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samedi 23 septembre 2017

5324 - Que sont-ils devenus (3)

 * Nommé chef de la VIIIème Armée en 1950, et considéré comme le sauveur de la Corée du Sud, Matthew Ridgway succéda ensuite à Eisenhower au titre de commandant suprême des forces alliées en Europe. Il mourut en 1993.

* Courtney Hodges prit sa retraite en 1949 et mourut dans l’anonymat en 1966

* Hospitalisé peu après la guerre, Alexander Patch mourut d’une pneumonie en novembre 1945

* Devenu icône de la France d’après-guerre, Charles De Gaulle entama une fructueuse carrière politique, qu’il mena quasiment jusqu’à sa mort, en 1970

* Après la guerre Jean de Lattre de Tassigny fut nommé commandant-en-chef en Indochine, où fut tué son fils unique. Malade et très affecté par ce décès, il rentra en France et mourut en janvier 1952.

* Abandonné par Hitler le 16 janvier 1945, le complexe souterrain de l’Adlerhorst, qui lui avait servi de Q.G. durant toute la Bataille des Ardennes, fut dynamité fin mars. Réhabilités après la guerre, de même que le Château de Kransberg sous lequel ils avaient été construit, nombre de ses bâtiments sont encore utilisés, et visitables, aujourd’hui.

* La plupart des Panzers récupérés dans les Ardennes furent acheminés jusqu’aux hauts-fourneaux de Cockerill pour servir à la reconstruction du pays. Quelques-uns furent néanmoins emportés par les Américains pour analyse, et d’autres, plus ou moins complets, transformés en pièces de musée ou en monuments à ciel ouvert dans nombre de villes et villages des Ardennes, où on peut encore les apercevoir aujourd’hui, derniers témoins d'une Bataille qui, petit à petit, disparaît de la mémoire des Hommes...

vendredi 22 septembre 2017

5323 - Que sont-ils devenus (2)

* Haso von Manteuffel se rendit aux Alliés à la fin de la guerre. Libéré en 1947, il donna de nombreuses conférences aux États-Unis, et collabora même à la réalisation de films de guerre. Il mourut en 1978

* "Troisième roue" de Wacht am Rhein, Erich Brandenburger se rendit aux Américains en mai 1945, et mourut dix ans plus tard.

* Détenu par les Américains après la guerre, Otto Skorzeny s’évada de sa prison en juillet 1948. Réfugié en Espagne, puis en Égypte, il poursuivit sa vie d’aventures et décéda d’un cancer à Madrid, en 1975

* Parachutiste ô combien malchanceux dans les Ardennes, Friedrich August von der Heydte devint professeur de Droit, et officier de réserve dans la nouvelle Bundeswehr. Il mourut en 1994

* Couvert d’honneurs et décorations, Dwight Eisenhower quitta l’armée en 1948 pour devenir, quatre ans plus tard, le 34ème Président des États-Unis. Il mourut en 1961

* Omar Bradley prit sa retraite de l’armée en 1953, et mourut en 1981

* Anobli en 1946, Bernard Montgomery prit sa retraite en 1958. Personnage de plus en plus controversé au fil des années, notamment pour ses positions en faveur de l’apartheid, ou ses innombrables critiques envers tous ses anciens camarades de combat, il mourut en 1976

* Paralysé après un banal accident de la route, son "meilleur ennemi", George Patton décéda le 21 décembre 1945. "C'est une façon de mourir à la con", déclara le grand George peu avant sa mort.

jeudi 21 septembre 2017

5322 - Que sont-ils devenus (1)

* le 30 avril 1945, Adolf Hitler trouva enfin le moyen de mettre un terme à sa guerre, en se suicidant dans le bunker de la Chancellerie du Reich

* Sa totale inefficacité lors de Nordwind n’empêcha pas Heinrich Himmler de se voir nommé peu après au poste encore plus prestigieux de commandant-en-chef du Groupe d’Armées de la Vistule… dont il démissionna peu après pour "raisons de santé". Capturé par les Britanniques, il se suicida le 23 mai 1945.

* S’étant rendu aux Américains, Herman Goering devint l’accusé vedette du Tribunal de Nuremberg. Condamné à mort, il se suicida néanmoins dans sa cellule le 15 octobre 1946, quelques heures avant son exécution.

