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samedi 30 avril 2005

783 - le retour du Gatling

... après la Seconde Guerre mondiale, pour augmenter la cadence de tir des canons embarqués, Britanniques, Français ou Russes eurent recours au barillet rotatif et électrique, laborieusement mis au point par... les Allemands de Mauser.

Les Américains héritèrent eux aussi des recherches nazies et construisirent, notamment, le Pontiac T-160 qui, monté sur les Grumman "Panther", crachait la bagatelle de 1 500 obus de 20mm à la minute.

Mais ce n'était pas encore assez à leur goût. De plus, l'usage d'un tube unique se traduisait rapidement par son usure exagérée.

Cleves Howell et Melvin M Johnson eurent alors l'idée d'exhumer une des antiques mitrailleuses Gatling à canons rotatifs de la Guerre de Sécession, précieusement conservée à l'Aberdeen Proving Ground.

En 1946, en substituant un mécanisme électrique à la simple manivelle d'entraînement, Johnson réussit à faire tirer une Gatling à 10 tubes de calibre 11.43mm à l'incroyable cadence de... 5 500 coups par minute (!)

General Electric se chargea de la mise au point de la version définitive (M61 de 20mm), laquelle entra en service en 1954 avant de se retrouver dans de multiples déclinaisons toujours actuelles, de la minigun de 5.56mm à l'énorme canon GAU-8 de 30mm des célèbres avions A10 "tueurs de chars"

vendredi 29 avril 2005

782 - les cadences infernales

... utiliser des canons de plus en plus gros et de plus en plus nombreux - mais au demeurant très conventionnels - pour détruire les bombardiers qui, jour après jour, incinéraient les villes allemandes, ne constituait qu'un pis-aller n'ayant pour seuls mérites que le faible coût et la disponibilité immédiate de ces armes dont le poids et l'encombrement handicapaient en revanche très fortement le chasseur qui en était équipé.

Sachant que la destruction d'un bombardier relevait finalement de la possibilité de mettre un maximum de coups au but dans un minimum de temps, une autre approche, plus prometteuse, résidait dans une augmentation vertigineuse de la cadence de tir de canons de petit calibre.

Il "suffisait" en quelque sorte de multiplier par trois ou quatre le rendement de canons de 20 ou de 30mm, et d'en faire des canons à tir ultra-rapide, dépassant de loin celui des mitrailleuses (!)

Les Américains avaient ouvert la voie au 19ème siècle avec la mitrailleuse Gatling à canons rotatifs, puis l'avaient abandonnée. Avec le Mk213C, les Allemands de Mauser travaillèrent pour leur part sur un barillet rotatif (et électrique), capable de cracher plus de mille projectiles de 30mm en une minute.

Mais comme la plupart des armes révolutionnaires nazies, celle-ci n'eut jamais le temps d'être au point, ni d'entrer en service avant la fin de la guerre. On la retrouva donc, comme tant d'autres, aux mains des vainqueurs de l'Allemagne, et sous de multiples appellations différentes, allant du DEFA français à l'ADEN britannique, en passant par le NK30 russe et beaucoup d'autres...

Bien que très efficace, le seul inconvénient - mais de taille - de cette arme résidait (et réside toujours) dans l'usure effroyable du tube : un DEFA de 30mm est ainsi bon à jeter après 5 000 coups, mais doit impérativement être révisé plusieurs fois entre-temps.

jeudi 28 avril 2005

781 - quand le mieux devient l'ennemi du bien

... faute de disposer de canons à tir ultra-rapide - qui n'arriveront à maturité qu'au lendemain de la guerre... et aux mains des vainqueurs de l'Allemagne - il ne restait de choix qu'entre augmenter le nombre de canons embarqués, ou accroître leur calibre.

Chacune de ces deux solutions avait ses avantages et ses inconvénients, ses partisans et ses détracteurs, mais aucune ne parvint jamais à résoudre de manière satisfaisante le problème posé par les troupeaux de gros bombardiers quadrimoteurs occupés à incinérer l'Allemagne.

Installer davantage de canons de 20mm conventionnels sur les chasseurs allemands augmentait certes la probabilité de mettre au but le nombre de projectiles requis (plus d'une dizaine) dans le trop court laps de temps (quelques secondes) que durait l'attaque, mais entraînait une telle dégradation du poids et de la traînée aérodynamique que le chasseur ainsi équipé devenait une proie facile pour les appareils d'escorte alliés, constamment en maraude à proximité des bombardiers.

Passer à un calibre de 30mm résolvait en partie le problème du nombre de coups au but nécessaires (une demi-douzaine en moyenne) pour abattre un bombardier, mais n'apportait en revanche aucune amélioration en matière de cadence de tir, et s'avérait encore plus pénalisant en poids et traînée s'il fallait installer plusieurs canons pour parvenir à ce résultat.

