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samedi 16 novembre 2013

3907 - l'erreur finale

... mais en définitive, s'agissant du Vanguard, la principale erreur ne fut pas d'en retarder indûment la livraison, ni de renoncer à le terminer en porte avions : la principale erreur fut d'en poursuivre la construction jusqu'au bout et surtout bien après qu'il soit devenu évident que la guerre serait terminée, et lui-même sans aucun avenir, avant qu'il soit achevé !

Les Français, dira-t-on, n'avaient eux-mêmes mis le Jean Bart officiellement en service qu'en 1949 (!), mais ce dernier était déjà terminé à 75%, et en mesure de naviguer, au début de la guerre (1) alors que le Vanguard, lui, n'avait même pas encore été mis sur cale !

Difficilement explicable aujourd'hui, ce choix britannique permit certes au Vanguard d'exister, contrairement aux Illinois et Kentucky américains, qui demeurèrent inachevés, mais le condamna en revanche à ne vivre qu'à moitié et sans autre fait marquant dans sa courte carrière que d'avoir, l'espace d'un mois, servi de yacht royal au Roi George VI et à sa famille, partis visiter l'Afrique du Sud !

Parce que ultime avatar de la famille des cuirassés, le Vanguard fut constamment à l'arrière de l'avant-garde...

(1) en novembre 1942, le Jean Bart, demeuré fidèle au gouvernement français de Vichy, avait d'ailleurs tiré quelques obus sur les forces américaines occupées à débarquer au Maroc dans le cadre de l'Opération Torch

vendredi 15 novembre 2013

3906 - l'idée était pourtant bonne...

... longtemps décriée, la décision de greffer un armement usagé sur une nouvelle coque était pourtant une bonne idée, et même la seule option envisageable si l'on entendait offrir rapidement un successeur aux cuirassés de la classe King George V.

Ce successeur, le Vanguard, fut pourtant victime de tels retards dans sa définition puis sa construction qu'il s'avéra incapable d'entrer en service avant la fin du conflit !

Bien que réelles, les contraintes nées du dit conflit -  en particulier les pénuries de main d’œuvre, de matières premières ou de chantiers navals - ne peuvent expliquer pareil fiasco, car ce sont en fait les atermoiements des responsables britanniques eux-mêmes qui en constituent la cause principale.

Après avoir invoqué l'urgence pour justifier pareil bricolage, ceux-ci ne cessèrent par la suite, et sous le louable prétexte de "profiter des enseignements de la guerre", d'exiger quantités de modifications impossibles à exécuter dans un délai raisonnable quand bien-même la construction eut-elle bénéficié de la plus haute priorité.

En tout état de cause, mieux aurait valu un cuirassé imparfait mais disponible en 1942 ou 1943, qu'un autre sans doute meilleur mais seulement livrable après la fin de la guerre !

Après s'être pris à douter autant des délais que de l'intérêt réel du dit cuirassé, ces mêmes responsables envisagèrent, fin 1942, de le terminer en porte-avions. Une conversion frappée au sceau du gros bon sens, et parfaitement réalisable au plan technique, mais à laquelle ils décidèrent néanmoins de renoncer au seul prétexte qu'elle retarderait la mise en service de six mois.

Là encore, mieux aurait valu courir le risque de six mois supplémentaires plutôt que de se retrouver, au final, avec plusieurs années de retard et, surtout, un navire complètement inutile puisque condamné par l'inexorable évolution de la Guerre sur Mer...

jeudi 14 novembre 2013

3905 - l'opposé parfait

... pour son plus grand malheur, le Vanguard fut l'opposé parfait du Warspite.

Entré en service en 1915, à une époque où le monde entier ne jurait que par les gros canons et les épaisses plaques de blindage, le Warspite eut en effet la chance de connaître une longue carrière - qui dura une trentaine d'années - et aussi celle de participer activement à deux guerre mondiales (1)

Le Vanguard, en revanche, bien que commandé au début de 1939,  ne fut mis en service qu'en 1946, ce qui le priva non seulement de toute possibilité de s'illustrer lors de la 2ème G.M., mais le condamna de surcroît à ne faire que de la figuration - encore qu'il serait plus juste dans son cas de parler de "représentation" -  au cours des années suivantes, lesquelles furent du reste singulièrement raccourcies puisque, bien que seulement décommissionné en 1959 (et ferraillé en 1960), il n'était de facto déjà plus en service depuis 1955.

