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vendredi 20 avril 2007

1503 - la Providence

… même s'il n'en provoqua ni la mort ni la chute, l'attentat du 20 juillet eut néanmoins d'importantes conséquences sur Hitler.

Au plan physique, il accéléra le vieillissement d'un homme qui, à 55 ans, en paraissait facilement 10 ou 15 de plus.

Au plan mental, il en renforça la paranoïa et le sentiment d'être l'élu de la "Providence". Après le 20 juillet, l'accès à Hitler, déjà problématique même pour ses plus fidèles partisans, devint quasiment impossible.

Le Führer vivait plus que jamais claquemuré dans son QG, constamment entouré d'une légion de SS, et n'écoutait plus grand-monde, et surtout pas les porteurs de mauvaises nouvelles ou tous ceux qui tentaient encore de lui présenter une vision réaliste de la situation militaire et économique.

Déjà coupé du peuple allemand, il se coupa de son armée, dont il n'avait plus confiance dans aucun des chefs, et s'entêta dans des aventures militaires de plus en plus irréalistes et désespérées.

Finalement, la seule personne qui profita de cet attentat ne fut autre… qu'Eva Braun, laquelle lui écrivit une longue lettre d'amour dès qu'elle eut connaissance de l'attentat.

Cette fois du moins, la réponse d'Hitler fut conforme à ses attentes : "Ma chère petite bécasse, lui écrivit-il, je vais bien, ne te fais pas de souci (…) J'espère revenir bientôt et pouvoir me reposer dans tes bras (…) mais mon devoir envers le peuple allemand passe avant tout. Je t'ai
envoyé l'uniforme que je portais le jour de l'accident. Il prouve que la Providence m'a protégé et que nous n'avons plus à craindre nos ennemis. De tour cœur, ton A.H." (1)

(1) Knopp, page 122

jeudi 19 avril 2007

1502 - pour vivre heureux...

... si Rommel n'eut d'autre choix que de se suicider après l'échec de l'attentat du 20 juillet, Erich von Manstein eut plus de chances.

Pressenti dès 1942 pour prendre la tête de la conjuration et endosser la tenue du "Sauveur de la Patrie", Manstein, en dépit de son antipathie pour Hitler, se garda bien d'y donner suite.

Ironiquement, ce fut pourtant un des comploteurs, Alexander Stahlberg, qui lui évita sans doute la potence. Placé par son cousin, Henning von Tresckow, comme aide-de-camp de Manstein, Stahlberg avait pour mission de sonder discrètement les intentions de ce dernier à l'égard d'un complot contre Hitler et, si possible, de le rallier à la conjuration.

Bien qu'il ait fini par comprendre que le Feld-maréchal n'entreprendrait jamais rien contre Hitler, Stahlberg demeura à son service tout au long de la guerre. Au début de 1944, lorsque les querelles entre Hitler et Manstein, de plus en plus fréquentes depuis Stalingrad, atteignirent leur apogée, et culminèrent le 27 mars avec le limogeage et la "mise en disponibilité" de Manstein, Stahlberg fut autorisé à conserver son service auprès du maréchal désormais privé de tout commandement mais certes pas de sa solde ni de ses considérables primes exonérées d'impôts (1)

Lorsque début juillet, Stahlberg annonça à Manstein l'imminence d'un attentat contre Hitler, information qu'il tenait de la bouche-même du général Fellgiebel (2), Manstein, d'abord incrédule, réagit ensuite avec sa célérité coutumière et décida... de prendre quelques jours de vacances le plus loin possible de toute agitation, en l'occurrence sur l'île d'Usedom, au bord de la mer Baltique !

Sage précaution en vérité, qui lui valut d'échapper ensuite à la hargne de la Gestapo, dont les limiers, faute de pouvoir prouver la moindre implication de sa part dans l'attentat, le laissèrent tranquille jusqu'à la fin de la guerre...

