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mercredi 16 mars 2011

2931 - l'obsession fatale

... pour les Américains, le bombardement de Tokyo fut surtout un exploit bien plus sportif, aux conséquences beaucoup plus psychologiques que matérielles.

Mais pour le Japon, il eut également de graves conséquences sur la suite des opérations militaires, non pas à cause des dommages - fort limités - provoqués par le raid lui-même mais bien en raison des actions qu'allait prendre le Haut Commandement nippon pour en empêcher la répétition.

Dans un premier temps, celles-ci s'empressèrent de rappeler en métropole des navires et des unités de chasse alors occupés à conquérir le Pacifique, ce qui soulagea quelque peu la pression sur les troupes alliées qui s'efforçaient désespérément de les contenir.

Mais comme cela ne pouvait suffire à s'assurer la tranquillité, il fallut réviser entièrement une stratégie qui, jusque-là, avait pourtant bien réussi au Soleil levant.

Désormais obsédé par la volonté de mettre le Japon, et son Empereur, à l'abri d'une nouvelle attaque américaine, l'amiral Isoroku Yamamoto - celui-là même qui avait conçu et imposé l'attaque contre Pearl Harbour - élabora un plan très - et trop - compliqué.

Un plan qui allait aboutir à une catastrophique dispersion des forces dont il disposait, puis à l'anéantissement de la partie la plus essentielle de celle-ci - sa composante aéronavale - au terme de la Bataille de Midway, six semaines à peine après le Raid de Doolittle sur Tokyo.

Mais ceci est une autre histoire...

mardi 15 mars 2011

2930 - ne pas se fier aux bilans comptables

... d'un côté, seize bombardiers perdus et onze aviateurs tués ou faits prisonniers; de l'autre, des dommages limités, que l'ennemi réparera très facilement.

En termes comptables, et aussi militaires, et sans même parler des coûts liés à la préparation et l'exécution de la mission... ni des "dommages collatéraux" au sein de la population chinoise (!), en termes comptables et militaires, donc, le bilan du Raid sur Tokyo est celui d'une faillite.

Mais Roosevelt n'est pas un comptable, ni même un militaire, mais un bien politicien maintes fois réélu et qui, à ce titre, connaît l'importance de la Propagande et la force des slogans et symboles, lesquels font donc de la faillite une éclatante réussite, qui remotive l'Amérique toute entière.

De toute manière, ces seize appareils ne représentent rien - à peine deux heures de travail - pour cette Amérique qui en perdra encore des dizaines de milliers d'autres mais en fabriquera deux-cents-soixante-dix mille de 1942 à 1945, soit cinq à six fois plus que le Japon !

Les hommes sont certes plus difficiles à remplacer que les avions mais, avec 130 millions d'habitants, les États-Unis sont deux fois plus peuplés que le Japon et, contrairement à leur adversaire, bénéficient de surcroît de toute l'essence nécessaire pour entraîner leurs aviateurs très loin des zones de combat (1)

Il ne faut pas toujours se fier aux bilans comptables...

(1) à ce sujet, Saviez-vous que... On ne peut rien contre l'arithmétique

lundi 14 mars 2011

2929 - le déclic

... si les conflits sont bâtis sur de nombreux mensonges, ils ne se remportent pas seulement avec davantage d'hommes et de meilleures armes que l'adversaire, mais dépendent aussi, bien souvent, d'éléments sinon immatériels du moins difficilement quantifiables, comme le moral du combattant mais aussi celui de l'ouvrier ou du conjoint qui, au pays, et loin derrière le Front, preste de longues heures dans les usines d'armements et, plutôt que de baisser les bras et d'exiger la Paix, reste convaincu de l'utilité de poursuivre la guerre et d'y envoyer ses fils.

Pour entretenir ce moral, il faut des victoires et des héros, soit précisément ce qui manquait à l'Amérique qui, depuis l'attaque japonaise contre Pearl Harbour, le 7 décembre 1941, n'avait cessé d'accumuler les défaites et de perdre pied partout dans le Pacifique.

Le 19 avril 1942, au vu et au su des résultat de son Raid sur Tokyo, et surtout des pertes dans ses propres rangs (soit l'intégralité des seize bombardiers qui lui avaient été confiés, sans parler de la vie de plusieurs aviateurs placés sous son commandement), le colonel Doolittle pensait passer en cour martiale.

Neuf jours plus tard, le 28 avril, il était pourtant promu général et, le 19 mai, de retour aux USA, recevait la plus haute décoration militaire américaine des mains du Président des États-Unis en personne !

