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samedi 4 avril 2009

2218 - une histoire sans morale

... en Normandie, la stabilité dans le haut-commandement allié contrasta singulièrement avec la situation que vécut la Wehrmacht qui, de juin à septembre, connut quatre, voire cinq (1) commandants suprêmes, par ailleurs tous soumis aux incessantes interférences de Hitler... lequel faillit lui-même devenir la victime d'un attentat fomenté par ses propres généraux

Mais si les Alliés affichaient un Front uni, celui-ci n'était en vérité que de façade. Au niveau politique déjà, Roosevelt avait, dès le début de 1944, largement hypothéqué sa complicité avec Churchill pour se rapprocher de Staline, ce qui l'avait conduit à imposer à la Grande-Bretagne de débarquer massivement en France alors que celle-ci entendait poursuivre son petit bonhomme de chemin en Italie, en attendant d'en faire de même dans les Balkans,... au détriment des intérêts russes.

Si Roosevelt voulait débarquer en France, il n'entendait cependant pas le faire en compagnie du chef autoproclamé des Français, ce de Gaulle dont il se méfiait énormément et qui, pour sa part, le méprisait tout aussi souverainement,... même si le Français, pour combattre les Panzers allemands avait désespérément besoin d'un matériel de guerre que seul l'Américain pouvait lui fournir.

Au plan militaire, l'obligation de ménager la susceptibilité des Britanniques qui, après tout, étaient en guerre depuis bien plus longtemps qu'eux, avait poussé les Américains à confier à Eisenhower un rôle essentiellement politique, et à laisser aux Anglais, et particulièrement à Montgomery, la conduite des opérations sur le terrain.

Mais avec la montée en puissance de l'US Army et, il faut bien le dire, les résultats fort décevants des Anglo-Canadiens, ce compromis était intenable à terme. On finit d'ailleurs, à partir d'août 1944, par voir les Américains prendre toute la place, suscitant l'amertume de leurs alliés anglais.

Si chaque faction alliée cherchait à tirer la couverture, et le maximum de pouvoirs et de moyens, dans son propre camp, chacune s'entendait également pour tenter de minimiser les pertes chez elle, et donc pour les reporter sur les épaules des autres.

Américains, Britanniques, Canadiens, Français, Polonais,.. tout le monde était convaincu d'en faire plus que sa part, accusait l'autre de ne pas en faire assez, et aurait assurément souhaité que les Russes fassent tout à leur place,... si cela n'avait signifié pour chacun la perspective de voir le drapeau rouge flotter ensuite sur toute l'Europe libérée, à commencer par la Pologne, cette Pologne pour laquelle tout le monde était entré en guerre en 1939, cette Pologne que l'Armée rouge avait envahie en compagnie des Allemands, et qu'elle s'apprêtait maintenant à libérer de ces mêmes Allemands, pour mieux l'occuper à elle seule pendant les quarante et quelques années qui suivraient.

Loin d'être le coup d'envoi d'une ardente et unanime "Croisade pour la Liberté", synonyme de lendemains idylliques, le Débarquement de Normandie, opération multinationale par excellence puisque comptant dans ses rangs des soldats polonais chassés de chez eux en 1939, le Débarquement de Normandie, donc, fut donc, d'abord et avant tout, une simple juxtaposition ponctuelle d'intérêts particuliers, provisoirement convergents et réunis sous une bannière commune ce qui, pour les peuples libérés, était finalement l'essentiel.

L'Histoire, on le sait, n'a pas de morale...

(1) si l'on tient compte de la position de Rommel à la tête du Groupe d'Armées B, théoriquement assujetti à l'Ob-West de von Runstedt mais bénéficiant en pratique d'une large liberté de manoeuvre et d'un accès direct à Hitler

vendredi 3 avril 2009

2217 - le théorème de Patton

... comme le souligna un jour Patton avec sa franchise coutumière, ce n'est pas en mourant héroïquement pour son pays qu'un connard gagne une guerre, mais bien s'arrangeant pour que ce soit le connard d'en face qui, héroïquement ou non, meure, pour le sien.

En Normandie, les soldats alliés étaient globalement moins aguerris et moins motivés que les soldats de la Wehrmacht.

C'était particulièrement vrai pour les soldats américains, qui cumulaient à vrai dire tous les défauts, du manque de motivation au mal du pays, en passant par l'impatience, l'indiscipline, un moral fragile ou encore une totale incompréhension des raisons et enjeux qui les avaient menés à devoir risquer leur vie sur le sol français

Mais les Alliés, et particulièrement les Américains, disposaient en revanche d'une Aviation et d'une logistique sans commune mesure avec celle dont bénéficiaient les Allemands.

Il arrivait certes aux avions de rater leurs cibles, et même de bombarder leurs propres troupes. Il leur arrivait aussi - et c'était bien plus fréquent - d'obtenir des résultats bien moins impressionnants que prévus et revendiqués.

Mais c'est bel et bien grâce à l'appui constant de leur "cavalerie aérienne" que les fantassins et tankistes alliés furent en mesure, dans un premier temps, de repousser toutes les tentatives de la Wehrmacht pour les rejeter à la mer puis, à partir de Cobra, de réussir une percée qui finit au bout du compte par rejeter cette même Wehrmacht hors de Normandie.

De même, si la logistique alliée n'était pas - comme on allait bientôt s'en apercevoir - à l'abri de toute défaillance, elle avait néanmoins permis aux troupes débarquées de toujours bénéficier des renforts, des rations, des munitions, de l'essence ou encore des tanks et véhicules de remplacement nécessaires à la poursuite de la lutte alors que, du côté allemand, la Wehrmacht n'eut d'autre choix que de puiser dans ses réserves jusqu'à ce qu'elles disparaissent, faute de réapprovisionnement.

La Bataille de Normandie fut d'abord et avant tout celle des usines, des bateaux, des trains et des camions...

jeudi 2 avril 2009

2216 - la première victime d'une bataille

... on a coutume de dire que la première victime d'une bataille est toujours le plan de la bataille, et celle de Normandie n'y fait certes pas exception.

