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vendredi 16 mars 2007

1468 - les couleurs du feu

... la destinée finale des restes d'Adolf Hitler continue de diviser les historiens, certains doutant ouvertement de la thèse officielle, et communément admise, qui soutient que le crâne qui se trouve encore dans les archives de la défunte URSS est bien celui d'Adolf Hitler.

A l'appui de leurs doutes, et appuyés en cela par les témoignages de ceux qui assistèrent à la crémation du maître du Troisième Reich, ceux-ci font remarquer que si les Russes parvinrent sans difficulté à retrouver et identifier les restes de Joseph et Magda Goebbels, incinérés non loin des cadavres d'Hitler et d'Eva Braun, c'est parce que ceux-ci n'avaient été que très partiellement brûlés.

Lorsque Gunther Schwagermann, aide de camp de Goebbels, avait voulu mettre le feu aux cadavres de Joseph et Magda, il ne restait en effet quasiment rien des quelque 200 litres d'essence qu'Erich Kempka, chauffeur personnel d'Hitler, était allé chercher dans les garages de la Chancellerie vingt-quatre heures auparavant.

Plus de 150 litres d'essence déversés sur les corps d'Hitler et d'Eva Braun, pouvaient-il réellement laisser suffisamment de restes pour garantir la réussite d'une expertise médico-légale, et la survie d'un crâne présenté comme celui d'Adolf Hitler ? Beaucoup en doutent (1)

En regard de l'immense tragédie que constitua la 2ème GM, la controverse n'est il est vrai que de peu d'importance : Hitler avait voulu dominer le Monde par le feu, son linceul en porta les couleurs.

Quant au Berghof, où Eva Braun passa les dernières années de sa vie dans l'attente de son Seigneur et Maître, il n'était plus que ruines lorsque les Américains y débarquèrent, en mai 1945. Demeuré à l'abandon pendant sept ans, il fut finalement détruit à l'explosif par le gouvernement allemand, le 30 avril 1952, sept ans jour pour jour après le décès de son propriétaire...

(1) dans son ouvrage "Les Derniers Jours d'Hitler, l'historien Joachim Fest fait d'ailleurs observer que le site où furent brûlés Hitler et Eva Braun continua d'être labouré par l'artillerie soviétique pendant plusieurs jours, en sorte que leurs restes - si tant est qu'il y en ait encore eu - auraient été impossibles à rassembler et n'auraient même pas rempli une boîte à chaussures. Connaissant la paranoïa légendaire de Staline, on ne saurait donc exclure l'hypothèse que le général Vadis se soit rabattu sur n'importe quels restes humains - ce qui n'était guère difficile à trouver - pour les présenter au dictateur comme "preuves" de la mort d'Hitler

jeudi 15 mars 2007

1467 - le bûcher des vanités

... hanté par l'idée qu'Hitler parvienne à lui échapper, Joseph Staline avait lancé les meilleurs limiers du SMERSH à ses trousses.

Selon la version la plus communément admise, ceux-ci parvinrent finalement à retrouver, dans les jardins de la Chancellerie du Reich, les restes calcinés d'Hitler et d'Eva Braun, qui furent alors transportés en pleine nuit, et dans le secret le plus absolu, à Buch, dans la banlieue de Berlin, où le SMERSH avait installé son quartier général. Les médecins qui autopsièrent les corps reçurent, là encore, l'ordre formel et militaire de garder le silence.

Le 7 mai 1945, le général Alexandre Anatolievitch Vadis, chef du directorat du SMERSH, qui était parvenu à mettre la main sur l'assistante du dentiste d'Hitler (laquelle avait confirmé que les mâchoires retrouvées étaient bien celles du dictateur), informa personnellement Joseph Staline de la réussite de l'opération.

Le Petit Père des Peuples n'en reparla jamais.

Les mâchoires d'Hitler, désormais identifiées, furent rangées dans un petit coffret rouge par les hommes du SMERSH (ceux du NKVD conservant le reste du crâne). L'ensemble fut expédié à Moscou, redécouvert des années plus tard dans les archives de la défunte URSS, et brièvement présenté à la Presse.

