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mardi 3 juillet 2007

1577 - la victoire volée

... l'échec de l'Offensive des Ardennes sonna le glas des derniers espoirs d'Hitler d'arracher une paix séparée à l'Ouest. La seule question qui se posait à présent qui, des Alliés occidentaux ou soviétiques, arriveraient les premiers à Berlin.

La capture quasi-miraculeuse du Pont de Remagen, le 7 mars 1945, ouvrit très largement les portes de l'Allemagne aux tanks américains et britanniques, et d'autant plus qu'à l'Ouest, les troupes allemandes ne combattaient plus que sporadiquement, et se rendaient parfois par divisions entières, comme pour mieux s'offrir aux vainqueurs occidentaux qui, pourtant, rechignaient à pousser leur avantage.

Le 15 avril, le général Simpson, dont les blindés traversaient à présent l'Elbe en flots continus et se préparaient à monter à l'assaut de Berlin, distante de moins de 100 kilomètres, fut reçu à Wiesbaden par Bradley, qui lui annonça tout de go la décision d'Eisenhower de s'arrêter et de ne pas avancer plus loin en direction de la capitale du Reich.

En bon général américain, Eisenhower ne s'était pas senti le droit de sacrifier des soldats américains supplémentaires pour prendre une ville qui ne relevait finalement que du symbole et devait, de toute manière, être partagée avec les Russes au terme des accords de Yalta.

Totalement écoeuré, Simpson regagna son quartier général, se demandant ce qu'il allait pouvoir dire à ses officiers et à ses hommes.

Le lendemain, les Russes, qui se moquaient éperdument des pertes dans leurs propres rangs, déclenchèrent leur assaut final sur Berlin, sacrifiant des dizaines de milliers de leurs propres soldats dans des manoeuvres tactiquement absurdes, et n'ayant d'autre but que d'être les premiers à faire flotter leur drapeau sur le Reichstag...

Le Destin de dizaines de milliers d'Allemands, et avec lui celui d'une bonne partie de l'Europe, vient de basculer.

Quant à Patton qui, avec un peu plus d'essence, serait peut-être arrivé le premier à Berlin, ses réticences à appliquer la dénazification et - surtout - ses critiques de plus en plus virulentes à l'égard des Soviétiques, lui valent - à nouveau - de perdre son commandement.

Ironiquement, le seul général américain ayant réellement assimilé les principes de la Blitzkrieg meurt le 21 décembre 1945, des suites d'un banal accident de la route...

lundi 2 juillet 2007

1576 - le miracle d'automne

... les moyens mobilisés pour la désastreuse offensive d'Arnhem, et
particulièrement l'essence, avait forcé Patton à s'arrêter devant Metz le 1er septembre.

Lorsque le ravitaillement lui parvint enfin, les Allemands avaient eu le temps de se regrouper et de fortifier leurs défenses. L'occasion était passée, et la suite des événements allait contraindre la 3ème Armée à des semaines de combats acharnées pour progresser de quelques kilomètres seulement.

En décembre, elle fut même contrainte de pivoter de 90 degrés, pour se porter au secours des défenseurs de Bastogne, surpris par la dernière grande attaque allemande à l'Ouest. La météo, qui interdisait le recours à la "cavalerie aérienne" alliée, était même si infecte qu'elle poussa Patton à ordonner à un aumônier de lui rédiger une prière pour le beau temps.

Beau temps ou pas, Patton fut en mesure de briser l'offensive allemande - ce qui lui permit d'entrer définitivement dans la légende - puis de pénétrer en Allemagne, avec cinq mois de retard sur ses ambitions.

S'il avait disposé, en septembre 1944, de l'essence et du ravitaillement nécessaire, la fin de la guerre, et le tracé de l'Europe d'après-guerre, auraient peut-être été différents, et peut-être aurait-on vu les blindés US remonter Unter den Linden plutôt que de laisser ce privilège aux Soviétiques.

Nonobstant, la volonté américaine de minimiser les pertes dans ses propres rangs aurait sans doute réduit ses espoirs à néant, comme la suite des événements allait le démontrer...

dimanche 1 juillet 2007

1575 - un pont trop loin

... alors que les blindés de Patton caracolent vers la Moselle, Montgomery met la dernière main à un plan lui aussi destiné à finir la guerre en quelques semaines.