Contrairement à ce que craignaient les Alliés - et à ce qu'espéraient les Allemands - le débarquement en lui-même fut finalement bien plus facile et moins meurtrier que prévu : même à Omaha, le si redouté "Mur de l'Atlantique" ne résista pas plus d'une journée, et les pertes globales furent inférieures à 5 000 hommes, soit moins de 3 % des effectifs engagés.

La suite des opérations fut en revanche bien moins facile que prévu : alors que les Alliés, en réussissant à débarquer, croyaient avoir fait le plus dur, ils se trouvèrent ensuite confrontés à une interminable et fort meurtrière guerre d'attrition, pour laquelle ils ne s'étaient nullement préparé, et qui provoqua une explosion des pertes et une dégringolade du moral.

Lorsque, après avoir appris de leurs erreurs, et bien davantage par l'improvisation et le bricolage que par la réflexion stratégique, ils furent enfin en mesure, avec l'Opération Cobra, de réaliser la percée tant attendue, ils furent à ce point stupéfaits pas l'ampleur et la rapidité de celle-ci qu'ils laissèrent passer, à Falaise, l'occasion d'infliger à la Wehrmacht un second Stalingrad dont elle ne se serait peut-être pas relevée.

Et à présents convaincus d'en avoir fini avec l'Allemagne avant Noël, ils allaient bientôt goûter à l'amertume d'une panne d'essence qu'ils n'avaient jamais imaginée, et à une guerre qui allait encore durer de nombreux mois.

Quant aux deux ports artificiels, construits à grands frais et dont chacun espérait monts et merveilles, un seul entra finalement en service, pour s'avéra en définitive bien moins efficace que l'antique - et gratuite - méthode de l'échouage sur le sable.

Du côté allemand, le lieu du Débarquement allié, et l'inefficacité criante du "Mur de l'Atlantique" à le contenir, déjouèrent tous les pronostics.

Ainsi en fut-il également des "armes miracles", et en particulier des fusées V1, qui finirent toutes par tomber aux mains des Alliés sans jamais avoir été en mesure de changer le cours de la guerre.

Mais alors que personne n'avait conçu ni même imaginé la moindre défense derrière ce fameux mur, le relief normand, avec ses innombrables haies, se révéla pour les Panzers un allié aussi puissant qu'inattendu... du moins jusqu'à ce que les Américains réussissent à lancer depuis Saint-Lô une attaque que les Allemands attendaient à Caen, et du fait des Anglo-Canadiens.

Et quand Hitler voulut contrer cette attaque (Opération Luttich) en prenant les Américains au piège entre Mortain et Avranches, c'est la Wehrmacht qui, entre Argentan et Falaise, finit par se retrouver piégée par la manoeuvre d'enveloppement des Américains, et finalement contrainte d'abandonner la Normandie et de se replier de l'autre côté de la Seine...

mercredi 1 avril 2009

2215 - la fable du Sherman et du Panther

... la Bataille de Normandie, ce fut un peu la fable du Sherman et du Panther (soit des deux meilleurs tanks de leur patrie respective), et aussi de deux conceptions différentes de faire la guerre.

Supérieur en puissance de feu comme en blindage, le Panther aurait logiquement dû s'imposer, mais il fut pourtant vaincu, tout comme le fut le reste de l'armée allemande, pourtant globalement plus aguerrie, mieux entraînée et mieux commandée.

Certes, la plupart des Panther détruits, et des fantassins allemands tués, ne le furent pas par les obus des Sherman ni les balles des GI's, mais bien par les bombes et les roquettes d'une aviation alliée qui pouvait opérer en toute impunité, et contre laquelle ni le blindage du tank ni le talent ou le courage personnel du combattant ne pouvaient rien.

En combat singulier, a-t-on coutume de faire observer, le Panther et le soldat allemand l'emportaient presque toujours sur le Sherman et le soldat américain et, plus généralement, sur n'importe quel tank ou soldat allié.

La guerre n'est cependant pas un combat singulier, mais un combat d'équipe, donc de logistique ainsi que d'exploitation des moyens dont on dispose, et du terrain sur lequel on évolue.

Tant que la lutte se limita à une guerre de positions, tant qu'elle fut menée sur un Front statique, c-à-d en gros jusqu'à la fin juillet 1944, chars Panther et soldats allemands, intelligemment camouflés dans le bocage, purent infliger de sévères pertes aux Sherman et aux soldats alliés, même lorsque ces derniers disposaient de l'avantage du nombre.

Mais une fois le Front percé, et la guerre devenue mobile, les uns et les autres durent s'incliner devant des adversaires à la fois plus rapides et plus nombreux qu'eux.

Trop lourds, trop lents, trop difficiles à entretenir, et mécaniquement trop fragiles, les Panther - et plus encore les Tiger - furent alors débordés et asphyxiés sous le nombre, puis finalement abandonnés et incendiés par leurs propres équipages, qui ne disposaient plus d'assez d'essence pour les faire avancer, ni du temps et des pièces de rechange nécessaires pour les réparer.

Ainsi en fut-il également de l'Infanterie allemande qui, faute d'effectifs, de camions et, là encore, d'essence en suffisance, fut d'abord incapable de contrer une offensive alliée bien trop rapide pour elle, puis finalement contrainte de retraiter, en abandonnant derrière elle la quasi-totalité de son matériel, devenu impossible à transporter.

Le paradoxe de la Wehrmacht en Normandie, c'est d'avoir été la victime d'un concept - la Blitzkrieg, la "guerre-éclair" - qu'elle avait elle-même inventé cinq ans plus tôt, mais dans lequel elle était désormais irrémédiablement surclassée...

mardi 31 mars 2009

2214 - victoire ou demi-défaite ?

