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vendredi 21 juin 2019

6060 - la crainte d'un "nouveau Gallipoli"

La Bataille d'Italie... ou la recherche d'une nouvelle attaque... "périphérique"
... si elle fut rapidement oubliée par l’opinion publique internationale, la Bataille des Dardanelles eut en revanche un impact aussi profond que durable sur les États-majors européens mais aussi américains.

Dans les années et même les décennies qui suivirent, chacun parmi eux en vint en effet à se convaincre que face à un adversaire retranché et disposant de canons et surtout d'armes automatiques à tir rapide, tout débarquement était par avance voué à l'échec et au massacre.

La crainte de se retrouver un jour confronté à un "nouveau Gallipoli" ne cessa dès lors jamais de hanter les généraux,... mais aussi de freiner les ardeurs de certains politiciens trop avides de nouvelles conquêtes.

Une génération plus tard, un de ces politiciens, entretemps devenu Premier Ministre à la faveur d'un autre conflit mondial, voulut pourtant retenter l'aventure, non par vulgaire insouciance ou simple oubli du Passé, mais au contraire de propos délibéré, en parfaite connaissance de cause, et pourrait-on dire dans le but de chasser un mauvais souvenir et de prouver à tous ses détracteurs qu'il était bel et bien possible de gagner la guerre en débarquant sur les arrières de l'ennemi allemand, et donc que c’était bel et bien lui qui, en 1915, avait eu raison contre tout le monde.

Ce politicien s’appelait Winston Churchill

Et l'aventure, la Bataille d'Italie...

jeudi 20 juin 2019

6059 - Que sont-ils devenus (10)

Le Yavuz, dans le Bosphore, en 1931
* le croiseur de bataille Goeben, dont l'irruption dans le Détroit des Dardanelles avait précipité l'Empire ottoman dans la guerre, passa l'essentiel de celle-ci en Mer Noire, en compagnie de son "petit frère" Breslau.

Respectivement renommés Yavuz Sultan Selim et Midilli, les deux bâtiments, demeurés sous les ordres de l'amiral allemand Wilhelm Souchon, et toujours avec des équipages essentiellement allemands, y combattirent ainsi, pendant trois ans, et avec des fortunes diverses, différents bâtiments de la Marine impériale russe.

Mais les pourparlers d'Armistice, entamés dès le 15 décembre 1917 entre les membres de l'Alliance et la nouvelle Russie bolchevique (1), les privèrent bientôt de tout adversaire en Mer Noire, ce pourquoi le mois suivant, l'amiral Hubert von Rebeur-Paschwitz, qui avait succédé à Souchon, rentré en Allemagne en septembre, décida alors de tenter une sortie à travers le Détroit des Dardanelles, dans le but de s'en prendre au port allié de Moudros.

Hélas, après avoir réussi à couler deux petits bâtiments britanniques, le Yavuz et le Midilli donnèrent dans un champ de mines, qui endommagea sérieusement le premier et entraîna la perte définitive du second ainsi que celle de plus de 300 marins. Ayant péniblement réussi à rallier les Dardanelles, puis Constantinople, le croiseur de bataille fut finalement envoyé en réparations... en Russie (!)

Péniblement remis en état dans les années d'après-guerre - notamment grâce à un dock flottant allemand et à des ouvriers français ! - le Yavuz demeura en service jusqu'au début des années 1950.

En 1963, le gouvernement turc voulut le revendre à l'Allemagne, où il aurait pu servir de navire-musée, mais celle-ci ayant refusé, il se décida finalement pour le ferraillage, qui s'acheva en 1976, soit soixante-quatre ans après sa mise en service...

(1) ces pourparlers seront finalisés, sous le nom de Traité de Brest-Litovsk, le 3 mars 1918

mercredi 19 juin 2019

6058 - Que sont-ils devenus (9)

L'Agamemnon. à Malte, en 1915
* seul cuirassé moderne engagé aux Dardanelles, le super-dreadnought Queen Elizabeth survécut à la Première Guerre mondiale... et même à la Seconde puisqu'on le vit, en compagnie de son jumeau Warspite (1) combattre sur toutes les mers, et du premier au dernier jour du conflit. Il fut ferraillé en juillet 1948

* gravement endommagé dans le Détroit des Dardanelles lors de la tragique attaque du 18 mars 1915, le croiseur de bataille Inflexible fut réparé à temps pour participer à la Bataille du Jutland, où il fut à nouveau endommagé. Après avoir assisté, devant Scapa Flow, à la reddition puis à l'internement de la Flotte de Haute Mer allemande, l'Inflexible fut démilitarisé et ferraillé en 1922

* tous les pre-dreadnought français et britanniques qui avaient participé à la Bataille des Dardanelles et qui avaient eu la chance de survivre à la guerre, furent rapidement retirés du service après celle-ci, ferraillés ou utilisés comme navires-cibles. Irrémédiablement démodés avant-même le début du conflit, ces vieux pots avaient néanmoins servi avec vaillance, et finalement bien au-delà de ce qu'on pouvait en attendre. Le plus bel hommage qui leur fut rendu se produisit le 30 octobre 1918, lorsque les Ottomans signèrent l'Armistice sur le pont de l'un d'entre eux, l'Agamemnon, dans le port de Moudros.

