jeudi 19 juillet 2018

5623 - de Cobra à Connie

Le porte-avions léger Langley, dans le typhon Connie, juin 1945
... 05 juin 1945

Car le 5 juin, suite à une autre succession de mauvaises informations et de décisions malavisées, la Troisième Flotte se retrouve à nouveau au cœur d’un typhon, en l’occurrence Connie, qui emporte une demi-douzaine de marins et plus d’une cinquantaine d’appareils !

Par rapport aux moyens dont elle dispose, et même par rapport à Cobra, ce n’est rien, pas même une piqûre d’épingle, mais six mois à peine après Cobra, cela commence tout de même à faire beaucoup !

Et c'est aussi ce que se dit la commission d’enquête aussitôt constituée et qui, blâme sévèrement Halsey pour n’avoir tiré aucune leçon de son expérience précédente.

Le Secrétaire à la Marine, James Forrestal, se range à ces conclusions, et réclame que Halsey soit démis de son commandement actuel, et réassigné ailleurs. 

Mais, comme en décembre, et pour les mêmes raisons, Nimitz et King s’y opposent, considérant qu’un tel geste porterait un rude coup au moral de la Navy et de la Nation, en plus de s’avérer profondément injuste envers un homme qui a tant donné pour l’effort de guerre américain. 

Au final, Halsey peut donc conserver son commandement et c’est son second, John Sidney McCain jr (1), qui va écoper du blâme et se voir poussé sur une voie de garage jusqu’à la fin de la guerre...

(1) père du héros de guerre et actuel sénateur républicain John McCain 

mercredi 18 juillet 2018

5622 - "Je voulais leur faire savoir que j’étais de retour"

Le Missouri, attaqué par un kamikaze au large d'Okinawa. Il s'en tirera sans dommage sérieux.
… 27 mai 1945

Est-ce par frustration d’avoir, une fois de plus, été privé d’un "grand combat naval", parce qu’il est depuis trop longtemps prisonnier de sa propre légende, ou, tout simplement, par pure espièglerie ?

Toujours est-il qu’en arrivant avec le cuirassé Missouri devant Okinawa, Halsey ordonne que l’on tire une salve complète d’obus de 406mm dans la direction - supposée - des positions japonaises !

"Je voulais leur faire savoir que j’étais de retour", dira-t-il

Même en ce mois de mai 1945, Halsey est toujours Halsey...

Et il est toujours aussi impatient d’en découdre.

Plutôt que de continuer à exposer inutilement les porte-avions de la Troisième Flotte aux attaques incessantes des kamikazes en les maintenant en permanence près d’Okinawa, il se propose en effet de les expédier directement au large des côtes japonaises, afin de traiter le problème à la racine, et détruire les terrains et les avions avant qu’ils ne puissent causer du tort à la Flotte.

Mise en pratique dans les premiers jours de juin, cette tactique semble donner de bons résultats, mais un événement imprévu va malheureusement bientôt les ternir...

mardi 17 juillet 2018

5621 - "Il n’y a plus de Flotte"

… mais parce que le Yamato était le symbole-par-excellence de la puissance de l’Empire, sa disparition doit rester cachée le plus longtemps possible.

A Sasebo, les rares survivants de l’escadre, parmi lesquels de très nombreux blessés, vont ainsi demeurer au secret pendant deux semaines, tandis que les mères et épouses ne seront averties - très discrètement - du décès de leurs fils ou époux qu’un bon mois plus tard.

Le 8 avril, à Tokyo, c’est au Ministre de la Marine, Mitsumasa Yonai, qu’échoit cependant la tâche la plus ingrate : annoncer le désastre à Sa Divine Majesté.
 
"Votre Altesse impériale", dit-il, "j’ai le regret de vous informer que la sortie du Yamato a échoué. Le Yamato et la plus grande partie de la force d’attaque spéciale ont été coulés par l’Aéronavale américaine à quelque 160 kms du Kyushu".
 
"Je dois déclarer à regret ", ajoute-t-il, "que l’opération était mal conçue. Nous ne nous attendions pas à une activité aérienne ennemie d’une telle intensité"
 
"La Flotte", balbutie Hirohito, "quel est le statut de la Flotte ?"
 
"Il n’y a plus de Flotte", répond Yonai les larmes aux yeux. "La Marine impériale n’existe plus"

lundi 16 juillet 2018

5620 - "Longue vie à l’Empereur !"

L'explosion du Yamato : "La plus jolie chose que j'aie jamais vue"
... 14h23

Le Yamato est condamné, mais les Américains sont bien décidés à en précipiter la fin.

A 14h17, comme à l’exercice, six Avenger du Yorktown se présentent par tribord et, quelques instants plus tard, logent au moins deux torpilles contre le flanc du cuirassé, largement exposé en raison de la gîte

"Longue vie à l’Empereur !" s’exclame le commandant Ariga qui, dans la plus parfaite tradition, a lui aussi décidé de mourir avec son navire.

Lentement, au milieu des cris des marins et du fracas des équipements qui s’arrachent de leurs supports, le Yamato se couche définitivement sur bâbord.

Ici, on entend des hommes entonner le Kimigayo, là, on aperçoit un jeune officier à demi-nu agiter son sabre en hurlant de frénétiques Banzaï aux appareils américains qui, indifférents, continuent de survoler le bâtiment et d’en mitrailler impitoyablement les superstructures.

A 14h23, le cuirassé chavire, encore quelques secondes et une gigantesque explosion en déchire les entrailles et le précipite vers l’abîme, avec plus de 3 000 hommes avec lui.

