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lundi 9 mai 2005

792 - des promesses jamais tenues

... le missile anti-aérien est stupide. Il ne sait faire la différence entre un bombardier et un avion commercial, et est incapable de rentrer à sa base après chaque mission, réussie ou non.

Cette simple évidence n'empêcha pourtant pas les technocrates de tous les pays occidentaux de réclamer, dès le début des années 1950, le remplacement des bombardiers stratégiques par des missiles intercontinentaux comme les Polaris, et celui des chasseurs par des missiles anti-aériens comme les Nike-Hercules

La publication, un peu partout dans le monde, de "Livre blanc" sur la Défense entraîna des révisions déchirantes en matière de programmes d'armements, forçant d'excellents avions comme l'Avro "Arrow" ou le BAC TSR-2 à rejoindre le parc à ferrailles sitôt leurs premiers vols, et d'autres à ne jamais sortir des planches à dessins.

Pour autant, en dépit de tous les espoirs placés en eux, les gros missiles anti-aériens tirés depuis le sol ne s'avérèrent pas plus infaillibles que leurs petits frères directement embarqués à bord des avions de combat. C'est ainsi que les SAM russes utilisés au Vietnam connurent de nombreuses défaillances techniques, et furent encore plus souvent leurrés par les systèmes de contre-mesures électroniques embarqués à bord des bombardiers américains.

Au total, une quinzaine de B52 furent abattus par les missiles nord-vietnamiens, un chiffre dérisoire si on le rapporte aux 120 000 missions de guerre qu'ils effectuèrent au dessus du Vietnam, ou aux soixante B17 abattus par la chasse et la DCA allemandes lors du seul raid sur Schweinfurth, le 14 octobre 1943 (!)

Aux Falklands (1982), lors de la première Guerre du Golfe (1991) ou de la seconde (2003), on vit également, et à de multiples reprises, des missiles de tout type rater leur cible ou, pire encore, en détruire une qui n'était pas du tout celle visée, en sorte qu'aujourd'hui encore, nul ne peut prédire quand le missile aura définitivement supplanté l'avion, et l'ordinateur remplacé l'Homme...

dimanche 8 mai 2005

791 - la flêche brisée













... L'intercepteur "pur" rendu obsolète par l'apparition des missiles et la disparition prévisible des gros bombardiers stratégiques, seul le chasseur-bombardier pouvait encore espérer un avenir.

L'Arrow CF-105 n'avait jamais été prévu pour ce rôle. Son éventuelle conversion - que dut également subir, quoique dans une moindre mesure, le McDonnell-Douglas "Phantom II" - aurait assurément coûté une fortune, que le gouvernement conservateur nouvellement élu voulait d'autant moins payer qu'il s'était engagé à acheter des missiles anti-aériens "Bomarc" auprès des Américains.

Le 20 février 1959, ce fut la fin. Cédant aux comptables qui n'avaient d'yeux que pour les dépassements de budget, aux "spécialistes" qui lui juraient que l'avenir n'appartenaient plus qu'aux missiles, et aussi aux sirènes des lobbyistes américains, le Premier Ministre du Canada, John Diefenbaker, décida d'annuler purement et simplement tout le programme du CF105.

Les concepteurs de l'Arrow furent licenciés, de même que les 14 000 ouvriers et employés d'Avro, dont la faillite survint peu après. Les prototypes déjà construits furent découpés au chalumeau et envoyés à la ferraille, tous les plans et documents techniques brûlés, et ce afin d'empêcher une résurrection éventuelle du programmes sous un autre gouvernement.

Au final, quatre cents millions de dollars partirent ainsi en fumée, et les ingénieurs et techniciens les plus qualifiés aux États-Unis, où on les accueillit à bras ouverts chez Boeing, Lockheed , McDonnell, ou à la NASA, afin d'y concevoir des avions semblables à l'Arrow.