... en cherchant à minimiser les pertes dans leurs propres rangs lors de la Bataille de Falaise, et en laissant par conséquent s'échapper une bonne partie de l'Infanterie allemande, les Alliés ont-ils réellement prolongé la guerre de plusieurs mois, et se sont-ils dès lors condamnés à perdre bien davantage de soldats ?

Beaucoup d'historiens ont fait remarquer que la résistance inattendue de la Wehrmacht à partir de l'automne, en particulier à Arnhem, suivie de la tout aussi inattendue contre-offensive des Ardennes, au début de l'hiver, s'expliquaient par le fait qu'en la laissant s'échapper de Normandie sans trop de casse, les Alliés lui avaient ainsi offert l'opportunité de se réorganiser et de se rééquiper pour les combats ultérieurs.

Bien que très pertinente, cette analyse fait cependant l'impasse sur ce qui, résistance allemande ou pas, allait vite devenir le problème principal des Alliés : le ravitaillement, et en particulier le ravitaillement en essence.

Tant que le Front était resté immobile et cantonné à une guerre de positions, les armées alliées s'étaient montrées remarquablement frugales et l'Intendance, bien que ne disposant pas d'infrastructures portuaires en suffisance, s'était révélée en mesure de remplacer tanks, véhicules et matériels détruits, ainsi que de fournir rations alimentaires pour les soldats, obus pour les canons, et essence pour les moteurs.

Mais la percée des Américains lors de Cobra, rapidement suivie par la progression fulgurante de l'ensemble des armées alliées, allaient bouleverser cet équilibre.

[Début août] "Les forces américaines disposaient de 9 jours d'avance pour les munitions, de 16 jours pour l'essence. (...) A J+98 (12 septembre 1944), les armées atteignaient en effet une ligne qu'elles auraient dû atteindre à J+350. 260 jours de campagne avaient ainsi été concentrés en 19. Cette avance frénétique accrut la consommation des unités. La 1ère Armée américaine brûla à elle seule, le 24 août, 3 552 626 litres de carburant et, à la fin août, les réserves étaient à sec. La 1ère Armée ne disposait que de 0.31 jour pour l'essence, la 3ème de 0.007 jour" (1)

A la consternation de l'État-major et des soldats alliés, ce serait à présent la logistique qui, jusqu'en janvier de l'année suivant, allait dicter sa loi, tout comme elle l'avait dictée aux Allemands tout au long de la Bataille de Normandie...

(1) Wievioka, page 345

lundi 30 mars 2009

2213 - un nouveau Stalingrad ?

... à mesure que le goulot se rétrécit, le chaos dans la Poche de Falaise devient indescriptible.

Pourtant, lorsque les Alliés, et en particulier les Polonais retranchés sur le Mont Ormel, parviennent enfin, le 21 août, à refermer la nasse, les deux-tiers des quelques 150 000 soldats allemands qui s'y trouvaient piégés ont bel et bien réussi à s'échapper.

Ne restent plus dans la Poche que 30 000 à 40 000 soldats, qui iront terminer la guerre dans des camps de prisonniers, et 5 000 à 10 000 cadavres, souvent atrocement déchiquetés.

En laissant à l'Aviation le plus gros du travail, et ce afin de minimiser les pertes dans leur propre infanterie, les Alliés ont perdu trop de temps, et laissé passer la chance de transformer leur victoire en triomphe, et la défaite allemande en un second Stalingrad.

Certes, la plupart des soldats allemands qui sont parvenus à passer entre les mailles du filet l'ont fait à pieds, en abandonnant derrière eux la plus grande partie de leur matériel

Sur des kilomètres carrés, la campagne normande s'est en effet métamorphosée en un gigantesque parc à ferrailles, où s'entassent pêle-mêle plusieurs centaines de tanks et des milliers de canons et de véhicules divers... que l'industrie allemande parviendra hélas à remplacer dans une large mesure.

Mais en cette fin d'août 1944, nous n'en sommes pourtant pas encore là. Le 17, Orléans est libérée; le 25, le général von Choltitz capitule à Paris; Rouen tombe le 30, Amiens, le 31; le 4 septembre, c'est au tour de Lilles, Anvers et Bruxelles.

De désespérément statique, le Front est devenu si mobile que les soldats voient déjà l'Allemagne vaincue et eux-mêmes de retour dans leurs foyers pour la Noël.

La Bataille de Normandie, elle, est définitivement terminée.

dimanche 29 mars 2009

2212 - la retraite de Normandie

... si la retraite des divisions d'Infanterie, qui doivent cheminer à pieds ou à cheval, sous les attaques constantes de l'Aviation alliée, si cette retraite est déjà passablement compliquée, celle des divisions blindées est carrément infernale.

Pour un Panzer, se soustraire à la vigilance - et aux attaques - des chasseurs-bombardiers est naturellement bien plus difficile que pour un fantassin.

Mais c'est surtout l'essence et les pannes mécaniques qui posent problème.

Faute d'essence, un tank se retrouve non seulement immobilisé mais surtout aussi vulnérable qu'un canard posé sur l'eau. Et même lorsque l'intendance parvient à suivre la progression des blindés, et donc à acheminer bidons ou camions-citerne, encore faut-il trouver le temps de transvaser le précieux liquide dans les réservoirs du tank, opération anodine en temps ordinaire mais systématiquement mortelle sous un ciel rempli d'avions ennemis.

En dépit de son apparence, un Panzer - et particulièrement les énormes Panther et Tiger - est de surcroît un engin mécaniquement fragile, qui exige un entretien soigné ainsi que le remplacement régulier de nombreuses pièces d'usure, que ce soit au niveau des chenilles, de la transmission, de la suspension ou du moteur.

Dans la Poche de Falaise, il est naturellement exclu de remplacer une transmission ou un moteur défaillant. Mais, sous les bombardements alliés, même une simple chenille distendue ou un simple roulement faussé se traduisent bien vite par l'immobilisation et donc la perte du tank.