Car aussi faibles pouvaient-ils sembler, les résultats du bombardement de Tokyo n'en constituaient pas moins une victoire, et surtout la première réplique positive de l'Amérique depuis Pearl Harbour, une réplique certes modeste mais du moins capable de galvaniser la Nation et de la convaincre que la victoire, finalement, était à portée de mains.

Le Raid sur Tokyo ne changea rien à la guerre, il fut seulement un des déclics qui allaient permettre de la poursuivre...

dimanche 13 mars 2011

2928 - mensonges, mensonges

... les guerres sont bâties sur de nombreux mensonges, et le Raid sur Tokyo n'y fait pas exception.

Jusqu'à la Capitulation, les autorités japonaises continueront de mentir sur la nature exacte des destructions provoquées par ce raid, mais aussi sur le nombre d'appareils américains prétendument abattus par leur défense aérienne.

Les autorités américaines ne seront pas en reste qui, après avoir menti sur la provenance des bombardiers, attendront un an, et le 20 avril 1943, avant de révéler les véritables détails de l'affaire, et admettre que pas un seul des seize bombardiers lancés du Hornet n'avait survécu à la mission.

Cette dernière révélation aurait pu causer un choc aux USA, mais la colère des quelques journalistes qui s'estimèrent floués fut instantanément soufflée, telle la flamme d'une bougie, par une autre révélation opportunément exhumée, celle de l'exécution, survenue à Shanghai quatre mois auparavant, de plusieurs aviateurs du Raid sur Tokyo. désormais devenus des héros intouchables.

Et c'est cette révélation-là que les journalistes, mais aussi le peuple américain dans son ensemble, préféra retenir, ce qui lui était d'autant plus facile que, durant cet intervalle de douze mois, la situation militaire avait radicalement changé sur le terrain...

samedi 12 mars 2011

2927 - Shangri-la

... il n'y a aucune "base secrète" du nom de Shangri-la

Et d'ailleurs, Shangri-la n'existe pas : ce n'est que le nom d'une lamaserie fictive du Tibet, dans laquelle l'auteur James Hilton a situé l'action de son roman Lost Horizon ("Horizon perdu"), paru en 1933.

Roosevelt, donc, a menti, d'abord parce qu'il s'est entiché de l'auteur et du roman - il baptisera d'ailleurs du nom de Shangri-la la retraite présidentielle du Maryland aujourd'hui connue sous le nom de Camp David - et ensuite parce qu'il ne tient pas à révéler les détails du raid sur Tokyo, par souci des aviateurs encore piégés en Chine, bien sûr, mais aussi pour se ménager la possibilité de lancer une attaque analogue dans le futur.

En attendant, et faute de Wikileaks, chacun va devoir imiter le mensonge présidentiel, à commencer par les aviateurs eux-mêmes, astreints au secret militaire mais couverts d'honneurs et de décorations, à l'image de leur chef, James Harold "Jimmy" Doolittle, lequel, loin de passer en cour martiale comme il le craignait, a la surprise d'apprendre, le 28 avril 1942, alors qu'il est toujours en Chine et occupé à rechercher et regrouper ses hommes, qu'il vient d'être promu de deux rangs et donc bombardé brigadier-général !

Le 19 mai suivant, de retour aux États-Unis, il va même recevoir la Médaille d'Honneur du Congrès - plus haute distinction militaire américaine - des mains du Président Roosevelt en personne et, le 1er juin suivant, visitant l'usine North American d'Inglewood, d'où les B-25 sortent à présent comme des petits pains, il parlera lui aussi de la "base secrète de Shangri-la"

Le 24 février 1944, sa propre épouse bouclera en quelque sorte le mensonge, en baptisant elle-même - et bien entendu au champagne - un nouveau porte-avions de la classe Essex qui, rompant radicalement avec les habitudes de la Navy, porte le nom de... Shangri-la.

vendredi 11 mars 2011

2926 - no comment

... Washington, 21 avril 1942

Aux États-Unis, c'est par les communiqués de la radio japonaise, repris par des journaux américains - dont le New-York Times - que l'opinion publique va apprendre l'existence du Raid sur Tokyo.

Des communiqués qui n'ont rien de rassurant, et encore moins d'exaltant, puisqu'en plus d'affirmer que les bombardiers n'avaient tué que des civils innocents, et rien détruit d'autre que quelques écoles et hôpitaux, Radio-Tokyo s'est empressé d'ajouter que neuf appareils avaient été abattus, et leurs équipages capturés.

Et au War Department, aucun officiel n'est là pour faire le moindre commentaire sur cette nouvelle pourtant sensationnelle.

