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mercredi 16 juin 2004

465 - la Pologne liquidée

... si Adolf Hitler avait perdu son pari sur la neutralité de la France et de l'Angleterre qui, il en était convaincu, lui laisseraient envahir la Pologne sans réagir, il n'en avait pas moins gagné sur l'essentiel : conformément à son analyse, Français et Britanniques se contentèrent de lui déclarer la guerre... puis d'attendre tranquillement sur leurs positions, lui laissant ainsi tout le temps nécessaire pour vaincre la Pologne, s'en partager les dépouilles avec la Russie de Joseph Staline,... puis rapatrier sur le front occidental les soldats allemands victorieux en Pologne (!)

Le 06 octobre 1939, moins de six semaines plus tard, l'affaire était complètement liquidée. Et dès le 09 octobre, Hitler, décidément insatiable, manifesta son intention d'attaquer à l'Ouest le 12 novembre suivant (!)

Encore abasourdis par la rapidité de leur propre victoire, les généraux n'en firent pas moins remarquer au Führer qu'il faudrait du temps pour rapatrier et rééquiper les troupes en provenance de Pologne, et que la météo empêcherait de toute manière toute nouvelle offensive avant le printemps 1940.

Hitler ne se rendit à leurs arguments que de fort mauvaise grâce

Pour rapide que fut la guerre en Pologne, elle n'en avait pas moins été sanglante : rien qu'à Varsovie, plus de 60 000 Polonais avaient perdu la vie dans ce que l'on apprit bientôt à appeler des "bombardements de terreur".

Elle avait surtout donné le coup d'envoi de la chasse aux Juifs.

mardi 15 juin 2004

464 - une offensive "pour rire"

... si la France s'était engagée à venir en aide à la Pologne sans en avoir les moyens, et en se contentant de s'enterrer profondément sous sa Ligne Maginot dans l'attente de jours meilleurs, elle n'entendait pas pour autant perdre complètement la face.

Une offensive "pour l'Honneur" - ou plus exactement "pour rire" - fut donc mise mise sur pieds, afin de sauver les apparences et donner aux journalistes quelque histoire d'héroïsme à écrire.

Ce fut "l'offensive de la Sarre", région rendue à l'Allemagne quatre ans plus tôt, par le plébiscite du 14 janvier 1935.

"Suite à l'invasion éclair de la Pologne, début septembre 1939, l'État-Major français se trouva dans une position délicate. Tout en évitant la guerre, il fallait honorer l'accord de soutien militaire réciproque, signé entre la Pologne et la France. Ainsi, des troupes françaises ont effectué *une avance symbolique de 10 km* en territoire allemand avant de se retirer rapidement, *pratiquement sans combattre*. La région de la Sarre, théâtre de l'opération, avait été désertée par les troupes allemandes, qui avaient abondamment miné et piégé le terrain abandonné. Le caporal-chef Cauchy se souvient du fiasco.

"L'offensive de la Sarre ?, un désastre ! J'étais à la barrière et je voyais passer toutes les unités : des blindés légers, de la cavalerie, des motocyclistes... Je me suis retourné vers mon copain: "On a fini la guerre, ils vont entrer en Allemagne et ça va se passer sans nous..." On croyait qu'ils allaient entrer la-dedans comme dans du beurre, mais quand on les a vu revenir huit jours après on n'y croyait pas. Pourquoi revenaient-ils? Il y a un village en Allemagne qui s'appelle Walscheim. Des officiers du fort y sont allés et ont ramené des petits drapeaux nazis. Les Allemands avaient évacué le village sans combattre".

lundi 14 juin 2004

463 - "éviter les entreprises dangereuses"

... bien loin de venir en aide à son allié polonais comme elle s'y était pourtant engagée à maintes reprises, la France se retrancha sous la Ligne Maginot et un prudent attentisme.

"Face à cette impitoyable et incontournable réalité, Guy La Chambre et Vuillemin voulaient éviter toute entreprise qui risquât de susciter une réaction violente et massive de la Luftwaffe. Comme l'ensemble du haut commandement français, leur stratégie était de ne rien faire avant 1941. (...) Cette répugnance à l'égard de toute entreprise qui pût affaiblir le potentiel de l'Armée de l'Air et contrarier son programme de réarmement se retrouva dans bien des attitudes de Vuillemin pendant la drôle de guerre. (...) Aussi, dès le début du mois de septembre 1939, décida-t-il de bien prendre garde à ne pas user l'aviation dans des entreprises dangereuses".

(...) la montée en puissance du bombardement fut plus que laborieuse. Le 1er décembre 1939, à peine 114 avions avaient été livrés, dont 58 en ligne; en janvier 1940, il n'y en avait que 137, dont 7 en ligne. Le problème était que la plupart de ces avions Étaient incomplets [dépourvus d'armement, de radio, de viseur, voire même d'hélices !] et donc inutilisables. Vuilleminm, en février 1940, savait qu'en cas d'attaque Allemande, il ne pourrait engager pas plus d'une vingtaine d'avions modernes, rincipalement des LeO 451 (...) A la veille de l'attaque générale, 497 avions de Bombardement modernes avaient été pris en compte par l'Armée de l'Air, mais seulement 140 servaient en unité (...) et à peine 27 stationnaient sur le front du Nord-Est. L'affaire s'annonçait donc sous un jour dramatique
".(Le Fana de l'Aviation, H.S. 7, décembre 1997)

Le 10 mai 1940, et dans le seul domaine de l'aviation, sur un effectif théorique de 4 807 avions de combat, l'Armée de l'Air française n'en alignait en réalité que... 1 013, et ce après voir soustrait les avions totalement démodés, les avions indisponibles, les avions sans pilote pour les mener au combat, les avions sans bombe, sans viseur, sans mitrailleuse, etc.