Routes et chemins se retrouvent donc encombrés de dizaines, puis de centaines de véhicules - dont de rutilants Tiger II flambant neufs - que leurs équipages n'ont eu d'autre choix que d'abandonner sur place, après les avoir incendiés...

samedi 28 mars 2009

2211 - toute la misère du monde

... pour les Allemands qui continuent de lutter avec acharnement en Normandie, l'annonce du Débarquement de Provence, le 15 août 1944, sonne comme un glas.

Après l'Italie et la Normandie, l'ouverture de ce "Troisième Front" à l'Ouest signifie la fin des dernières illusions.

Même Hitler, pourtant pathologiquement réfractaire à toute idée de repli, doit se rendre à l'évidence : il faut de toute urgence replier les troupes derrière la Seine en attendant, bientôt, de le faire derrière le Rhin.

Dès le lendemain, et comme il faut évidemment trouver un bouc émissaire, von Kluge est mis sur la touche et prié de "prendre du repos" (il se suicidera trois jours plus tard).

Après le limogeage de von Runstedt (2 juillet) et la mise en indisponibilité de Rommel (17 juillet), les fantassins allemands se retrouvent donc, le 17 août, avec Walter Model, soit avec un quatrième commandant en chef en l'espace de trois mois,... et bientôt avec un cinquième puisque, le 5 septembre, von Runstedt va récupérer le commandemenrt de l'Ob-West !

On s'en doute, ces multiples changements à la tête des armées, mais aussi les incessantes interférences de Hitler dans la conduite des opérations, ne contribuent certes pas à améliorer la situation sur le terrain,... ni le moral de combattants, plus que jamais confrontés à l'écrasante supériorité matérielle des Alliés.

Pourtant, aussi incroyable cela puisse-t-il paraître, et même si les soldats sont de plus en plus nombreux à se rendre, la retraite vers l'Est, à travers la Poche de Falaise - qui n'est toujours pas fermée - cette retraite s'effectue en bon ordre.

Pour l'infanterie, le facteur-temps représente assurément le plus gros défi : faute de camions et d'essence, les hommes doivent plus que jamais retraiter à pieds, au milieu de centaines de chevaux traînant le charroi et les approvisionnements, ce qui ne s'avère ni discret, ni rapide...

vendredi 27 mars 2009

2210 - mortellement efficace

... dans ce paysage encaissé, la tactique la plus efficace pour détruire une colonne allemande depuis les airs consiste à attaquer en priorité les véhicules qui se trouvent à chaque extrémité, privant ainsi les survivants de toute voie de sortie ou de repli.

"Il ne faut guère de temps pour bloquer complètement la route à ses deux extrémités et l'attaque tourne à un exercice d'extermination. (...) Ça brûle de tous côtés, des véhicules explosent, des tanks crachent une fumée opaque. Quand nous avons tiré toutes nos roquettes, nous y allons au 20mm, en soignant particulièrement les accotements où se sont réfugiés les fuyards"

(...) A peine rentrés à la base, les pleins sont faits et les avions réarmés. Nous repartons pour la région de Lisieux. (...) Mes ordres sont de détruire un pont sur la Seine, afin de bloquer une manoeuvre de retraite des blindés (...) nous arrivons juste à temps pour voir s'engager un convoi d'artillerie sur le pont. Pas de fignolage. Nous hachons les barques du Génie à la roquette, mitraillons les semi-remorques qui basculent dans le fleuve. L'affaire est liquidée en une seule attaque" (1)

(...) Vimoutiers, Trun, Bernay, Orbecq, Lisieux, Evreux; ces noms reviennent à chaque mission, comme des jalons qui marquent l'écrasement de deux divisions SS. Je vole comme un automate, tant ma fatigue est grande, mais le succès aidant, je tiens le coup et me nourrit de mitraille, d'explosions, de camions brûlés et de chenilles éventrées" (2)

"Fin août, je regarde mon log-book et ne peux en croire mes yeux : en 28 jours, j'ai fait 45 offensives (...) Mon groupe a détruit 112 blindés, endommagé 215 tanks et plus de 500 véhicules (...) En 40 jours, le 164ème Groupe a effectué 82 missions offensives (...) au cours desquelles 419 840 obus de 20mm ont été tirés, et 5 248 roquettes lancées vers des cibles terrestres. Pour une perte de 11 pilotes et de 18 avions" (3)

Pour autant, la victoire alliée est loin d'être totale...

(1) ibid, pages 208-209
(2) ibid, page 209
(3) ibid, page 212

jeudi 26 mars 2009

2209 - Ici commence l'enfer

... dans cet enfer qu'est devenu la poche de Falaise, les unités allemandes, soumises au continuel pilonnage de l'Artillerie et de l'Aviation alliée, poussent inlassablement vers l'Est, cherchant à sortir du piège avant qu'il ne se referme totalement.

Dans ce maelström de flammes et d'explosions, des notions aussi élémentaires que le Bien et le Mal ont depuis longtemps cessé d'exister, tant chacun, du moins dans le camp allié, se réjoui d'en avoir enfin fini avec l'immobilisme.

"Détruire, tuer, saccager, incendier ! Je découvre, avec étonnement, que j'y prends goût, que cela me satisfait, en fait, que j'en éprouve une jouissance extatique. Comme un animal qui se pourlèche les babines, qui salive à l'idée de se repaître d'une proie longtemps pistée et enfin à sa merci. Dangereuse réaction" (1)

(...) La seconde partie de la journée [du 17 août] nous ramène à Vimoutiers (...) et nous tombons à point nommé sur un convoi d'un kilomètre de long, composé d'ambulances qui se détachent très clairement sur la route de campagne.

En y regardant de plus près, nous voyons que les espaces entre les ambulances sont truffés de chars Tigre et de semi-chenilles remorquant des pièces de 88mm. Pour couronner le tout, les Allemands ouvrent le feu alors que nous ne faisons que les renifler.