(1) Saviez-vous que... The Grand Old Lady

mardi 18 juin 2019

6057 - Que sont-ils devenus (8)

* le contre-amiral Ernest Troubridge qui, à la grande fureur de Churchill, avait laissé passé le croiseur de bataille Goeben en aout 1914, lui permettant ainsi de franchir le Détroit des Dardanelles et, plus tard, de combattre en Mer Noire, fut jugé par une court martiale. Bien qu’acquitté, sa carrière en souffrit puisqu’il se trouva relégué à des postes lointains et peu prestigieux jusqu’à la fin de la guerre. Il mourut à Biarritz en 1926.

* après de multiples tentatives, et après avoir contraint le Roi Constantin 1er à l’abdication et à l’exil, le Premier Ministre grec Elefthérios Venizélos finit par rallier son pays à l’Entente, ce qui, à la fin de la guerre, lui permit ainsi de se tailler un confortable butin territorial au détriment de l’Empire ottoman. Hélas, la conclusion de la guerre greco-turque qui s’ensuivit, et dans laquelle Venizélos s’était beaucoup investi, vit le Royaume hellène perdre la quasi-totalité de ses gains, ce qui n’empêcha pas l'intéressé de redevenir Premier Ministre à plusieurs reprises au cours des années suivantes, jusqu’à son exil final et sa mort à Paris, en mars 1936

* Basil Zaharoff continua ses lucratives activités tout au long de la guerre. Très proche du Premier Ministre grec Elefthérios Venizélos, il ne cessa de l’inciter à se ranger dans le conflit aux côtés de l’Entente et, plus tard, à obtenir, par le biais d'une nouvelle guerre contre l’Empire ottoman, une plus grande part de butin que celle qui lui avait été concédée. Anobli, fait Chevalier de la Légion d’Honneur, de l’Ordre du Bain, et de l’Empire britannique - entre autres choses - cet homme totalement hors norme, à la fois marchand d’armes, philanthrope, financier et aventurier, mourut à Monte-Carlo en novembre 1936

* Ayant accédé à la notoriété après la Première Guerre mondiale, mais contraint à l'exil dès l'arrivée d'Hitler au Pouvoir, en 1933, l'écrivain, journaliste et biographe Stefan Zweig se suicida à Petropolis (Brésil) le 22 février 1942. Le jour précédent, il avait envoyé ses mémoires, Le Monde d'hier Souvenirs d'un Européen, à son éditeur…

lundi 17 juin 2019

6056 - Que sont-ils devenus (7)


Souchon (à droite), sa fille, et von Sanders (à gauche) en octobre 1917
* après avoir mené l’armée ottomane à la victoire à Gallipoli, le général Otto Liman von Sanders demeura au service de l’Empire jusqu’à la fin de la guerre. Arrêté par les Britanniques à Constantinople après l’Armistice de Moudros, et accusé de "crimes de guerre", il fut déporté à Malte en vue d’un procès... qui n’eut jamais lieu. Rentré en Allemagne à la fin de 1919, il prit alors sa retraite, publia ses mémoires, et décéda à Munich en 1929

* tout comme von Sanders, l’amiral Wilhem Souchon demeura au service de l’Empire ottoman avec les Goeben et Breslau et leurs équipages allemands. En septembre 1917, il rentra néanmoins en Allemagne pour y prendre le commandement de la 4ème escadre de la Hochseeflotte, puis devint gouverneur militaire de Kiel, où il tenta, en vain, de mater la rébellion des marins qui appelait à la signature de l’Armistice. Retraité de la Marine l’année suivante, il mourut en 1946.

* plus de 25 000 Allemands servirent, le plus souvent comme instructeurs, parfois au combat, avec l'Armée ottomane, dont environ 3 000 à Gallipoli.

* bien qu’ayant largement fait la preuve de son incompétence et de son indolence lors du Débarquement dans la Baie de Suvla, qui était sans nul doute l'ultime chance d'inverser le cours des événements dans la Péninsule, le général Frederick Stopford ne fut jamais sanctionné pour la cause. Ayant pris sa retraite de l’Armée en 1920, il mourut en 1929.

dimanche 16 juin 2019

6055 - Que sont-ils devenus (6)

Le monument à Gavrilo Princip, à Belgrade
* "liquidateur" de la Campagne des Dardanelles, le général Charles Monro fut ensuite nommé commandant de la 1ère Armée britannique en France, puis responsable du Front mésopotamien jusqu'à la fin de la guerre. Anobli après celle-ci, il fut gouverneur de Gibraltar jusqu'en 1928, avant de mourir l'année suivante. De lui et de son rôle dans les dernières semaines de la Campagne des Dardanelles, Churchill dira avec aigreur "Il est est venu, il a vu, il a capitulé"...

