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samedi 6 septembre 2003

180 - un lourd secret

... Pour le français Guy Mollet, Président du Conseil, la livraison à Israël d'un réacteur nucléaire et d'uranium enrichi était un peu la dette morale de la France envers l'État hébreux, pour ne pas avoir su résister aux pressions russes et américaines lors de l'Affaire de Suez de 1956, et mener la guerre jusqu'à son terme logique : l'élimination du régime nassérien

Bien sûr, cette livraison, qui contrevenait aux traités internationaux et menaçait tout l'équilibre proche et moyen-oriental, devait rester secrète.

Israël se garda bien d'en parler, et même les États-Unis ne la découvrirent qu'au milieu des années 1960, grâce à leurs avions espions U2,

Revenu au Pouvoir fin 1958, le Général de Gaulle n'en apprit lui-même l'existence que plus tard. Atterré, réalisant les implications de cette nouvelle donne, il fit l'impossible pour convaincre les Israéliens de mettre un terme à leur aventure nucléaire, allant jusqu'à proposer la livraison de nouveaux Mirage III et IV en échange de l'abandon de leur programme.

Les Israéliens, comme c'était prévisible, refusèrent. Et la Guerre des Six Jours, en 1967, mit un terme à la complicité franco-israélienne.

Pour vendre ses armes, la France se tournera alors vers les pays arabes, ennemis d'Israël, et Israël, pour acheter de nouvelles armes, portera ses regards vers les États-Unis.

A Dimona, en plein coeur du désert du Néguev, le réacteur français était depuis longtemps entré en service, et les bombes commencèrent à s'accumuler, année après année...

Elles s'accumulent encore aujourd'hui

vendredi 5 septembre 2003

179 - la bombe israélienne

... en novembre 1956, "l'Opération Mousquetaires" (l'agression illégitime de l'Égypte, sans mandat des Nations Unies, pour se réapproprier le Canal de Suez) s'achève sur un fiasco total pour la France et la Grande-Bretagne : victorieuses sur le terrain, leurs troupes ont néanmoins dû rembarquer sous la pression conjointe des Nations-Unies, des États-Unis et de l'URSS; le Canal de Suez est toujours égyptien; Gamel Abdel Nasser est toujours au Pouvoir et toujours occupé à soutenir et armer les indépendantistes algériens combattus par la France.

A Paris comme à Londres, l'humiliation est complète, et le comportement de Washington, perçu comme une trahison.

Pour Israël en revanche, l'affaire se présente un peu mieux : son armée a su infliger des dommages considérables à l'ennemi égyptien. Surtout, son alliance avec la France lui a permis de se rééquiper en matériel moderne, dont les livraisons, qui comprendront bientôt celles des fameux "Mirage III", s'échelonneront jusqu'en 1967

Et parmi les clauses secrètes des accords de Sèvres figure aussi la fourniture par la France d'un réacteur nucléaire, et d'uranium enrichi, destinés à la fabrication de la bombe atomique israélienne.

jeudi 4 septembre 2003

178 - la route de Dimona

... le 22 octobre 1956, Shimon Perès, alors directeur général du Ministère de la Défense, et chargé du programme nucléaire israélien, se trouve donc à Sèvres, où il accompagne la délégation israélienne venue négocier dans le plus grand secret la participation de l'État hébreux à "l'Opération Mousquetaires" (l'invasion illégale de l'Égypte pour se réapproprier le Canal de Suez sans l'autorisation des Nations Unies.

Pour prix de cette participation, le français Guy Mollet, Président du Conseil, a promis à Israël la livraison de grandes quantités de matériel militaire, d'avions et de pilotes français, mais aussi... la fourniture d'un réacteur nucléaire et d'uranium enrichi, qui permettra à l'État hébreux de fabriquer ses propres bombes atomiques

Ce réacteur, du même modèle que celui de Saclay, devra être fourni secrètement, et monté le plus discrètement possible - à l'insu des États-Unis et de la Russie - dans un des endroits les plus désertiques d'Israël, au coeur du Néguev, dans un coin perdu au doux nom de femme

Dimona

mercredi 3 septembre 2003

177 - un dialogue de soukh

... le 23 octobre 1956, la Conférence de Sèvres se termine par un accord entre Israéliens, Français et Britanniques.

