jeudi 25 août 2016

4930 - si près et pourtant si loin...

Fantassins et chevaux allemands, lors de la Bataille de Moscou
... Moscou, 2 décembre 1941

Le 2 décembre, par un froid glacial les avant-gardes allemandes, épuisées, se trouvent à seulement 20 kms du centre-ville de Moscou.

C'est fini : elles n'iront pas plus loin...

... car bien que constamment victorieuses depuis l'été, les voilà à présent bloquées par l'hiver, et surtout san sêtre pour autant parvenues à briser la résistance soviétique, ni à se rendre maîtresses des deux principaux objectifs de la campagne : le blé de l'Ukraine et le pétrole du Caucase.

"L'hiver était arrivé en force, avec de la neige, des vents glaciaux et des températures descendant à moins vingt degrés centigrades. Les moteurs des chars allemands étaient totalement gelés. Sur le Front, les fantassins, épuisés, creusaient autant pour se protéger du froid que pour échapper aux bombardements ennemis. Le sol était si gelé qu'il fallait y allumer de grands feux avant d'essayer même d'y faire le moindre trou. Les personnels des États-majors et des bases arrières occupaient les maisons des paysans, après avoir froidement expulsé ceux-ci.

Hitler s'étant refusé à envisager une campagne d'hiver, ses soldats souffraient terriblement. Leurs uniformes trop minces ne les protégeaient pas du froid, et leurs bottes de cuir bien serrées ne faisaient que favoriser les gelures (1) Ils avaient donc pris l'habitude de voler les vêtements et les bottes des prisonniers et des civils. A certains moments, seuls leurs casques à la forme caractéristique permettaient de les identifier comme des hommes de la Wehrmacht"
(2)

(1) à la Noël 1941, on dénombrait plus de 100 000 cas de gelures !
(2) Beevor, op cit, page 68

mercredi 24 août 2016

4929 - "Il ne peut y avoir de retraite !"

Panzers bloqués dans la neige. Hitler n'avait pas prévu de combattre en hiver
... fin 1941, alors que la boue cède la place à la neige, les troupes allemandes en route vers Moscou ont donc finalement moins progressé... que celles de Napoléon cent trente ans plus tôt (!)

(...) La Wehrmacht commençait à être gravement handicapée par le temps. La visibilité plus que réduite contrariait considérablement "l'artillerie volante" de la Luftwaffe (...) Les armées du Maréchal Von Bock (...) s'efforçaient désespérément d'achever l'ennemi avant que l'hiver ne commence pour de bon. Durant la deuxième quinzaine de novembre, les combats furent incessants.

(...) D'un point situé au Nord de Moscou, les officiers allemands pouvaient voir à la jumelle les flammes de départ des canons antiaériens entourant le Kremlin. Joukov ordonna à Rokossovski de tenir le Front à Krioukovo avec les restes de sa 16ème armée. "Il ne peut y avoir de retraite !", proclama-t-il le 25 novembre"

(...) A la fin de novembre, dans une ultime tentative, le Maréchal von Kluge dépêcha une force importante sur la principale route conduisant à Moscou, la chaussée de Minsk, qu'avaient empruntée les troupes de Napoléon. Les Allemands réussirent la percée, mais le froid paralysant, et la résistance suicidaire des régiments soviétiques, finirent par briser leur offensive"
(1)

Faute de graisse spéciale, le mécanisme des fusils allemands se bloque, les rendant inutilisable, et les tankistes, à supposer qu'ils  parviennent à démarrer leurs chars figés par le froid, ne peuvent qu'envier leurs adversaires russes qui, grâce à la largeur inhabituelle des chenilles de leurs T-34, arrivent à progresser sans trop de peine dans une neige profonde qui paralyse au contraire les Panzers (2)...

(1) Beevor, pp 66-67
(2) avec leur largeur de 560mm, les chenilles des T-34 russes étaient 45% plus large que celles des chars allemands. Ce défaut ne fut corrigé qu'en 1943, à l'apparition des Panther et Tiger... dont le roulement excessivement complexe n'en continua pas moins de poser d'énormes problèmes dans la neige profonde.

mardi 23 août 2016

4928 - quand chaque jour compte

La Raspoutitsa : l'enfer de la boue... juste avant l'hiver
... car plus que la résistance des Soviétiques, ou leur politique de "Terre brûlée", c'est l'immensité russe, et la météo, qui au bout du compte finissent par réduire l'avancée des troupes allemandes à presque rien.

Combattre en Russie implique en effet la traversée d'immenses territoires où les routes - lorsqu'elles existent  ! - se résument le plus souvent à de simples pistes de terre, qui se transforment en autant de bourbiers innommables à la moindre pluie.

