samedi 2 juillet 2016

4876 - et finalement vint le RSHA

Organigramme du Reichssicherheitshauptamt (RSHA) en 1941
... mais pour l'heure, nous n'en sommes pas encore là puisque l'apprenti pilote de chasse Reinhard Heydrich n'a en vérité d'autre choix que de consacrer l'essentiel de son énergie au "Front intérieur", celui de la Pologne occupée bien sûr, mais aussi celui de l'Allemagne-même, où toutes les forces de sécurité doivent désormais agir "de manière coordonnée" et "implacable" contre les saboteurs, les opposants, les "défaitistes" et, plus généralement, tous ceux qui "nuisent ou portent atteinte" à l'effort de guerre allemand. 

Pour y arriver, Heydrich a obtenu d'Himmler la création d'une nouvelle structure : le Reichssicherheitshauptamt, ou "Office central de la sécurité du Reich" (RSHA)

Formellement mis sur pied le 27 septembre 1939, celui-ci combine à présent sous une seule autorité - la sienne - les tâches de la SIPO (c-à-d de la Gestapo et de la KRIPO) avec celles du SD 

"Par opposition à un appareil policier conventionnel, l'objectif du RSHA n'était pas seulement de poursuivre les criminels, mais aussi de nettoyer préventivement (sic) l'État et la société des ennemis politiques et raciaux, et par là-même d'agir comme instrument-clé pour la réalisation d'un utopique Ordre Nouveau" (1) 

Un "Ordre Nouveau" pourtant menacé par un bien modeste menuisier solitaire...

(1) Gerwarth, op.cit., page 162

vendredi 1 juillet 2016

4875 - la thèse et l'antithèse

Heydrich, dans son Messerschmitt 109 personnel, en 1941
… sportif accompli, et redoutable escrimeur, Heydrich est déjà l’antithèse d’Himmler, et l’idéal SS incarné, mais tout cela, ainsi que son rôle de premier plan dans l’appareil répressif nazi, ne suffit manifestement pas à assouvir son goût pour l’action et le danger, ce pourquoi a-t-il fini par embrasser également une carrière d’aviateur à une époque – le milieu des années 1930 – où l’Aviation relève encore d’une activité à très haut risque.

Breveté pilote, il a ensuite réclamé, et obtenu, de pouvoir servir comme mitrailleur-naviguant sur des bombardiers engagés dans la Campagne de Pologne, et l’expérience lui a tellement plu qu’il s’est à présent mis dans la tête… de devenir pilote de chasse au sein de la Luftwaffe !

Un pilote de chasse à temps évidemment fort partiel vu l’ampleur de ses responsabilités au sein du SD, et un pilote de chasse qui, à l’évidence, n’apportera pas grand-chose à l’effort de guerre allemand, mais un pilote de chasse tout de même et surtout avec tous les risques que cela implique puisqu’il se retrouvera blessé à plusieurs reprises lors d’accidents, et même abattu à l’été 1941 derrière les lignes soviétiques, un incident dont il ne se sortira du reste que par miracle et qui lui vaudra par la suite d’être définitivement interdit de vol par Hitler lui-même.

Pilote sans palmarès, mais néanmoins courageux, Heydrich continuera pourtant de voler – bien que fort loin du Front – chaque fois que possible et, en tant que Reichsprotektor de Bohème-Moravie, s’obstinera à ne circuler qu’en voiture découverte, et sans escorte, histoire de montrer à ses sujets qu’il ne les craint en rien, bien inutile bravade qui lui vaudra d’ailleurs, en juin 1942, de périr des suites d’un attentat à la grenade perpétré dans une rue de Prague… 

jeudi 30 juin 2016

4874 - un "chef de guerre"... plus vraiment pressé de le devenir

Himmler, en visite à Varsovie, peu après la chute de la ville
... considérés du point de vue d'Hitler, les premiers engagements de la SS-en-armes sont en tout cas suffisamment encourageants pour le pousser à en augmenter les effectifs, à la plus satisfaction - on s'en doute - d'Himmler lui-même.

Mais alors que son vieux rêve de "chef de guerre" semble enfin sur le point de se matérialiser, le Reichsführer semble de moins en moins pressé de le concrétiser dans sa vie personnelle : durant toute la Campagne de Pologne, il s'est en effet contenté de suivre le train d'Hitler confortablement installé dans son propre train spécial,... fort modestement baptisé "Heinrich"

Himmler, il est vrai, déteste l'avion, et encore plus depuis le début de la guerre, et lorsqu'il lui arrive malgré tout de le prendre, il ne manque jamais de s'asseoir dans un siège blindé et spécialement fabriqué à ses mesures !

