dimanche 23 novembre 2014

4279 - triste choix

… Montevideo, 17 décembre 1939

Aux premières heures du 14 décembre, le Graf Spee, incapable de semer les deux croiseurs britanniques, et lui-même passablement malmené, est à présent en sécurité en Uruguay.

Au terme des lois internationales, ce pays neutre ne peut cependant lui accorder qu’un asile de deux jours, lequel sera finalement porté à trois mais sans que cela laisse de toute manière assez de temps pour effectuer les réparations nécessaires.

Ne reste alors plus le choix qu’entre se faire interner sur place jusqu’à la fin de la guerre, regagner le large et reprendre le combat non seulement contre ces deux croiseurs mais aussi contre tous les autres bâtiments en train d’accourir à leur appel,… ou procéder au sabordage.

La première éventualité étant interdite par l’Amirauté allemande, et la seconde rejetée par le commandant du Graf Spee (1),  place donc au sabordage.

Le 17 décembre, vers 20h00, sous les yeux des marins anglais incrédules, mais aussi de toute la population de Montevideo accourue au spectacle, d’immenses flammes jaillissent soudain du  Graf Spee qui, lentement, sombre dans l’estuaire

(1) après avoir opté pour le sabordage, et transbordé son équipage, le commandant Hans Wilhelm Langsdorff le suicidera le 20 décembre dans sa chambre d'hôtel...

samedi 22 novembre 2014

4278 - ... mais une fin abrupte

… sur le papier, et sauf en vitesse, aucun de ces trois croiseurs, déjà anciens, dépourvus de blindage, et ne portant que des canons de 203 (Exeter) ou 152mm (Ajax et Achilles), ne peut rivaliser avec le plus récent des Panzerschiffe allemands et ses pièces de 280mm.

Mais à la chasse, les chiens n'ont pas besoin d'être plus costauds que la bête qu'ils traquent : il leur suffit d'être plus nombreux.

Forcés d’engager trois cibles différentes en même temps, les canonniers allemands hésitent et changent plusieurs fois d'objectif avant de se concentrer sur l'Exeter, dont il réussissent à mettre les trois tourelles hors de combat, et à le contraindre à aller finalement se faire réparer aux Falklands, mais non sans avoir permis dans l'intervalle aux deux autres croiseurs de s'approcher à moins de 12 000 mètres, distance suffisante pour leur permettre d’utiliser leurs modestes pièces de 152mm.

Vers 07h30, les Britanniques, bien qu’ayant obtenu plusieurs coups au but, sont néanmoins trop endommagés pour poursuivre le combat et décident donc de décrocher sous un rideau de fumée, tout en continuant à pister le Graf Spee qui, incapable de les semer, embouche l’estuaire du Rio de la Plata et se réfugie à Montevideo (Uruguay) dans l’espoir d’y réparer ses avaries

Au large, en dehors des eaux territoriales, les deux croiseurs anglais commencent à monter la garde, tout en rameutant le ban et l'arrière ban de toute la Royal Navy...

vendredi 21 novembre 2014

4277 - un bon début...

… Rio de la Plata, 13 décembre 1939.

Contrairement à celles, vite avortées et pour le moins infructueuses du Deutschland mais aussi des Scharnhorst et Gneisenau dans l’Atlantique nord, la guerre de course du Graf Spee dans l’Atlantique sud s’est plutôt bien amorcée.

Après la longue attente du début de la guerre, consécutive aux atermoiements d’Hitler, le plus récent des Panzerschiffe allemand tombe, dès le 30 septembre, au large de Pernambouc (Brésil), sur le Clement, un 5 000 tonnes britannique, qui est promptement envoyé par le fond.

Quatre autres cargos, et 22 000 tonnes supplémentaires, succombent encore jusqu’au 22 octobre, lorsque le Graf Spee juge lui-même plus sage de disparaître pour quelques semaines dans l’Océan indien, histoire de se faire oublier des nombreux bâtiments français et britanniques lancés à ses trousses.