(...) Voilà qui règle le problème, les gars. Occupez-vous de ces salopards. Oubliez ces foutues Croix Rouges ! Cela ne va nous poser aucun problème de conscience. Dès que nous plongeons sur le convoi, nous voyons les ambulances s'arrêter, de nombreux SS en armes quittent leur voiture à croix rouge et piquent une tête dans les fossés adjacents. Les SS ont massacré des prisonniers canadiens dans une cour de ferme, non loin de Caen - nous l'avons appris la veille et cela n'incite aucun d'entre nous à la pitié" (2)

(1) ibid, page 205
(2) ibid, page 208

mercredi 25 mars 2009

2208 - le massacre de Falaise

... pour minimiser les pertes dans leur propre infanterie, et "assouplir" la résistance des quelques 150 000 Allemands encore piégés dans la poche de Falaise, les Alliés vont massivement recourir aux chasseurs bombardiers tactiques dont les pilotes vont, il faut bien le dire, se livrer à un massacre aussi sanglant qu'exaltant.

Parmi ces pilotes, issus d'une multitudes de nationalités, on trouve des Belges, et en particulier Charles Demoulin.

"Nous opérons tout autour de Falaise, là où s'articule toute la défense allemande à l'Ouest (...) Le 10 déjà, nous avons attaqué Bernay avec une dizaine de transports et quelques véhicules blindés à notre tableau de chasse. Le 11, nous sévissons à Dozulé et liquidons des renforts autoportés. Le 12, c'est un bois près d'Aily qui reçoit notre visite et subit le traitement habituel : ratissage à la roquette et au 20mm. Quelques jours plus tard, on y retrouvera plus de 200 cadavres affreusement mutilés : une compagnie SS y a terminé sa sinistre carrière". (1)

(...) L'après-midi [du 15 août] on remet ça, et cette fois c'est la route de Trun qui est l'objet de toutes nos attentions. Des chars Tigre tentent de briser l'encerclement. Nous les avons surpris au plus mauvais moment pour eux, en rase campagne, et sans liberté de manoeuvre. (...) Un tank s'abrite en catastrophe derrière un bouquet d'arbres. Pauvre idiot ! Ton heure est venue.

(...) Tu vas payer, au centuple, tout ce que les Belges, les Français, mes amis anglais, tout mes copains ont souffert et subi depuis quatre ans. Tu vas expier par procuration pour ce monstre de Hitler, tu vas crever, étripé par mes roquettes, et le sang de ton équipage va éclabousser les parois surchauffées de ton char. Une sorte de rage s'empare de moi, je ne vois plus rien que cette masse grise qui tente de m'échapper en se dissimulant derrière le rideau fragile d'un boqueteau

(...) Froidement, avec une infinie précaution, je balance mon Typhoon dans un léger piqué, pour aligner amoureusement le centre de mon collimateur sur le ventre de ma proie, en attendant méthodiquement que la distance soit réduite à moins de cent mètres, en caressant lentement le bouton de mise à feu, puis d'un coup sec, en déclenchant le tir qui va envoyer ad patres ces barbares. Un peu de fumée. Une explosion. J'évite la collision à quelques mètres du sol et je fuse vers le ciel pendant que du Tigre éventré sort un torrent de flammes et de fumée noire" (2)

(1) Charles Demoulin, Mes Oiseau de Feu, page 202(2) ibid, pages 204-205

mardi 24 mars 2009

2207 - grenouillages

... au Nord, la progression des Anglo-Canadiens, bien qu'entamée dès le 8 août est, comme à l'accoutumée, beaucoup plus laborieuse, puisqu'il faut attendre le 16 pour que la 1ère Armée canadienne du général Crerar (à laquelle est rattachée la 1ère D.B polonaise du général Maczek) réussisse enfin à s'emparer de Falaise.

Reste maintenant à refermer la poche entre Falaise au Nord et Argentan-Chambois au Sud,... ce qui pourrait passer pour un rien mais va néanmoins prendre cinq jours du fait de la résistance acharnée des Allemands mais aussi... des multiples querelles d'ego et de stratégies entre Alliés, que la réorganisation du 1er août (1) n'a fait qu'exacerber.

Côté américain, Bradley, hanté par la crainte de voir soldats britanniques, canadiens, polonais, français et américains se tirer mutuellement dessus dans la confusion la plus totale, a décidé de respecter à la lettre les zones d'opérations définies par Eisenhower, et donc de bloquer Patton à Argentan,... s'attirant au passage une volée de bois vert de la part de ce dernier, qui exigeait au contraire de remonter directement sur Falaise.

Côté britannique, Montgomery est toujours aussi lent à la détente,... sans que l'on sache très bien si sa légendaire prudence se trouve à présent renforcée par le fait d'avoir dû céder l'ensemble du commandement opérationnel à Eisenhower, et de se retrouver avec un Bradley désormais devenu son égal.

S'y ajoutent, côté canadien, l'inexpérience de Crerar, qui ne dispose de sa propre Armée que depuis le 1er août; côté polonais, les légitimes réticences de Maczek, à qui tout le monde demande de sacrifier ses hommes pour fermer la poche à lui tout seul; et enfin, côté français, l'insubordination notoire de Leclerc, qui relève officiellement de Patton mais ne prend officieusement ses ordres que de Gaulle, lequel a bien davantage envie de voir la 2ème D.B. voler au secours des Parisiens - ce qui finira d'ailleurs par arriver (2) - plutôt qu'à celui des Polonais retranchés sur le Mont Ormel

Finalement, l'idéal, pour les uns et les autres, serait de voir l'Aviation empêcher toute sortie, et liquider toute résistance allemande dans la poche,... sans qu'un seul fantassin ou tankiste allié soit encore appelé à verser son sang...

