mercredi 23 avril 2014

4065 - "la poubelle de l'Europe"

... et histoire de compliquer encore un peu plus les choses, on profitera de l'occasion pour expédier également dans les ghettos du Gouvernement général de Pologne les deux à trois cents mille Juifs vivant encore en Allemagne, en Autriche, dans les Sudètes, et plus généralement dans tous les territoires soumis à l'autorité du Reich, une initiative dont Hans Frank se plaindra  à plusieurs reprises, en soulignant amèrement qu'elle revient à transformer son Gouvernement général en une "poubelle de l'Europe" par ailleurs surpeuplée...

On le voit, toutes les conditions sont donc réunies pour provoquer une pagaille monstre... et c'est précisément ce qui va arriver !

Entre les protestations des uns, les récriminations des autres, les pesanteurs administratives diverses, et les innombrables problèmes juridiques et matériels, la grandiose idée de "reingénierie ethnique" voulue par Hitler et orchestrée par la SS de Heinrich Himmler, va très vite se transformer en une pétaudière aussi redoutable que ruineuse.

Au final, les ambitions devront donc être revues à la baisse... sauf bien sûr en ce qui concerne les Juifs !

Des Juifs dont s'occupent déjà les Einsatzgruppen d'Heydrich...

mardi 22 avril 2014

4064 - la reingénierie ethnique

... "la tâche principale", déclare Hitler dans la foulée de sa victoire en Pologne, "est de créer un nouvel ordre ethnographique, c-à-d de déplacer les nationalités en sorte qu'existent finalement de meilleures lignes de démarcation qu'aujourd'hui".

En pratique, cette vaste opération que l'on pourrait qualifier de "reingénierie ethnique" se présente ainsi : la partie de la Pologne conquise par l'Allemagne (1) sera divisée en deux. Directement annexée au Reich (et donc soumise au Droit allemand au même titre que l'Autriche ou les Sudètes), la première deviendra un "Gau" ordinaire (d'où son non de "Warthegau"), tandis que la seconde (dite du "Gouvernement général de Pologne"), demeurera polonaise mais se verra placée sous la tutelle d'une administration allemande.

Plus d'un million et demi  de Volksdeutsche (ou "Allemands raciaux") originaires de Pologne, des Pays Baltes, de Bessarabie et de Russie (et que Staline autorise à présent à émigrer) se verront relogés dans le Warthegau à mesure qu'un nombre au moins équivalent de Polonais seront quant à eux expulsés manu militari du Warthegau vers le Gouvernement général afin de leur faire de la place.

Et comme il faudra bien reloger ces Polonais quelque part, les deux à trois millions de Juifs vivant pour l'heure dans le Gouvernement général seront quant à eux parqués dans des ghettos que l'on érigera dans ce même Gouvernement général en attendant une solution plus... finale..

(1) le 17 septembre 1939, en application du "protocole secret" du pacte germano-soviétique, l'Armée rouge avait également envahi la Pologne et s'était finalement arrêtée à la ligne de démarcation prévue par le dit protocole, laquelle allait pendant deux ans servir de frontière officielle entre le Reich et l'URSS

lundi 21 avril 2014

4063 - un inévitable report

... du point de vue d'Hitler, il est en effet essentiel de ne pas laisser aux Français et aux Britanniques le temps de s'organiser, de réarmer,... et de bénéficier des innombrables commandes militaires passées aux États-Unis.

Le Temps, a-t-il coutume d'affirmer, joue contre l'Allemagne (1), et il est donc essentiel d'attaquer à l'Ouest sans délai, c-à-d dans la foulée de la Campagne de Pologne.

Mais si les pertes n'ont été que très limitées, le matériel et les hommes n'en ont pas moins été durement éprouvés par la dite campagne. 

Il faudra du temps, argue l'État-major, pour rééquiper les unités rapatriées à l'Ouest et les remettre en ordre de bataille,... et ceci sans même parler du fait que la fin de l'automne se prête finalement très mal à une offensive blindée soutenue par l'Aviation : les tanks risquent en effet de patauger lamentablement dans la boue, et les avions de se voir cloués au sol des jours durant par des pistes détrempées et un plafond aussi bas qu'impénétrable !

Bon gré mal gré, le Führer n'a donc d'autre choix que de se rallier aux arguments de ses généraux, et de remettre l'offensive au printemps suivant, ce qui, du reste, lui offre l'occasion de réfléchir à ce qu'il entend faire de la Pologne conquise...

(1) à cela s'ajoute le fait qu'Hitler, qui venait d'avoir 50 ans et avait déjà échappé à plusieurs attentats, craignait en permanence de mourir avant d'avoir vu la réalisation de son "grand-oeuvre"

dimanche 20 avril 2014

4062 - "et ensuite ?"

... 1er septembre 1939

Lorsque débute l'offensive contre la Pologne, le 1er septembre 1939, Hitler se croit encore sur le point de réussir son nouveau pari.

Las : le 3 septembre, après d'ultimes atermoiements, Paris et Londres décident finalement, et à son grand étonnement, de lui déclarer la guerre !

"Malgré les mises en garde, ses projets (...) s'étaient fondés sur l'hypothèse que la Grande-Bretagne [considérée comme le point faible de l'alliance franco-britannique] n'entrerait pas en guerre (...) Dans ces conditions, si l'on s'en fie au récit de Paul Schmidt, il n'est pas étonnant qu'au moment où il reçut l'ultimatum britannique [lui enjoignant de se retirer de Pologne sous peine de déclaration de guerre], dans la matinée du 3 septembre, Hitler se soit tourné en colère vers Ribbentrop pour lui demander "Et ensuite ?"" (1)

Mais s'il a perdu sur la neutralité de la France et de l'Angleterre, le Führer n'en a pas moins gagné sur l'essentiel puisque ses adversaires, loin de voler au secours de leur allié polonais, se contentent de rester tranquillement sur leurs positions, lui laissant ainsi tout le temps nécessaire pour terrasser la malheureuse Pologne, s'en partager les dépouilles avec l'URSS,... puis rapatrier sur le front occidental les soldats allemands victorieux !