De plus en plus hypocondriaque, il ne s'éloigne de toute manière jamais très loin de son masseur-vedette, Felix Kersten, qui soigne, entre autres célébrités, plusieurs membres de la famille royale hollandaise.

Le Reichsführer peut évidemment, et sans doute à bon droit, estimer que son existence est plus essentielle au Reich que celle du fantassin SS moyen, mais pour un homme qui a toujours considéré la dite SS comme une sorte de "Nouvelle Chevalerie" composée d'invincibles guerriers sans reproche et bien évidemment sans peur, le paradoxe n'en fait pas moins désordre,.. 

... surtout lorsque rapporté au comportement de son bras droit, Reinhard Heydrich

mercredi 29 juin 2016

4873 - surcompensation

Exécution d'otages polonais par des SS près de Kornik, octobre 1939
... constituée de bric et de broc à partir de 1938, et sans autre raison d'être que l'insatiable mégalomanie de son chef suprême, la SS-en-armes ne peut évidemment, en l'espace de quelques mois ou même de quelques années, rivaliser avec une Wehrmacht quant à elle héritière de plusieurs siècles de guerres et de traditions, et dont les officiers supérieurs, à l'instar d'un von Manstein, sont pour la plupart issus de familles d'officiers, et ont eux-mêmes passés presque toute leur vie à étudier le difficile Art de la Guerre. 

Alors, pour pallier leur inexpérience, les généraux, les officiers, les sous-officiers et, au bout du compte, les simples soldats de cette SS-en-armes ont tendance à "surcompenser" par l'engagement physique, le fanatisme et, bien sûr, la brutalité la plus extrême...

Jusqu'à la Chute finale du Reich, il se trouvera certes des généraux SS raisonnablement compétents,... et des généraux de la Wehrmacht passablement ineptes, des soldats SS respectueux des lois et conventions de la guerre,... et des soldats de la Wehrmacht qui s'en soucient comme d'une guigne mais, globalement, on ne peut nier ni la faiblesse de la SS en matière de commandement ni, a contrario, le caractère extrêmement brutal de ses méthodes.

Qu'ils soient Britanniques, Américains, Français ou Russes, tous seront en effet unanimes à reconnaître, et dénoncer, cette brutalité ainsi que la détestable propension des SS à ne pas s'encombrer de prisonniers ce qui, du coup, les amènera trop souvent à agir de même avec les SS capturés...

mardi 28 juin 2016

4872 - les difficiles débuts de la SS-en-armes

Soldats de la SS-Leibstandarte près de Pabianice, septembre 1939
... nonobstant cette considérable aggravation du "problème juif", Himmler a cependant toutes les raisons d'être satisfait de cette Campagne de Pologne qui a enfin permis à ses SS de se mettre en valeur, et non plus seulement en arrêtant et exécutant des milliers de civils, mais aussi, et surtout, en combattant aux côtés de la Wehrmacht.

Malgré ses effectifs très limités, la SS-en-armes - qui ne s'appellera "Waffen-SS" qu'en mai 1940 - a en effet su faire preuve de sa valeur,... au prix il est vrai de pertes proportionnellement bien plus lourdes que celles subies par l'armée régulière, ce que le fameux général Erich von Manstein expliquera à sa manière, en soulignant que "Indiscutablement, la division [SS] Totenkopf faisait bonne impression par sa discipline et sa tenue. Elle attaquait aussi avec beaucoup de cran et avait prouvé sa capacité de résistance dans la défense. Mais cette troupe subissait des pertes démesurées, parce qu'elle et ses chefs devaient acquérir au combat les connaissances que les régiments de l'armée possédaient depuis longtemps" (1)

Physiquement sinon mentalement supérieurs à la plupart de leurs homologues et adversaires au plan individuel, les hommes d'Himmler se révèlent en effet inférieurs au plan collectif, c-à-d si l'on envisage la capacité tactique des formations auxquelles ils appartiennent à manœuvrer et à appréhender une situation militaire complexe.

La piètre qualité du commandement en est évidemment la principale responsable : promu général et chef de la Leibstandarte en 1934, Sepp Dietrich n'était par exemple que simple adjudant en 1918, tandis que son homologue de la Totenkopf, Theodor Eicke, n'était quant à lui qu'un fort modeste officier-payeur.