Opter pour un calibre encore supérieur - en l'occurrence un 50mm anti-char - solutionnait radicalement le problème des coups au but (un seul suffisait), mais imposait de telles contraintes de poids (600 kilos) et d'encombrement que l'avion qui l'emportait devenait aussi vulnérable à la chasse ennemie qu'un canard posé sur l'eau : la seule unité de Messerschmitt 410 bimoteur qui le mit en service fut littéralement effacée du ciel par la chasse alliée en moins de deux semaines.

Son installation ultérieure sur l'utra-rapide Messerschmitt 262 à réaction échoua également, quoique pour des raisons diamétralement opposées : cette fois, les performances de l'avion étaient telles - en particulier en virage - que l'arme s'enrayait très vite, souvent dès le premier obus...

mercredi 27 avril 2005

780 - l'équation impossible

"Un canon de 20mm est amplement suffisant pour abattre un bombardier lourd", estimait Ernst Udet avant le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale. "Il suffit de s'en approcher à une vingtaine de mètres pour lui porter un coup fatal"

Mais à partir de 1942, la chasse allemande se trouva confrontée à la menace du bombardier lourd quadrimoteur, contre lequel un armement encore essentiellement composé de mitrailleuses, ou même d'un seul canon de 20mm, s'avérait d'autant plus inefficace qu'il était en vérité hors de question de s'approcher à bout portant, et donc de s'exposer durant de longues secondes aux tirs de défense du bombardier.

En portant son attaque, le chasseur devait en effet tenir compte des innombrables mitrailleuses de bombardiers se couvrant les uns les autres, mais aussi de la présence de plus en plus massive, dès la fin de 1943, de chasseurs d'escorte veillant sur leurs protégés comme chiens de bergers sur leur troupeau.

Compte tenu des vitesses de rapprochement respectives (a fortiori dans le cas d'attaques frontales), et de la portée utile des canons embarqués (qui ne dépassait pas 300 ou 400 mètres), le chasseur ne disposait en vérité que de quelques secondes pour se placer à portée de tir, viser, faire feu,... et dégager en catastrophe, avant de percuter sa proie.

Le problème, c'est qu'il fallait aussi, durant ce trop bref laps de temps, mettre plus d'une dizaine de projectiles de 20mm au but si l'on voulait abattre un B17 américain, une performance qui dépassait les capacités techniques des canons de l'époque et, surtout, celles de la majorité des pilotes allemands, en particulier des plus jeunes, ayant de moins en moins d'heures de vol à leur actif avant de se retrouver jetés dans la mêlée...

mardi 26 avril 2005

779 - la multiplication des armes
















... lorsque les Britanniques réalisèrent à leur tour que les innombrables mitrailleuses de petit calibre installées dans les ailes de leurs Hurricane et Spitfire risquaient de ne plus suffire face à des bombardiers allemands de plus en plus rapides et protégés, ils se tournèrent tout naturellement vers le canon Hispano-Suiza français.

Jugeant la cadence de tir de ce dernier insuffisante, ils résolurent néanmoins d'en installer deux (et bientôt quatre) là où les Français s'étaient contentés d'un seul.

Plus question dès lors d'envisager la solution du "moteur-canon". Bien qu'en V lui aussi, le célèbre Rolls-Royce "Merlin" n'avait du reste jamais été conçu pour supporter le montage d'un canon. Il fallut donc en revenir à la solution classique du montage dans les ailes ce qui, compte tenu des contraintes très supérieures des canons par rapport aux mitrailleuses, nécessita de nombreux renforts et occasionna d'innombrables problèmes, qui ne furent réellement résolus qu'en 1941.

Le plus préoccupant était la détestable tendance des Hispano-Suiza à s'enrayer lors des virages serrés. De fait, les quelques Spitfire qui en furent dotés lors de la Bataille d'Angleterre furent si peu efficaces que l'on décida bien vite de les retirer du Front et de remplacer leurs canons par des mitrailleuses.

A mesure que les bombardiers allemands disparurent du ciel, les chasseurs britanniques se retrouvèrent quasiment sans ennemi à mettre sous leurs canons. A l'image du Hawker Typhoon, nombre d'entre-eux se transformèrent alors en chasseurs-bombardiers, écumant toute l'Europe à la recherche des moindres locomotives, tanks ou véhicules allemands contre lesquels leurs quatre canons de 20mm firent bientôt des ravages...

lundi 25 avril 2005

778 - le moteur-canon

... même s'ils ne pouvaient - du moins au début - rivaliser avec les mitrailleuses en matière de cadence de tir, les canons de bord avaient en revanche un énorme avantage en matière de punch. Là où de longues rafales de mitrailleuses n'offraient aucune garantie de succès, quelques obus de 20 ou de 30mm bien placés suffisaient généralement à détruire un bombardier, aussi lourd fut-il.

