lundi 16 janvier 2017

5074 - Bagration

cadavres allemands et Panzers détruits lors de l'Opération Bagration
... et de fait, malgré tous les espoirs placés en elles, ces "armes miracles" s'avèrent finalement bien moins efficaces que la tempête pour empêcher les troupes et le matériel allié de se déverser sur les plages normandes (1)

Pire encore : le 22 juin, soit une semaine à peine après les premiers tirs de V1, les Soviétiques lancent une gigantesque offensive à l'Est, l'Opération Bagration, qui, pour la Wehrmacht va se traduire par sa pire défaite de la guerre.

Car depuis qu'elle doit se battre sur deux Fronts, celle-ci se trouve dans la triste position du dormeur au prise avec une couverture trop petite : il peut s'en couvrir les pieds, ou les épaules, mais pas les deux à la fois, et finira donc par mourir de froid.

Grâce au génie d'Albert Speer, et grâce surtout au travail de millions d'esclaves, le Reich produit toujours plus de tanks, de canons ou de fusils, mais malgré tous les efforts mis dans la conscription ou le recrutement de volontaires dans les pays alliés, neutres, ou occupés, il n'a tout simplement plus assez de bras pour les utiliser, ni surtout pour les utiliser efficacement partout en même temps.

Lorsque Bagration s'achève, à la mi-août, l'Armée rouge a progressé de plus de 600 kms, reconquis toute la Biélorussie, et ramené la Wehrmacht - qui dans l'aventure a perdu plus d'un demi-million d'hommes et la quasi-totalité de son Groupe d'Armées Centre - aux positions qu'elle occupait avant l'invasion de l'URSS trois ans auparavant !

Et à l'Ouest, Britanniques et Américains, après des semaines de piétinement, viennent enfin de s'extraire du bocage normand et sont occupés à foncer sur Paris...

(1) le 19 juin, une tempête a détruit le port artificiel aménagé devant Saint-Laurent

dimanche 15 janvier 2017

5073 - le faux miracle

... car le 13 juin 1944, soit une semaine après le Jour J, la première fusée V1 s'est en effet abattue sur le territoire britannique.

C'est la réponse d'Hitler aux centaines de raids menés par les Alliés au-dessus du Reich, et auxquels l'Allemagne n'a jamais été en mesure de répondre efficacement, faute de quadrimoteurs de bombardement.

Pendant près de trois mois, une centaine de V1 vont  ainsi être tirées quotidiennement vers Londres avant que s'y joignent, en septembre, les fusées V2, plus performantes et quant à elles impossibles à intercepter.

Et dans une Allemagne elle-même écrasée sous les bombes depuis 1942, l'annonce des premiers tirs de V1 a naturellement été accueillie avec enthousiasme !

"Le rapport de la Wehrmacht du 16 juin, qui annonce que des raids ont été menés sur le sud de l'Angleterre et sur Londres avec un engin explosif d'un genre nouveau provoque des transports de joie. (...) On exulte en apprenant que des coups ont été portés au centre de la ville"

(...) "Le matin du 6 juillet, Churchill indique à la Chambre des Communes que l'on déplore 2 752 morts. Un million de Londoniens, des femmes et des enfants pour la plupart, sont évacués (...) En septembre, 25 000 maisons sont détruites. Sur les 8 839 V1 mises à feu, 27 % touchent des quartiers d'habitation et tuent 5 475 personnes".

Logique de l’action-réaction oblige, ces représailles incitent néanmoins Churchill – et sa propre opinion publique – à réclamer que l'on frappe l'Allemagne encore plus fort.

(...) [Churchill] était prêt, en réponse, à intimider l'ennemi au moyen d'attaques au gaz de grande envergure si une telle politique assurait la victoire. Des officiers supérieurs de l'armée de l'air, même Portal, préconisèrent la modération. "Ces satanées fusées idiotes", comme les nommait Harris, provoquaient moins de dégâts qu'une seule mission du Bomber Command contre n'importe quelle ville allemande. Churchill ne se laissa pas démonter, quelques escadres s'entraînaient déjà prudemment à opérer avec du gaz. Le maréchal de l'air Tedder, fit valoir ses objections (...) il ne voyait pas l'avantage qu'il y aurait à employer les gaz peu de temps avant l'entrée des armées alliées en territoire allemand" (1)

(1) Jorg Friedrich, op cit, , page 119

samedi 14 janvier 2017

5072 - plus que jamais partout

soldats de la SS-Leibstandarte,... en danseuses pour le film Die große Liebe (1942)
... grâce à Himmler, les SS, longtemps simples gardes du corps d'Hitler, sont devenus policiers, enquêteurs, bourreaux, gardiens de prison, soldats d'élite mais aussi, et pour l'anecdote, archéologues, botanistes, occultistes ou encore... danseuses d'opérette (1)

En tant qu'organisation, la SS, tel un monstrueux cancer, a progressivement investi toutes les sphères de la société et de l'économie allemandes : elle possède aujourd'hui ses rites, ses codes et ses tribunaux, mais aussi sa propre armée et ses propres centres de recrutement et de formation; elle est propriétaire d'innombrables terrains, bâtiments, mines, ateliers et usines; on la retrouve dans l'armement, la construction, le terrassement, la confection ou encore les plantes médicinales et l'embouteillage et la distribution de l'eau minérale !