* Capturé par les Britanniques en mai 1945, mais en trop mauvaise santé pour être jugé, Gerd von Runstedt fut libéré en 1949 et mourut en 1953

* Ayant volontairement dissous son Groupe d’Armées le 17 avril 1945, Walter Model se suicida quatre jours plus tard

* Limogé le 28 mars 1945, Heinz Guderian se rendit six semaines plus tard aux Américains, qui le libérèrent en 1948. Il mourut en 1954

* Après son échec des Ardennes, Josef "Sepp" Dietrich retourna sur le Front de l’Est. Fait prisonnier le 11 mai 1945, puis condamné à diverses reprises dans les années suivantes, il fut définitivement libéré en 1959, et mourut sept ans plus tard.

* Recherché par les Américains pour son rôle dans les massacres de son Kampfgruppe, Joachim Peiper fut arrêté en aout 1945. Condamné à mort, mais néanmoins libéré en 1956, il retrouva immédiatement un travail chez Porsche,… qui avait entretemps cessé de concevoir des Panzers. Retraité en France, il mourut en juillet 1976, dans l’incendie de sa maison par des militants communistes

mercredi 20 septembre 2017

5321 - une défaite pourtant déjà acquise

Sherman américain, dans les ruines de Saint-Vith, après la bataille
Wacht am Rhein fut l’ultime pari d’Hitler, un pari qu’il ne pouvait absolument pas gagner mais pour lequel il n’existait aucune alternative.

Pour ce pari, des dizaines de milliers d’hommes furent sacrifiés en vain, dans les deux camps, et des milliers de civils belges perdirent la vie ou virent leur maison, leur ferme ou leur ville entièrement détruite.

Au bout du compte, les Allemands furent ramenés à leur point de départ, sur la Ligne Siegfried où, comme l’avait prévu l’État-major, ils ne purent se maintenir longtemps.

Réfugiés de l’autre côté du Rhin, il ne leur resta plus qu’à attendre, et affronter, les fantassins et les blindés américains, britanniques ou français qu’ils avaient combattu dans les Ardennes ou en Alsace-Lorraine, en s’estimant malgré tout heureux de les affronter eux plutôt que leurs homologues soviétiques.

Et comme Hitler, de son côté, n’avait nullement l’intention de hisser le drapeau blanc, des centaines de milliers d’autres militaires et civils furent encore sacrifiés en vain jusqu’à ce que l’Allemagne nazie, après le suicide de son Führer, se résigne enfin à accepter sa défaite.

Une défaite pourtant déjà acquise lorsque les Panzers s’élancèrent dans les Ardennes, aux premières heures du 16 décembre 1944…

mardi 19 septembre 2017

5320 - sans issue

Un Sturmgeschutz abandonné... comme tant d'autres
... dès les premières heures de l'offensive, le ravitaillement des uns et des autres s'avéra donc un formidable casse-tête, dont personne n'avait vraiment imaginé l'ampleur, et auquel personne ne fut en mesure d'apporter une solution.

Sur les rares routes disponibles, et aux carrefours, il n'était pas rare de voir les soldats, et même les officiers, en venir aux poings pour que "leur" ravitaillement puisse circuler à la place de celui d'une autre unité !

Lorsque les conditions météo s'amélioraient, la progression des hommes, des Panzers,... et du ravitaillement s'en trouvait grandement facilitée, mais on pouvait être sûr, dans ce cas, de voir aussitôt apparaître dans le ciel les avions ennemis, qui se chargeaient de transformer le tout en débris ensanglantés !

Et puisque les unités ne progressaient pas assez vite à son goût, Hitler décidait de leur envoyer des renforts... qui s'entassaient sur les mêmes routes et aux mêmes carrefours, augmentaient encore un peu plus la consommation d'essence,... et s'avéraient de toute manière incapables de faire pencher la situation en faveur du Reich puisque les Américains, de leur côté, réussissaient à envoyer encore davantage de renforts, et plus rapidement qu'Hitler et l'État-major ne l'avaient cru possible...

lundi 18 septembre 2017

5319 - le paradoxe météo

sherman embourbé, décembre 1944
... mais en définitive, la sous-estimation la plus flagrante, qui scella le sort de toute l'affaire, fut celle de l'influence, sur la progression des troupes, de la météo exécrable... dont ces mêmes troupes avaient impérativement besoin pour pouvoir progresser !

