jeudi 26 mai 2016

4839 - et l'Autriche devint Ostmark

Hitler, à Vienne, avec sa Mercedes W31 à six roues
... Hitler a donc - une fois de plus - gagné son pari : comme il l'avait prévu, les réactions des Chancelleries occidentales se limitent - une fois de plus - à de simples et fort vagues protestations de principe, personne, à Paris, Londres ou ailleurs, n'étant disposé à mourir pour Vienne et quelques grands principes....

Et conformément à son habitude, c'est par un plébiscite a posteriori que le Führer va maintenant légitimer ce qui relève tout de même du coup de force : dès le lendemain de l'entrée des troupes allemandes, et deux jours avant son propre couronnement sur la Heldenplatz de Vienne, il charge ainsi Joseph Bürckel (1), gauleiter de Sarre-Palatinat, d'organiser, tant en Autriche qu'en Allemagne-même, un scrutin "libre et à vote secret" (sic) qui doit consacrer l'annexion de l'Autriche au Reich.

Le 10 avril 1938, 99,75% des Autrichiens, et 99,08% des Allemands) se prononcent en faveur de l'Anschluss, faisant ainsi de l'Autriche - officiellement devenue Ostmark - un nouveau Land allemand.

Pour Hitler, c'est un triomphe de plus, un triomphe dont l'ampleur peut certes paraître forcée, mais un triomphe qui n'en démontre pas moins que la grande majorité des Autrichiens était désireuse d’épouser la cause de l'Allemagne et du national-socialisme...

Du reste, dans les années à venir, comme s'ils entendaient démontrer qu'ils sont aussi et même davantage Allemands que les Allemands, et plus Nazis que les Nazis, les Autrichiens vont se distinguer au service du Reich, formant par exemple 14% des effectifs de la SS alors qu'ils représentent moins de 8% de la population allemande (2)

(1) en janvier 1935, Bürckel avait déjà mené de main de maître la campagne pour le rattachement de la Sarre, laquelle s'était soldée par plus de 90% de voix en faveur du oui.
(2) l'Autriche de 1938 comptait environ 6,7 millions d'habitants

mercredi 25 mai 2016

4838 - tout recommencer

Juifs viennois contraints de nettoyer les trottoirs de la ville, mars 1938
... avec plus de 200 000 Juifs autrichiens eux aussi incorporés - mais bien contre leur gré ! - à la population du Reich, tous les efforts antérieurs d'Himmler et d'Heydrich pour s'en débarrasser ont ainsi été réduits à néant !

Il faut donc tout recommencer à zéro, et notamment en ouvrant à Vienne, où habitent l'immense majorité des Juifs autrichiens, un "Office central pour l'émigration juive" 

Un Office dirigé par le déjà inévitable Adolf Eichmann et ayant ses bureaux - admirez la symbolique - ... dans l'ancien Palais Rotschild

Et comme Himmler, comme Heydrich, comme la plupart des responsables nazis, Eichmann veut lui aussi que l'émigration des Juifs s'effectue de manière "ordonnée" mais aussi, et peut-être surtout,... à coût nul pour l'Allemagne (!), ce pourquoi il importe de mettre à contribution les membres les plus éminents de la communauté juive de Vienne, lesquels, en échange d'une relative "protection" - que ces derniers espèrent permanente mais qu'Heydrich et Eichmann savent temporaire - sont ainsi "invités" à financer le départ de leurs coreligionnaires les moins fortunés.

Comme le résumera, avec son cynisme habituel, Heydrich lui-même, "le problème, ce n'est pas de se débarrasser des Juifs les plus riches, mais bien de la plèbe juive" (1) 

Reste qu'ordonnée ou non, et financée ou pas par les Juifs eux-mêmes, la dite émigration exige toujours de trouver des pays désireux de devenir terre d'accueil... 