Deux guerres et trente ans pour l'un, aucune guerre et onze années seulement pour l'autre, la partie était par trop inégale, ce qui explique pourquoi le Warspite est demeuré dans les mémoires alors que le Vanguard est immédiatement tombé dans l'oubli.

Le paradoxe veut pourtant que, bien que conçu dans l'urgence, et relevant pour une bonne part du bricolage, ou plus exactement de la récupération de pièces usagées, le Vanguard se soit pourtant avéré un excellent bâtiment, et même le meilleur cuirassé jamais construit en Grande-Bretagne.

Un cuirassé qui, avec un peu de chances, eut assurément connu un tout autre destin...

(1) Saviez-vous que... The Grand Old Lady

mercredi 13 novembre 2013

3904 - "Ferraillez le Vanguard !"

... Portsmouth, 4 août 1960

Au sein de la flotte de réserve, le Vanguard n'a à présent plus grand-chose à faire,... si ce n'est attendre la fin, une fin que la Royal Navy, comme si elle éprouvait malgré tout des remords, n'est pourtant nullement désireuse de hâter puisque la décision de procéder au ferraillage ne va finalement tomber que le 9 octobre 1959, soit quatre ans plus tard !

Dans l'intervalle, le Vanguard a malgré tout eu la chance de participer à un combat... cinématographique, puisqu'il a en effet servi de cadre à plusieurs scènes du film "Coulez le Bismarck !", scènes dans lesquelles le pauvre cuirassé britannique a d'ailleurs joué le rôle... du terrifiant navire allemand !

Mais en ce 4 août 1960, le mot d'ordre est plutôt "Ferraillez le Vanguard !", puisque l'immense navire, péniblement halé par plusieurs remorqueurs, quitte le porte de Plymouth à destination du chantier de démolition de Faslane,... ce même chantier de démolition, et cette même et suprême humiliation, auxquelles le Warspite - le plus glorieux des cuirassés britanniques - avait échappé en avril 1947, en rompant ses amarres et en s'échouant sur une côte des Cornouailles (1)

L'Histoire voudrait-elle se répéter qu'elle ne s'y prendrait pas autrement puisque le Vanguard se met à bientôt à dériver puis, sous les yeux de milliers de spectateurs éberlués, par s'échouer sur le front de mer de Southside !

Mais cette fois du moins, les démolisseurs ne seront pas obligés de se rendre sur place puisque le Vanguard, rapidement dégagé de sa fâcheuse position, ralliera Faslane cinq jours plus tard, pour y disparaître définitivement sous le feu des chalumeaux au début de 1962.

Comme il avait raté son entrée, le Vanguard a raté sa sortie..  


((1) Saviez-vous que... 3811

mardi 12 novembre 2013

3903 - une certaine image de la Grande-Bretagne

… faute de pouvoir encore transporter le monarque britannique, le Vanguard, de par ses dimensions et l’impression de puissance qu’il dégage, n’en est pas moins représentatif de la Grande-Bretagne, ou du moins d’une certaine image de celle-ci, ce pourquoi la Royal Navy, faute de mieux, l’utilise-t-elle surtout dans ce rôle.

En 1949, promu navire-amiral de la Flotte de Méditerranée, le Vanguard va ainsi multiplier les visites de courtoisie en France, en Italie, en Égypte ou en Grèce.

Un an plus tard, devenu navire-amiral de la Home Fleet, il en fait de même dans l’Atlantique.

S’ensuivent alors trois années de manœuvres et de visites diplomatiques, entrecoupées des inévitables retours en chantier naval pour entretien ou remise à niveau des équipements

En juin 1953, à la suite du couronnement de la Reine Elizabeth, le Vanguard participe à la grande revue navale de Spithead, puis encore à de nouvelles manœuvres, avant de retourner en cale sèche pour plusieurs mois, à l’automne 1954.

Remis en état en 1955, le Vanguard, bien qu’il n’ait pas encore fêté son 10ème anniversaire, est à présent complètement désuet, ce pourquoi se voit-il, dès sa sortie du chantier naval, promu navire-amiral… de la flotte de réserve, manière élégante de dire qu’il est désormais voué à la ferraille...

lundi 11 novembre 2013

3902 - les conversions manquées

… 1949

Fin 1942, doutant déjà de son avenir en tant que cuirassé, l’Amirauté britannique avait envisagé la conversion du Vanguard en porte-avions, sur le modèle de ce que les Japonais étaient eux-mêmes occupés à réaliser avec le Shinano.

