Aucun message portant le libellé La Chute de l'Aigle. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé La Chute de l'Aigle. Afficher tous les messages

mardi 16 octobre 2007

1682 - l'héritage des vaincus

... la Luftwaffe terrassée, ses vainqueurs s'en attribuèrent tout naturellement les dépouilles.

Dans toute l'Allemagne, des centaines de fusées V1 et V2, mais aussi l'inventaire complet des avions de la Luftwaffe, furent retrouvés dans des mines, des tunnels, des usines souterraines ou des forêts, et exportés en grand nombre aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France ou en Union Soviétique.

Pour autant, la valeur réelle de l'héritage allemand fut, et reste encore, très largement surévaluée.

Indiscutable dans le domaine des fusées (en dehors des systèmes de guidage), il s'avéra peu de choses dans celui des avions. Les Britanniques produisant déjà d'excellents moteurs à réaction, par ailleurs copiés par leurs cousins américains, l'apport allemand fut négligeable.

En ce qui concerne les cellules, si le Messerschmitt 262 avait enflammé les imaginations, aucun des pays qui en héritèrent ne cherchèrent - et le fait est significatif - à le copier en l'état. A l'exception de l'aile en flèche (qui fut notamment adoptée par North American pour son célèbre chasseur "Sabre", puis par tous les avionneurs du monde), le 262, avec ses réacteurs installés en gondole sous les ailes, était nettement moins moderne que les prototypes du monoréacteur Lockheed P-80 "Shooting Star" qui avaient effectué leurs premiers vols avant la capitulation allemande et préfiguraient ce que seraient tous les chasseurs des années suivantes.

Fascinants sur le papier, les chasseurs à moteur-fusée comme le Messerschmitt 163 étaient bien trop limités et trop dangereux dans leur emploi pour mériter autre chose qu'une vague curiosité, vite éteinte.

Véritables fantasmes aériens, les ailes volantes allemandes existaient déjà à la même époque outre-Atlantique. Mais, considérant les déconvenues que connut Northrop avec cette formule, leur mise en service chez les Allemands, si elle avait pu se produire, aurait assurément déçu leurs supporters. Et de fait, il fallut attendre les années 1980, et la miniaturisation électronique, pour que l'on soit en mesure de les guérir de leur instabilité fondamentale.

L'apport allemand dans le domaine des avions conventionnels fut encore plus négligeable. Bien qu'aussi performant que les premiers chasseurs à réaction, un bimoteur push-pull comme le Dornier 335 était clairement condamné à terme par les progrès en matière de réaction.

La fin de la Luftwaffe fut aussi le chant du cygne des derniers avions à moteur à pistons...

lundi 15 octobre 2007

1681 - la fin du rêve

... tout au long de sa dernière année d'existence, la Luftwaffe s'était battue avec les moyens - insuffisants - dont elle disposait, tout en ne cessant de rêver - en vain - à une "recette miracle" qui lui permettrait de faire mentir la simple loi du plus grand nombre.

Les fusées V1 et V2 promettaient certes beaucoup, mais faute d'un explosif réellement puissant (comme une bombe atomique) ou d'un guidage précis (qui ne fut mis au point que des années plus tard), elles n'avaient pas servi à grand-chose, si ce n'est à terroriser la population des villes visées.

Les avions à réaction préfiguraient assurément la voie de l'Avenir, mais ceux qui furent effectivement engagés au combat ne furent jamais assez nombreux, ni suffisamment fiables, pour représenter autre chose qu'une nuisance.

L'apport des chasseurs "de zone" à moteur-fusée, ou des missiles pilotés, fut encore plus insignifiant, et ceux-ci s'avérèrent dans tous les cas bien plus dangereux pour leurs utilisateurs que pour leurs adversaires.

Dans la plupart des cas, les "armes-miracle" de la Luftwaffe étaient bien trop en avance sur leur temps et la technique de l'époque, et ne dépassèrent jamais le stade de la planche à dessin. Celles qui volèrent étaient accablées de maladies de jeunesse, qui en limitèrent très fortement l'intérêt.

Et quand bien même l'industrie allemande aurait eu la capacité de les produire en série, à quoi auraient-elles pu servir, faute d'essence pour les faire voler ?

