mercredi 28 janvier 2015

4345 - l'invité surprise

… Sud-ouest de l’Islande, 12h00

S’il le pouvait, le contre-amiral Frederic Wake-Walker, vengerait bien la destruction du Hood.

Cependant, avec les deux misérables croiseurs dont il dispose, et leurs ridicules pièces de 203mm, que peut-il faire contre le Bismarck - ce mastodonte de 50 000 tonnes et ses énormes canons de 380mm - si ce n’est continuer à le suivre à bonne distance, et à guider les bâtiments que la Royal Navy ne va pas manquer de lancer à sa poursuite.

Mais ces renforts ne sont hélas pas sur le point d’arriver : la force la plus proche, celle de Tovey avec le King George V et le porte-avions Victorious, traîne encore à quelque 500 kms dans le sud-est.

Pour l’heure, le meilleur espoir de Wake-Walker, et de la Grande-Bretagne toute entière, repose plutôt sur les épaules d’un invité inattendu, ou plutôt sur les canons de l’éclopé de la matinée : le cuirassé Prince of Wales qui, après avoir retraité sous un écran de fumée, et mis un peu d’ordre dans ses affaires, a finalement réussi à rallier les Norfolk et Suffolk.

Mais pas question pour autant de chercher un affrontement direct - le Prince of Wales a subi de nombreux dommages, il a toujours un canon hors d’usage, et ses tourelles donnent des signes de fatigue de plus en plus inquiétants - ce pourquoi Wake-Walker, plutôt que de passer à l’attaque, décide de se cantonner à sa tactique initiale, quitte à profiter d’une opportunité si elle se présente.

Dans le contexte, c’est certainement la meilleure - et même la seule - tactique possible, mais Churchill, une fois de plus, ne l’entendra pas de cette oreille et, à la conclusion de toute cette affaire, exigera, là encore, que le malheureux Wake-Walker soit expédié en cour martiale !

Car à Londres, le "vieux Lion" ne décolère pas…

mardi 27 janvier 2015

4344 - never change a winning team...

… mais le choix de rallier St-Nazaire maintenant entériné, un autre se présente aussitôt : s’y rendre seul ou alors accompagné du Prinz Eugen.

Alors que les deux navires se sont jusqu’ici admirablement complétés, Lütjens décide de ne conserver que le cuirassé et de se séparer du croiseur, lequel, après s’être discrètement ravitaillé en mer auprès du navire de soutien Spichern (1), tentera de sauver ce qui peut encore l’être de l’Opération Rheinubung en s’en prenant au trafic commercial britannique avant de rallier à son tour la France.

Tactiquement, un pareil choix se défend : isolés, les deux navires seront en effet moins repérables qu’en formation, et comme le cuirassé suscite de toute manière bien plus d’intérêt chez les Britanniques que le croiseur, ce dernier a finalement de bonnes chances de réussir sa mission.

Reste que cela revient à casser une équipe gagnante. Reste que des deux, seul le croiseur dispose encore d’un radar avant efficace et fort utile pour détecter l'arrivée de bâtiments ennemis, et reste qu’en cas de coup dur - et notamment pour parer une éventuelle attaque aérienne - les Bismarck et Prinz Eugen ne pourront pas se prêter mutuellement assistance.

Et reste enfin que la dite séparation n’est envisageable que si l’on parvient au préalable à se débarrasser des deux petits mouchards - les Suffolk et Norfolk britanniques - qui s’accrochent maintenant depuis près de 24 heures et qui viennent par ailleurs de recevoir le renfort d’un autre, bien plus gros quoique quelque peu amoché…

(1) le Spichern était un ancien pétrolier norvégien capturé le 26 juin 1940 par le cargo armé allemand Widder

lundi 26 janvier 2015

4343 - d'un choix à l'autre

… assumer un commandement opérationnel implique évidemment de faire des choix, de prendre des décisions - bonnes ou mauvaises - puis de vivre avec les conséquences de celles-ci.

Pour passer dans l’Atlantique, l’amiral Lütjens a choisi le Détroit du Danemark, ce qui l’a amené à rencontrer deux navires de guerre britanniques, qu’il a longuement hésité à affronter avant, justement, de ne plus avoir le choix.