Quant au cadavre brûlé et désormais décapité d'Hitler, il fut, toujours selon cette version, enterré tout aussi secrètement à Magdebourg, sous un terrain qui servit longtemps de lieu de parade pour l'Armée rouge. En 1970, il en fut exhumé de nuit, et incinéré, les cendres étant finalement jetées dans les égouts de la ville.

Nul ne sait ce qu'il advint des restes d'Eva Braun...

mercredi 14 mars 2007

1466 - réussir sa mort

... alors que le monde d'Hitler et d'Eva Braun tirait ses dernières heures, une dépêche venue d'Italie renforça le Führer dans sa volonté de ne pas se laisser prendre vivant par ses ennemis.

Le 26 avril 1945, son complice de longue date, Benito Mussolini avait été fusillé en compagnie de sa maîtresse, Clara Petacci, après un simulacre de procès.

Les corps avaient ensuite été livrés à la foule de Milan, traînés dans les rues et finalement pendus par les pieds à la façade d'un garage.

Résolu à ne pas subir le même sort, Hitler, à présent jeune marié de 56 ans, dicta son testament politique à sa secrétaire, Traudl Junge.

Puis, dans l'après-midi du 30 avril, après d'ultimes adieux, en particulier à Magda Goebbels, il se retira dans sa chambre en compagnie d'Eva. Il lui tendit une capsule de cyanure puis, par sécurité, dégaina son pistolet. Il croqua la capsule et, presque du même geste, se fit sauter la cervelle.

Les corps d'Hitler et d'Eva Braun furent transportés dans des couvertures à l'extérieur du bunker, puis arrosés avec l'essence qu'Erich Kempka, chauffeur personnel d'Hitler, était allé chercher dans les garages de la Chancellerie.

Goebbels, Bormann, les généraux Krebs et Burgdorf, présentèrent leurs ultimes respects, bras levés, à l'hitlérienne, au moment où les cadavres s'embrasèrent.

Si Eva Braun avait raté sa vie, du moins était-elle parvenue à réussir sa mort…

mardi 13 mars 2007

1465 - l'aboutissement d'une vie

... Eva Braun aurait pu ne jamais quitter le décor carton-pâte de son monde de rêve, mais en mars 1945, alors que rien ne l'y oblige, et malgré les suppliques d'Hitler de rester sur l'Obersalzberg, elle décide pourtant de le rejoindre dans son bunker, à Berlin.

Sans doute veut-elle, par ce geste, entrer dans l'Histoire comme autre chose qu'une vague ombre dans celle d'Hitler.

Là, dans cet univers d'apocalypse, elle va vivre ses derniers jours en compagnie de l'homme qu'elle a toujours aimé et qui, parce qu'il n'a maintenant plus rien à perdre, finit par l'accepter à ses côtés.

Il est loin le temps des réceptions au Berghof lorsque, le 28 avril 1945, alors que les troupes soviétiques ne sont plus qu'à quelques centaines de mètres du bunker de la Chancellerie, Walter Wagner, obscur fonctionnaire municipal qu'on a déniché à la hâte, célèbre son mariage avec Adolf Hitler et, en bégayant, leur demande s'ils sont tous deux "d'ascendance purement aryennne"

L'alliance qu'Eva Braun enfile à son doigt est trop grande – il a également fallu en dénicher une dans la panique et l'improvisation la plus totale – mais du moins concrétise-elle enfin le rêve de sa vie.

Goebbels et Bormann signent comme témoins. Eva Braun, radieuse, commence à signer sous son nom habituel, puis raye le "B" pour inscrire "Eva Hitler, née Braun". La main d'Hitler tremble tellement que sa signature est illisible.

Dans le petit salon, les mariés sont accueillis par les derniers fidèles, verres de champagne à la main...

lundi 12 mars 2007

1464 - le monde du rêve

… le 3 juin 1944, les vœux de mariage d'Eva Braun sont enfin comblés : sur l'Obersalzberg, sa jeune sœur Gretl épouse le Gruppenführer SS Hermann Fegelein, que son supérieur, Heinrich Himmler, vient de nommer officier de liaison auprès d'Hitler.