L'industrie aéronautique canadienne mit plus d'une génération pour se remettre de ce "vendredi noir". Mais, au Canada comme ailleurs, le triomphe des "Bomarc" et autres missiles sol-air fut de courte durée : bien moins polyvalents que les intercepteurs pilotés, les derniers exemplaires disparurent du sol canadien en 1969 pour y être remplacés par des chasseurs-bombardiers... américains (*)

(*) McDonnell-Douglas F101 Voodoo

samedi 7 mai 2005

790 - Projet Arrow

... la Seconde Guerre mondiale terminée, les nouveaux bombardiers stratégiques à réaction, bien que débarrassés des canons anti-aériens de gros calibre (devenus incapables de les suivre aux vitesses et altitudes où ils évoluaient désormais), restaient sous la menace des avions de chasse, à présent équipés de canons à tir ultra-rapide ou - mieux encore - de missiles air-air.

En 1953, le gouvernement canadien, qui craignait les bombardiers russes dont l'arrivée était considérée comme imminente, accepta de financer la création d'un intercepteur bisonique, capable de les détruire à très haute altitude, et sans l'assistance de radars au sol - immensités canadiennes obligent.

Pareil défi excédait de loin les capacités techniques de l'époque, et si l'Avro-Canada CF-105 "Arrow" parvint finalement à satisfaire au cahier des charges, ce ne fut qu'après d'innombrables retards, et au prix d'une véritable explosion du budget initialement prévu.

Cette hausse vertigineuse des coûts de production de l'Arrow, rendue inévitable par la complexité de plus en plus grande des avions modernes, n'était pas rédhibitoire en soi - tous les pays industrialisés y étant également confrontés - mais tombait d'autant plus mal que la mise en orbite du premier "Sputnik" russe, le 4 octobre 1957 - le jour même de la première présentation publique de l'Arrow ! - remit en cause l'intérêt-même des bombardiers, et donc des chasseurs conçus pour les intercepter.

A quoi bon continuer à construire des bombardiers pilotés, toujours très vulnérables et exigeant d'interminables pistes de décollage et d'atterrissage, alors que des missiles intercontinentaux à tête nucléaire, tirés depuis le fond des océans (premier lancement d'un Polaris : juin 1963), ou depuis des plate-formes spatiales, promettaient de meilleurs résultats à moindre coût ?

Et si le bombardier devenait inutile, alors l'avion destiné à l'intercepter l'était tout autant.

vendredi 6 mai 2005

789 - le ciel pour seule limite

... à la différence de leurs "petits frères" embarqués à bord des avions de chasse, les gros canons de l'artillerie anti-aérienne terrestre ne sont limités ni par leur recul, ni par leur poids ou leur encombrement.

En revanche, pour d'évidentes raisons physiques, il n'est pas possible de pointer une pièce de 128mm pesant plusieurs tonnes aussi rapidement et facilement qu'un petit canon de 20mm n'avouant que quelques centaines de kilos. Surtout, il n'est pas possible d'en obtenir les mêmes cadences de tir.

Là où un 20mm crache plusieurs centaines (voire milliers) de projectiles par minute, un 128mm ne peut guère en tirer plus de cinq ou six dans le même temps. Pour espérer atteindre, depuis le sol, un bombardier volant à 400 kms/h et à 6 000 ou 7 000 mètres d'altitude, il n'y avait donc d'autre solution que de multiplier le nombre de canons mis en batteries, ce qui se traduisait en retour par une augmentation vertigineuse de la consommation d'obus.

En 1944, les responsables allemands durent convenir que même leurs nouveaux 128mm seraient incapables de faire face à la menace des bombardiers Boeing B29 (600 kms/h et 10 000 mètres d'altitude) dont l'arrivée était considérée comme imminente. A l'évidence, il fallait trouver autre chose, et se tourner vers les missiles guidés qui, avec les V1 et V2 faisaient alors leurs premiers pas.

Hélas, la dispersion des efforts et l'irréalisme des cahiers des charges - en particulier au niveau du téléguidage - entraînèrent une nouvelle fois les ingénieurs sur des chemins certes prometteurs mais qui n'avaient aucune chance d'être convenablement défrichés avant la fin de la guerre.

Naquirent ainsi une poignée d'engins certes exotiques comme le Schmetterling, l'Enzian, le Wasserfall, ou encore le Rheintochter, mais qui, à nouveau, ne furent efficaces que bien après la guerre, aux mains des vainqueurs de l'Allemagne...

mercredi 4 mai 2005

787 - la quadrature du cercle


















... s'il n'était déjà pas facile, pour un chasseur allemand, d'abattre un quadrimoteur allié avec l'armement qu'il emportait sous ses ailes, encore fallait-il pouvoir s'en approcher suffisamment pour être en mesure de lui tirer dessus,... tout en évitant les tirs de défense du bombardier ainsi que ceux des chasseurs d'escorte.

