dimanche 18 mars 2012

3299 - quatre hommes en colère

... mais avant qu'Américains, Chinois, Sud et Nord-Coréens puissent signer une paix, encore faudrait-il que leurs dirigeants ne trouvent pas davantage d'intérêt à continuer la guerre !

Et c'est bien là le cœur du problème puisqu'en dépit de toutes leurs déclarations publiques, autant Truman que Mao, Rhee et Kim craignent bien plus les conséquences d'une paix que la poursuite de cette guerre dont ils voient pourtant qu'elle ne les mène nulle part et surtout pas à une victoire décisive sur leurs adversaires respectifs.

Au Sud de la Corée, Syngman Rhee, qui à bon droit s'estime la victime de ce conflit, ne voit en vérité aucun intérêt à conclure une paix qui ne définirait pas clairement le Nord comme l'agresseur, et ne le sanctionnerait pas pour ce fait ainsi que pour les morts et les destructions que la dite agression a provoqué, en particulier à Séoul qui, prise et reprise quatre fois, n'est plus qu'un vaste champ de ruines où errent des survivants affamés.

L'absence de sanctions ou, pire encore, la perte de territoires - comme celui, ô combien symbolique, de Kaesong - constituerait un camouflet pour le régime sud-coréen, et bien entendu pour son chef, dont la légitimité personnelle est par ailleurs plus que contestée par la population locale.

Et d'ailleurs, qui peut garantir que les combats ne reprendront pas quelques années ou même quelques mois après la signature d'une paix... ou plus exactement aussitôt après le départ des Américains ? - Rhee, qui a passé l'essentiel de sa vie aux États-Unis, sait parfaitement que ces derniers saisiront la première occasion favorable pour quitter cette Corée qui ne les a jamais intéressé...

Et eux partis, qui pourra protéger une Corée du Sud dont l'armée n'a jamais fait preuve d'une grande efficacité, et dont la capitale, Séoul, n'est qu'à une soixantaine de kilomètres de la frontière, c-à-d à la merci de missiles ou même de canons (1) à longue portée ?

(1) rappelons à cet égard que les "Canons de Paris" de 1918 tiraient à plus de 120 kms de distance

samedi 17 mars 2012

3298 - les exigences "non négociables"

... et comme si cela ne suffisait pas encore, il y a, bien entendu, les exigences "non négociables" des uns des autres.

Les Sud-Coréens, par exemple, exigent la restitution de Kaesong, ce dont les Nord-Coréens ne veulent même pas discuter, ne serait-ce qu'en raison du symbole historique - celui d'une Corée unie - que représente cette ville pour un Kim Il-Sung qui continue de se considérer comme le seul et unique chef de toute la Corée... ce que refuse d'admettre son rival Syngman Rhee.

Mais les Sud-Coréens, qui se savent militairement très inférieurs à leur puissant voisin du Nord, exigent aussi le désarmement total de ce dernier comme préalable à tout accord de paix,... ce que le dit voisin refuse bien évidemment catégoriquement, allant au contraire jusqu'à exiger, comme le réclame également la Chine, que les Américains retirent toutes leurs troupes de Corée une fois cet accord conclu.

Les Américains, de leur côté, ne sont nullement opposés une réduction de leurs effectifs en Corée,... à la seule condition qu'elle ne soit que partielle, attendu que personne, parmi eux, n'imagine sérieusement l'allié sud-coréen capable de résister sans aide à une attaque future, ce que le dit allié est d'autant plus disposé à reconnaître qu'il exige pour sa part que ce maintien soit stipulé dans tout accord de Paix, ce que les Chinois, qui craignent comme la peste la présence de soldats occidentaux à leurs frontières, rejettent absolument...

vendredi 16 mars 2012

3297 - que faire des prisonniers ?

… et puis, comme dans toute guerre, il y a l’épineux dossier des prisonniers.

Sachant l’importance que les Occidentaux accordent à leurs soldats victimes de cette infortune, Chinois et Nord-Coréens sont bien décidés à en obtenir le prix le plus élevé possible… à commencer bien sûr par le retour – et le retour obligatoire ! – de leurs propres compatriotes actuellement hébergés dans les camps de Corée du Sud.

