vendredi 6 mai 2016

4819 - le retour au point de départ

 Avec leurs conquêtes, les Nazis remirent la main... sur les juifs chassés depuis 1933
… mais le drame, et le nœud du problème, c'est qu'aucun pays du monde n'est véritablement disposé à accueillir tous ces Juifs dont l’Allemagne ne veut plus !

Chacun multiplie au contraire embûches et obstacles divers pour en interdire ou du moins en limiter l'afflux, ce qui, d'une certaine manière, ne peut évidemment que renforcer les Nazis eux-mêmes dans leur conviction que "les Juifs" constituent bel et bien une "race" indésirable et à part entière.

En novembre 1938, devant l'afflux soudain de réfugiés fuyant la "Nuit de Cristal", les Hollandais vont ainsi décider de doubler les gardes-frontières, puis de fermer carrément leurs portes le 17 décembre suivant, et ce après l'arrivée de quelques sept mille Juifs allemands supplémentaires.

Au même moment, les Britanniques vont quant à eux accepter l'entrée de dix mille enfants juifs sur leur territoire,... mais refuser la demande de vingt et un mille adultes désireux d'immigrer en Palestine, où la venue de milliers de leurs coreligionnaires au cours des mois précédents n’a, il est vrai, fait qu'attiser les tensions avec la population musulmane.

Reste qu'à longue, le rêve nazi d'une Allemagne judenrein pourrait sans doute devenir réalité… n’était la volonté d’Hitler d'envahir la Tchécoslovaquie en 1938 puis, surtout, la Pologne l'année suivante, deux décisions qui, non content de précipiter le monde entier dans une nouvelle guerre, vont de facto, piéger les Juifs allemands où ils se trouvent et, surtout, dramatiquement amplifier l'ampleur du "problème juif" puisque, rien qu'en Pologne, le Reich va ainsi mettre la main sur quelque deux millions cinq cents mille Juifs supplémentaires, soit quatre à cinq fois plus qu'en Allemagne-même !

jeudi 5 mai 2016

4818 - "Les Juifs doivent ficher le camp d'Allemagne"

... en cette seconde moitié des années 1930, Himmler rêve certes d'une Allemagne - voire même d'une Europe - judenrein, "libérée des Juifs", mais jusqu'au déclenchement de la guerre, personne en Allemagne, à l'exception peut-être de quelques antisémites maladifs comme Julius Streicher, ne parle encore "d'extermination".

Sur le plan pratique, et au besoin par la force, il s'agit plutôt de "convaincre" les quelque 600 000 Juifs et métis du Reich que leur présence n'est plus "désirée" sur le sol allemand, et qu'ils doivent donc débarrasser le plancher en émigrant au plus vite dans les pays voisins,... de préférence sans leurs biens et dans tous les cas en acquittant un impôt de sortie !

"Les Juifs doivent ficher le camp d'Allemagne, que dis-je, de l'Europe entière. Cela demandera encore quelque temps. Mais cela se fera et doit se faire. Le Führer y est résolu", écrit ainsi Joseph Goebbels, le 15 novembre 1936

Persécutés verbalement et physiquement, exclus d'une multitude de professions, spoliés de leurs biens et, in fine, privés de leur citoyenneté et considérés comme des étrangers à l'intérieur de leur propre pays, quelque 300 000 Juifs allemands - soit un Juif ou métis sur deux - vont ainsi prendre le chemin de l'exil entre 1933 et 1939...

mercredi 4 mai 2016

4817 - le début des problèmes

... mais si le fait d’être classé dans telle ou telle catégorie raciale peut représenter la différence entre l'emploi et le chômage et, plus tard, entre la Vie et la Mort, ceux qui se retrouvent dans la catégorie la plus inférieure, c-à-d celle des "Juifs", bénéficient parfois de la simple réticence des autorités à appliquer la Loi jusqu'au bout.

Ainsi en va-t-il des mariages mixtes contractés avant 1935 : en pratique, et même s'ils sont officiellement reconnus comme "Juifs", les conjoints d'Aryens feront rarement l'objet de mesures d'expulsion, et plus tard de déportation, vu que  celles-ci risqueraient de provoquer des troubles sociaux, en raison de la réaction prévisible du conjoint aryen !