Car c'est l'immense paradoxe, et la savoureuse ironie, de Wacht am Rhein : cette opération ne pouvait réussir que si l'on parvenait à soustraire "l'Artillerie aérienne" des Alliés de l'équation.

Comme la Luftwaffe n'était pas en mesure de le faire, il ne restait donc plus alors qu'à attaquer en plein hiver,... ce que l'armée allemande n'avait jamais fait depuis les débuts de l'ère moderne; et comme les humeurs du général hiver étaient malgré tout changeantes, toute l’opération devait dès lors être bouclée en une semaine seulement, soit la limite habituelle des prévisions météorologiques.

Et de fait, durant la première semaine de l'offensive, les avions alliés furent pour ainsi dire absents du ciel. 

Le problème, c'est que, dans le même temps, les Volksgrenadiers devaient au moins autant lutter contre la neige et le froid que contre les G.I.'s, alors que les Panzers propulsaient quant à eux  leur consommation d'essence vers des sommets inavouables et surtout nullement prévus !

dimanche 17 septembre 2017

5318 - le Principe de Peter

soldats américains, devant des cadavres d'Allemands gelés, janvier 1945
… placer Josef "Sepp" Dietrich à la tête de la VIème Armée, considérée comme le fer de lance de cette offensive vitale pour le Reich, fut à l’évidence une erreur, dont Hitler seul porte la responsabilité.

La "volonté" et le courage personnel de Dietrich ne furent jamais en cause, mais en se retrouvant propulsé à la tête d’une Armée et non plus d’une division, ce dernier avait visiblement frappé de plein fouet le Principe de Peter : face aux défenses érigées par les Américains sur et autour de la Crète d’Elsenborn, Dietrich se contenta en effet de lancer, jour après jour, des attaques frontales plus brutales et inefficaces les unes que les autres, sans donner à aucun moment l’impression qu’il pourrait réussir.

L’opiniâtreté des Américains à résister, et à ne pas céder un pouce de terrain, avait certes été gravement sous-estimée - les Allemands méprisaient volontiers cette US Army trop souvent composée de Juifs et de Nègres - mais on peut néanmoins affirmer qu’à la place de Dietrich, un officier de carrière comme Manteuffel aurait obtenu de meilleurs résultats.

Hitler, du reste, avait lui-même fini par le reconnaître implicitement, en privant Dietrich de ses deux divisions de Panzers de réserve pour les confier à Manteuffel, qui certes avançait beaucoup plus lentement que prévu, mais avait au moins le mérite de continuer à avancer.

Le dossier de Manteuffel fut pourtant loin d’être sans tache, en particulier devant Bastogne, lorsque, lui aussi victime du syndrome des sur- et sous-évaluation chroniques, il estima être en mesure de prendre la ville avec ses seules divisions d’Infanterie, et expédia donc au loin, vers la Meuse, ses divisions blindées qui, si elles avaient été immédiatement mises en œuvre, auraient certainement privés le général McAuliffe d’une répartie historique…

samedi 16 septembre 2017

5317 - "incapable de réaliser qu’il ne commande plus l’armée de 1939-1940"

Jagd Tiger définitivement enlisé... à l'image du Troisième Reich
… toutes ces difficultés, bien sûr, étaient surmontables et faisaient assurément partie du cours normal de toute guerre, mais le problème, c’est que leur nombre, mais aussi le temps et les efforts nécessaires pour les surmonter, avaient, là encore, été largement sous-estimés !

On pouvait toujours installer un pont provisoire ici, ou effectuer un détour de quelques dizaines de kilomètres là-bas, mais cela exigeait de perdre plusieurs heures, voire plusieurs jours, et aussi de brûler des milliers de litres d’essence supplémentaires : la longue errance du Kampfgruppe Peiper de routes en routes et de ponts en ponts jusqu’à la panne d’essence finale constitue à cet égard l’exemple parfait des problèmes rencontrés par les divisions allemandes tout au long de Wacht am Rhein.

A cela s’ajoutaient les effets, impossibles à mesurer mais pourtant bien réels, provoqués par quatre années de guerre sur le niveau opérationnel des unités elles-mêmes, où la plupart des vétérans ayant connu le succès en France ou en URSS avaient dû être remplacés par des recrues qui, mal formées et trop jeunes ou trop vieilles, n’étaient plus que l’ombre de leurs aînés.