Plutôt que d'attaquer en Sarre - comme le préconise Patton - et donc de se frotter directement aux fortifications de la Ligne Siegfried - que beaucoup considèrent encore comme redoutables - Montgomery propose de contourner cette Ligne, en attaquant vers le Nord, à travers la Hollande, et en traversant le Rhin à Arnhem, ce qui permettra alors de s'emparer à moindres frais du bassin industriel de la Rühr, vital pour l'industrie de guerre allemande.

Contrairement à ses habitudes, l'opération (baptisée Market Garden) qu'envisage Montgomery est extrêmement audacieuse - sans doute trop - puisqu'elle suppose l'envoi de plusieurs milliers de parachutistes loin derrière les lignes ennemies, avec pour mission de s'emparer des nombreux ponts qui, d'Eindhoven à Arnhem, enjambent les rivières et canaux hollandais. Une fois les ponts capturés, les parachutistes devront les tenir et les conserver intacts jusqu'à l'arrivée des renforts et des blindés.

D'Eindhoven à Arnhem, il n'y a guère qu'une centaine de kilomètres, ce qui ne serait pas grand-chose n'était la résistance inattendue des Allemands - par ailleurs bien plus nombreux et mieux équipés que prévu - et le fait que, sur une bonne partie du trajet, les tanks n'ont d'autre choix que d'avancer en file indienne sur une route à deux voies, bordée de canaux et de forêts, à travers lesquels ils ne peuvent progresser mais qui se prête de surcroît à une kyrielle d'embuscades allemandes.

Le 21 septembre 1944, après quatre jours de combats acharnés, l'État-major doit se rendre à l'évidence et admettre que les paras qui défendent encore Arnhem seront submergés bien avant l'arrivée des blindés promis. La progression s'arrêtera donc à Nimègue, ce qui fera dire de ceux finalement forcés de capituler à Arnhem qu'ils sont allés "un pont trop loin".

Avec plus de 16 000 hommes tués, blessés ou faits prisonniers, en particulier parmi les meilleures unités de paras, le bilan humain est sévère. Surtout, il vient de sonner le glas de tout espoir de terminer la guerre en 1944...

samedi 30 juin 2007

1574 - keep movin'

... à la fin juillet 1944, l'Opération Cobra porte enfin ses fruits, et permet de désenclaver les troupes alliées qui piétinaient depuis près de deux mois dans le bocage normand.

A la tête de la 3ème Armée américaine, Patton vole littéralement de succès en succès, parcourant un millier de kilomètres en deux semaines.

"Patton ne s'attarda pas à bâtir des plans ou à imaginer des mouvements. Le goulet d'étranglement formé par la seule route allant d'Avranches à Pontaubault devint une véritable piste de course. A l'entrée, des officiers supérieurs laissaient passer les unités dans n'importe quel ordre mais, à la sortie, celles-ci étaient dirigées vers les routes qui rayonnaient de Pontaubault et orientées dans la bonne direction. Défiant les règles de la circulation et tous les règlements, Patton fit passer sept divisions par cette route en 72 heures" (1)

Fidèle aux théories exprimées par Fuller dès 1916, Patton est convaincu que seule une progression à marche forcée, sur les arrières de l'ennemi en retraite, peut empêcher celui-ci de rassembler ses forces, de recevoir des renforts (notamment du Front de l'Est) et de constituer de nouvelles positions défensives.

Entre Patton et la Sarre, et au-delà, Berlin, il n'y a - provisoirement - que du vent. Mais comme l'ennemi retraite aussi vite que les tanks de Patton avancent, il importe de maintenir le rythme de l'offensive à tout prix, et de ne pas lui laisser ne serait-ce qu'une heure de répit.

A cette condition, et à cette condition seulement, la guerre peut être terminée en quelques semaines, et les Alliés en train de parader à Berlin bien avant l'Armée rouge.

Mais le 31 août, alors que les tanks de Patton ont atteint la Moselle, c'est la panne d'essence. Fidèle à ses habitudes, Patton s'emporte, engueule Eisenhower, exige de recevoir le carburant qui lui permettra de poursuivre son offensive.

Rien n'y fait : même la surpuissante logistique américaine n'est plus capable de suivre la progression des troupes, et doit de surcroît composer avec les demandes de Montgomery - l'éternel rival - qui a lui aussi besoin d'essence pour l'Opération Market Garden en Hollande. Opération qui débouchera sur le sanglant échec d'Arnhem...

(1) Fana de l'Aviation, HS 28, page 44

vendredi 29 juin 2007

1573 - sortir du bocage

... le succès du Débarquement de Normandie fut d'abord et avant tout celui de la logistique.

