mercredi 1 octobre 2014

4226 - avec des si...

… si les examinateurs de l’Académie des Beaux Arts de Vienne, où il se présenta en 1907, puis encore en 1908, avaient fait preuve de davantage de mansuétude à son endroit, le jeune Adolf Hitler serait devenu un artiste-peintre anonyme, pas "le Führer de la Nouvelle et Grande Allemagne", et la Seconde Guerre mondiale - à supposer-même qu’elle ait eu lieu ! - aurait assurément pris une tournure fort différente.

Mais on peut en dire autant, et même bien davantage, du jeune Reinhard Heydrich qui, contrairement à Hitler, eut la chance de passer toute son enfance et son adolescence dans une famille unie et aisée, une famille d’intellectuels et d’artistes, lesquels furent en mesure de lui offrir la meilleure éducation possible et d’éveiller, puis de lui laisser développer, ses propres dons pour la musique, où il excellait.

Sans la Première Guerre mondiale, qui ruina sa famille et le força à chercher refuge dans la petite Marine de guerre de la République de Weimar, Heydrich serait devenu un compositeur comme son père, ou alors un violoniste peut-être pas génial, mais en tout cas suffisamment talentueux pour vivre de son Art.

Rendu marin, il aurait pu, il aurait dû, faire carrière, commander un bâtiment et, qui sait, devenir un jour amiral, mais certainement pas grand patron de toutes les forces policières et répressives du Reich, "bourreau d’Hitler", maître d’oeuvre de la "Solution finale à la Question juive", et finalement Reichsprotektor "adjoint" de Bohème-Moravie

mardi 30 septembre 2014

4225 - les quinze de Wannsee

... en plus de Reinhard Heydrich (mort le 4 juin 1942 des suites d’un attentat), étaient présents à la Conférence de Wannsee :

* Josef Bühler, Secrétaire d’État au Gouvernement général de Pologne : exécuté par les autorités polonaises le 22 août 1948

* Adolf Eichmann, SS-Obersturmbannführer, Responsable du transport pour la déportation des Juifs : pendu à Jérusalem le 31 mai 1962

* Roland Freisler, Secrétaire d’État au Ministère de la Justice : tué dans un bombardement sur Berlin le 3 février 1945

* Otto Hoffmann, SS-Gruppenführer, chef du Bureau pour la Race et le Peuplement (RuSHA) : condamné à 25 ans de prison en 1948, libéré en 1954, mort le 31 décembre 1982

* Gerhard Klopfer, Secrétaire permanent à la Chancellerie du Parti : arrêté pour crimes de guerre mais relâché faute de preuves, mort le 29 janvier 1987

* Friedrich Wilhelm Kritzinger, Secrétaire permanent à la Chancellerie du Reich : témoin de l’Accusation au Procès de Nuremberg, mort le 25 avril 1947

* Rudolf Lange, SS-Sturmbannführer, chef de la SIPO et du SD pour la Lettonie : disparu le 23 février 1945 lors de la Bataille de Poznań, s’est probablement suicidé

* Georg Leibbrandt, Reichsamtleiter pour les territoires occupés de l’Est : emprisonné de 1945 à 1950, mort le 16 juin 1982

* Martin Luther, Sous-secrétaire aux Affaires étrangères : emprisonné pour trahison en 1944, libéré par les Soviétiques en 1945, mort d’une crise cardiaque le 13 mai 1945

* Alfred Meyer, Gauleiter et Secrétaire d’État pour les territoires occupés de l’Est : s’est suicidé sur la Weser le 11 avril 1945

* Heinrich Müller, SS-Gruppenführer, chef de la Gestapo : disparu à Berlin le 1er mai  1945, probablement tué dans les derniers combats pour la ville

* Erich Neumann, Secrétaire d’État au Plan de Quatre ans : arrêté en 1945, libéré pour raisons de santé en 1948, mort le 23 mars 1951

* Karl Eberhard Schöngarth, SS-Oberführer, chef de la SIPO et du SD pour le Gouvernement général de Pologne : pendu par les Britanniques le 16 mai 1946 à la prison de Hameln pour avoir assassiné un pilote allié abattu

* Wilhelm Stuckart, Secrétaire d’État au Ministère de l’Intérieur : arrêté en 1945, relâché en 1949, tué dans un accident de la route le 15 novembre 1953

lundi 29 septembre 2014

4224 - une belle réussite...