Hitler, déclara Manteuffel, "est malheureusement incapable de réaliser qu’il ne commande plus l’armée de 1939-1940" (1).

Et c'était d’autant plus vrai que le Führer ne faisait plus du tout confiance à cette armée ! Depuis le siège de Moscou, à l’hiver 41-42, et, surtout, depuis Stalingrad, l’année suivante, l’armée n'avait jamais cessé de le "décevoir" et de lui "désobéir". Et depuis l’attentat raté du 20 juillet 1944, il la suspectait même de vouloir le « trahir » en permanence, ce qui l’avait d’ailleurs amené à placer Wacht am Rhein sous le commandement opérationnel d’un SS d’abord et avant tout reconnu pour sa fidélité à sa propre personne plutôt que pour ses capacités militaires…

(1) Piketty, op. cit.

vendredi 15 septembre 2017

5316 - la démonstration impossible

un Jagd Tiger : une gloutonnerie impossible à satisfaire
… pour plaire au Führer, ou tout simplement parce qu’ils voulaient eux aussi encore croire à un succès, les responsables militaires avaient alors rédigé Wacht am Rhein en conséquence : en surestimant systématiquement les "pour", et en sous-estimant tout aussi systématiquement les "contre", ils avaient ainsi fini par "démontrer" que l’affaire était en tout cas jouable.

Or, elle ne l’était pas !

Sur la base des réserves de carburant disponibles, et de la consommation moyenne des Panzers sur route, ils avaient ainsi "démontré" qu’il était "possible" de se rendre jusqu’à Antwerpen, mais personne ne s’était vraiment intéressé aux difficultés que poserait l’acheminement de ce carburant sur quelque 200 kms, ni, surtout, au fait qu’au combat, hors-route, dans la neige, et par des températures largement inférieures à zéro, la consommation des tanks serait facilement multipliée par trois ou quatre !

Ils avaient également tenu pour acquis que l’on s’emparerait, intacts (!), de tous les dépôts de carburant alliés situés sur le parcours, ce qui suffisait ainsi à "démontrer" que le problème de l’essence n’en était pas vraiment un.

Cet aveuglement volontaire eut des conséquences catastrophiques : partout dans les Ardennes, les Alliés découvrirent des centaines de chars et de véhicules divers, que leurs occupants avaient dû se résoudre à abandonner après qu’ils soient tombés en panne d’essence !

Les contraintes particulières que posait à présent l’usage de tanks de 15 à 40 tonnes (!)... plus lourds que les Sherman américains, ou que les traditionnels Panzer IV, avaient également été passées sous silence, avec pour résultat que les chefs de chars virent à plusieurs reprises des ponts entiers s’effondrer sous leurs chenilles, ou découvrirent à la dernière minute que le seul pont sur lequel ils pouvaient passer avait été détruit par l’ennemi ou, comme à Dinant, que la route qu’ils se proposaient d’emprunter était trop étroite pour leur Panzer

jeudi 14 septembre 2017

5315 - la "volonté"... et les faits

la vache, la neige,... et le tank américain
… personne, parmi les généraux combattant à l’Ouest, n’avait contesté les arguments qui militaient en faveur d’une offensive à cette période de l’année, et en cet endroit bien précis du Front

Mais le problème, avec Hitler, c’était sa tendance à surestimer largement le potentiel de ses troupes, et à sous-estimer tout aussi largement non seulement celui des troupes adverses mais aussi les inévitables problèmes liés à la météo ou à la nature du terrain à traverser.

Cette tendance était déjà manifeste lors de Barbarossa, à l’été 1941, lorsqu’il n’avait par exemple vu aucune incongruité dans le fait de partir en guerre avec seulement 2 800 avions… c-à-d moins que lors de la Campagne de France, un an auparavant !

Et cette tendance était devenue de plus en plus dramatique au fil des mois, et des revers. Pour Hitler, la "volonté', la sienne et celle de cette "race supérieure" qu’était le peuple allemand, pouvait en effet surmonter tous les obstacles, qu’il s’agisse des distances, du froid, de la boue, de la neige ou, tout simplement, de la supériorité numérique de l’ennemi.

