mercredi 28 septembre 2016

4964 - l'ange de la Mort

Mengele, en uniforme SS
... et c'est par ses expérimentations sur des jumeaux juifs, mais aussi Roms, que Josef Mengele, arrivé à Auschwitz début 1943, va particulièrement marquer les esprits, avant de disparaître dans la nature en profitant de l'immense chaos de l'après-guerre (1)

Ses expériences consistent par exemple à réaliser des amputations inutiles sur des jumeaux, ou à injecter à l’un d’eux le virus d’une maladie quelconque avant de transfuser son sang à l’autre. Et si l’un des jumeaux meurt dans l’aventure, l’autre est aussitôt exécuté afin de pouvoir réaliser une autopsie comparée....

"Il venait tous les jours après l'appel". écrira Eva Moses Kor qui, avec sa jumelle, Miriam, avait dix ans en 1944 lorsque sa route croisa celle de Mengele, que l'on surnomme "l'ange de la Mort" en raison de la douceur avec laquelle il parle aux enfants qu'il assassine.

"Il  voulait voir de combien de cobayes il disposait. Trois fois par semaine, on m'attachait les deux bras pour restreindre le flux sanguin, et ils me prélevaient une grosse quantité de sang au bras gauche (...) Tout en prélevant le sang, ils m'administraient un minimum de cinq injections dans le bras droit. Après l'une d'elles, je suis tombée très malade, et le lendemain matin, le Dr Mengele est venu en compagnie de quatre autres médecins. Il a regardé ma feuille de température et a dit avec un rire sarcastique "C'est terrible, elle est si jeune. Elle n'en a plus que pour quinze jours"

(...) "Ils attendaient ma mort. Si j'étais morte, ils auraient aussitôt conduit ma sœur jumelle, Miriam, au labo et l'aurait tuée d'une injection dans le cœur, puis Mengele aurait procédé à une autopsie comparée"

(1) réfugié en Amérique du Sud, notamment en Argentine et au Paraguay, Josef Mengele décédera finalement d'une banale crise cardiaque le 7 février 1979 sans avoir jamais répondu de ses crimes et même avec la conviction de n'avoir "fait que son devoir"

mardi 27 septembre 2016

4963 - les cobayes obligés

Dachau : juive  victime d'expériences sur les effets de la sous-alimenttion
… les Juifs, mais aussi les Roms ou les prisonniers de guerre russes, peuvent également "rembourser" le coût de leur extermination en servant de cobayes pour toutes sortes d’expérimentation - comme les effets du froid, de la chaleur, des flammes, du manque d'oxygène ou des hautes pressions - sur le corps humain, expériences dont on ne sait trop si elles relèvent encore de la Médecine et de la Science ou alors tout simplement du sadisme

Sérieusement envisagée à Wannsee, la stérilisation forcée est quant à elle vue comme un moyen certes plus lent mais assurément bien plus "civilisé" de se débarrasser des Juifs,... ou en tout cas de ceux jugés suffisamment "méritants".

Mais encore faut-il réussir à trouver une méthode de stérilisation à la fois fiable et économique, ce qui implique de mener de nombreux tests sur des hommes et des femmes bien évidemment non volontaires.

"On testait sur elles l'effet de l'intensité des rayons X", expliquera ainsi Silvia Vesela. "C'était plus que pénible. Ces femmes passaient leur temps à vomir. (...) On les allongeait sur la table des rayons X comme pour une consultation gynécologique. Leurs jambes étant écartées, le médecin leur ouvrait la matrice et y injectait la substance. (...) Pour eux. nous n'étions pas des êtres humains. Nous étions des bêtes"

S'il n'est certes pas le seul à pratiquer des expériences sur des cobayes humains, un médecin d'Auschwitz ne va en tout cas pas tarder à sortir du lot au point, aujourd'hui encore, de figurer dans notre mémoire collective.

Il a 32 ans, il est devenu nazi en 1937, et SS en 1938

Il s'appelle Josef Mengele

lundi 26 septembre 2016

4962 - rentabiliser la Mort

Auschwitz : triage de bagages de Juifs : rien ne se perd, tout se récupère...
… recenser et rassembler des millions de personnes, les déporter parfois sur de grandes distances, les mettre à mort et, in fine, disposer de leurs cadavres, constituent autant d’opérations coûteuses et de surcroît parfaitement contre-productives dans le cadre d’une guerre totale où personnels, approvisionnements et autres moyens de transport trouveraient assurément un meilleur usage sur le Front.