Jugée trop coûteuse, et surtout trop longue à réaliser (!), l’idée était cependant demeurée sans suite et le Vanguard, pour son plus grand malheur, avait donc été achevé et mis en service comme cuirassé au printemps 1946.

Deux ans plus tard, désespérant de lui trouver un emploi, cette même Amirauté envisage à présent de le débarrasser d’une partie de sa formidable artillerie conventionnelle et de le convertir en navire lance-missiles antiaériens, destiné à la protection des porte-avions.

Cette idée, partagée au même moment par d’autres marines, et notamment par l’US Navy pour plusieurs de ses grandes coques, cette idée-là ne manque pas  elle non plus d’intérêt, mais coûterait assurément fort cher en plus de laisser la Royal Navy au prise avec un bâtiment qui, à 45 000 tonnes et avec un équipage de plus de 1 800 hommes, serait largement surdimensionné pour pareil usage, en plus de demeurer ruineux à entretenir.

Faute d’alternative, le Vanguard, né cuirassé, va donc demeurer cuirassé jusqu’à sa mort et sans pour autant goûter à la satisfaction de redevenir yacht royal ne serait-ce que quelques jours : son voyage en Australie de 1949 annulé, George VI, qui avait ensuite envisagé de passer quelques jours de convalescence à bord, mourra en effet le 6 février 1952 sans y avoir remis les pieds, et quand sa fille Elizabeth sera à son tour couronnée reine, le 2 juin 1953, celle-ci disposera alors, avec le Britannia, d’un navire infiniment mieux adapté à la villégiature, et bien plus économique à l’usage...

dimanche 10 novembre 2013

3901 - ... la Royal Navy beaucoup moins

... automne 1948

Et hélas pour elle, la Royal Navy est encore bien moins lotie que sa cousine américaine !

A égalité de grands bâtiments jusqu'en 1939, elle a été complètement larguée par celle-ci durant la guerre et, bien que la Paix soit revenue, elle est aujourd'hui incapable de conserver les navires qui lui restent. : le Warspite, les trois autres Queen Elizabeth, les quatre Royal Sovereign, les deux Nelson  ainsi que le Renown vont tous être ferraillés entre 1947 et 1949 afin d'offrir aux porte-avions un sursis d'une dizaine d'années.

Il faut dire que les contraintes financières mises à part, l'Angleterre de 1947, occupée à perdre ses colonies et possessions les unes après les autres, n'a certes plus besoin de son énorme marine de jadis...

Mais alors que faire du Vanguard, cet immense navire mis en service il y a à peine deux ans, et dont le seul emploi notable a jusqu'ici consisté à emporter la famille royale pour une croisière de villégiature et de relations publiques à l'autre bout du monde ?

Justement, le Roi George VI a prévu d'entreprendre, en janvier 1949, une croisière analogue en Australie et en Nouvelle-Zélande, ce qui va donc permettre au cuirassé de reprendre du service après plus d'un an passé à se morfondre dans un chantier naval !

Mais en novembre, la santé de plus en plus déclinante du monarque entraîne hélas l'annulation du dit voyage, laissant une fois de plus le Vanguard sans véritable affectation...

samedi 9 novembre 2013

3900 - la Croisière s'amuse...

... ayant quitté Potsmouth le 1er février 1947, le cuirassé - ou devrait-on dire le yacht royal - arrive sans encombre à Cape Town le 17 puis, après avoir débarqué ses illustres hôtes, entreprend une série de visites de courtoisie et de manœuvres militaires le long des côtes d'Afrique du Sud.

Le 22 avril, il est temps pour la croisière de remettre le cap sur l'Angleterre, qu'elle rallie le 11 mai suivant, à la plus grande satisfaction de leurs majestés, qui ont beaucoup apprécié le voyage.

En juillet, le Vanguard appareille à nouveau... pour un chantier naval qui va l'héberger jusqu'au mois d'août 1948 !

Au-delà des travaux d'entretien et de remise à niveau, qui sont sans doute nécessaires, pareille immobilisation témoigne aussi de l'impuissance de l'Amirauté à trouver un véritable emploi à ce mastodonte de 45 000 tonnes, mis en service il y a à peine plus d'un an.