Cependant, le poids des canons et de leurs obus - très supérieurs à celui des mitrailleuses et de leurs balles - et les sévères secousses que leur recul imposait à la structure de l'avion, en compliquaient l'usage. Durant la Première Guerre mondiale, les Français avaient, à plusieurs reprises, tenté d'installer un canon de campagne sur un avion, mais les contraintes d'une pareille pièce d'artillerie - qu'il fallait par ailleurs recharger à la main, après chaque coup ! - dépassaient de loin les capacités des frêles biplans de l'époque.

Pour être réellement utilisable sur un avion, le canon se doit en effet d'être le plus léger possible et, surtout, d'être alimenté par bandes ou par chargeurs, afin de permettre le tir automatique en rafale de plusieurs dizaines (et bientôt centaines) d'obus par minute, sans intervention humaine.

Pour absorber le recul d'une pareille pièce, la meilleure solution est encore de la boulonner au moteur. L'Hispano-Suiza français se prêtait particulièrement bien à pareil montage, entre les deux bancs de ses douze cylindres en V. La masse et la rigidité du moteur compensaient sans trop de mal les contraintes de l'arme qui, tirant à travers le moyeu de l'hélice, facilitait par ailleurs la visée et favorisait la précision des tirs.

Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le "moteur-canon" était devenu très populaire en France, et se retrouvait sur les chasseurs Morane 406 et Dewoitine 520.

On le vit aussi en Allemagne, sur les Messerschmitt 109, dont les ultimes versions, dotés d'un canon de 30mm tiraient jusqu'à 600 obus à la minute, soit autant que les mitrailleuses les plus rapides.

dimanche 24 avril 2005

777 - le choix des armes

... pendant longtemps, les chasseurs disposèrent des mêmes armes que les bombardiers qu'ils étaient censés abattre, soit une (parfois deux) mitrailleuse(s) de petit calibre, tirant à moins de 400 coups par minute.

Avec l'augmentation progressive de la vitesse de pointe des bombardiers, et faute de disposer de mitrailleuses à tir vraiment rapide, il fallut petit à petit se résoudre à augmenter le nombre d'armes de bord si l'on voulait conserver la moindre chance de les atteindre en vol.

Sur des milliers de balles tirées, seules quelques unes arrivaient en effet au but. Contraints et forcés, les constructeurs d'avions de chasse n'eurent donc d'autre choix que de multiplier le nombre de mitrailleuses, qui passèrent à quatre, six, huit, voire douze dans certaines versions des Hawker "Hurricane" de la 2ème Guerre mondiale.

Face à des bombardiers qui restaient de toile et de bois, pareil traitement pouvait encore suffire, mais finit par avouer ses limites à mesure des progrès enregistrés dans la construction métallique et le blindage des appareils.

Avec davantage de moteurs, et des moteurs de plus en plus puissants, il devint en effet possible d'augmenter le poids et la charge utile des bombardiers, donc leur protection face aux armes de petit calibre. En 1940, durant la campagne de France, on vit ainsi quantités de bombardiers allemands revenir tant bien que mal à leur base bien que "poivrés" de centaines d'impacts de balles qui, faute d'avoir pu toucher un organe vraiment vital, ne leur avaient pas causé grand tort.

Face à cette réalité incontournable, la première solution était évidemment d'augmenter le calibre de mitrailleuses au demeurant fort classiques. C'est la voie que choisirent en particulier les Américains, avec leurs célèbres mitrailleuses ".50" de 12.7mm. Face aux bombardiers lourds, les "grosses" 12.7mm américaines n'étaient pourtant guère plus efficaces que les "petites" 7.62mm britanniques, mais avaient au moins le mérite d'être fiables et disponibles en quantités industrielles (on les retrouvait en effet sur tous les avions, navires, tanks ou véhicules américains)

Surtout, les chasseurs américains n'avaient rien de plus gros à affronter que les bimoteurs allemands faiblement blindés, et les japonais qui s'enflammaient souvent dès la première rafale (!) Contre ceux-là - par ailleurs relativement lents - les projectiles de 12.7mm étaient largement suffisants, ce qui explique pourquoi l'USAF y resta fidèle jusqu'à la Guerre de Corée, au début des années 1950, lorsque l'apparition des chasseurs MIG-15 entièrement métalliques, et quasiment supersoniques, convainquit les constructeurs de se tourner vers des voies plus prometteuses...

vendredi 18 juillet 2003

131 - une usure effroyable

... en mars 1918, les trois Paris Kanonen stupéfièrent le monde en bombardant Paris à 120 kms de distance.