Ni l'un ni l'autre n'a fait l'École de Guerre, n'est officier de formation, ou breveté d'État-major, et si l'on ne peut mettre en doute leur courage personnel, ou leur foi envers le national-socialisme, force est de reconnaître qu'il leur manque, et leur manquera toujours, les qualités que l'on s'attend à trouver chez des généraux ayant à décider et coordonner les actions des milliers d'hommes placés sous leur commandement...

(1) Knopp, op. cit, page 287

lundi 27 juin 2016

4871 - pas "d'espace"

Expulser les Juifs des ghettos, mais pour les mettre où ? - Kutno, 1939
... début février 1940, les incessantes protestations de Frank finissent par trouver une oreille attentive auprès de Goering, lequel arrache alors à Himmler la promesse formelle de ne plus déporter de nouveaux Juifs vers le Gouvernement général,... du moins sans l'autorisation expresse de Frank.

Mais dans cet immense panier de crabes qu'est le Troisième Reich, Heydrich n'entend pas en rester là et, le même jour, fait rafler plus d'un millier de Juifs de Stettin et les expédie manu militari dans le Gouvernement général !

Frank proteste, Heydrich s'obstine et, comme toujours, c'est à Hitler qu'on demande de trancher en dernier ressort : le 12 mars, au grand déplaisir d'Heydrich, le Führer se prononce alors en faveur de Frank !

"Hitler déclara que la question juive était une question d'espace et qu'il n'en avait aucun à sa disposition. Moins de deux semaines plus tard, le 24 mars, Goering interdit officiellement toute nouvelle déportation dans le Gouvernement général" (1)

En attendant de trouver, quelque part, un nouvel "espace" dans lequel déporter les Juifs, ne reste donc plus, dans l'immédiat, que la solution de les parquer où ils se trouvent, autrement dit de créer de  nouveaux ghettos.

Or, s'agissant des dits ghettos, ni Hitler, ni Heydrich, ni Frank, ni à vrai dire aucun autre haut responsable nazi, n'a la moindre idée de la manière dont on pourra concrètement les créer, les surveiller ou les administrer !

"Le manque d'intérêt d'Heydrich sur les détails d'implantation d'une telle politique provenait en partie du fait que la ghettoïsation n'avait jamais été conçue comme une solution permanente. C'était juste un prérequis pour faciliter la future déportation des Juifs vers un territoire encore indéterminé aux confins de la sphère d'influence allemande" (2)

(1) Gerwarth, op. cit., page 161. Début 1941, quelque 300 000 Polonais et Juifs avaient été déportés du Warthegau vers le Gouvernement général.Une cinquantaine de milliers d'autres allaient suivre jusqu'à la fin de 1942
(2) ibid, page 155

dimanche 26 juin 2016

4870 - ... mais où ?

Juifs du Ghetto de Kulmno, en 1939
... le 7 septembre, Heydrich affirme ainsi à ses subordonnés que la politique à mettre en œuvre en Pologne doit combiner "des expulsions forcées vers la zone soviétique d'occupation" ainsi que des "réinstallations de Juifs" dans un district "spécialement établi, peut-être en Galicie".

Mais à peine une semaine plus tard, et signe évident de l'ampleur du problème et de l'impossibilité d'y trouver une solution, il envisage rien moins qu'une "réserve à créer en Pologne pour tous les Juifs sous contrôle allemand".

Encore une semaine de plus, et le voilà qui parle à la fois de la décision d'Hitler de créer des "ghettos urbains" où l'on concentrera les Juifs polonais afin de "faciliter leur future déportation vers une destination encore à définir", et de celle d'en déporter immédiatement "un certain nombre" de l'autre côté de la ligne de démarcation avec l'Union soviétique !

Le 29 septembre, la solution d'un "district en Galicie" disparait au profit d'un autre district à établir cette fois "près de Lublin" (1)

Le 17 octobre, le toujours dévoué Adolf Eichmann commence donc à déporter quelques milliers de Juifs du Warthegau vers Lublin... mais reçoit l'ordre de tout arrêter à peine trois jours plus tard (2)

Le 21 décembre, Heydrich revient cependant à la charge, et exige la déportation de 600 000 Juifs quelque part dans le Gouvernement général, ce qui, on s'en doute, suscite aussitôt le refus d'Hans Frank qui, autant pour des raisons de prestige personnel que pour de simples considérations économiques, ne veut sous aucun prétexte les accueillir...

(1) ce changement de site s'explique par la décision de Staline de transférer le contrôle de la région de Lublin aux allemands en échange de la reconnaissance de la souveraineté de l'URSS sur la Lituanie
(2) proche de la nouvelle frontière avec l'URSS, la région de Lublin était jugée stratégiquement essentielle dans la perspective d'une future guerre avec l'URSS