vendredi 18 avril 2014

4060 - "une raison de propagande pour déclencher la guerre, peu importe qu'elle soit crédible ou non"

... Berghof, Obersalzberg, 22 août 1939

Pour récupérer Dantzig, et mettre fin à "l'abomination" du "corridor polonais", Hitler a décidé de partir en guerre contre la Pologne, en tenant une fois de plus - une fois de trop ? - le pari que la France et la Grande-Bretagne se contenteront de protestations diplomatiques sans conséquence.

Avec le pacte germano-soviétique (qu'il est déjà résolu à trahir à la première occasion favorable) le Führer dispose d'ailleurs d'un atout supplémentaire dans sa manche, dont il pense - à tort ? - qu'il suffira à calmer les ardeurs belliqueuses de Paris et Londres.

Mais pour mettre toutes les chances - et l'Histoire - de son côté, Hitler veut également un prétexte, ou plus exactement, comme il l'explique à ses généraux réunis au Berghof le 22 aout, "une raison de propagande pour déclencher la guerre, peu importe qu'elle soit crédible ou non" (1)

Et cette "raison de propagande", ce sont les hommes de Reinhard Heydrich  qui doivent la fournir, en montant de toute pièce une série d'incidents de frontière suffisamment graves pour justifier l'intervention des troupes allemandes.

 Le plus connu - et de loin de le plus spectaculaire - de ces incidents, est l'attaque menée par un commando de faux soldats polonais, dans la nuit du 31 août, contre la petite station de radio allemande de Gleiwitz...

(1) Gerwarth, op cit, page 138


jeudi 17 avril 2014

4059 - "germaniser la Pologne"

... comme tous les Allemands - nazis ou non - Reinhard Heydrich, dont les services traquent et persécutent impitoyablement les Communistes depuis des années, est stupéfait par la signature du "Pacte de non-agression" entre l'Allemagne nazie et l'URSS communiste.

Mais Heydrich, rappelons-le, n'est pas un idéologue, ce pourquoi il réalise très rapidement la formidable opportunité que représente cet accord dans le cadre d'une future guerre avec la Pologne,... qu'il sait d'autant plus inéluctable que lui-même et ses hommes s'y préparent secrètement depuis des mois !

Début mai, Hitler lui a en effet assigné la tâche de "germaniser" la Pologne et d'y éliminer toute forme d'opposition et de nationalisme, ce qui, en pratique, a immédiatement conduit le chef du SD à dresser une liste de plus de 60 000 (!) Polonais que quatre Einsatzgruppen, soit quelque 2 000 hommes au total, devront "neutraliser" - formulation volontairement très vague - dès le début de l'invasion.

Reste néanmoins à trouver un terrain d'entente avec la Wehrmacht qui, comme toute armée régulière, n'a aucune envie de laisser une autre formation milliaire opérer à ses côtés mais hors de son contrôle !

Le 29 aout, un accord formel - qui préfigure tous ceux qui vont suivre - est néanmoins trouvé entre Heydrich et Eduard Wagner, chef d'État-major de l'Armée...

mercredi 16 avril 2014

4058 - qui voudra mourir pour Dantzig...

.... Moscou, 23 août 1939

A la stupéfaction du monde entier, et particulièrement de la France et de la Grande-Bretagne, l'Allemagne nazie d'Adolf Hitler et l'URSS communiste de Joseph Staline viennent de signer un pacte de "non-agression" qui leur ouvrent toutes grandes les frontières de la Pologne.

En plus de se promettre une stricte neutralité en cas de conflit futur entre l'un d'eux et une autre puissance occidentale, Berlin et Moscou se sont mis d'accord sur de fructueux échanges économiques qui permettront au Reich de bénéficier du blé et du pétrole russes en échange de la fourniture de produits manufacturés allemands - en ce compris de l'armement ! - à l'URSS.

