dimanche 19 avril 2015

4426 - une bien vague promesse

… à Ceylan, à Bornéo, à Singapour, à Hong-Kong, mais aussi en Australie ou en Nouvelle-Zélande, l’imminence d’une nouvelle guerre en Europe est accueillie avec consternation.

Chacun craint en effet que dans cette perspective, la défense des îles britanniques et des liaisons maritimes avec le Canada et les États-Unis mobilise l’essentiel des moyens de la Royal Navy, et que la Méditerranée, et à travers elle Gibraltar, Malte, l’Égypte, le Canal de Suez et les champs pétrolifères du Moyen-Orient, s’en accapare le reste - et c’est d’ailleurs ce qui va se produire.

Londres a certes promis de défendre ses colonies extrême-orientales mais, pour l’heure, se refuse obstinément à stationner autre chose qu’un simple croiseur dans l’immense base navale de Singapour pourtant conçue pour héberger une flotte entière !

Dans le domaine naval - le seul qui nous intéresse ici - les plans de réarmement votés dans l’urgence ont certes entraîné la mise en chantier de six porte-avions et de cinq cuirassés - ceux de la classe King George V - que l’on prévoit, avec un optimisme pour le moins excessif, livrer vers 1940-1941 (1)

Ainsi ré-équipée, la Royal Navy pourrait sans doute expédier l’un ou l’autre de ces mastodontes à Singapour, mais encore faudrait-il que le Japon, qui a envahi la Mandchourie en 1931, conquis et occupé Pékin, Shanghai et Nankin en 1937, qui travaille en secret sur des "super-cuirassés" d’un tonnage et d’une puissance jamais vue (2), et qui s’apprête à signer une entente politico-militaire formelle avec l’Allemagne et l’Italie (3), encore faudrait-il que le Japon accepte de se tenir tranquille jusque-là...

(1) les deux derniers cuirassés de la classe King George V n’entreront en réalité en service qu’au printemps 1942
(2) les futurs Yamato et Musashi
(2) Pacte tripartite, 27 septembre 1940

samedi 18 avril 2015

4425 - un nouveau départ

… Birkenhead, 01 janvier 1937

Après l’armistice de 1918, et le sabordage de la quasi-totalité de sa flotte en juin de l’année suivante (1), l’Allemagne s’est retrouvée avec une marine de guerre réduite à sa plus simple expression, et a dû attendre 1933, la mise en service du Deutschland (2) - le premier des "cuirassés de poche" - et, surtout, l’arrivée au Pouvoir d’Adolf Hitler pour enfin redresser la tête et se remettre à rêver d’expansion.

Et comme il fallait le craindre, l’apparition de ce nouveau modèle de navire de combat, jointe aux velléités d’Hitler, tout cela a très vite donné le coup d’envoi d’une nouvelle et formidable course au réarmement naval qui, le 1er janvier 1937, aboutit à la mise sur cales des deux premiers cuirassés de la classe King George V.

Modernes, rapides, ces nouveaux bâtiments auraient tout pour plaire… n’était leur artillerie, composée de 10 pièces de 356mm "seulement", dont 8 sont par ailleurs installées dans deux tourelles quadruples aussi encombrées que peu fiables.

Et hélas pour eux, et pour la Grande-Bretagne, la 2ème G.M. va éclater avant qu’un seul de ces navires ait eu le temps d’entrer en service…

(1) Saviez-vous que… 3698
(2) le Deutschland avait été mis sur cales en février 1929, quatre ans avant l’arrivée d’Hitler au Pouvoir

vendredi 17 avril 2015

4424 - la survie sous-traitée

… pas assez de cuirassés, des cuirassés pas assez modernes,… mais aussi des cuirassés que personne n’entend stationner à Singapour, c-à-d fort loin de la métropole, si ce n’est pour de brèves visites de courtoisie !

En pratique, et même si les responsables britanniques se refusent à l’admettre publiquement, la survie de Singapour, mais aussi celle de Brunei, de Hong-Kong et de toutes les colonies et possessions britanniques d’Extrême-Orient en cas d’attaque japonaise, cette survie repose sur un double postulat : celui de l’entrée en guerre immédiate des États-Unis aux côtés de la Grande-Bretagne,… et celui de l’intervention non moins immédiate de tous les cuirassés de la flotte américaine du Pacifique - basée à San Diego (1) - aux côtés de ceux que la Grande-Bretagne parviendra, de peine et de misère, à acheminer dans cette région du globe.