* parce qu’il n’avait pas 20 ans au moment de l’Attentat de Sarajevo et ne pouvait donc, selon les lois de l’Autriche-Hongrie, être condamné à mort pour son geste, Gavrilo Princip, "l’homme qui déclencha la Première Guerre mondiale", écopa de la prison à perpétuité. Incarcéré à Theresienstadt, dans des conditions particulièrement pénibles, il y mourut de tuberculose en avril 1918. Aujourd’hui encore, il est considéré en Serbie comme un authentique héros national...

* ayant succédé bien malgré lui à l’amiral Carden l’avant-veille de la bataille décisive dans le Détroit des Dardanelles, et malheureusement défait lors de celle-ci, John Michael de Robeck supervisa ensuite tous les débarquements,… mais aussi tous les rembarquements dans la Péninsule. Poursuivant sa carrière après la guerre, il devint commandant-en-chef de la Flotte de Méditerranée, puis de celle de l’Atlantique. Bien qu’ayant pris sa retraite à l’automne de 1925, il fut néanmoins encore nommé au poste, honorifique, d’Amiral de la Flotte l’année suivante. Il mourut en 1928.

samedi 15 juin 2019

6054 - Que sont-ils devenus (5)

La tragique disparition de Kitchener causa un immense choc en Grande-Bretagne
* devenu le "Sauveur des Dardanelles", et le héros de tout un peuple, Mustafa Kemal continua la guerre jusqu'à l'Armistice de Moudros, qu'il s'empressa de dénoncer, et contre lequel il entra rapidement en résistance. Malgré des débuts difficiles, lui-même et ses partisans finirent néanmoins par emporter la mise et par forcer le Sultan Mehmed VI à l'abdication. Devenu Président de la République de Turquie en octobre 1923, et unanimement considéré comme le Père de la Turquie moderne, Kemal conserva ce poste jusqu'à sa mort, en novembre 1938.

* Minée par la Campagne de Gallipoli autant que par le "scandale des obus" (il avait en effet donné la préférence aux obus shrapnel alors que la 1ère G.M. réclama surtout des obus explosifs), l'étoile du Ministre de la Guerre britannique, Lord Kitchener, avait déjà fortement pâli lorsqu'il embarqua, le 5 juin 1916, sur le croiseur-cuirassé Hampshire pour une mission diplomatique en Russie. Dans la soirée, alors qu'il faisait route vers Arkhangelsk, le croiseur frappa une mine et sombra en moins de 15 minutes, emportant la quasi-totalité de l'équipage avec lui, ainsi que Lord Kitchener et toute sa suite...

 * comme François-Joseph, le Sultan Mehmed V eut la chance de ne pas assister à la défaite, puisqu'il décéda le 3 juillet 1918, trois mois avant la signature de l'Armistice de Moudros. Son frère et successeur, Mehmed VI, fut évidemment moins heureux : jugé responsable de la défaite et, surtout, des conditions d'Armistice très défavorables à l'Empire ottoman, et encore aggravées par le Traité de Sèvres, il fut finalement renversé par Mustafa Kemal, et  contraint d'abdiquer puis de partir en exil... sur le pont d'un cuirassé britannique qui avait bien évidemment transité par le Détroit des Dardanelles. Il mourut dans le dénuement à Sanremo (Italie) en mai 1926

vendredi 14 juin 2019

6053 - Que sont-ils devenus (4)

* le général Henri Joseph Eugène Gouraud, qui avait succédé à d'Amade, limogé en mai 1915, à la tête du contingent français des Dardanelles fut grièvement blessé par un éclat d'obus un mois plus tard. Amputé d'un bras, il reprit néanmoins du service sur le Front Ouest jusqu'à la fin de la guerre. Nommé Haut-Commissaire en Syrie et au Liban jusqu'en 1923, puis gouverneur militaire de Paris jusqu'en 1937, il mourut en septembre 1946.

* limogé en mai 1915, l'amiral Émile Guépratte, qui commandait l'escadre française lors de la désastreuse tentative du 18 mars, se retrouva placardé comme Préfet maritime à Bizerte jusqu'à la fin de la guerre, où il fonda l'Association Nationale des Croix de Guerre, qu'il présida jusqu'à sa mort en 1939.

* Contrairement à son homologue François-Joseph, l'Empereur Guillaume II eut quant à lui la malchance de devoir assister à la défaite de son pays et à la chute de la Maison des Hohenzollern. Contraint d'abdiquer, il se réfugia aux Pays-Bas, où il continua néanmoins, jusqu'à sa mort, en juin 1941, de percevoir la confortable rente que lui versait la République de Weimar et, plus tard, le Troisième Reich...