Il faut dire que, vu le silence radio imposé par Halsey avant et après le décollage des B-25, et vu surtout la disparition ultérieure de ceux-ci au-dessus de la Chine, personne à Washington ne connaît les détails de l'affaire, et encore moins le sort de ses protagonistes, que personne ne tient non plus à mettre en danger.

Faute de Wikileaks, qui reste à inventer, il faut donc attendre le 21 avril, et une conférence de Presse du Président Roosevelt, pour que l'Amérique prenne officiellement connaissance de ce raid.

Encore le Président reste-t-il volontairement très évasif : après avoir confirmé le bombardement, et nié les pertes, Roosevelt, à la question d'un journaliste qui lui demande d'où ont décollé les avions, Roosevelt se contente de répondre qu'il sont partis d'une "nouvelle base secrète dans l'Himalaya"

Une base secrète du non de Shangri-la...

jeudi 10 mars 2011

2925 - héros ou zéro ?

... rarement, peut-être même jamais, aura-t-on vu un chef d'escadre perdre en une seule mission l'intégralité des avions et des équipages placés sous son commandement.

Et qui, à part peut-être un scénariste d'Hollywood, pourrait imaginer voir le dit chef échapper à la cour martiale après avoir planifié, préparé et dirigé lui-même une opération militaire non seulement calamiteuse en terme de pertes, mais également désastreuse en matière de résultats ?

Car enfin, sur les seize B-25 qui ont décollé du Hornet et qui devaient être mis au service de Chiang Kaï Chek aussitôt après le Raid sur Tokyo, quinze se sont écrasés en Chine tandis que le seizième a été interné, sans espoir de retour, en Union soviétique, ce qui fait donc 100 % de pertes !

Sur les quatre-vingt aviateurs expérimentés qui ont pris leur envol le 18 avril 1942, onze ont été tués ou capturés par les Japonais, cinq emprisonnés par les Russes,... et tous les autres forcés d'errer de cache en cache pendant des semaines avant, pour certains, de pouvoir enfin retourner au combat et, pour d'autres, de devoir hélas accepter la réforme ou un insipide travail de bureau.

Si les pertes matérielles et humaines sont donc considérables, les résultats proprement militaires sont en revanche négligeables, et de toute manière facilement réparables par l'ennemi, à l'exception éventuelle du porte-avions léger Ryuho, dont l'achèvement sera retardé de plusieurs mois, ce qui, et pour la Marine japonaise de ce début de 1942, est cependant loin d'être une catastrophe (1)

Si on y ajoute le fait que la population chinoise a également payé, au prix de dizaines de milliers de morts, son aide aux aviateurs américains en détresse, le Raid sur Tokyo devrait alors, en toute logique, être considéré comme un épouvantable fiasco, et son responsable, le lieutenant-colonel "Jimmy" Doolittle, traîné en cour martiale puis sévèrement condamné, comme il semble d'ailleurs s'y attendre à en juger par les confidences faites à ses hommes.

C'est pourtant l'inverse qui va se produire...

(1) lorsqu'il entra finalement en service, en décembre 1942, le Ryuho s'avéra par ailleurs un porte-avions médiocre et de peu de valeur militaire

mercredi 9 mars 2011

2924 - le retour des héros

... dans les semaines qui suivront son propre parachutage, Doolittle n'aura de cesse que de retrouver, regrouper, et finalement exfiltrer les soixante-quatorze aviateurs qui, comme lui, ont sauté ou se sont écrasés en territoire chinois après leur raid sur Tokyo.

Avec l'aide de ses alliés du Kuomintang, et de la population chinoise dans son ensemble, il réussira dans cette tâche bien mieux qu'on n'aurait pu l'espérer, puisque soixante-trois d'entre eux échapperont finalement à la mort ou à la captivité.

La plupart de ceux-là reprendront le combat dans les semaines ou les mois à venir, une trentaine sur le Front de Chine et de Birmanie, d'autres en Afrique du Nord ou en Europe.

Plusieurs seront malheureusement tués en opérations avant la fin de la guerre.

Grièvement blessé lors du crash du "Ruptured Duck", le lieutenant Lawson put néanmoins, comme ses autres camarades, être transporté en lieu sûr par des villageois, mais il n'échappa hélas pas à l'amputation de la jambe gauche.

Rapatrié aux États-Unis par avion, il fut réformé en février 1945, après avoir servi comme officier de liaison au Chili et, surtout, après avoir écrit "Thirty seconds over Tokyo", dont Hollywood réalisa immédiatement un film, avec l'acteur Van Johnson pour camper son personnage, et Spencer Tracy dans celui de Doolittle.

