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mercredi 3 août 2005

878 - la véritable histoire d'une légende

... le véritable Pont de la Rivière Kwaï fut construit d'acier et de béton, et pas de cordes et de bois. Et il ne fut pas détruit par un commando britannique, mais endommagé à plusieurs reprises par les bombardements alliés.

L'un de ces bombardements tua une centaine de personnes. Une centaine de prisonniers britanniques occupés à entretenir et réparer la voie du chemin de fer...

A la capitulation du Japon, le 2 septembre 1945, la ligne avait depuis longtemps cessé d'être praticable, dévorée par la jungle et victime des bombes britanniques et américaines, tout autant que d'une construction bâclée et de multiples erreurs de conception.

Sur les 64 000 prisonniers de guerre occidentaux employés tout au long de cette folie, plus de 26 000 étaient morts en chemin. Le nombre de morts parmi les coolies indigènes n'a jamais été connu avec précision, mais généralement estimé à plus de la moitié des 200 000 qu'ils étaient au début de la construction.

Cent-onze Japonais furent jugés et reconnus coupables de crimes de guerre liés aux différents chantiers du chemin de fer. Trente-deux furent condamnés à mort et exécutés. Yoshihito Futamatsu, responsable du tracé thaïlandais de la ligne, en réchappa, et termina sa longue et fructueuse carrière d'architecte par la construction du métro d'Osaka. Cette fois sans employer de prisonniers réduits en esclavage.

Quant à la voie elle-même, seuls les 135 premiers kilomètres furent finalement réparés et remis en service après la guerre. Ils constituent aujourd'hui un des hauts lieux du tourisme thaïlandais. Les 285 autres ont purement et simplement disparu, engloutis par la végétation, tout comme la plupart des victimes...

mardi 2 août 2005

877 - l'affaire du Sea Lion

... le 12 septembre 1942, l'équipage du sous-marin allemand U-156 s'était aperçu, mais un peu tard, qu'en torpillant le paquebot britannique Laconia (Saviez-vous que... 483 à 486), il venait en fait de transformer en naufragés quelques 1 800 prisonniers de guerre italiens - autrement dit, des alliés - capturés à El Alamein au mois de juillet et entassés à fond de cale, dans des conditions exécrables, sous la garde d'un peloton de soldats polonais.

Malgré tous les efforts des sous-mariniers allemands, l'affaire s'était terminée en tragédie et par la mort de la plupart des naufragés.

Deux ans plus tard, jour pour jour, l'équipage du sous-marin américain Sea Lion s'aperçut lui aussi qu'il venait sans le vouloir de rééditer l'affaire du Laconia : le cargo japonais qu'il venait de couler était en effet rempli de plus de 1 300 prisonniers de guerre britanniques et australiens, que le commandement nippon, suite à la dégradation de la situation militaire, avait voulu transférer au Japon après les avoir employés à la construction du chemin de fer de Birmanie.

Comme cela s'était passé avec le U-156, le Sea Lion n'eut lui aussi d'autre choix que d'abandonner en mer la plupart de ces infortunés, dont 300 seulement survécurent finalement au naufrage.

Du moins les quelques rescapés qui parvinrent à monter à bord fournirent-ils de précieux renseignements sur cette mystérieuse ligne de chemin de fer construite en pleine jungle. Une ligne que les bombardiers alliés prirent aussitôt pour cible, et pilonnèrent jusqu'en juillet 1945...

lundi 1 août 2005

876 - l'ironie du sort

... en septembre 1944, alors que la situation militaire se détériorait de plus en plus, le commandement japonais prit la décision d'expédier au Japon une grande partie des prisonniers de guerre occidentaux, jusque-là détenus et mis au travail dans les différents territoires occupés.

Des milliers de prisonniers s'embarquèrent ainsi pour une traversée hautement périlleuse, dans des eaux infestées non seulement par les requins mais aussi, et surtout, par les sous-marins américains, dont les torpilles ignoraient bien entendu qui elles frappaient.