(1) Saviez-vous que... - 2188 -
(2) initiée dès le 13 août par les gendarmes, la révolte des Parisiens prendra progressivement de l'ampleur, forçant Eisenhower à céder une semaine plus tard à la demande de Gaulle d'envoyer la 2ème D.B. à Paris, en compagnie d'une division d'infanterie américaine

lundi 23 mars 2009

2206 - en tenaille

... loin d'améliorer la situation de la Wehrmacht, l'Opération Lüttich vient en fait de précipiter son effondrement

Dès le 8 août, le général Bradley, commandant du 12ème Groupe d'Armées américain, a en effet réalisé que la manoeuvre de Hitler, en dégarnissant Caen de ses Panzers pour les expédier sur Avranches, offrait à présent aux Alliés la possibilité d'encercler et de réduire à néant les 5ème et 7ème Armées allemandes.

Il suffit pour cela de faire pivoter de 90 degrés vers l'Est une bonne partie de la 3ème Armée de Patton qui s'est enfoncée jusqu'en Bretagne, puis de demander aux Anglo-Canadiens de reprendre leurs attaques vers le Sud-est, pour que les Allemands, toujours bloqués à l'Ouest devant Mortain se retrouvent encerclés sur trois côtés avec, comme seule porte de sortie vers la Seine, un corridor de quelques kilomètres, qui s'étend de Falaise à Chambois en passant par Trun et le Mont Ormel.

Suite à l'obstination de Hitler, toujours aussi hostile à toute idée de retraite, et qui cherche encore à s'emparer de Mortain pour pousser jusqu'à Avranches, les Allemands vont mettre un certain temps à réaliser l'étendue du piège dans lequel il sont en train de tomber.

Mais dès le 12 août, une course-poursuite va s'engager entre les Alliés qui cherchent à refermer ce qu'on appellera bientôt "la poche de Falaise", et les Allemands qui cherchent désespérément à en sortir pour rallier la Seine et se réfugier sur l'autre rive.

Dans cette course-poursuite, c'est la 3ème Armée de Patton, à laquelle est rattachée la 2ème D.B. française du général Leclerc, qui marque les premiers points, en s'emparant d'Argentan.

Reste maintenant à voir ce que vont faire les Anglo-Canadiens...

dimanche 22 mars 2009

2205 - de la théorie à la pratique

... prévenus des intentions allemandes, les Américains ont naturellement eu tout le temps de renforcer leur dispositif et de déployer de fort nombreux canons antichars, d'autant plus dangereux pour les Panzers que ceux-ci - comme nous l'avons vu - ne bénéficient d'aucune couverture d'infanterie.

Après avoir voyagé toute la nuit, les dits Panzers passent à l'action au petit matin du 7 août.

De violents combats s'engagent, en particulier à Mortain, mais malgré tous leurs efforts, les Allemands ne parviennent pas à progresser de manière décisive, en particulier sur la cote 314 qui domine la vallée, et où une compagnie américaine va tenir cinq jours sans céder un pouce de terrain

La dissipation du brouillard, en fin de matinée, permet l'intervention des chasseurs-bombardiers alliés qui, comme prévu, pulvérisent les Panzers les uns après les autres et à nouveau sans que la Luftwaffe soit en mesure de les en empêcher.

La sagesse, et une froide analyse de la situation, devraient inciter Hitler à arrêter immédiatement les frais. Mais le Führer, fidèle à ses habitudes, s'entête, expédie de nouveaux blindés, une fois de plus prélevés sur le Front de Caen qui, du coup, se retrouve quasiment sans défense face aux Anglo-Canadiens.

Car du côté allié, on a depuis longtemps décidé de ne maintenir dans la région de Mortain que le nombre de tanks et de fantassins strictement nécessaires pour "fixer" les Allemands et leur interdire toute progression.

A l'insu de ces derniers, Patton a même déjà commencé à lancer ses Sherman sur leur flanc gauche, en direction de l'Est, et des Anglo-Canadiens de Montgomery.

Le 12, l'échec est définitivement consommé et les Allemands en pleine retraite vers l'Est, à travers un corridor de plus en plus étroit qui va déboucher sur le massacre de Falaise...

samedi 21 mars 2009

2204 - prier le ciel

... Lüttich sera également, et exclusivement, une attaque de blindés, qui mobilisera ce qui reste de la 1ère Panzer-SS "Leibstandarte", de la 2ème Panzer-SS "Das Reich", des 2ème et 116 Panzerdivision de la Wehrmacht, ainsi qu'un petit contingent de la 17ème division de Panzergrenadier-SS

En effet, la rapidité constituant un paramètre essentiel de cette opération, les divisions d'Infanterie qui, faute d'essence et de véhicules en suffisance, devraient cheminer à pieds ou en charrettes depuis Caen, seraient bien incapables d'arriver à pied-d'oeuvre en même temps que les Panzers,... ce qui signifie que ces derniers vont donc devoir attaquer sans fantassins pour protéger leurs flancs, pratique qui, depuis 1939, s'est plus souvent soldée par de cuisants revers que par d'éblouissantes victoires.

Et puis, et surtout, il y a le problème de la couverture, ou plutôt de l'absence de couverture aérienne.

Depuis le début de la campagne de Normandie, les Panzers n'ont en effet réussi à tenir le Front que dans la mesure où ils parvenaient à se soustraire à la vigilance des pilotes alliés, ce qui impliquait de leur part une posture défensive et presque exclusivement statique.

A chaque fois qu'ils ont voulu passer à l'offensive, en abandonnant les tanières où ils se tenaient intelligemment tapis, les lourds et lents Panzers ont presque immédiatement été taillés en pièces par les canons, les bombes et les roquettes des chasseurs-bombardiers alliés

Pour Lüttich, la Luftwaffe a certes promis de protéger la progression des unités blindées. Mais depuis le 6 juin, les tankistes allemands savent ce que valent pareilles promesses...

Si on y a ajoute le fait que les Américains, ayant décrypté les messages allemands, sont parfaitement au courant des intentions de ces derniers, toutes les conditions sont donc réunies pour que Lüttich se transforme en désastre.