Même en y ajoutant la part britannique, le rapport de forces était d'environ deux contre un en faveur des Allemands, et cinq contre deux si on excluait les avions français totalement dépassés comme l'antédiluvien Amiot 143...

dimanche 13 juin 2004

462 - faire la guerre avec des tracts

... malgré la déclaration de guerre, l'état d'impréparation et de sous-équipement était tel que l'État-major français donna des ordres très stricts pour ne surtout pas provoquer les Allemands avec qui la France était pourtant en guerre (!)

"Les équipages des Amiot 143 qui survolaient l'Allemagne de nuit [parce qu'ils étaient trop vulnérables de jour] devaient franchir la frontière à 4000 m, puis plonger à l'altitude d'observation, si possible en dessous de 500 m [on se demande ce qu'ils pouvaient bien observer à cette altitude]; interdiction leur était faite d'employer leurs armes, sinon pour se défendre. Ils n'emportaient pas de bombes, mais des tracts, tandis que la Flak tirait contre eux des obus véritables. Les rencontres avec l'ennemi étaient, de toute façon, rares.

(...) Le II/38 n'accomplit sa première mission de guerre au dessus de l'Allemagne que le 21 novembre [à cette date, la Pologne avait déjà cessé d'exister] : une très longue reconnaissance (...) à 6 000 m d'altitude. Audineau jugea sévèrement (...) qu'à cette altitude, l'équipage, certes hors de portée des Allemands, n'avait rien pu observer

(...) Au II/34, en décembre, une seule reconnaissance sur l'Allemagne eut lieu de nuit, accompagnée d'un lâcher de tracts : des messages ou des encycliques du Pape, des plaisanteries sur Hitler (...) 700 kg de papier, 200 000 feuilles imprimées par avion.

Il y eut beaucoup de missions de ce genre. En Allemagne, malgré le couvre-feu, les usines en pleine activité restaient visibles : les équipages, la rage au coeur, lâchaient leurs bouts de papier qui ne servaient à rien sur des bâtiments où, par les lueurs qui filtraient des
verrières, ils devinaient l'ennemi fourbissant ses armes. Certains oubliaient de couper la ficelle des paquets, d'autres y ajoutaient des
pierres. Ils faisaient leur guerre

(...) à cette époque, s'il avait fallu, malgré tout, affronter les armées allemandes, les stocks de bombes n'auraient pas permis de combattre bien longtemps. Ce n'était après tout qu'un détail, puisque, de toute façon, il n'y avait pas d'avions pour les porter"
(Le Fana de l'Aviation 332, juillet 1997)

samedi 12 juin 2004

461 - une drôle de guerre

... le 1er septembre 1939, les premiers obus de la Seconde Guerre mondiale s'abattirent sur la Pologne.

Puissante sur le papier, l'armée polonaise en était malheureusement restée, comme beaucoup d'autres, à des doctrines datant de la Première Guerre, et fut rapidement dépassée par la puissance de feu et la mobilité de son adversaire, et en particulier par son aviation, qui s'était longuement entraînée sous le ciel d'Espagne, en soutien au général Franco.

Pendant 48 heures, Hitler fut sur le point de gagner son nouveau pari. Mais le 03 septembre, la France et la Grande-Bretagne se décidèrent finalement, comme elles s'y étaient engagées, à venir en aide à leur allié polonais, et à déclarer la guerre à l'Allemagne.

Pour les Polonais, cette annonce fut accueillie par un immense soulagement, qui se transforma bientôt en incrédulité, puis en colère, lorsqu'ils se rendirent compte que, loin de voler à leur secours, les soldats français s'enterraient profondément dans la ligne Maginot,
se gardant bien de toute action militaire qui aurait risqué de provoquer une contre-offensive allemande (!)

Il faut dire que l'état d'impréparation de l'armée française, aggravé par la victoire du Front Populaire, les congés payés et les grèves à répétition, ne lui permettait guère de mener des actions offensives qui, de toute manière, n'avaient pas l'assentiment d'une opinion publique encore massivement gangrenée par les pacifistes, et toujours aussi peu désireuse de "mourir pour Dantzig".

Dans le domaine de l'aviation par exemple, la France métropolitaine accusait un retard dramatique. La chasse disposait de 23 groupes, dont 4 volaient toujours sur des engins véritablement préhistoriques. Sur les 33 groupes de bombardement, seuls 4 étaient en cours de transformation sur du matériel moderne (Breguet d'assaut 691). Il n'y avait, en tout et pour tout, que CINQ bombardiers modernes (des LeO 451) en expérimentation,... qui se virent immédiatement privés de toute mission offensive pour ne plus assumer que de très vagues opérations de reconnaissance au sein de la 31ème escadre (!)

Pour les Polonais, l'affaire s'annonçait mal...

vendredi 11 juin 2004

460 - le coup de Gleiwitz

... le protocole secret du pacte germano-soviétique de non-agression définissait explicitement les "sphères d'influence réciproques en Europe orientale", accordant à Staline la Finlande, l'Estonie, la Lettonie et la Bessarabie, ainsi qu'une partie de la Pologne.