Si la plupart des prisonniers parvinrent quand même à bon port - à l'image du célèbre major Gregory "Papy" Boyington, qui passa 20 mois dans un camp au Japon - un bon nombre d'entre eux mourut néanmoins en route. Victimes inconnues et anonymes de tout aussi anonymes torpilles américaines, plus personne n'en entendit jamais parler.

Par une étrange ironie du sort, des milliers de soldats occidentaux furent ainsi victimes de l'impitoyable efficacité d'autres soldats occidentaux qui, de 1942 à 1945 envoyèrent par le fond 2 106 des 2 337 navires de commerce nippons repris au Lloyd's Register de 1939...

En septembre 1944, pourtant, l'équipage du sous-marin "Sea Lion" ne se doutait pas, au moment de faire surface, qu'il venait de couler un cargo japonais rempli de prisonniers de guerre occidentaux... et de rescapés du Pont de la Rivière Kwaï.

dimanche 31 juillet 2005

875 - "La ligne Thaïlande-Birmanie fonctionne normalement"

... inaugurée en grande pompe le 25 octobre 1943, la ligne Bangkok-Rangoon, qui a coûté des sommes colossales et des dizaines de milliers de vies humaines, s'avère pourtant un échec total.

Construite trop vite, et trop souvent dans l'improvisation totale ou en dépit du simple bon sens, elle accumule très rapidement les accidents et les déraillements. Malgré tous les efforts des responsables japonais - et surtout ceux des équipes de prisonniers constamment chargés d'entretenir et de réparer la voie - seules 600 tonnes de matériel sont acheminées quotidiennement en Birmanie. Cinq fois moins que prévu. Cinq fois mois que nécessaire...

Et lorsque, un an plus tard, les bombardiers alliés passent enfin à l'action, et se mettent à pilonner la voie, il y a déjà longtemps que celle-ci ne remplit plus la fonction stratégique indispensable qui lui était pourtant dévolue.

"J'ai reçu l'ordre de faire un film sur le thème "La ligne Thaïlande-Birmanie fonctionne normalement", souligne un cinéaste japonais. "Mais les trains ne pouvaient plus passer. Filmer une telle situation était réellement impossible. Pendant les bombardements, comme les rails étaient masqués par la jungle, les avions arrosaient tout et repartaient".

Plus question de se servir de la ligne pour acheminer des renforts en Birmanie, puis pousser jusqu'en Inde. Au printemps 1945, les rares trains qui parviennent encore à redescendre de Birmanie sont d'ailleurs bondés de soldats japonais blessés, qui croupissent pendant des jours dans des wagons à bestiaux.

Les mêmes wagons à bestiaux dans lesquels avaient également croupi les prisonniers occidentaux et les coolies indigènes quelques mois auparavant...

samedi 30 juillet 2005

874 - la grande inauguration

... le 25 octobre 1943, après quinze mois de souffrances indicibles et des dizaines de milliers de morts, le chemin de fer Bangkok-Rangoon est enfin inauguré.

La cérémonie officielle a lieu à Konkuita, au beau milieu de la jungle thaïlandaise.

Présent lors de la cérémonie, Yoshihito Futamatsu, architecte japonais chargé du tracé thaïlandais de la ligne, note "le vent, la pluie, la chaleur torride de la région", le "calme impressionnant qui s'était emparée de la jungle ce jour-là", mais aussi les "figures chevaleresques (sic) de nos soldats, [qui étaient] tirés à quatre épingles et attendaient le long de la voie"

"Un moment important,
poursuit-il, fut l'enfoncement d'un boulon à crochet d'or dans la dernière traverse en bois d'ébène. Puis nous nous sommes tous inclinés dans la direction du palais de l'Empereur. A ce moment précis, nous avons eu le sentiment profond d'avoir accompli notre mission. J'ai eu à cet instant une sensation de profond soulagement"

"Après un tel effort, nous étions tous très émus"
, ajoute le photographe officiel Shinfizo Izumi.