On a souvent dit de la Chute de Singapour qu’elle s’explique par l’impréparation et l’infatuation des militaires britanniques face à l’ennemi japonais - ce qui est vrai, du moins en partie - ou par le fait que les énormes canons installés sur place ne peuvent tirer que vers la mer - ce qui est faux, du moins en partie - mais la véritable raison de cette chute, et de celles de Bataan et de Corregidor aux Philippines, est ailleurs : en cette fin des années 1930, personne, pas plus à Londres qu’à Washington, ne peut imaginer que tous les cuirassés américains seront mis hors de combat dès les premières minutes du conflit, et ne pourront en conséquence se porter au secours de quiconque !

En réalité, en cette fin des années 1930, ce qui retient surtout l’attention de Londres, et ce qui mobilise tous les moyens navals, c’est l’étonnante résurrection de la marine de guerre allemande…

(1) celle-ci ne déménagea à Pearl Harbor - bien plus près du Japon et de son futur théâtre d’opération - qu’à l’été de 1940

jeudi 16 avril 2015

4423 - disperser ses moyens

… dix-huit cuirassés et croiseurs de bataille d’un côté, dix de l’autre : les jeux seraient vite faits, et l’issue connue d’avance, si la Royal Navy, comme nous l’avons vu, n’était contrainte de disperser ses moyens sur toutes les Mers et tous les Océans du globe alors que la marine impériale japonaise peut quant à elle concentrer les siens sur le seul Océan Pacifique.

Qui plus est, et faute de budget (1), cette même Royal Navy est fort loin de mettre autant d’ardeur que sa rivale dans la modernisation de sa flotte : le Hood, ultime et plus gros croiseur de bataille du monde, ne bénéficiera ainsi que de modifications cosmétiques entre sa mise en service en 1920, et sa tragique disparition vingt-et-un ans plus tard.

Le Repulse et, surtout, le Renown, seront mieux traités sur ce point, sans pour autant que les améliorations dont ils feront l’objet puissent rivaliser avec celles entreprises sur les navires japonais.

Et ce qui est vrai pour les croiseurs de bataille l’est aussi pour les cuirassés : deux des cinq Queen Elizabeth, ainsi que les cinq Revenge pourtant plus récents, ne seront pour ainsi dire pas modifiés durant tout l’entre-deux-guerres, et entameront donc la 2ème G.M. quasiment dans la configuration qui était la leur lors de la 1ère !

(1) sur les quelque 2 milliards de livres consacrés à la Défense entre 1920 et 1934, la Royal Navy s’en accapara néanmoins 47% (contre 40 à l’Armée de Terre et 13% à la RAF), ce qui montre bien l’ampleur du problème, et des coûts, des gros bâtiments de guerre…

mercredi 15 avril 2015

4422 - reconstruire plutôt que construire

… et faute de pouvoir construire de nouveaux cuirassés avant 10 ans, le Japon est bien résolu dans l’immédiat à jouer de toutes les clauses du Traité afin de conférer à ses bâtiments, en ce compris aux simples croiseurs et destroyers, une "aptitude maximale au combat".

Modernisés, et dans bien des cas quasiment reconstruits, de la proue à la poupe, hérissés de canons supplémentaires, les navires japonais ne tardent pas à dépasser - au moins subjectivement - leurs homologues occidentaux.

Et c’est particulièrement le cas des quatre croiseurs de bataille de la classe Kongo : allongés de plus de 6 mètres, alourdis de plusieurs centaines de tonnes de blindage supplémentaire, et dotés de machines d’une puissance plus de deux fois supérieure à celle d’origine (!), ces navires ne présenteront plus, à l’aube de la 2ème G.M. aucune ressemblance avec ce qu’ils étaient lors de la 1ère, ce qui incitera d’ailleurs les responsables de la marine impériale japonaise à les reclasser comme "cuirassés rapides",… au grand désespoir de ceux de la Royal Navy qui réaliseront, mais un peu tard, qu’ils auraient eux aussi pu en faire de même avec le Tiger, s’ils n’avaient décidé de le ferrailler en 1932 !