Plus incroyable encore quand on connaît l'antagonisme idéologique viscéral entre les uns et les autres, Allemands et Soviétiques se sont également entendus sur le futur partage de la Pologne, et ce au travers d'un "Protocole secret" qui, de fait, ne sera rendu public que des années plus tard, et plus précisément lors du Procès de Nuremberg, en 1946 !

Pour Hitler, ce pacte, qui a toutes les apparences d'une couleuvre, vise d'abord et avant tout à "assurer ses arrières", en garantissant à la Wehrmacht, à quelques jours de l'Invasion de la Pologne, qu'elle n'aura pas à combattre sur deux fronts en cas d'intervention de la France et la Grande-Bretagne aux côtés de leur allié polonais.

De plus, estime Hitler, Paris et Londres, qui depuis des mois jouaient la carte soviétique contre lui, y réfléchiront à deux fois avant de s'engager au profit de Varsovie  car, après tout, qui chez eux a vraiment envie de repartir en guerre ?

"Qui", clame le Führer à qui veut l'entendre "voudra mourir pour Dantzig"...

mardi 15 avril 2014

4057 - la roulette polonaise

... Adolf Hitler est un joueur qui croit dur comme fer en sa "bonne étoile", laquelle, il est vrai, lui a non seulement permis de sortir vivant de la 1ère G.M. mais aussi, et surtout, d'entamer ensuite une formidable ascension politique jusqu'au poste le plus élevé d'Allemagne et, bientôt, de toute l'Europe occupée.

En réoccupant la Rhénanie, en annexant l'Autriche, en envahissant les Sudètes puis le reste de la Tchécoslovaquie, le Führer a chaque fois misé gros, et parié - avec succès - sur l'absence de réactions de la part de la France et de la Grande-Bretagne.

Pour mettre fin à "l'abomination" que constitue selon lui le "corridor polonais" et la "ville libre de Dantzig", il est à nouveau prêt, en cet été 1939, à faire rouler ces mêmes dés qui lui ont si bien réussi jusqu'ici.

Reste que la Pologne, qui refuse de céder sur le "corridor" comme sur la ville, est un bien plus gros morceau que l'Autriche et la Tchécoslovaquie : bien que dramatiquement sous-équipée, l'armée polonaise aligne tout de même près d'un million d'hommes qui peuvent en principe compter sur l'appui de leurs alliés français et britanniques, lesquels se sont formellement engagés à défendre l'intégrité du territoire polonais contre toute agression allemande.

Paris et Londres avaient certes déjà promis la même chose à la malheureuse Tchécoslovaquie, avant de battre en retraite à Munich, mais la suite des événements leur ayant démontré qu'il ne servait à rien de jouer l’apaisement face à Hitler, tout pari supplémentaire sur leur neutralité est cette fois extraordinairement risqué !

Ce pari, Hitler est pourtant résolu à le tenter à la faveur d'un événement si inattendu et si stupéfiant qu'il devrait, pense-t-il, convaincre la France et la Grande-Bretagne à se tenir tranquilles...

lundi 14 avril 2014

4056 - l'incarnation de toutes les frustrations

... mais si l'on ne parvient pas à se débarrasser de quelques centaines de Juifs allemands, que va-t-on bien pouvoir faire des DEUX MILLIONS de Juifs polonais sur lesquels on s’apprête à mettre la main ?

Car contrairement aux espoirs français et britanniques, la conquête de l’Autriche, des Sudètes, puis du reste de la Tchécoslovaquie n’a nullement rassasié Hitler, qui rêve à présent d’engloutir la Pologne !


Il faut dire que depuis 1919, ce pays incarne à lui seul toutes les frustrations allemandes.

Au lendemain de la 1ère G.M., les puissances victorieuses ont en effet décidé d’offrir à la Pologne reconstituée un accès direct à la Mer Baltique, et ce par le biais d’un "corridor" qui a inévitablement séparé la Prusse orientale du reste de l’Allemagne.