Si la traque, l'incarcération, la déportation et l'extermination de millions d'êtres humains demeurent ses activités premières, et ses principales raisons d'être, elle est également entrée, depuis 1943, dans le domaine spatial - pour ne pas dire dans la science-fiction - avec les "armes miracles", qu'elle est bien décidée à développer encore davantage : deux semaines à peine après l'attentat contre Hitler, c'est en effet un général de la SS, Hans Kammler, qui prend la tête de tout le programme de fusées V2, construites dans les usines souterraines de la SS, et dessinées par un major SS du nom de Wernher von Braun (2).

Les "armes miracles", justement, viennent tout juste d'entrer en  service, mais avec plusieurs mois de retard (ce qui les a empêché de jouer quelque rôle que ce soit dans le Débarquement de Normandie) et, surtout, sans se montrer le moindrement... miraculeuses

(1) dans le film de Zarah Leander "Die große Liebe" (Le Grand Amour), 1942
(2) 70 ans plus tard, l'implication personnelle de von Braun dans la SS reste sujette à controverses. L'intéressé déclara pour sa part, non sans raison, qu'intégrer le NSDAP, et la SS, constituait pour lui la seule manière de pouvoir continuer ses travaux et d'en obtenir le financement, et aussi que lui-même n'avait porté l'uniforme SS qu'une seule fois

vendredi 13 janvier 2017

5071 - une occasion de plus

Himmler : une insatiable soif de pouvoir...
... par le nombre et la qualité des personnes impliquées, l'attentat du 20 juillet est sans conteste un des plus graves échecs d'Himmler, dont les services de police et de sécurité sont passés complètement à côté de la menace.

Mais paradoxalement, ce spectaculaire échec va vite se transformer en une nouvelle et tout aussi spectaculaire occasion d'accroître - encore - son propre pouvoir personnel !

Car pour Hitler, en cette fin d'été 1944, seul le "fidèle Heinrich" et ses SS peuvent encore être considérés comme dignes de confiance.

Et la conséquence ne se fait pas attendre puisqu'au lendemain-même de l'attentat, le Reichsführer, qui un an auparavant avait déjà ajouté le poste de Ministre de l'Intérieur du Reich à ses nombreuses prérogatives, se voit à présent offrir le commandement de la Ersatzheer, cette "Armée de remplacement" qui relevait jusqu'ici de la Wehrmacht mais qui s'est avérée si propice à la conspiration qu'Hitler a décidé de la confier désormais à la SS.

Compte tenu de la situation militaire où se débat le Reich, le geste n'a sans doute que peu de portée, mais au niveau du symbole, sa signification est immense puisque l'Armée régulière, pour la première fois depuis 1933 et l'arrivée des Nazis au Pouvoir, doit céder la préséance à la SS et se soumettre à un chef, Himmler, qui n'est pas issu de ses rangs et n'a même pas achevé sa formation d'élève-officier !

Et le Reichsführer n'a aucune intention d'en rester là...

jeudi 12 janvier 2017

5070 - un repli stratégique particulièrement salvateur

Manstein, en 1956.
... si Rommel n'aura d'autre choix que de se suicider après l'échec de l'attentat du 20 juillet, Erich von Manstein aura quant à lui plus de chance.

Pressenti - comme nous l'avons vu - dès 1942 pour prendre la tête de la conjuration, Manstein, en dépit de son antipathie pour Hitler, a toujours refusé d'endosser l'uniforme de "sauveur de la Patrie" qu'on lui proposait, et s'est prudemment tenu à l'écart des conspirateurs.

Ironiquement, c'est pourtant l'un d'eux, Alexander Stahlberg, qui va maintenant lui éviter la potence : placé par son cousin, Henning von Tresckow, pour lui servir d'aide-de-camp, mais surtout pour sonder ses intentions, Stahlberg a vite compris que le Feld-maréchal prussien n'entreprendrait jamais rien contre le Führer, ce qui ne l'a néanmoins pas dissuadé de demeurer à son service, y compris après son limogeage, en mars 1943.

Au début de juillet 1944, ayant appris de la bouche-même du général Fellgiebel (1), l'imminence d'un attentat contre Hitler, il en a averti le maréchal qui, d'abord incrédule, a ensuite réagi avec sa célérité coutumière... en décidant d'opérer un "repli stratégique" le plus loin possible de toute agitation, en l'occurrence sur l'île d'Usedom, au bord de la mer Baltique, où il s'est officiellement déclaré en vacances !