Un Doolittle quant à lui résigné à subir la cour martiale...

mardi 8 mars 2011

2923 - un procès de parodie

... les Chinois, aussi nombreux qu'on puisse les tuer, ne constituent cependant qu'un piètre substitut aux Américains qui ont osé bombarder Tokyo, Yokohama ou Kobe.

Mais malgré tous ses efforts, l'Armée impériale est incapable de mettre la main sur d'autres aviateurs que les huit qu'elle a déjà capturés.

Ceux-ci, il va sans dire, ont déjà été soumis à un large éventail de tortures et de mauvais traitements, mais cela ne suffit manifestement pas à venger l'Honneur nippon, ce pourquoi ils vont maintenant faire les frais d'un procès de parodie, qui les condamnera bien évidemment à la peine capitale, pour "crimes de guerre contre des civils" - ce qui est tout de même un comble au vu de ceux perpétrés depuis 1931 par l'Armée japonaise contre les civils chinois !

Le 15 octobre 1942, le lieutenant Hallmark (pilote du 02298 "The Green Hornet"), le lieutenant Farrow et le sergent Spatz (respectivement pilote et mitrailleur du 02268 "Bat out of Hell") seront exécutés à Shanghai

Sans doute pour s'épargner toute fatigue, c'est dans un cimetière public qu'on les fusillera...

Après Pearl Harbor, après Wake Island, après la death march de Bataan, l'annonce officielle des exécutions, dans laquelle les autorités nippones ne mentionneront cependant ni le nombre ni l'identité des victimes, va - si cela était encore possible - alimenter le ressentiment d'une opinion publique américaine, plus que jamais encline à ne considérer les Japonais que comme de la vermine à exterminer...

Les cinq autres prisonniers verront quant à eux leur sentence commuée en réclusion à perpétuité... et à un constant régime de famine et de mauvais traitements qui se traduira par la mort du lieutenant Meder (copilote du 02298), le 1er décembre 1943.

Les quatre autres survivront à la captivité mais ne retrouveront la liberté qu'en août 1945, à la Capitulation du Japon, trois après leur raid historique sur Tokyo...

lundi 7 mars 2011

2922 - venger l'affront

... recueillis par des villageois, soignés tant bien que mal, régulièrement transférés d'un endroit à un autre par les soldats ou les sympathisants du Kuomintang (1), les aviateurs américains vont, pendant des semaines, jouer à cache-cache avec l'armée japonaise qui, bien décidée à venger l'affront, déploie tous les moyens possibles pour les retrouver et les arrêter.

Et les Japonais sont si ulcérés qu'ils vont rapidement déclencher une véritable offensive militaire dans les provinces du Zhejiang et du Jiangxi.

Officiellement, il s'agit de mettre la main sur les "bandits américains" qui y ont atterri. Mais il s'agit surtout d'empêcher les Chinois de leur porter assistance, de les punir lorsqu'ils l'ont fait (ou qu'on les suspecte de l'avoir fait),... et de les dissuader à tout jamais de venir à nouveau en aide à des aviateurs alliés en détresse.

Des villages, et même des villes entières, vont ainsi être rasés, et des dizaines de milliers de civils massacrés, au cours de cette opération qui, pourtant, ne se refermera que sur le vide : les Doolittle Boys réussissant non seulement à échapper à la traque, mais même à se regrouper et, finalement, à quitter le pays par avions.

Car la Chine est immense, et les soldats japonais jamais assez nombreux pour ce pays que Tokyo tente en vain de conquérir depuis une décennie.

Lorsqu'ils se retireront, fin août, ce sera après avoir répandu, en guise de souvenir, force bacilles du choléra ou de la peste, généreusement fournis par la tristement célèbre Unité 731 de guerre bactériologique (2)

Après-guerre, on estimera à environ 250 000 - le chiffre est hallucinant ! - le nombre de civils chinois qui auront fait les frais de ces quatre mois de campagne (3)

250 000 "victimes collatérales" du Raid sur Tokyo...

(1) fondé par Sun Yat-Sen en 1912, le Kuomintang, ou "parti nationaliste chinois", était le parti du généralissime Chiang Kaï-Chek
(2) Saviez-vous que... 393-394
(3) de même, on estime à environ 10 millions le nombre de civils chinois tués par l'armée japonaise entre 1931 et 1945

dimanche 6 mars 2011

2921 - la faute à Nankin

... dans leur infortune, les aviateurs américains peuvent au moins compter sur les soldats et partisans de Chiang Kaï-Chek... mais aussi sur le soutien de l'immense majorité des civils chinois, prêts à les aider malgré - ou à cause - de la répression japonaise.