* rappelé à Londres en octobre 1915 en raison de ses multiples échecs à Gallipoli et de son opposition de plus en plus virulente à toute idée de rembarquement, le général Ian Hamilton fut remplacé à la tête de la MEF par Charles Monro, ce qui mit un terme à sa carrière militaire. Très actif dans l'après-guerre au sein de la British Legion, association d'aide aux anciens combattants, germanophile et également grand admirateur d'Adolf Hitler, il s'éteignit en 1947, à l'âge respectable de 94 ans.

jeudi 13 juin 2019

6052 - Que sont-ils devenus (3)

François-Joseph : l'homme qui précipita l'Europe entière dans la guerre
* constamment en conflit avec le Premier Ministre Elefthérios Venizélos, le très germanophile Roi Constantin 1er de Grèce fut finalement forcé d'abdiquer en faveur de son fils, en juin 1917. Exilé en Suisse, il récupéra néanmoins son trône en décembre 1920,... suite à la mort prématurée de ce dernier (!), ce qui déclencha aussitôt une crise constitutionnelle vite aggravée par la conclusion désastreuse de la guerre greco-turque qui, en septembre 1922, le contraignit à une seconde abdication et à un nouvel exil, cette fois en Sicile, où il mourut en janvier de l'année suivante.

* après avoir démissionné de son poste de Premier Lord de la Mer en mai 1915, dans la foulée des événements de Gallipoli, John Fisher hérita de la confortable sinécure de directeur du Board of Invention and Research (BRI) jusqu'à la fin de la guerre. Il mourut d'un cancer en juillet 1920

* le vieil Empereur François-Joseph qui, en décidant de déclarer la guerre à la Serbie après l'attentat de Sarajevo avait fini par précipiter l'Europe entière dans une nouvelle guerre, eut du moins la chance de ne pas assister à la conclusion de celle-ci, ni à la chute de la Monarchie des Habsbourg, puisqu'il mourut d'une congestion pulmonaire le 21 novembre 1916, à l'âge de 86 ans.

* le jeune lieutenant Bernard Freyberg, qui avait mené en solitaire une brillante opération de diversion sur une plage de Gallipoli poursuivit sa carrière militaire et devint général puis commandant-en-chef du corps expéditionnaire néo-zélandais au déclenchement de la 2ème GM. Ami personnel de Churchill, blessé à de nombreuses reprises, il combattit en Grèce avant d'hériter du commandement de toutes les forces alliées en Crète où il privilégia - à tort - l'hypothèse d'un vaste débarquement de troupes allemandes sur l'île,... qui fut en réalité conquise par des parachutistes (1). Par la suite, il participa, toujours à la tête du contingent néo-zélandais, à la Campagne du Désert, puis à celle d'Italie, où il ordonna le bombardement ô combien controversé de l'Abbaye de Monte-Cassino. Devenu gouverneur-général de Nouvelle-Zélande en 1946, il mourut en 1963.

(1) Saviez-vous que... Le Tombeau du Parachutiste allemand.

mercredi 12 juin 2019

6051 - Que sont-ils devenus (2)

* après s’être vu contraint d’abandonner son poste de Premier Lord de l’Amirauté en mai 1915, Winston Churchill hérita d’une confortable sinécure, en l’occurrence la Chancellerie du duché de Lancastre,... où il ne tarda pas à s’ennuyer et dont il démissionna en novembre au profit… d’un titre de colonel du 6e bataillon du Royal Scots Fusiliers sur le Front Ouest !

En mars 1916, son bataillon n’ayant toujours pas été envoyé au combat, et lui-même s’y ennuyant énormément, il rentra néanmoins en Angleterre dans le but de retrouver la politique active et, contre toute attente, finit par y arriver en juillet 1917 en obtenant le poste de Ministre de l’Armement, puis, après la guerre, celui de Secrétaire d’État aux Colonies

Mais si Churchill avait effectivement remis le pied à l’étrier, et même si la Commission d’enquête sur les événements de Gallipoli, établie en 1916, lui avait épargné tout blâme direct, les années d’après-guerre furent pour lui des années de pénombre, dont il n’émergea réellement, et avec le succès final que l’on sait, qu’après l’arrivée d’Hitler au Pouvoir, en janvier 1933 et, surtout, sa réplique célèbre "vous avez voulu la Paix et les Honneurs, vous aurez la Guerre et le Déshonneur" consécutive aux Accords de Munich de septembre 1938.

Redevenu Premier Lord de l'Amirauté en septembre 1939... vingt-quatre ans après en avoir été évincé (!),  puis nommé Premier Ministre en mai de l'année suivante, il mena son pays dans une nouvelle guerre de sang et de larmes, qui se solda cette fois par une victoire.