Israël lancera une "guerre préventive contre l'Égypte dans la péninsule du Sinaï. La France et la Grande-Bretagne, se présentant comme gardiennes de la liberté de navigation sur le Canal de Suez, adresseront alors un ultimatum aux deux belligérants, leur enjoignant de cesser le feu et de se retirer de la zone du Canal, qui sera aussitôt investie par des forces franco-britanniques "de protection"

Israël acceptera immédiatement cet ultimatum que l'Égypte, selon toute vraisemblance, refusera, ce qui autorisera donc les militaires français et anglais à envahir le pays, récupérer le Canal pour le compte des actionnaires britanniques, et renverser le Président égyptien Gamal Abdel Nasser, qui arme et soutient les indépendantistes algériens du FLN combattus par la France

Sans doute conscients de l'optimisme pour le moins exagéré d'un tel plan, ou réellement soucieux pour leur propre sécurité, les Israéliens ont exigé, et obtenu, un certain nombre de garanties et d'avantages, aux premiers rangs desquels figure la livraison par la France de grandes quantités de matériel militaire, et notamment de plusieurs dizaines d'avions de combat français, dont certains, pour gagner du temps, seront directement prélevés sur les stocks de l'Armée de l'Air française, et hâtivement repeints aux couleurs israéliennes.

Manquant de pilotes confirmés, et craignant des représailles égyptiennes, Israël a également exigé, et obtenu, le "prêt" de plusieurs escadrilles de chasse de l'Armée de l'Air française, avec leurs pilotes. Pour éviter d'être identifiés, ces avions français seront également repeints aux couleurs d'Israël. Quant aux pilotes français, ils recevront l'ordre officiel et militaire de ne pas quitter les bases israéliennes et, s'ils prennent l'air, de se débarrasser de tout document ou papier attestant leur nationalité.

Mais ce n'est manifestement pas encore assez aux yeux des Israéliens. Et c'est là que Shimon Perès entre en scène, et que l'aventure de Dimona commence

mardi 2 septembre 2003

176 - un plan diabolique

... depuis sa création, en 1948, Israël a toujours entretenu des rapports conflictuels avec l'Égypte, qui n'a pas hésité à envoyer ses armées contre l'État hébreux le jour-même de sa proclamation d'Indépendance.

En octobre 1956, le nationalisme nassérien, et la fermeture par l'Égypte du détroit de Tiran, n'ont fait qu'alimenter la colère du gouvernement israélien, qui prête désormais une oreille plus qu'attentive aux sirènes franco-britanniques, elles aussi bien décidées à renverser le Président Gamal Abdel Nasser, mais qui ont besoin d'un prétexte pour justifier auprès de l'opinion publique internationale ce qui ne sera jamais qu'une expédition coloniale de plus.

Le 22 octobre 1956, une conférence secrète réunit donc à Sèvres les différents protagonistes de cet étrange complot

Selon le plan prévu, Israël devra déclencher une "guerre préventive" contre l'Égypte. Au nom de la "sécurité de navigation sur le Canal de Suez", la France et la Grande-Bretagne lanceront alors un ultimatum aux deux belligérants, leur enjoignant de cesser le feu et de se retirer dans les douze heures à plus de 16 kilomètres du Canal, et ce afin de laisser la place à des troupes de "protection" franco-britanniques. Cet ultimatum sera aussitôt accepté par Israël, et bien entendu rejeté catégoriquement par l'Égypte, puisque constituant une atteinte à sa souveraineté.

Mais les Israéliens renâclent, évoquent des risques excessifs... et sont surtout bien déterminés à tirer le maximum d'avantages de leur participation à ce conflit