... pour les Britanniques du SOE, Anthropoïd sera également vu comme une belle réussite, et surtout une réussite de nature à faire taire - pour un temps - les critiques émanant du MI-6 rival.

Renforcé dans sa crédibilité, le SOE pourra donc continuer à mener ses opérations clandestines à travers toute l’Europe occupée, autrement dit, et comme le souhaitait Churchill, "à mettre l’Europe en flammes".

Néanmoins, après celui de Reinhard Heydrich, plus aucun assassinat d’un haut responsable nazi ne sera organisé sous son égide, signe que le coût humain d’Anthropoïd avait finalement été jugé disproportionné à l’égard du résultat obtenu…

Devenu inutile après la guerre, le SOE sera officiellement dissous le 30 juin 1946, et une bonne partie de son personnel reversée… au MI-6.

Hugh Dalton, qui avait créé le SOE en juillet 1940, décédera en février 1962, couvert d’honneurs et de louanges.

Autre "grand serviteur de l’État", Frank Nelson, qui avait dirigé ce même SOE depuis sa création, et décidé, avec František Moravec, de lancer Anthropoïd à l’automne 1941, n’était cependant plus là pour assister à sa réussite : malade  et épuisé, il avait en effet démissionné en mai 1942, un mois avant l’assassinat.

Il mourra le 11 août 1966.

dimanche 28 septembre 2014

4223 - à qui profite le crime...

... ayant rétabli sa crédibilité auprès des Alliés grâce à l’attentat contre Reinhard Heydrich et - il faut bien le dire - grâce à la sanglante répression qui lui avait fait suite, Edvard Beneš retrouvera son poste de Président de la République tchécoslovaque le 28 octobre 1945

Mais avant cela, il aura eu le temps de promulguer les infâmes "Décrets Beneš" - dont nous reparlerons un jour - qui, avec l’assentiment des grandes puissances, et particulièrement de la Grande-Bretagne, se traduiront par une véritable épuration ethnique de la Tchécoslovaquie : chassés de chez eux manu militari, plus de deux millions de germanophones des Sudètes, dont beaucoup périront en route, n’auront d’autre choix que de s’exiler en Allemagne de l’Ouest.

Beneš ne profitera cependant pas longtemps de sa Présidence recouvrée : en mauvaise santé, et ayant gravement sous-estimé la puissance du Parti Communiste Tchèque, ainsi que la volonté de Staline de faire passer la Tchécoslovaquie sous contrôle soviétique, il sera contraint à la démission le 7 juin 1948, et mourra le 3 septembre suivant.

Responsable du Renseignement au sein du gouvernement tchèque en exil, et principal instigateur de l’Opération Anthropoïd, František Moravec quittera lui aussi le confort de son exil londonien pour retourner en Tchécoslovaquie après la Capitulation allemande.

En 1948, après la prise de pouvoir par les communistes, et la démission forcée de Beneš, il jugera néanmoins plus sage de s’éclipser discrètement et de s’installer aux États-Unis, où cet éternel homme de l’ombre travaillera pour le Département de la Défense jusqu’à sa mort, le 26 juillet 1966.

Beneš et Moravec considéreront toujours l’assassinat d’Heydrich comme un grand succès - il n’est pas sûr que la population tchèque aurait exprimé la même opinion si quelqu’un avait eu l’idée de l’interroger par sondage…

samedi 27 septembre 2014

4222 - à tous les enfants victimes de la folie des adultes...

... Ata Moravec qui, pour sauver son père Alois, avait livré l’adresse de l’église Saint Cyrille et Méthode, sera exécuté peu après sa confession.

Déporté au camp de concentration de Mauthausen, Alois, qui ignorait l’implication de sa femme et de son fils au sein de la Résistance, lui survivra jusqu’au 24 octobre 1942.

Alfréd Bartoš, qui avait désespérément tenté de faire annuler l’assassinat de Reinhard Heydrich, deviendra une des nombreuses "victimes collatérales" des recherches allemandes entreprises à la suite de celui-ci : repéré puis poursuivi par des agents de la Gestapo, il n’aura d’autre choix que de se suicider dans une ruelle de Parduvice le 21 juin 1942.