Le Vanguard a beau être un navire flambant neuf, un navire techniquement très réussi et qui, à la différence de ses prédécesseurs de la classe King George V, tient par ailleurs admirablement bien la mer, toutes ses qualités sont aujourd'hui de bien peu d'importance : la fin de la guerre a en effet entraîné, partout dans le monde, une diminution spectaculaire des budgets militaires, donc l'obligation pour les marins de "réduire la voilure" en renonçant à une partie de leur flotte.

Même aux États-Unis - cet Eden d'abondance - l'US Navy doit à présent se séparer  d'un nombre incalculable de bâtiments, y compris de la quasi-totalité de ses propres cuirassés et de la plus grande partie de ses porte-avions qui, dans le meilleur des cas, vont  être mis sous cocons mais, bien souvent, simplement confiés à l'implacable chalumeau des démolisseurs : entre septembre 1945 et juin 1950, le nombre de porte-avions américains va ainsi passer de 98 à... 15 !

vendredi 8 novembre 2013

3899 - symboles crépusculaires

... février 1947

Pour la monarchie britannique, recourir aux services d'un énorme navire de guerre pour un voyage aussi protocolaire que festif - avec passage de la Ligne de l'Équateur et baptêmes des novices par sa Majesté le Roi Neptune en personne - tout cela n'est certes pas inédit.

Mais dans le cas du Vanguard, et de la visite de George VI en Afrique du Sud, ce voyage est assurément riche en symboles... crépusculaires.

Victorieux après la 2ème G.M., l'Empire britannique sur lequel, comme celui de Charles-Quint, le soleil ne se couchait jamais, cet Empire est à présent ruiné et incapable de conserver ses différentes colonies qui, à l'image de l'Inde, sont toutes occupées à prendre leur envol et à se proclamer indépendantes sans qu'aucune "politique de la canonnière" puisse encore y changer quoi que ce soit.

Le Vanguard est certes bien plus qu'une simple canonnière, mais il n'en est pas moins, tout comme l'Empire auquel il appartient, lui aussi condamné par l'Histoire à jeter ses derniers feux dans une vaine et dérisoire illusion de puissance.

Quant à George VI, qui n'est monté sur le trône que par accident, et dont la santé est de plus en plus chancelante, son rôle se limite à présent à solder les comptes de tous ses prédécesseurs et à assister, impuissant, à la fin de la grandeur britannique...

jeudi 7 novembre 2013

3898 - ... à yacht royal

... août 1946

Parvenu sur le trône par accident en mai 1937 suite à l'abdication-surprise de son frère Edward VIII, le Roi George VI n'avait que fort peu visité son vaste empire avant le déclenchement de la 2ème G.M.

En 1946, la Paix revenue, l'occasion paraît enfin propice pour une visite officielle en Afrique du Sud.

Reste néanmoins à trouver un moyen de transport capable d'accommoder le souverain mais aussi sa famille, sa suite et sa nombreuse domesticité...

Lorsqu'elle ne dispose pas d'un véritable yacht royal, la famille régnante ne dédaigne pas recourir aux services d'un paquebot régulier, voire même d'un gros navire de guerre, comme le cuirassé Renown qu'avait déjà utilisé le Prince de Galles en 1920 pour ses visites à travers l'Empire.

Pourquoi dès lors ne pas mobiliser le dernier-né et le plus gros des cuirassés britanniques, en l'occurrence le HMS Vanguard, pour permettre à Sa Majesté George VI de voyager dignement jusqu'au Cap ?

Sans véritable affectation depuis la fin de ses essais officiels, le cuirassé va donc repasser, d'août à décembre 1946, par un chantier naval de Portsmouth pour y faire l'objet de divers aménagements intérieurs, avec notamment un lobby, une salle à manger, une salle de séjour, des chambres et plusieurs salles de bain pour le Roi, la Reine et leurs deux filles...

mercredi 6 novembre 2013

3897 - de navire de tous les superlatifs...

... 12 mai 1946

Entre la commande initiale du Vanguard et sa mise en service, il aura donc fallu attendre sept ans.

Sept longues années durant lesquelles est née, s'est déroulée puis s'est achevée une nouvelle guerre mondiale, mais aussi, et surtout, sept années durant lesquelles le porte-avions a définitivement ravi au cuirassé le titre de Roi des Océans, précipitant ce dernier dans l'anonymat, et bientôt vers le parc à ferrailles...