De même, les "Schutzjuden" ("Juifs protégés"), bénéficieront également  d'une certaine protection pour avoir "rendu de grands services à l'Allemagne" (comme ceux décorés - comme Hitler - de la Croix de Fer lors de la 1ère Guerre mondiale), ou parce qu’ils vivent en Allemagne en tant que nationaux ou bi-nationaux de pays neutres, comme la Suisse, la Suède ou le Portugal..

Reste qu'en additionnant tous ceux reconnus comme "Juifs" ou "Mischlinge" au sens des Lois de Nuremberg de 1935, on arrive à un total de quelque 600 000 "ennemis", soit à peine… 1 % de la population allemande de l'époque !

Ceci dit, comment s’en débarrasser puisque ces "ennemis" - à la différence des Catholiques, des Protestants, des Témoins de Jéhovah, voire même des communistes - ne sont pas "réformables" ?

mardi 3 mai 2016

4816 - confusions

Les Lois de Nuremberg... qui est Juif, qui ne l'est pas
… reste que s'il est aisé de s'entendre sur des notions comme le "mariage" ou la "filiation", la détermination de la religion des grands-parents est beaucoup moins évidente qu'il n'y parait.

Si les églises allemandes, qui jusqu'en 1875 étaient les seules à enregistrer les naissance et les baptêmes, ne voient guère d’objections à livrer leurs registres aux hommes d’Himmler (1), il peut néanmoins arriver que les dits registres aient disparu du fait d'une guerre ou d'un incendie, que ces documents soient matériellement inaccessibles (par exemple si la paroisse est située dans une zone devenue russe ou polonaise après 1918), que des enfants juifs aient été adoptés par des aryens (et inversement), que des enfants soient nés de père inconnu, ou que des parents ou grands-parents aient changé de nom,

Il peut aussi arriver que celui reconnu comme "Juif" ou "Mischling" allègue que les parents ou grands-parents que lui attribuent les documents officiels ne sont pas les bons, et s’adresse alors aux tribunaux afin d’être reclassé dans une catégorie supérieure (par exemple de "Juif" à "Mischling au premier degré", de "Mischling du premier degré" à "Mischling au second degré", ou même à "Aryen")

Dans l’Allemagne d’Hitler, la profession de généalogiste agréé est vite devenue, avec celle de faussaire (!), une des plus populaires, non seulement chez les "Juifs" et "Mischlinge" avides d'un "reclassement", mais aussi chez les "Aryens" à qui l'Administration, l'Armée, et bien entendu la SS d’Himmler, réclament un "Certificat d'aryanité" en bonne et due forme...

(1) l'église luthérienne de Berlin ira même, de sa propre initiative, et sans que personne ne lui demande rien, jusqu'à dresser une liste alphabétique de toutes les conversions de Juifs entre 1800 et 1874...

lundi 2 mai 2016

4815 - les Lois de Nuremberg

La classification des Juifs et Mischlinge selon les Lois de Nuremberg
… selon ces deux deux éminents juristes, et quelle quoi soit la religion pratiquée (ou non) par l'intéressé, est à présent considéré comme "Juif" "a) tout individu ayant au moins trois grands-parents juifs ou b) tout individu ayant deux grands-parents juifs et étant lui-même soit de confession israélite, soit marié à un Juif ou une Juive, soit issu d'un mariage où l'un des époux était juif si le mariage avait été contracté après la promulgation de la Loi, soit enfant illégitime d'un parent juif si la naissance se produit après le 31 juillet 1936" !

Mais pour rendre les choses encore plus compliquées, Stückhart et Lösener ont également créé une sorte de "troisième race", celle des "Mischlinge", c-à-d des "individus métissés de Juifs", soit tous ceux qui, bien que n'étant pas officiellement reconnus comme "Juifs", possèdent néanmoins - et malheureusement pour eux - une certaine quantité de "sang juif" !