Magnanimes, le haut commandement japonais décréta le 25 octobre jour de repos général pour ses esclaves. Le premier en quinze mois d'un chantier qui avait vu ces derniers lancer 890 mètres de rails chaque jour, au beau milieu de la jungle...

vendredi 29 juillet 2005

873 - de constants renforts

... sur le chantier du chemin de fer de Birmanie, la mortalité des prisonniers est devenue telle que le commandement japonais doit régulièrement renouveler son stock de prisonniers-esclaves, qu'il brutalise de plus en plus, dans une tentative désespérée pour rattraper les retards.

A l'été 1943, 7 000 prisonniers britanniques des camps de Singapour sont ainsi envoyés en renfort sur la rivière Kwaï.

Après cinq jours de train, commence une effroyable marche forcée jusqu'aux différents lieux des travaux. Une marche qui va durer dix-sept jours. Une marche dans laquelle les traînards seront impitoyablement abandonnés dans la forêt, ou abattus sur place. Plus de 3 000 autres prisonniers mourront dans les six mois suivants.

"Souvent, raconte le prisonnier Ronald Searle, il y avait ces moments bizarres où l'esprit se libérait du corps et s'envolait dans les sphères les plus fantastiques.Ce détachement des facultés mentales de la misère charnelle ressemble un peu aux effets de la drogue ou à une extase religieuse, mais pour nous, c'était un acte involontaire de conservation qui nous sauvait de la folie et nous laissait dans un état de légère démence.

Après l'achèvement officiel de la ligne, le 25 octobre 1943, et leur rapatriement à Singapour, seule une centaine d'entre eux sera encore jugée apte à travailler.

jeudi 28 juillet 2005

872 - des morts partout

... l'épidémie de choléra qui s'est emparée du chantier du chemin de fer de Birmanie entretient une psychose de la maladie que les Japonais soignent à leur manière,... très particulière.

Convoqué d'urgence par le commandant d'un camp situé au bord de la Kwaï, Gerrit Bras, jeune médecin hollandais et prisonnier de guerre témoigne :

"C'est en arrivant à la nuit que j'ai compris pourquoi j'avais été convoqué. Plusieurs jours auparavant, les Japonais avaient cru diagnostiquer un cas de choléra. Le prisonnier avait d'abord été isolé dans la forêt sous une petite tente. Son état ne s'améliorant pas, ils avaient décidé de l'abattre et de brûler son corps. (...) Cette nuit-là, trois ou quatre prisonniers malades m'ont fait appeler. Persuadés d'être atteints du même mal, ils avaient terriblement peur de subir le sort de leur camarade. (...) Non, ils n'avaient pas le choléra. (...) Le camp a enfin trouvé le sommeil. (...) il pleuvait à verse et je pensais à ce pauvre type qui était mort pour rien. J'étais persuadé qu'il n'avait pas contracté le choléra, sinon tous les prisonniers l'auraient attrapé"

Dans le nord de la Thaïlande, un autre prisonnier assista pour sa part à une réalité bien différente

"(...) un camp de coolies transformé en véritable cimetière de corps à moitié ensevelis. Je suis allé de paillote en paillote. Il n'y avait pas âme qui vive mais des morts partout, dedans, dehors. Le camp était envahi de mouches et dégageait une odeur épouvantable. Le choléra. C'est le choléra qui les avait tous tués"

mercredi 27 juillet 2005

871 - choléra

... en mai 1943, cela fait maintenant presque un an que soixante-quatre mille prisonniers de guerre occidentaux, et plus de deux cent mille coolies indigènes, s'épuisent et meurent pour les 415 kilomètres de voie ferrée qui, à travers la jungle, les rivières et les montagnes, doit relier Bangkok à Rangoon.

