vendredi 19 septembre 2014

4214 - le retour aux sources

... en raison des "services exceptionnels" rendus par son mari au Troisième Reich, Lina Heydrich - qui, en raison de son état se santé (1) n'avait pu assister aux obsèques - se verra octroyer le domaine de Panenské Brezany.

Le 24 octobre 1943, son fils aîné, Klaus, alors âgé de 10 ans, décédera dans un accident de la route et sera enterré dans le parc du château - il s’y trouve encore aujourd’hui.

Recluse dans sa propriété depuis la mort de Reinhard, Lina sera néanmoins contrainte de l’abandonner en avril 1945, suite à l’irrésistible avancée de l’Armée rouge qui la forcera,  à l'instar de millions d’autres Allemands, à fuir vers l’Ouest avec ses enfants.

Réfugiée en Bavière à la Capitulation du Reich, elle rejoindra finalement le domicile de ses parents, sur sa petite île natale de Fehmarn, en Mer Baltique,

En 1947, le nouveau gouvernement tchécoslovaque d’Edvard Beneš réclamera son extradition aux autorités britanniques d’occupation, arguant du fait qu’en tant qu’épouse du Reichsprotektor, Lina avait largement bénéficié du fruit des innombrables meurtres et spoliations commis par ce dernier, et qu’elle avait même continué à en bénéficier après sa mort, en faisant notamment entretenir son domaine par des travailleurs-esclaves juifs, qu’elle traitait par ailleurs très mal.

Les Britanniques refuseront. D’abord parce que le souvenir du rapatriement forcé, vers l’URSS, de tous les soldats russes prisonniers des Allemands, ainsi que de tous ceux, et notamment des Cosaques, qui avaient combattu au profit du Reich, leur a laissé un goût amer (2); ensuite, et surtout, parce qu’en 1947, et dans un contexte de guerre froide, il est essentiel de ménager l’Allemagne de l’Ouest, devenue allié indispensable dans la lutte contre le communisme…

(1) dépressive, et enceinte de sept mois, Lina accouchera de son quatrième et dernier enfant le 23 juillet 1942
(2) des centaines de milliers d’entre eux seront fusillés dès leur retour en URSS, d’autres envoyés croupir pendant des années dans des camps de rééducation en Sibérie. A ce sujet : Saviez-vous que… 2539 à 2542

jeudi 18 septembre 2014

4213 - Heydrichiáda

... au vu de pareils chiffres, on peut légitimement se demander si l'attentat contre Heydrich était bel et bien justifié.

Le Reichsprotektor et grand patron du RSHA méritait certes cent fois la mort, mais parce qu'il ne correspondait qu'à des "considérations politiques", et non pas militaires, son assassinat ne hâtera pas la fin de la guerre d'une seule journée, ni ne modifiera en quoi que ce soit la politique de "germanisation" déjà menée par Heydrich, et qui sera  poursuivie à l'identique par ses successeurs Kurt Daluege et Wilhelm Frick

Après un bref intermède durant lequel le RSHA sera dirigé par Himmler lui-même, cette institution, créée par et pour Heydrich, passera aux mains de l'Autrichien Ernst Kaltenbrunner - qu'Heydrich avait rencontré à Vienne le jour-même de l'Anschluss, et continuera, avec encore davantage de férocité, à répandre la terreur dans toute l'Europe, donnant ainsi tristement raison à Hitler qui, au lendemain-même de l'attentat, avait déclaré que tout assassinat d'un haut responsable allemand se traduirait non seulement par de sanglantes représailles, mais aussi par la nomination immédiate de quelqu'un de pire encore.

En Bohème-Moravie, les citoyens ordinaires, qui bien que détestant Heydrich avaient fini par le supporter, qualifieront même d'"Heydrichiáda" - ce qui se passe de toute traduction - la période qui suivra son assassinat.