A la capitulation, la Luftwaffe alignait encore près de 3 000 avions, pour la plupart conventionnels, mais cloués au sol par manque de pilotes et de carburant...

dimanche 14 octobre 2007

1680 - le dernier vol de l'aigle

... la Seconde Guerre mondiale avait débuté le 31 août 1939 par l'attaque d'un commando allemand revêtu d'uniformes polonais contre la station de radio allemande de Gleiwitz.

Ironiquement, la dernière mission de guerre de la Luftwaffe, le 8 mai 1945, fut menée contre une autre station de radio, celle de Prague, attaquée par quatre FW-190 du III/SG 77

"Le 8 mai, raconta un des pilotes, tous les avions, à l'exception de quatre, ont été vidés de leur carburant (...) nous avons décollé en direction de Prague. Notre mission était de détruire l'émetteur radio tenu par les partisans tchèques.

Quand nous sommes arrivés au dessus de la ville (...) j'ai aperçu des centaines de chasseurs américains en train de sillonner le ciel, comme dans une sorte de gigantesque démonstration aérienne. Leur livrée argentée brillait sous le soleil. Nous étions tellement fascinés que nous avons presque raté notre attaque.

(...) j'ai largué ma bombe à 1 500m. Coup au but. Puis, nous nous sommes éloignés vers l'Est et notre base. Ainsi se déroula ma dernière sortie de guerre, le jour-même de la capitulation, et, avec elle, ma dernière chance d'atterrir en zone américaine (1)

Dans toute l'Allemagne, les pilotes, debout devant leurs appareils, attendaient à présent leurs vainqueurs....

(1) ibid, page 120

samedi 13 octobre 2007

1679 - le ciel est son royaume

... le 28 avril 1945, en apprenant par la radio de Stockholm les ouvertures du chef de la SS, Heinrich Himmler, au comte Folke Bernadotte, Adolf Hitler entra dans une rage folle.

Se précipitant dans la pièce où Ritter Von Greim, nouveau commandant suprême de la Luftwaffe, se reposait de ses blessures contractées deux jours auparavant, il lui déclara "Un traître ne doit en aucun cas me succéder comme Führer !, vous veillerez à ce qu'il ne le fasse pas !"

On s'empressa donc d'aller quérir Hanna Reitsch, puis à pousser le couple vers un véhicule blindé de la SS Nordland, qui les conduisit à un Arado 96 prêt à décoller.

Contre toute attente, et à la stupéfaction des soldats russes qui venaient juste d'investir le Tiergarten, Hanna Reitsch réédita son exploit précédent, et parvint à faire décoller l'avion sous le feu de l'artillerie soviétique

Dernier commandant d'une Luftwaffe qui avait mis l'Europe à genoux, Ritter Von Greim ne commandait en vérité plus rien et n'assista même pas à son procès, préférant se suicider dans sa cellule, à Salzourg, le 24 mai 1945.

Après 18 mois d'emprisonnement chez les Américains, Hanna Reitsch, reprit quant à elle ses compétitions de planeurs, battit plusieurs records mondiaux, et décéda en 1979, à l'âge 67 ans, sans jamais avoir renié son attachement au national-socialisme.

vendredi 12 octobre 2007

1678 - l'ultime commandant

... alors que la Luftwaffe entrait en agonie, Hitler, retranché dans le bunker de la Chancellerie, ruminait son amertume et ses rêves de grandeur.

En cette soirée du 26 avril 1945, la déjà légendaire Hanna Reitsch, qui avait fêté son 33ème anniversaire un mois plus tôt, s'apprêtait à réussir l'impossible : poser son petit monomoteur Fieseler-Storch près de la Porte de Brandebourg, en plein centre de Berlin, sous le feu de l'artillerie soviétique.

Son passager et amant, le général Ritter Von Greim, avait été blessé par les tirs russes alors que l'avion survolait la Grunewald.

C'est donc sur une civière que Von Greim, convoqué par le Führer, se présenta finalement devant lui,... pour y apprendre qu'il venait de succéder à Hermann Goering, destitué trois jours auparavant et désormais gardé au Berghof par un peloton de SS fidèles.

A vrai dire, la nomination de Von Greim en cet instant était encore plus surréaliste que son atterrissage Porte de Brandebourg : la Luftwaffe qu'il était censé commander, et dont il fut le dernier chef, n'existait plus que sur le papier

Et dans les rêves d'un dictateur fou nommé Adolf Hitler...

jeudi 11 octobre 2007

1677 - Eisenhammer

... tout aussi décevants furent les résultats obtenus par les "Mistel", ces étranges avions-gigognes sur lesquels la Luftwaffe avait pourtant fondé de gros espoirs.

