dimanche 4 décembre 2016

5031 - la course contre la montre

Civils à Hambourg : ils commencent à comprendre, mais ne peuvent rien faire...
... mais malgré ces incontestables succès, Himmler sait que le Temps joue contre lui !

Sur le Front de l'Est, et après la défaite de Koursk, Manstein a certes réussi à stabiliser une fois de plus la situation, et en Italie, Britanniques et Américains ne progressent guère - et au grand désespoir de Churchill - qu'à une allure de tortue.

Mais si le Reichsführer n'en est donc pas encore à reconnaître la défaite de l'Allemagne, il n'ignore cependant pas que l'extermination des Juifs d'Europe est à présent une course contre la montre, où chaque mètre gagné par les Alliés représente pour les Juifs une chance supplémentaire d'échapper à leur sort !

Et il n'ignore pas non plus qu'avec l'intensification des bombardements sur les grandes villes du Reich (1), que la Luftwaffe de Goering s'avère incapable d'arrêter, de plus en plus de voix risquent de s'élever, tant dans la société civile que dans l'Armée ou même la SS (!), pour réclamer sinon la Capitulation, du moins l'ouverture de pourparlers qui, s'ils devaient être menés à bien, ne pourraient que rendre caduque cette promesse du Führer qui, le 30 janvier 1939, avait déclaré qu'une nouvelle guerre mondiale se traduirait obligatoirement par "l'anéantissement de la race juive en Europe"

Pour éviter un sort aussi funeste, il faut évidemment tout mettre en œuvre pour accélérer l'extermination, mais aussi, et peut-être surtout, placer chaque Allemand, ou en tout cas chaque responsable allemand, devant ses propres responsabilités, en lui faisant clairement comprendre qu'il n'existe plus pour lui d'autre issue que la victoire ou la mort.

Et c'est précisément ce qu'il se prépare à leur expliquer à Posen...

(1) à eux seuls, les sept raids aériens menés contre Hambourg du 25 juillet au 03 août 1943 dans le cadre de l'Operation Gomorrah ont fait plus de 45 000 morts et 1 000 000 de sans-abri

samedi 3 décembre 2016

5030 - Si c'est un homme...

Primo Levi : le plus connu des 80% de Juifs italiens qui survécurent à la Shoah
... avec son nouveau titre de Ministre de l'Intérieur du Reich, Himmler dispose d'atouts supplémentaires pour traquer, déporter et exterminer les Juifs, en ce compris ceux d'Italie qui, depuis l'entrée de la Wehrmacht dans la Péninsule, sont désormais à sa portée.

Et il ne va certes pas s'en priver : dès le 16 septembre, plus d'un millier de Juifs sont raflés dans le ghetto de Rome et déportés vers Auschwitz (1)

D'autres suivront (2),... à commencer bien sûr par un jeune chimiste et apprenti écrivain alors inconnu, Primo Levi, qui, arrêté en décembre 1943 dans le Val d'Aoste en compagnie d'un petit groupe de résistants, sera lui aussi déporté à Auschwitz en février de l'année suivante.

Au final, on estime qu'environ 8 000 d'entre eux seront déportés puis assassinés entre septembre 1943 et mai 1945, un chiffre élevé dans l'absolu mais qui, proportionnellement à leur nombre, classera tout de même les Juifs italiens dans la catégorie des "privilégiés" (2).

Un "privilège" dû en grande partie à la relative mansuétude des autorités fascistes jusqu'en septembre 1943, et à la protection dont beaucoup d'entre eux continueront malgré tout à bénéficier au sein de la population et de l'Église italiennes après cette date...

(1) moins d'une vingtaine de Juifs survivront sur le millier raflés à Rome
(2) les 8 000 Juifs assassinés durant la Shoah représentent environ 20% de la communauté juive italienne d'avant-guerre. Par contraste, 90% des Juifs Polonais, soit près de 3 000 000 de personnes, avaient disparu à la capitulation de l'Allemagne...

vendredi 2 décembre 2016

5029 - "Himmler est une figure vraiment exceptionnelle de notre régime !"