Quant au sort des Juifs - préoccupation principale d'Heydrich depuis le milieu des années 1930 - le moins qu'on puisse en dire est qu'il ne bénéficiera d'aucune amélioration, des hommes comme Adolf Eichmann, pour ne parler que de lui, mettant même encore davantage de zèle à remplir les trains de déportation et les camps d'extermination...

mercredi 17 septembre 2014

4212 - Cinq mille morts pour un seul homme…

… s’ils n’ont pas été en mesure de capturer Kubiš et Gabčík - ni d’ailleurs aucun autre parachutiste - vivants, les Allemands - qui dans cette opération ont perdu une quinzaine d'hommes - n’en ont pas moins fini par obtenir ce qu’ils cherchaient depuis trois semaines, à savoir retrouver les assassins de Reinhard Heydrich, mais aussi... les châtier à leur manière : au Palais Peček, les têtes décapitées des sept Tchèques sont exposées sur une étagère, et leurs parents invités à venir les identifier formellement...

Comme l’avait prophétisé Alfréd Bartoš - qui en sera lui-même victime - les gigantesques moyens déployés ont d'autre part permis de récolter quantités d’indices et de renseignements qui, dans les jours et les semaines à venir, vont servir à liquider une bonne fois pour toutes la quasi-totalité de la Résistance tchèque, laquelle ne s’en relèvera jamais.

Et la répression ne se limite hélas pas aux résistants eux-mêmes, mais aussi à leur famille complète et aussi à tous ceux suspectés - à tort ou à raison - d’avoir porté assistance aux "terroristes".

A Ležáky, autre village martyr, les Allemands, après avoir découvert l’émetteur radio de l’équipe Silver A - c-à-d celui de Bartoš - exécutent ainsi l’intégralité des habitants avant de réduire le village tout entier en cendres.

Au total, on estime à plus de 12 000 le nombre d’arrestations effectuées dans la foulée de l’attentat contre Heydrich, et à près de 5 000 celui des hommes, des femmes, des vieillards et des enfants tués dans cette affaire.

Cinq mille morts pour un seul homme…

mardi 16 septembre 2014

4211 - la fin

… 11h00

On pourrait certes recourir aux grands moyens, et notamment aux lance-flammes, pour débusquer les quatre parachutistes réfugiés dans la crypte, mais cela reviendrait à renoncer à tout espoir de les prendre vivants.

Alors, on improvise : on fait venir le chapelain Petřek, mais aussi le traître Karel Čurda, qui les supplient tous deux de se rendre, et leur promettent la vie sauve.

Devant le refus - compréhensible - des Tchèques, on continue d’improviser, d’abord avec des gaz lacrymogènes, puis avec des milliers de litres d’eau glacée, que l’on déverse par un soupirail au moyen de camions de pompiers réquisitionnés pour l’occasion.

Mais rien n’y fait : les Tchèques s’entêtent !

Pour finir, vers 11h00, les Allemands dynamitent l’entrée de la crypte, dans l’espoir de l’agrandir et de pouvoir ainsi y pénétrer plus facilement, et surtout en force.

Mauvaise idée : voyant leur dernière heure venue, et n’ayant plus d’autre choix qu’entre une mort immédiate dans la crypte et une autre, plus lente et infiniment plus désagréable, dans les cellules du Palais Peček, les derniers défenseurs tchèques, dont, Jozef Gabčík - celui dont le Sten s'était stupidement enrayé le 27 mai - se font sauter la cervelle, privant ainsi les Allemands de renseignements précieux...

lundi 15 septembre 2014

4210 - le dernier carré

… 07h00

D’assauts désordonnés en retraites qui le sont encore davantage,  l’affaire, ponctuée d’appels à la reddition, dure près de deux heures.

L’issue est néanmoins inéluctable : peu après 07h00, les tirs cessent : Kubiš - l’auteur du lancer de grenade mortel contre Reinhard Heydrich - est encore en vie, mais il est grièvement blessé et va mourir dans quelques heures, malgré tous les efforts des médecins allemands.