Battu aux élections de juillet 1945, il récupéra son poste de Premier Ministre en octobre 1951 et le conserva jusqu'à son départ volontaire, en avril 1955. Demeuré député jusqu'en 1964, et depuis longtemps devenu une légende, il décéda en janvier 1965, à l'âge de 90 ans...

mardi 11 juin 2019

6050 - Que sont-ils devenus (1)

Charles Ier passant en revue les troupes allemandes sur le front roumain
*  de plus en plus isolé et critiqué, y compris à l’intérieur de son propre parti, le Premier Ministre britannique  Herbert Henry Asquith, qui avait approuvé le plan de Débarquement aux Dardanelles avant d’en limoger son principal supporter, Winston Churchill, fut acculé à la démission le 5 décembre 1916, et remplacé par David Lloyd George. Il mourut en février 1928

* après son limogeage, le général Albert Gérard Léo d'Amade termina sa carrière dans l’anonymat à Rennes, comme commandant de la 10e Région militaire. Il mourut en 1941.

* le général William Birdwood, qui commandait les ANZAC à Gallipoli, termina quant à lui la guerre couvert d’éloges et de décorations. Anobli à deux reprises, il devint commandant-en-chef de l’Armée des Indes jusqu’à sa retraite, en 1930, et mourut en 1951.

* l'amiral Sackville Hamilton Carden, qui - à tort ou à raison - pensait pouvoir forcer le passage des détroits, et qui avait conçu le plan d'attaque final juste avant de se faire porter pâle et d'en confier la réalisation à son subordonné, prit sa retraite deux ans plus tard, et décéda dans l'anonymat en 1930

* puisque telle était sa destinée, l'Archiduc Charles devint Empereur d'Autriche-Hongrie le 22 novembre 1916, après la mort de François-Joseph, ce qui lui valut le douteux privilège d'assister à l'Armistice, à la chute finale de l'Empire des Habsbourg, et à l'avènement de la République d'Autriche,... dont il fut officiellement banni en avril 1919. Contraint de s'exiler en Suisse, il mourut finalement d'une bronchite à Madère le 1er avril 1922. En 2004, il fut béatifié par le Pape Jean-Paul II en raison de ses "efforts en faveur de la Paix".

lundi 10 juin 2019

6049 - s'approprier le butin (2)

Le Traité de Sèvres, ou le dépeçage de l'Empire ottoman
… la Bulgarie, qui après avoir longtemps flirté avec l’Entente s’était finalement ralliée à l’Alliance en 1915, se retrouva donc du côté des perdants, et dût en conséquence abandonner elle aussi une bonne partie de son territoire, ce qui eut incidemment pour résultat de contraindre plus de 250 000 Bulgares à abandonner leurs maisons et à partir pour Sofia.

L’Empire ottoman ne fut pas plus heureux : non content de voir les Dardanelles, le Bosphore et même Constantinople occupés par ses vainqueurs durant plusieurs années, celui-ci dut également accepter de se voir démembré

Aux termes du Traité de Sèvres d'août 1920, la Syrie, la Palestine, le Liban ou encore le Yémen se retrouvèrent ainsi sous administration britannique ou française, tandis que la côte égéenne fut concédée aux Italiens et surtout aux Grecs, qui se virent également octroyer la plus grande partie de la Thrace mais aussi l’Ionie, et en particulier la ville de Smyrne.

En pratique, l’Empire se retrouva donc réduit à la seule Anatolie centrale et septentrionale ce qui, encore plus rapidement qu’en Allemagne, eut le don d’exacerber les nationalistes mais aussi - et tout comme en Allemagne - les anciens combattants, lesquels se rangèrent comme un seul homme derrière l’ancien "Sauveur des Dardanelles",... Mustafa Kemal.

Surfant habilement sur le nationalisme et le ressentiment, et après une guerre civile et une nouvelle guerre - cette fois gagnée - contre la Grèce, Kemal finit par réunifier le pays et par regagner tous les territoires perdus en Anatolie

Mais ceci est là aussi une autre histoire…

dimanche 9 juin 2019

6048 - s'approprier le butin (1)

Soldat askari, portant le drapeau impérial allemand
… la Première Guerre Mondiale, nous l’avons dit, ne fut pas une guerre idéologique, au sens où chacun, qu’il fut Royaume, Empire ou même République, ne s’y engagea qu’à la seule perspective d’y glaner un important butin, sous la forme de territoires arrachés aux vaincus, et que l’on pourrait ensuite exploiter, occuper ou coloniser, voire même, selon les besoins et les circonstances, échanger ou rétrocéder.

Les membres de l’Entente ayant finalement triomphé de leurs adversaires de l’Alliance, les premiers s'empressèrent tout naturellement de passer à la caisse au détriment des seconds

L’Allemagne perdit ainsi son Empire et l'intégralité de ses colonies et territoires d’Afrique, du Pacifique et d’Extrême-Orient au profit de la Grande-Bretagne, de la France (qui récupéra également l’Alsace-Lorraine, perdue en 1870), du Japon, des États-Unis et même de la minuscule Belgique qui, envahie par elle en 1914, et donc ayant rallié bien malgré elle les rangs de l’Entente, se vit offrir le Ruanda et le Burundi en compensation.