Il n'était plus question, comme le prétendait pourtant Hitler, de "désenclaver Dantzig", ni d'y créer un "corridor humanitaire" au bénéfice de la population germanophone : il s'agissait ni plus ni moins que d'attaquer militairement la Pologne, et de se la partager ensuite.

Mais Hitler était formaliste, il lui fallait un prétexte officiel. Ce prétexte, ce fut le fidèle Alfred Naujocks qui le lui fournit.

Né en 1908, adjoint de Reinhard Heydrich (chef de la SD et futur Reich-Protecteur de Bohème-Moravie), Alfred Helmut Naujocks
est un nazi de la première heure et - déjà - un spécialiste des actions clandestines.

Le soir du 31 août 1939, alors que les troupes allemandes n'attendent plus que le feu vert pour attaquer, son commando, revêtu d'uniformes polonais, s'empare de la station de radio allemande de Gleiwitz, en Silésie, à deux pas de la frontière polonaise

Une fausse "attaque", exécutée par de faux Polonais contre une vraie station de radio allemande, et qui doit, en diffusant une déclaration en polonais laissant croire à une attaque polonaise, apporter le prétexte idoine au Führer.

L'action est rondement menée, et les gardiens de la station promptement assommés à coups de crosses. Mais au moment où un des hommes de Naujocks s'apprête à lire le message sur les ondes, pas moyen de trouver le commutateur qui basculerait l'émission sur le réseau national (!)

Tant pis : l'émission ne sera perçue que par les quelques habitants du lieu. Ceci fait, Naujocks et ses hommes évacuent la station, tirent quelques coups de feu en l'air,... et abandonnent sur place un cadavre criblé de balles : celui d'un malheureux déporté du camp d'Orianenbourg, euthanasié pour l'occasion, puis revêtu d'un uniforme polonais.

Au matin du 1er septembre, le Völkischer Beobachter - journal officiel du parti nazi - titre à la Une sur "l'attaque polonaise".

Mais Hitler a déjà pris les devants : à 04H45, les premières troupes allemandes ont pénétré en Pologne. Et à Dantzig, le vieux pre-dreadnought "Schleswig-Holstein", vétéran de la Première guerre mondiale, a déjà tiré les premiers obus de la Seconde...

jeudi 10 juin 2004

459 - quand Naujocks entre en scène

... pour se poser en champion incontesté du pangermanisme, et plaire aux trois millions de germanophones des Sudètes, Adolf Hitler avait envahi la Tchécoslovaquie. Pour assurer la pérennité de son régime, et plaire aux dizaines de milliers de germanophones de Dantzig, il se préparait à présent à envahir la Pologne.

Ironiquement, les germanophones des Sudètes et de Dantzig finirent par se retrouver les principales victimes d'une opération qui visait officiellement à les "libérer" : après guerre, les uns et les autres furent chassés manu militari, et sans indemnité, des Sudètes et de Pologne, où leurs ancêtres s'étaient installés des siècles auparavant.

Et à la différence des Palestiniens, leurs descendants ne sont certes pas sur le point d'obtenir excuses, réparations et "droit au retour" : si tous les réfugiés sont égaux, certains le sont infiniment plus que d'autres...

Mais en ce 3 avril 1939, au moment où Adolf Hitler donnait ses directives en vue d'une attaque de la Pologne, nous n'en étions pas encore là. Le Reich était puissant et craint d'un bout à l'autre de l'Europe. Il avait conclu des alliances avec les fascismes italiens,
espagnols et japonais, et Adolf Hitler lui-même avait, contre toute attente, remporté tous ses paris - de la réintroduction du service militaire obligatoire à l'envahissement de la Tchécoslovaquie en passant par la réoccupation de la Rhénanie ou l'annexion de l'Autriche - sans que la France et la Grande-Bretagne, paralysées par le poids des pacifistes et la conviction que l'ogre allemand finirait bien par se calmer, n'interviennent.

De fait, le Führer était confiant de remporter à présent le pari polonais et, même s'il le perdait (c-à-d même si la France et la Grande-Bretagne lui déclaraient la guerre) de parvenir à digérer la Pologne bien avant que l'alliance franco-britannique soit en mesure de
lui nuire.

Restait néanmoins à sauver les apparences, à imaginer un prétexte justifiant l'invasion de la Pologne aux yeux de l'opinion publique internationale. Ce prétexte devait être fourni par un officier de la SS et authentique spécialiste des coups fourrés

Il s'appelait Alfred Naujocks

mercredi 9 juin 2004

458 - l'alliance de l'eau et du feu

... en 1938, Adolf Hitler avait annexé l'Autriche sans presque tirer un seul coup de feu. Il s'était ensuite emparé des Sudètes puis, en mars 1939, du reste de la Tchécoslovaquie, sans que la France et la Grande-Bretagne n'interviennent au profit de leur allié tchèque, comme ils s'y étaient pourtant engagés par traités.

Mieux encore : à Münich, en septembre 1938, Edouard Daladier et Neville Chamberlain avaient contraint la Tchécoslovaquie - dont le Premier ministre, Edvard Benes, n'avait même pas été convié à la conférence - à se défaire d'une partie de son territoire national au profit de l'Allemagne.

Dans ces conditions, il est facile d'imaginer qu'Hitler ait ensuite voulu rééditer - cette fois au détriment de la Pologne - une manoeuvre qui lui avait si bien réussi. Et qu'il se soit persuadé qu'une fois encore, la France et la Grande-Bretagne ne bougeraient pas, malgré leurs engagements envers les Polonais.