Elle les avait déjà utilisés - en pure perte - lors du Débarquement de Normandie en juin 1944. Elle avait prévu de les employer, fin 1944, contre la grande base navale britannique de Scapa Flow, avant de découvrir que la Royal Navy, désormais débarrassée de la menace du Tirpitz allemand (1), en avait retiré toutes ses grosses unités pour les envoyer en Extrême Orient.

En décembre 1944, un nouvel objectif fut assigné aux Mistel : la douzaine de centrales électriques bâties par les Soviétiques autour de Moscou. Si l'on parvenait à les détruire, l'URSS serait, pensait-on, privée durant de longs mois d'une bonne partie de l'énergie indispensable à son industrie de guerre.

Exagérément optimiste, ce plan ne put jamais être mené à bien, et les Mistel furent finalement lancés le 16 avril, sans résultat mais au prix de lourdes pertes, contre les ponts et pontons enjambant l'Oder et la Neisse.

A cette occasion, on vit également une dizaine de Me-109 suicide tenter de s'écraser sur ces ponts avec leur chargement de bombes.

Si cette action, la seule véritablement suicide que mena jamais la Luftwaffe, se traduisit naturellement par la mort des pilotes, son efficacité fut en revanche nulle : les dégâts aux ponts - si tant est qu'il y en ait eu - furent en tout cas très vite réparés et ne ralentirent nullement la progression des tanks soviétiques...

(1) dernière grosse unité de la Kriegsmarine, le cuirassé Tirpitz, basé en Norvège, fut coulé par des bombardiers britanniques le 12 novembre 1944. A ce sujet : Saviez-vous que... no 594

mercredi 10 octobre 2007

1676 - les kamikazes allemands

... en lançant 800 avions-suicide à l'assaut d'un seul grand raid de bombardiers américains, Herrmann estimait que 400 d'entre eux parviendraient à un abordage se traduisant par la destruction d'autant de bombardiers.

Il estimait également que, sur les 400 pilotes ainsi transformés en kamikazes, la moitié d'entre eux, soit environ 200 pilotes, parviendraient à s'extraire de leur appareil endommagé, et à sauter en parachute.

Les pertes allemandes seraient donc sévères, mais assurément plus supportables pour un régime nazi aux abois que pour l'opinion publique américaine.

Comme l'expliqua Herrmann fin mars 1945, "ces opérations sont les seules qui pourraient avoir une efficacité quelconque dans les circonstances présentes. Elles ne sont en aucune manière plus coûteuses en personnel que les opérations ordinaires; elles ne consomment qu'un tiers d'avions en plus, et entre 1/5 et 1/10 de carburant supplémentaire que de coutume (...) [pour être efficace] l'opération devra impliquer au moins 650 pilotes (...) nous devons obtenir un succès si massif que l'adversaire sera contraint de modifier ses méthodes et de réduire la fréquence de ces attaques" (1)

Le problème, c'est qu'à cette date, moins de 250 pilotes-suicide se trouvaient en formation, dont seulement 150 immédiatement susceptibles d'être lancés contre l'ennemi.

Avec un nombre aussi faible, les résultats le furent tout autant, et certainement pas de nature à dissuader les bombardiers américains de s'aventurer dans le ciel allemand : le 7 avril 1945, 120 Me-109 suicide furent lancés contre une force de 1 300 bombardiers américains protégés par un nombre quasiment équivalent de chasseurs. Seuls 8 bombardiers furent détruits par abordage au terme de cette opération qui vit également la perte de 59 chasseurs allemands.

Décevante dans ses résultats, la première action-suicide de la Luftwaffe contre les bombardiers américains fut aussi la dernière : au début avril, les Russes, qui n'étaient plus qu'à 50 kms de Berlin, avaient lancé leur offensive finale sur la capitale du Troisième Reich, qui s'effondra un mois plus tard...

(1) ibid, page 107-108

mardi 9 octobre 2007

1675 - suicide patriotique

... la situation était devenue si désespérée que la Luftwaffe, qui ne manquait pas d'avions mais bien de pilotes confirmés et d'essence, en vint à constituer des unités-suicide composées de volontaires.