Il a réussi à envoyer le premier par le fond, et à endommager sérieusement le second, ce qui l’a aussitôt placé devant un nouveau choix : poursuivre l’éclopé ou alors sa mission.

Sans hésiter cette fois, il a opté pour la mission, ce qui semblait parfaitement logique, et même prudent, dans les circonstances mais qui, malheureusement pour lui, et comme nous allons le voir va vite s’avérer une erreur.

Confronté ensuite à l’obligation de faire réparer le Bismarck dans un port, il n’a eu d’autre choix que d’abandonner la dite mission, ce qui l'a alors placé devant le choix entre un port norvégien relativement proche, et un port français extrêmement lointain.

Après mûre réflexion, il s’est décidé pour le port français, donc pour une traversée bien plus risquée mais qui devrait au moins permettre au Bismarck, une fois réparé, de reprendre bien plus facilement et rapidement la route de l'Atlantique, accompagné, qui sait, des croiseurs de bataille Scharnhorst et Gneisenau, toujours à Brest depuis leur retour de l’Opération Berlin, fin mars…

dimanche 25 janvier 2015

4342 - ... mais lourds de conséquences

... 08h01

En remplissant plusieurs réservoirs vides, les équipes d'intervention sont cependant en mesure de rétablir rapidement l'équilibre du bâtiment qui, au final, ne souffre donc que de dommages mineurs, lesquels n'affectent ni sa vitesse, ni sa manœuvrabilité, ni sa puissance de feu.

Mais bien que mineurs, les dégâts à l'étrave ne sont pas réparables sur place et, surtout, ils entraînent une faible mais constante fuite de mazout qu'il est impossible d'endiguer.

En 1941, personne, bien sûr, ne se préoccupe de l'impact du déversement de produits pétroliers sur l'écosystème marin, mais le dit déversement a tout de même le gros inconvénient de trahir la présence du Bismarck sur des dizaines de kilomètres, et de permettre ainsi à des navires ou des avions ennemis de le suivre à la trace !

La mort dans l'âme, l'amiral Lütjens n'a donc d'autre choix que de se mettre à la recherche d'un port où il pourra effectuer les travaux nécessaires, ce qui, de facto, revient à annuler, ou du moins à suspendre l'Opération Rheinubung !

Ceci dit, quelle direction prendre ? L'option la plus évidente serait tout simplement de retourner en Norvège, soit en rebroussant chemin par le Détroit du Danemark, soit - de manière plus risquée - en contournant l'Islande et en se frayant ensuite un passage entre l'Islande et les Îles Féroé.

Mais l'amiral allemand n'a pas renoncé à mener une guerre de course dans l'Atlantique, et retourner en Norvège imposerait, dans quelques semaines ou dans quelques mois... de forcer à nouveau le passage qu'on vient tout juste de franchir !

Ce pourquoi, dans le message qu'il expédie à l'amirauté à 08h01, Lütjens indique-t-il son intention de faire route vers la France, et plus précisément vers le port de St-Nazaire...

samedi 24 janvier 2015

4341 - peu de dommages...

... S'ils sont frustrés de ne pouvoir se lancer à la poursuite du cuirassé britannique blessé, les équipages allemands ont en revanche la possibilité d'analyser maintenant plus attentivement les dommages subis par leurs propres bâtiments.

Sur le Prinz Eugen, le bilan est rapidement dressé puisque le croiseur ne souffre d'aucun dégât.

Mais sur le Bismarck, la situation est plus complexe !

Sur les trois obus de 356mm qui ont frappé le cuirassé, l'un a simplement fracassé une des embarcations avant de finir sa course en mer, et l'autre a frappé sous la ligne de flottaison, perçant la première coque avant d'exploser contre la cloison pare-torpilles, en inondant au passage la salle des génératrices numéro 4.

Mais le problème, c'est le troisième, qui a frappé l'étrave sur tribord, juste au-dessus de la ligne de flottaison. Ne rencontrant aucun obstacle véritablement solide sur sa trajectoire, cet obus n'a pas explosé et s'est contenté de ressortir de l'autre côté mais en y forant tout de même un trou d'un plus d'un mètre de diamètre, par où l'eau s'est engouffrée.