Du reste, quelques jours avant d'envahir la Pologne, et de siffler le coup d'envoi de la Seconde Guerre mondiale, Hitler n'en avait pas fait mystère au Ministre des Affaires étrangères italien, le Comte Galeazzo Ciano.

Au cours du dîner, alors qu'Hitler venait de lui révéler ses intentions, Ciano lui demanda s'il avait bien réfléchi à la réaction des Français. Hitler se mit à ricaner, déclarant que jamais la France n'oserait lui déclarer la guerre (ce en quoi il se trompait), ni ne viendrait militairement en aide à la Pologne (ce en quoi il avait raison)

Il faut dire que malgré sa ferme intention d'en découdre au plus tôt, le Führer avait pris ses précautions.

Le 22 mai, l'Allemagne et l'Italie avaient en effet signé le "Pacte d'Acier", une alliance militaire dont un des principaux auteurs n'était autre que le Comte Ciano lui-même.

Le 23 août, à la stupéfaction générale, Hitler abattit son Joker, et révéla à un monde incrédule l'existence d'un "pacte germano-soviétique" de non-agression, dont une clause, soigneusement tenue secrète, prévoyait déjà le partage de la Pologne entre une Allemagne violemment anti-communiste et une URSS ultra-communiste (!)

L'alliance de l'eau et du feu...

mardi 8 juin 2004

457 - "la Paix pour notre génération"

... le 30 septembre 1938, à Münich, la France et la Grande-Bretagne avaient à nouveau capitulé devant le diktat hitlérien, lui concédant le
territoire germanophone des Sudètes, rattaché à la Tchécoslovaquie par le Traité de Versailles de 1919.

Dès le lendemain, les troupes allemandes pénétrèrent dans la région,
follement acclamées par plus de trois millions de germanophones
enthousiastes.

Hitler avait encore gagné son pari : désireux de "sauver la Paix pour notre génération", la France et la Grande-Bretagne avaient dénoncé le Traité de Locarno de 1925, et contraint leur allié tchécoslovaque - qui du reste n'avait même pas été convié à la conférence ! - à se défaire de toute portion de son territoire national comptant au moins 50% de germanophones.

Pour sauver les apparences, Edouard Daladier et Neville Chamberlain avaient imposé une clause additionnelle à leurs accords avec Hitler : celle de garantir les nouvelles frontières de la Tchécoslovaquie contre toute agression.

Hitler avait acquiescé, et promis de limiter aux seules Sudètes son
expansion territoriale en Tchécoslovaquie.

Rentré à Paris, Edouard Daladier s'attendait à se faire copieusement conspuer pour ce reniement qui s'apparentait fort à une capitulation en rase campagne.

Ce fut tout le contraire : tout au long du parcours de la limousine
officielle, le Président du Conseil fut frénétiquement applaudi par des dizaines de milliers de pacifistes, soulagés de ne pas devoir "mourir pour Prague".

"Ah les cons !", s'exclama sobrement Daladier, sans illusion sur la suite des événements.

A Londres, l'accueil réservé au Premier ministre Neville Chamberlain fut tout aussi enthousiaste. "Voici le document qui garantit la Paix pour notre génération !", déclara-t-il à la foule, en brandissant fièrement le document signé par Adolf Hitler

"Vous avez voulu la Paix dans l'Honneur, vous aurez la guerre et le
déshonneur"
, rétorqua pour sa part l'éternel trublion de la politique
britannique. Un homme qui, quelques mois plus tard, symbolisera à lui tout seul la pugnacité britannique.

Il s'appelait Winston Churchill...

lundi 7 juin 2004

456 - l'annexion des Sudètes

... le 1er octobre 1938, l'encre des accords de Münich à peine séchée, les troupes allemands avaient pénétré dans le territoire des Sudètes, follement acclamées par plus de trois millions de germanophones.

Ayant compris que la France et la Grande-Bretagne ne feraient rien pour venir en aide à leur allié tchécoslovaque, comme ils s'y étaient pourtant engagés lors du Traité de Locarno de 1925 et une clause additionnelle aux accords de Münich, la Pologne et la Hongrie décidèrent à leur tour de passer à table, la première en s'emparant du territoire de Taschen, la seconde en annexant le sud de la Slovaquie.

Trois semaines plus tard, une directive secrète d'Hitler visant à s'emparer de ce qui restait de la Tchécoslovaquie, ramena les accords de Münich à leur juste valeur : celle d'un chiffon de papier.

Le 14 mars de l'année suivante, l'armée allemande passa à l'acte, et s'empara du reste de la Tchécoslovaquie - la rebaptisant protectorat de Bohème-Moravie - de nouveau sans que Paris et Londres n'interviennent.

Une fois de plus, l'audace hitlérienne avait payé, fait taire ses détracteurs, et permis à l'Allemagne d'augmenter son territoire de manière considérable, pour un coût dérisoire.

Une semaine plus tard (21 mars 1939), Hitler annonça sa ferme intention de rééditer l'opération, cette fois au détriment de la Pologne, dont il exigea qu'elle lui restitue le "corridor de Dantzig", ville majoritairement germanophone mais enclavée au sein du territoire polonais.

Dix jours plus tard (31 mars 1939), la France et la Grande-Bretagne déclarèrent leur soutien à la Pologne et à son gouvernement, qui avait rejeté les exigences allemandes.