Dans ces conditions, en 1944, l'espérance de vie moyenne d'un chasseur monomoteur Messerschmitt 109 ne dépassait pas la cinquantaine d'heures de vol. Celle du Focke-Wulf 190, pourtant plus performant, n'était pas meilleure. A plein régime, il fallait en effet de trop longues minutes à ces chasseurs conventionnels pour qu'ils rattrapent les bombardiers et se mettent en position de tir. Et en cas d'interception par les escorteurs alliés, leur vitesse de pointe, souvent inférieure à celle de ces derniers, ne leur permettait pas de s'échapper facilement.

En théorie, la vitesse plus élevée des nouveaux chasseurs à réaction leur permettait de rejoindre plus rapidement leurs proies, et leur offrait de meilleures chances d'échapper aux escorteurs. En revanche, elle augmentait également l'imprécision des tirs, qui s'opéraient encore à l'oeil nu.

Avec 800 kms/h, et quatre canons de 30mm, les Messerschmitt 262 à réaction semblaient l'arme absolue contre des bombardiers se traînant à la moitié de leur vitesse. Mais la consommation d'une essence par ailleurs de plus en plus rationnée était telle que leur autonomie ne dépassait pas 1 000 km. Les succès remportés par ces chasseurs étaient donc fort rares.

Ceux des Heinkel 162 à réaction, et des Messerschmitt 163 à moteur-fusée, l'étaient encore bien davantage, pour des raisons qui tenaient tantôt au manque de fiabilité des moteurs, tantôt à celui des canons ou des cellules elles-mêmes, ou encore à une autonomie dérisoire qui, dans le cas, des Me 163, ne dépassait pas une soixantaine de kilomètres,... effectués pour la plupart en vol plané (!)

mardi 3 mai 2005

786 - les limites du "tout missile"

... Contre toute attente, et faute de voir apparaître le moindre bombardier soviétique, le "tout missile" installé sur le McDonnell-Douglas "Phantom II" s'avéra si peu judicieux qu'au Vietnam, il fallut modifier profondément l'avion.

D'abord pour lui permettre de transporter des bombes - bien utiles dans son nouveau rôle de chasseur-bombardier - et ensuite pour emporter un canon Gatling que ses pilotes, lassés par le manque de fiabilité des premiers missiles "Sidewinder" face aux Mig Nord-Vietnamiens, réclamaient à corps et à cris, et qu'on dut, faute d'autre emplacement disponible, installer sous le nez, altérant le profil aérodynamique.

En laboratoire, et lors des tests, des missiles comme l'AIM-54 "Phoenix" (spécialement conçu pour détruire à grande distance les bombardiers lourds soviétiques) atteignaient pourtant une probabilité de succès proche de 90%. Mais en conditions de combat, au Vietnam, elle ne dépassait pas les 30%.

"L'arme aérienne absolue" était donc loin de satisfaire les attentes de ses utilisateurs, par ailleurs confrontés à l'augmentation vertigineuse du coût des avions et de leurs missiles embarqués.

En Israël, les pilotes de Mirage en étaient également arrivés à la même conclusion, préférant continuer à engager les appareils égyptiens au canon plutôt qu'au missile, beaucoup moins fiables et autrement plus coûteux que les bons vieux obus.

Avec les années, les capacités théoriques des missiles s'améliorèrent,... tout comme l'efficacité des leurres et contre-mesures électroniques des avions pris pour cible, rendant la "certitude de victoire" tout aussi aléatoire qu'auparavant...

lundi 2 mai 2005

785 - du "tout-canon" au "tout-missile"

... le missile air-air est bien plus performant que le simple obus. Un seul suffit en effet pour abattre n'importe quel avion ennemi, aussi robuste soit-il.

Le missile frappe à deux ou trois fois la vitesse du son, et affiche une portée allant parfois jusqu'à 200 kilomètres. Guidé à l'infrarouge ou par radar, le missile peut également modifier sa trajectoire en vol.

Pareilles performances sont évidemment inaccessibles à l'obus, qui n'a pour lui que son extrême simplicité et son faible coût d'utilisation.