Depuis plusieurs années, Eva cherche en effet à marier sa jeune sœur à un collaborateur d'Hitler, manière peut-être d'atteindre son objectif de vie par personne interposée. "Je voudrais que tout se passe comme si c'était mon propre mariage", déclare-t-elle (1)

Pour autant, le dit mariage s'annonce mal : Hermann Fegelein n'est en vérité qu'un arriviste sans scrupule, qui n'a épousé Gretl que sur ordre de son supérieur, et pour se rapprocher lui-même d'Adolf Hitler

Est-il pour autant secrètement amoureux d'Eva, comme beaucoup l'affirmeront par la suite, y compris dans le film "Der Untergang" ("La Chute") ? Rien en tout cas ne permet de l'affirmer, pas plus qu'un quelconque sentiment d'Eva – si ce n'est qu'elle le trouve "bel homme" - à son endroit.

Tout aussi discutable apparaît l'affirmation (également présente dans le film) selon laquelle Eva aurait personnellement supplié Hitler de renoncer à sa décision de le faire exécuter dès qu'il eut appris sa désertion, puis son arrestation en, état d'ébriété, dans un bordel. Dans sa biographie d'Hitler, Ian Kershaw réfute en tout cas totalement cette thèse, comme d'ailleurs toute immixtion d'Eva, de quelque nature qu'elle soit, dans les décisions personnelles du Führer.

Presque jusqu'au bout, Eva se contentera donc de son petit monde à elle, un monde de rêves et de carton-pâte, totalement déconnecté des réalités de la guerre...

dimanche 11 mars 2007

1463 - au delà de cette limite, votre ticket n'est plus valable

... Tout bien considéré, l'impuissance sexuelle que l'on attribue souvent à Hitler pourrait tout aussi bien s'expliquer par l'âge et les soucis qui l'accablent de plus en plus.

Ainsi, quand il rencontre Maria Reiter, à la fin des années 1920, Hitler est proche de la quarantaine et encore relativement libre de sa vie.

Mais quand Eva Braun emménage au Berghof, en 1936, Hitler vient de fêter son 47ème anniversaire et est déjà Chef d'État accablé de responsabilités. Ses multiples cumuls de fonctions dans les années suivantes, et son implication personnelle, dès 1941, comme Commandant en chef des Armées, useront prématurément cet homme dont la libido n'a jamais été – c'est un euphémisme – réputée pour sa vigueur (1).

Et quand ce même Hitler, dévoré de tics nerveux et ressentant toujours les séquelles physiques de l'attentat du 20 juillet 1944, quand Hitler recevra ses derniers visiteurs dans son bunker de Berlin, en avril 1945, ceux-ci ne pourront que constater l'effondrement physique d'un homme qui, à 56 ans, en paraît facilement dix ou quinze de plus…

(1) déjà, en 1914-1918, Hitler s'attirait les railleries de ses camarades de combat pour son absence totale d'intérêt envers les femmes : "Et si on se dégottait une mam'zelle ?", suggéra un jour un téléphoniste. "Je mourrais de honte à l'idée de sauter une petite Française", répliqua Hitler dans un éclat de rire général (...) [ces camarades de combat] "s'étonnaient (...) qu'il ne fumait ni ne buvait, que les virées au bordel ne l'intéressaient pas, qu'il passait des heures dans un coin de l'abri souterrain à rêvasser et à lire"
(Kershaw, volume 1, page 157)

samedi 10 mars 2007

1462 - les insuffisances du Prince

… bien que régulièrement évoquée par ses détracteurs, l'homosexualité présumée d'Hitler ne repose en tout cas sur aucune preuve matérielle, et reste du domaine de la pure spéculation.

On peut en dire autant de l'accusation, tout aussi récurrente, d'impuissance sexuelle. Faute du moindre rapport médical, on en est réduit aux affirmations, toujours contradictoires, des témoins.

Ainsi, quand Willi Mitlstrasser, employé au Berghof, et parlant de la liaison entre Hitler et Eva Braun, déclare "C'était une relation entre un homme et une femme", et si quelqu'un s'imagine qu'ils se contentaient d'habiter l'un à côté de l'autre et qu'il n'y avait rien entre eux, c'est qu'il ne sait pas ce qu'il raconte" (1), d'autres, comme Herbert Döhring, régisseur de ce même Berghof affirment au contraire : "Ma femme était curieuse, elle regardait toujours le linge avant de faire la lessive, quand Hitler était parti. Rien, rien, rien. Elle n'a rien vu du tout, pas le moindre indice, rien" (2)

Les témoignages, quand ils existent, de toutes celles qu'on soupçonne d'être passées par le lit du Führer ne sont pas plus éclairants.