Mais comme l’évacuation par les chambres à gaz ne constitue au bout du compte que la forme la plus radicale de l’émigration forcée pratiquée depuis 1933, ce sont donc les Juifs eux-mêmes qui sont, une fois de plus, appelés à en régler la note !

Ainsi, dès leur arrivée au camp, tous leurs biens personnels sont saisis et réputés appartenir au Reich : les bijoux et l'argent bien sûr, mais aussi les vêtements qui sont transformés en chiffons ou, après avoir été triés et nettoyés, redistribués à des organisations caritatives allemandes, comme le Secours d’Hiver.

Arrachées sur les cadavres, les alliances et dents en or sont quant à elles expédiées à Berlin et confiées à la Reichsbank qui, avec tout l'or également volé dans banques centrales des pays conquis, les refond en lingots, lesquels sont ensuite échangés en Suisse contre les précieuses devises étrangères qui permettent de continuer à acheter, dans les pays neutres, le wolfram, le bauxite, le manganèse, mais aussi le minerai de fer suédois ou encore les canons antiaériens suisses dont l'Allemagne a besoin pour son effort de guerre.

Et comme rien ne doit se perdre, même les cheveux des femmes sont récupérés pour être transformés en feutre industriel, ou en pantoufles...

dimanche 25 septembre 2016

4961 - un sursis fort temporaire...

Juifs hongrois à Auschwitz, les hommes sont séparés des femme et des enfants
… c’est en juillet 1942, avec l'arrivée d'un convoi de Juifs slovaques, que se trouve instaurée une pratique qui va en quelque sorte devenir la "marque de fabrique" d'Auschwitz : la séparation systématique et immédiate entre ceux qui seront directement "évacués" dans les chambres à gaz, et ceux qui seront plutôt dirigés vers le travail forcé.

Mais pour agréable soit-il pour ceux qui en bénéficient, ce sursis n’est pas prévu pour durer longtemps : dès le 18 mai 1942, dans une lettre adressée au chef de la police de Riga, Heinrich "Gestapo" Müller souligne ainsi que, selon les propres ordres du Reichsführer, si "les Juifs et Juives âgés de 16 à 32 ans et qui sont capables de travailler doivent être exclus des "mesures spéciales"" (sic), cette protection ne vaut cependant que "jusqu’à nouvel avis" (1)

Et encore la dite protection demeure-t-elle malgré tout soumise à l’arbitraire - pour ne pas dire aux caprices - des responsables et autres kapos locaux

"Nous allions travailler à construire des routes sous la surveillance des kapos et des SS", déclarera ainsi le détenu Otto Pressburger. "Il y avait un Juif de notre ville, un homme grand et fort, issu d'une famille riche. Le kapo a repéré ses dents en or et lui a demandé de les lui donner. Il a répondu qu'il ne pouvait pas faire ça, mais le kapo a insisté (...) Il a pris la pelle et lui en a flanqué deux coups sur la tête jusqu'à ce qu'il s'effondre. Le kapo l'a retourné et lui a mis la pelle sur la gorge avant de monter dessus. Il lui a brisé le coup et s'est servi de la pelle pour lui faire sauter les dents.

Non loin de là, se trouvait un autre Juif qui a demandé au kapo comment il pouvait faire une chose pareille. Le kapo s'est approché en lui disant qu'il allait le lui montrer. Et il l'a tué de la même façon. (...) Ce soir-là, nous avons dû rapporter douze cadavres aux baraques"

samedi 24 septembre 2016

4960 - "Nous prenions donc toujours beaucoup de retard parce que, comme vous le voyez, il était beaucoup plus facile d'exterminer au gaz que d'incinérer".

"Il était beaucoup plus facile d'exterminer au gaz que d'incinérer".
… du creusement de gigantesques fosses communes à l'érection de "grills" en plein air, en passant par la construction de fours crématoires, tout est mis en œuvre pour se débarrasser au plus vite des cadavres qui constituent le véritable goulot d’étranglement du système.

Mais, en dépit de l’imagination des responsables SS, et de tous les efforts déployés, il restera toujours plus facile d'assassiner les vivants que de faire disparaître leurs cadavres, ce que Rudolf Höss - commandant du camp d'Auschwitz - résumera à sa manière lors de son interrogatoire à Nuremberg

"Dans chaque ferme", dira-t-il, "on pouvait [en une demi-heure] gazer en même temps 1 800 à 2 000 personnes  (...) [par contre] "Il fallait vingt-quatre heures pour brûler 2 000 personnes dans ces cinq fours (...) Nous prenions donc toujours beaucoup de retard parce que, comme vous le voyez, il était beaucoup plus facile d'exterminer au gaz que d'incinérer".