L'idée n'était pas nouvelle : en 1944 déjà, la célèbre aviatrice Hanna Reitsch, par ailleurs nazie fervente, avait proposé la création d'unités spéciales, dotées de fusées V1... pilotées.

En décembre 1944, le colonel Hajo Herrmann reprit l'idée à son compte, et suggéra d'utiliser des chasseurs conventionnels que leurs (très) jeunes pilotes lanceraient tout simplement contre les bombardiers américains.

L'abordage en plein vol faisait déjà partie de la stratégie des "Sturmbock" (1) mais n'était que très rarement utilisé, et uniquement en dernier recours, lorsque tout le reste avait échoué.

Aux "Sturmbock" fortement armés et blindés, donc lents et lourds, Herrmann jeta plutôt son dévolu sur des chasseurs débarrassés de tout armement et de tout blindage. Ainsi allégés de 200 à 300 kilos, ces derniers parviendraient, pensait-il, à échapper aux chasseurs d'escorte alliés. Et dans la mesure où il ne s'agissait plus de viser un bombardier, mais carrément de s'écraser dessus, la maestria et l'expérience du pilote n'avaient plus guère d'importance.

L'avion était donc devenu une arme consommable, et son pilote un instrument vaguement réutilisable : tout au plus espérait-on qu'en frappant la partie la plus vulnérable d'un bombardier - les empennages - le pilote allemand parviendrait ensuite sinon à ramener son avion, du moins à s'en extraire et à sauter en parachute...

(1) Saviez-vous que... no 1650

lundi 8 octobre 2007

1674 - l'exode aérien

... en mars 1945, les Américains avaient franchi le Rhin malgré les efforts désespérés de la Luftwaffe pour détruire le Pont Ludendorff à Remagen.

A l'Est, les tanks russes envahissaient la Prusse, la Silésie et la Poméranie, balayant tout sur leur passage, et forçant 14 millions de civils à une fuite éperdue, au terme de laquelle deux millions d'entre eux devaient trouver la mort.

Les plus chanceux, ou ceux qui possédaient les meilleures relations, pouvaient parfois profiter de l'aide de la Luftwaffe qui, en évacuant ses propres avions, n'hésitait pas à embarquer des civils à leur bord, quitte à les caser... dans des chasseurs monoplaces (!)

Ainsi en fut-il des FW-190 entreposés à Kolberg.

"Nous avons reçu l'ordre d'évacuer tous nos avions de la base de Kolberg", souligna un pilote allemand. J'ai fait prendre l'air à un FW-190 dont la plaque de blindage dorsale avait été démontée de manière à pouvoir emporter une petite fille de 12 ans. La radio avait été elle aussi laissée sur place afin d'embarquer la mère de la petite fille (...) Un autre pilote de convoyage (...) décolla à bord d'un FW-190 avec un enfant sur chacun de ses genoux et leur mère dans l'arrière du fuselage" (1)

(1) ibid, page 99

dimanche 7 octobre 2007

1673 - "nous avons des avions, prenez ceux que vous voulez"

... pour la Luftwaffe, il était désormais plus facile de trouver des avions que de l'essence, et plus personne ne perdait son temps à réparer des avions endommagés quand tout cela existait neuf, à des centaines d'exemplaires.

Comme le résuma un pilote : "Nous allions tout simplement au dépôt le plus proche, où étaient entreposés des centaines de [Messerschmitt] 109 flambant, neufs, des [versions] G-6, des G-14 et même des K. Plus rien n'était organisé, nulle part. Le chef du dépôt répondait "Nous avons des avions, prenez ceux que vous voulez". Avoir de l'essence était une entreprise bien plus difficile" (1)

Et quand par miracle on parvenait à trouver de l'essence, c'était au tour des pilotes de faire défaut.

"Chaque matin, nos pilotes prenaient leur petit-déjeuner et découvraient les remplaçants. Les plus anciens savaient que les nouveaux arrivants n'avaient que quelques jours à vivre. Ils avaient raison. Le niveau d'entraînement des pilotes sortis des écoles était si bas qu'ils finissaient par être abattus au bout de deux ou trois missions".

Les unités dotées de chasseurs à réaction étaient certes mieux loties en personnel et en essence, mais combattaient à un contre dix, sur des machines malgré tout très imparfaites.