Mais en plus de ses colonies, lointaines et peu profitables, et même de l’Alsace-Lorraine, l’Allemagne fut surtout amputée d’une bonne partie de ses territoires est-européens, et en particulier de ceux concédés à la nouvelle Pologne, qui se vit par ailleurs concéder un "corridor" jusqu’à la Baltique et la "ville-libre" de Dantzig, séparant dès lors la Prusse orientale du reste de l’Allemagne, et alimentant quantités de rancœurs,... qui allaient assurer le succès d'un ex-caporal, et finir par provoquer une deuxième guerre mondiale.

L’Autriche-Hongrie fut quant à elle entièrement démembrée, et ses restes attribués à pas moins de sept (!) États différents, dont l’Autriche et la Hongrie actuelles, mais aussi à l’Italie qui, pour prix de son ralliement à l’Entente, avait obtenu, par anticipation, le Trentino, le port de Trieste ou encore la Dalmatie !

samedi 8 juin 2019

6047 - la Revanche de Gallipoli

Troupes alliées défilant dans Constantinople : la Revanche de Gallipoli
... Moudros, 30 octobre 1918

C'est devant le port de Moudros, sur l'île de Lemnos, que se conclut, en ce 30 octobre 1918, ce que l'on peut légitimement considérer comme le dernier acte officieux, ou la revanche, de la Bataille des Dardanelles

D'abord parce que ce port et cette île ont, comme nous l'avons vu, joué un grand rôle dans le conflit, et ensuite parce que c'est que sur le pont du vieux pre-dreadnought Agamemnon, qui a lui-même participé à celle-ci, et non pas sur un rutilant et moderne dreadnought, que se tient la cérémonie d'armistice entre le vaincu ottoman, représenté par le Ministre de la Marine, Rauf Orbay et le sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères, Reşat Hikmet Bey, et le vainqueur britannique, représenté par l'amiral Somerset Gough-Calthorpe.

Étrange cérémonie en vérité, dont les Français, qui ont eux-mêmes unilatéralement signé l'Armistice de Thessalonique le 29 septembre (1) ont été - à leur grande fureur - volontairement exclus, mais un armistice qui met quand même un terme à quatre années de sanglant conflit en Orient, non sans se traduire pour l'Empire, et conformément à la coutume, par d'immenses pertes de territoires, que vont naturellement se partager ses vainqueurs.

Encore deux semaines, et une flotte alliée composée de plus de 50 navires de guerre anglais, français, mais aussi italiens et grecs (2), franchit le Détroit des Dardanelles, longe les forts et les défenses que l'on s'était efforcé, en vain, de réduire trois ans auparavant, pénètre en Mer de Marmara, et, le 13 novembre, entre finalement dans le Bosphore avant de jeter très ostensiblement l'ancre devant Constantinople et le palais du Sultan Mehmet VI, inaugurant une occupation de la ville qui va durer cinq ans et rapidement déclencher une nouvelle guerre.

Mais ceci est une autre histoire...

(1) signé unilatéralement par la France, l'Armistice de Thessalonique avait mis fin aux combats entre la Triple Entente et le Royaume, vaincu, de Bulgarie
(2) le Royaume d'Italie avait rejoint les rangs de l'Entente en mai 1915, et le Royaume de Grèce en aout 1917

vendredi 7 juin 2019

6046 - à chaque pays ses souvenirs...

L'ANZAC DAY, célébré chaque année en Australie et Nouvelle-Zélande
... parce que fort lointaine et s'étant soldée par une défaite, la Bataille des Dardanelles fut rapidement oubliée en France et en Grande-Bretagne où, même un siècle plus tard, on se rappelle en revanche celles de la Marne, de la Somme ou encore de Verdun.

Il en va cependant autrement en Australie et en Nouvelle-Zélande et, évidemment, en Turquie

Pour les Australiens et Néo-Zélandais, et bien qu'elle se soit finalement soldée par une défaite, cette bataille, qui était leur première en tant que nations autonomes, demeure en effet profondément ancrée dans la mémoire collective.

Le 25 avril, c-à-d la date du débarquement dans une baie de la Péninsule, que l'on s'empressa de renommer "Baie ANZAC", y est d'ailleurs célébré chaque année, et est même devenu fête nationale, sous le nom d'ANZAC-DAY (la "Journée de l'Anzac"), tandis qu'à Gallipoli-même, les cimetières militaires qui abritent les dépouilles des soldats australiens et néo-zélandais tombés en 1915 sont encore régulièrement visités par les touristes de ces deux pays...

En Turquie, cette même bataille est également devenue un des mythes fondateurs du pays, ne serait-ce parce qu'elle permit au Père de la Patrie,  Mustafa Kemal, d'entrer définitivement dans la légende.