Avec 45 000 tonnes, 250 mètres de long, une vitesse de 30 nœuds, et un puissant armement entièrement guidé par radars, le Vanguard est pourtant le navire de tous les superlatifs, soit le cuirassé  le plus gros, le plus rapide, le plus puissant,... et à vrai dire le meilleur jamais construit en Grande-Bretagne puisque bénéficiant d'une expérience de plus de 40 ans, acquise dans la douleur et le feu des combats.

Si certains lui reprochent encore ses "dents de grand-tante", et plus exactement ses huit canons de 380mm et ses quatre tourelles datant de 1915, les uns et les autres ont néanmoins donné pleine satisfaction sur d'autres bâtiments - dont le Warspite - tout au long de la 2ème G.M.

Mais en cette année 1946 où l'on parle à la fois de Paix éternelle et de triomphe de la Raison comme de feu nucléaire et de missiles téléguidés capables de frapper à des milliers de kilomètres de distance, en cette année 1946, donc, à quoi peuvent encore servir des pièces d'artillerie conventionnelles qui portent à peine à trente kilomètres ?

Et à quoi peut encore servir un cuirassé, fut-il le meilleur jamais sorti d'un chantier naval anglais ?

... et pourquoi pas de yacht royal ?


mardi 5 novembre 2013

3896 - sept ans plus tard...

... 30 novembre 1944

En ce 30 novembre 1944, et comme c'est la coutume, les ouvriers du chantier naval sont venus assister au lancement du dernier-né des cuirassés britanniques, le HMS Vanguard, qui, trois ans après sa mise sur cale, et cinq ans après sa commande initiale, est enfin baptisé par nulle autre que la Princesse - et future Reine - Elizabeth II alors âgée de 18 ans.

Mais si le baptême est princier et constitue d'ailleurs une première pour l'intéressée, le Vanguard, lui, est encore loin de pouvoir entrer en service !

Les aménagements intérieurs, les équipements, l'armement,... tout cela doit en effet encore être installé, puis testé, ce qui, même si le navire bénéficiait à présent d'une absolue priorité, exigerait encore de nombreux mois.

Et de fait, il faut attendre le 12 mai 1946 - soit dix-huit mois supplémentaires ! - avant de le voir en mesure de rallier les rangs d'une Royal Navy... qui ne sait déjà plus quoi en faire !

Car la guerre, cette guerre pour laquelle il a été conçu et commandé dans l'urgence (!), cette guerre est maintenant terminée depuis un an et, dans l'euphorie et les illusions qui continuent d'accompagner la toute jeune Organisation des Nations Unies, personne n'envisage la renaissance d'un conflit à court ou moyen terme ni, surtout, d'un conflit qui requerrait l'usage des énormes canons du Vanguard,  lequel, pour son plus grand malheur, se retrouve ainsi sans utilité...

lundi 4 novembre 2013

3895 - cet attachement si typique des Britanniques à l'égard des traditions surranées

... automne 1944

En cet automne de 1944, la construction du Vanguard, débutée trois ans auparavant, n'est toujours pas achevée.

Et à vrai dire, seule la force de l'inertie, et aussi cet attachement si typique des Britanniques à l'égard des traditions surranées, peuvent encore justifier la poursuite des travaux, car les chances que le Vanguard puisse entrer en service avant la fin prévisible de la guerre sont à présent quasiment nulles !

Et quand bien-même y arriverait-il, à quoi pourrait-il encore servir ?

En Méditerranée, les cuirassés de la Regia Marina se sont en effet rendus aux Britanniques en septembre 1943, et en Mer de Norvège, le Tirpitz, dernier grand navire de ligne allemand, a été irrémédiablement endommagé par un bombardement le 15 septembre 1944, et sera bientôt coulé par un autre le 12 novembre (1), en sorte qu'il n'y a plus guère que dans le Pacifique que le Vanguard pourrait encore trouver à s'employer.

Mais même là, la quasi-totalité de ses adversaires potentiels a déjà été envoyée par le fond, en ce compris le monstrueux Musashi de 70 000 tonnes (second et dernier cuirassé de la classe Yamato), coulé le 24 octobre par l'Aviation américaine lors de la Bataille de Leyte qui a également vu, le lendemain, la disparition du Yamashiro, ultime cuirassé jamais coulé par les obus d'un autre cuirassé...