Raisonnablement efficace contre les bombardiers, le Me-262 perdait de sa superbe contre les chasseurs alliés. S'il les surclassait facilement en vitesse pure, il n'offrait ni la maniabilité, ni l'autonomie, ni la fiabilité de ces derniers. Dans le meilleur des cas, l'affrontement entre un Me-262 et un Mustang ou un P-47 se soldait donc par un match nul. Mais, bien souvent, les chasseurs à moteur à pistons profitaient de leur nombre et de leur autonomie pour descendre les 262 au moment le plus défavorable pour eux, au décollage ou à l'atterrissage...

(1) ibid, page 90

samedi 6 octobre 2007

1672 - l'aveuglement

... à mesure que le château de cartes s'écroulait, l'aveuglement des hauts responsables de la Luftwaffe, Goering en tête, ne faisait qu'empirer.

Le 9 janvier 1945, après une brève tournée d'inspection sur le
Front de l'Est, le général Heinz Guderian fit son rapport à l'Adlerhorst.

Lorsqu'il révéla au Führer que, selon les dernières reconnaissances aériennes, l'armée rouge avait rassemblé près de 8 000 avions de combat sur la Vistule et en Prusse orientale, il fut brusquement interrompu par Goering qui, quelques jours auparavant, avait sacrifié ce qui restait de la Luftwaffe dans une inutile, et sanglante, offensive à l'Ouest.

"Ne croyez pas cela, Mein Führer", s'exclama Goering. Ce ne sont pas de vrais avions. Ce sont simplement des leurres !"

Trop heureux de l'aubaine, Hitler surenchérit aussitôt, et déclara que les estimations des services de renseignement sur les forces soviétiques étaient "complètement aberrantes", et aussi que l'homme qui les avait rédigées "devrait immédiatement être enfermé dans un asile d'aliénés".

Alors que Guderian, complètement écoeuré, s'apprêtait à quitter l'Adlerhorst, Hitler le prit à part et, cherchant à l'apaiser, le remercia pour ses efforts grâce auxquels. lui dit-il "le Front de l'Est n'avait jamais encore possédé d'aussi puissantes réserves"

"Le Front de l'Est, répliqua Guderian, est comme un château de cartes. S'il vient à être rompu en un seul endroit, tout le reste s'effondrera"

vendredi 5 octobre 2007

1671 - à quoi bon ?

... Le côté volontairement suicidaire en moins, le Bachem "Natter" n'était rien d'autre - quoique en plus compliqué - que la version allemande du Yokosuka Ohka (1), lui aussi missile piloté à moteur-fusée.

Rien d'étonnant dès lors à ce que l'ensemble du projet ait été confié à Heinrich Himmler et à la SS, qui jusque là n'avaient pourtant rien eu affaire avec l'aviation.

De conception volontairement rudimentaire - presque entièrement construit en bois - le Natter fut essayé à plusieurs reprises en tant que planeur (remorqué derrière un Heinkel 111), puis lancé à la verticale (mais sans pilote) le long de sa rampe.

Le 28 février 1945, le lieutenant Lothar Siebert entra dans l'Histoire comme le premier pilote de Natter. Cinq secondes après le décollage, le poste de pilotage s'arracha de l'ensemble, le tuant sur le coup.

Une trentaine d'essais, quelques uns pilotés, eurent encore lieu jusqu'en avril 1945, lorsque l'irruption des troupes alliées dans l'usine et sur les sites de lancement renvoya définitivement l'épopée du Natter aux oubliettes de l'Histoire, dont il n'aurait jamais dû sortir...

(1) Saviez-vous que... no 497

jeudi 4 octobre 2007

1670 - le délire

... au début de 1945, il était devenu évident qu'aucune des "armes-miracle" dont rêvait la Luftwaffe ne parviendrait à sauver la situation, ni même à entrer en service dans un délai raisonnable.

Les Messerchmitt 262 et Arado 234 à réaction étaient efficaces, mais difficiles à mettre en oeuvre, et consommaient tellement de carburant qu'ils ne pouvaient être utilisés dans la "défense de zone". Les Messerschmitt 163 à moteur fusée avaient pour leur part fait la preuve de leur trop faible efficacité dans cet exercice, et démontré qu'ils étaient surtout dangereux... pour leurs utilisateurs

Les missiles anti-aériens promettaient certes beaucoup, mais il faudrait encore longtemps avant que ne soit résolu le délicat problème de leur guidage vers la cible (il ne le serait en fait que bien après la guerre)

Naquit alors l'idée d'utiliser des missiles... pilotés. Bien que délirante en soi, cette option avait au moins le mérite de résoudre le problème du guidage.