A eux seuls, les prisonniers chinois représentent environ 20 000 hommes… dont seulement 6 000 seraient disposés à réintégrer la patrie du Grand Timonier si on leur en offrait l’occasion !

Et c’est bien là le problème, un problème qui, du reste, s’était déjà cruellement posé lors de la 2ème Guerre mondiale, lorsque, dans le Reich vaincu et occupé, Britanniques et Américains s’étaient retrouvés avec des centaines de milliers de citoyens soviétiques sur les bras.

Ceux qui, par choix personnel ou simple instinct de survie, avaient accepté d’endosser la cause des Allemands n’avaient évidemment pas éprouvé la moindre envie de retourner en URSS; mais même ceux qui, durant toute la guerre, étaient demeurés prisonniers de ces mêmes Allemands, et avaient réussi à y survivre, même ceux-là avaient craint que leur patrie, qui les avait tous déclarés morts héroïquement au combat, ne leur fasse un bien mauvais sort s’ils s’aventuraient à y retourner.

Et comme Staline, de son côté, menaçait de ne pas rendre les prisonniers britanniques et américains pourtant officiellement "libéré" des camps allemands par l’Armée rouge, c’est souvent au fusil et à la baïonnette (1), et contre leur gré, qu’il avait fallu rapatrier ces Soviétiques par trop tentés par le Capitalisme !

Va-t-on devoir, une fois de plus, se couvrir de honte en procédant à nouveau de la sorte ?

(1) Saviez-vous que... 2540 à 2542

jeudi 15 mars 2012

3296 - où tracer la ligne ?

... si Américains et Chinois sont disposés à entériner l’existence de deux Corée, Nord et Sud-Coréens ne l’entendent cependant pas de cette oreille, jouent la surenchère et font même tout – mais n’anticipons pas – pour torpiller les négociations.

Et quand bien même les deux Grands parviendraient-ils à passer outre et à imposer ce choix à leur protégé respectif qu’il faudrait encore s’accorder sur une frontière commune.

Pour le Norvégien Trygve Lie, Secrétaire général des Nations-Unies, Nord et Sud doivent tout simplement revenir au 38ème Parallèle, c.-à-d. à leur frontière d’avant-guerre,... sauf qu'en maints endroits, le dit 38ème passe au beau milieu d’une colline, d’une vallée ou d’un lac impossibles à surveiller, ou militairement indéfendables.

Surtout, que faut-il faire des populations et territoires qui appartenaient autrefois à un camp et sont à présent occupés par l’autre ? Que faut-il faire, par exemple, de la ville et des citoyens de Kaesong, qui étaient sud-coréens jusqu’en juin 1950 mais que la Corée du Nord considère aujourd’hui comme siens ?

Car si chacun exige bruyamment la restitution de ce qui lui a appartenu, il n’éprouve pas la moindre envie de restituer ce qu’il a lui-même conquis, a fortiori si la dite conquête s’est faite au prix du sang, celui de soldats dont les compagnons d’armes, parents, et compatriotes considéreraient, non sans raison, qu’il a été versé en vain si leur gouvernement venait maintenant à s’en départir.

Et pour ne rien arranger, il y a aussi cette fameuse "zone démilitarisée" qui doit courir sur toute la longueur de la future frontière, soit sur près de 250 kms !

Tout le monde juge certes cette zone indispensable – ne serait-ce que pour éviter de futurs et regrettables incidents entre soldats des deux camps – mais personne ne s’entend sur sa largeur exacte, ni ne souhaite qu’elle empiète sur "son" côté de la frontière...

mercredi 14 mars 2012

3295 - XXL

... La "guerre des drapeaux" s'étant finalement soldée par un match nul, les Américains vont néanmoins s'arranger pour en remporter une autre... tout aussi futile.

Un accord, lui aussi âprement négocié, stipule en effet, et par catégorie, le nombre maximal de négociateurs, mais aussi de secrétaires, de chauffeurs… et de policiers militaires autorisés dans la zone.