(1) Saviez-vous que... Coulez le Tirpitz
(2) Saviez-vous que... 2715 à 2730 

dimanche 3 novembre 2013

3894 - aux USA, au Japon...

... aux États-Unis, la construction des Montana a donc été annulée au profit de nouveaux porte-avions, et celle des Iowa ralentie puis réduite d’un tiers pour la même raison

Mais les Japonais sont allés beaucoup plus loin encore : après avoir enfoncé toutes les limites du raisonnable, en commandant cinq Yamato de 70 000 tonnes dotés de neuf pièces de 456mm, puis dressé les plans de deux autres, encore plus gros, équipés de 6 à 8 canons de 510mm (!), les Japonais, donc, ont changé d’idée du tout au tout, annulant la construction des quatrième et cinquième Yamato et de leurs deux successeurs et, surtout, convertissant le troisième en un gigantesque porte-avions de 65 00 tonnes (1)

Car en juin 1942, un véritable désastre s’est abattu sur la Marine impériale qui, à Midway, a perdu son invincibilité en même temps que quatre de ses précieux porte-avions.

Tous les programmes de cuirassés ont alors été annulés, et tous les moyens disponibles reportés sur la construction de nouveaux porte-avions.

Au printemps 1943, la situation militaire continuant à se dégrader, une étape supplémentaire va encore être franchie : la conversion des vieux cuirassés Ise et Hyuga, mis en service en 1917 et 1918, en "cuirassés-porte-avions " hybrides (2), lesquels vont abandonner leurs deux tourelles arrière de 356mm au profit – très relatif ! – d’un pont d’envol de seulement 70 mètres de long prévu pour l’emport d’une vingtaine d’hydravions de bombardement…

(1) Ce porte-avions, le Shinano, ne fera cependant pas une longue carrière : mis en service le 19 novembre 1944, il sera coulé dix jours plus tard, sans un seul avion à son bord, par le sous-marin américain USS Archerfish
(2) Opération uniquement motivée par le désespoir, cette conversion ne constitua en réalité qu’un énorme gâchis de temps et de moyens, sans le moindre intérêt militaire

samedi 2 novembre 2013

3893 - pour quoi faire ?

... 1943

L'idée du Vanguard, rappelons-le, ne s'était imposée qu'une fois l'Amirauté britannique arrivée à la conclusion qu'aucun des six cuirassés de la classe Lion ne pourrait entrer en service avant 1944 ou 1945.

Le Vanguard n'était donc qu'un "plan B", accepté faute de mieux et surtout avec la conviction qu'en utilisant un maximum de pièces déjà existantes - en particulier l'armement - et en modifiant légèrement des plans eux aussi existants - ceux du Lion - on parviendrait à gagner quelques années et à offrir ainsi à la Royal Navy un nouveau cuirassé dont elle semblait avoir un urgent besoin (1)

Mais en raison des aléas et des pénuries dus à la guerre, et surtout des atermoiements de l'Amirauté elle-même, qui ne cesse d'exiger de nombreuses modifications, l'échéancier de mise en service du Vanguard rejoint à présent celui de la défunte classe Lion !

A quoi bon dès lors en poursuivre la construction, surtout si l'on considère qu'en trois ans, l'utilité de ce genre de bâtiments a dramatiquement chuté.

Aux États-Unis, la construction des cinq Montana de 66 000 tonnes et douze canons de 406mm, déjà suspendue depuis mai 1942, est formellement abandonnée en juillet 1943 au profit de la construction de nouveaux porte-avions.

Et même la classe précédente des Iowa n'échappe aux coupures : sur les six navires commandés, quatre seulement entreront finalement en service, mais avec beaucoup de retard, avant la Capitulation japonaise, tandis que les deux derniers demeureront à jamais inachevés...

(1) après la perte de ses huit cuirassés ancrés à Pearl Harbor, l'US Navy envisagea elle aussi semblables mesures d'urgence, et notamment le rachat au Chili du vieux dreadnought Almirante Lattore, construit en Grande-Bretagne et entré en service en 1915 sous le nom de HMS Canada


vendredi 1 novembre 2013

3892 - l'échéancier impossible

... 1942

En toute logique, la perte du Hood (mai 1941), du Barham (novembre 1941) et finalement du Prince of Wales et du Repulse (décembre 1941), tout cela devrait à présent donner un sérieux coup d'accélérateur à la construction du Vanguard.