Pour compliquer encore un peu plus les choses, et accroître encore davantage les rancœurs, la ville allemande de Dantzig, à l’extrémité nord-ouest du "corridor", s’est vue affublée, contre la volonté de ses habitants à plus de 90% germanophones, d’un statut de "ville libre" ne relevant ni de l’Allemagne ni de la Pologne mais bien de la Société des Nations (SDN)

Contestés par l’Allemagne dès leur création, le "corridor polonais" et la "ville libre de Dantzig" ont grandement contribué à l’essor du parti nazi dans les années 1920 et constituent encore, en cette année 1939, un excellent prétexte pour repartir en guerre...

dimanche 13 avril 2014

4055 - Saint-Louis, priez pour eux...

... mais pas plus qu'en 1938, à l'époque de la Conférence d'Évian, le Département d'État américain n'entend déroger au sacro-saint "quota d'immigration", fixé pour l'année 1939, et pour l'Allemagne et l'Autriche, à quelque 27 000 personnes... déjà arrivées aux États-Unis !

Il faut dire que, comme à Cuba, nombreux sont ceux qui craignent les conséquences de l'arrivée de milliers et de milliers de Juifs supplémentaires sur un marché de l'emploi qui commence à peine à se remettre de la Grande Dépression du début des années 1930. 

Un récent "sondage d'opinion" - considérable nouveauté pour l'époque - a d'ailleurs révélé que 83% des Américains sont farouchement opposés à toute augmentation des quotas, fut-ce pour des raisons humanitaires.

En conséquence, et malgré les suppliques des passagers, le gouvernement américain demeure inflexible, en sorte que le Saint-Louis et ses passagers se voient contraints, le 6 juin, de rebrousser chemin et, après avoir essuyé un autre refus de la part des autorités canadiennes, de rentrer en Europe !

Arrivés à Antwerpen (Belgique) le 17 juin, ces Juifs chassés d'Allemagne mais indésirables partout ailleurs sont finalement contraints à prendre le chemin de camps de réfugiés équitablement répartis entre la Grande-Bretagne, la France, la Belgique et la Hollande, ce qui, dans un an, et par une de ces cruelles ironies dont l'Histoire a le secret, leur vaudra, pour la plupart... de retomber entre les mains de Reinhard Heydrich !


samedi 12 avril 2014

4054 - deux effets fort pervers

... Hambourg, 13 mai 1939

Après le formidable succès de l'Anschluss et, surtout, ceux obtenus dans les Sudètes puis dans le reste de la Tchécoslovaquie - tous obtenus sans verser la moindre goutte de sang allemand et sans que la France et la Grande-Bretagne interviennent ! - la cote de popularité d'Adolf Hitler est au zénith et plus personne, y compris au sein de l'Armée, n'oserait encore mettre en cause la justesse de ses décisions ni l'extraordinaire pertinence de ses "visions".

Pour autant, chacune de ces conquêtes a également généré deux effets pervers qui, sans être véritablement inattendus, n'en sont pas moins fort désagréables : une nouvelle - et spectaculaire - augmentation du nombre de Juifs "indésirables" d'abord, et de nouvelles - et considérables - difficultés pour s'en débarrasser ensuite !

Ainsi en est-il des quelque 900 Juifs embarqués sur le paquebot Saint-Louis - un 16 000 tonnes de la Hamburg-Amerika - qui appareille de Hambourg le 13 mai 1939 à destination de Cuba : avant-même l'appareillage, une grande manifestation antisémite a déjà été organisée à La Havane pour protester contre ces immigrants dont la venue menace selon eux le fragile marché local de l'emploi. 

Et la conséquence ne se fait pas attendre puisqu'à l'arrivée du Saint-Louis, le 27 mai suivant, seule une vingtaine de passagers - non Juifs - est finalement autorisée à débarquer !

Débutent alors de fort mercantiles tractations entre le président cubain Laredo Bru et les organisations juives qui, lorsqu'elles échouent finalement, contraignent le Saint-Louis à lever l'ancre et à quitter les eaux territoriales cubaines pour mettre le cap sur Miami...