Trois jours plus tard, Hitler ordonnait à l'État-major de préparer un plan d'invasion de la Pologne...

dimanche 6 juin 2004

455 - de Vienne à Munich

... le 4 février 1938, Adolf Hitler donna le coup de balai final aux derniers téméraires qui osaient encore contester ses décisions au sein du gouvernement.

Prétextant l'impérieuse nécessité de préserver la haute tenue morale du régime, il limogea le Ministre de la Guerre Werner Von Blomberg (qui s'était remarié avec une ancienne prostituée) et le chef des armées Werner Fritsch (accusé d'homosexualité)

Dans la foulée, le tiède Ministre des Affaires étrangères Konstantin Von Neurath fut remplacé par le docile Joachim Von Ribbentrop, tandis que Hitler, qui n'avait jamais dépassé le grade de caporal, prit en personne le commandement de l'armée.

Le 12 mars, les troupes allemandes pénétrèrent en Autriche, frénétiquement acclamées par les Autrichiens eux-mêmes, et sans que l'Angleterre ou la France n'interviennent. Le lendemain, l'Anschluss consacrait la fusion de l'Autriche à l'Allemagne

Un mois plus tard, le Führer renoua avec ses vieilles habitudes, en faisant approuver l'opération par un plébiscite remporté à 99% des électeurs allemands.

Le 30 mai, dans une directive adressée à la Wehrmacht, Hitler renouvela son intention d'envahir la Tchécoslovaquie, officiellement pour "libérer" la population germanophone des Sudètes, annexée à la Tchécoslovaquie par le Traité de Versailles de 1919.

Le 18 août, persuadé de l'imminente intervention de la France et de la Grande-Bretagne, le chef d'État-major Ludwig Beck présenta sa démission.

Mais le 29 septembre, contre toute attente, Neville Chamberlain et Edouard Dalladier, réunis à Münich, cédèrent aux revendications hitlériennes, et sacrifièrent leur allié chécoslovaque afin, affirmèrent-il, de "garantir la Paix pour notre génération"...

samedi 5 juin 2004

454 - régler le problème de "l'espace vital"

... Le 30 janvier 1937, le Reichstag renouvela, pour quatre années supplémentaires, les pleins pouvoirs qu'il avait déjà accordé à Adolf Hitler en mars 1933.

En juin, Werner Von Blomberg, Ministre de la Guerre, évoqua pour la première fois la perspective d'une attaque de la Tchécoslovaquie.

Non content de vider les caisses de l'État, le réarmement massif de l'Allemagne menaçait à présent d'épuiser les sources de matières premières en Allemagne-même.

Le 05 novembre 1937, l'Amiral Raeder, confronté à une crise de plus en plus aigüe des approvisionnements, convoqua une réunion à laquelle assista Adolf Hitler.

D'emblée, le Führer balaya l'ordre du jour de la réunion. Son objectif, déclara-t-il, était de régler une fois pour toutes le problème de "l'espace vital" par la guerre, en s'emparant chez les voisins de l'Allemagne des ressources vitales pour le pays.

À ses généraux qui lui firent remarquer que l'Allemagne ne serait fin prête pour la guerre qu'au milieu des années 1940, Hitler rétorqua qu'il n'hésiterait pas à précipiter les choses si une opportunité d'expansion territoriale se présentait plus tôt.

Le lendemain, Benito Mussolini décida de sauter dans le train en marche, en adhérant à son tour au pacte Anti-Komintern déjà conclu entre l'Allemagne et le Japon. Un mois plus tard, le 11 décembre 1937, l'Italie claqua elle aussi la porte de la Société des Nations.

Dans les semaines qui suivirent cette fatidique réunion du 05 novembre 1937, l'État-major allemand, résigné, s'attela donc à la tâche de préparer un plan d'invasion de la Tchécoslovaquie, persuadé que, cette fois, la France et la Grande-Bretagne ne manqueraient pas de déclarer la guerre à l'Allemagne...

vendredi 4 juin 2004

453 - la pensée-même du Führer

... avant de gazer les Juifs, l'Allemagne nazie s'était pour ainsi dire
"entraînée" sur le dos des handicapés physiques et mentaux allemands.

Une pétition adressée à Hitler par le père d'un enfant lourdement handicapé avait un jour amené le Führer à autoriser son médecin personnel, Karl Brandt, à accéder à la demande du père.

Devant l'absence de réactions des autorités civiles et religieuses, une véritable logistique d'euthanasie à grande échelle fut finalement mise en place. Partout en Allemagne, des médecins dressèrent des listes de patients à "traiter".

En octobre 1939, sur un simple ordre purement verbal du Führer, plus de 70 000 infirmes et malades mentaux purent alors être assassinés dans le but déclaré de "purifier la race aryenne".

Et lorsque certaines voix s'élevèrent pour réclamer au moins un ordre écrit, Hitler se contenta, dans la meilleure tradition des Rois de France, d'un vague mandat de quelques lignes, rédigé sur son papier à en-tête personnel, et antidaté au 1er septembre 1939, date du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

En Allemagne, la Loi était désormais supplantée par le décret ou, mieux encore, par "l'ordre personnel du Führer", que les gauleiters et responsables locaux interprétaient ensuite de manière aussi vague que personnelle.

Le summum de l'ubuesque fut atteint en 1942, lorsqu'Hitler lui-même ajouta à ses fonctions de chef d'État et de chef suprême des armées le titre tout aussi ronflant de "Oberster Gerichtsherr", ou "chef suprême de la Justice", cumulant ainsi tous les pouvoirs.