Après avoir avoir coulé le pétrolier Africa Shell au large de Madacascar le 15 novembre, il repasse dans l’Atlantique Sud et s’adjuge trois cargos supplémentaires, dont le dernier, le Streonshalh, tombe le 7 décembre.

Mais au matin du 13 décembre, les trois croiseurs du Commodore Harwood, qui depuis des semaines battaient en vain l’Atlantique, aperçoivent enfin le monstre, au large du Rio de la Plata...

jeudi 20 novembre 2014

4276 - une douloureuse comparaison

… Îles Feroé, 23 novembre 1939

L'U-47 et son commandant, Günther Prien, désormais célèbres dans toute l'Allemagne, le Deutschland rentré sain et sauf de l’Atlantique nord, mais avec un palmarès dérisoire et dans l'indifférence générale, le Scharnhorst et le Gneisenau vont maintenant s'efforcer de restaurer la réputation et l'honneur de la flotte de surface, en appareillant le 21 novembre pour leur première mission de guerre : une reconnaissance armée au large des Îles Feroé.

Dans la soirée du 23, leur route croise celle du Rawalpindi, un ancien paquebot de la P&O sur lequel les Britanniques ont boulonné huit vieux canons de 150mm pour le transformer en croiseur auxiliaire.

La lutte est évidemment inégale : malgré une défense héroïque - et même un coup au but sur le Scharnhorst ! - le malheureux paquebot, écrasé sous les obus de 280mm, coule en moins d’une heure, mais non sans avoir eu le temps de donner l’alerte et de rameuter une bonne partie de la flotte de surface alliée.

Inutile d’insister : de toute la vitesse dont ils sont capables, les croiseurs de bataille allemands battent aussitôt en retraite vers Wilhelmshaven, qu’ils réussissent à rallier dans la nuit du 27 novembre.

Toute victoire est certes bonne à prendre, mais contrairement à celle du U-47, celle-ci n’a vraiment rien pour enflammer l’imagination du Führer,... et d’autant moins que dans cette croisière de moins d’une semaine, les deux bâtiments ont eux-mêmes subi de lourds dommages, non pas du fait de leurs poursuivants, qui ne sont jamais parvenus à portée de tir, mais bien de la tempête, laquelle a fait rage pendant toute leur retraite, au point de les contraindre maintenant à entrer en cale sèche pour plusieurs mois afin d’y être remis en état et surtout de bénéficier de nouvelles modifications à leur étrave !

mercredi 19 novembre 2014

4275 - ... et aux résultats pitoyables

… Gotenhafen, 17 novembre 1939

Les gros navires de surface allemands sont pourtant spécifiquement taillés pour la guerre de course : ils sont plus rapides et/ou mieux armés que la quasi-totalité de leurs adversaires britanniques ou français et donc - théoriquement - en mesure d’engager ou de rompre le combat si et quand bon leur semble.

Le problème, c’est que les dits adversaires sont innombrables : sitôt connue la présence du Deutschland et du Graf Spee dans l’Atlantique, Paris et Londres ont en effet dépêché des flottilles entières de croiseurs, croiseurs de bataille et cuirassés avec pour mission de les intercepter !

Mais l’Atlantique est vaste, et en cette époque où les satellites d’observation relèvent encore de la science-fiction, et où les avions de reconnaissance à très long rayon d’action sont eux-même rarissimes, la seule manière de les retrouver repose toujours sur les yeux - et les jumelles - de vigies installées sur la passerelle ou en haut d’un mat.

Le Deutschland bénéficie de surcroît des tempêtes et des très mauvaises conditions de visibilité qui sévissent dans l’Atlantique nord en cette période de l’année.

Mais si ses adversaires franco-britanniques ne parviennent pas à le trouver dans la crasse et les embruns, le Panzerschiff allemand peine tout autant à y dénicher des proies, en sorte que lorsqu’il rentre finalement à Gotenhaffen (1) le 17 novembre, il n’a réussi à couler que deux malheureux cargos (2), pour un total de 8 000 tonnes, résultat en tout point pitoyable pour une croisière de trois mois et compte tenu des moyens investis par le Reich dans cette affaire !