Mais pour atteindre cette incroyable portée avec des projectiles conventionnels (calibre 210mm, 106 kg), il fallait non seulement utiliser un tube très long (plus de 20 mètres), mais aussi tirer à pression très élevée,... ce qui entraînait une usure effroyable du tube, dont la durée de vie ne dépassait pas 60 obus (!)

Et encore ces 60 obus, soigneusement numérotés, devaient-ils être tirés dans un ordre précis : le premier (le n° 1) était usiné au calibre 210mm, le dernier (le n° 60) en avouait 222 (!).

En tout, douze millimètres d’acier, et quelques centaines de kilos de métal, étaient ainsi arrachés sur toute la longueur du tube, qui devait alors être démonté, puis réexpédié chez Krupp pour réalésage à son calibre initial.

Si l’exploit technique méritait d’être salué, les résultats obtenus, en termes de destructions, étaient de peu d’ampleur, et ne justifiaient certes pas la débauche de moyens matériels et humains déployés

En quatre mois, les "Canons pour Paris" n’auront en effet tiré que 351 projectiles, occasionnant moins de mille morts et blessés.

Conscients du fait que le calibre choisi était trop faible pour provoquer des dégâts importants, les ingénieurs allemands travaillaient déjà sur des modèles bien plus gros, mais l’armistice empêcha ces derniers de jamais dépasser le stade de la planche à dessins.

Quant aux canons existants, qu'aucune contre-attaque française ne put jamais atteindre, ceux-ci furent discrètement évacués loin du front puis détruits, ainsi que tous les plans, schémas et archives s’y rapportant.

jeudi 17 juillet 2003

130 - un canon pour Paris

... Mars 1918. Dans une clairière située à 120 kms de Paris, des artilleurs allemands s'activent autour de trois étranges constructions, qu’on dirait croisements monstrueux de la Tour Eiffel et d'un dinosaure qui serait passé à par hasard.

Ces monstres d'acier sont les trois exemplaires du «Paris Kanone» (le «Canon pour Paris») issus des usines Krupp. Dans quelques instants, ils vont stupéfier le monde, et briser tous les records de l'artillerie de campagne, multipliant par trois ou quatre la portée maximale jamais atteinte par un canon (!)

Pour atteindre, avec une pièce d'artillerie, cette portée record de 120 kilomètres, inimaginable pour l’époque (et jamais égalée depuis, du moins en opérations réelles), les Allemands n'ont reculé ni sur le gigantisme, ni sur les solutions à l'extrême limite de l'ingénierie.

A lui seul, le tube représente une authentique prouesse technologique: long de plus de 20 mètres, son inclinaison à 50° (!) a imposé l’érection d’un mat, planté près de son extrémité inférieure, lequel mat supporte à son tour un ensemble de suspentes, accrochées à un câble se prolongeant, à la manière de nos modernes ponts suspendus, jusqu’à l’extrémité supérieure du canon.

Cet assemblage insolite doit, en théorie, compenser la courbure naturelle d'un tube aussi long, et en minimiser les vibrations après le tir.

mercredi 16 juillet 2003

129 - la fin d'un rêve















... en mars 1989, le prototype à l'échelle 1/3 (350mm, 53 mètres de
long) du "super-canon" de Gérald Bull est achevé et testé (en tir horizontal) avec succès.

Un autre est installé à flanc de montagne et testé (en tir normal) en janvier 1990, là encore avec succès.

Début mars, Bull écrit : "Un dessin de projectile doit être préparé pour utilisation dans le lanceur de 1000mm. Ce projectile va transporter 500 kgs d'explosif à haute intensité à une distance de 700kms".

Ce ne sera pas le cas.

Le 22 mars 1990, Bull, rentré la veille du Moyen Orient (et peut-être d'Irak), est de passage à Bruxelles, où se trouve le siège de la Space Research Corporation.

A Bruxelles, Bull, qui a maintenant 62 ans, dispose d'un pied-à-terre au sixième étage d'un building résidentiel - résidence Minerve dans le Domaine Cherridreux - 28 avenue Folie à Uccle.

Sa secrétaire l'attend, dans la voiture. Il monte seul. Les tueurs du Mossad israélien l'interceptent sur le seuil de sa porte, et lui logent deux balles dans la nuque et trois entre les omoplates.

Dans ses poches, la redoutable police belge trouvera 20 000 dollars US et, dans sa mallette, quantités de dessins de canons gigantesques.