Comme il fallait s'y attendre, et malgré une véritable débauche de brutalité, la construction a déjà pris beaucoup de retard, ce qui tombe d'autant plus mal que, dans le Pacifique, les Alliés sont passés à la contre-offensive, forçant petit à petit le Japon à reculer.

Il faut de toute urgence finir le chantier, quel qu'en soit le prix matériel et surtout humain. Suivant le vieux principe des vases communicants, la mauvaise humeur et l'insatisfaction du Haut-Commandement nippon se répercute sur les commandants régionaux, puis locaux, pour aboutir finalement aux gardiens du chantier, qui redoublent aussitôt de brutalité à l'égard de leurs prisonniers-esclaves.

En cette période de mousson, les eaux de la Kwaï se mettent à charrier la boue, les cadavres,... et le choléra, qui se répand comme une traînée de poudre.

Prisonnier de guerre au camp de Sonkurai, George Aspinall écrit : "Ceux qui souffraient du choléra, on les isolait sous deux grandes tentes. Ils restaient là, couchés. Ils n'étaient pas soignés. Quand ils étaient morts, leurs corps étaient entassés dans une grande fosse et on les brûlait. Un bûcher était entretenu en permanence pendant des semaines. Tous les jours, on avait dix, vingt, trente morts à brûler".

Quand le camp de Sonkuraï fermera ses portes, 1 175 des 1 660 prisonniers auront péri...

mardi 26 juillet 2005

870 - après moi les mouches

... pour le prisonnier de guerre occidental, déjà affamé et épuisé, la jungle birmane et ses pièges représentent une prison dont il est impossible de s'évader.

En vérité, il n'est nul besoin de barbelés et de miradors : sans boussole, sans nourriture, sans médicament, le fugitif éventuel n'a pas la moindre chance de survivre. Et s'il est repris - ce qui arrive parfois - c'est l'exécution sommaire assurée.

Tout du reste est prétexte à punitions, qui peuvent aller jusqu'à la mort. Régis par leur code du Bushido, les soldats japonais n'ont que du mépris, et pas la moindre pitié, pour ces Occidentaux qui ont préféré le déshonneur de la reddition à une mort glorieuse au combat.

Et malheur au prisonnier privé de sa maigre ration, ou trop souvent victime de brimades : déjà malade et à bout de forces, celui-là s'affaiblit très vite, et devient inapte au travail, donc bouche inutile à nourrir.

Dans cet enfer végétal infesté de mouches et de moustiques, et ravagé par le choléra, le tragique le dispute parfois au comique, comme au camp de Chungkai dont le commandant, lassé de voir des myriades de mouches s'y abattre, se met à exiger de chaque prisonnier qu'il lui apporte, à l'appel du soir, son lot quotidien de cent mouches tuées, qui sont scrupuleusement comptées...

lundi 25 juillet 2005

869 - "Composer avec une telle quantité de prisonniers, les nourrir, représentait un grave problème"

... "Composer avec une telle quantité de prisonniers, les nourrir, représentait un grave problème", souligna Cho Isamu, chef des renseignements de l'État-major d'Asaka devant Nankin.

"J'ai immédiatement donné des ordres aux troupes : "Nous devons entièrement massacrer ces prisonniers". Au nom du commandant en chef, j'ai envoyé ces ordres par télégramme. Le terme exact était de les annihiler".

Le 13 décembre 1937, le 66ème bataillon de l'armée japonaise reçut donc un message lui enjoignant de "Se conformer aux ordres de l'État-major de la brigade : tous les prisonniers de guerre doivent être exécutés. Méthode d'exécution : diviser les prisonniers par groupes d'une douzaine de personnes. Les fusiller séparément".