(1) Saviez-vous que... no 1310
(2) exécuté à Berlin le 4 septembre 1944 pour sa participation à l'attentat contre Hitler

mercredi 18 avril 2007

1501 - suicide sur ordonnance

... s'il avait accepté de s'engager directement dans la conjuration, Erwin Rommel aurait assurément constitué un atout de poids, et à tout le moins un homme susceptible d'incarner une légitimité nouvelle et de se poser en "Sauveur de la Patrie" advenant la disparition d'Hitler.

Mais à l'instar d'Erich von Manstein, Rommel n'en accepta jamais le rôle, se contentant de manifester sa sympathie à l'égard des comploteurs.

Blessé en Normandie lors d'une attaque aérienne, le 17 juillet 1944, c'est sur son lit d'hôpital qu'il apprit l'échec de l'attentat du 20 juillet, auquel Hitler avait miraculeusement échappé.

Bien que n'y ayant pas participé personnellement, Rommel n'en connaissait pas moins l'identité et le but des comploteurs, ce qui, dans l'esprit d'Hitler, le plaçait assurément en bonne place sur la liste des traîtres à exécuter.

Mais comme Rommel était considéré par beaucoup d'Allemands comme un véritable héros national, Hitler estima plus judicieux de lui proposer un suicide discret, qui lui épargnerait du moins un procès ignominieux, assorti de représailles envers sa famille.

Rommel accepta donc de s'empoisonner "sur ordre". Ayant officiellement succombé des suites de ses blessures contractées sur le Front, il fut enterré avec les honneurs militaires le 18 octobre 1944...

mardi 17 avril 2007

1500 - Mort aux Traîtres

... Après l'échec du complot, le sort qui attendait les conjurés survivants ne faisait guère de doutes.

Dans les semaines qui suivirent, les hommes de la SS et de la Gestapo les arrêtèrent par dizaines. Certains préférèrent du reste se suicider plutôt que d'affronter la torture et un procès de parodie et du plus pur style stalinien.

Un procès dont Hitler exigea d'ailleurs qu'il soit filmé, et montré à la population allemande. Un procès-spectacle à l'issue jouée d'avance, dans lequel le juge Roland Freisler (1) se distingua plus encore que de
coutume, en ne ratant aucune occasion pour agonir d'injures les accusés

Rendu fou de rage par la trahison dont il avait été l'objet, le Führer exigea également que les exécutions elles-mêmes soient photographiées et filmées, et que les clichés lui soient envoyés à Rastenburg, peut-être pour se convaincre que ceux-ci avaient bel et bien été exécutés.

En tout, plus de 200 personnes qui avaient participé, de près ou de loin, au complot du 20 juillet furent pendues, suspendues à des crocs de boucher ou, à l'instar d'Erwin Rommel, poliment priées de se suicider.

Quand les derniers d'entre eux furent passés par les armes, il n'exista plus aucune forme d'Opposition structurée à Hitler et à la SS d'Himmler, dont la fidélité au régime lui permit à nouveau d'accroître son influence, jusqu'à la chute finale de l'Allemagne nazie…

(1) réputé pour son caractère impitoyable et les milliers de condamnations à mort qu'il prononça sous le Troisième Reich, Roland Freisler fut tué par un bombardement aérien en février 1945

lundi 16 avril 2007

1499 - la fin du complot

... au fil des années, ceux qui complotaient contre le Führer s'étaient toujours heurtés au même problème : où trouver un chef suffisamment connu et respecté par l'Armée et la population pour être en mesure d'incarner une nouvelle légitimité advenant le renversement d'Hitler.

Lorsqu'il devint évident, dans la soirée du 20 juillet 1944, que le Führer était toujours en vie, les nombreux indécis ne tardèrent pas à constater que la conjuration n'abritait aucun personnage semblable en son sein, et aussi qu'Hitler, quels que soient les sentiments qu'ils pouvaient nourrir à son égard, demeurait bel et bien le seul chef légitime de l'Allemagne.