Rien d'étonnant dès lors à ce que les avionneurs se soient précipités sur les recherches allemandes dès la fin du conflit, et aient petit à petit équipé leurs appareils pour l'emport de missiles air-air ou sol-air, aidés en cela par les progrès et la fiabilité de l'électronique embarquée.

Quatre missiles sous les ailes, c'était en effet quatre victoires assurées en combat aérien. A quoi quoi bon, dès lors, continuer à embarquer des canons à l'efficacité aléatoire, alimentés par des centaines d'obus par ailleurs fort lourd ?

Du "tout canon", on passa donc au "tout missile", et le McDonnell-Douglas F4 "Phantom II", apparu en 1958, devint ainsi le premier intercepteur naval (puis terrestre) conçu dès le départ pour n'emporter que des missiles, à l'exclusion de tout canon, considéré comme inutile pour détruire les bombardiers lourds soviétiques dont chacun appréhendait l'arrivée.

dimanche 1 mai 2005

784 - la faillite de l'ersatz

... les canons à tir ultra-rapide n'étant pas encore au point, et ceux de gros calibre présentant finalement plus d'inconvénients que d'avantages, les ingénieurs allemands cherchèrent donc d'autres moyens d'abattre les gros quadrimoteurs anglo-américains occupés à incinérer leurs villes.

Par rapport aux canons, les missiles et roquettes air-air offraient l'avantage de ne générer aucun recul susceptible de mettre à mal la structure-même du chasseur qui les transportait.

A tous égards, un missile guidé comme le X-4 était bien supérieur à la simple roquette libre, mais il s'en faudrait de longtemps avant qu'il ne devienne opérationnel et, là encore, uniquement entre les mains des vainqueurs de l'Allemagne.

La roquette libre n'avait pour elle que sa très grande simplicité,... et sans doute aussi le fait qu'elle était alors utilisée en quantités véritablement industrielles par les Britanniques, les Américains ou les Russes dans leur chasse aux tanks et véhicules allemands.

Mais si le tank constitue un objectif fort peu mobile, il en va tout autrement d'un avion, capable de se déplacer très rapidement dans les trois dimensions pour échapper aux roquettes tirées contre lui.

Séduisante sur le papier, l'adaptation de roquettes air-air sous les ailes des chasseurs allemands s'avéra un fiasco total. En théorie, une seule WGr 21 de 210mm - conçue pour exploser automatiquement après 800 mètres de vol - suffisait à pulvériser n'importe quel bombardier quadrimoteur allié. Dans les faits, et faute de tout système de radar et de télémesure, il était obligatoire de la tirer avec une précision inférieure à 60 mètres... impossible à mesurer à l'oeil nu et dans un chasseur volant à 600 kms/h.

Le programme tout entier se solda donc par un nouvel et colossal échec,... encore aggravé par la perte d'une multitude d'avions lanceurs qui, handicapés par le poids et la traînée aérodynamique des roquettes transportées sous leurs ailes, constituaient des proies faciles pour la chasse alliée escortant les bombardiers.

vendredi 3 septembre 2004

544 - les dépouilles du vaincu

... à la capitulation de l'Allemagne, les Alliés découvrirent dans les forêts, les hangars, les mines ou les tunnels, des milliers de tanks, avions ou canons allemands, absolument neufs ou à divers stades de construction.

Ils trouvèrent également, et particulièrement à Dora-Nordhausen, en Thuringe, sous le massif du Harz, une usine complète de fusées V1 et V2, où 25 000 travailleurs des camps étaient morts d'épuisement ou de mauvais traitements.

Lorsque les GI's de la 104ème division d'infanterie arrivèrent à Dora,
le 11 avril 1945, il ne restait plus qu'une poignée de survivants, étalés sur des milliers de cadavres. Des survivants qui n'avaient plus que quelques heures à vivre, tous les prisonniers capables de marcher ayant été évacués à marche forcée, ou exécutés sur place par les Allemands lors de leur retraite.

Comme l'usine souterraine abritait des tonnes de documents techniques et des centaines de fusées V1 et V2 à divers stades de fabrication, et comme la région toute entière devait passer sous contrôle soviétique quelques jours plus tard, les Américains s'empressèrent d'en évacuer le plus possible avant l'arrivée des Russes.

