mercredi 29 mars 2017

5146 - l'exécution de Fegelein

Hermann Fegelein
... Berlin, 28 avril 1945

En apprenant par la radio les ouvertures d'Heinrich Himmler au comte Folke Bernadotte, Adolf Hitler est abasourdi et se refuse dans un premier temps à croire que le "Fidèle Heinrich" ait pu nourrir jusqu'à l'idée de signer une paix séparée avec les Alliés occidentaux, et a fortiori de lui succéder à la tête du Reich.

Mais Bormann et Goebbels, qui depuis une décennie craignent et jalousent le Reichsführer, poussent à la barre, ce qui leur est d'autant plus facile que la désertion soudaine d'Hermann Fegelein le jour précédent est déjà de nature à éveiller les soupçons.

Hitler entre alors dans une rage folle et fait immédiatement venir l'intéressé qui, depuis son arrestation par les hommes du RSD, demeuré enfermé dans les caves de la Chancellerie pour y cuver son alcool.

La désertion du 27 avril n'a pourtant rien à voir avec les ouvertures formulées par Himmler le 24, et les deux hommes ne se sont probablement plus parlés depuis l'anniversaire d'Hitler le 20, mais interrogé par Heinrich "Gestapo" Müller en personne, Fegelein ne peut nier avoir effectivement eu connaissance des projets de son supérieur, ce qui suffit à signer sa perte.

Une court martiale improvisée est hâtivement mise sur pieds. Toujours sous l'effet de l'alcool, Fegelein se démène, vomit, urine sous lui, hurle que personne n'a le droit de le juger puisqu'il n'est responsable que devant Himmler...

En vain : bientôt reconnu coupable il est traîné dans les jardins de la Chancellerie, et exécuté dans le dos quelques instants plus tard.

Son épouse, Gretl Braun, désormais veuve, survivra quant à elle a la guerre, et accouchera le 5 mai d'une petite fille, prénommée Eva...

mardi 28 mars 2017

5145 - et pour quelques bouteilles d'alcool de plus...

canon automoteur soviétique, en action dans une rue de Berlin
... mais peut-être parce qu'il a ensuite réalisé que la ville était désormais totalement encerclée, Fegelein a préféré rester au lit avec une compagne d'occasion... et plusieurs bouteilles d'alcool.

Au Führerbunker, quelqu'un - probablement Martin Bormann - se souvient alors du luxueux appartement de Charlottenbourg, où le GruppenFührer-SS a coutume d'inviter ses maîtresses.

Un détachement du Reichssicherheitsdienst (RSD) y est promptement envoyé et découvre l'intéressé dans un état proche du coma éthylique, plusieurs valises remplies de bijoux, d'argent et de faux passeports au pied de son lit.

Vu son rang, son appartenance à la SS, ou sa qualité de beau-frère d'Eva Braun, Fegelein, ramené sous bonne escorte et enfermé dans les caves de la Chancellerie, aurait peut-être échappé au pire si, dans la soirée du lendemain, un événement dramatique n'était venu bouleverser Hitler.

Relayant une dépêche de l'agence Reuters, la BBC vient en effet de révéler au monde les ouvertures faites par le Reichsführer-SS Heinrich Himmler au comte Folke Bernadotte et visant à obtenir une paix séparée avec les Alliés occidentaux.

Le choc est terrible...

lundi 27 mars 2017

5144 - "une scène qui vous ébranlait jusqu'au fond de vous-même"

Artillerie de campane soviétique, dans Berlin
... Berlin, 27 avril 1945

Du haut de la Tour à Flak du zoo de Berlin, aux murs épais de plus de deux mètres, le colonel Wöhlermann bénéficie "d'une vue panoramique de cette grande ville brûlant et se consumant au milieu de la fumée, une scène qui vous ébranlait jusqu'au fond de vous-même" (1)

Mais à mesure que les derniers défenseurs de Berlin refluent vers le centre de la capitale, c-à-d vers la Chancellerie et le Reichstag, la répression, loin de s'atténuer, gagne encore en férocité !