Dès lors, prétendre qu'en 1942, l'État-major japonais "ne pouvait prévoir" les problèmes d'intendance que lui causerait la venue de dizaines de milliers prisonniers de guerre occidentaux relève donc de la manipulation, pour ne pas dire de l'escroquerie pure et simple

Rien n'était prévu pour eux tout simplement parce que, dès le départ, on s'était refusé de prévoir quoi que ce soit, en dehors d'exécutions sommaires et d'un travail à ce point forcé qu'il ne pouvait que les mener à la mort, ce qui, il est vrai, réduisait tout naturellement le nombre de bouches à nourrir et à garder...

dimanche 24 juillet 2005

868 - que faire de tous les prisonniers ?

... après guerre, beaucoup ont prétendu que le triste sort réservé aux prisonniers de guerre occidentaux s'expliquait non seulement par les "différences culturelles" existant entre ces derniers et leurs geôliers japonais, mais aussi par le fait que le Japon, pays pauvre et en guerre, n'avait tout simplement pas assez de nourriture, de médicaments et de ressources à leur consacrer, et qu'il ne pouvait pas prévoir qu'ils se rendraient en si grand nombre, parfois sans même avoir combattu.

Les milliers de victimes des "death march" aux Philippines, celles du chemin de fer de Birmanie, et tant d'autres, s'expliqueraient donc d'abord et avant tout par l'insuffisance des camions, le manque d'essence, la pénurie de riz ou encore celle de médecins.

Du sadisme criminel, on en vient donc tout naturellement au simple homicide par défaut de prévoyance et de précaution.

C'est oublier un peu vite que dès le début de ses conquêtes, c-à-d dès le début des années 1930, le Japon s'était déjà trouvé confronté, et à plusieurs reprises, à la problématique des prisonniers de guerre étrangers, et qu'il y avait à chaque fois répondu de la même manière : en les exécutant sur place, ou en les traitant comme des esclaves, jusqu'à ce que Mort s'ensuive.

Ainsi, au début du mois de décembre 1937, devant Nankin, le Prince Asaka Yasuhiko, membre de la famille impériale japonaise, s'était trouvé confronté à un problème de taille : que faire des deux cents ou trois cents mille soldats chinois disposés à se rendre ?

samedi 23 juillet 2005

867 - la logique de l'inhumanité

... dans les dictatures, les vies humaines pallient l'absence de moyens mécaniques pour creuser, défricher, bâtir, mettre en oeuvre tous les projets cyclopéens dont celles-ci sont friandes.

Le Japon de Hirohito ne possédait pas les bulldozers, les grues, les excavatrices, les bataillons de génie spécialisés, la formidable logistique dont s'enorgueillissait l'Amérique de Roosevelt. Elle disposait en revanche d'une main d'oeuvre quasi inépuisable et surtout gratuite, puisque composée des dizaines de milliers de prisonniers de guerre occidentaux corvéables à merci, et de centaines de milliers de coolies que l'on pouvait rafler dans tous les pays conquis, et faire travailler jusqu'à la mort.

Déjà fort mal disposés à l'égard des uns et des autres, les quelque dix-huit mille soldats et ingénieurs nippons qui accompagnaient leur armée d'esclaves se raidirent encore davantage à mesure que les difficultés de l'entreprise provoquèrent une véritable explosion des coûts et des retards dont chacun se sentait redevable devant l'Empereur.

"Notre tâche consistait à finir le travail dans les délais imposés", souligna l'ingénieur Juji Tarumoto. "Le manque de moyens techniques ne pouvait être compensé que par l'énergie humaine et la force. L'individu en tant que tel ne comptait plus et ne pouvait pas être pris en considération. La construction avait débuté des deux côtés de la ligne. Pour pouvoir réaliser la jonction à Konkuita, l'individu devait être oublié au profit du terrible pouvoir de la force de travail grâce à laquelle nous avons réussi"

La logique était implacable. Son prix en serait terrible...

vendredi 22 juillet 2005

866 - l'occasion manquée

... avant guerre, l'Asie-Pacifique hébergeait quantités de groupuscules indépendantistes opposés au colonialisme européen, le colonialisme des "Blancs", que l'on retrouvait en Indochine, en Malaisie, en Indonésie, aux Philippines, en Birmanie ou encore à Hong-Kong ou Singapour.