De ce fabuleux butin, un dixième environ fut ensuite cédé aux alliés français et anglais qui, eux aussi, oublièrent immédiatement que chaque V2 ainsi reçu en cadeau était, en moyenne, taché du sang de quatre à cinq prisonniers (!)

Et quand les Russes prirent la place des Américains, ils se mirent carrément en devoir de démonter l'usine jusqu'au dernier boulon. Pendant trois ans, des trains complets, chargés de plans, de fusées, de machines-outils, prirent le chemin du Paradis des Prolétaires, l'opération ne s'achevant qu'à l'été 1948...

jeudi 2 septembre 2004

543 - autour de la Lune

... contraints par les bombardements alliés, puis par le débarquement de Normandie, à revenir à davantage de réalisme et de discrétion, les ingénieurs allemands n'en entendaient pas moins bombarder Londres au moyen de leurs Vergeltungswaffen" ou "armes de représailles".

La plus connue, et de loin la plus utilisée, fut la fusée V1, ancêtre de nos actuels missiles de croisière. Construite par Fieseler, la V1 était un petit avion sans pilote transportant 800 kilos d'explosifs, qu'un pulsoréacteur Argus propulsait à plus de 600 kms/h pendant environ 300 kilomètres. De par sa conception-même, le pulsoréacteur exigeait, pour être démarré, que la V1 fut déjà en mouvement, ce qui imposait de le lancer depuis un appareil en vol ou, plus généralement, depuis une rampe de plusieurs dizaines de mètres, fort vulnérable aux bombardements alliés. Une fois en vol, la V1 conservait une trajectoire immuablement rectiligne jusqu'à ce qu'une minuterie programmée au sol interrompe l'alimentation du pulsoréacteur, entraînant la chute de l'engin.

Responsables de la mort de plusieurs milliers de personne, les V1, dont l'imprécision notoire ne leur permettaient que de frapper des grandes villes à l'exclusion de tout objectif exclusivement militaire. Leur seule contribution à la guerre fut de mobiliser loin du front des centaines de canons antiaériens et de chasseurs ultra-rapides (parmi lesquels les premiers "Meteor" à réaction), qui les abattirent par centaines.

De fait, sur plus de 25 000 V1 lancés sur Londres, Anvers ou Liège, plus de la moitié furent détruites en vol ou victimes de problèmes techniques.

Infiniment plus sophistiquée (donc plus longue et coûteuse à produire), et ancêtre de tous les missiles balistiques d'aujourd'hui, la fusée V2 transportait environ une tonne d'explosifs sur une distance équivalente, mais à plusieurs fois la vitesse du son, ce qui la rendait impossible à intercepter.

Paradoxalement, cette invulnérabilité constitua la principale faiblesse des V2 qui, lancées à plusieurs milliers d'exemplaires, ne mobilisèrent aucune défense alliée.

Faute de bombe atomique, que les ingénieurs allemands ne purent jamais mettre au point à temps, ni la V1 ni la V2 n'eurent la moindre influence sur la guerre, et coûtèrent au contraire fort cher au Troisième Reich, que ce soit en Reichsmarks, en énergie, en carburant ou en ressources diverses.

Pour atteindre l'efficacité d'un seul grand raid de "mille bombardiers" britanniques ou américains, qui transportaient chacun de quatre à cinq tonnes de bombes à chaque vol, et notamment sur Hambourg, Berlin ou Dresde, il aurait en effet fallu lancer plus de 5 000 V1 ou V2 à la fois.

A la capitulation allemande, moins de 30 000 avaient été lancés, qui pour plus de la moitié n'atteignirent jamais leur cible...

mercredi 1 septembre 2004

542 - de la Terre a la Lune

... bien que les recherches allemandes sur les fusées et missiles remontaient au milieu des années 1930, il fallut attendre 1942, l'essoufflement de la guerre à l'Est et les premiers bombardements massifs de l'Allemagne par les Britanniques, pour que celles-ci bénéficient de l'importante priorité que leur valut leur statut de "Vergeltungswaffen" ou "armes de représailles".