Mais la "volonté' ne pouvant malheureusement triompher de la simple et dure épreuve des faits, le Führer en était tout simplement venu, à la fin de la guerre, à ne même plus voir ou écouter les faits qu’on lui présentait : lorsque Guderian, le 9 janvier 1945, lui avait expliqué que les Soviétiques allaient, d’ici quelques jours, lancer une offensive avec… dix fois plus de tanks, de canons, d’avions et d’hommes que n’en alignait l’Allemagne sur le Front de l’Est, Hitler avait refusé d’y croire, refusé de l’écouter, et plutôt considéré que le responsable de ce rapport "aberrant"  "devrait immédiatement être enfermé dans un asile d'aliénés"…

mercredi 13 septembre 2017

5314 - trop grand, trop loin

soldat américain, prenant un peu de repos...
… pour Wacht am Rhein, Hitler a de toute évidence vu trop grand, et trop loin.

A sa décharge, il est néanmoins évident que seule une action d’éclat à l’Ouest, c-à-d un "grand coup", était susceptible de lui apporter les quelques semaines et peut-être même les quelques mois de répit dont il estimait avoir besoin pour renforcer ses positions à l’Est.

Cette ambition, nous l’avons dit, était purement chimérique, mais à partir du moment où la capitulation était exclue par principe, et où une attitude strictement défensive ne pouvait en rien changer l’issue de la guerre, c’était la seule conduite à tenir : même couronnée de succès, une attaque sur un objectif plus modeste, comme les Ière et IXème Armée américaines autour d’Aachen, que proposait notamment Model, n’aurait nullement dissuadé les Anglo-Américains de mener leur propre offensive vers Berlin quelques jours ou semaines plus tard.

Bien plus conscient des réalités, et en particulier des véritables possibilités de l’armée allemande de cette fin de guerre, les militaires professionnels comme Model, von Runstedt, ou même Dietrich (!), savaient parfaitement qu’ils n’avaient pour ainsi dire aucune chance, avec les moyens somme toute limités dont ils disposaient, d’atteindre Antwerpen ni, a fortiori, de l’atteindre en seulement une semaine (!), mais ils se sont néanmoins ralliés au plan d’Hitler non par servilité, peur ou devoir, comme on l’a trop souvent écrit, mais d’abord et avant tout parce qu’ils reconnaissaient n’avoir rien de fondamentalement meilleur à proposer dans les circonstances ô combien dramatiques du moment.

Hitler, du reste, n’était ni un "fou" ni un homme "qui ne comprenait rien à la guerre" : pour Wacht am Rhein, par exemple, il avait parfaitement saisi l’intérêt d’attaquer au beau milieu d’un hiver qui ne pourrait que clouer l’Aviation alliée au sol, d’attaquer dans une forêt que les Alliés jugeaient quasiment impénétrable et où ils n’entretenaient donc qu’un minimum de troupes, d’attaquer dans un secteur presque exclusivement défendu par des troupes mises au repos ou alors sans aucune expérience de la guerre, et d’attaquer avec, pour une fois, davantage de troupes que n’en possédait l’ennemi…

mardi 12 septembre 2017

5313 - pas une folie

soldats allemands, près de Bastogne, 4 janvier 1945
… après-guerre, et ne serait-ce que pour se dédouaner eux-mêmes de la défaite, les généraux allemands n’ont eu de cesse que d’accabler Hitler, et de le présenter comme un "fou" qui "ne comprenait rien à la guerre", "n’écoutait jamais personne" et prenait toujours "les mauvaises décisions".

La réalité est pourtant bien plus nuancée !

Contrairement à ce qui a souvent été dit et écrit, Wacht am Rhein n’était ni une folie ni un geste impulsif imposé par un tyran à une armée qui était contre mais nullement en mesure de s’y opposer : la plupart des généraux - à l’exception, en tout point prévisible, de ceux combattant à l’Est - étaient en réalité parfaitement d’accord avec l’idée de repartir à l’offensive à l’Ouest.

Pour eux comme pour Hitler, c’était en effet l’occasion de reprendre enfin l’initiative, de se donner un peu d’air et, à condition bien sûr d’en sortir victorieux, de redonner le moral à une armée et toute une population qui après des mois et des mois de retraites et de défaites ininterrompues, en avaient assurément le plus grand besoin.