Compte tenu de la résistance prévisible des Allemands, qui bénéficiaient de fortifications et de l'avantage du terrain, compte tenu également des nombreux impondérables qui retarderaient les actions des uns et annihileraient celles des autres, il fallait disposer d'une supériorité numérique et matérielle écrasante sur l'adversaire, que ce soit en nombre d'avions, de fantassins, de tanks et de canons, mais aussi en matière de navires qui amèneraient ce gigantesque charroi jusqu'aux plages.

Il fallait donc mobiliser des milliers de navires, mais aussi des millions de litres d'essence et des milliers de tonnes de munitions, de ravitaillement et de fournitures diverses.

Une entreprise d'autant plus titanesque si l'on sait que, dans le même temps, la logistique américaine avait déjà fort à faire à l'autre bout du monde, pour ravitailler les troupes opérant dans le Pacifique, et en particulier celles engagées dans le débarquement sur l'île de Saïpan (15 juin)

Si le débarquement sur les côtes normandes constitua un succès en lui-même, la suite des opérations fut pourtant loin de correspondre aux attentes et à une logique de Blitzkrieg : piégés dans le bocage normand, tanks et fantassins piétinèrent pendant de longues semaines, sans véritablement parvenir à réaliser une percée qui leur aurait ouvert l'intérieur du pays.

C'est dans ces conditions que Patton débarqua en France, pour y prendre le commandement de la 3ème Armée américaine, à la fin juillet 1944...

jeudi 28 juin 2007

1572 - l'épouvantail

... avec Patton à sa tête, le débarquement américain à Anzio (22 janvier 1944), opéré là encore avec une supériorité numérique et matérielle écrasante sur l'adversaire, aurait pu aboutir à la chute de Rome et à la victoire dans la Péninsule italienne

Mais avec le général Lucas à sa place, et la volonté de ne pas subir de pertes, l'expédition s'enlisa lamentablement, ce qui fit dire à Churchill, "J'avais espéré que nous ayons lancé un chat sauvage sur le rivage, mais tout que nous avons finalement eu était une baleine échouée".

Toujours en disgrâce, et privé de commandement, Patton continuait de se promener ici et là, ce qui avait au moins l'avantage de mobiliser sur lui l'attention des Allemands, incapables de croire que l'armée américaine puisse se priver de son meilleur général simplement pour avoir giflé un simple soldat.

Et puisque Patton pouvait au moins servir d'épouvantail, l'État-major décida, dans le cadre de l'Opération Fortitude, de lui confier le commandement d'une armée totalement fictive, composée de divisions et de tanks qui n'existaient que sur le papier, et soi-disant destinées à un débarquement dans le Pas-de-Calais.

Le 6 Juin 1944, donc, le véritable débarquement eu lieu sur les côtes normandes, mais toujours en l'absence de Patton, qui désespérait de plus en plus de repartir à l'attaque avant la fin de la guerre...

mercredi 27 juin 2007

1571 - la gifle

... avec plus de 2 200 tués, et plus de 6 500 blessés les pertes américaines en Sicile ne sont pas extravagantes en soi, et même inférieures à celles des Britanniques.

Pour l'opinion publique américaine, elles auraient néanmoins pu être inférieures si Patton, dans son obsession de battre Montgomery de vitesse, s'était contenté de suivre ses ordres et de faire preuve de davantage de prudence.

Mais le plus grave, et le plus commenté, c'est la gifle administrée par
Patton à un soldat américain victime de ce qu'on appellerait aujourd'hui un "choc post-traumatique". Alors qu'il visitait un hôpital de campagne, le bouillant général n'a pu s'empêcher de coller une gifle, devant témoins, à un soldat qui, bien que ne souffrant d'aucune blessure physique, refusait de retourner au combat.

Dans l'armée britannique ou française, l'épisode serait passé totalement inaperçu. Dans l'armée russe ou allemande, on se serait même étonné que le général n'ait pas fait fusiller ce soldat séance tenante. Mais dans l'armée américaine, et surtout dans l'opinion publique américaine, "l'affaire de la gifle" prend une dimension nationale. De héros victorieux, Patton se métamorphose en brute insensible, quasiment en SS.

Fait unique dans l'Histoire des guerres, le meilleur général du moment est sommé de présenter des excuses publiques non seulement à ce soldat, mais aussi à l'armée toute entière, et est ensuite relevé de son commandement (!)