La voie du Bachem "Natter" était donc grande ouverte.

Fondamentalement, le "Natter" était un donc avion-fusée, installé à la verticale le long d'une rampe de lancement, elle-même placée sur le trajet des bombardiers alliés que le Natter était censé détruire grâce à 24 ou 33 roquettes placées dans le nez.

Cette importante mission patriotique accomplie, le "pilote" n'avait plus qu'à actionner un levier qui, en sectionnant l'appareil en deux parties au niveau du poste de pilotage, lui permettait, en principe, de s'en extraire grâce à un parachute,... aucune autre procédure d'atterrissage n'ayant été prévue (!)

mercredi 3 octobre 2007

1669 - Bodenplatte

... le 1er janvier 1945, 900 chasseurs et chasseurs-bombardiers allemands décollèrent avant l'aube dans le but d'attaquer les aérodromes alliés situés en Hollande et en Belgique.

Pour mieux garantir l'effet de surprise, de nombreuses batteries de Flak n'avaient même pas été prévenues du passage des avions, ce qui valut à certains pilotes allemands le douteux privilège d'être canonnés par leur propre artillerie à l'aller comme au retour.

Si la surprise fut effectivement totale dans le camp allié, elle ne produisit pourtant pas les résultats que la Luftwaffe en espérait. Avec 200 appareils détruits ou irrémédiablement endommagés au sol, les pertes alliées étaient certes importantes, mais furent comblées par des avions neufs en moins de deux semaines.

Du côté allemand, les pertes dues aux accidents de décollage et d'atterrissage, ainsi qu'à l'action de la DCA alliée et allemande (!) furent d'environ 300 avions et, ce qui était beaucoup plus grave, de 237 pilotes tués, portés disparus ou faits prisonniers.

Si le premier de l'An avait été une fort mauvaise journée pour les Alliés, il se révéla surtout une véritable catastrophe pour la Luftwaffe, qui y gaspilla inutilement ses pilotes et ses maigres réserves d'essence.

Les avions, eux, continuaient de sortir des chaînes de montage, mais plus personne ne savait comment les faire voler...

mardi 2 octobre 2007

1668 - Garde au Rhin

... à la mi-novembre 1944, les unités de la Luftwaffe prévues pour le "grand coup" contre les bombardiers américains se virent assigner un tout autre objectif : appuyer l'offensive terrestre qu'Hitler envisageait à présent à l'Ouest.

Près de 200 000 hommes, et sept divisions de Panzers, avaient été réunis pour cette ultime offensive, dont Hitler espérait qu'elle lui permettrait, sinon d'arracher une paix séparée aux Alliés occidentaux, du moins de gagner quelques mois supplémentaires au cours desquels beaucoup d'événements pouvaient encore se produire.

Débutée au petit matin du 16 décembre, l'offensive allemande à travers les Ardennes belges constitua pour les Alliés une surprise aussi inattendue que désagréable : l'Allemagne n'était pas encore vaincue, et restait même capable d'actions spectaculaires.

Hélas pour les Allemands, l'offensive finit néanmoins par s'essouffler, des renforts alliés arrivèrent, Patton passa à la contre-offensive, et toute l'opération se solda par un échec d'autant plus grave que l'Allemagne y avait jeté ses dernières réserves.

Pour la Luftwaffe, les détestables conditions météorologiques des premiers jours ne lui avaient pas permis de faire grand-chose. En deux semaines, elle n'en avait pas moins perdu plusieurs centaines d'avions et de pilotes supplémentaires.

C'était beaucoup, mais pas encore assez pour convaincre ses responsables de renoncer à l'opération Bodenplatte...

lundi 1 octobre 2007

1667 - changement de cap

... alors que la Luftwaffe s'efforçait de rassembler les avions nécessaires au "grand coup", et d'entraîner leurs pilotes, les bombardiers américains continuaient de ravager le Reich.

Le 2 novembre 1944, un millier d'entre eux, escortés par plus de huit cents chasseurs, pilonnèrent une nouvelle fois la raffinerie de Leuna. En tentant de les intercepter, la Luftwaffe perdit 120 avions pour un maigre bilan de 40 bombardiers et 16 chasseurs américains abattus.