"La plus jolie chose que j’aie jamais vue", dira un aviateur américain…

Ten-gō Sakusen est terminée et se solde, comme tous les plans des deux dernières années, par une nouvelle débâcle sans appel, qui, outre le Yamato, coûte aux Japon un croiseur léger et quatre destroyers, ainsi que quelque 4 000 officiers et marins, dont 90% de l'équipage du super-cuirassé, et l'intégralité de celui du destroyer Asahimo !

De leur côté, les Américains n'ont perdu que 10 appareils et 12 aviateurs…

dimanche 15 juillet 2018

5619 - "Sauvez le portrait de l’Empereur !"

"Abandonnez le navire !"
… une main agrippée à la plateforme du compas, le commandant Ariga semble pour sa part indifférent au drame qui est en train de se dérouler sous ses yeux, et il faut bien toute l’insistance du premier officier pour qu’il consente enfin à ordonner l’évacuation du super-cuirassé, naguère orgueil de la Marine impériale mais qui n’est plus en cet instant qu’un amas de ferraille glissant inexorablement sur son flanc gauche.

"Abandonnez le navire !" crie le premier officier dans l’interphone.

Mais avec les portes étanches fermées, et les communications coupées dans la plus grande partie du bâtiment, rares sont ceux qui entendent son appel… et plus rares encore ceux qui acceptent d’abandonner leur poste pour tenter d’échapper à la mort.

Pire : un peu partout sur l’immense navire, on voit même des officiers et des marins s’attacher eux-mêmes au canon, à la machine, à la pièce d’équipement dont ils ont la charge, tant est grande leur crainte d’être séparés du Yamato lors de son plongeon final vers l’abîme !

"Le portrait de l’Empereur ! Sauvez le portrait de l’Empereur !", s’exclame soudainement un Ariga sorti de sa torpeur.

Et un officier de se précipiter aussitôt dans les entrailles du navire jusqu’au local de l’objet sacré,... pour s’y enfermer à double tour et éviter ainsi à Sa Divine Majesté l'indignité de peut-être se retrouver à la surface, puis repêchée par les mains impies des Américains !

samedi 14 juillet 2018

5618 - "Sauvez-vous !"

"Sauvez-vous !"
… 14h10

Et de fait, l’inondation volontaire de la chambre des machines tribord sauve - provisoirement - le Yamato du désastre, mais l’opération, outre le fait de réduire la vitesse du bâtiment à seulement 8 nœuds, condamne plus de 300 marins à une mort atroce…

De toute manière, cette manœuvre ne peut offrir qu’un bref répit puisque d’autres avions américains ne tardent pas à se présenter !

A 14h10, un Avenger du Langley loge une torpille au niveau du gouvernail, lequel se retrouve irrémédiablement bloqué à gauche, contraignant dès lors le super-cuirassé à ne plus pouvoir effectuer qu’une lente rotation dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.

Quelques instants plus tard, et comme cela s’était déjà produit avec le Prince of Wales, trois ans et demi auparavant (1), toute l’installation électrique se retrouve hors-service.

Un instant contenue, la gîte sur bâbord reprend de plus belle à mesure que le bâtiment s’enfonce lentement par l’avant.

Sur la passerelle, l’amiral Ito, en gants blancs et casquette soigneusement posée sur la tête, salue les survivants de son État-major
 
"Sauvez-vous !", leur dit-il avant de se réfugier dans sa cabine, dont il ferme soigneusement la porte à clé…

(1) Saviez-vous que… Le drame de Kuantan

vendredi 13 juillet 2018

5617 - dans l'attente de la seconde vague

Le Yamato, en flammes
… 13h00

A 13h00, alors que s’éloignent les ultimes appareils de la première vague, le bilan est déjà tragique pour les Japonais qui, en seulement 12 minutes, ont certes abattu trois ou quatre avions ennemis (en plus d’en endommager une vingtaine d’autres) mais ont aussi perdu deux destroyers d’escorte, et vu le croiseur Yahagi totalement réduit à l’impuissance.

Touché par deux torpilles, et deux ou trois bombes, le Yamato est toujours en état de combattre, et n’a rien perdu de sa vitesse, mais traîne un impressionnant panache de fumée, conséquence d’un incendie qui ravage plusieurs compartiments et menace dangereusement les soutes à munitions de la tourelle arrière de 460mm.

Comme écrasée par un marteau, celle de 155mm est quant à elle hors de combat, de même que le radar principal et plusieurs canons de la défense antiaérienne.

Quelques minutes plus tard, la seconde vague, menée cette fois par les Avenger et les Helldiver de l’Essex, attaque à son tour le super-cuirassé qui, en une vingtaine de minutes, va encaisser une demi-douzaine de bombes, quatre torpilles sur bâbord, et une ou deux autres sur tribord !

Une autre bombe frappe de plein fouet le cabestan bâbord et sectionne la chaîne d’ancre, qui glisse immédiatement vers l’abîme. 

Sous l’effet des coups directs, mais aussi des bombes qui éclatent dans l’eau à seulement quelques mètres de la coque, les voies d’eau s’aggravent : bientôt, la gîte sur bâbord atteint 15, puis 20 degrés.

Le Yamato avance et tire toujours, mais il est sur le point de chavirer et, cette fois, plus aucune contre-mesure n’est possible : les compartiments prévus à cet effet du côté tribord sont déjà tous remplis… ou rendus impossibles à remplir du fait de l’inclinaison des ponts et de la rupture de la plupart des canalisations.

Sur la passerelle, le commandant Ariga imagine alors une solution désespérée : noyer volontairement la chambre des machines tribord, ce qui réduira certes la vitesse du super-cuirassé à peu de choses mais devrait du moins permettre d’en rétablir l’assiette…