Et bien qu’il ne puisse encore s’exprimer librement, en particulier au plan naval, le militarisme de Tokyo ne manque pas d’inquiéter Londres qui, dès le milieu des années 1920, décide de fortifier Singapour, et d’y installer une immense base navale destinée à abriter le fleuron des cuirassés de la Royal Navy.

Sauf qu’il y a comme un "petit problème"…

mardi 14 avril 2015

4421 - l'humiliation

… c’est la Grande-Bretagne - nous l’avons dit - qui a construit la marine de guerre du Mikado, et a ainsi permis au Japon de triompher de l’Empire russe au début du siècle.

Mais depuis 1913, c-à-d depuis la livraison du croiseur de bataille Kongo (1), ultime grand navire de ligne nippon construit en Grande-Bretagne (2), le Japon est désormais indépendant sur le plan naval et, dans la limite des traités et de ses propres finances publiques, parfaitement en mesure de construire tous les navires de guerre qu’il veut.

Et bien qu’allié de la Grande-Bretagne lors de la 1ère G.M., il a particulièrement mal vécu l’épisode du Traité de Washington de 1922, lequel lui a imposé (ainsi qu’à la France et à l’Italie) une limite de 10 cuirassés et croiseurs de bataille (3) alors que les États-Unis et la Grande-Bretagne s’en sont vus accorder 18 chacun !

Qu’importe que le Japon (tout comme la France et l’Italie) n’aurait en réalité pas eu les moyens d’en construire davantage même s’il l’avait voulu : dans l’esprit de ses dirigeants, et des milieux ultra-nationalistes, ce Traité représente une humiliation supplémentaire de l’Homme blanc, une humiliation qui condamne leur pays à demeurer dans un statut inférieur

Et une humiliation dont il importe de tirer revanche le plus rapidement possible…

(1) cette classe de quatre croiseurs de bataille est directement inspirée de la classe Lion britannique, et partage nombre de caractéristiques avec l’unique bâtiment de la classe Tiger, qui lui succéda en 1914
(2) les trois autres bâtiments de la classe Kongo (Hiei, Haruna et Kirishima) furent construits au Japon sur des plans de Kongo légèrement modifiés
(3) croiseurs de bataille Kongo, Hiei, Haruna et Kirishima; cuirassés Fusō, Yamashiro, Ise, Hyūga, Mutsu et Nagato.

lundi 13 avril 2015

4420 - une parité bien insuffisante

… même à égalité avec l’US Navy, la Royal Navy n’en demeure pas moins la plus puissante marine de guerre du monde, ce qui pourrait être considéré comme idéal… si ses colonies et ses intérêts commerciaux n’étaient pas présents dans le monde entier !

La maîtrise de l’Atlantique Nord, et la défense des îles britanniques, ont naturellement priorité, mais en plus ces théâtres d’opération "naturels", la Royal Navy doit également monter la garde dans l’Atlantique Sud, en Méditerranée, dans l’Océan Indien, et finalement dans le Pacifique, où les petites marines néo-zélandaises et australiennes, déjà bien incapables d’assurer la sécurité de leurs territoires respectifs, ne sauraient en aucune manière protéger des colonies pourtant aussi vitales pour l’Empire que Brunei, Hong-Kong, ou encore Singapour.

Dit autrement, pour triompher de tous ses adversaires potentiels sur un territoire aussi vaste, la Royal Navy devrait posséder une flotte deux à trois fois supérieure à celle dont elle dispose, ce qui est malheureusement impossible.

C’est dans le Pacifique, face aux États-Unis et au Japon, et à des milliers de kms de la métropole, que le manque d’effectifs est sans doute le plus préoccupant.

Heureusement, les Américains, bien que turbulents et mal dégrossis, restent néanmoins des cousins qui parlent la même langue, partagent peu ou prou la même vision du monde, et sont venus en masse au secours de la Grande-Bretagne lors de la 1ère G.M., en sorte qu’au lendemain de celle-ci, plus personne à Londres ne considère encore Washington comme une menace en Extrême-Orient.

Le cas japonais est, hélas, autrement plus complexe…