Et c'est précisément ce qui va arriver...

vendredi 20 mars 2009

2203 - Opération Lüttich

... revenons à présent sur le Front normand où Hitler, lassé par les hésitations de von Kluge autant qu'atterré par la progression américaine, a une fois de plus décidé de reprendre personnellement les choses en main, en montant une vaste contre-offensive (Opération Lüttich).

Schématiquement, le plan conçu par le Führer consiste à d'attaquer à l'Ouest, sur Avranches et la Baie du Mont Saint-Michel, afin de couper l'axe de pénétration américain là où il est le plus étroit, ce qui devrait permettre de séparer et d'isoler la 1ère armée de Hodges de la 3ème Armée de Patton.

N'en déplaise à ceux qui, depuis la fin de la 2ème GM, s'obstinent à ne voir en Hitler qu'un pitoyable cancre militaire, l'opération envisagée est parfaitement cohérente sur le plan tactique, et représente probablement le dernier espoir allemand d'infléchir, ou du moins de stabiliser, la situation en Normandie.

Un espoir certes ténu, compte tenu de la disproportion de plus en plus flagrante des forces en présence, mais une tentative qui vaut assurément la peine d'être tentée, du moins si l'on veut éviter une humiliante retraite jusqu'à la Seine.

Sur le plan pratique, en revanche, c'est une autre affaire.

En ce début du mois d'août 1944, l'interminable bataille d'attrition menée par Montgomery depuis le 6 juin a au moins eu le mérite de placer la Wehrmacht dans la position du dormeur confronté à une couverture bien trop petite pour lui : quelle que soit la manière dont il la dispose, il lui est impossible d'avoir chaud partout en même temps.

Faute de réserves, la Wehrmacht va en effet devoir retirer de la région de Caen les troupes et les Panzers nécessaires à cette opération, ce qui revient donc à dégarnir d'un côté ce qu'on renforce de l'autre,... et à prier tous les dieux du Walhalla pour que les Anglo-Canadiens ne profitent pas de ce départ pour lancer une nouvelle offensive de leur côté...

jeudi 19 mars 2009

2202 - et pendant ce temps-là, de Gaulle...

... le 6 juin 1944, la présence militaire française avait été pour le moins symbolique, puisque limitée aux quelques 200 hommes du "Commando Kieffer"

De fait, il fallut attendre le 01 août, et l'arrivée de la 2ème D.B. du général Leclerc, pour que des forces militaires françaises participent enfin en nombre à la Libération de la France.

Les politiques, en revanche, les avaient précédé depuis longtemps, à commencer par Charles de Gaulle lui-même, débarqué en Normandie dès le 14 juin afin d'y matérialiser l'existence de son très autoproclamé "Gouvernement provisoire de la République française" (GPRF)

Pour l'ancien général-à-titre-temporaire, par ailleurs condamné à mort par le régime de Vichy, il importe en effet de placer immédiatement ses pions, afin de ne pas laisser ses adversaires, et particulièrement le Parti Communiste Français, s'emparer de l'échiquier politique.

Il faut aussi marquer des points vis-à-vis des Américains, qui n'ont toujours pas renoncé à le remplacer par un rival davantage conforme à leurs attentes.

Avec sa haute taille, et sa morgue si typiquement française, le général conquiert immédiatement les foules, à commencer par celle de Bayeux, devant laquelle il prend la parole dans l'après-midi.

Pour ces Français en liesse qui, il y a quelques jours, criaient encore "Vive Pétain", qu'importe en vérité que la quasi-totalité des combattants, et la totalité des matériels, soient anglais ou américains : à lui seul, le général de Gaulle représente assurément l'espoir d'un renouveau, d'une restauration de la "Grandeur de la France" humiliée en 1940 et pillée depuis quatre ans par l'Occupant allemand.

En quittant la Normandie quelques heures plus tard afin de regagner l'Angleterre, de Gaulle a tout lieu d'être satisfait, et laisse derrière lui une équipe entièrement à sa dévotion. Une équipe qui va prendre soin de limoger tous les anciens administrateurs de Vichy et de les remplacer par des partisans du général, forçant au bout du compte les Américains à reconnaître son gouvernement comme le seul gouvernement légitime de la République française restaurée...

Un mois plus tard, Roosevelt, tirant les leçons de la visite de Bayeux, reconnaîtra de facto l'autorité de de Gaulle sur les régions libérées. Cette bataille là était gagnée !

mercredi 18 mars 2009

2201 - collatéral

... avant d'aborder la dernière phase de la Bataille de Normandie, une petite parenthèse s'impose.

Qu'elles soient américaines, britanniques, canadiennes, polonaises ou même françaises (1), qu'elles soient affublées de noms bucoliques ou carrément guerriers, qu'elles soient ou non couronnées de succès, les multiples offensives alliées n'en provoquent pas moins un nombre fort élevé de dommages qu'on qualifierait aujourd'hui de "collatéraux".

Pour les civils français, la Bataille de Normandie a en effet un double visage : celui de l'amitié et celui de la rancune; celui des soldats alliés venus les libérer d'une Occupation allemande qui dure depuis quatre ans, et celui des morts (une cinquantaine de milliers) et des destructions (plusieurs centaines de milliers de sans-abri) qui accompagnent ces mêmes soldats alliés.


De fait, à Caen, à Cherbourg, à Saint-Lô, dans de multiples villes et villages, tanks et camions alliés progressent souvent au milieu de montagnes de ruines et de réfugiés hébétés, quant à eux partagés entre la joie et le désespoir.

Dans cette région ruinée où tout, même les faveurs galantes, s'achète pour un peu de nourriture ou quelques cigarettes, la frontière entre le Bien et le Mal, entre la passion amoureuse, la prostitution mercantile ou le viol pur et simple, devient passablement confuse.

Pour autant qu'ils soient portés à leur connaissance (ce qui, on s'en doute, n'est pas toujours le cas), les tribunaux militaires alliés sanctionnent certes les viols et les meurtres commis par leurs troupes sur les populations civiles, tout comme ils répriment, du moins en principe, les cas de vols et de pillages (par ailleurs beaucoup plus nombreux que les premiers).