Sont donc considérés comme "Mischlinge au premier degré" tout individu ayant deux grands-parents juifs mais qui n'était pas lui-même de confession israélite ni marié à un Juif ou une Juive, et "Mischlinge au second degré" tout individu n'ayant qu'un seul grand-parent juif"

Bien que considérés comme "non-aryens", ce qui les prive de facto de nombreuses opportunités d'emploi et de toute chance de promotion en raison de leur "tare raciale », les "Mischlinge" échappent cependant au sort commun des "Juifs" ce qui, en pratique, va permettre à la plupart d'entre eux d'échapper aux déportations et massacres des années à venir (1)

(1) cette définition du "Juif" demeurera d'application jusqu'à la fin de la guerre,... du moins en Allemagne, étant bien entendu que dans tous les territoires occupés par l'Allemagne, ses nombreuses subtilités échapperont souvent aux SS moyens, qui auront alors tendance à rafler, déporter et exécuter comme "Juifs" tous ceux - y compris les musulmans ! - qui leur sembleront mériter ce qualificatif...

dimanche 1 mai 2016

4814 - protéger le sang et l'honneur allemand

Une Aryenne et un Juif : un "péché contre la race et le sang allemand"...
… en dépit des affirmations d'antisémites rabiques comme Julius Streicher et des caricatures régulièrement publiées dans la Presse ou reproduites en pamphlets et affiches, l'examen des "traits raciaux" - dont Himmler, comme nous l’avons vu, fait lui-même grand usage dans le recrutement pour la SS - s'avère rarement probant et risque même de provoquer à tout moment de regrettables méprises, c-à-d de classer un "Juif" comme "Aryen" ou, pire encore, de déclasser un "Aryen" en "Juif" !

A cela s'ajoutent tous les problèmes liés aux mariages mixtes, et surtout à leur descendance : un métis est-il d'abord un  "Juif" ou alors un Allemand ? et qu’en est-il de ses enfants ?

Dès l’arrivée des Nazis au Pouvoir, nombre de citoyens allemands, encouragés ou non par la SA ou la SS, ont commencé, dans le plus grand désordre, à harceler et molester tous ceux qui leur "semblaient Juifs", ou "dont les voisins affirmaient qu'ils étaient Juifs".

Ces débordements s’avérant par trop dommageables à l’image du régime, Hitler a exigé, le 13 septembre 1935, la rédaction en extrême urgence d’une "Loi pour la protection du sang et de l'honneur allemands", que les juristes présents au grand rassemblement annuel du parti à Nuremberg, exténués et bientôt à court de papier, ont fini par rédiger… sur des cartons de menus (!)

Toute tentative basée sur la classique pratique religieuse étant exclue par principe, les docteurs Wilhelm Stuckart et Bernhard Lösener ont donc accouché d’un texte légal qui, bien que se voulant le plus simple possible, finira au bout du compte par poser plus de questions qu’il n'apportera de réponses,,,

samedi 30 avril 2016

4813 - de la "religion" à la "race"

Juifs berlinois, fin 1941. Seule l'étoile jaune les distinguait des autres Allemands
… jusqu’au 19ème siècle, il était de coutume de définir le "Juif" (mais aussi le "Catholique", le "Protestant", le "Musulman") comme la personne qui pratiquait "la religion juive" ("catholique", "protestante", "musulmane")

Simple à comprendre, cette définition offrait d’autre part de larges possibilités de rédemption : le "Juif" était certes un individu maléfique - et d'ailleurs souvent associé à Satan - mais un individu qui demeurait néanmoins "réformable", puisque simplement "égaré" sur la voie d'une "mauvaise" religion, d'une "mauvaise interprétation" du message divin.
 
Dès le 19ème siècle, les progrès de la laïcité, et les partisans des États-nations, avaient néanmoins fini par présenter le "Juif" non plus comme un adepte de la "religion juive", mais bien comme le membre d'une véritable  "race" à part entière et bien entendu distincte des autres.

Ce changement de perspective entraîna une conséquence dramatique : là où les conversions - volontaires ou forcées - pouvaient autrefois faire perdre la "judéité", le concept de "race" maintenait pour ainsi dire à tout jamais le "Juif" dans son état initial, puisqu’il suffisait de posséder des parents, des grands-parents, voire même des aïeuls, reconnus comme "Juifs" pour être soi-même défini comme tel, et ce même si on n’était pas circoncis, si on ne pratiquait pas la religion juive, ou si on avait embrassé une autre religion !

Mais n’en déplaise aux partisans des théories raciales, il était cependant difficile, et même souvent impossible, d’identifier un "Juif" sur autre chose que la religion, et c’était particulièrement vrai dans des pays comme l’Allemagne, où nombre de "Juifs" étaient issus de mariages mixtes ou de parents depuis longtemps convertis au catholicisme, ou alors n’évoquaient en rien, par leur mode de vie, leur apparence physique ou leur nom patronymique, l’idée que l'on se faisait généralement d'un "Juif".