Bien que commun à tous les camps, ce problème de l'élimination des cadavres se pose avec une acuité particulière dans le cas des camps d'extermination "purs" que sont Chelmno, Belzec, Sobibor et Treblinka puisque rien n’a - et pour cause - jamais été prévu pour loger et occuper les victimes dans l'attente de leur passage à la chambre à gaz.

Les camps "mixtes" d'Auschwitz-Birkenau et (quoique dans une moindre mesure) Majdanek offrent en revanche davantage de souplesse, puisqu'ils permettent non seulement d'exterminer à volonté, mais aussi, lorsque cela s’avère nécessaire, de mettre au travail jusqu'à ce mort s'ensuive, ce pourquoi, lorsque le gros du contingent de Juifs - en particulier de Juifs polonais - aura été "évacué", décision les prise de fermer les premiers au bénéfice des seconds…

vendredi 23 septembre 2016

4959 - "On versait un peu de chaux en poudre et on les recouvrait de terre. Juste assez pour dissimuler les corps afin que personne ne puisse les voir"

A Belzec, les cadavres furent brûlés sur des "grills" improvisés avec des rails...
… mais si le transport des Juifs jusqu'aux camps cause souvent des maux de tête aux responsables SS, le véritable problème, ce sont les cadavres qui s’accumulent et dont personne ne sait que faire, comme si les Juifs, non contents d’avoir pourri l’existence des Nazis de leur vivant, s’ingéniaient à la leur gâcher encore davantage après leur mort !

"Nous les enterrions le lendemain matin", déclarera ainsi Otto Pressburger, détenu affecté à l'enterrement des gazés d’Auschwitz avant l’installation des fours crématoires. "On versait un peu de chaux en poudre et on les recouvrait de terre. Juste assez pour dissimuler les corps afin que personne ne puisse les voir"

Mais sous l’effet de la chaleur et de la quantité de cadavres à enterrer, la méthode avoue vite ses limites !

"Les corps morts s'animaient. Ils pourrissaient et sortaient des trous. Tout n'était que sang et crasse et il nous fallut les enlever à mains nues. Ça n'avait plus du tout l'air d'un cadavre : un amas de pourriture dans lequel nous devions creuser et dont nous retirions tantôt une tête, tantôt une main ou une jambe. L'odeur était insupportable. Je n'avais pas d'autre choix si je voulais vivre, autrement ils me tuaient".

Les corps à présent exhumés, reste néanmoins à en disposer, en les faisant brûler dans une fosse géante transformée en crématorium de fortune.

"Nous avons allumé un grand feu avec du bois et de l'essence. Nous les lancions dedans (...) la puanteur était terrible. Jamais on ne nous a donné un supplément de nourriture pour cela. Les SS passaient leur temps à boire de la vodka ou du cognac ou autre chose dans des bouteilles. Sans ça, ils ne pouvaient pas faire face eux non plus"…

jeudi 22 septembre 2016

4958 - de records en records...

Gardes SS de Belzec, en 1942
... si Treblinka (1) parait minuscule face à l'immense complexe d'Auschwitz-Birkenau, c'est bel et bien Belzec qui bat tous les records de compacité, mais aussi d'efficacité puisque, sur une surface d'à peine 275 m de long sur 263 m de large près d'un demi-million de personnes vont passer de vie à trépas !


"A la mi-mai [1942] les transports cessèrent afin de permettre aux SS "d'améliorer" le processus d'extermination. Mi-juin, la construction de 6 chambres à gaz en béton commença, ce qui permit aux SS de gazer jusqu'à 1.200 victimes en une fois, ceci signifiant qu'un transport pouvait être divisé en deux parties au lieu de quatre précédemment. Les victimes étaient de plus déshabillées et rasées plus rapidement. Durant cette période, près de 1.000 juifs furent employés dans les équipes s'occupant des cadavres, biens, bagages, etc... Tous étaient assassinés après quelques semaine de travail".

Débutées, comme à Sobibor, en mars 1942, les "évacuations" vont se terminer en décembre de la même année, entraînant l'exécution des derniers survivants et la destruction complète du camp, des résineux, et une exploitation agricole tenue par un Volksdeutsche, étant même installés sur son ancien emplacement.

En deux ans d'activités, Chelmno, Sobibor, Treblinka et Belzec, bien que beaucoup moins connus qu'Auschwitz-Birkenau - auront eu le temps "d'évacuer" quelque deux millions de Juifs, soit environ le double du camp d'Auschwitz...

(1) Treblinka fut fermé à l'automne 1943. puis totalement rasé afin de ne laisser subsister aucune trace de ses activités