Comme souvent en Belgique, l'enquête n'ira pas plus loin.

En 1980, Matityahu Shmueleuitz, alors chef de cabinet du Premier Ministre israélien, déclarait : "Israël ne peut pas se permettre de rester assis et d'attendre qu'une bombe atomique irakienne lui tombe sur la tête"

Gérald Bull l'avait oublié...

mardi 15 juillet 2003

128 - les canons de Babylone

... En 1981, nombreux sont ceux qui pensent que Gérald Bull, qui vient de sortir de prison après sa condamnation pour vente illégale d'armes à l'Afrique du Sud, est un homme fini.

C'est une erreur.

Sa société a fait faillite ? - il en fonde une nouvelle, et en 1983, il se retrouve en Chine, toujours pour parler canons. Si certains affirment qu'il a travaillé sur les missiles Silkworm chinois, il est sûr en revanche qu'il y a vendu la technologie de ses canons de 155mm, rebaptisés WAC201. Des canons que la Chine vendra à... Saddam Hussein.

De même la société autrichienne Norincum exportera en Irak 200 canons de 155mm toujours conçus par Bull,... en utilisant de faux certificats d'exportation pour la Jordanie.

Mais Bull travaille aussi pour la Yougoslavie,... à rajeunir les canons soviétiques de 130mm, une technologie qui se retrouvera, là encore, appliquée sur les 900 canons M46 que possède l'Irak.

En fait, la quasi totalité des pièces d'artillerie lourde irakiennes est signée... Gérald Bull : G5 et G6 sud-africains, GH N45 autrichiens, WAC201 chinois et M46 yougoslaves modifiés,...

Rien d'étonnant donc à ce que Saddam Hussein s'intéresse à lui, et lui demande de dessiner des canons automoteurs de 155 et 210mm.

Dévoilé à Bagdad en 1989, le Al Fao de 210mm est encore aujourd'hui le canon autopropulsé le plus puissant au monde, tirant à la cadence d'un coup par minute un obus de 210mm portant à 56kms.

Pour finir, c'est à Kamil Husayn, cousin du grand Saddam, que Bull proposera ses "super-canons" de 1000mm et de 175 mètres de long, conçus pour placer un satellite en orbite.

Ce seront les "Canons de Babylone"

lundi 14 juillet 2003

127 - "Tout ce qu'il reste au Ministère de la Défense, c'est des crapules et des salauds"

... en 1966, un des canons de Gérald Bull établit, avec 177 kms, le record d'altitude - jamais dépassé depuis - pour un projectile lancé par une pièce d'artillerie

A la demande de l'US Army, il réalise un rapport, encore aujourd'hui secret, sur une bombe atomique satellisée par un canon géant.

Mais, une nouvelle fois, les mauvais génies du gouvernement canadien veillent au grain et lui coupent les vivres, alors que l'US Army se résigne pour sa part à laisser à la NASA le champ de bataille spatial.

Ulcéré, Bull fonde alors sa propre société, la Space Research Corporation, qui développe un kit de rénovation pour 19 000 obusiers de 155mm.

En fait, Bull repense complètement le canon et l'obus. En 1972, il fait même breveter son obus de 155mm à culot exsudant, qui porte à 40 kms, 10 de plus que les obus standard de l'OTAN (!)

L'armée américaine veut bénéficier de son expertise pour ses obus nucléaires, mais Bull est canadien, et il lui faudrait être américain depuis au moins 10 ans. Qu'à cela ne tienne : le Congrès des États-Unis adopte un projet de loi privé, qui lui accorde rétrospectivement la citoyenneté américaine.

Il conçoit un obus nucléaire de 155mm pour le Pentagone, étudie des satellite-espions et des missiles anti-sous-marins. Il travaille aussi pour Israël et l'Afrique du Sud, et y exporte ses obus.

Bull met également au point son propre canon de 155mm (le GC-45) à canon long, dont les différentes versions surclassent encore aujourd'hui tout ce qui existe au niveau de l'OTAN.

Ses canons sont exportés en Afrique du Sud,... grâce à l'amical concours de la CIA (le régime de l'apartheid étant officiellement frappé d'embargo). Aujourd'hui, l'Afrique du Sud est un des leaders mondiaux dans l'artillerie de campagne, et exporte sa production un peu partout dans le monde, notamment en Iran et en Irak.

Mais la justice attend Gérald Bull au tournant, et le condamne pour vente illégale d'armes au régime de l'apartheid.