(1) Gerwarth, op cit, page 124

mardi 24 mai 2016

4837 - des tas de nouveaux "ennemis"

Hitler - et l'inévitable Mercedes - Vienne, 15 mars 1938
... Hotel Regina, Vienne, 13 mars 1938 

Alors que dans les rues de Vienne, pavoisées de drapeaux nazis, la foule continue de célébrer bruyamment l'arrivée des troupes allemandes et l'intégration de facto de l'Autriche au Reich, Reinhard Heydrich et ses principaux subordonnés sont occupés, dans les salons feutrés de l'Hôtel Regina, à écrire quelques-unes des pages les plus noires de l'Histoire autrichienne 

Il faut dire qu’Heydrich, fidèle à ses habitudes, a déjà dressé la liste de plus de 20 000 "ennemis" autrichiens, et confié à une équipe de la Gestapo, arrivée dans sa foulée, le soin de procéder à leur arrestation... 

A la fin de 1938, la quasi-totalité des Communistes autrichiens va ainsi se retrouver dans des camps de concentration, de même que de nombreux monarchistes et opposants déclarés à l’Anschluss. 

Mais le "gros morceau", ce sont évidemment les Juifs autrichiens, qui sont quelque 200 000

Et c’est bien là le problème ! Car avec sa politique d'émigration forcée, faite d'humiliations, de spoliations et de restrictionss des libertés et droits individuels, l'Allemagne nazie avait réussi, entre 1933 et 1938 à se "débarrasser" du tiers de ses quelque 600 000 Juifs. 

Mais en s'emparant de l'Autriche le 12 mars, elle se réveille soudain avec près de 200 000 Juifs supplémentaires, ce qui, du coup, réduit à néant tous les efforts et les résultats des années antérieures !

lundi 23 mai 2016

4836 - SS 1, Wehrmacht 0

Jeunes autrichiennes accueillant les soldats allemands, Salzbourg, 12 mars 1938
... sous pression depuis des mois, le Chancelier autrichien Kurt von Schuschnigg (1) décide, le 9 mars, de jouer le tout-pour-le-tout en annonçant, pour le 13 mars suivant, la tenue d'un référendum sur l'Indépendance de l'Autriche. 

Pour Hitler, c'est la goutte de trop : dès le lendemain, après quelques heures de discussion avec les principaux responsables militaires, le Führer ordonne à la Wehrmacht d'envahir l'Autriche deux jours plus tard... à moins que Schuschnigg n'accepte d'ici-là de faire annuler son référendum. 

Pris à la gorge, ce dernier n'a d'autre choix que de se démettre : annoncée à la radio, sa démission jette aussitôt des milliers d'Autrichiens enthousiastes dans les rues. 

Dans la soirée du 11 au 12 mars, les Nazis autrichiens commencent quant à eux à investir les bâtiments publics de Linz, Innsbruck, Graz ou Vienne, résultat appréciable mais pourtant encore insuffisant aux yeux d'Hitler, lequel, soucieux d'éviter la répétition du fiasco de 1934, donne, peu avant 21h00, l'ordre formel d'invasion afin, comme le titrera la Presse allemande du lendemain, de "sauver l'Autriche du chaos". 

A l'aube, les soldats allemands franchissent donc la frontière et marchent sur Vienne... sans rien rencontrer d'autre que les vivats des milliers de villageois massés le long des routes. 

Mais si la Wehrmacht progresse avec aisance, la SS l'a déjà prise de vitesse : sur le coup de 05h00, soit bien avant l'arrivée des premiers Panzers, Himmler et Heydrich ont en effet atterri à Vienne ! 

Pour eux, il importe en effet de mettre la main, avant tout le monde, sur l'ensemble des forces de sécurité autrichiennes, et ce afin de les intégrer sine die à la SS... 

(1) le 29 juillet 1934, Kurt von Schuschnigg avait succédé à Engelbert Dollfuss, assassiné quatre jours plus tôt lors d'une tentative de coup d'État orchestrée, de près ou de loin, par Hitler

dimanche 22 mai 2016

4835 - "L'Autriche allemande doit revenir à la grande patrie allemande !"

La terrasse du Berghof : c'est ici qu'Hitler rêvait à l'Autriche, puis à l'Europe
... bien que né en Autriche de parents autrichiens, Adolf Hitler a toujours profondément détesté l'Empire austro-hongrois.