Mis en disponibilité, et en totale disgrâce, Patton passe alors près d'une année à faire la "tournée des popotes" de Malte au Caire, en passant par la Corse ou Londres, sans trop savoir si l'on fera encore appel à ses services d'ici la fin de la guerre...

mardi 26 juin 2007

1570 - course-poursuite

... pour s'emparer de la Sicile, les Alliés ont mobilisé des moyens considérables - 500 000 hommes et plus de 2 000 navires - qui préfigurent le futur Débarquement de Normandie.

Même si le commandement de l'ensemble demeure - théoriquement - britannique, c'est bel et bien la doctrine américaine - ne partir au combat qu'en situation de supériorité numérique et technique écrasante - qui s'impose.

Si les Allemands ont popularisé la Blitzkrieg, les Américains lui ont apporté la dimension logistique qui lui permet - presque - de progresser inexorablement. Et de fait, l'île tombe en un mois : ni la résistance de l'adversaire, ni les inévitables ratés d'une aussi vaste entreprise, ne peuvent, fondamentalement, stopper une machine qui a tout d'un rouleau compresseur et qui, comme lui, écrase tout sur son passage.

Si le rôle central de cette campagne à été confié à Montgomery, Patton n'entend pas pour autant y faire de la figuration, en se contentant de protéger les flancs de son homologue britannique. Son interprétation toute personnelle des ordres reçus le pousse au contraire à lancer ses
troupes contre Palerme, puis contre Messine, qu'il arrache l'une et l'autre au nez et à la barbe des Britanniques.

Si l'essentiel des troupes allemandes a finalement réussi à s'enfuir vers l'Italie en repassant le détroit, la victoire n'en est pas moins éclatante et, dans une très large mesure, due aux initiatives peu orthodoxes de Patton lui-même.

Le problème, c'est que dans son acharnement à arriver à Messine avant Montgomery, Patton n'a pas hésité non seulement à enfreindre ses ordres, mais aussi à sacrifier bon nombre de soldats placés sous son commandement...

lundi 25 juin 2007

1569 - frères ennemis

... dès son arrivée à la tête du 2ème Corps américain, Patton a immédiatement poussé l'entraînement des troupes et leur imposé une discipline d'inspiration finalement très britannique, qui contraste singulièrement avec les normes américaines en vigueur.

Les résultats, en tout cas, ne se font pas attendre : un mois à peine après leur déroute de Kasserine, les Américains sont victorieux à El Guettar (23 mars 1943) et précipitent la chute de l'Afrika Korps, dont les derniers éléments capitulent le 12 mai suivant.

A présent débarrassés de toute présence allemande en Afrique du Nord, Américains et Britanniques veulent débarquer en Sicile, puis se servir de l'île comme tête-de-pont pour investir l'Italie. Avec Montgomery chez les Britanniques, et Patton chez les Américains, les deux camps disposent chacun d'un champion à la personnalité très affirmée - c'est un euphémisme - qui n'entend certes pas s'incliner devant l'autre en matière de résultats.

Leur rivalité, qui fera couler presque autant d'encre que de sang, se retrouve peu ou prou chez leurs subordonnés, et même chez leurs gouvernements respectifs.

Combattant depuis 1940, et disposant encore de la supériorité en matière d'effectifs, les Britanniques n'entendent certes pas céder la place - et la gloire - à ces parvenus de Yankees, lesquels, de leur côté, font observer qu'ils fournissent déjà l'essentiel des véhicules, et la quasi-totalité de la logistique à leurs cousins britanniques, dont l'attentisme et la prudence s'accordent par ailleurs assez mal à la conception américaine d'une guerre de mouvements.

Lorsqu'ils débarquent en Sicile, en juillet 1943, Américains et Britanniques sont donc loin d'être sur la même longueur d'ondes.

Ce n'est que le début...

dimanche 24 juin 2007

1568 - Blood and guts

... né en 1885, diplômé de West Point en 1909, George Smith Patton a découvert très tôt l'univers des blindés, puisqu'il est le premier officier américain à les mener au combat, en France, en 1918.

Nommé général de division en 1941, il débarque un an plus tard au Maroc, dans le cadre de l'Opération Torch. Mais c'est en Tunisie, en mars 1943, qu'il entre dans la légende de l'armée américaine... et à la Une des journaux.

En février 1943, le IIème Corps américain a, pour la première fois, fait la connaissance de l'Afrika Korps de Rommel. Inexpérimentés, et mal commandés, les soldats américains ont proprement été laminés à la Bataille de Kasserine, où ils ont laissé plus de 6 000 morts et blessés, et plus de 300 tanks, alors que les Allemands, de leur côté, n'ont perdu que 400 hommes et une trentaine de tanks (!)