Dès le début des années 1930, l'Empire du soleil a en effet entrepris la conquête puis l'asservissement de l'Empire du milieu.

Dès l'entame, en Mandchourie, l'une et l'autre se sont hélas caractérisés par un incroyable déchaînement de brutalités et de violences, lesquelles ont finalement trouvé leur apothéose - si l'on ose dire - en décembre 1937, par la prise suivie du saccage de la ville de Nankin. (1)

Nankin et sa monstrueuse boucherie à ciel ouvert, dans laquelle ont péri quelque 300 000 Chinois, soit deux fois plus qu'à Hiroshima ou Nagasaki, mais aussi deux fois plus qu'à Carthage, en - 146, lorsque les légionnaires de Scipion Émilien s'emparèrent de la ville et passèrent tous les défenseurs au fil de l'épée, ou encore trois fois plus qu'à Delhi, en 1398, lorsque les guerriers de Tamerlan exécutèrent 100 000 prisonniers "trop encombrants".

Nankin, où hommes, femmes, enfants, vieillards, ont été exécutés à la mitrailleuse lourde, décapités au sabre, arrosés d'essence et brûlés vifs, ou encore liés vivants à des poteaux, pour que les soldats japonais puissent s'exercer au maniement de la baïonnette...

Nankin, et ses dizaines de milliers de femmes violées par la troupe, puis dépecées, éventrées, clouées aux portes, les seins coupés au couteau, un bambou ou une baïonnette dans le vagin; Nankin, et ses pères contraints de violer leur fille, et les enfants leur mère, le tout sous le regard goguenard des soldats japonais qui, pour un mot en trop, faisaient sauter les têtes ou enterraient vivants leurs prisonniers jusqu'à la taille,... avant de les regarder se faire dévorer par des chiens...

Nankin, donc, devenu le symbole de la barbarie japonaise, mais aussi le terreau de la résistance à celle-ci.

Une résistance dont les Doolittle Boys vont à présent pouvoir profiter

(1) Saviez-vous que... Le viol de Nankin

samedi 5 mars 2011

2920 - au coeur des ténèbres

... 19 avril 1942, minuit

A court d'essence, la plupart des aviateurs américains ont donc évacué leur B-25 en parachute alors que quelques-uns ont tenté l'atterrissage forcé. Mais, dans un cas comme dans l'autre, le contact avec la terre chinoise ne s'est pas effectué sans casse.

Le 02270 "Whisky Pete" compte un tué et un blessé grave; deux membres du 02298 "The Green Hornet" se sont noyés; à l'exception du mitrailleur, tous les occupants du 02261 "The Ruptured Duck" sont blessés (son pilote, et futur auteur de "30 seconds over Tokyo", le lieutenant Lawson, devra bientôt être amputé de la jambe gauche); le copilote du 02240 "Hari Kari-Er" a une rotule brisée, et le mitrailleur du 02278 "Fickle Finger" un pied cassé.

Et même ceux qui ont la chance de s'en sortir sains et saufs, à commencer par Doolittle lui-même, errent à présent dans le noir, épuisés et se sachant non seulement séparés les uns des autres par plusieurs dizaines de kilomètres, mais également piégés en plein territoire ennemi avec rien, si ce n'est parfois un simple pistolet, pour se défendre.

Mais les plus à plaindre - comme nous allons le voir - sont cependant ceux qui vont tomber entre les mains des Japonais dans les heures qui viennent, à savoir les trois survivants du "Green Hornet" et les cinq membres d"équipage du 02268 "Bat Out of Hell" au nom décidément maudit (1)

(1) rappelons que cet avion avait déjà sectionné le bras d'un marin lors de son décollage du Hornet

vendredi 4 mars 2011

2919 - châtier les coupables

... alors que la marine impériale japonaise est occupée à s'époumoner en vain contre des navires américains qui ont depuis longtemps disparu, au Japon-même, les efforts de la chasse et de la DCA sont irrémédiablement gâchés tant par l'absence de moyens que de renseignement et de coordination.

A l'instar des Américains à Pearl Harbour, personne n'avait réellement imaginé se retrouver un jour sous les bombes, et tous les exercices de défense antiaérienne menés depuis le début des hostilités - et même avant - n'avaient finalement servi qu'à entretenir une ambiance guerrière de bon aloi au sein de la population.