Et aujourd'hui encore, le 18 mars 1915, c-à-d la défaite de la flotte franco-britannique devant les forts de Kilid-Bahr et Tchanak-Kaleh, y fait l'objet de diverses cérémonies

A Constantinople, devenue Istanbul, tout le monde préfère en revanche oublier l'Armistice de Moudros du 30 octobre 1918, et les cinq années d'Occupation qui s'ensuivirent...

jeudi 6 juin 2019

6045 - défaite... ou victoire ?

La flotte alliée bloquée, et coulée, aux Dardanelles. Carte postale allemande
... dans les années d'après-guerre, et encore aujourd'hui, certains historiens et analystes s'efforcèrent néanmoins de relativiser l'échec de la Campagne des Dardanelles : sans aller jusqu'à soutenir qu'elle s'était soldée par une victoire alliée, ils affirmèrent qu'elle n'avait en tout cas pas été une défaite, en raison de quatre arguments principaux :

*les pertes matérielles subies par les Alliés n'avaient guère d'importance puisque se limitant, pour l'essentiel, à six pre-dreadnought obsolètes et de toute manière promis à la ferraille à brève échéance

* les pertes humaines étaient à peu près équivalentes dans les deux camps, mais en définitive bien plus facilement supportables par les Alliés, notamment grâce à leurs ressources humaines - pour ne pas dire leur chair à canon - plus abondantes

* il en allait de même du coût financier : déjà pauvre avant la guerre, l'Empire ottoman était en effet sorti saigné à blanc de cette Campagne, qui avait en revanche à peine entamé les ressources de ses adversaires

* enfin, l'objectif de la Campagne étant après tout de venir en aide à la Russie en soulageant la pression qu'elle subissait du fait de l'entrée en guerre des Ottomans, cet objectif avait bel et bien été atteint puisque, pendant près d'une année complète, l'armée ottomane n'avait eu d'autre choix que d'allouer de nombreuses divisions d'Infanterie à la défense de la Péninsule, privant ainsi les autres Fronts, et en particulier le Front russe, de ressources importantes.

De loin le plus intéressant, ce dernier argument peut néanmoins être facilement retourné, en soulignant que, côté allié, le Front Ouest - qui était, et de loin, prioritaire - avait lui aussi été privé des nombreuses divisions d'Infanterie employées, ou plutôt gaspillées, à Gallipoli.

Enfin, l'objectif de la Campagne - rappelons-le - était moins de "soulager la pression qui pesait sur la Russie" que de rétablir avec elle un lien maritime direct, et ce en forçant le passage des détroits, opération dont on attendait d'autre part qu'elle cause la chute de l'Empire et raccourcisse ainsi la guerre en Europe...

mercredi 5 juin 2019

6044 - l'aveuglement

L'évacuation : l'opération de loin la mieux menée de la Campagne...
... car même s'ils s'en désolidarisèrent tous après son échec, les États-majors et gouvernements français et britanniques ne s'étaient jamais objectés à la phase navale, ni même à la phase terrestre, lorsque celles-ci leur furent successivement présentées !

Et pendant de longs mois, alors que la situation sur le terrain s'avérait infiniment plus difficile et plus coûteuse que prévu, ils ne trouvèrent pas davantage à y redire !

A la Chambre des Communes, quelques jours après son limogeage, Churchill n'hésita pas à déclarer que  "L’armée du général Hamilton et la flotte de l’amiral de Robeck vont remporter une victoire telle que la guerre actuelle n’a encore rien vu de pareil. 

Rien que quelques mètres cubes de sable et quelques maigres buissons les séparent de la victoire définitive sur les Turcs et sur les Allemands, victoire qui aura pour conséquence la destruction de l’empire ennemi et la chute de sa capitale si renommée.

Et cette victoire que je puis d’ores et déjà traiter de fait brillant et gigantesque, décidera du sort de l’Angleterre et abrègera la guerre"


Rien ne prouve cependant que cette victoire, eut-elle été obtenue, aurait réellement provoqué pareils bouleversements - avec le recul du Temps on est même convaincu du contraire - mais le fait demeure que tout le monde, a l'époque, y croyait dur comme fer, et se rangeait à l’analyse du maréchal Joffre qui, dans ses mémoires, écrira d'ailleurs qu’un succès aux Dardanelles  "eût probablement changé la face de la guerre"

Le succès, hélas, ne fut pas au rendez-vous...

(1) Schiavon, Op cit, page 110

mardi 4 juin 2019

6043 - un seul espoir : le rembarquement

Embarquement de soldats blessés, à la "Baie ANZAC"
… avec des chefs aussi peu imaginatifs, aussi peu concernés par le succès de leurs propres opérations, et jamais sanctionnés même en cas de manquement flagrant à leur devoir, il devint de plus en plus difficile de motiver les troupes et de les convaincre que la victoire se trouvait peut-être bel et bien derrière cette crête-ci ou cette colline-là.