Si Maria Reiter souligne avoir eu avec Hitler des rapports sexuels "normaux" et "satisfaisants", Eva Braun, s'il faut du moins en croire le médecin d'Hitler interrogé par les Américains après la guerre, se plaint pour sa part du désir sexuel défaillant du Führer, au point de réclamer une médication pour le stimuler.

(1) Knopp, page 109
(2) ibid

vendredi 9 mars 2007

1461 - fermer la fenêtre

... En l'absence d'Hitler, Eva fume cigarette sur cigarette (Hitler ne tolère pas qu'elle le fasse en sa présence), écoute du jazz (qu'Hitler considère comme une musique de "dégénérés"), regarde des films américains (la plupart sont introuvables en Allemagne,… quand ils ne sont pas tout simplement interdits) et s'éreinte de longues heures à nager ou à pratiquer la gymnastique.

Pour lui tenir compagnie, elle peut compter sur ses deux Scottish Terrier, Negus et Stasi, qu'elle doit d'ailleurs régulièrement protéger des attaques de Blondi, le berger allemand femelle d'Hitler (lequel n'aime que les bergers allemands)

Pour tromper l'ennui, Eva pratique également la photographie, et même le cinéma amateur.

Après guerre, on retrouvera une vingtaine d'albums photos, et plus de quatre heures de films, qu'elle aura pieusement enregistrés avec sa caméra 16mm.

Autant de rares témoignages de ce que fut sa vie, et celle d'Hitler, dans l'intimité.

La censure d'Hitler reste pourtant omniprésente. Ainsi lorsque que le Comte Ciano, Ministre italien des Affaires étrangères et gendre de Mussolini, débarque au Berghof, en août 1939, et aperçoit une silhouette féminine en train de le filmer depuis sa chambre, Hitler ordonne immédiatement à Eva de fermer sa fenêtre…

jeudi 8 mars 2007

1460 - faire tapisserie

... A part quelques intimes, la plupart de ceux qui séjournent au Berghof remarquent à peine cette jeune-femme blonde qui fait constamment tapisserie.

Et lorsqu'on les interroge, les domestiques se contentent de la présenter comme "Mademoiselle Braun" et "secrétaire du Führer en service
détaché", ce qu'elle restera d'ailleurs tout à fait officiellement jusqu'à sa mort...

Naturellement, le salaire officiel d'Eva Braun - 450 Reichsmarks par mois (1) - est notoirement insuffisant pour acheter les chaussures de luxe qu'elle fait venir d'Italie, et les robes haute couture dont elle change plusieurs fois par jour, davantage pour tromper son ennui que pour séduire un amant de moins en moins présent.

Depuis le déclenchement de la Campagne de Pologne, le 1er septembre 1939, Hitler passe en effet le plus clair de son temps dans son QG de Rastenburg, en Prusse orientale, entouré de sa garde prétorienne de SS.

Et Eva en est naturellement exclue.

(1) le salaire mensuel d'un ouvrier spécialisé sous le IIIème Reich était d'environ 120 RM

mercredi 7 mars 2007

1459 - l'emménagement au Berghof

... Depuis 1928, Hitler était locataire d'un chalet pour le moins rustique, connu sous le nom de "Haus Wachenfeld". Son accession au Pouvoir lui permit de le racheter. Divers agrandissements menés au début des années 1930 donnèrent finalement naissance au Berghof, une monstruosité architecturale dans laquelle on aurait vainement cherché les traces de la maison d'origine.

Eva y emménagea à la fin de 1936. D'une certaine manière, cet emménagement dans "la maison d'Hitler" constituait pour elle une forme de consécration. Une consécration néanmoins timide : si Éva était bel et bien la maîtresse des lieux en l'absence d'Hitler, elle redevenait immédiatement la "secrétaire cachée" dès que le véritable propriétaire y débarquait avec sa suite.

"On ne l'invitait jamais aux réceptions officielles, elle n'était pas autorisée à entrer dans la grande salle lors des entretiens politiques ou militaires. Les jours de visites importantes, elle devait demeurer dans sa chambre. Si les hôtes restaient plus longtemps, on la logeait ailleurs

(…) Mais ce qui toucha le plus douloureusement Eva, ce fut de ne pas être présentée au duc et à la duchesse de Windsor (1), dont l'histoire d'amour tragique la passionnait.