"Himmler est "une figure vraiment exceptionnelle de notre régime !" (Adolf Hitler, aout 1943)
... même si Skorzeny n'a joué qu'un rôle somme toute mineur dans la libération de Mussolini, son appartenance à la SS est évidemment du pain béni pour un Himmler toujours en quête de reconnaissance ou de nouvelles responsabilités pour lui-même et ses SS

Et des responsabilités, le Reichsführer vient précisément d'en obtenir de nouvelles puisque, le 10 août, Hitler l'a nommé Ministre de l'Intérieur du Reich, en remplacement de Wilhelm Frick, qui occupait ce poste depuis janvier 1933 et qui se voit pour sa part rétrogradé au rang de Reichsprotektor de Bohème-Moravie.

Même si le dit poste n'a plus son prestige et son influence d'autrefois, le fait de le conférer à un homme comme Himmler n'en constitue pas moins une nouvelle preuve de la radicalisation du régime, mais aussi de l'estime et de l'importance que le Führer accorde à son plus que jamais "fidèle Heinrich"

De fait, à un Goebbels qui s'étonnait de cette nomination, Hitler a aussitôt répliqué qu'Himmler était "une figure vraiment exceptionnelle de notre régime !", sentence sans appel et qui a d'ailleurs incité le Ministre de la Propagande à écrire qu'Himmler était "indubitablement l'homme qu'il faut pour contrôler la politique nationale"

"Quel que soit le prix à payer", a-t-il ajouté dans son journal, "Himmler garantira notre sécurité intérieure en toute circonstance" (1)

(1) Longerich, op cit, page 681

jeudi 1 décembre 2016

5028 - le coup du Gran Sasso

Skorzeny (au centre) et Mussolini, au Gran Sasso.
...  car avec l'entrée des forces allemandes dans la Péninsule, Himmler peut enfin mettre la main sur les dizaines de milliers de Juifs italiens qui lui échappaient depuis des années,... ou plus exactement sur ceux qui, pour leur plus grand malheur, se retrouvent aujourd'hui dans les zones - en gros le Centre et le Nord de l'Italie - sous contrôle allemand.

Sous contrôle allemand mais aussi italien,... puisque de nombreux séides de Benito Mussolini sont demeurés fidèles à leur chef qui, emprisonné depuis plusieurs semaines dans un hôtel du Gran Sasso, en a été exfiltré le 12 septembre par un audacieux raid de parachutistes allemands menés par le célèbre SS-Obersturmbannführer Otto Skorzeny !

Reçu deux jours plus tard par Hitler à Münich, le dictateur déchu a aussitôt reçu du Führer l'autorisation - ou plutôt l'ordre - de former un nouveau gouvernement bien évidemment placé sous la "protection" du Reich 

Revenu en Italie du Nord le 23 septembre, et constamment accompagné d'une escorte de SS allemands dont on ne sait trop s'ils sont là pour le protéger ou alors le surveiller (!), Mussolini a ensuite proclamé la naissance de la Repubblica Sociale Italiana (République Sociale Italienne ou RSI), qui va bientôt s'installer dans la petite ville de Salo, à proximité du Lac de Garde, et ouvrir là-bas une des pages les plus noires de l'Histoire d'Italie...

mercredi 30 novembre 2016

5027 - l'effondrement italien

Des Sturmgeschütz dans une rue de Rome, novembre 1943
... le 3 septembre, les troupes britanniques débarquent donc dans l'extrême pointe de la Péninsule. 

Le même jour, conformément à ses accords avec les Alliés, le maréchal Badoglio signe un Armistice qui, dans la plus pure tradition de la Comedia del'Arte n'est cependant proclamé que cinq jours plus tard,... sans que les troupes italiennes aient dans l'intervalle reçu la moindre instruction sur la conduite à tenir advenant une éventuelle - et plus que probable - invasion allemande de leur territoire. 

Une invasion à laquelle les Allemands se préparent d'ailleurs depuis des semaines : sitôt l'armistice officiellement proclamé, le 8 septembre, la Wehrmacht passe donc à l'action et bouscule sans la moindre difficulté une armée italienne depuis longtemps démoralisée, où chacun se demande ce qu'il faut faire, qui donne les ordres... et surtout s'il faut vraiment s'opposer armes à la main à des soldats aux côtés desquels on a tout de même combattu depuis trois ans ! 

