 à 5 secondes de plus que le temps nécessaire au dernier appareil du dernier groupe pour franchir, à environ 370 kms/h, les quelque 2 400 mètres qui le séparent du premier appareil du premier groupe.

De cette manière, chaque avion devrait - en principe - opérer dans de bonnes conditions de visibilité... et surtout sans être gêné dans sa visée par l'explosion des Tallboy des avions précédents, lesquelles ne manqueront pas de projeter à des centaines de mètres de hauteur, d'immenses geysers d'eau, de boue et de débris divers...

lundi 22 octobre 2012

3517 - Johnny Walker

... autant la Tallboy joue les grosses brutes en misant tout sur sa puissance, autant la Johnny Walker est une arme subtile, digne d'un roman de science-fiction !

Avec moins de 200 kilos sur la bascule, dont seulement 45 d'explosifs, elle ne causerait aucun dommage au Tirpitz... si elle agissait comme une bombe.

Car de fait, la Johnny Walker n'est pas une bombe mais bien une mine, et même - comme son nom l'indique - une mine qui, après s'être enfoncée à une vingtaine de mètres sous l'eau, est capable de "marcher", ou plus exactement de "nager", sous la surface !

Outre sa charge explosive, la Johnny Walker contient en effet un réservoir de ballast, un autre d'hydrogène sous pression, ainsi qu'une soupape hydrostatique qui, une fois la bombe parvenue à une profondeur de 60 pieds (18 mètres), relâche une partie de l'hydrogène, lequel chasse alors l'eau du réservoir de ballast, faisant ainsi remonter la mine jusqu'à environ 20 pieds (6 mètres).

Si la mine, lors de sa remontée, frappe un corps dur - autrement dit le fond de coque du Tirpitz, dont le tirant d'eau est d'environ 10 mètres - celle-ci explose aussitôt. Si non, elle se remplit aussitôt d'eau, ce qui la fait replonger jusqu'à 18 mètres, profondeur à partir de laquelle la soupape libère à nouveau de l'hydrogène, démarrant ainsi un nouveau cycle.

Dans le même temps, de petites quilles placées sur le corps de la mine la font tourner sur elle-même, ce qui lui permet donc de progresser d'une centaine de mètres à chaque cycle.

Si, après environ une heure, son hydrogène étant alors épuisé, la mine n'a toujours frappé aucun corps dur, un mécanisme actionne malgré tout le détonateur ce qui, à défaut d'occasionner des dommages à l'ennemi, a au moins l'avantage de garantir le secret de la mine elle-même...