En quelques instants le château avant a été inondé par plus de 1 000 tonnes d'eau, en sorte que le Bismarck se retrouve enfoncé de 3 degrés par l'avant, et avec une gîte de 9 degrés sur tribord...

vendredi 23 janvier 2015

4340 - une victoire, mais pas un triomphe

... 06h32

Revenons à présent chez les Allemands, et plus précisément sur le Bismarck, où l'on fête, comme il se doit, la victoire sur le Hood, c-à-d sur un des fleurons de la Royal Navy et sur un immense symbole de la puissance britannique.

"Croiseur de bataille, probablement le Hood, coulé. Un autre cuirassé, King George V ou Renown (1) endommagé. Deux croiseurs lourds (2) continuent la surveillance", indique l'opérateur radio du Bismarck dans son message à l'Amirauté.

King George VRenown, ou encore Prince of Wales (3), qu'importe : le fait demeure que le dit bâtiment a été contraint de battre en retraite, et qu'il est visiblement endommagé, ce pourquoi le commandant Lindemman propose fort logiquement de le prendre en chasse, histoire de transformer la belle victoire contre le Hood en véritable triomphe pour la Kriegsmarine, et un triomphe dont la Royal Navy, et l'Angleterre toute entière, auraient assurément bien du mal à se remettre.

Mais l'amiral Lütjens refuse, d'abord parce qu'il suspecte - et avec raison - la présence d'autres cuirassés britanniques dans les parages (4), et ensuite parce que ses instructions - rappelons-le - lui imposent de percer dans l'Atlantique pour s'en prendre au trafic marchand, et de n'engager le combat contre un bâtiment ennemi que s'il y est véritablement contraint.

Au grand désappointement des équipages, les Bismarck et Prinz Eugen laissent donc filer le Prince of Wales, et reprennent leur route vers le sud-ouest.

Ils ne la conserveront pas longtemps...

(1) le Renown est en réalité un croiseur de bataille de 32 000 tonnes, mis en service en 1916
(2) les Suffolk et Norfolk qui, comme nous l'avons vu, n'ont pris aucune part à l'engagement
(3) à cette époque, les Allemansds ignorent encore que le Prince of Wales vient d'entrer en service. La confusion avec le Renown peut quant à elle s'expliquer par le fait que ce bâtiment dispose, tout comme le King George V, de trois tourelles seulement
(4) le groupe composé du King George V, du Repulse et du porte-avions Victorious se trouve alors à environ 500 kms au sud-est

jeudi 22 janvier 2015

4339 - ... plusieurs réponses possibles

… le Hood disposait également d’une demi-douzaine de tubes lance-torpilles de 533mm, qui aurait pu exploser en raison de l’incendie provoqué par l’obus du Prinz Eugen, et provoquer ensuite une réaction en chaîne.

Mais la destruction du Hood aurait tout aussi bien pu être causée par un mauvais entreposage des obus : dans toutes les marines du monde, les règles de sécurité qui paraissent élémentaires en Temps de Paix ne sont que rarement appliquées en Temps de Guerre, où l’on charge par exemple bien plus de munitions que prévu par les architectes au moment de la construction du bâtiment, des munitions que l’on doit alors entreposer où l’on peut, c-à-d dans espaces non sécurisés et pas du tout conçus à cette fin.

Sur le Hood, les soutes à munitions réglementaires étaient ainsi ceinturées, de manière parfaitement non-réglementaire, par des centaines d’obus antiaériens de 102mm, lesquels auraient très bien pu être victimes de l’incendie du pont ou d’un obus ultérieur du Bismarck.

Enfin, il y a la thèse de l’explosion purement accidentelle.

Malgré son incroyable apparence de solidité, un cuirassé n’est jamais qu’une énorme poudrière flottante, qu’un rien peut faire détonner : du Maine américain (1898) au Mutsu japonais (1943), en passant par les Iena et Liberté français (1907 et 1911), ou encore le Vanguard britannique (1916), on ne compte plus les cuirassés détruits par l’explosion de leurs propres munitions, même au port et en Temps de Paix !

Dans le feu de l’action, quelqu’un, quelque part, aurait très bien pu commettre une erreur qui aurait sinon provoqué, du moins favorisé, l’Apocalypse…