Déjà ténu, le soutien aux conjurés fondit alors comme neige au soleil. Chacun ne pensait plus qu'à sauver sa peau. Au siège même de la Ersatzheer, on vit des hommes faire le coup de feu avec les conjurés au beau milieu des couloirs. Bientôt, les SS, appuyés par des Panzers appartenant à des unités fidèles au régime, encerclèrent la place.

Placé en état d'arrestation quelques heures plus tôt, et réalisant que sa propre tête ne tenait plus qu'à un fil, Fromm tenta de reprendre la main, et ordonna l'arrestation et l'exécution immédiate, "au nom du Führer", de Mertz, Ollbricht, Haeften et Stauffenberg, qui furent fusillés séance tenante, dans la cour du bâtiment (1).

(1) la précipitation de Fromm en cette affaire témoignait surtout de sa volonté de faire disparaître tous ceux qui auraient pu témoigner de sa sympathie à leur égard. Son calcul fit pourtant long feu : accusé de faiblesse et d'incompétence, il fut relevé de son commandement, et fusillé le 12 mars 1945

dimanche 15 avril 2007

1498 - les pieds nickelés du 20 juillet

..."A la Bendlerstrasse, le désordre allait croissant. Comploter un coup d'État dans un État policier n'est pas une mince affaire. Mais même dans les conditions du moment, tout cela sentait largement son dilettantisme.

Trop de paramètres avaient été négligés. On avait trop peu prêté attention à des détails infimes, mais importants, de calendrier, de coordination et, enfin et surtout, de communication.

Rien n'avait été fait pour détruire le centre de communication du FHQ
Rastenburg] ou le mettre durablement hors service. Rien n'avait été prévu pour prendre le contrôle immédiat des stations de radio à Berlin et dans les autres villes. Aucun communiqué ne fut diffusé par les putschistes. Les chefs du parti et des SS ne furent pas arrêtés. Goebbels lui-même, le maître de la propagande (1), resta libre de donner de la voix.

Trop de conjurés étaient occupés à donner des ordres ou à les exécuter. Il y eut trop d'incertitude, et trop d'hésitation. On avait tout fondé sur l'assassinat d'Hitler. On avait tenu pour acquis que si Stauffenberg parvenait à faire exploser sa bombe, c'en serait fini de Hitler. Sitôt que cette prémisse fut contestée, puis infirmée, le coup d'État improvisé ne tarda pas à s'effondrer.

En l'absence de confirmation de la disparition du Führer, l'élément crucial fut qu'il y avait trop de loyalistes, trop d'hésitants, trop de gens qui avaient beaucoup à perdre en prenant le parti des conjurés (…) En milieu de soirée, il était de plus en plus clair pour les insurgés que leur coup était un fiasco irréparable" (1)

(1) Goebbels possédait d'ailleurs une ligne téléphonique directe avec le QG d'Hitler, à Rastenburg. Une ligne téléphonique qu'aucun conjuré ne pensa ou ne fut capable de couper…
(2) Kershaw, pages 968-969

samedi 14 avril 2007

1497 - le chaos

... lorsque l'avion de Stauffenberg atterrit finalement à Berlin, vers 15H00, il y a déjà plus d'une heure que les SS, et Hitler lui-même, ont commencé à reconstituer le fil des événements, et remarqué son absence.

Retardé par des problèmes de voiture - son avion n'ayant pas atterri là où il était attendu - ce n'est qu'à 16H30 que Stauffenberg se présente enfin au siège de la Ersatzheer, sur la Bendlerstrasse.

A ce moment, il y a déjà près d'une demi-heure que le chef de la Ersatzheer, le général Friedrich Fromm, a été averti par le maréchal Keitel qu'Hitler est toujours en vie...

Dans ces conditions, il n'est pas question pour lui de lancer le signal de l'Opération Walkyrie. Son chef d'État-major, le colonel Mertz, de longue date associé au complot, s'en est pourtant chargé à sa place !