Aux USA, l'émotion est considérable et la réaction, immédiate. Lloyd Fredendall, général commandant le IIème Corps, est relevé de ses fonctions et n'assumera plus aucun commandement jusqu'à la fin de la guerre. Pour le remplacer à la tête des survivants démoralisés du IIème Corps, il faut assurément un homme à poigne, et c'est Patton qui est choisi.

Des pistolets à crosse en ivoire qu'il porte constamment à la ceinture, à ses airs de prima donna sous une allure de palefrenier, en passant par ses célèbres écarts de langage ou ses crises de colère, George "Blood 'n gutts" Patton, adulé par les uns, profondément détesté par les autres, ne laisse en tout cas personne indifférent.

Si tout le monde, en ce compris ses détracteurs, lui reconnaissent d'incontestables talents de stratège et de meneur d'hommes, ce qui pose véritablement problème avec Patton, c'est le pourcentage de pertes que l'intéressé est prêt à subir dans ses propres rangs pour emporter la
victoire...

samedi 23 juin 2007

1567 - une armée de riches

... lors de la 2ème GM, il valait mieux être soldat américain que soldat de n'importe quelle autre nation belligérante : on était beaucoup mieux respecté par ses chefs et son gouvernement, on courait bien moins de risques de se faire tuer, et carrément aucun d'être exécuté pour lâcheté ou désertion devant l'ennemi (1)

On avait aussi de la certitude de posséder, sinon les meilleurs fusils, les meilleurs tanks ou les meilleurs avions, du moins le grand nombre d'entre eux. Et si le fantassin américain devait encore combattre à pieds, il disposait du moins de davantage de camions pour le transporter lui et son équipement à proximité immédiate du Front, où il arrivait bien plus frais que ses homologues et adversaires d'autres nations.

Cette manière de combattre avait bien entendu ses avantages et ses inconvénients. Ce qu'on épargnait en vies humaines coûtait extrêmement cher en matériel de toute sorte, et imposait surtout une logistique extraordinairement complexe, donc gourmande en hommes et en carburant.

Plus que toute autre, l'armée américaine était donc - elle l'est toujours - une armée de riches. Pour chaque homme combattant sur le Front, il en fallait bien plus, à l'arrière, pour préparer, acheminer, réparer le matériel qui lui permettait de combattre, avec le risque, toujours présent, qu'une rupture de la chaîne d'approvisionnement le place alors dans une situation bien plus défavorable que celle de ses alliés et ennemis, quant à eux habitués à beaucoup moins d'égards.

Pour les généraux américains, l'obligation de victoire, quoi qu'importante, restait malgré tout conditionnée à celle de subir le moins de pertes possible parmi la troupe placée sous leur commandement, ce qui favorisait évidement l'attentisme et la prudence, et les exposait à l'opprobre si le taux de pertes dépassait les limites considérées comme acceptables, quand bien même ils avaient remporté la victoire.

Ce fut toute l'histoire du général Patton...

(1) depuis la fin de la Guerre de sécession, en 1865, l'Armée américaine qu'un seul des siens pour ce motif, le soldat Eddie Slovik, qui fut fusillé pour désertion le 31 janvier 1945.

vendredi 22 juin 2007

1566 - minimiser les pertes

... de toutes les armées occidentales, l'armée américaine est assurément celle qui supporte le moins les pertes dans ses propres rangs.

A la différence de leurs collègues français, britanniques ou soviétiques, ou de leurs adversaires allemands et japonais, les généraux américains ne considéraient pas les pertes, et un taux élevé de pertes, comme une conséquence normale et inévitable de la guerre, mais plutôt comme un accident dont il fallait à tout prix limiter la portée.

Pour limiter les pertes, et bien entendu gagner la guerre, la solution la plus efficace était sinon de ne pas combattre, du moins de ne combattre qu'une situation de supériorité numérique et/ou technologique écrasante.

Gens pragmatiques, les Américains considérèrent très tôt que la guerre était moins une question d'héroïsme individuel que de moyens collectifs. S'ils ne reniaient pas pour autant la bravoure de leurs troupes ou le génie de leurs chefs, ils estimaient du moins que leur nombre et la puissance de leurs armes constituaient des garanties beaucoup plus fiables.

Après tout, lorsqu'il soulignait qu'aucun connard n'avait jamais gagné une guerre en mourant pour son pays mais bien en faisant en sorte que ce soit le connard d'en face qui meure pour son pays, Patton ne faisait que résumer une opinion très largement répandue chez ses contemporains : on ne devait lancer une offensive qu'avec la certitude de posséder bien plus de moyens que l'adversaire.