Partant du principe que Nord-Coréens et Chinois sont traditionnellement de taille plutôt modeste, et que toute victoire est finalement bonne à prendre, les Américains vont donc faire en sorte de n’envoyer à Panmunjon que les plus grands gaillards possibles (1)

Comme on peut s’y attendre, ces incessantes querelles sur tout et n’importe quoi mais jamais sur l’essentiel ne font guère progresser la cause d’un armistice durable ni, a fortiori, celle de la Paix (2)

Les problèmes, il est vrai, sont nombreux et difficiles à résoudre, mais la véritable cause de cette allure d’escargot, et de cette propension à ne s’intéresser qu’aux détails accessoires, est pourtant ailleurs…

(1) aujourd’hui encore, et alors que les soldats sud-coréens ont depuis longtemps remplacé les GI’s, le règlement de la ROK impose une taille minimale de 1m77 aux soldats présents sur place…
(2) techniquement, et malgré la signature d’un armistice en juillet 1953, les deux Corée sont d’ailleurs toujours en guerre aujourd'hui.

mardi 13 mars 2012

3294 - les cinglés du 38ème Parallèle

... mais si les pourparlers de paix ont repris, ils n'en continuent pas moins de progresser à une allure d'escargot et à se focaliser sur des détails rigoureusement sans intérêt, ou même carrément puérils.

On verra ainsi un "commando" onusien s'introduire subrepticement, et de nuit, dans la tente dévolue aux négociations afin d'y... scier les pieds des chaises destinées aux Nord-Coréens et aux Chinois, forçant ainsi ces derniers, le lendemain, à s'asseoir bien plus bas que leurs homologues, et donc à quitter aussitôt la réunion, estimant avoir "perdu la face".

Mais il y a aussi l'incroyable "guerre des drapeaux", laquelle débute lorsque la délégation onusienne, sans que l'on sache trop pourquoi, décide un jour de pénétrer dans la tente avec son drapeau, forçant à nouveau Chinois et Nord-Coréens à quitter prématurément la réunion... puis à y revenir la fois suivante avec leur propre étendard, bien évidemment plus grand que celui de l'ONU !

Au fil des réunions, la taille des drapeaux des uns et des autres ne cesse de croître en sorte qu'un beau jour, ceux-ci sont tout simplement devenus trop grands pour pouvoir encore entrer dans la tente, constat implacable qui provoque aussitôt la tenue d'autres réunions destinées... à figer la hauteur de la hampe et la taille maximale des drapeaux autorisés lors des réunions !

Après bien des palabres, les uns et les autres finissent quand même par s'entendre sur ces points en vérité essentiels, et par accoucher d'un accord toujours en vigueur aujourd'hui : le drapeau nord-coréen étant, par exemple plus large, mais moins long, que celui de l'ONU, et son pommeau plus haut mais plus étroit...

lundi 12 mars 2012

3293 - de Kaesong à Panmunjom

... 25 octobre 1951

Après deux mois d'interruption, et plusieurs dizaines de milliers de morts, les pourparlers peuvent enfin reprendre, non plus à Kaesong mais bien dans le hameau, à présent abandonné, de Panmunjom.

Pour un observateur non averti, un tel changement s'apparente à un pur caprice, d'abord parce que Panmunjom n'est finalement qu'à moins de dix kilomètres de Kaesong, et ensuite parce que le confort - déjà très relatif - de Kaesong a fait place à un aménagement on ne peut plus spartiate : finie en particulier la "Maison de Thé" qui abritait les réunions, et place à quelques tentes ouvertes à tous les vents - le premier baraquement en dur ne sera construit que pour la signature officielle de l'armistice... deux ans plus tard !

Mais pour l'Amérique, et pour Ridgway, ce changement est en vérité essentiel car, contrairement à Kaesong, ancienne capitale du Royaume unifié de Corée, aucun drapeau nord-coréen ne flotte sur ce hameau désert qui, même dans l'avant-guerre, ne comportait qu'une poignée de misérables cahutes peu susceptibles d'être revendiquées et érigées en symbole par quiconque.

De plus, Panmunjom a l'avantage d'être située sur le 38ème Parallèle, qui servait autrefois de frontière, et au beau milieu d'une zone que les belligérants sont prêts à considérer comme "démilitarisée"... quitte à entretenir d'importantes - et fort voyantes - forces armées de part et d'autre de celle-ci...