A partir de là, le problème était évidemment de clairement définir les limites de l’exercice en fonction du peu de moyens dont on disposait malgré tout, puis de s’y tenir quoi qu’il advienne

Et dans ces deux domaines-là, en revanche, la responsabilité personnelle d'Hitler est écrasante…

lundi 11 septembre 2017

5312 - pas d'alternative

sherman américains, dans les Ardennes
… même en cas de succès de cette nouvelle et ultime offensive, le Reich, Berlin, et Hitler lui-même, étaient donc condamnés.

Ceci dit, existait-il une meilleure alternative ?

Vu l'énorme disproportion des forces en présence, et l’obligation pour le Reich de combattre sur deux Fronts en même temps, la plupart des responsables militaires allemands estimaient que la défensive était la seule option encore possible : Hitler ne leur avait-il d'ailleurs pas donné raison sur ce point, en limogeant von Manstein, auquel il ne trouvait plus "d'utilité", en mars 1944 ?

À commencer par Guderian, ceux qui luttaient à l'Est estimaient en outre que le seul moyen de faire obstacle à l'Armée rouge était de concentrer tous les moyens défensifs sur ce seul Front.

Hitler, en revanche, considérait que l'attitude strictement défensive prônée par ses généraux ne pouvait que ralentir, mais en aucune manière modifier, le cours des événements, et sur ce point là au moins, les faits lui donnaient raison : depuis l'échec de la dernière offensive, à Koursk, à l'été 1943, le Troisième Reich n'avait rien fait d'autre que se défendre, ce qui ne l'avait pourtant pas empêché de devoir reculer sans cesse, au point de se voir finalement ramené à l'intérieur de ses propres frontières.

Face aux innombrables "hordes rouges", et aussi raisonnable pouvait-elle sembler au plan tactique, l'option de Guderian n'avait en définitive que fort peu de chances de connaître un meilleur sort, et revenait, de toute manière, à choisir simplement le nom du vainqueur, en laissant Américains et Britanniques pénétrer pour ainsi dire sans résistance jusqu'au cœur de l'Allemagne...

... à moins bien sûr que l'on ne parvienne à les en dissuader, en lançant précisément une offensive comme Wacht am Rhein !

dimanche 10 septembre 2017

5311- et si...

soldat soviétique, hilare, dans les ruines de Berlin, avec un buste d'Hitler sous le bras
… mais avant d’analyser les causes de l’échec, il convient tout de même de se demander ce qui se serait passé… si Wacht am Rhein avait été une réussite !

Si Dietrich et Manteuffel étaient parvenus jusqu’à Antwerpen dans les délais - une semaine - prescrits, et s’ils s’étaient donc emparés du grand port belge aux alentours du 23 décembre, que ce serait-il passé ensuite ?

Le traumatisme chez les Alliés aurait sans nul doute été considérable,… mais certainement pas au point de voir Américains, Britanniques et Français - pour ne parler que de ceux-là - assis à une table de négociations et en train de signer une paix séparée avec un homme, Hitler, dont la crédibilité en matière de respect des traités était depuis longtemps… inexistante !

L’intéressé, du reste, n’y croyait pas lui-même, mais estimait en revanche que voyant leurs plans et leur chaîne d’approvisionnement ainsi bouleversés, les Alliés se verraient contraints de renoncer pour plusieurs mois à toute nouvelle offensive à l’Ouest, ce qui lui permettrait à lui de consacrer davantage de ressources à l’Est, et ainsi de contrer les offensives de l’Armée rouge.

Mais même ainsi, rien n’aurait pu empêcher les Alliés de continuer à écraser villes et usines allemandes sous des milliers de tonnes de bombes

Surtout, les Volksgrenadiers et les Panzers présents à Antwerpen le 23 décembre auraient été bien incapables de stopper l’offensive lancée par les  Soviétiques le 12 janvier, à plus de 1 000 kms de distance !

Dit autrement, même en cas de réussite de Wacht am Rhein, Hitler n’aurait jamais gagné assez de temps pour bâtir ensuite, à l’Est, des défenses suffisantes pour empêcher les Soviétiques de parvenir jusque Berlin

samedi 9 septembre 2017

5310 - l'ampleur du désastre

soldat américain... se demandant sans doute ce qu'il fait là...
… dans les Ardennes belges, entre le 16 décembre 1944 et le 31 janvier 1945, les pertes américaines s’élevèrent à près de 20 000 morts et autant de prisonniers et de disparus, ainsi qu’à plus de 45 000 blessés.