Dans le désert, le Britannique Montgomery était d'ailleurs arrivé à la même conclusion : le panache importait moins que l'organisation et la froide efficacité...

jeudi 21 juin 2007

1565 - deux pas en avant, trois pas en arrière

... de sa nomination à la tête de "l'Armée du Don", en novembre 1942, jusqu'à son limogeage, en mars 1944, Erich von Manstein fut assurément le champion toute catégorie du repli stratégique.

Sur le Front de l'Est, pendant plus d'un, et malgré l'entêtement d'un Hitler qui voulait résister sur place jusqu'au dernier homme, Manstein parvint à imposer sa vision d'une défense en profondeur qui, à défaut d'être obligatoirement plus efficace, s'avérait beaucoup moins coûteuse en hommes et en matériel.

Lorsqu'elles retraitaient - ce qui était inévitable du fait de la supériorité de plus en plus écrasante de l'Armée rouge, les troupes de Manstein le faisaient généralement au bon moment, et en bon ordre, ce qui finissait toujours par leur permettre de repartir ensuite à l'attaque, et de reconquérir une partie du terrain perdu.

Même l'échec de la gigantesque offensive allemande sur Koursk, en juillet 1943, et dont Manstein porta une bonne part de la responsabilité - nous y reviendrons ultérieurement - ne dérogea pas à la règle, et lui permit du moins d'éviter que la défaite ne se transforme en déroute.

Aussi brillante et bien exécutée fut-elle, la stratégie de Manstein, quel que soit le nom qu'on lui donne, de la défense "élastique" ou "en profondeur" au "repli stratégique", s'apparentait toujours à la logique du deux pas en avant trois pas en arrière, ce qui correspondait bel et bien à une retraite inavouée.

Si le génie de Manstein permit probablement à l'armée allemande de prolonger la guerre de quelques mois, il ne la sauva pas du désastre final, à laquelle le déséquilibre des forces la condamnait de toute manière...

mercredi 20 juin 2007

1564 - retraite ou repli stratégique ?

... Hitler et Staline avaient de nombreux points communs, et notamment une aversion quasi pathologique contre la retraite, qui les poussait donc à n'envisager qu'une défense strictement statique.

Dans leur esprit, il importait de tenir coûte que coûte le moindre pouce de terrain, même si cela impliquait de sacrifier des divisions entières jusqu'au dernier homme.

Comme il fallait malgré tout ravitailler les défenseurs, cela se traduisait par un gigantesque gaspillage de moyens qui, à Stalingrad, amena par exemple Hitler à sacrifier des centaines d'avions de transport qui auraient pu être plus utiles ailleurs, et qui allaient lui manquer cruellement par la suite.

Et si la retraite finissait malgré tout par être ordonnée, celle-ci s'opérait alors bien trop tard, dans des conditions détestables, ce qui entraînait un nouvel et effroyable gaspillage de moyens matériels et humains. Et le peu qu'on parvenait à en récupérer était bien trop épuisé et en trop mauvais état pour être capable de repartir au combat à brève échéance. Les soldats devaient être soignés et mis au repos, et leur matériel révisé, réparé ou remplacé.

A cette conception statique de la défense s'opposait une vision plus "dynamique" : celle d'un "repli stratégique" soigneusement organisé, et rendu possible par la mécanisation des armées.

Dans cette optique, on ne s'entêtait plus à défendre à n'importe quel prix des positions qui, de toute manière, finiraient tôt ou tard par être conquises par l'ennemi. On retraitait, mais on retraitait au moment opportun et en bon ordre, ce qui économisait hommes et matériel, et maintenait la cohésion des troupes, en sorte que, si les circonstances le permettaient on restait en mesure de lancer une contre-attaque avec les mêmes hommes et le même matériel.

mardi 19 juin 2007

1563 - défense statique ou élastique ?

... en 1941, l'armée allemande s'était enfoncée en Russie puis, du fait de la résistance soviétique autant que de ses propres carences logistiques, avait progressivement dû ralentir l'allure, avant de s'arrêter devant Moscou, n'ayant au bout du compte pas progressé plus rapidement que les troupes de Napoléon au siècle précédent.

Après quoi, la contre-attaque hivernale des Soviétiques l'avait contrainte de battre en retraite jusqu'à ce que les Soviétiques eux-mêmes finissent par manquer des réserves et des approvisionnements qui leur auraient permis de poursuivre leur offensive jusque Berlin.