Quatre jours plus tard, l'affaire fut évoquée au Q.G. d'Hitler, à Rastenburg.

"J'ai engagé 260 chasseurs et ai obtenu 20 victoires", tempêta Hitler. Si j'en déploie 2 000, je n'aurais que 200 victoires. Ce qui signifie que je ne puis en aucune manière compter sur ces machines, même si elles sortent d'usine à un rythme infernal. Elles ne font que dévorer de la main d'oeuvre et des matériaux"

De fait, les grands bombardements américains des 2, 21, 26 et 27 novembre coûtèrent à la Luftwaffe près de 350 pilotes tués, blessés ou portés disparus.

Comme le souligna un pilote allemand : "le mois de novembre 1944 a été le pire de toute la guerre. Les pertes ont été de 20 contre 1, et parfois de 30 contre 1 en notre défaveur. Chaque jour, nous supportions des pertes. Les pilotes de renfort étaient mal formés et d'une bien piètre qualité, et les pénuries de carburant se faisaient de plus en plus sentir" (1)

Dans l'esprit d'Hitler, il était désormais évident que le "grand coup" envisagé par la Luftwaffe ne constituerait qu'une perte de ressources supplémentaires, et n'apporterait jamais les résultats escomptés.

Il décida alors de réserver les avions prévus pour cette opération à une toute autre fin...

(1) ibid, page 76

dimanche 30 septembre 2007

1666 - une disparition trompeuse

... pour réussir le "grand coup" envisagé pour la fin de l'automne 1944, il était indispensable d'économiser avions, pilotes et carburant, donc de réduire encore plus drastiquement toute forme d'activité aérienne.

De fait, à partir de la fin de septembre 1944, et à l'exception de ceux directement affectés à la défense du Reich, les avions allemands disparurent pour ainsi dire du ciel, ce qui donna aux Alliés l'impression - trompeuse - que la Luftwaffe était définitivement vaincue, ou du moins hors d'état de lancer quelque initiative que ce soit.

"Cela devait-être, écrivit le général Galland, la plus grande et la plus décisive des batailles aériennes de la guerre. Le 12 novembre 1944, la totalité de la chasse était prête à l'action, soit (...) quelque 3 700 avions et pilotes, une force que la Luftwaffe n'avait jamais possédée auparavant. Plus de 3 000 de ces appareils étaient affectés au "gros coup"

(...) A présent, il n'y avait plus qu'à attendre le temps favorable, de bonnes conditions atmosphériques étant essentielles pour une telle action de masse. La décision de retirer tant de chasseurs du combat (...) avait été difficile; mais contrairement à ce qui s'était passé auparavant, les hauts responsables gardèrent leur calme et n'insistèrent pas pour lancer nos forces dans de vaines et coûteuses actions " (1)

Mais si la chasse allemande était à présent prête, Hitler, lui, venait de changer d'idée...

(1) Fana de l'Aviation, HS 28, page 71

samedi 29 septembre 2007

1665 - l'éternel retour du "grand coup"

... au début de 1944, la Luftwaffe avait rêvé au "grand coup", c-à-d à la possibilité de lancer en une seule fois plusieurs milliers de chasseurs contre un grand raid de bombardiers américains.

Les nécessités opérationnelles, et en particulier le déclenchement du Débarquement en Normandie, puis celui de l'offensive soviétique d'été, l'avaient contrainte à y renoncer, et à plutôt expédier ses avions sur tous les secteurs menacés du Front.

Les problèmes logistiques rencontrés par les Alliés occidentaux en septembre 1944 (1) ainsi que la venue des pluies d'automne sur le Front de l'Est lui offraient à présent un répit de nature à ramener le "grand coup" sur le devant de la scène.

La réduction drastique de ses opérations aériennes, ainsi que la dissolution de ses unités de bombardement, lui avaient d'autre part permis de verser un grand nombre de pilotes dans la chasse, et à économiser ainsi l'essence nécessaire au "grand coup", tandis que l'augmentation de la production industrielle lui avait procuré plusieurs milliers d'avions neufs.

En les lançant tous à la fois, dans une seule opération, elle disposerait pour la première fois, avec deux ou trois mille chasseurs, de la supériorité numérique sur les Américains, dont chaque grand raid mobilisait jusqu'à un millier de bombardiers, et un nombre quasiment équivalent d'escorteurs.