Mais comme les sous-marins allemands sont toujours aussi nombreux dans l'Atlantique, la réparation et la construction de navires de transport, et de leurs indispensables escorteurs, demeure prioritaire et continue de mobiliser les ressources.

Et pour ne rien arranger, ni l'acceptation des plans ni la mise sur cale du Vanguard n'ont mis un terme à la manie des demandes de modifications !

Tirant prétexte de la poursuite du King George V et du Bismarck, où le premier cité a failli se retrouver en panne de mazout au beau milieu de l'Atlantique, l'Amirauté va ainsi réclamer une nouvelle majoration du volume des réservoirs mais aussi, après examen de la disparition du Prince of Wales (1) l'installation de nouvelles cloisons étanches et le repositionnement complet des hélices intérieures et extérieures, à présent séparées par plus de 15 mètres

Ajoutons-y d'autres demandes relatives à l'armement, aux équipements et aux radars, ou encore un tout nouveau dessin pour la proue (destiné à améliorer le comportement et la stabilité par mer agitée), et on comprend vite que l'échéancier de mise en service, déjà très optimiste, est devenu impossible à tenir et que le Vanguard risque de ne pas être prêt avant 1944 ou 1945 !

(1) le 10 décembre 1941, une torpille d'avion avait frappé et tordu l'arbre d'hélice extérieur bâbord du Prince of Wales. L'hélice et l'arbre, qui continuaient à tourner, avaient alors déchiré la coque du cuirassé, lui faisant embarquer plusieurs milliers de tonnes d'eau, qui avaient fini par noyer les machines.

jeudi 31 octobre 2013

3891 - et pendant ce temps-là...

... automne 1941

Étudié dès les premiers mois de 1939, et voulu le plus simple possible afin d'entrer en service le plus rapidement possible, le Vanguard a donc dû attendre octobre 1941, soit plus de deux ans, avant d'être finalement mis en chantier !

Dans l'intervalle, la guerre a éclaté, s'est propagée à toute l'Europe, a gagné l'URSS et va bientôt atteindre les États-Unis, écornant dramatiquement le prestige déjà vacillant des cuirassés

En octobre 1939, le cuirassé Royal Oak a en effet été coulé par un sous-marin en pleine rade de Scapa Flow; en décembre, le Panzerschiff Admiral Graf Spee s'est vu contraint par de simples croiseurs à se saborder devant Montevideo.

En novembre 1940, à Tarente, les Littorio et Caio Duilio ont été gravement endommagés, et le Conte di Cavour définitivement mis hors de combat, par une poignée de biplans de toile et de bois;

En mai 1941, le Hood a été pulvérisé par le Bismarck, lequel n'a pas profité longtemps de sa victoire puisqu'il a lui-même été coulé trois jours plus tard lors d'un affrontement qui n'a été rendu possible que par l'intervention déterminante de quelques autres biplans de toile et de bois; en septembre, le vieux Marat soviétique a quant à lui été coulé par une seule bombe d'avion.

Mais le pire est encore à venir : le 25 novembre, le Barham est envoyé par le fond par un sous-marin; le 7 décembre, les huit cuirassés américains ancrés à Pearl Harbor sont à leur tour détruits, ou gravement endommagés, par quelques centaines de bombardiers-torpilleurs acheminés sur place par plusieurs porte-avions; encore trois jours, et ce sont les Prince of Wales et Repulse qui subissent le même sort au large de la Malaisie...

mercredi 30 octobre 2013

3890 - de modifications en modifications

... débuté en juillet 1939, interrompu en septembre, repris en février 1940, le traçage des plans du Vanguard est à nouveau interrompu en juin : dessinateurs, ingénieurs et architectes étant à nouveau requis pour des projets bien plus urgents.

Mais lorsqu'ils reprennent à nouveau, en octobre 1940, une menace bien plus sérieuse que les contraintes liées à la guerre pèse désormais sur l'avenir du Vanguard : les atermoiements de ses futurs utilisateurs et propriétaires !

A l'origine, il ne s'agissait pourtant que de modifier en cuirassé à quatre tourelles les plans d'un bâtiment prévu pour n'en emporter que trois. Mais, sous le louable objectif de "tenir compte des enseignements de la guerre", et en particulier des premières attaques des avions et sous-marins allemands, l'Amirauté ne cesse de réclamer des modifications, lesquelles entraînent à chaque fois un long retour sur la planche à dessins !