N'ayant pas les capacités industrielles pour construire les milliers de bombardiers quadrimoteurs que les Anglo-américains utilisaient pour raser les villes allemandes, l'Allemagne nazie s'était (trop) vite convaincue qu'elle pourrait, grâce aux fusées, parvenir aux mêmes résultats sur les villes britanniques, voire même américaines (!)

De "l'idée du Führer" à sa mise en oeuvre, il n'y avait qu'un ordre qui, dans toute l'Allemagne et les territoires contrôlés par elle, mobilisa bientôt des centaines de savants, d'ingénieurs et de techniciens, mais aussi des dizaines de milliers d'ouvriers, de déportés et de travailleurs des camps.

Car il ne fallait pas seulement concevoir des engins capables de raser Londres et un jour New-York : il fallait bâtir de gigantesques complexes pour les fabriquer, puis les abriter, et enfin les lancer sur l'ennemi.

Comme toujours, le grandiose prit le pas sur le réalisme et l'on se mit à construire sur les côtes françaises d'énormes bunkers d'où ces armes - qui n'existaient pas encore - étaient censées surgir pour frapper les villes britanniques, attendu que l'imprécision des "Vergeltungswaffe" (plusieurs kilomètres de rayon par rapport au centre de la cible visée) ne pouvait les destiner qu'aux villes, c-à-d aux civils qui avaient le malheur d'y vivre et d'y travailler.

Pareille mobilisation de travailleurs et de milliers de mètres cubes de béton attira fatalement l'attention des Alliés, qui entreprirent de bombarder les installations de lancement bien avant qu'elles ne soient terminées.

Ainsi en fut-il de la Coupole de St-Omer et du bunker d'Eperlecques qui, plus ou moins gravement endommagés, durent être abandonnés peu après le 6 juin 1944 sans jamais avoir servi, forçant les ingénieurs à revenir à une conception plus mobile et finalement plus réaliste des sites de lancement...

mardi 31 août 2004

541 - le vertige des cimes

... avec l'apparition, en 1941, des gros bombardiers quadrimoteurs, l'artillerie antiaérienne classique dut affronter un ennemi qui volait de plus en plus haut et de plus en plus vite.

Avec leur cadence de tir de plusieurs centaines de coups à la minute, les canons de petit calibre restaient en mesure de dresser de véritables murailles d'acier devant les appareils volant à moins de 3 000 mètres. En revanche, la cadence de tir des canons de gros calibre ne pouvait, pour des raisons purement mécaniques, dépasser les quelques coups par minute.

Pour espérer atteindre, depuis le sol, un avion volant à 400 kms/h et à 6 000 ou 7 000 mètres d'altitude, il n'y avait donc d'autre solution que de multiplier le nombre de canons, ce qui se traduisait par une augmentation vertigineuse de la consommation d'obus.

En 1944, les responsables allemands durent convenir que même leurs nouveaux 128mm seraient incapables de faire face à la menace des bombardiers Boeing B29 (600 kms/h et 10 000 mètres d'altitude) dont l'arrivée était considérée comme imminente

A l'évidence, il fallait trouver autre chose, et se tourner vers les missiles guidés qui, avec les V1 et V2 faisaient alors leurs premiers pas.

Hélas, la dispersion des efforts et l'irréalisme des cahiers des charges - en particulier au niveau du téléguidage - entraînèrent une nouvelle fois les ingénieurs sur des chemins certes prometteurs mais qui n'avaient aucune chance d'être convenablement défrichés avant la fin de la guerre.

Naquirent ainsi une poignée d'engins certes exotiques comme le Schmetterling, l'Enzian, le Wasserfall ou la Rheintochter, mais qui, à nouveau, ne furent efficaces que bien après la guerre, aux mains des vainqueurs de l'Allemagne...

lundi 30 août 2004

540 - la puissance du simple hasard

Disposant dès 1941 de la supériorité aérienne sur l'Allemagne, et n'ayant pas à affronter les mêmes menaces de bombardements, les Anglo-américains n'eurent pas besoin de développer leur propre artillerie antiaérienne dans les mêmes proportions.

Inférieurs en quantité, sinon en qualité, et n'ayant finalement que peu d'avions ennemis à se mettre sous le collimateur, les canons antiaériens alliés n'obtinrent évidemment pas les mêmes résultats, ni ne bénéficièrent de la même renommée.