Elle pouvait alors espérer en abattre quatre ou cinq cents, c-à-d près de la moitié, ce qui, pour les Américains, constituerait un niveau de pertes inacceptable et les dissuaderait pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, de se relancer dans pareille aventure.

Le temps ainsi économisé offrirait alors à l'industrie allemande la possibilité de sortir de nouveaux avions, mais aussi de nouveaux tanks et de nouveaux sous-marins, dont on attendait bien entendu monts et merveilles...

(1) Saviez-vous que... no 1576

vendredi 28 septembre 2007

1664 - chasseur du peuple

... comme la Volkswagen de Ferdinand Porsche, le "Volksjager" d'Ernst Heinkel devait être simple - pour ne pas dire simpliste - et le plus économique possible.

Sa construction devait utiliser un maximum de matériaux non stratégiques (comme le bois) et être à la portée d'ouvriers peu qualifiés, voire d'une main d'oeuvre concentrationnaire. Et il devait être à ce point facile à piloter qu'on pourrait le confier... aux adolescents des jeunesses hitlériennes (!)

En vain les responsables de la Luftwaffe supplièrent-ils le Führer de renoncer à un projet qui non seulement condamnerait une multitude d'adolescents inexpérimentés à une mort certaine, mais qui, de surcroît, drainerait de précieuses ressources qui auraient dû être affectées en priorité au biréacteur Messerschmitt 262.

Mais, comme à son habitude, Hitler se montra inflexible. Le 8 septembre 1944, le cahier des charges fut envoyé aux avionneurs allemands. Le 15, deux projets avaient été retenus. Le 24, le contrat fut accordé à la société Heinkel. Le développement débuta le 30 septembre, et le premier prototype prit l'air le 6 décembre 1944, soit trois mois après l'envoi du cahier des charges (!)

Une performance incroyable et à ce point inimaginable qu'elle n'avait évidemment pu être réalisée qu'au mépris total de la survivabilité de l'avion et du pilote, l'un et l'autre étant quasiment considérés comme "consommables".

De fait, le produit final - le Heinkel 162 se désintégra en vol lors de sa première présentation officielle, le 10 décembre suivant, tuant son pilote.

Mais il en fallait bien plus pour arrêter un avion que l'on prévoyait de construire à 1 000 exemplaires jusqu'en avril, puis à raison de 2 000... par mois dès mai 1945 (!) De fait, à la capitulation de l'Allemagne, les Alliés découvrirent des centaines de Heinkel 162 à divers stades de construction, abandonnés dans les forêts, les mines ou les tunnels ferroviaires.

Quant aux rares exemplaires qui parvinrent au Front, la pénurie d'essence ne leur permit guère de voler beaucoup, pour le plus grand bien de leurs pilotes...

jeudi 27 septembre 2007

1663 - le cheval emballé

... à mesure que la production d'essence diminuait, celle des avions ne faisait... qu'augmenter. En septembre 1944, l'industrie allemande livra ainsi plus de 3 800 aéronefs, son plus haut niveau de toute la guerre (!)

Même si ce résultat doit être relativisé (les 4/5 de cette production étaient composés de chasseurs Me-109 et FW-190 souvent démodés mais bien plus faciles à construire que les bombardiers quadrimoteurs alliés), il n'en était pas moins aussi impressionnant que finalement inutile.

Tel un cheval emballé, l'industrie continuait de produire des avions que les militaires ne pouvaient plus mettre en oeuvre, faute de pilotes et d'essence.

Dans cette machine devenue folle, et alors que les premiers Messerschmitt 262 à réaction entraient à peine en service, on continuait même à rêver à de nouveaux "avions-miracle", soi-disant si simples à piloter qu'ils pourraient être confiés à de simples pilotes de planeurs.

Au début de son règne, Adolf Hitler, qui se souciait encore de plaire aux citoyens allemands, avait demandé à Ferdinand Porsche -célèbre concepteur des Auto-Union de compétition - de fabriquer une "voiture du peuple".

A l'automne 1944, alors que Ferdinand Porsche était depuis longtemps occupé à construire des tanks, Adolf Hitler, qui ne souhaitait plus que les citoyens allemands lui survivent, chargea donc Ernst Heinkel de réaliser un "chasseur du peuple".