Mais la Justice du temps de guerre ne saurait être partout et, quel que soit le crime, rechigne de surcroît à condamner, et a fortiori à condamner à de lourdes peines, des soldats certes coupables mais dont l'Armée a désespérément besoin pour poursuivre l'offensive.

A cela s'ajoutent les innombrables règlements de comptes, souvent commis par ces "résistants de la 25ème heure" qui, par une étrange génération spontanée, apparaissent dans tous les villages et villes libérés.

Suivant le lieu, les circonstances, et la gravité des faits reprochés, la sanction, presque toujours extra-judiciaire prend la forme d'un tabassage en règle ou d'une exécution plus ou moins sommaire pour les hommes et, pour les femmes, d'un viol, collectif ou non, ou d'une tonte en règle, sous les quolibets et les crachats de la foule.

Rien qu'en France, on estime à environ 10 000 le nombre de "collaborateurs", réels ou non, qui passèrent de vie à trépas dans les jours et les semaines suivants la Libération.

Le nombre de femmes tondues et jetées à la vindicte populaire n'a jamais été établi, mais est certainement très supérieur...

(1) la 2ème D.B. du général Leclerc a débarqué à Utah Beach le 1er août 1944

mardi 17 mars 2009

2200 - le lièvre et la tortue

... la réussite de Cobra a naturellement eu pour effet de mettre Montgomery sous pression.

De plus en plus critiqué par ses alliés américains, mais aussi dans son propre camp, le futur maréchal - il le sera le 1er septembre - entend bien profiter de la percée américaine pour relancer sa machine de guerre et redorer son propre prestige.

Le 25 juillet, les Canadiens lancent donc une offensive sur Falaise (Opération Spring). Le 30, c'est au tour des Britannique eux-mêmes d'attaquer en direction de Bény-Bocage (Opération Bluecoat).

Mais par rapport aux Américains, qui foncent désormais à toute vapeur vers la Bretagne, la progression anglo-canadienne conserve son habituelle démarche de tortue, à la fois lente et maladroite. Et contrairement à celui de la fable, le lièvre américain, dopé par la dynamique de la victoire et l'essence à haut indice d'octane, ne semble ni sur le point ni même disposé à s'arrêter.

"Monty", pourtant, ne ménage pas ses efforts. Coup sur coup, il limoge les généraux Erskine et Bucknall, jugés trop lents, et câble à Dempsey "de jeter toute prudence par dessus-bord, de prendre tous les risques qu'il souhaite et d'accepter n'importe quelle perte".

Mais rien n'y fait : faute de fantassins en suffisance pour protéger les flancs de leurs unités blindées - par ailleurs souvent dotées de matériels médiocres - les Anglo-Canadiens piétinent et doivent se contenter d'écouter les communiqués de victoires américains...

lundi 16 mars 2009

2199 - l'effondrement

... Face à l'inexorable déferlement américain, la Wehrmacht se doit de réagir très vite, mais comment ?

Toujours sous le coup du congédiement de von Runstdedt (2 juillet) (1), des blessures de Rommel (17 juillet), et de l'attentat manqué contre Hitler (20 juillet), le maréchal von Kluge (2), qui cumule désormais le commandement de l'Ob-West (3) et du Groupe d'Armées B (4), hésite sur la conduite à adopter

Le voudrait-il qu'il ne possède de toute manière plus assez de troupes ou de Panzers pour combler la brèche qui vient de s'ouvrir dans son périmètre défensif.

Toute nouvelle arrivée de renforts depuis le Front de l'Est étant désormais exclue - du fait de l'offensive d'été des Soviétiques - sa seule carte serait de faire immédiatement pivoter vers l'Ouest les forces qui tiennent actuellement la région de Caen, contre les Anglo-Canadiens de Montgomery.

Or la présence et - comme nous allons le voir - les attaques que continuent de mener ces derniers, lui interdisent précisément pareil scénario. Et quand bien même von Kluge parviendrait-il à distraire quelques milliers de fantassins et quelques dizaines de Panzers, il ne disposerait ni d'assez de camions ni d'assez d'essence pour les expédier plus à l'Ouest,... ni même d'assez de temps si l'on considère que les uns et les autres ne pourraient de toute manière circuler que de nuit, du fait de l'omniprésence des chasseurs-bombardiers alliés dans le ciel.

Alors, pour les troupes allemandes placées sur le chemin des 1ère et 3ème Armées américaines, ne reste plus que le choix entre une lente et déprimante fuite vers l'Est,... ou la reddition ce qui, dans un cas comme dans l'autre, implique l'abandon d'une invraisemblable quantité de véhicules et de tanks, dont la Wehrmacht a pourtant dramatiquement besoin, mais qu'elle doit incendier les uns après les autres, faute d'essence ou au moindre incident mécanique.

Le Front craque maintenant de toute part. Fin juillet, 30 000 Allemands s'en viennent grossir les effectifs des camps de prisonniers.

Et ce n'est pas fini

(1) commandant de l'Ob-West, von Runstedt fut limogé après avoir exhorté Hitler à signer la paix avec les Alliés occidentaux. Le Führer le renomma pourtant à son poste deux mois plus tard.
(2) après avoir repris les fonctions de von Runstedt et de Rommel, Günther von Kluge se suicida le 19 août, suite à son implication aux côtés des conjurés du 20 juillet (3) l'Ob-West (Oberbefehlshaber West) était le commandement en chef des forces armées allemandes à l'Ouest, et à ce titre subordonné à l'OKW (Oberkommando der Wehrmacht). c-à -d-au commandement suprême des forces armées allemandes. (4) à l'origine sous le commandement de Rommel, le Groupe d'Armées B revint à von Kluge après l'attaque dont Rommel fut victime le 17 juillet, puis passa le 17 août sous celui de Model. suite la disgrâce et au suicide de von Kluge