S'estimant trahi, Gérald Bull écrira : "Tout ce qu'il reste au Ministère de la Défense, c'est des crapules et des salauds. La police de la ville de New-York est à peu près aussi impressionnante que la Défense nationale du Canada, et elle est mieux équipée"

dimanche 13 juillet 2003

126 - le vendredi noir

... En 1959, le Canadien Gérald Bull dirige déjà une équipe de 19 scientifiques et 24 techniciens, qui réalise, entre autres, les études aérodynamiques du célèbre intercepteur Avro Arrow (CF105), un avion en avance de dix ans sur son époque.

Le 20 février 1959 - le "vendredi noir" - c'est le coup de théâtre. Cédant aux comptables qui n'ont d'yeux que pour les dépassements de budget, aux "spécialistes" qui lui jurent que l'avenir n'appartient plus qu'aux missiles, et aussi aux sirènes des lobbyistes américains, le Premier Ministre du Canada, John Diefenbaker, décide d'annuler purement et simplement tout le programme du CF105.

Les concepteurs de l'Arrow sont licenciés, les prototypes déjà construits aussitôt envoyés à la ferraille, et le Canada contraint d'acheter aux États-Unis - chez Boeing - les missiles Bomarc "révolutionnaires".... très rapidement retirés du service parce que beaucoup moins polyvalents qu'un intercepteur piloté comme l'Arrow (!)

A l'annonce de cette décision, Gérald Bull, ulcéré, démissionne en signe de protestation et part pour l'Université McGill, où il crée le projet de recherches à haute altitude (HARP), qui associe l'université McGill, le gouvernement canadien et l'US Army.

L'aventure des "super-canons" vient de commencer

samedi 12 juillet 2003

125 - un rêveur nommé Gérald Bull

... au lendemain de la Seconde guerre mondiale, les canons à longue portée cédèrent rapidement la place aux avions et aux missiles, qui promettaient de frapper plus loin, avec une plus grande précision, et à moindre coût.

HDP, Dora et autres "Paris Kanonen" furent relégués aux oubliettes d'une époque que l'on imaginait à jamais révolue.

Et c'est alors que Gérald Bull entre en scène.

Né en 1928, le Canadien Gérald Bull entre à l'Université de Toronto à l'âge de 16 ans pour y suivre le cours de "génie aéronautique" nouvellement créé. Il en ressort diplômé quatre ans plus tard et est aussitôt engagé comme dessinateur technique chez A.V. Roe (à l'époque filiale d'Hawker Siddeley) où il collabore à la réalisation du chasseur CF100.

Il démissionne rapidement pour retourner à l'Université de Toronto, qui vient d'ouvrir un institut d'aérophysique, financé par le Defense Research Board canadien.

Le comité de sélection hésite - Bull a 20 ans à peine - mais finit néanmoins par l'accepter. Bien qu'il soit le plus jeune chercheur du groupe, ceci ne l'empêche nullement de concevoir sa propre soufflerie supersonique, avant de quitter l'Institut deux ans plus tard, doctorat en poche.

Quelques jours plus tard, l'armée canadienne lui confie le soin de faire voler le premier missile national. Le gouvernement américain veut même le débaucher, en doublant son salaire. Bull, qui à l'époque est encore patriote, refuse, mais obtient malgré tout l'autorisation de se rendre régulièrement dans les centres de recherches américains. Tous ses travaux sont codés "Secret Défense". Certains le sont encore aujourd'hui.

Lorsque les fonctionnaires du gouvernement lui refusent les crédits pour créer une nouvelle soufflerie hypersonique, Bull a alors l'idée de filmer le comportement des projectiles à l'intérieur d'un canon.

C'est le début d'un rêve fou, qui s'achèvera tragiquement une trentaine d'années plus tard, dans un immeuble de Bruxelles

vendredi 11 juillet 2003

124 - le retour du Gatling

... après la Seconde Guerre mondiale, pour augmenter la cadence de tir des canons embarqués, Britanniques, Français ou Russes eurent recours au barillet rotatif et électrique, laborieusement mis au point par... les Allemands.

Les Américains héritèrent eux aussi des recherches nazies et construisirent, notamment, le Pontiac T-160, qui crachait 1 500 obus de 20mm à la minute.

Mais ce n'était pas encore assez à leur goût. De plus, l'usage d'un tube unique se traduisait rapidement par son usure exagérée.

Cleves Howell et Melvin M Johnson eurent alors l'idée d'exhumer une des antiques mitrailleuses Gatling à canons rotatifs de la Guerre de Sécession, précieusement conservée à l'Aberdeen Proving Ground

En 1946, en substituant à la simple manivelle d'entraînement un mécanisme électrique, Johnson réussit à faire tirer une Gatling à 10 tubes de calibre 11.43mm à l'incroyable cadence de... 5 500 coups par minute (!)