Et comme il ne pouvait donner tous les ordres en personne, et encore moins veiller à leur application concrète sur le terrain, la délégation fut érigée en véritable système de gouvernement.

A une vitesse hallucinante, un État moderne s'était transformé en une gigantesque pétaudière maffieuse, où des hordes d'arrivistes s'efforçaient à présent de conquérir une minuscule parcelle de Pouvoir pour l'appliquer ensuite à leur seul profit, tout en s'efforçant de traduire les ordres, pour ne pas dire la pensée-même, du Führer...

jeudi 3 juin 2004

452 - en finir avec la "race juive"

... on s'est beaucoup interrogé, après guerre, sur l'obsession d'Hitler d'en finir avec la "race juive" au moment-même où le sort des armes venait de basculer en défaveur de l'Allemagne.

En janvier 1942, lorsque Reinhard Heydrich préside la Conférence de Wannsee sur la "Solution finale", les États-Unis viennent d'entrer en guerre, et le Reich d'échouer devant Moscou, perdant ainsi tout espoir d'une victoire rapide, sinon d'une victoire tout court.

Bien plus : l'organisation des camps, la nécessité de traquer, d'arrêter, de déporter, puis d'exterminer des millions de personnes prive l'Allemagne de ressources et de troupes qui auraient pu, qui auraient dû, être utilisées plus efficacement ailleurs.

Et même si l'organisation, finalement très "germanique", du génocide tend à en réduire le coût au minimum, et à récupérer tout ce qui peut l'être sur les cadavres (bijoux, alliances, dents en or, etc.), elle est loin de compenser les frais d'une opération qui, dans toute l'Europe, va mobiliser pendant trois ans des centaines de trains, des milliers de soldats, des milliers de tonnes de mazout, des milliers de mètres cubes de béton, autant de ressources vitales en période de guerre, et qui manquent cruellement sur le Front.

Paradoxalement, plus les armées allemandes reculent, plus la défaite s'annonce inéluctable, et plus l'extermination des Juifs se fait féroce et systématique, plus elle accapare troupes, approvisionnements et fournitures.

Mais ce paradoxe n'est qu'apparent : parce qu'ils se rendent compte que la guerre est perdue, les chefs nazis, Hitler en tête, cherchent par tous les moyens, dans une ultime orgie de damnés, à supprimer toute présence juive d'Europe tant que cela est encore possible. Ils s'efforcent de tenir au moins la promesse contractée par Hitler le 30 janvier 1939, lorsqu'il déclara que "s’il devait arriver que la finance juive internationale réussisse encore une fois à précipiter les peuples dans une nouvelle guerre mondiale, cela n’aurait pas pour effet d’amener la bolchevisation du globe et le triomphe des Juifs mais bien, au contraire, l’anéantissement de la race juive d’Europe".

Puisque la vie du Troisième Reich ne fut en réalité qu'une perpétuelle fuite en avant, un défi lancé au Temps, l'extermination des Juifs par l'Allemagne nazie ne pouvait que répondre à la même logique, à la même surenchère, à la même hâte.

Et elle ne pouvait, elle aussi, que se terminer en tragédie...

mercredi 2 juin 2004

451 - la Conférence de Wannsee

... le 31 juillet 1941, Hermann Göring (numéro 2 du régime nazi, ministre de l'Air, commandant de la Luftwaffe, chef suprême de l'économie de guerre) chargea Reynhard Heydrich (chef de la SD, "Reich Protecteur" de Bohême-Moravie, adjoint du chef de la SS Heinrich Himmler) d'élaborer une "solution finale au problème juif".

Le 20 janvier 1942, Reynhard Heydrich présida la Conférence de Wannsee, à laquelle assistèrent plusieurs hauts fonctionnaires du Reich, parmi lesquels figurait Adolf Eichmann, un SS autrichien, recruté par la police secrète nazie (SD) en 1934, et chargé dès 1938 d'organiser à Vienne et à Prague la déportation des juifs d'Autriche.

D'emblée, cette conférence écarta l'idée de déporter tous les Juifs d'Europe sur l'île de Madagascar, et lui préféra la solution de "camps de travail" est-européens, où les conditions de travail et de détention seraient suffisamment pénibles pour les y faire mourir en grand nombre. Les (rares) survivants devant ensuite être traités "en conséquence".

Pour des raisons évidentes, le protocole final ne mentionna pas l'extermination de manière explicite - qui aurait voulu apposer sa signature au bas d'un tel document quand Hitler lui-même ne parlait de l'éradication des Juifs que de manière elliptique ? - mais les premières chambres à gaz furent installées en Pologne dans les mois suivants, et "traitèrent" ceux et celles qu'on estimait inaptes au travail).

La responsabilité de toute cette infrastructure fut placée entre les mains d'Heinrich Himmler, chef de la SS dès 1929, chef de la Gestapo dès 1934, ministre de l'Intérieur en 1943, chef des forces armées allemandes de l'intérieur dès 1944.

La machine de mort put alors tourner à plein régime...

mardi 1 juin 2004

450 - une Nuit de Cristal

... avec l’assassinat, le 28 octobre 1938, d’Ernst Von Rath, troisième secrétaire de l’ambassade d’Allemagne à Paris, par le Juif Herschel Grynnszpan , le gouvernement allemand tenait le prétexte rêvé pour un nouveau – et spectaculaire – tour de vis à l’endroit des Juifs allemands, déjà considérés comme citoyens de seconde zone depuis qu’une loi de septembre 1935 les eut déchu de la nationalité allemande.