Pour mieux affronter les bombes d'avions, on décide ainsi d'augmenter le nombre de canons antiaériens ainsi que l'épaisseur du blindage des ponts, et pour accroître l'autonomie, de majorer le volume des réservoirs.

Mais comme tout cela aurait inévitablement pour effet d'augmenter considérablement le tonnage total du bâtiment, il faut alors se résoudre à diminuer l'épaisseur du blindage de la ceinture principale puis, le tirant d'eau estimé s'avérant encore trop élevé, à augmenter de près d'un mètre (!) la largeur de la coque.

Au bout du compte, il faut donc attendre avril 1941 pour que les plans soient enfin acceptés, et octobre pour que le navire soit enfin mis sur cales...

mardi 29 octobre 2013

3889 - dans l'idée du moins...

... 11 septembre 1939

Dans l'idée du moins, le Vanguard n'est donc qu'un Lion modifié, qui aurait simplement troqué ses trois nouvelles tourelles triple de 406mm trop longues à construire pour quatre tourelles double de 380mm usagées, ce qui, pour ses détracteurs, fera bientôt dire de lui qu'il est tout bonnement doté "des dents de sa grand-tante".

La comparaison est cependant injuste car, comme l'expérience de la guerre va bientôt le démontrer, les vieux cuirassés qui, tels le Warspite, sont dotés des mêmes canons et tourelles ne sont nullement à la traîne en portée ou en puissance de feu, et même plutôt avantagés sur le plan de la fiabilité, par rapport aux tourelles quadruples et aux canons de 356mm des King George V pourtant de plus de 20 ans leurs cadets !

Reste tout de même à modifier en cuirassé à quatre tourelles des plans conçus pour un cuirassé à trois tourelles ce qui, sur le plan du design comme de la structure, est bien plus complexe qu'il n'y paraît, a fortiori lorsque les impératifs de la guerre vont eux-mêmes entraîner une pénurie de dessinateurs, puis la suspension officielle des travaux, le 11 septembre 1939.

Et il faudra attendre février 1940 pour qu'à l'instigation d'un Winston Churchill revenu aux affaires navales(1), ceux-ci puissent enfin reprendre.

Hélas pour le Vanguard, ses futurs propriétaires sont maintenant résolus à rendre très compliqué ce qui aurait dû rester simple...

(1) le 3 septembre 1939, Winston Churchill avait retrouvé le poste de Premier Lord de l'Amirauté qu'il avait été contraint d'abandonner en mai 1915 suite à la désastreuse Campagne des Dardanelles

lundi 28 octobre 2013

3888 - faire du neuf avec du vieux

... pour autant, la suspension, et finalement l'annulation, de la classe Lion n'a nullement fait disparaître le besoin, ou en tout cas l'envie, de nouveaux cuirassés!

Ayant reconnu, dès le début de 1939, donc avant-même le début des hostilités, l'impossibilité de construire et de mettre en service dans un délai "raisonnable" ces six bâtiments tous nés d'une feuille blanche, l'Amirauté britannique a d'ailleurs commencé à envisager la possibilité d'en construire au moins un "au rabais",... en récupérant ici et là toutes les pièces et équipements déjà existants et sur lesquels elle pourrait mettre la main !

Car pour tout navire de guerre, ce n'est pas la coque mais bien le système d'armes qui constitue le véritable goulot d'étranglement : comme l'exemple des King George V vient encore de le démontrer, il faut en effet des années pour concevoir, fabriquer, installer et mettre au point non seulement de nouveaux canons et de nouvelles tourelles, mais aussi leurs différents mécanismes de rotation, d'élévation et d'alimentation.

Or il se trouve que la Royal Navy dispose déjà des uns et des autres !

Depuis 1915, pas moins de 21 bâtiments, dont 19 sont encore en service, ont en effet été équipés de pièces de 380mm (que l'on trouve notamment sur le Warspite), et il existe même, dans les stocks, quatre tourelles complètes et parfaitement adaptées à ceux-ci puisque prélevées en 1924 sur les Courageous et Glorious lors de la conversion de ces derniers en porte-avions !

Avec ces quatre tourelles usagées, et en remaniant quelque peu les plans des Lion, on pourrait donc construire rapidement, et à peu de frais, un nouveau cuirassé doté de huit pièces de 380mm.

Dans l'idée du moins, le Vanguard vient de naître...