Les pertes allemandes étant estimées à quelque 100 000 hommes, tous statuts confondus, on peut donc parler de quasi-égalité dans ce domaine.

Et il en est de même au point de vue matériel où, toutes causes confondues, Américains et Allemands ont perdu un nombre à peu près équivalant de blindés (entre 600 et 800) et d’avions (entre 600 et 700, mais majoritairement durant la seule journée du 1er janvier, lors de l’Opération Bodenplatte)

Humainement - et sans parler bien sûr des quelque 3 000 civils belges qui y ont aussi perdu la vie - et matériellement, on pourrait donc estimer que la Bataille des Ardennes n’a été remportée par aucun des deux camps… n’était le fait, bien sûr, que les pertes américaines furent facilement remplacées, surtout matériellement, alors que le Reich n’était plus en mesure de compenser les siennes depuis déjà bien longtemps.

Si l’on considère d’autre part qu’après six semaines de combat, les forces allemandes furent ramenées aux positions qu’elles occupaient au départ, et sans avoir réalisé dans l’intervalle un seul des objectifs qui leur avaient été assignés, Wacht am Rhein constitue à l’évidence un désastre qui, sans avoir l’ampleur de Bagration, ou de Stalingrad, n’en est pas moins spectaculaire, et dont il importe à présent d’établir les causes…

vendredi 8 septembre 2017

5309 - le retour à la case départ

Saint-Vith, après la bataille. Après, il ne reste que des ruines...
Houffalize est libérée, certes, mais elle n’est plus, comme du reste la plupart des villes et villages des Ardennes, qu’un vaste de champ de ruines (1)

Dans l’immédiat, en tout cas, sa libération permet de refermer la nasse sur les quelques 20 000 Allemands qui n’ont pas été en mesure de retraiter vers l’Est.

Un succès appréciable, mais qui aurait néanmoins pu être bien plus important encore si on avait adopté une stratégie plus ambitieuse, et un succès qui ne met pourtant pas fin à la Bataille des Ardennes : il faudra en effet attendre le 21 janvier avant d’assister à la libération de Wiltz, et le 23 pour celle de Saint-Vith qui, après six semaines de combats et de bombardements, a pour ainsi dire été rayée de la carte.

Le 31 janvier, enfin, les Allemands sont ramenés à leur point de départ du 16 décembre.

La Bataille des Ardennes est terminée, celle d’Allemagne va pouvoir commencer.

Mais ceci est une autre histoire…

(1) le 6 janvier, une centaine de Lancaster britanniques y avaient déversé quelque 500 tonnes de bombes

jeudi 7 septembre 2017

5308 - rendez-vous à Houffalize

Panzer IV et Panther, détruits par l'Aviation près d'Houffalize
… Houffalize, 16 janvier, 11h40

Le 15 janvier, alors que le train blindé d’Hitler est occupé à rallier Berlin, les troupes de Patton, elles, sont enfin sur le point d’atteindre Houffalize, vers laquelle se dirige également la Ière Armée du général Hodges.

Or, depuis le 20 décembre, et comme nous l’avons vu, cette 1ère Armée est subordonnée au général Montgomery (1).

Patton déteste cordialement Montgomery, qui le lui rend bien, et en particulier depuis l’affaire de Messine, en aout 1943, lorsque l’Américain a tout fait pour arriver le premier dans cette ville qui avait pourtant été dévolue au Britannique.

La 1ère Armée est américaine, certes, mais la laisser entrer la première dans Houffalize, reviendrait, quelque part, à accorder la victoire à "Monty", ce que Patton ne peut accepter !

Alors, dans les dernières heures du 15 janvier, il ordonne à un petit détachement de la 11ème D.B. de prendre tous les les risques, et de se faufiler à travers les lignes encore tenues par les Allemands.