Et lorsqu'elle était autorisée, de temps en temps, à assister à une réception, elle devait vouvoyer Hitler devant les invités. Elle n'était autorisée à le tutoyer que devant leur entourage familier; mais même là, elle lui donnait du "mon Führer" (2)

(1) forcé d'abdiquer en décembre 1936 suite à sa liaison avec Wallis Simpson, le Roi Edward VIII d'Angleterre quitta la Grande-Bretagne et, en tant que duc de Windsor, fut accueilli le 22 octobre 1937 à Berchteshgaden par Hitler, dont il avait toujours été un grand admirateur.
(2) Knopp, page 103

mardi 6 mars 2007

1458 - beauté désespérée

... en 1934, au grand rassemblement annuel du parti nazi, à Nuremberg, Hitler permet finalement à Eva de siéger à ses côtés à la tribune d'honneur, et même d'apparaître de temps à autres en sa compagnie.

C'est un début de reconnaissance. Un début timide, mais quand même un début.

Le problème, c'est qu'Eva, à la différence de Magda Goebbels, n'a aucune des qualités nécessaires pour briller en société, ce dont Hitler ne veut de toute manière pas entendre parler.

Alors, en mai 1935, après avoir noté dans son journal que Hitler "n'a besoin de moi qu'à des fins tout à fait déterminées" (1), elle décide une fois de plus de mettre fin à ses jours, en avalant des dizaines de cachets de somnifère.

Mais, à nouveau, elle est sauvée in extremis par l'intervention de ses proches.

"A partir de ce jour, il [Hitler] fit tout pour donner à Eva des nouvelles quotidiennes. (…) Elle obtint des privilèges, put être présente en quelques occasions officielles, même si c'était seulement en tant que "secrétaire". Et elle ne fut plus forcée de travailler (…) A la demande du Führer, Hoffmann acquit un an plus tard, pour trente mille Reichsmarks, une maison (…) à Munich. C'est là qu'Eva emménagea avec sa sœur, le 30 mars 1936 (…) Au fil du temps, les cadeaux d'Hitler emplirent le domicile (…) Pour Eva, cette maison [qu'Hitler lui légua peu après par acte notarié] était avant tout un signe de reconnaissance, une sorte de symbole de son statut social (…) [De cette maison] on pouvait rejoindre à pied l'appartement d'Hitler, sur la Place du Prince-Régent. Lorsqu'il venait à Munich, raconte la gouvernante des Braun (…) Eva se mettait en route avec une petite valise" (2)

(1) Knopp, page 95
(3) ibid, 95-97

lundi 5 mars 2007

1457 - son éternelle attente

... par miracle, Eva Braun réussit à survivre à sa tentative de suicide - ce ne sera pas la dernière.

Il n'en faut pas plus pour que Hitler, qui ne lui a plus rendu visite depuis trois mois, se précipite à son chevet.

Sans doute le tribun se sent-il flatté de la passion d'Eva à son endroit. Peut-être même éprouve-t-il de l'amour pour elle. Mais, comme toujours avec lui, ce geste de sympathie n'en demeure pas moins calculé : Hitler est maintenant un politicien en vue, qui brigue le poste de Chancelier du Reich, et la tentative de suicide d'une jeune-fille de 23 ans sa cadette, qui survient un an à peine après la mort de Geli Raubal, dans des circonstances identiques, risque de lui coûter fort cher.

"A l'avenir, déclare-t-il, je devrai mieux m'occuper d'elle. Ne serait-ce que pour éviter qu'elle commette encore une bêtise de ce genre" (1)

Mais quelques semaines plus tard, le nouveau Chancelier Hitler oublie ses bonnes résolutions et pour Eva, à présent rétablie, recommence l'attente de sa visite...

(1) Knopp, page 93

dimanche 4 mars 2007

1456 - amours ancillaires

... Eva Braun ne s'est jamais intéressée à la politique - elle ne s'y intéressera d'ailleurs jamais - c'est la raison pour laquelle elle n'a pas reconnu ce visiteur à la curieuse moustache, qui n'était autre qu'Adolf Hitler lui-même.