S'ensuit alors une scène ubuesque, où Fromm, en cherchant à faire arrêter Mertz, s'entend signifier par ce dernier qu'il est lui-même en état d'arrestation !

Le chaos ne tarde pas à s'installer, entre ceux qui assurent qu'Hitler est mort, ceux qui sont convaincus qu'il est vivant, et ceux qui attendent prudemment des nouvelles avant de se décider pour l'un ou l'autre camp...

vendredi 13 avril 2007

1496 - la chance du diable

... aussitôt après l'explosion, Stauffenberg et Haeften ont sauté dans leur voiture sans demander leur reste, et surtout sans chercher à s'assurer des résultats.

Il leur faut en effet rejoindre l'aérodrome – et au-delà, Berlin, pour lancer le signal de la rébellion – avant que le camp de Rastenburg ne soit entièrement bouclé par la SS.

De toute manière, se disent-ils, personne ne peut avoir survécu à pareille déflagration.

C'est pourtant une erreur : la table en chêne, la configuration des lieux, la baraque en bois, ou encore le fait que la moitié seulement des explosifs prévus a finalement pu être mise à feu, tout cela a considérablement amoindri l'efficacité de la bombe : sur les 24 occupants de la baraque, quatre seulement décéderont dans les minutes et les heures à venir; neuf autres sont gravement blessés.

Autour de la baraque à moitié détruite, chacun se précipite pour venir en aide aux blessés.

Voyant Hitler, les cheveux roussis par l'explosion, sortir en titubant, le maréchal Keitel se précipite dans ses bras : "Mon Führer, vous êtes vivant, vous êtes vivant !"

A l'exception de ses tympans déchirés, de brûlures superficielles, et de multiples échardes sur tout le corps, Hitler est quasiment indemne...

jeudi 12 avril 2007

1495 - le coup de pied du Destin

... Lorsque Stauffenberg, sorti des toilettes avec sa demi-bombe, retrouve enfin Hitler, la réunion d'État-major a déjà commencé.

Du fait de la température estivale, cette réunion a même été programmée dans une vulgaire baraque en planches, et non pas dans un bunker bétonné, ce qui, à nouveau, va considérablement réduire l'impact de l'explosion, en permettant au souffle de se frayer facilement un passage vers l'extérieur.

Après avoir salué le Führer, Stauffenberg dépose sa serviette sous la lourde table en chêne, tout à côté du dictateur.

Par la suite, hélas, un coup de pied anonyme la déplacera un peu plus loin, ce qui sauvera probablement la vie d'Hitler.

La première partie de sa mission désormais accomplie, Stauffenberg s'éclipse quelques instants plus tard, sans attirer l'attention.

A 12H45, une explosion assourdissante déchire l'air. La baraque où se trouve Hitler vient d'exploser.

mercredi 11 avril 2007

1494 - l'erreur fatale

... toujours par sécurité, la bombe transportée par Stauffenberg est composée de deux charges explosives d'environ un kilo chacune.

Peu après leur arrivée à Rastenburg, et prétextant l'envie de se rafraîchir, Stauffenberg et son aide-de-camp, Werner von Haeften, se dirigent vers les toilettes afin d'amorcer les charges explosives.

Mais à peine ont-ils eu le temps de placer un détonateur sur la première qu'il sont surpris par un adjudant, chargé d'avertir Stauffenberg d'un appel téléphonique urgent.

Dans la précipitation, Haeften fourre alors la seconde charge – non amorcée - dans sa propre serviette plutôt que dans celle de Stauffenberg.

Une erreur fatale qui va réduire la puissance de l'explosion de moitié.

Ce n'est que le début...

mardi 10 avril 2007

1493 - Opération Walkyrie

... pour se débarrasser d'Hitler, les conjurés ont fini par accoucher d'un plan fort compliqué, et assurément très optimiste.