Convaincus - non sans raison - que chaque nouvel assaut se solderait par un nouvel échec et une nouvelle tuerie, baignant en permanence dans la puanteur des excréments et des cadavres en décomposition qu'il était impossible d"évacuer et d'enterrer, souffrant constamment de la faim et surtout de la soif, pataugeant jour après jour, mois après mois, dans des tranches infectes, surpeuplées et hantées par la vermine les rats et finalement la maladie et le gel, les soldats perdirent progressivement toute envie et même toute capacité à se battre, et furent finalement bien heureux de voir arriver, à la fin de 1915, un rembarquement qui consacrait certes leur défaite et rendait d'autant plus vains tous les morts et les sacrifices consentis jusque-là, mais qui, du moins, leur permettait enfin de se sortir d'une aventure depuis longtemps sans issue.

Ce rembarquement, qui aurait pu, qui aurait dû, se solder à nouveau par une catastrophe et des pertes dramatiques s'avéra au contraire, et paradoxalement, l'opération la mieux planifiée et la mieux mise en œuvre de toute la campagne !

Plus qu'un succès, ce fut en vérité un triomphe, qui permit à des dizaines de milliers d'hommes piégés depuis des mois sur seulement quelques kilomètres carrés de terrain d'échapper à la mort ou à la captivité.

Mais ce triomphe ne put hélas masquer la victoire finale des Ottomans, ni l'échec définitif d'une campagne à laquelle tout le monde avait pourtant cru, à commencer bien sûr par Winston Churchill...

lundi 3 juin 2019

6042 - pas personnellement concerné

Suvla Bay, ou l'occasion bousillée...
… le meilleur exemple du manque d’implication des officiers supérieurs, particulièrement britanniques, se produisit en Baie de Suvla, en aout 1915, et représenta également un excellent exemple, pour ne pas dire un cas d’école, de la meilleure manière de bousiller totalement ce qui était pourtant, à l’origine, un excellent plan.

Le 8 aout 1915, donc, dans ce que chacun considérait comme "la tentative de la dernière chance", un important contingent débarqua là où les Ottomans ne les attendaient pas, et là où il leur faudrait sans nul doute de nombreuses heures avant d’être en mesure d’expédier des troupes.

Mais au lieu d’aiguillonner ses hommes et de les inciter à se lancer aussitôt à l’assaut des crêtes où ne se trouvait - pour une fois - aucun défenseur ottoman, le commandant du dit contingent, le général Stopford, préféra regagner la cabine de son aviso pour y dormir, et ne daigna même pas, le lendemain, mettre le pied sur la plage !

Et à celui qui, peu après, lui fit observer que ses hommes ne se trouvaient pas sur les crêtes comme ils l’auraient dû à pareille heure, le même Stopford se contenta de rétorquer que "Non, mais ils ont débarqué !",… comme s’il ne se sentait pas personnellement concerné par l’issue de l’opération qu’il était pourtant censé commander et mener à bien, comme s’il considérait que le simple fait d’avoir réussi à débarquer constituait déjà une victoire suffisante en soi !

Quand son propre supérieur, le général Hamilton, s’en rendit compte, et donna enfin les ordres nécessaires, il était déjà trop tard, l’occasion était passée, et les Ottomans, et leurs mitrailleuses, déjà arrivés sur les crêtes…

dimanche 2 juin 2019

6041 - le poids du plan prévu

Tranchée australienne, à Gallipoli
… le fait qu’au même moment, sur le Front occidental, d’autres soldats étaient également sacrifiés par milliers lors d’attaques analogues ne saurait constituer une excuse, et d’autant moins qu’à plusieurs reprises se présentèrent, et quasiment sur un plateau, des opportunités qui auraient pu, qui auraient dû, être saisies, mais qui furent ignorées ou carrément balayées du revers de la main parce que personne ne voulait s’écarter du plan prévu, même si chacun réalisait qu’il ne menait nulle part…

Le meilleur exemple de cette incapacité à improviser et à s’écarter du plan prévu se produisit le 25 avril 1915, devant Koum Kaleh.

Ce débarquement, le seul organisé sur la rive orientale du détroit, fut aussi celui qui se déroula le mieux, et celui qui présentait le plus de perspectives pour le futur.

Mais l’ironie voulut que le dit débarquement n’avait été prévu que comme diversion, en sorte que lorsque le général Hamilton se vit offrir le choix entre continuer selon le plan prévu, et donc rappeler les troupes qui avaient été débarquées à Koum Kaleh, ou, au contraire, profiter de l’opportunité, renoncer au plan, et poursuivre la lutte sur la rive orientale, il opta sans hésiter pour la première alternative, et rapatria au Cap Helles des hommes qui, durant les jour, les semaines et les mois suivants s’épuisèrent et moururent en vain et dans une absence totale de perspectives…

Se limiter au plan prévu aurait néanmoins pu fonctionner si les officiers, sur le terrain, avaient plus souvent accepté leurs responsabilités et fait preuve de toute la détermination qu’exigeaient les circonstances…