General Electric se chargea de la mise au point de la version définitive (M61 de 20mm), laquelle entra en service en 1954 avant de se retrouver dans de multiples déclinaisons toujours actuelles, de la minigun de 5.56mm à l'énorme canon GAU-8 de 30mm des avions A10 "tueurs de chars"

jeudi 10 juillet 2003

123 - augmenter la cadence de tir

.... avec une aérodynamique de plus en plus soignée, des moteurs de plus en plus puissants (et bientôt des moteurs à réaction), il devenait de plus en plus difficile, pour un pilote, de maintenir l'avion ennemi dans le cercle de son collimateur le temps suffisant pour lui décocher une rafale mortelle.

Et à quoi bon accroître sans cesse le calibre des canons si vous n'avez pas le temps matériel de les utiliser, ni celui de les recharger ? Et à quoi bon multiplier le nombre de canons si vous n'aboutissez qu'à augmenter le poids embarqué ?

Une autre approche, moins conventionnelle, consistait alors à augmenter dramatiquement la cadence de tir des canons ou des mitrailleuses déjà existantes

Les Américains avaient ouvert la voie au 19ème siècle avec la mitrailleuse Gatling à canons rotatifs, puis l'avaient abandonnée. Les Allemands travaillèrent sur un barillet rotatif (et électrique) capable de cracher autant de projectiles de 30mm qu'une mitrailleuse de 7.7mm (!), mais ne furent jamais en mesure de finaliser la mise au point d'une arme qui se retrouva donc, après guerre, chez les Français (DEFA), les Anglais (ADEN), les Russes (NK30), etc

Le seul inconvénient - mais de taille - de cette arme résidait (et réside toujours) dans l'usure effroyable du tube : un DEFA de 30mm est bon à jeter après 5 000 coups, mais doit impérativement être révisé plusieurs fois entre-temps (!)

mercredi 9 juillet 2003

122 - un problème de visée

... face à des tanks et des avions de plus en plus blindés, les différents belligérants engagés dans la Seconde guerre mondiale n'eurent d'autre choix que d'augmenter le calibre des canons et de multiplier leur nombre.

Le canon unique de 20mm (Morane 406, Messerschmitt 109) fut bientôt doublé voire quadruplé (Spitfire, Focke-Wulff 190), et le calibre porté à 30 voire 50mm (BK50 anti-char)

Sur le papier, les quatre canons MK108 de 30mm qui équipaient le Messerschmitt 262 à réaction constituaient l'arme absolue contre les bombardiers américains.

Hélas, leur cadence tir trop faible, leur portée trop courte et leur enrayement chronique sauvèrent bien des quadrimoteurs américains.

Pire encore : faute de disposer d'un système de visée adapté, le pilote du Messerschmitt, qui volait deux ou trois fois plus vite que sa victime, n'avait qu'une seconde, deux au maximum, pour s'approcher, viser, tirer et dégager en catastrophe sous peine de percuter sa proie.

Il fallait des yeux d'aigle et des nerfs d'acier, dont étaient dépourvus l'écrasante majorité des pilotes qui, fin 1944, défendaient encore les frontières du Reich millénaire.

lundi 7 juillet 2003

121 - la course à la puissance

... au début de la Seconde guerre mondiale, 4 ou 6 mitrailleuses de petit calibre (7.7mm), mais à grande cadence de tir, pouvaient encore suffire pour détruire un chasseur monomoteur, mais s'avéraient déjà inefficaces contre un bombardier bimoteur.

Dès 1940, on se mit donc à installer des canons de 20mm, à la cadence de tir évidemment plus faible. Et comme les moteurs étaient de plus en plus puissants, il fut bientôt possible de multiplier les canons sans dégrader les performances de l'avion

Un seul coup de 20mm au but suffisait généralement à pulvériser le chasseur monomoteur, et une dizaine le bombardier bimoteur.

En Allemagne, des milliers d'avions de la Luftwaffe (et notamment des Messerschmitt 109) furent ainsi équipés de canons MG-FF de 20mm, copies sous licence (et moyennant royalties) de l'Oerlikon suisse de 20mm à canon court.

Mais dès 1943, les 20mm avouèrent à leur tour leurs limites face aux gros quadrimoteurs américains. On installa donc des 30mm, à la cadence de tir encore plus faible, et on alla jusqu'au 50mm anti-chars (BK50) qui pouvait tout au plus tirer deux obus avant que la cible ne soit dépassée,... et qui s'enrayait généralement au premier coup tiré (!)

dimanche 6 juillet 2003

120 - les obus Röchling

... face à la Ligne Maginot, les ingénieurs allemands se trouvèrent confrontés à l'éternel problème de la cuirasse et de l'obus.