Appliquant à la lettre les instructions d'Himmler selon lesquelles "tout individu mâle se trouvant dans une maison ou apparaît un drapeau blanc doit être fusillé", l
es SS n'hésitent plus à pénétrer en trombe dans toutes celles où ils voient un tel drapeau, et à exécuter tous les hommes qui s'y trouvent, quitte à les jeter carrément par la fenêtre

Et malheur à celui que l'on suspecte de vouloir se soustraire à son "devoir".

Dans la soirée, quelqu'un au Führerbunker s'avise ainsi de l'étrange absence du GruppenFührer-SS Hermann Fegelein, officier de liaison d'Himmler auprès du Führer.

De fait, l'intéressé, abandonné par son chef à la Chancellerie, et peu soucieux de mourir en compagnie des derniers fidèles du régime, est rentré chez lui avec la ferme intention de quitter Berlin en vêtements civils...

(1) Beevor, op cit, page 366

dimanche 26 mars 2017

5143 - le grand final du Troisième Reich

autochenille de la SS Nordland, dans une rue de Berlin
... en ce printemps de 1945, l'orgueilleuse Waffen-SS d'Heinrich Himmler n'existe plus en tant que formation organisée, et ceux de ses officiers et soldats qui combattent encore sont pour la plupart... étrangers.

Français de la Charlemagne, Scandinaves de la Nordland ou de la Norge, Lettons, Baltes, Belges,... toute l'Europe du national-socialisme s'est pour ainsi dire donnée rendez-vous à Berlin pour le grand final d'un Troisième Reich dont l'ultime paradoxe réside sans doute dans le fait qu'après avoir voulu conquérir toutes les nations européennes, il trouve à présent ses ultimes défenseurs parmi chaque nation d'Europe !

Et ces combattants, soldats perdus d'une guerre perdue, se battent avec d'autant plus d'acharnement qu'ils se savent - contrairement à leurs compagnons d'armes allemands - dans l'impossibilité de pouvoir "rentrer chez eux" : leur choix se limitant en fait entre une balle russe et le peloton d'exécution que ne manqueront pas de leur proposer leurs propres compatriotes.

Arrivés à Berlin contre toute attente, Krukenberg et ses SS français s'installent dans un wagon de métro abandonné,... non sans avoir au préalable pillé les magasins d'alimentation avoisinants.

Ils sont rejoints par des SS suédois, qui ont quant à eux volé quelques transporteurs de troupes blindés à l'Armée rouge. Les uns et les autres se retrouvent finalement affectés à la défense de la Chancellerie du Reich sous laquelle le Führer, qu'aucun d'entre eux n'a jamais vu, sinon de très loin ou alors en photo, est toujours claquemuré

A leur manière, ces soldats maudits incarnent l'Europe de demain...

samedi 25 mars 2017

5142 - "Nous n'avions pas le temps de distinguer qui était qui",

canon de 203mm sur chenilles, en action dans une rue de Berlin
... malgré leur énorme supériorité en hommes, en tanks et en artillerie, les troupes russes ne progressent dans les rues de Berlin qu'avec une lenteur qui désespère leurs officiers et exaspère le maréchal Joukov.

L'Armée rouge, qui utilisait déjà ses énormes canons de 152 ou 203mm pour tirer à bout portant sur les immeubles où se trouvaient pourtant de fort nombreux civils, a alors l'idée de  recourir à de petites sections d'assaut qui, inlassablement, passent à l'attaque des bâtiments et combattent de maison à maison, d'étage à étage, et même de pièce en pièce.