Dans la nuit du 9 au 10 novembre, éclata la "Nuit de Cristal". Dans toute l’Allemagne, les vitrines des magasins tenus par des Juifs explosèrent sous les coups de la population et des forces l’Ordre réunies. Près de 200 synagogues furent incendiées, 7 500
magasins ou établissements juifs pillés et saccagés. Une centaine de Juifs furent assassinés sur place, et près de 30 000 arrêtés et expédiés dans les "camps de concentration" créés par Heinrich Himmler dès le 20 mars 1933.

Dans un discours prononcé au Reichstag le 30 janvier 1939, Hitler déclara que "s’il devait arriver que la finance juive internationale réussisse encore une fois à précipiter les peuples dans une nouvelle guerre mondiale, cela n’aurait pas pour effet d’amener la bolchevisation du globe et le triomphe des Juifs mais bien, au contraire, l’anéantissement de la race juive d’Europe".

Le 23 novembre 1939, dans la Pologne conquise, les quelque 3 millions de Juifs furent contraints d’arborer l’étoile jaune. Le 1er septembre 1941, cette mesure fut étendue à l’ensemble des Juifs de l’Europe occupée.

En décembre, le gazage des Juifs dans des camions étanches débuta en Pologne. Mais la méthode était si primitive et si coûteuse (les gaz d’échappement du camion étaient simplement détournés dans la benne rendue plus ou moins hermétique) qu’elle était loin de satisfaire les responsables, qui se plaignirent amèrement de la lenteur des Juifs à mourir asphyxiés, ainsi que du coût élevé en carburant. Ils réclamèrent donc des moyens plus efficaces, plus "industriels", pour en finir avec cette race honnie.

Le 20 janvier 1942, la Conférence de Wannsee se chargea de mettre au point "la solution finale au problème juif"

lundi 31 mai 2004

449 - "Partout où j'allais, je voyais des Juifs"

... Identifier les Juifs, les expulser du corps social allemand, était, avant même le déclenchement de la Première Guerre mondiale, le credo fondamental d’Adolf Hitler, celui qui motiva toute sa carrière politique.

"Partout où j'allais, je voyais des Juifs. Et plus j'en voyais, plus mes yeux apprenaient à les distinguer nettement des autres hommes", écrivit-il.

Rien d’étonnant dès lors à ce qu’un boycott des magasins juifs ait été organisé dans toute l’Allemagne dès le 1er avril 1933, deux mois après sa nomination à la tête du gouvernement, et une semaine à peine après que le Reichstag lui eut voté les pleins pouvoirs.

La suite, au demeurant aussi logique que prévisible, fut celle d’une descente aux enfers de plus en plus rapide.

Le 10 mai 1933, dans toutes les villes universitaires, on commença à brûler les livres de tous les auteurs "interdits", parce que Juifs, défaitistes, décadents ou simplement "anti-allemands".

Le 15 septembre 1935, les "lois de Nuremberg" déchurent tous les Juifs de leur citoyenneté allemande, interdirent les mariages mixtes et mêmes les simples relations sexuelles entre Juifs et non-Juifs.

Un instant ralentie par les Jeux Olympiques de 1936, la persécution des Juifs reprit de plus belle dès 1937. Le 9 juin 1938, la synagogue de Munich fut détruite, le 10 août, ce fut le tour de celle de Nuremberg.

Le 25 juillet, les Juifs ne pouvaient plus être médecins. Le 27 septembre, ils ne pouvaient même plus être avocats.

Engluée par les revendications pacifistes, le reste de l’Europe ne bougea pas, détourna les yeux, ou applaudit secrètement la "remise au pas" des Juifs détestés qui, c’était bien connu, étaient responsables de tout et même du temps qu’il faisait.

"On ne veut pas mourir pour Dantzig !", clamaient les pacifistes en 1939, mais depuis des années, ils ne voulaient surtout pas mourir pour les Juifs allemands.

Le 28 octobre 1938, 17 000 Juifs furent expulsés vers la Pologne. Le 7 novembre, le juif Herschel Grynnszpan tira sur un obscur secrétaire de l’ambassade d’Allemagne à Paris, qui décéda deux jours plus tard.

Ce fut le début de la "Nuit de Cristal".

dimanche 30 mai 2004

448 - le règne de la délation

... aussi populaire que fut le régime nazi parmi le peuple allemand, la répression n'en était pas moins indispensable à sa survie.

Les médias désormais contrôlés par le Ministère de la Propagande, les syndicats supprimés, les églises sévèrement contrôlées, les principaux opposants politiques éliminés, emprisonnés ou contraints à l'exil, ne restait plus pour menacer la pérennité de l'Ordre nouveau que l'écrasante majorité des citoyens ordinaires.

Mais il n'était nul besoin de transformer l'Allemagne entière en une gigantesque prison, ni de placer un policier derrière chaque Allemand adulte : le traditionnel sens civique, le non moins traditionnel respect de l'Autorité, ainsi que les bonnes vieilles rivalités et jalousies, allaient faire de chaque Allemand l'auxiliaire passif, sinon volontaire,
de sa propre répression.

En 1937 par exemple, la Gestapo ne disposait que de 126 officiers pour surveiller les agissements des 500 000 habitants de Düsseldorf, de 43 à Essen pour 650 000 habitants, et... de 22 à Würzburg, pour les 840 000 habitants de toute la basse Franconie (!)