Pour détruire une fortification de ce genre, l’approche la plus conventionnelle consistait évidemment à utiliser un projectile plus gros que ce contre quoi elle avait été conçue.

Mais mettre au point et produire des canons deux fois plus gros que tout ce que l’on avait connu jusque là promettait d'être une entreprise considérable. Conserver une relative mobilité à ces armes afin qu'elles puissent s'inscrire dans une guerre de mouvements risquait de l'être encore bien davantage.

Et de fait, les programmes de l'obusier Karl et du canon Dora accusèrent bientôt de tels retards que la guerre éclata avant qu’ils soient achevés,... et se termina sans qu'ils y jouent un grand rôle et justifient les espoirs de leurs supporters.

Une seconde approche, qui n’avait plus rien de conventionnelle, fut pourtant développée par la société Röchling. Elle consistait à conserver un obus dont le calibre et le poids seraient volontairement maintenus dans les limites du raisonnable, et que l’on pourrait donc tirer au moyen d’un canon ordinaire (mais nécessitant tout de même un 210mm sur voie ferrée).

La forme du projectile était par contre totalement inédite. Il s'agissait pour l’essentiel une longue torpille de 2,50 mètres à l’avant effilé et renforcé, muni de petites ailettes se déployant dès la sortie du tube afin de stabiliser la trajectoire. L'objectif n'était plus ici de créer un effet d’écrasement, mais bien de concentrer le maximum d’énergie sur la plus petite surface possible afin de la pénétrer comme un poignard.

Là encore, le développement prit pourtant du retard, et les essais ne purent avoir lieu qu’en 1942,... bien après le contournement de la Ligne Maginot. Les résultats dépassaient les plus folles espérances. L'obus de 210mm était en effet capable de traverser plus de 4 mètres (!) de béton renforcé avant d’exploser. Bien que complexe, le maniement était incomparablement plus aisé qu’avec les projectiles de 800mm du canon Dora. L’armée allemande disposait donc enfin de l’engin idéal pour détruire les fortifications. L’ennui c’est qu’en 1942 il n’y avait plus de fortifications ennemies à détruire !

Et comme Hitler craignait que les Alliés puissent mettre la main sur un lot de ces «obus très spéciaux», les copient et aient ensuite la funeste idée de les utiliser contre les fortifications allemandes de la ligne Siegfried, il édicta des consignes très strictes quant à l’utilisation éventuelle des obus Röchling.

Des consignes tellement strictes que plus personne n’osa demander au Führer la permission de les employer. Bien que préfigurant les actuels bombes et missiles "bunker-busters", le stock d'obus Röchling resta intact, et inutilisé, jusqu’à la fin de la guerre...

lundi 30 juin 2003

119 - le plus gros de tous les canons du monde









... Plus de 30 mètres de long et 1 350 tonnes, c'était le plus gros canon de tous les Temps, la contribution personnelle de Krupp à l'effort de guerre allemand, mais aussi une arme parfaitement «kolossale», en tout point digne de figurer dans un roman de Jules Vernes.

Dora était capable de propulser un obus de 7 tonnes (!) en calibre 800mm à une distance de 60 kilomètres. Il n'apparut qu'en 1942 et fut immédiatement testé contre les russes à Sébastopol.

Pour spectaculaires qu'ils étaient (à chaque obus tiré, l'équivalent d'un pâté de maisons disparaissait.), les résultats étaient sans commune mesure avec les moyens que l'on devait déployer pour les obtenir.

De par ses dimensions, Dora ne pouvait en effet être transporté jusqu'au site de tir que par chemin de fer, en pièces détachées, avant d'être réassemblé sur place. Le bâti à lui seul était tellement large qu'il ne pouvait s'appuyer sur une seule voie ferrée, comme c'était jusqu'alors l'usage. Les artilleurs devaient donc en bâtir une deuxième, parallèle à la première, avant d'entamer le lent et fastidieux processus de remontage.

Cette opération durait plusieurs semaines et mobilisait plus d'un millier d'hommes, ainsi qu'un impressionnant matériel lourd

Inadapté à une guerre de mouvements, impossible à camoufler et seulement déplaçable sur quelques mètres, l'ensemble restait de surcroît très vulnérable aux contre-attaques ennemies, en particulier aux bombardements aériens, ce qui explique pourquoi, en dehors d'une cinquantaine d'obus tiré sur Sébastopol, le plus gros canon du monde demeura inutilisé le reste du conflit et fut finalement découvert en Bavière, partiellement détruit et abandonné sur une voie de garage, à la fin de la guerre comme tant d'autres rêves hitlériens