Un des plus connus fut incontestablement le "pom pom" Vickers de 40mm - en fait un montage de 4 ou 8 canons sur un même affut - qui était au canon antiaérien comme le tromblon au fusil à lunette : une arme rustique et notoirement imprécise, mais capable de cracher un maximum de projectiles dans un minimum de temps.

Comme pour la FLAK allemande, il s'agissait là encore de pratiquer des tirs de barrage, et de saturer littéralement de mitrailles l'espace où évoluait l'avion ennemi, dans l'espoir que l'un ou l'autre éclat d'obus finirait par l'atteindre.

Extraordinairement vorace en munitions, la pratique de la canonnade à saturation fut en revanche très efficace dans le Pacifique, contre les avions-suicide japonais qui, lorsqu'ils parvenaient à franchir les différents écrans de chasseurs américains, tombaient alors sous le feu de plusieurs centaines de canons anti-aériens, tirant plusieurs dizaines de milliers d'obus par minute et ne leur laissant finalement qu'une chance infime de parvenir au but.

Dans l'un et l'autre camp, la précision - très relative - des tirs dépendait d'abord et avant tout de l'habileté des artilleurs, à peine aidés dans leur tâche par des télémètres optiques, ainsi que par les premiers radars et calculateurs.

Conscients de cette faiblesse, les Allemands avaient bien tenté de développer des canons automatiques directement asservis à un radar, mais leurs recherches, qui étaient loin d'être terminées la fin de la guerre, furent comme de coutume reprises par leurs vainqueurs, et en particulier par les Soviétiques, qui en extrapolèrent une gamme complète d'excellents canons, encore en service aujourd'hui.

Enfin, la pure et simple chance tenait également une place non négligeable dans la réussite des tirs, comme en témoigne cette anecdote racontée par Pierre Clostermann dans "Le Grand Cirque" :

"(...) un Messerschmitt 262 est passé en trombe sur le terrain, une centaine de mètres derrière moi. Par le plus grand des hasards, et par l'effet d'une bonté spéciale du Saint-Esprit, les deux canons Bofors des postes S.E. 4 et 5 étaient tournés dans la bonne direction, avec les servants en position. Chacun tira un chargeur [15 obus] à 100 000 contre 1, et le Me 262, touché de plein fouet, s'écrase. Dans les débris, sur le corps du pilote, on trouve ses papiers : Hauptman H.C. Butmann"

dimanche 29 août 2004

539 - le "acht-acht"

En pénétrant en URSS à l'été 1941, les Panzers allemands eurent la désagréable surprise d'y rencontrer quelques exemplaires d'un nouveau char russe contre lequel leurs obus de 50mm se contentaient de ricocher.

Ce nouveau tank, le célèbre T-34 allait bientôt révolutionner la conception-même des blindés, et donner des sueurs froides aux ingénieurs allemands.

De fait, et à l'exception des bombes d'avions, la seule arme véritablement efficace contre le T-34 était - paradoxalement - un canon antiaérien déjà réputé pour son efficacité et sa puissance : le "acht-acht" ou canon de 88mm

Adapté au tir à l'horizontale, et muni d'obus perce-blindage, le 88mm se mit donc à faire grand carnage de chars russes, américains et britanniques. On le vit sur tous les fronts, de la Tunisie à la Norvège, en passant par la Normandie ou la Russie.

On le construisit à des milliers d'exemplaires avant de l'installer dans une toute nouvelle gamme de tanks allemands, enfin capables d'affronter leurs homologues russes à égalité.

Étonnamment polyvalent, et redoutablement efficace, c'était donc l'arme idéale, mais qui ne pouvait gagner la guerre à elle seule, et fut bientôt submergée sous le seul poids de ses adversaires et la pénurie de ses propres munitions dont les réserves, à la fin de la guerre, n'autorisaient les artilleurs qu'à tirer 4 ou 5 obus par jour...

samedi 28 août 2004

538 - Flak uber alles

... durant la Seconde Guerre mondiale, la FLAK (Flugzeug Abwehr Kanone) allemande endommagea ou détruisit plus d'avions alliés que la Luftwaffe elle-même. Ainsi, de juillet 1942 à mai 1945, si les britanniques attribuèrent la perte de 2 278 de leurs bombardiers à la chasse allemande (contre "seulement" 1 345 du fait de l'artillerie antiaérienne), ils reconnurent que 8 848 autres appareils avaient été endommagés par la FLAK, contre 1 728 par la chasse.