Le 06 octobre 1939, moins de six semaines après le début de l'invasion, l'affaire est liquidée et trois jours plus tard, Hitler, décidément insatiable, déclare à ses généraux qu'il entend attaquer à l'Ouest le 12 novembre suivant.

(1) Kershaw, Hitler, volume 2, page 349

samedi 19 avril 2014

4061 - "l'homme qui a déclenché la Deuxième Guerre mondiale"

... Gleiwitz, 31 août 1939

Pour l'Histoire, il est "l'homme qui a déclenché la Deuxième Guerre mondiale", mais en cette nuit du 31 août 1939, il n'est que le SS-Sturmbannführer Alfred Naujocks, et le chef d'un petit commando de SS chargés par Reinhard Heydrich de simuler un incident à la frontière germano-polonaise

Revêtus d'uniformes polonais, ces hommes doivent s'emparer par la force de la station de radio allemande de Gleiwitz (Silésie), interrompre les programmes, et diffuser une déclaration en polonais appelant à la guerre contre l'Allemagne.

Pour mieux accréditer la thèse d'une "attaque polonaise", on a également prévu plusieurs prisonniers de camps de concentration qui, préalablement anesthésiés, et eux aussi revêtus d'uniformes polonais, seront amenés sur place puis abattus dans leur sommeil par les hommes du commando.

Si l'action est rondement menée, personne ne trouve cependant le moyen de basculer l'émission sur le réseau national, en sorte que le faux message "polonais" n'est finalement entendu que par une poignée de résidents locaux !

Qu'importe : au matin du 1er septembre, le Völkischer Beobachter - journal officiel du parti nazi - peut ainsi remplir sa Une de détails - tous inventés - sur "l'attaque polonaise".

Mais avant-même que les journaux ne sortent de l'imprimerie, Hitler a pris les devants : à 04H45, les premières troupes allemandes pénètrent en Pologne tandis que devant Dantzig, - cette ville pour laquelle personne ne veut mourir - le vieux pre-dreadnought Schleswig-Holstein, vétéran de 14-18, est déjà occupé à tirer les premiers obus de la Seconde Guerre mondiale...

vendredi 18 avril 2014

4060 - "une raison de propagande pour déclencher la guerre, peu importe qu'elle soit crédible ou non"

... Berghof, Obersalzberg, 22 août 1939

Pour récupérer Dantzig, et mettre fin à "l'abomination" du "corridor polonais", Hitler a décidé de partir en guerre contre la Pologne, en tenant une fois de plus - une fois de trop ? - le pari que la France et la Grande-Bretagne se contenteront de protestations diplomatiques sans conséquence.

Avec le pacte germano-soviétique (qu'il est déjà résolu à trahir à la première occasion favorable) le Führer dispose d'ailleurs d'un atout supplémentaire dans sa manche, dont il pense - à tort ? - qu'il suffira à calmer les ardeurs belliqueuses de Paris et Londres.

Mais pour mettre toutes les chances - et l'Histoire - de son côté, Hitler veut également un prétexte, ou plus exactement, comme il l'explique à ses généraux réunis au Berghof le 22 aout, "une raison de propagande pour déclencher la guerre, peu importe qu'elle soit crédible ou non" (1)

Et cette "raison de propagande", ce sont les hommes de Reinhard Heydrich  qui doivent la fournir, en montant de toute pièce une série d'incidents de frontière suffisamment graves pour justifier l'intervention des troupes allemandes.

 Le plus connu - et de loin de le plus spectaculaire - de ces incidents, est l'attaque menée par un commando de faux soldats polonais, dans la nuit du 31 août, contre la petite station de radio allemande de Gleiwitz...

(1) Gerwarth, op cit, page 138


jeudi 17 avril 2014

4059 - "germaniser la Pologne"

... comme tous les Allemands - nazis ou non - Reinhard Heydrich, dont les services traquent et persécutent impitoyablement les Communistes depuis des années, est stupéfait par la signature du "Pacte de non-agression" entre l'Allemagne nazie et l'URSS communiste.

Mais Heydrich, rappelons-le, n'est pas un idéologue, ce pourquoi il réalise très rapidement la formidable opportunité que représente cet accord dans le cadre d'une future guerre avec la Pologne,... qu'il sait d'autant plus inéluctable que lui-même et ses hommes s'y préparent secrètement depuis des mois !

Début mai, Hitler lui a en effet assigné la tâche de "germaniser" la Pologne et d'y éliminer toute forme d'opposition et de nationalisme, ce qui, en pratique, a immédiatement conduit le chef du SD à dresser une liste de plus de 60 000 (!) Polonais que quatre Einsatzgruppen, soit quelque 2 000 hommes au total, devront "neutraliser" - formulation volontairement très vague - dès le début de l'invasion.

Reste néanmoins à trouver un terrain d'entente avec la Wehrmacht qui, comme toute armée régulière, n'a aucune envie de laisser une autre formation milliaire opérer à ses côtés mais hors de son contrôle !

Le 29 aout, un accord formel - qui préfigure tous ceux qui vont suivre - est néanmoins trouvé entre Heydrich et Eduard Wagner, chef d'État-major de l'Armée...