Le désarroi des autorités après le raid n'en est donc que plus grand, et la première réaction, là comme ailleurs, est de rassurer les uns et les autres, ce qui implique tout à la fois de minimiser les dégâts réellement subis (on parlera seulement de "quelques petits incendies"), et d'exagérer les pertes infligées à l'adversaire qui, à en croire la Propagande officielle, aurait vu une dizaine de ses avions abattus !

Ceci fait, reste évidemment à trouver quelques incompétents à blâmer, à commencer par le chef de la défense aérienne de Tokyo qui, s'estimant déshonoré, ne tarde pas à se faire seppuku.

Reste enfin à châtier avec la plus extrême sévérité ceux qui se sont rendus coupables de ce monstrueux forfait contre le peuple japonais, c-à-d, en tout premier lieu, les aviateurs américains qui ont participé au raid... et les civils chinois qui leur offrent à présent asile.

La vengeance du Japon à l'égard des uns et des autres est en marche.

Elle sera terrible

jeudi 3 mars 2011

2918 - après les bombes

... mais avant de nous intéresser au sort des équipages occupés à se crasher ou se parachuter en territoire chinois, il importe de revenir quelques heures en arrière, et dans le camp japonais, où le message du patrouilleur Nitto Maru annonçant l'approche d'une escadre américaine est loin d'avoir suscité l'attention qu'il aurait dû.

Comme cela avait déjà été le cas, côté américain, à Pearl Harbour, le dit message va mettre une éternité pour se rendre jusqu'aux échelons supérieurs de la hiérarchie militaire et, lorsqu'il y parviendra enfin, ce sera en même temps que les bombes !

Aussitôt averti, l'amiral Nobutake Kondo, qui venait de mouiller à Yokosuka avec la 2ème flotte, repart à la mer peu avant midi... et l'arrivée du 02247 "The Avenger" qui, nullement gêné par tout ce branlebas, va réussir à placer une bombe sur le porte-avions Ryuho en achèvement.

Son homologue de la 1ère flotte, Shiro Takasu, appareille quant à lui d'Hiroshima avec quatre cuirassés, tandis que Chuichi Nagumo - celui-là même qui a dirigé l'attaque contre Pearl Harbor - cingle à toute vapeur vers le Japon.

Mais Halsey, dont la flottille a fait demi-tour vers Hawaï aussitôt après avoir lancé ses B-25, est déjà trop loin pour Kondo et Takasu et, a fortiori, pour Nagumo dont les porte-avions, qui viennent de se couvrir de gloire dans l'Océan indien au détriment des Britanniques (1), sont encore à la hauteur de Taïwan.

Au grand désespoir des responsables japonais, les griffes de la Marine impériale ne se referment donc que sur une mer vide de tout navire américain...

(1) du 5 au 9 avril, les Britanniques avaient perdu le porte-avions Hermes, deux croiseurs lourds et plusieurs autres bâtiments

mercredi 2 mars 2011

2917 - l'heure du choix

... les côtes chinoises, 18 avril 1942, 20h20

Après 12 heures de vol, le 02344 - l'avion de Doolittle - vient de franchir la côte chinoise, mais à bord, c'est l'inquiétude, et non le soulagement, qui domine.

La radio reste désespérément muette et dehors, il fait nuit noire. Pour tenter de se repérer, ou du moins de trouver un terrain sur lequel se poser, Doolittle remonte à 8 000 pieds (environ 2 500 mètres) mais après plus d'une heure d'efforts infructueux, les réservoirs sont à sec.

Il faut choisir entre l'atterrissage forcé dans l'obscurité, ou le saut en parachute. A 21h20, les cinq hommes du 02344 optent pour la seconde solution et évacuent l'appareil, qui s'écrase sur une colline quelques instants plus tard.

Cette fois, la Chance a fini par tourner le dos aux Doolittle Boys, lesquels, dans les minutes qui vont suivre, se retrouvent tous confrontés au même choix : se crasher ou sauter.

Tout comme ceux du 02344, les hommes du 02270 "Whisky Pete" choisissent de sauter, bientôt imités par ceux des 02282, 02283, 02303 "Whirling Dervish", 02250 (le seul à avoir été endommagé au-dessus de Tokyo), 02249 "Hari Kari-Er", du 02278 "Fickle Finger", du 02247 "The Avenger", et du 02297.

Le 02298 "The Green Hornet" doit quant à lui effectuer un amerrissage forcé sur le littoral, de même que le 02261 "Ruptured Duck" et le 02267 "TNT".

Le 02292 tente pour sa part d'atterrir dans un champ de riz, mais si l'opération se déroule relativement bien, les aviateurs sont ensuite contraints d'incendier eux-mêmes leur appareil, par crainte qu'il ne tombe entre les mains des Japonais.