Chez les Américains, qui bombardaient de jour, il n'était pas rare que tous les bombardiers d'un groupe rentrés à leur base fussent endommagés, ou carrément rendus irréparables, du fait de la FLAK

Très efficaces à basse altitude, les canons de petit calibre (20 et 37mm), généralement montés sur affûts double ou quadruple, devinrent rapidement la terreur des aviateurs alliés qui, lorsqu'ils le pouvaient, cherchaient toujours à se maintenir au dessus de 3 000 mètres, à la limite de portée de ces armes.

Les canons de gros calibre (de 88 à 128mm) prenaient le relais jusqu'à des hauteurs d'environ 10 000 mètres, mais ne pouvaient, pour des raisons purement mécaniques, offrir les mêmes cadences de tir, mobilité et rapidité d'élévation.

S'il était facile de déplacer les canons de la FLAK légère d'un emplacement vers un autre, l'opération s'avérait autrement plus ardue pour les canons de la FLAK lourde qui, en règle générale, demeuraient donc concentrés en des endroits précis - comme les indestructibles "tours à Flak" de Berlin ou Vienne - que les aviateurs alliés apprenaient rapidement à éviter lorsqu'ils traversaient l'Allemagne. De fait, à chaque raid aérien, seuls 5% des quelques 10 000 canons de FLAK lourde étaient réellement en mesure d'entrer en action, les autres ayant été prudemment pris à revers par les bombardiers alliés

La pratique la plus courante était celle du tir de barrage, certes efficace contre des bombardiers évoluant en groupes, mais extraordinairement vorace en munitions. En 1942, on estimait par exemple que la destruction d'un bombardier allié en plein vol nécessitait une moyenne de 4 057 obus. Mais il en fallait plus de 33 000 à la fin de 1944 (!) De même, la consommation d'obus, estimée à 500 000 par mois en 1941/42 était passée à plus de 3 millions par mois (!) En 1944, plus de deux millions de soldats et de civils étaient liés directement ou indirectement à l'artillerie anti-aérienne, qui absorba 30% de tous les canons et 20% de tous les obus produits durant l'année.

Et lorsque l'on commença à démanteler les effectifs des unités de FLAK pour combler les pertes subies sur les différents fronts, ce furent des civils, et souvent les enfants des écoles qui prirent la relève. Ainsi, le 6 mars 1944, le Flak Abteilung 437 - dont les canons de 105mm étaient installé au coeur de Berlin était servi par 36 soldats de l'armée régulière, 90 écoliers et... 29 prisonniers russes.

"Nous étions dans une situation bizarre, traités tantôt comme des soldats, tantôt comme des enfants (...) On espérait que nous abattrions des avions ennemis avec nos canons de 105mm, mais nous n'étions pas considérés comme assez vieux pour porter les fusils lorsque nous devions essayer de capturer les équipages qui descendaient en parachute"

De même, dans le district de Siemensstadt, le Leicht Flak Abteilung 722 alignait lui aussi ses trois canons de 37mm... à moins de 100 mètres de l'école où étudiait Godfried Gottschalk, "Lufwaffenhelfer" de 16 ans :

"Un garçon est entré dans la classe et a crié 'Voralarm!' Nous nous sommes tous levés pour nous ruer dehors vers les canons, en attrapant casque d'acier et masque à gaz"

Il ne restait plus à ces "enfants" qu'à débâcher les canons, comprimer les ressorts d'armements, puis glisser un chargeur de 6 obus dans chaque culasse...

Si les bombes tombaient sur l'école avant qu'ils arrivent à leurs canons, ils mouraient en civils innocents, injustement pris pour cible. Si elles tombaient deux minutes plus tard, et cent mètres plus loin, ils devenaient soldats morts au combat. S'ils abattaient un B17 américain, tuant les dix hommes d'équipage, ils étaient décorés comme héros de la Nouvelle Allemagne. S'ils le rataient, ou si aucun bombardier ne se présentait à portée de tir, ils rebâchaient les canons et retournaient tranquillement en classe dès la fin de l'alerte.

L'innocence, c'est seulement une question de lieu et d'époque...