Hitler, en revanche, a visiblement été marqué par cette rencontre, ou du moins par le galbe des jambes d'Eva. Il l'invite bientôt au théâtre et au restaurant, à l'insu de ses parents, qui ne cesseront d'ailleurs de désapprouver cette liaison.

Lorsqu'il l'invite, Hitler l'abreuve à chaque fois d'un flot de parole auxquelles la malheureuse, qui n'a que 17 ans et lui-même, 40, ne comprend pas grand-chose.

Quand il en éprouve l'envie - ce qui au demeurant n'est guère fréquent - Hitler rend visite à Eva, laquelle, sans être exagérément subjuguée par l'homme, n'en est pas moins sensible – qui ne le serait pas ? - aux signes extérieurs de sa puissance : Mercedes rutilantes, gardes du corps et foules de partisans en prime.

Il faut pourtant attendre 1932 avant que les visites d'Hitler à Eva prennent une tournure plus sexuelle que platonique, bien qu'encore controversée aujourd'hui.

Mais même si Hitler a réellement des rapports sexuels avec Eva, ceux-ci n'en restent pas moins fort épisodiques, ce dont se lamente du reste l'intéressée, qui voudrait bien avoir Hitler tout à elle et se désespère de ne le voir qu'à la Une des journaux, en compagnie d'autres créatures du beau sexe, et à des réceptions où elle-même n'est jamais invitée.

En novembre 1932, alors qu'elle est sans nouvelle d'Hitler depuis trois mois, Eva décide de mettre fin à ses jours, lui écrit une lettre d'adieux, et se tire un coup de pistolet dans la poitrine…

samedi 3 mars 2007

1455 - un certain Herr Wolf

Eva Braun est née à Münich le 6 février 1912. A priori, et tout comme Hitler, rien ne la prédestine à inscrire son nom dans l'Histoire : ses parents sont des petits-bourgeois conservateurs très ordinaires.

Avec les années qui passent, Eva elle-même ne déroge pas à la moyenne des filles, puis des jeunes-filles de son âge : elle poursuit, mollement, ses études dans des établissements scolaires catholiques et, comme tant d'autres, rêve de devenir une star de cinéma.

Le seul domaine dans lequel elle excelle est le sport : Eva est une gymnaste et une nageuse accomplie qui, en d'autres circonstances, aurait peut-être pu devenir une athlète émérite.

Mais comme il faut bien commencer quelque part, elle débute, par hasard, comme apprentie dans les studios du photographe Heinrich Hoffmann, dont elle ignore tout des sympathies nazies.

Un jour de 1929, elle voit débarquer un étrange client – qui se présente sous le nom de "Herr Wolf" – lequel s'intéresse manifestement beaucoup à ses jambes. Détail piquant : le soir précédent, Eva a précisément raccourci la longueur de sa robe.

"Herr Wolf" reparti, Eva s'attire alors les railleries de Hoffmann lorsque ce dernier découvre qu'elle n'a pas reconnu ce visiteur, qui n'est autre qu'Adolf Hitler lui-même...

vendredi 2 mars 2007

1454 - le Mystère Leni

... Née en 1902, Leni Riefenstahl, sans se déclarer ouvertement nazie, n'en apprécie pas moins l'image de force et de virilité que véhicule le nazisme en général, et Hitler en particulier.

Après la victoire d'Hitler sur la France, elle lui écrira, dans un télégramme resté célèbre.

"Avec une joie indescriptible, profondément émus et emplis d'une brûlante gratitude, nous vivons avec vous, mon Führer, votre plus grande victoire et la plus grande victoire de l'Allemagne (...) Plus que tout ce que pourrait concevoir l'imagination humaine, vous accomplissez des actes sans pareils dans l'Histoire de l'Humanité (...) Vous adresser tous nos voeux de réussite est beaucoup trop peu pour vous faire comprendre les sentiments qui m'animent"

Leni Riefenstahl est une ancienne danseuse, devenue actrice puis cinéaste tout en collectionnant les amants, dont elle change presque aussi souvent qu'Eva Braun de toilettes.

C'est sans doute beaucoup pour le fort timide Hitler qui, après avoir maladroitement tenté de l'enlacer à une occasion, n'insiste pas et se contente plutôt de financer ses films, tout entiers dévolus à la gloire du national-socialisme et au triomphe de sa propre "Volonté".