Dans leur propagande, les Japonais avaient promis de libérer ces pays du joug occidental, et de les associer dans la "grande sphère de co-prospérité asiatique" qu'ils se proposaient de mettre en place après avoir vaincu les Blancs.

Et de fait, dans les premiers jours de la guerre, les autochtones de ces différents pays accueillirent plutôt favorablement ces soldats japonais qui venaient de porter un coup fatal à la suprématie de l'homme blanc sur le reste du monde. C'était en quelque sorte la revanche des "petits hommes jaunes" et des sans-grade sur les colonisateurs venus de l'autre bout du monde pour s'approprier les richesses locales et imposer leurs normes, langues, coutumes et valeurs.

Malheureusement pour eux, les Japonais répétèrent à l'identique l'erreur des Allemands en Ukraine qui, eux aussi, avaient été relativement bien accueillis, au début, par des populations locales quant à elles opprimées par des décennies de communisme.

Hélas, les Allemands considéraient les Ukrainiens, et plus généralement tous les citoyens d'Europe de l'Est, comme des sous-hommes, qu''ils se mirent donc en devoir de rançonner et de traiter plus mal encore que ne l'avaient fait les commissaires politiques bolcheviques.

En quelques semaines, l'armée allemande gâcha stupidement son maigre capital de sympathie, et s'aliéna pour tout le reste de la guerre des populations qui ne lui étaient pas défavorables par principe, ou qui du moins ne demandaient qu'à rester neutres.

Les Japonais ne furent pas en reste, et traitèrent les populations autochtones officiellement "libérées" avec une cruauté et une brutalité qui leur firent bientôt regretter le colonisateur blanc lequel, trop heureux de l'aubaine, s'empressa de fournir armes et équipements aux mouvements indépendantistes qu'il combattait jusque là...

jeudi 21 juillet 2005

865 - de Bangkok à Rangoon

... pour construire les 415 kilomètres de voie ferrée qui finiront par rallier Bangkok à Rangoon, il faut s'enfoncer en pleine jungle, à travers un relief très accidenté, qui implique l'édification d'une multitude de ponts, viaducs et ouvrages d'art de toute taille.

Répartis dans une soixantaine de camps établis d'un bout à l'autre du tracé, soixante-quatre mille prisonniers de guerre occidentaux et plus de deux cents mille coolies indigènes vont lutter pendant quinze mois contre la faim, la maladie, ou l'épuisement, et endurer les pires sévices, afin de permettre à leurs tortionnaires japonais de réaliser leur rêve.

Un rêve de grandeur impériale qui, au final, engloutira plus de cent mille d'entre eux, dévorés par la jungle, ou charriés tout au long de la rivière Kwaï, par laquelle transite le ravitaillement et les matériaux de construction.

Dans la logique japonaise du Bushido, la mort est préférable au déshonneur de la reddition, ce qui explique l'incommensurable mépris dans lequel les Japonais tiennent les prisonniers occidentaux qui, plutôt que de combattre jusqu'au dernier homme, ou de se suicider, se sont rendus par milliers aux troupes impériales.

"Nous avions un certain mépris pour les prisonniers de guerre", commentera sobrement Yoshihito Futamatsu, architecte japonais chargé du tracé thaïlandais de la ligne, "parce que pour nous ces hommes avaient accepté la défaite. Notre éducation au Japon nous avait préparé à refuser la défaite et à refuser la soumission. Ce qui nous a poussé à considérer ces prisonniers comme des êtres inférieurs méprisables"

mercredi 20 juillet 2005

864 - le Pont de la Rivière Kwaï

...c'est une histoire de sang et de larmes, une tragédie qui débute le 15 février 1942, lorsque les 100 000 soldats britanniques du général Percival se rendent aux 15 000 Japonais du général Yamashita.