Après l’arrestation de Vladimír Petřek, chapelain de Saint Cyrille et Méthode, l’évêque orthodoxe de Prague, Matěj Pavlík Gorazd écrira aux autorités allemandes une lettre dans laquelle il endossera la responsabilité de son chapelain : un beau geste mais une très mauvaise idée, qui lui vaudra d’être également arrêté, torturé, et finalement exécuté en compagnie de ce dernier, le 4 septembre 1942.

Autre "victime collatérale", et dernière petite amie en date de Jan Kubiš, Anna Nováková sera arrêtée par la Gestapo, et mourra elle aussi au camp de concentration de Mauthausen, de même que sa petite soeur Jindriska, qui, le 27 mai 1942, et à la demande de sa mère, était allée récupérer le vélo taché de sang que Kubiš avait fort maladroitement abandonné dans une ruelle.

Jindriska n'avait que 14 ans et toute la vie devant-elle.

Cette série d'articles lui est dédiée

A elle et à tous les enfants victimes de la folie des adultes...

vendredi 26 septembre 2014

4221 - renaître de ses cendres

... après avoir révélé aux agents de la Gestapo les informations après lesquelles ils couraient en vain depuis trois semaines, Karel Čurda empochera une récompense d’un million de Reichsmarks puis, par obligation plutôt que par choix, continuera de servir ses nouveaux maîtres jusqu’à la fin de la guerre.

Traqué par ses compatriotes, il sera finalement arrêté sous l’identité - allemande - de "Karl Jerhot", condamné pour trahison, puis pendu le 29 avril 1947.

Emil Hácha, Président fantoche du Protectorat de Bohème-Moravie, s’enfoncera toujours plus loin dans la voie de la Collaboration avec l’Allemagne nazie : arrêté par les Soviétiques, il décédera, dans des circonstances jamais élucidées, à l’infirmerie de la Prison de Pankrác, le 27 juin 1945.

Konrad Henlein, le "Führer des Sudètes" qui, pendant des années, avait milité pour le rattachement de cette région de la Tchécoslovaquie au Reich, et qui en était devenu Gauleiter en 1938, se rendra aux Américains mais, réalisant que ces derniers n’ont aucune intention - comme il l’espérait ô combien naïvement - de "respecter les accords de Munich", mais veulent au contraire le juger comme criminel de guerre, il se suicidera dans sa cellule le 10 mai 1945.

Horst Böhme, responsable du SD à Prague, et qui désigna le petit village de Lidice comme l’agneau du sacrifice, sera tué en avril 1945, lors des combats de Koenigsberg (aujourd’hui Kaliningrad)

Littéralement effacé du paysage en 1942, Lidice sera reconstruit après la guerre, sur un autre emplacement…

jeudi 25 septembre 2014

4220 - "quelque part dans la lande de Lüneburg"

… après la disparition de Reinhard Heydrich, dont il était à la fois le patron, le mentor, l’ami et le rival, Heinrich Himmler décidera d’assumer lui-même le commandement du RSHA jusqu’en décembre 1942, lorsqu’il le transférera, faute de mieux, à l’Autrichien Ernst Kaltenbrunner

Bien que quasi-sosie d’Heydrich au physique mais aussi sur le plan des idées et des principes, Kaltenbrunner ne bénéficiera pourtant jamais ni des pouvoirs ni de l’aura de ce dernier, dont il se contentera d'ailleurs de poursuivre les politiques.

Jugé et condamné à mort par le Tribunal International de Nuremberg, qui l’aura fait paraître bien fade, Kaltenbrunner sera pendu le 16 octobre 1946

Himmler n’aura pas plus de chance : après avoir fui Berlin menacé d’encerclement par les Soviétiques, et s’être fort naïvement demandé s’il devrait saluer ou simplement serrer la main d’Eisenhower lorsqu’il le rencontrerait pour signer une paix séparée (!), Himmler sera finalement capturé, sous une fausse identité, par les Britanniques, et se suicidera le 23 mai 1945, avant d’être formellement reconnu.

Le sort final de son cadavre, "enterré quelque part dans la lande de Lüneburg" demeure inconnu à ce jour….