Au fond, Hitler n'aime rien tant que les jeunes-filles naïves et inexpérimentées, sur lesquelles il entend exercer un contrôle absolu, et pour autant qu'elles demeurent constamment disponibles pour lui, et sans la moindre attente à son égard.

Cette femme, il la trouvera finalement en la personne d'Eva Braun

jeudi 1 mars 2007

1453 - un prédateur bien timide

… Hitler est un conquérant, qui veut s'emparer d'immenses territoires; c'est un criminel monstrueux, qui sacrifie sans sourciller des millions d'hommes, de femmes et d'enfants juifs, tziganes ou slaves sur l'autel de la pureté raciale; c'est un être presque totalement amoral, qui veut que l'Allemagne toute entière périsse à ses côtés si lui-même doit finalement perdre la bataille.

Avec les femmes, pourtant, le Führer n'a rien d'un prédateur. Il fait même preuve d'un formalisme et d'une timidité quasiment pathologiques.

Il se complaît en courbettes avec les dames de la bonne société et, alors qu'il pourrait très facilement se servir des avantages de sa position, ses secrétaires seront au contraire unanimes à louer sa prévenance à leur endroit (il n'oublie jamais de leur acheter un cadeau pour leur anniversaire) ainsi que son absence totale de visées à leur égard

Si Hitler n'apprécie pas les femmes brillantes, il fait néanmoins une exception à l'égard de Magda Goebbels. Et si la femme se doit, de son point de vue, de rester à la maison pour élever ses enfants, il demeure pourtant fasciné par les femmes totalement indépendantes et dépourvues de progéniture, comme l'aviatrice Hanna Reitsch ou la cinéaste Leni Riefenstahl.

Née en 1912, Hanna Reitsch est une nazie fervente, à qui Hitler pourrait très facilement demander de sauter de son avion pour atterrir dans son lit. Il s'y refuse pourtant et, lorsque l'aviatrice, au prix d'un véritable exploit personnel, parvient à se poser dans un Berlin totalement investi par les Soviétiques (1), il l'abjure de reprendre son envol et de renoncer à son désir de mourir à ses côtés...

(1) Saviez-vous que… 330, 304

mercredi 28 février 2007

1452 - "sehr damenhaft"

... le 22 avril 1945, Magda Goebbels - "sehr damenhaft" ("très grande dame") comme le notera un témoin - arrive au Führerbunker en compagnie de six de ses sept enfants (Helga, Helmut, Hilde, Holde, Hedda et Heide, âgés de 5 à 12 ans.

Ayant tout donné au nazisme, et incapable de concevoir pour eux un monde privé d'Hitler et du national-socialisme, elle les empoisonne de ses propres mains peu après le suicide d'Hitler et d'Eva Braun, le 30 avril.

Un double suicide précédé d'une scène déchirante, au cours de laquelle Magda se jette littéralement aux pieds du Führer, pour le supplier de n'en rien faire.

Ayant tué six de ses propres enfants, Magda s'en va ensuite retrouver son mari. S'emparant de l'insigne en or du parti nazi - le dernier cadeau que lui a remis Hitler 24 heures auparavant (1) - elle remonte avec lui jusqu'aux jardins de la Chancellerie. Dégainant chacun leur pistolet Walther, mari et femme s'approchent de l'endroit où les corps d'Hitler et d'Eva Braun ont été brûlés. Puis, dans un geste finalement très wagnérien, se font simultanément sauter la cervelle.

Gunther Schwagermann, aide de camp de Goebbels, arrosera ensuite les corps avant de les regarder longuement brûler...

(1) Dans le contexte, pareil cadeau était évidemment dérisoire, mais Magda en avait été bouleversée au point de jurer à Hitler qu'il venait de faire d'elle "la femme la plus heureuse d'Allemagne"

mardi 27 février 2007

1451 - "La femme a été créée pour devenir mère"

… à la fin des années 1930, Magda Goebbels a atteint son but, et s'est hissée aussi haut que le peut une femme à l'époque, et dans une société aussi patriarcale que l'Allemagne nazie.

Vitrine du régime auprès des femmes, elle ne cesse ensuite de véhiculer l'image de l'épouse parfaite : toujours élégante, "sehr damenhaft" ("très grande dame") , attentive aux besoins de son époux, et mère attentionnée de ses nombreux enfants (sept au total, dont six avec Joseph).