Les données de base étant demeurées les mêmes, l'année 1942 fut donc la simple répétition de l'année 1941 : les troupes allemandes s'enfoncèrent, furent ralenties, puis à nouveau stoppées - cette fois devant Stalingrad - avant de devoir à nouveau retraiter sur des centaines de kilomètres suite à une nouvelle contre-offensive hivernale des Soviétiques qui, là encore, durent finalement y mettre un terme, autant du fait de la résistance allemande que de leurs propres carences logistiques.

Ironiquement, si la mécanisation des armées avait effectivement facilité l'attaque en profondeur, elle avait également permis d'organiser une défense en profondeur : on pouvait désormais, et quasiment en un seul mouvement, retraiter sur des dizaines voire des centaines de kilomètres, rassembler ses forces, puis repartir à l'attaque sur des dizaines voire des centaines de kilomètres.

De strictement statique, la défense était devenue élastique.

lundi 18 juin 2007

1562 - la charrue avant les boeufs

... depuis 1916, Fuller et ses successeurs n'avaient cessé de mettre en avant la rapidité de mouvements que permettrait la mécanisation des armées.

Mais ce faisant, ils avaient constamment sous-estimé la dimension logistique de cette nouvelle guerre "de mouvements".

Les tanks, les camions, les véhicules motorisés étaient certes techniquement capables de progresser bien plus vite que les chevaux et les fantassins d'autrefois, mais ils exigeaient en contre-partie un entretien régulier et la disponibilité permanente d'énormes quantités de carburant, qu'il fallait acheminer jusqu'à eux dans des conditions toujours difficiles quand elles n'étaient pas carrément impossibles.

Chaque armée s'enorgueillissait de posséder davantage de tanks, et de plus gros tanks, que sa rivale, et, lors des cérémonies officielles, se plaisait à les faire défiler en théories interminables devant une population extasiée par pareil étalage de puissance.

On s'intéressait en revanche beaucoup moins aux dépanneuses, aux camions-citernes, à tous les véhicules de servitude à la silhouette si ingrate que personne ne les faisait jamais défiler, mais sans lesquels pourtant les tanks ne pouvaient progresser.

Tout au long des années 1920 et 1930, on avait donc mis la charrue avant les boeufs.

L'Armée allemande engagée sur le Front de l'Est en payait à présent le prix...

dimanche 17 juin 2007

1561 - logistique

... expédier quotidiennement des milliers de tonnes d'essence, de munitions, de vivres et de fournitures diverses, et les expédier sur des centaines si pas des milliers de kilomètres, tout cela représente, même en temps de paix, un défi logistique considérable.

Dans le cas de la guerre à l'Est, ce défi prenait des proportions d'autant plus titanesques qu'il n'avait pas été prévu au départ, et qu'il devait s'effectuer dans un contexte particulièrement difficile, et souvent en l'absence de tout moyen de communication digne de ce nom.

Bien que pauvre en routes, l'Union soviétique n'était pas pour autant dépourvue de ponts, de ports fluviaux ou de voies de chemin de fer. Mais tout cela avait, dans une très large mesure, été détruit par les Russes eux-mêmes lors de leur retraite. Et ce qui en subsistait ne correspondait pas toujours aux normes ou aux besoins allemands (1)

Tout pouvait évidemment se réparer ou se (re)construire, mais cela exigeait des moyens considérables, et un temps précieux. L'automne avait déjà rendu la plupart des routes impraticables. Et l'hiver, dont chacun redoutait la venue, n'allait certes pas améliorer les choses.

A cela s'ajoutait le problème des partisans demeurés sur place et qui, en posant des mines sur les routes, en faisant dérailler les trains, et en multipliant les actions de sabotage, compliquaient et retardaient d'autant le ravitaillement de la Wehrmacht.

Plus la Wehrmacht s'enfonçait en Union soviétique, plus ses lignes de communications s'étiraient, et plus le ravitaillement devenait difficile.

C'était un cercle vicieux, dont elle ne pouvait sortir que par l'arrêt.

(1) C'était particulièrement vrai pour l'écartement des voies de chemin de fer

samedi 16 juin 2007

1560 - terre brûlée

... faire vivre une armée sur le terrain-même qu'elle conquiert, et la faire vivre au détriment de la population autochtone dès lors condamnée à mourir de faim, ne constituait évidemment pas une première : toute considération humanitaire mise à part, c'était quasiment la règle habituelle de toute guerre, et la seule qui soit envisageable si l'on entendait la mener fort loin de son territoire national.