Mais le pire est encore à venir…

(1) aujourd’hui Gdynia, Pologne
(2) le Deutschland avait également arraisonné le City of Flint, battant pavillon américain, donc neutre, au motif qu’il transportait « des marchandises de contrebande ». Mené par un équipage de prise, ce cargo avait finalement dû se réfugier en Norvège, où les autorités locales l’avaient alors saisi avant de le rendre à son équipage américain.

mardi 18 novembre 2014

4274 - ... soumise à une rude concurrence...

… Scapa Flow, 13 octobre 1939

Le 03 septembre 1939, le paquebot britannique Athenia a eu le triste privilège d’inaugurer la liste des navires envoyés par le fond, en succombant non pas sous les projectiles d'un gros bâtiment de surface allemand, mais bien sous les torpilles d’un sous-marin, preuve s'il en est besoin que les U-boot - ces mêmes U-boot dont la Grande-Bretagne a autorisé la reconstruction lors de la signature du Pacte naval du 18 juin 1935 ! - sont à nouveau dans la course. 

Et pour les cuirassés du monde entier, cette résurrection est d’autant plus inquiétante qu’elle entraîne bientôt la disparition de l’un des leurs.

Dans la nuit du 13 au 14 octobre, le sous-marin U-47 parvient en effet à se faufiler au beau milieu de la rade de Scapa Flow - soit au coeur de la plus importante base navale britannique ! - et même à y torpiller le Royal Oak un 30 000 tonnes de la classe Royal Sovereign qui, bien que modernisé entre 1934 et 1936, n’en disparaît pas moins sous les flots en à peine un quart d'heure, en même temps que quelque 800 officiers et marins.

Rentré sain et sauf à Wilhemshaven le 17 octobre, l’U-47 est applaudi par toute l’Allemagne,… y compris par l’équipage du Scharnhorst, aligné au grand complet sur le pont et invité à célébrer lui aussi la première "vraie" victoire de la Kriegsmarine, une victoire qui, bien sûr, comble Hitler de joie mais le pousse aussi à remarquer qu’elle a été obtenue non par un énorme navire de surface comme le Scharnhorst, mais bien par un minuscule sous-marin de seulement 700 tonnes.

Un bâtiment moins cher, plus facile et plus rapide à construire,… et dont personne ne s’apercevrait de l'éventuelle disparition…

lundi 17 novembre 2014

4273 - ... sous haute surveillance...

… 26 septembre 1939

Car Hitler, après avoir déjà investi énormément d’argent dans la reconstruction d'une flotte de combat, et pris goût aux formidables ovations accompagnant chaque lancement d’un gros navire de surface, est plus que jamais en proie au doute et à la crainte !

Cette ridicule poignée de navires peut-elle réellement - comme le lui assurent les amiraux - jouer un rôle utile dans cette guerre ?

Surtout, qu’arriverait-il si l’un ou l’autre d’entre eux venait à être gravement endommagé ou, pire encore, à disparaître sous les coups de l’ennemi ?

Avant-même le début du conflit, et histoire de minimiser les risques, le Führer a donc donné des ordres très stricts, qui interdisent aux commandants d’exposer leur précieux bâtiment au moindre péril !

Mais alors que le conflit a officiellement débuté depuis plus de trois semaines, et qu’ils sont eux-mêmes positionnés dans l’Atlantique depuis la fin du mois d’août, le Deutschland et le Graf Spee multiplient les ronds dans l’eau loin des routes maritimes, en attendant l’ordre qui leur permettrait de simplement entrer en action !

Et il faut attendre le 26 septembre avant que le grand-amiral Raeder, excédé par cet immobilisme, parvienne enfin, après un siège de plusieurs jours, à arracher à Hitler la précieuse autorisation qui va permettre aux deux Panzerschiffe de mener la guerre de course pour laquelle ils sont conçus.

Les résultats, hélas, vont s’avérer fort loin des attentes…