Les Allemands, du reste, sont perplexes : ils ignorent combien de parachutistes se dissimulaient jusque-là dans l’église, mais la découverte de plusieurs pièces de vêtements qui, à l’évidence, n’appartiennent pas aux trois hommes abattus, leur fait suspecter qu’il pourrait bien y en avoir encore d’autres, tapis quelque part.

Alors, on fait venir le chapelain, Vladimír Petřek, qui, passablement brutalisé, avoue qu’il y en a effectivement quatre autres, cachés dans la crypte, une crypte accessible seulement par une petite trappe que les Allemands finissent par découvrir et par soulever… avant d’être accueillis par une pluie de balles !

Avec sa seule et unique entrée, cette crypte est une souricière parfaite, à laquelle les quatre Tchèques n’ont aucune chance d’échapper mais, comme deux heures auparavant, les Allemands ne peuvent s’y engager qu’un par un, en autant d’aller-simples pour l’abattoir…

dimanche 14 septembre 2014

4209 - l'assaut

… Église Saint-Cyrille et Méthode, Prague, 18 juin 1942, 05h00

L’aube n’est pas encore levée qu’au matin du 18 juin, les troupes allemandes bouclent la rue Resslova sur la foi des renseignements fournis, bien malgré lui, par Ata Moravec.

Dans l’église Saint-Cyrille et Méthode, seuls trois parachutistes - Jan Kubiš, Jaroslav Švarc et Adolf Opálka - les aperçoivent, les quatre autres se reposant en effet dans la crypte.

Si la partie - à trois hommes contre près de sept cents (!) - est évidemment jouée d’avance, chacun sait aussi, depuis le sacrifice de Léonidas et de ses Spartiates au Défilé des Thermopyles, qu’il est des circonstances où le nombre s’avère plus un inconvénient qu’un avantage...

Et de fait, contraints de pénétrer dans l’église les uns à la suite des autres, les Allemands tombent les uns après les autres sous les balles des trois Tchèques, bien dissimulés derrière les colonnes de la galerie supérieure.

Les Allemands pourraient certes réduire l’église en gravats, en faisant intervenir un tank, ou en la dynamitant, comme ils sont occupés à le faire dans tout le village de Lidice, mais les ordres leur enjoignent de prendre les parachutistes vivants, afin de les faire parler…

samedi 13 septembre 2014

4208 - trop d'oeufs dans le même panier

… depuis l’attentat contre Heydrich, la résistance tchéque est sous pression

Chaque jour, policiers et militaires perquisitionnent maisons et bâtiments, arrêtent camions et véhicules pour en vérifier le contenu et l’identité des occupants, et n’hésitent pas à traîner au poste - et à torturer - tous ceux qui leur semblent le moindrement suspect.

Jusqu’ici, ces recherches n’ont pourtant pas permis de retrouver les auteurs de l’attentat, mais elles ont en revanche contraint Kubiš et Gabčík à abandonner leurs planques habituelles, devenues trop dangereuses, pour se retrouver rue Resslova, dans l'église orthodoxe Saint Cyrille et Méthode.

Au fil des jours, et avec la complicité du chapelain, Vladimír Petřek, ils y ont été rejoints par les derniers rescapés des différentes missions parachutées par Londres depuis la fin de 1941 et qui, pour la même raison, n’ont plus que cet endroit où se réfugier.

En plus de Kubiš et Gabčík, on trouve donc Josef Valčík (qui avait servir de guetteur lors de l’attentat), Josef Bublík, Jan Hrubý, Jaroslav Švarc et Adolf Opálka (qui avait été parachuté avec le désormais traître Karel Čurda le 28 mars 1942), soit sept hommes disposant seulement de quelques armes légères.

Mais concentrer trop d’oeufs dans un même panier n’a jamais été une bonne idée, surtout lorsque le dit panier ne comporte qu’une seule issue…