Singapour est tombée, et avec elle les illusions de l'empire britannique. En plus de la Mandchourie, de Formose et d'une bonne partie de la Chine, les Japonais contrôlent désormais Hong-Kong, la Malaisie, les Indes néerlandaises, les Philippines, la Thaïlande et la Birmanie, porte d'entrée vers l'Inde.

Pour acheminer les troupes à travers ce vaste empire, et les ravitailler, pour exporter jusqu'au Japon les richesses des pays conquis, il faut des voies de communication qui, entre la Thaïlande et la Birmanie, ne sauraient être maritimes ou aériennes. Il existe bien des tronçons de chemin de fer ici et là mais, pour finir de rallier Bangkok à Rangoon, il manque plus de 400 kilomètres de voie à construire en pleine jungle, dans des conditions dantesques.

Ces derniers 400 kilomètres, Français et Britanniques en ont rêvé à maintes reprises, avant de renoncer à chaque fois devant l'ampleur de la tâche, les coûts, le manque de rentabilité, et les problèmes de main d'oeuvre.

Pour Tokyo, en revanche, il n'est pas question de renoncer. La volonté politique est là, et deviendra bientôt une obsession. Les coûts importent peu. La rentabilité économique est sans importance. Et la main d'oeuvre est aussi innombrable que gratuite, puisque composée de 200 000 coolies recrutés de force, et de quelque 64 000 prisonniers de guerre britanniques, néerlandais, australiens ou américains qui, dès juin 1942, vont paver de leur sang chaque mètre de ce chemin de fer à voie unique qui, aujourd'hui n'a d'autre intérêt que touristique.

mardi 19 juillet 2005

863 - les grands travaux inutiles

... les dictatures se soucient peu de la vie humaine, en particulier de celle des ennemis capturés, et sont toujours friandes de réalisations pharaoniques, telles le percement de canaux et de tunnels, l'édification de murailles, ou la construction de voies de chemin de fer, grosses consommatrices de main d'oeuvre forcée, dont elles usent et abusent à leur guise.

En temps de guerre, le prisonnier d'une pareille dictature perd tout ses droits, et devient un simple outil que l'on peut brutaliser jusqu'à ce qu'il se brise, et jeter ensuite pour le remplacer par un autre n'ayant pas davantage de valeur.

A vrai dire, peu importe la véritable utilité économique - ou plus exactement la rentabilité - de la tâche assignée au prisonnier, pour autant que celle-ci corresponde à une lubie suffisamment défendue en haut-lieu, et qu'elle permette de se débarrasser à moindre frais, par la faim, la maladie, l'épuisement ou les mauvais traitements, des prisonniers excédentaires dont on ne sait que faire et que l'on ne saurait nourrir.

Les Russes avaient les goulags et leurs grands travaux sibériens. Les Allemands, les complexes industriels et leur main d'oeuvre forcée, voire concentrationnaire. Les Japonais eurent tout naturellement leurs grands chantiers de construction, dévoreurs de prisonniers alliés et d'esclaves indigènes.

Le plus connu de ces chantiers - et sans doute le moins rentable de tous - fut un chemin de fer à voie unique, qui devait finir de rallier Bangkok (Thaïlande) à Rangoon (Birmanie) à travers plus de 400 kilomètres de jungle impénétrable.

Ce fut un chantier en tout point pharaonique, qui engloutit des milliers de vies humaines et coûta à un Japon en guerre bien plus qu'il ne lui rapporta jamais.

C'est un chantier que l'on réduit souvent, et abusivement, à un seul ouvrage d'art immortalisé par le cinéma. Un pont qui enjambe une rivière qui devient célèbre grâce à lui..

Le Pont de la Rivière Kwaï