"La saison des pluies et de la boue, la raspoutista, vint s'installer vers le milieu d'octobre. De plus en plus souvent, les camions allemands ne purent plus circuler et l'on dut réquisitionner dans les fermes communautaires, à des centaines de kilomètres à la ronde, des charrettes paysannes

(...) En certains endroits où l'on ne trouvait plus de troncs de bouleau pour construire une piste solide, on utilisa des cadavres russes comme "traverses" pour construire des chaussées improvisées. Il arrivait souvent qu'on vit un soldat allemand perdre une botte, aspirée par la boue où l'on s'enfonçait parfois jusqu'au genou

(...) Mais ce que tous redoutaient le plus, c'était le gel qui n'allait plus tarder. Nul n'oubliait que chaque jour comptait
(1)

(1) Beevor, op cit, page 62

lundi 22 août 2016

4927 - jusqu'ici, tout va bien...

Fantassins allemands dans la steppe. Jusqu'ici, tout va bien...
… véritable trahison des "idéaux raciaux", cette transformation en "Légion étrangère" ne va naturellement pas s’opérer sans réticence ni grincement de dents.

La dégradation progressive, mais continue, de la situation sur le Front de l’Est, ne laisse cependant pas d’autre alternative : le 3 juillet 1941, enthousiasmé par la fulgurante progression des troupes allemandes en URSS, le général Franz Halder, chef de l'État-major général, a certes écrit qu'"il n'est donc probablement pas exagéré de dire que la Campagne de Russie a été gagnée en l'espace de deux semaines" (1); mais le 11 août 1941, soit à peine un mois plus tard, le même général a bien été bien forcé d'admettre que "au vu de la situation générale, il est de plus en plus clair que nous avons sous-estimé le colosse russe"

Car petit à petit, la résistance soviétique s'organise, se renforce... et surtout se durcit, tant par patriotisme authentique et haine sincère de l'envahisseur que par simple crainte des pelotons d'exécution du NKVD, lesquels fusillent à tour de bras et "pour l'exemple" (2)

A cela s'ajoute l'inévitable casse-tête que représente le ravitaillement de millions de soldats, et de dizaines de milliers d'avions et de véhicules, sur un Front qui s'étire sur plusieurs milliers de kilomètres, un casse-tête encore aggravé par le comportement des soldats soviétiques, qui n'hésitent pas à tout brûler dans leur retraite,... en ce compris les fermes et les habitations de leurs propres compatriotes civils - dès lors condamnés à mourir de faim et de froid - afin que l'Armée allemande, contrairement à ce qu'elle avait prévu avant l'offensive, ne puisse en aucune manière "vivre sur le terrain".

Et puis, et surtout, il y a le fait qu'Hitler, comme Napoléon avant lui, a tout simplement eu les yeux plus grands que le ventre...

(1) Kershaw, op. cit, page 579
(2) à Stalingrad, en 1942, plus de 13 000 soldats russes furent ainsi fusillés "pour l'exemple", et un nombre plus considérable encore envoyés à la boucherie face à des Allemands qui les fauchaient à la mitrailleuse...

dimanche 21 août 2016

4926 - le salut par les "Allemands raciaux"

Un Panther de la Frundsberg, en  1944. Les Volksdeutsche y étaient majoritaires
... mais qu'ils soient Finlandais, Danois, Norvégiens ou encore Hollandais ou Flamands, les volontaires "nordiques" ne se bousculent pas franchement au portillon : sur les quelque 19 000 hommes que compte la SS-Wiking au déclenchement de l'Opération Barbarossa, 90% sont en effet... Allemands.

Heureusement pour Himmler, les Volksdeutsche, ces "Allemands raciaux" issus des minorités germanophones de toute l'Europe, et pour lesquels le Reich est tout de même parti en guerre, offrent de bien meilleures perspectives de recrutement !

Parmi ceux-ci, on trouve notamment les "malgré-nous" alsaciens, mosellans, luxembourgeois ou originaires des cantons de l'Est belges, à qui le Reich va d’abord imposer le service militaire avant de les pousser non seulement dans la Wehrmacht, mais aussi dans la Waffen-SS.