Le lendemain matin, après plusieurs escarmouches, Houffalize est en vue. A 11h40 les hommes de Patton aperçoivent, venant du Nord, un petit détachement de la 2ème D.B. de Hodges faisant également route vers la ville qui, au bout du compte, sera donc libérée simultanément par les deux Armées

(1) elle repassera sous commandement américain le 17 janvier, au lendemain de la libération d’Houffalize

mercredi 6 septembre 2017

5307 - le retour à la normale

La Ligne Siegfried : une défense illusoire...
… Adlerhorst, Bad Nauheim, 15 janvier

Au soir du 14 janvier, l’État-major, qui ne se nourrit guère d'illusions sur la véritable capacité de la Ligne Siegfried à constituer une ligne de défense efficace, réclame le repli des divisions survivantes derrière le Rhin

Mais Hitler refuse : le pari ardennais est un échec, certes, mais puisque les troupes se sont élancées depuis la Ligne Siegfried, il ordonne qu'elles s'en retournent là-bas et nulle part ailleurs : ainsi, et avec le talent qu'on lui connaît, le docteur Goebbels sera peut-être en mesure de présenter la chose comme une sorte de "retour à la normale après une fructueuse opération militaire" plutôt que comme l'aveu d'une cinglante défaite...

De toute manière, il n'est déjà plus question de cela dès le lendemain : au lieu de l'annonce de la Chute de Strasbourg, que le Führer espère encore, c'est une toute autre nouvelle qui lui parvient : à l'Est, et comme l’avait prévu Guderian, l’Armée rouge a en effet fait voler en éclats les trop faibles lignes de défense allemandes, et menace à présent de se déverser, tel un raz-de-marée, dans toute la Prusse orientale !

Sans attendre, Hitler décide d’abandonner le bunker de l’Adlerhorst, où il réside depuis un mois, et de regagner un autre bunker : celui de la Chancellerie de Berlin.

Il n’en sortira plus…

mardi 5 septembre 2017

5306 - retraiter, mais jusqu'où ?

Panther abandonné, comme tant d'autres, en panne d'essence
... Wiltz, 12 janvier

Dans les Ardennes-mêmes, si le premier repli partiel ordonné par Hitler facilite quelque peu la progression des troupes alliés qui attaquent par le Nord du saillant, il ne change en revanche pas grand-chose pour ceux qui le font par le Sud.

Les combats, donc, s'éternisent, et d'autant plus que le "général hiver" ne semble lui non plus nullement décidé à abandonner la partie !

Mais si c'est presque toujours en bon ordre, et souvent de manière quasi-imperceptible, les Allemands n'en reculent pas moins vers l'Est sans que quiconque, et pas même Hitler, soit encore en mesure de l'empêcher.

Le Führer, du reste, commence enfin à réaliser que son "pari ardennais" est bel et bien perdu : le 12, près de Wiltz, les 6ème D.B., 35ème et 90ème D.I. sont parvenues à encercler les quelque 15 000 hommes de la 167ème Division de Volksgrenadiers et de la 5ème Parachutiste.

La jonction des forces alliées à Houffalize n’étant désormais plus qu’une question d’heures, il faut impérativement exfiltrer les divisions restantes sous peine de les voir toutes subir le même sort.

Dit autrement, il faut retraiter vers l’Est… mais jusqu’où ?

lundi 4 septembre 2017

5305 - ceci est une autre histoire...

Le Front de l'Est, en janvier 1945
"Ne croyez pas cela, Mein Führer", s’exclame aussitôt le Maréchal du Reich, "Ce ne sont pas de vrais avions. Ce sont simplement des leurres !"


Pour Hitler, qui a moins que jamais envie d’entendre le moindre propos défaitiste, l’occasion est trop belle de surenchérir et de déclarer, dans la foulée, que les estimations des services de renseignement sont "complètement aberrantes" et que l'homme qui les a rédigées "devrait immédiatement être enfermé dans un asile d'aliénés".

Mais alors que Guderian, complètement écœuré, s'apprête à quitter la place Hitler, comme pour l’apaiser, le prend à part pour le remercier de ses efforts grâce auxquels, lui dit-il, "le Front de l'Est n'a jamais encore possédé d'aussi puissantes réserves"

"Le Front de l'Est", rétorque Guderian, "est comme un château de cartes. S'il vient à être rompu en un seul endroit, tout le reste s'effondrera"

Et de fait, trois jours plus tard, sur le Front de la Vistule, les Soviétiques lanceront leur offensive qui, trois mois plus tard, les mènera jusque Berlin.

Mais ceci est une autre histoire…