Le pilote du 02268 "Bat Out of Hell" n'est pas plus heureux qui, après avoir ordonné à son équipage de sauter, crashe ensuite son B-25 près de Ningpo.

Au final, et en quelques minutes, quinze B-25 flambants neufs viennent ainsi d'être expédiés au paradis de la ferraille...

mardi 1 mars 2011

2916 - lumières de Chine

... contrairement au 02242 qui vient de se dérouter vers la Sibérie, tous les autres B-25 - soit quinze appareils - poursuivent la mission selon le plan prévu qui, après leur avoir fait traverser le Japon d'Est en Ouest, doit finalement les mener jusqu'en Chine après un nouveau vol de plusieurs heures au-dessus de la Mer de Chine orientale

Ce plan, rappelons-le, prévoit également de faire atterrir les B-25 dans la province du Zhejiang, et sur des terrains sécurisés et balisés par les partisans de Chiang Kaï-Chek,... mais le problème, c'est que le dit plan est totalement inapplicable !

C'est d'abord une question de timing puisque les avions, comme nous l'avons vu, ont décollé avec une dizaine d'heures d'avance sur l'horaire, en sorte que personne au sol, ne s'attend à les voir arriver... et d'autant moins qu'une série de cafouillages, mais aussi le silence radio imposé par Halsey, ont empêché toute communication de ce changement d'horaire.

C'est ensuite une question de météo : parfaite au moment du bombardement, celle-ci ne va cesser de se détériorer par la suite et à mesure que l'on se rapproche du territoire chinois, en sorte qu'au moment où le premier B-25 - celui de Doolittle - aborde les côtes chinoises, après douze heures de vol, les conditions sont devenues infectes, et il fait désormais nuit noire.

Et il y a enfin, et surtout, le problème du carburant : ayant décollé 300 à 400 kms plus loin que prévu, les B-25 ont également allongé leur temps de vol d'une à deux heures, et consommé l'essence qui leur aurait peut-être permis de trouver des terrains sur lesquels se poser en sécurité...

lundi 28 février 2011

2915 - transsibérien

... totalement prises au dépourvu par l'attaque des B-25, les défenses nippones sont quant à elles inexistantes ou, au mieux, très peu efficaces : le 02250 est légèrement endommagé par la DCA au-dessus de Tokyo, et le 02282 contraint de se débarrasser prématurément de ses bombes après avoir aperçu des avions japonais.

Peu de choses en somme, et rien pour empêcher les B-25, les soutes à présent vides, de détaler à basse altitude et sans demander leur reste.

Mais cette fois, la Chance, jusqu'ici sans faille, commence à se lasser : sur le 02242 du capitaine York - le 8ème à bombarder Tokyo - la tourelle dorsale est complètement bloquée et, surtout, un des moteurs donne d'inquiétants signes de faiblesse... ainsi qu'un appétit de plus en plus inconsidéré pour le carburant.

Un rapide calcul amène le pilote à comprendre qu'il ne réussira pas à rallier la Chine avec ce qui lui reste dans les réservoirs. Cap donc sur l'URSS, et plus exactement sur la Sibérie et Vladivostok.

Seulement voilà : bien qu'elle soit grande bénéficiaire de l'aide américaine contre l'Allemagne nazie - une aide qui lui apportera notamment près de 900 B-25 - l'URSS est neutre dans la lutte contre le Japon (1).

Et si l'atterrissage du 02242 se passe finalement sans encombre - ce sera bien le seul ! - le B-25 et son équipage sont immédiatement internés par les autorités soviétiques.

Après plus d'un an de captivité, les cinq hommes parviendront néanmoins à s'enfuir par l'Iran, et à rallier les États-Unis, où ils débarqueront en mai 1943, mais l'avion, lui, sera confisqué et incorporé au sein des VVS soviétiques, puis vraisemblablement ferraillé en 1950...

(1) l'URSS ne déclara la guerre au Japon que le 8 août 1945, deux jours après le bombardement américain sur Hiroshima.

dimanche 27 février 2011

2914 - 30 secondes sur Tokyo

... dans l'imaginaire collectif, le Raid de Doolittle, c'est avant tout le film "Thirty seconds over Tokyo", réalisé en 1944 par Mervyn LeRoy, d'après le livre que le lieutenant Lawson, pilote du B-25 "Ruptured Duck", écrivit lui-même bien après son retour aux États-Unis.