"La femme, dira-t-elle, a été créée pour devenir mère, l'homme pour préserver et protéger la famille. De la même manière que l'homme trouve son plus grand bonheur dans le résultat de sa création, de ses aspirations et de son travail, en atteignant le but de sa vie, la femme ne trouve ce bonheur qu'en accomplissant ce pour quoi elle vit, la maternité !".

Mais à monter aussi haut, et toujours dans l'ombre d'Hitler, Magda a également brûlé ses vaisseaux : lorsque Berlin est investie par les Soviétiques, en avril 1945, et lorsque son mari et Hitler annoncent leur intention d'y rester jusqu'à la fin, Magda décide de les rejoindre dans le bunker qui va devenir leur dernière demeure à tous.

lundi 26 février 2007

1450 - le scandale Baarova

... lorsque sa fidèle Magda Behrend, qu'il a personnellement marié à son non moins fidèle Joseph Goebbels, lorsque Magda, donc, débarque dans son bureau et menace de divorcer suite à la liaison de son mari avec la somptueuse actrice tchéque Lida Baarova, le Führer-tout-puissant, de marieur, se métamorphose immédiatement – nouveau paradoxe - en conseiller conjugal.

Pour Hitler, il n'est effet pas question d'autoriser la dissolution du couple qui, plus que tout autre, symbolise l'idéal matrimonial national-socialiste.

Non content d'être un fidèle de la première heure et un collaborateur
dévoué, Joseph est son Ministre de la Propagande, donc le gardien de l'orthodoxie morale du Troisième Reich. Magda, en plus d'avoir déjà donné de nombreux enfants au Reich, est chef de file des organisations féminines. Elle est aussi, et peut-être surtout, une des rares (sinon la seule) femme du bottin nazi capable de paraître dignement en public, lors des réceptions officielles où le Führer reçoit le gratin de la diplomatie internationale, parmi lesquels André-François Poncet, qui déclarera n'avoir jamais vu des yeux aussi glacés chez une femme...

Magda est finalement sommée de passer l'éponge et Joseph, tancé comme un enfant espiègle, de retourner auprès d'elle. En guise de punition, il est même exclu pour un temps de la fréquentation du Tout-Puissant. Quant à Lida Baarova, elle est tout simplement priée de faire ses valises et de retourner en Tchécoslovaquie, devenue entre-temps le Protectorat de Bohème-Moravie

L'intervention personnelle de Hitler dans "l'affaire Baarova" ne mettra évidemment pas un terme définitif aux aventures extra-conjugales de Joseph Goebbels, mais du moins l'obligera-t-elle à ne plus les mener que dans la plus grande discrétion, et donc sans jamais remettre en cause la position de Magda comme "Première Dame du Troisième Reich".

dimanche 25 février 2007

1449 - le marieur de ses dames

... par un de ces étranges paradoxes dont il coutumier, Hitler, qui refuse obstinément toute idée de mariage pour lui même, se plaît à jouer les marieurs.

C'est lui qui a convaincu son secrétaire, le très énigmatique Rudolf Hess, d'épouser Ilse Pröhl en 1927. C'est encore lui qui marie Baldur von Schirach, chef des Jeunesses hitlériennes, à Henriette Hoffmann, en 1932. C'est toujours Hitler qui provoque le mariage de Diana Mitford et Oswald Mosley en 1936.

Et c'est encore Hitler qui persuade Joseph Goebbels et Magda Behrend de convoler en justes noces en décembre 1931.

Bien que violemment épris de Magda, à qui il fera six enfants, Joseph n'en continue pas moins de multiplier les aventures extra-conjugales, ce que sa nomination au poste de Ministre de la Propagande – il a maintenant la main-mise sur les studios de cinéma de Babelsberg et son vivier de starlettes – facilite grandement. Magda s'en accommode, du moins tant que celles-ci demeurent dans le domaine privé et ne remettent pas en cause sa position de "Première Dame du Reich".

Mais quand, en 1937, la liaison de Joseph avec la superbe actrice tchèque Lida Baarova prend une tournure sérieuse, et fait irruption – et scandale – sur la scène publique, Magda s'en ouvre au Führer, et menace de divorcer...