Impossible, dans ces conditions, de repérer les "éléments subversifs" en s'en remettant au seul flair des rares agents en place. La loi sur les
"comportements malveillants" du 21 mars 1933 allait s'en charger, et être à l'origine d'une gigantesque vague de dénonciations, le plus souvent anonymes.

Partout dans le Reich, des centaines de milliers de dénonciations furent ainsi collectées. Dans les archives de la seule Gestapo de Düsseldorf, on retrouva après guerre 72 000 dossiers de dénonciation, sans compter les quelque 30 000 qui auraient disparu (!)

Chacun dénonçait son voisin, son collègue, son copain de bistrot, qu'il
soupçonnait "d'activités subversives", ou dont il voulait, plus prosaïquement, se venger pour des raisons futiles.

Et puisque chacun se transformait en mouchard, tout le monde apprit à raser les murs, à garder profil bas, à éviter tout comportement ou propos susceptible de porter à controverses. Il suffisait désormais à la Gestapo d'opérer une descente de temps à autre, et de procéder à quelques arrestations quasiment au hasard, pour que chaque habitant suspecte son voisin d'en être l'instigateur, et se réfugie plus que jamais dans le plus grand conformisme et la plus grande soumission à l'Autorité.

Cette méthode s'avéra en vérité si efficace que les autorités, submergées par les dénonciations, durent immédiatement créer des tribunaux spéciaux, chargés d'appliquer une justice (très) accélérée.

Et quand vint le temps de la conquête de l'Europe, on vit des dizaines
de milliers de braves citoyens belges, français, hollandais, polonais, se mettre à leur tour à dénoncer leurs compatriotes juifs, communistes ou simplement "subversifs" aux autorités d'Occupation qui, bien entendu, n'en demandaient pas tant et étaient bien contentes d'un tel élan de civisme...

samedi 29 mai 2004

447 - réoccuper la Rhénanie

... pour Hitler, la signature du pacte naval du 18 juin 1935 fut non seulement un clou supplémentaire enfoncé dans le cercueil du Traité de Versailles, mais aussi, comme il le qualifia lui-même, "le jour le plus heureux de ma vie"

Encouragé par ce succès, le maître du Troisième Reich se lança au début de 1936 dans un nouveau et spectaculaire pari : la réoccupation de la Rhénanie, action qui violait non seulement le Traité de Versailles de 1919, mais aussi le Traité de Locarno de 1925.

Cette fois, l'armée elle-même s'alarma de la témérité du Führer, et le
pressa de reconsidérer sa décision, appuyée en cela par le Ministère des Affaires étrangères qui, persuadé d'une riposte franco-britannique, le supplia de n'en rien faire.

Ébranlé dans ses certitudes, Hitler hésita un moment, puis retomba dans son éternel credo du "sans risque, pas de gain", et donna l'ordre de réoccuper militairement la Rhénanie.

Contre toute attente, le pari s'avéra payant : une fois de plus, la France et la Grande-Bretagne se contentèrent de protestations diplomatiques, tandis que dans son journal, le Ministre de la Propagande Joseph Goebbels écrivait :

"Le Führer est rayonnant. L'Angleterre reste passive. La France ne bouge pas, l'Italie est déçue et l'Amérique s'en désintéresse"

Contre l'avis de ses généraux, et de tous ses conseillers, Hitler avait
donc gagné son pari, et prouvé une fois de plus que l'audace était payante : trois semaines après la réoccupation de la Rhénanie, 99% des Allemands lui apportèrent leur soutien au terme d'un semblant d'élections au Reichstag.

A la mi-juillet, au vu et au su de toutes les démocraties, les troupes allemandes et italiennes s'en furent prêter main forte à la révolution
déclenchée en Espagne par le général Franco contre le gouvernement
socialo-communiste démocratiquement élu.

Le 1er novembre, la signature de "L'Axe Rome-Berlin" consacra l'union de fait des fascistes italiens et allemands. Le 25, le "Pacte
anti-Komintern" en fit de même entre l'Allemagne et le Japon.

Et le 1er décembre 1936, tous les garçons et filles d'Allemagne durent
adhérer aux Jeunesses hitlériennes, qui comptèrent près de 5 500 000 membres à la fin de l'année 1936...

vendredi 28 mai 2004

446 - le pacte naval

... le 16 mars 1935, profitant de son éclatant succès dans le rattachement de la Sarre à l'Allemagne, Adolf Hitler avait violé une nouvelle fois le Traité de Versailles, en annonçant le rétablissement du service militaire obligatoire, et son intention de doter l'Allemagne d'une armée de 550 000 hommes

Une fois de plus, les démocraties occidentales s'étaient contentées d'envoyer de vagues notes de protestation, qui ne seraient certes pas les dernières.

Un mois plus tard, à la Conférence de Stresa, les représentants italiens, anglais et français réaffirmèrent leur soutien au Traité de Versailles, et soulignèrent qu'ils n'accepteraient plus aucune nouvelle violation de la part de l'Allemagne

Vaine rodomontade : deux mois plus tard, le 18 juin 1935, la Grande-Bretagne, pensant ainsi calmer la Bête, signa avec elle un pacte séparé qui violait le Traité de Washington de 1922 sur les constructions navales. Un pacte qui autorisait non seulement l'Allemagne à posséder jusqu'à 35% du tonnage de la marine de guerre britannique, mais aussi, et surtout, à construire une flotte sous-marine... interdite par le Traité de Versailles (!)

Une flotte qui, quelques années plus tard, allait se distinguer en mettant l'Angleterre à genoux, et en coulant un nombre record de navires anglais...