Pour les étages supérieurs, ils ont recours aux grenades, aux pistolets mitrailleurs, voire même aux Panzerfaust récupérés chez leurs adversaires, lesquels, lorsqu'ils sont tirés contre un mur, offrent non seulement l'avantage d'y percer une brèche, mais aussi celui d'éliminer sans coup férir tous ceux - civils ou militaires - qui se trouvent derrière.

Pour les caves, rien ne vaut cependant les lance-flammes, qui unissent les hommes, les femmes, les enfants, les civils et les militaires dans un même magma anonyme et carbonisé.

Le sort des civils est de toute manière considéré comme négligeable : dans le meilleur des cas, ceux-ci sont expulsés dans la rue manu militari, et n'ont plus qu'à prier pour qu'une grenade, un obus, ou une balle simplement perdue ne se retrouve pas sur leur chemin.

Pour les femmes, cette glorieuse incertitude de la Mort s'accompagne aussi, malheureusement de la quasi certitude d'être violées au préalable par un, cinq ou dix soldats russes...

"Nous n'avions pas le temps de distinguer qui était qui", déclara un officier russe. "Parfois, nous jetions tout simplement des grenades dans les caves et continuions notre chemin"

vendredi 24 mars 2017

5141 - comme des rocs

Sturmovik au-dessus de Berlin. L'Aviation allemande a disparu du ciel
... Berlin, 26 avril 1945

Le 26 avril, le violent orage et les pluies torrentielles qui font taire les canons russes et éteignent certains des incendies en train de ravager la ville, offrent aux Berlinois quelques instants de répit

Bientôt, les femmes se remettent à faire la file devant les rares magasins d'alimentation encore ouverts.

Mauvaise idée : les obus ne tardent pas à retomber, projetant à nouveau des morceaux de corps humains dans toutes les directions.

Mais les rangs ainsi clairsemés se reforment aussitôt : aucune de ces femmes ne veut en effet risquer de perdre sa place dans l'interminable file d'attente, et chacune se contente donc d'enjamber stoïquement le cadavre de celle qui est tombée devant elle

"Elles restaient là comme des rocs", nota un témoin, "ces femmes qui, à une époque encore récente, se ruaient aux abris si trois avions de chasse étaient signalés au dessus du centre de l'Allemagne".

Mais si les femmes risquent constamment leur peau pour quelques grammes de pain ou de saucisson, les hommes - du moins les rares qui ont la chance de ne pas appartenir à l'armée ou à la milice - ne se dérangent vraiment que s'il y a distribution de schnaps : la volonté de survivre des unes semblant correspondre au besoin d'oublier des autres...

jeudi 23 mars 2017

5140 - y a-t-il un Allemand au bout du fil ?

chars lourds soviétiques, en progression dans Berlin
... pour franchir le canal de Teltow, que les troupes soviétiques ont atteint au soir du 22 avril 1945, le général Rybalko a fait rassembler la bagatelle de 3000 canons et mortiers lourds sur un front de... quatre kilomètres, ce qui représente l'incroyable concentration de 650 pièces d'artillerie au kilomètre, ou encore d'un canon tous les 1,5 mètre (!)

A 06H20, le 24 avril, ces 3 000 pièces ouvrent le feu, pulvérisant littéralement tous les bâtiments situés de l'autre côté du canal,... et les pitoyables adolescents de la Volksturm qui s'y trouvaient dissimulés.

Quarante minutes plus tard, les premiers fantassins traversent en barques. Et à midi, les premiers tanks russes franchissent le canal sur des pontons improvisés.

Pendant ce temps-là, isolés dans le Führerbunker, les derniers officiers présents en sont réduits, pour faire le point de la situation, à lire les dépêches de l'agence Reuters ou, après avoir choisi au hasard des numéros dans l'annuaire,... à téléphoner dans tous les appartements civils situés dans la périphérie de la ville.

Quand un civil allemand décroche, ils lui demandent ce qu'il peut apercevoir de chez lui, et si c'esr une voix russe qui répond, la conclusion s'impose d'elle-même...