Encore fallait-il, évidemment, que les ressources locales existent. Si les étendues russes n'avaient aucun point commun avec les déserts d'Afrique du Nord, où tout, de l'essence à l'eau en passant par les vivres et les munitions, devaient être laborieusement acheminés depuis la métropole, elles ne constituaient pas pour autant un luxuriant jardin d'Eden où tout ce dont une armée avait besoin existait à profusion.

Surtout, les Russes prenaient soin, dans leur retraite, de brûler les récoltes et les stocks de carburant, de détruire les maisons, les ateliers et les usines, et d'abattre sur place le cheptel qu'ils ne pouvaient emporter, même si cela impliquait de laisser mourir de faim et de froid leur propre population qui resterait sur place.

Contrairement aux espoirs hitlériens, les territoires conquis, loin de ravitailler le Reich, ne suffisaient même pas à satisfaire les besoins quotidiens des armées du Reich qui y opéraient.

Si on voulait continuer l'offensive, la seule solution possible était donc d'expédier, depuis le Reich, tout ce dont la Wehrmacht avait besoin en Union soviétique.

Rien n'avait été prévu en ce sens. Et même si l'on parvenait à réunir le nécessaire, restait encore à savoir comment on allait l'acheminer sur place...

vendredi 15 juin 2007

1559 - exploiter les ressources du terrain

... bien avant le déclenchement de l'offensive, les planificateurs de l'Opération Barbarossa avaient établi comme postulat que l'armée allemande devrait vivre et s'approvisionner sur le terrain-même de ses opérations.

Un rapport de la direction économique de la Wehrmacht du 2 mai 1941 décrivait clairement les problèmes auxquels les troupes allemandes seraient soumises en URSS... et les moyens envisagés pour y faire face.

"L'armée allemande toute entière", soulignait ce rapport, "devra être nourrie aux dépens de la Russie". Ceci impliquait que "si nous prélevons ce dont nous avons besoin dans le pays, des dizaines de millions d'hommes seront sans doute condamnés à mourir de faim".

Quelques semaines plus tard, le même organisme enfonçait encore un peu plus le clou, en soulignant que l'objectif était désormais d'utiliser les ressources agricoles de la Russie non seulement pour nourrir l'armée allemande, mais aussi pour ravitailler l'Europe toute entière. De ce fait, quelque trente millions d'habitants du nord de l'Union soviétique risquaient tout bonnement de mourir de faim.

Du haut en bas de la hiérarchie militaire, personne ne s'interrogeait sur les aspects purement moraux d'une démarche qui, immanquablement, condamnerait à mort des millions d'innocents : dans la logique allemande de l'époque, les Russes et les sous-hommes juifs ne méritaient tout simplement pas de vivre, et il serait en vérité plus humain et civilisé de les tuer instantanément d'une balle dans la tête plutôt que de les laisser lentement mourir de faim ce qui, d'ailleurs, finit par être mis en pratique, en particulier pour les Juifs des ghettos.

jeudi 14 juin 2007

1558 - des conditions difficiles

... l'armée allemande aurait-elle été moins dépendante des pieds de ses fantassins et des sabots de ses chevaux, se serait-elle dotée de davantage de tanks, de camions et de véhicules motorisés, le résultat eut-il été différent ?

La réponse n'a rien d'évident : bien que permettant une vitesse théorique très supérieure, la motorisation des troupes, pour être efficace, ou simplement réalisable, ne dépend pas seulement du nombre de véhicules dont on dispose, mais aussi de leur capacité à progresser sur le terrain.

Presque totalement dépourvues de routes qui, quand elles existaient, prenaient le plus souvent la forme de pistes en terre, les étendues russes se transformaient en bourbiers innommables dès la venue de l'automne, se figeaient totalement en hiver, et se retransformaient en bourbiers dès le retour du printemps.

Dans ces conditions, les fantassins et les chevaux étaient souvent plus efficaces, ou en tout cas plus fréquemment utilisables, que les camions et les tanks

Ils exigeaient également moins d'entretien et de ravitaillement que les engins motorisés : en Union soviétique, et malgré la politique de "terre brûlée" décrétée par Moscou, on parvenait toujours à se procurer de l'eau et de la nourriture pour les hommes et les chevaux, même si cela impliquait d'en priver la population civile, dès lors condamnée à mourir de faim.

Il était beaucoup plus difficile, en revanche, de mettre la main sur des réserves d'essence et d'huile encore intactes, et a fortiori sur des pièces de rechange qui ne pouvaient être expédiées que depuis l'Allemagne.

A condition qu'elles réussissent à parvenir à destination...