Sage précaution en vérité, qui lui vaudra d'échapper à la hargne de la Gestapo, dont les limiers, faute de pouvoir prouver la moindre implication de sa part dans l'attentat, vont le laisser tranquille jusqu'à la fin de la guerre...

(1) exécuté à Berlin le 4 septembre 1944 pour sa participation à l'attentat contre Hitler

mercredi 11 janvier 2017

5069 - le "Tribunal du Peuple"

Roland Freisler : un simulacre de Justice au service exclusif du Pouvoir...
... si les conjurés les plus prestigieux, comme Rommel ou Kluge, se voient gentiment "offrir" le suicide, les autres - c-à-d la majorité - n'ont cependant droit qu'à de longues séances de tortures puis, pour les plus "chanceux", à un procès-spectacle dont Hitler a exigé qu'il soit filmé et montré à la population allemande.

Mais comme la plupart des accusés sont des militaires en exercice qui ne peuvent être jugés que par des tribunaux militaires auxquels Hitler n'accorde plus la moindre confiance, il faut imaginer un tour de passe-passe : une court-martiale accélérée va se charger de les chasser de l'Armée,... ce qui permettra ensuite de les traduire comme simples civils (!) devant un "Tribunal du Peuple" présidé par nul autre que le juge Roland Freisler (1), qui va se distinguer plus encore que de coutume en leur coupant systématiquement la parole et en les agonissant d'injures

L'issue des procès, qui s'échelonneront jusqu'en février 1945, est bien évidemment jouée d'avance mais tout cela reste cependant encore insuffisant aux yeux d'Hitler qui, ulcéré par la trahison dont il a fait l'objet, exige que les exécutions elles-mêmes soient photographiées et filmées, et que les clichés lui soient personnellement envoyés à Rastenburg, sans doute pour se convaincre lui-même que les comploteurs ont bel et bien été exécutés !

En tout, plus de 5 000 personnes seront arrêtées, et plus de 200, qui ont participé de près ou de loin au complot, pendues avec des cordes de piano, histoire de rendre leur mort plus lente et plus douloureuse encore.

Et comme Himmler, de son côté, considère que les auteurs d'un pareil forfait ne peuvent avoir que du "sang impur", le conjoint et les enfants des conjurés, voire leur parentèle entière, sont souvent arrêtés dans la foulée, et expédiés dans des camps de concentration...

(1) réputé à juste titre pour son caractère impitoyable et les milliers de condamnations à mort qu'il prononça sous le Troisième Reich, Roland Freisler sera tué par un bombardement aérien en février 1945

mardi 10 janvier 2017

5068 - en quête de revanche

Kaltenbrunner, lors de son procès à Nuremberg, en 1946
... pour la SS d'Himmler, et plus encore pour le RSHA à présent dirigé par Ernst Kaltenbrunner, l'attentat du 20 juillet est un nouvel et gravissime échec : une fois de plus, les forces de police et de sécurité du Reich, pourtant omnipotentes, ont été incapables de prévenir un attentat dirigé contre le Führer, un attentat auquel il n'a une nouvelle fois échappé que par miracle, mais un attentat dont l'ampleur et la qualité des protagonistes dépassent cette fois, et de très loin, tout ce qu'on avait vu jusque-là !

C'est donc peu dire que les deux hommes sont en quête de revanche, et surtout d'une revanche à la hauteur du crime commis, donc de dimension quasi-biblique !

Kaltenbrunner - nous l'avons dit - n'est que la pâle copie, en plus brutal et beaucoup moins subtil, d'Heydrich mais, heureusement pour lui, le nombre et le dilettantisme des conspirateurs jouent en sa faveur : partout, ces derniers ont en effet laissé de précieux indices qui, d'arrestations en arrestations, mènent à la découverte d'autres indices qui mènent à leur tour à l'arrestation d'autres conspirateurs.

C'est donc sans trop de difficultés que le grand patron du RSHA peut, comme il s'y est engagé, fournir à Martin Bormann, et à travers lui à Hitler, un rapport quotidien sur l'avancement de son enquête, une enquête qui, jour après jour, débouche sur de nouvelles révélations qui scandalisent un peu plus le Führer autant qu'elles tétanisent les responsables de l'Armée.

Aux noms de Stauffenberg (fusillé par Fromm dans les minutes suivants l'échec du putsch), de Beck (forcé de se suicider au poison, mais achevé d'une balle), ou de Tresckow (qui s'est fait sauter à la grenade le lendemain), s'ajoutent bientôt, et pour ne parler que des plus connus, ceux de Kluge (qui se suicidera le 18 aout), de Rommel (dont la réelle implication dans le complot est incertaine mais qui se voit tout de même contraint au suicide le 14 novembre), de Canaris (qui sera pendu à un croc de boucher le 9 avril 1945), et même - suprême insulte pour la SS - de Nebe (patron de la Kripo et ancien chef de l'Einsatzgruppe B, qui a pris la fuite mais sera arrêté en janvier et exécuté en mars 1945)...