Stauffenberg devra d'abord se rendre au QG d'Hitler à Rastenburg, déposer la bombe dans le local où se tient la conférence, s'éclipser discrètement, attendre l'explosion, vérifier qu'Hitler n'en a pas réchappé, puis quitter immédiatement le Wolschantze en voiture afin de gagner le terrain d'aviation voisin.

De là, un avion le ramènera jusqu'à Berlin pour qu'il puisse transmettre le code "Walkyrie" avertissant les conjurés de la réussite de l'opération, et leur offrant la possibilité, grâce à la Ersatzheer, de s'emparer des différents ministères et d'emprisonner les chefs de la SS et de la Gestapo.

Lorsqu'il arrive à Rastenburg, dans la matinée du 20 juillet 1944, Stauffenberg transporte la bombe en plusieurs parties, qu'il lui faut maintenant assembler à l'abri des regards, ce qui ne constituerait pas un gros problème si Hitler - qui doit recevoir son homologue italien Benito Mussolini dans l'après-midi, n'avait décidé d'avancer la réunion d'une demi-heure.

Aux aléas et au bruit éventuel d'un mécanisme d'horlogerie, les conjurés ont par ailleurs préféré des détonateurs à acide dont la capsule, une fois brisée, laisse environ un quart d'heure de délai avant l'explosion.

lundi 9 avril 2007

1492 - tuer cela n'est rien, mais mourir...

... à de multiples reprises depuis le milieu des années 1930, des conjurés comme l'amiral Wilhem Canaris (chef de l'Abwehr, le renseignement militaire allemand) ou le général Henning von Tresckow, ont échafaudé des plans pour assassiner Hitler.

En mars 1943, Tresckow était même parvenu à placer dans l'avion d'Hitler des bombes dissimulées dans des bouteilles de cognac.

Les détonateurs étant défectueux, les bombes n'explosèrent pas…

Aucun des conjurés n'étant par ailleurs disposé à sacrifier sa propre vie en tuant Hitler d'un coup de pistolet au milieu de ses partisans, ou en se faisant sauter à ses côtés avec une bombe, tous les plans étudiés impliquait donc une "porte de sortie" pour l'auteur de l'attentat, ce qui représentait assurément un lourd handicap.

Si Stauffenberg s'était senti une âme de kamikaze, Hitler n'aurait pas survécu à l'explosion.

Mais Stauffenberg ne voulait pas mourir, et Hitler en réchappa…

dimanche 8 avril 2007

1491 - attentisme

... Noyautée depuis des mois par les conjurés, la Ersatzheer constituerait un excellent outil pour s'emparer du Pouvoir si son chef, le général Friedrich Fromm, se manifestait clairement en faveur de la rébellion.

Mais, comme tant d'autres, dont Rommel lui-même, Fromm se contente d'exprimer discrètement sa sympathie à l'égard des comploteurs… et d'attendre de voir dans quelle direction soufflera le vent.

Cet attentisme prudent, qui mine la rébellion depuis le début, aura bientôt des conséquences dramatiques - mais n'anticipons pas.

Faute d'un appui franc et solide, les conjurés disposent du moins d'un atout dans leur manche : en sa qualité d'officier de liaison de la Ersatzheer, et héros de guerre, Stauffenberg peut en effet participer aux réunions militaires qu'Hitler organise au Wolfschantze de Rastenburg, ce qui fait de lui le candidat idéal pour y déposer une bombe.

Mais si Stauffenberg est résolu à tuer Hitler, la question est de savoir s'il est lui-même prêt à mourir pour cela...

samedi 7 avril 2007

1490 - le comte Stauffenberg

Claus Schenk von Stauffenberg est né en Bavière, le 15 novembre 1907.