Historiquement assez fidèle dans l'ensemble, ce film pèche cependant sur de nombreux points,... à commencer par le fait que Tokyo ne fut pas la seule ville prise pour cible, et aussi que le survol de la capitale japonaise dura en réalité plus de cinq minutes, vu l'étendue de celle-ci.

Surtout, et pour des raisons tenant autant de la cinématographie que de la Propagande, il donne de ce bombardement des images dignes de l'Apocalypse, avec force immeubles qui s'effondrent et usines qui s'embrasent.

Des images qui ne peuvent qu'inciter le spectateur à croire que la ville fut presque entièrement rasée cet après-midi là.

Rien n'est plus faux : avec seulement une tonne de bombes par avion, le raid ne va en fait causer que des dégâts minimes - il ne peut d'ailleurs en être autrement - et des dégâts qui seront de surcroît vite réparés, au point que la majorité des habitants n'apprendra le bombardement que par ouï-dires.

En définitive, et n'en déplaise à Hollywood, le seul résultat digne d'intérêt au plan militaire est obtenu par le 02247 "The Avenger", seul appareil à bombarder Yokosuka et qui, par un coup de chance inouï, parvient à placer une de ses quatre bombes de 227 kilos sur le porte-avions léger Ryuho, alors en achèvement et dont la mise en service va par la-même être retardée de plusieurs mois (1)

(1) né ravitailleur de sous-marins, le Ryuho se trouvait à Yokosuka depuis décembre 1941, afin d'être converti en un porte-avions léger de 15 000 tonnes.

samedi 26 février 2011

2913 - midi, heure de Tokyo

... Tokyo, 18 avril 1942, 12h00

A Tokyo, les 7 millions d'habitants de la ville se préparent à un nouvel après-midi paisible, rythmé par haut-parleurs de la Propagande installés dans toutes les rues et qui, depuis le début de la guerre, diffusent musiques militaires, slogans patriotiques et, bien entendu, annonces de victoires toutes plus grandioses les unes que les autres.

Les combats se déroulent au loin, à des milliers de kilomètres et, de toute manière, fantassins, marins et aviateurs japonais sont des surhommes très supérieurs à tout ce que l'ennemi occidental peut leur opposer.

Les Indes néerlandaises et leur précieux pétrole - objectif et enjeu de toute cette guerre - sont japonais depuis un mois; les Américains se sont rendus à Bataan le 9 avril et ceux de Corregidor n'en ont plus pour longtemps; l'Australie vit à présent dans la psychose d'un débarquement nippon et, pas plus tard que la veille, l'Armée impériale japonaise vient d'infliger une nouvelle humiliation à la Grande-Bretagne, en prenant le contrôle de toute la Birmanie, et en rejetant les troupes anglaises jusqu'aux Indes.

L'heure donc, est au triomphalisme, et comment pourrait-on imaginer que non loin de là, en mer, un sous-marin américain, le USS Thresher (SS-200), vient de passer plusieurs jours à expédier des prévisions météorologiques à une flottille américaine dont les avions ne sont désormais plus qu'à quelques kilomètres de la ville...

vendredi 25 février 2011

2912 - sous les vivats japonais

... 18 avril 1942, 12h00

Dans les B-25 qui, après cinq heures de vol, voient à présent se dessiner les côtes japonaises, la tension des équipages est à son maximum.

La tension, mais aussi l'étonnement, celui de ne pas apercevoir le moindre chasseur ennemi dans le ciel, et surtout celui de se voir constamment acclamés par les pécheurs, puis les cultivateurs, qu'ils survolent à basse altitude !

Anesthésiés depuis le début de la guerre par les discours triomphants de la Propagande, ces derniers n'ont évidemment aucune raison d'imaginer que cette guerre, dont ils croyaient les conséquences réservées aux seuls ennemis du Japon, vient tout juste de les rattraper, et que les avions qu'ils voient en ce moment passer en trombe ne sont pas les leurs.

Et d'ailleurs l'Amérique est loin, à des milliers de kilomètres. Comment des avions ennemis pourraient-ils parvenir jusqu'ici, et aussi déjouer la vigilance de la Marine et de l'Aviation impériales ?

A moins qu'ils ne soient leurrés par le grand rond rouge que les avions américains arborent encore en plein centre de leur cocarde (1), et qui évoque à ce point celui des avions japonais qu'il a déjà donné lieu à maintes méprises tragiques...

(1) depuis le 1er janvier 1921, la cocarde apposée sur les avions militaires américains comprenait un disque rouge au centre d'une étoile blanche, elle-même inscrite dans un disque bleu. Source de confusion avec les avions japonais, le disque rouge fut supprimé par une ordonnance du 15 mai 1942