Les soldats allemands, de leur côté, ne se posent pas de questions tant leur objectif à eux est clair : neutraliser l'armée italienne, envoyer les soldats italiens dans des camps de prisonniers, s'emparer de tout le matériel de guerre italien, ou le détruire pour que les Alliés ne puissent en profiter. 

Himmler, lui, a évidemment un objectif supplémentaire en tête...

mardi 29 novembre 2016

5026 - le maillon faible

Débarquement de Sherman en Sicile : la reconquête de l'Europe est en marche
… car le 10 juillet, alors que les combats continuaient de faire rage à Koursk, Britanniques et Américains ont débarqué en Sicile dans le cadre de l’Opération Husky. 

Et la Sicile, c’est une porte ouverte sur les Balkans, et surtout sur l’Italie elle-même, cette Italie dont Hitler sait, depuis le début du conflit, qu’elle est le maillon faible de l’Axe, et dont il se doute – avec raison – qu’elle est fort tentée de s’en retirer. 

Il faut donc, de toute urgence, envoyer des renforts, et notamment la Division SS Leibstandarte, que l’on va retirer de Koursk pour l’expédier en Italie (1) 

Mais c’est trop tard : le 17 août, en dépit de tactiques souvent fort brouillonnes, particulièrement du côté britannique, les Alliés sont maîtres de l’île toute entière et peuvent d’autant plus envisager de débarquer en Italie que les Italiens, qui n’ont guère opposé de résistance dans l'île, sont eux-mêmes sur le point de jeter l’éponge ! 

Mis en minorité le 24 juillet par le Grand Conseil fasciste, puis incarcéré, Benito Mussolini a été remplacé à la tête de l'État par le maréchal Badoglio qui, en public, a certes déclaré son intention de poursuivre la guerre mais qui, en privé, est déjà occupé à négocier avec les Alliés la reddition de l'Italie, laquelle devra coïncider avec le débarquement des dits Alliés sur le sol de la Péninsule...

(1) Épuisée et ayant perdu une bonne partie de son matériel à Koursk, la Leibstandarte devra néanmoins être rééquipée en Autriche et n’entrera en Italie qu’au début du mois d’août.

lundi 28 novembre 2016

5025 - une Citadelle trop loin

Un Panther, examiné par les Soviétiques après la Bataille de Koursk
… Koursk, 4 juillet 1943 

Le 4 juillet, après plusieurs mois de retard, les forces allemandes attaquent enfin à Koursk.

Mais très vite, il apparaît que cette opération, baptisée Citadelle, sera tout sauf une partie de plaisir : disposant de la supériorité numérique dans tous les domaines, et beaucoup mieux organisés et commandés qu’en 1941 et 1942, les Soviétiques opposent en effet une résistance aussi farouche qu’efficace. 

Au sud du saillant, l’offensive progresse bien plus lentement – et avec de bien plus lourdes pertes – qu’espéré, alors qu’au nord elle se retrouve carrément bloquée après seulement cinq jours. 

Bien que les pertes ne cessent d’augmenter, Manstein s’entête, convaincu qu’il finira néanmoins par l’emporter dans ce qui est devenu la plus gigantesque bataille d’attrition blindée de la 2ème G.M. 

Mais pour la première fois depuis le début de cette guerre, c’est maintenant Hitler qui se prend à douter du succès d'une opération pour laquelle Manstein réclame de plus en plus renforts mais qui est occupée à saigner à blanc une Wehrmacht qui a déjà perdu plus de 1 200 chars et plus de 1 800 avions (1) 

Le 13 juillet, le Führer en personne débarque au Q.G. du maréchal. La rencontre entre les deux hommes est particulièrement tendue et débouche finalement sur une décision stupéfiante puisque Hitler, sans égard pour les arguments et les suppliques de Manstein, décide lui-même d’arrêter les frais et de battre en retraite ! 

Outre les pertes déjà évoquées, Hitler, il est vrai, doit également faire face à une autre crise qui, trois jours auparavant, a éclaté à quelques milliers de kilomètres de là… 

(1) Pour les détails de cette bataille historique : Saviez-vous que… Citadelle