A l'instar de tous ceux qui, au sein de l'Armée, complotent contre Hitler, il n'est pas à proprement parler un "anti-nazi" : il a soutenu le nouveau Chancelier Hitler, approuvé son combat contre les Juifs et les communistes, et applaudi ses victoires contre la Pologne puis la France.

Comme le soulignera son propre frère "En ce qui concerne la politique intérieure, nous avions accepté l'essentiel du credo national-socialiste. Le concept de race nous paraissait juste et très prometteur" [bien que, parfois] "son application en était excessive, qu'elle allait trop loin" (1)

Lieutenant-colonel dans l'Afrika Korps, Stauffenberg est blessé en 1943, et amputé de son œil gauche et de sa main droite. Rapatrié en Allemagne, il intègre l'État-major du général Friedrich Olbricht, par ailleurs membre de la conjuration.

Olbricht est également un des responsables de la Ersatzheer, ou "Armée de réserve", composée de soldats trop âgés ou en trop mauvaise forme physique pour servir en première ligne, mais en principe capables d'assurer la sécurité du "Front intérieur" en cas de soulèvement...

(1) Goldhagen, page 164

vendredi 6 avril 2007

1489 - à quoi bon ?

... la peur, l'appât du gain et des honneurs, le poids d'une longue tradition militaire d'obéissance au chef, ne sauraient expliquer l'attachement des plus hauts gradés de l'armée allemande à Hitler, et leur réticence à s'en débarrasser, si on n'y ajoutait leur patriotisme et leur propre analyse de la situation politico-militaire.

A quoi bon prendre de considérables risques personnels en complotant pour renverser et assassiner Hitler si l'on sait que les Alliés, de toute manière, ne s'en contenteront pas, et continueront d'exiger rien de moins qu'une capitulation sans condition, qui privera l'Allemagne de toutes ses conquêtes antérieures, la condamnera à nouveau à payer de lourdes réparations, et vaudra aux comploteurs eux-mêmes le douteux privilège de se retrouver devant un tribunal ou une potence ?

La déclaration finale de la Conférence de Casablanca (1), les propos d'Henry Morgenthau sur le démembrement de l'Allemagne d'après-guerre (2) ou encore ceux d'un Joseph Staline réclamant la désindustrialisation totale de l'Allemagne et promettaient de "liquider physiquement de 50 000 à 100 000 officiers allemands" sitôt la capitulation obtenue (3), tout cela ne pouvaient que les renforcer dans leur soutien à Hitler et leur rejet des conjurés.

Au début de 1944, Tresckow lui-même en était arrivé à la conclusion qu'il ne parviendrait jamais à trouver un "Sauveur de la Patrie" parmi les principaux officiers supérieurs, et ce quel que soit le nombre de désastres militaires qui frapperaient encore l'Allemagne.

Il allait donc falloir se résoudre à liquider Hitler sans savoir qui mettre à sa place, et sans la moindre garantie d'obtenir le soutien de l'Armée, celui de la population allemande, ni même l'approbation des Alliés...

(1) Saviez-vous que… no 1419
(2) Saviez-vous que… no 1070
(3) Saviez-vous que… no 1068

jeudi 5 avril 2007

1488 - l'impossible Sauveur

… le désastre de Stalingrad, dont la responsabilité principale incombait à Hitler lui-même, aurait pu constituer l'élément déclencheur d'une vaste révolte au sein de l'Armée s'il s'était trouvé parmi elle un chef suffisamment connu et respecté pour en brandir l'étendard.

Le Feld-maréchal Erich von Manstein, qui n'avait jamais caché son antipathie envers Hitler, était incontestablement le meilleur choix, mais toutes les tentatives des conjurés pour le rallier à leur cause échouèrent piteusement.

Erwin Rommel représentait une alternative séduisante mais, malgré d'incontestables preuves de sympathie à leur égard, ce dernier ne se hasarda jamais à les rejoindre ouvertement.