Mais les "Allemands raciaux" sont surtout présents en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Hongrie, en Yougoslavie ou encore en Roumanie,... même si c’est parfois au prix d’un considérable effort d’imagination : parlant des Volksdeutsche roumains, Théodor Eicke, commandant de la SS-Totenkopf, ne pourra ainsi s'empêcher de noter que parmi eux, "il y en a un grand nombre que l'on peut qualifier d'esprits inférieurs. Beaucoup ne savent ni lire ni écrire l'allemand " (1)

En pratique, et faute d’alternative, la plupart des divisions SS créées après 1943, comme la Hohenstaufen ou la Frundsberg (2), seront néanmoins composées de ces fameux "Allemands raciaux" qui, en 1944, représenteront par exemple plus de 90% des effectifs de la SS-Prinz Eugen (3)

(1) Knopp, op. cit., page 308
(2) la Frundsberg est aujourd'hui célèbre pour avoir abrité dans son sein l'écrivain allemand Günther Grass. Né dans la ville libre de Dantzig (aujourd'hui Gdansk, Pologne), Günther Grass s'engagea dans la Frundsberg en octobre 1944, à l'âge de 17 ans.

(3) cette surreprésentation des minorités germanophones dans les effectifs de la SS explique également, sans néanmoins l'excuser, les expulsions massives dont celles-ci seront victimes dans toute l'Europe de l'Est de l'après-guerre...

samedi 20 août 2016

4925 - les nouveaux Vikings

SS de la Wiking, en 1944. Cette division fut la première à enrôler des étrangers
… si Himmler veut continuer à étoffer les effectifs de la Waffen-SS, il n’a donc d’autre choix que de la transformer radicalement en une sorte de "Légion étrangère" ouverte à tous les non-Allemands... en autant bien sûr qu'ils vénèrent le Führer et exècrent le "Judeo-bolchevisme".

Au demeurant, depuis que les guerres existent, il s'est toujours trouvé, et dans tous les pays, des gens sincèrement convaincus de se trouver dans le "mauvais camp", et d'autres simplement désireux de s'allier à l'ennemi pour en tirer un quelconque avantage.

Qu'ils le fassent par véritable conviction personnelle ou par pur appât du gain, par affinité idéologique ou alors par ambition, des centaines de milliers d'Européens originaires de pays neutres ou de pays conquis vont donc finir par intégrer les rangs de la Waffen-SS, et par combattre aux côtés de leurs nouveaux camarades Allemands

Reste que dans un premier temps, Himmler s’efforce tout de même de limiter cette ouverture aux étrangers les plus conformes à son "idéal racial", autrement dit aux seuls Scandinaves : dès le 20 avril 1940, il a d'ailleurs obtenu d'Hitler la permission de constituer le régiment SS "Nordland" constitué pour moitié d'Allemands et pour moitié de volontaires danois et norvégiens, un régiment qu'il adoubera personnellement en janvier 1941, lors d'un voyage en Norvège qui lui permettra, tant qu'à y être, de visiter quelques fermes...

Mais le 25 mai 1940, soit dix jours après la capitulation de la Hollande, et trois jours avant celle de la Belgique, il a déjà franchi une étape supplémentaire, en ordonnant la création du régiment SS "Westland", composé cette fois de volontaires hollandais et flamands, qui, en compagnie du "Nordland" et du très allemand "Germania", constitueront, à l'automne, l'ossature de la division SS-Wiking...  

vendredi 19 août 2016

4924 - de moins en moins volontaires...

Le Mufti de Jérusalem, passant les SS musulmans en revue...
… s'il veut compenser les pertes - qui sur le Front russe se font, et se feront, de plus en plus importantes - et, a fortiori, s’il veut étoffer les rangs, Himmler n'a à présent d'autre choix que de recruter en masse, quitte à renoncer à tous ses critères des années antérieures, à commencer par le volontariat.

Au fil des mois, on va ainsi voir de plus en plus de soldats et d'officiers de la Wehrmacht, de la Kriegsmarine, ou même de la Luftwaffe, mutés contre leur gré dans la Waffen-SS.

Après Stalingrad, on verra également, dans les conseils de révision, des SS harceler les futures recrues pour les inciter à s'engager chez eux, et même des employés et des infirmiers falsifier les documents d'incorporation au profit de la Waffen-SS.

L’ennui, c'est que le bassin de la population masculine allemande n'est pas inépuisable,... et est surtout - et avec le plein assentiment d'Hitler - jalousement gardé par la Wehrmacht pour son usage quasi-exclusif !


De manière assez incroyable, cette SS, qu'Himmler a toujours voulu, et présenté, comme une "élite raciale" et comme une nouvelle "chevalerie" de "guerriers nordiques", cette SS va donc devoir s'ouvrir à des volontaires étrangers de moins en moins germanophones, de moins en moins nordiques et, pour tout dire, de moins en moins "aryens" puisqu'on finira par y voir des Belges, des Français, des Italiens et même... des musulmans albanais !