Les raisons invoquées par ces deux hommes, ainsi que par l'immense majorité des officiers supérieurs, étaient fort diverses : ils craignaient pour leur propre vie, ne voulaient pas renoncer à leur carrière ni aux considérables avantages matériels que leur procurait le régime (en particulier les plantureuses primes exonérées d'impôts (1)), se sentaient liés par leur serment personnel de fidélité au Führer, invoquaient la longue tradition d'obéissance prussienne au Chef de l'État, ou considéraient tout simplement qu'un renversement d'Hitler en pleine guerre ne profiterait qu'aux ennemis de l'Allemagne.

(1) Saviez-vous que… no 1310

mercredi 4 avril 2007

1487 - les deux conditions

... fondamentalement, et à la différence de simples citoyens comme Georg Elser - responsables de l'attentat de la Bürgerbraukeller - les comploteurs qui oeuvraient au sein de l'Armée allemande n'étaient pas anti-nazis.

Ils avaient au contraire soutenu Hitler depuis le début, lui savaient gré d'avoir restauré le prestige de l'Allemagne et de l'Armée elle-même, et approuvaient pleinement son combat contre les Juifs et les communistes, ainsi que sa volonté de conquérir un "espace vital" pour l'Allemagne.

Les nombreux succès remportés par Hitler, de la remilitarisation de la Rhénanie en 1936 à la Campagne de France en 1940, en passant par l'annexion de l'Autriche ou la victoire-éclair contre la Pologne, n'avaient fait que réduire le nombre des opposants, et fragiliser leur position.

Dès 1941, un de ces comploteurs, le général Henning von Tresckow, avait parfaitement résumé les deux conditions que devraient réunir les conjurés pour se débarrasser d'Hitler.

Il fallait tout d'abord attendre qu'un désastre militaire spectaculaire, dont Hitler porterait seul la responsabilité, sorte l'Armée et la population allemande de leur hébétude.

Il fallait ensuite trouver, au sein de l'Armée elle-même, un chef suffisamment respecté des siens, et suffisamment connu de la population, pour qu'il soit en mesure d'incarner une légitimité nouvelle…

mardi 3 avril 2007

1486 - un isolement protecteur

... après l'attentat commis par Georg Elser, la sécurité autour d'Hitler avait naturellement été renforcée.

Pire encore : à mesure que la guerre s'étirait, le Führer lui-même apparaissait de moins en moins en public. En 1940, il ne prononça ainsi que neuf grands discours publics, sept en 1941, cinq en 1942, deux en 1943, où il ne passa par ailleurs que quelques jours à Berlin, contre près de trois mois dans sa résidence du Berghof – devenue zone militaire interdite au public.

Oublié, le temps des grands-messes nazies, lorsque Hitler, debout dans sa Mercedes décapotable ou à la tribune du stade de Nuremberg, regardait, tel un Empereur romain, les milliers de SA défilant devant lui, soutenus par le rugissement d'une foule extatique qui, le bras tendu, entonnait le Horst Wessel lied (1)

A présent, le Führer vivait tel un moine dans son monastère, ou plutôt claquemuré au milieu de la forêt, dans son QG de Rastenburg, en Prusse orientale, constamment entouré par une véritable légion de SS entièrement dévolus à sa cause.

Désormais isolé de son peuple, et voyageant de moins en moins, Hitler n'avait plus guère à craindre une réédition de l'attentat commis par Georg Elser, c-à-d par une personne isolée et issue de la société civile, ni des attaques semblables à celle dont seraient bientôt victimes Reynhard Heydrich ou Isoroku Yamamoto.

Seuls les militaires qui, depuis le milieu des années 1930, complotaient contre lui pouvaient encore conserver l'espoir de parvenir à le renverser de l'intérieur. Mais ils souffraient non seulement de leur petit nombre, mais aussi de leurs propres divisions...

(1) écrit par Horst Wessel, militant SA tué en 1930 dans un affrontement avec des opposants communistes, le Horst Wessel lied était l'hymne officiel de la SA avant de devenir celui du parti nazi

lundi 2 avril 2007

1485 - cible émouvante

... Près d'un an après la mort d'Heydrich, et à des milliers de kms de Prague, les Américains testèrent leur propre version de "l'assassinat ciblé" d'une personnalité politico-militaire de premier plan.

Au printemps 1943, et malgré sa défaite devant Midway un an auparavant, le Grand Amiral Isoroku Yamamoto était encore considéré par les Japonais comme leur meilleur stratège, et par les Américains comme leur pire ennemi.

Chargé d'organiser la défense des îles conquises par le Japon, il venait d'entamer une "tournée des popotes" dont les services d'écoute américains apprirent bientôt l'existence, et l'itinéraire.

On dépêcha donc à Guadalcanal, dans le plus grand secret, une escadrille de bimoteurs P38 "Lightning" munis de réservoirs supplémentaires.

Le 18 avril 1943, au dessus de l'île de Bougainville, ils interceptèrent, comme prévu, le Mitsubishi "Betty" à bord duquel l'amiral japonais avait pris place.

Surnommé "briquet volant" en raison de son incroyable propension à s'enflammer au moindre tir, le "Betty" de Yamamoto s'embrasa à la première rafale, et s'écrasa dans la jungle.

Pour le Japon, sa mort constituait une telle perte que le gouvernement jugea plus sage de ne la porter à la connaissance du public qu'un mois plus tard...

dimanche 1 avril 2007

1484 - "le meilleur d'entre nous"

... A la différence de la plupart des chefs nazis, et en particulier de son supérieur théorique Heinrich Himmler, Heydrich ne s'était jamais préoccupé de sa sécurité personnelle et, à de multiples reprises, n'avait pas hésité à troquer son uniforme de SS pour celui de pilote de chasse, combattant avec son Messerschmitt 109 de la Norvège en 1939 à la Russie en 1941.

Cette insouciance lui avait d'ailleurs valu de multiples remontrances de la part non seulement d'Himmler, mais aussi de Hitler lui-même, qui le considérait comme bien trop précieux pour le Reich que pour risquer inutilement sa vie dans un avion.

De tout cela, Heydrich n'avait cure, mais sa bonne étoile l'abandonna pourtant le 27 mai 1942, lorsque la décapotable dans laquelle il voyageait sans escorte fut attaquée dans la banlieue de Prague par un commando tchèque directement envoyé depuis Londres.

L'affaire faillit pourtant tourner une nouvelle fois à son avantage, lorsque la mitraillette que brandissait un des membres du commando s'enraya avant même le premier coup ! Alors qu'Heydrich, qui venait de sortir son propre pistolet, s'apprêtait à abattre le malchanceux tétanisé de stupeur, le second membre du commando lança une grenade vers la voiture.

Les éclats que reçut Heydrich n'étaient pas mortels, mais la blessure s'infecta. Malgré l'envoi à Prague des meilleurs médecins allemands, il mourut de septicémie le 4 juin suivant.

Ses funérailles, auxquelles Hitler assista personnellement, furent nationales, grandioses et à la mesure de la colère du Führer, lequel ordonna des représailles sanglantes qui culminèrent le 10 juin, lorsque le petit village de Lidice fut purement et simplement rayé de la carte et de la surface de la terre.

Bien que profondément marqué par la mort de celui qu'il considérait comme "le meilleur d'entre nous", Hitler ne l'en jugeait pas moins sévèrement : "Puisque c’est l’opportunité qui fait non seulement le voleur mais aussi l’assassin, déclara-t-il en privé, un comportement aussi héroïque que de se promener dans une voiture ouverte, non blindée ou marcher dans les rues sans une protection est seulement une stupidité complète qui ne sert pas la patrie. Car une telle attitude d'un homme aussi irremplaçable qu’Heydrich, s’exposer de lui-même à des dangers, je ne peux que la condamner pour son absurdité"...