Sa patrie, il l'a reniée par trois fois : d'abord en émigrant à Munich au printemps de 1913, puis en s'engageant dans l'armée bavaroise (et non pas autrichienne) en août 1914, et enfin en rédigeant, en mars 1925, une déclaration formelle d'abandon de la citoyenneté autrichienne, qui lui a été accordée le 30 avril suivant.

Allemand dans l'âme, et reconnu comme tel par les Allemands eux-mêmes, Hitler considère néanmoins que l'Autriche, de par la langue, la Culture ou encore l'Histoire, est "naturellement" allemande et doit donc tout aussi "naturellement" intégrer la "Nouvelle Allemagne" qu'il appelle de ses voeux.

"L'Autriche allemande doit revenir à la grande patrie allemande !", a-t-il écrit dans Mein Kampf, "Un seul sang exige un seul Reich !".

De fait, dés son arrivée au Pouvoir, le Führer s'est juré de faire entrer l'Autriche dans le Grand Reich allemand, et au besoin par la force.

Sa première tentative, en juillet 1934, s'est néanmoins soldée par un échec, dû en grande partie au comportement de Benito Mussolini qui, en cette affaire, a ouvertement soutenu le Chancelier Engelbert Dollfuss et l'Indépendance de l'Autriche. 

Mais en ce début de 1938, le spectaculaire redressement politique, économique et, surtout, militaire du Reich, l'inévitable attrait exercé par celui-ci sur les Autrichiens, ainsi que l'effacement de l'Italie, désormais condamnée à ne plus jouer que les seconds rôles, offrent de bien meilleures perspectives...

samedi 21 mai 2016

4834 - les grands bénéficiaires

Himmler fut, avec Hitler, le grand bénéficiaire des événements de 1938
… en confiant au très accommodant général Walther von Brauchitsch le poste de commandant-en-chef de l'armée de Terre, en reprenant pour lui-même celui de Ministre de la Guerre, avant d’en transférer les responsabilités à un nouvel Oberkommando der Wehrmacht" (1) placé sous le commandement de l’encore plus servile Wilhem Keitel, en attribuant au parfait homme-lige Joachim von Ribbentropp le Ministère des Affaires étrangères, et en remplaçant, dans la foulée, près d'une centaine (!) d'officiers supérieurs et de diplomates davantage acquis à sa personne et à l'idée de partir en guerre, Hitler a de fait sérieusement rapproché l'Allemagne du nouveau conflit auquel il aspire depuis 1918.

Aujourd’hui encore, le rôle exact d’Himmler et, surtout, d’Heydrich, dans ces événements reste controversé, mais qu’ils aient été organisateurs machiavéliques ou alors simples spectateurs opportunistes, les deux hommes sont incontestablement, et avec Hitler, les grands bénéficiaires de ces semaines ô combien décisives pour l’avenir de l’Allemagne et bientôt de l’Europe entière.

Car avec une Armée rendue bien plus docile, la SS peut à nouveau parler d’expansion, et Himmler se reprendre à rêver de Gloire et de champs de bataille.

Les champs de bataille, du reste, sont désormais à portée de fusils, même si le premier d’entre eux, l’Autriche, va s’avérer singulièrement paisible…

(1) conçu pour remplacer le Ministère de la Guerre, et totalement inféodé à Hitler, l’OKW a en théorie autorité sur les Etats-majors des trois Armes, à savoir l’Oberkommando des Heeres (OKH), l’Oberkommando der Luftwaffe (OKL), et l’Oberkommando der Marine (OKM). En pratique, celles-ci conservent néanmoins une large indépendance… tout en demeurant elles-mêmes soumises aux constantes directives d’Hitler

vendredi 20 mai 2016

4833 - rebrasser les cartes

von Ribbentrop, en 1938,... et en uniforme de colonel de la SS
... mais après avoir obtenu la démission de Blomberg (27 janvier), puis celle de Fritsch (3 février) Hitler se retrouve confronté à la peur du vide : à quelle personne véritablement digne de confiance pourrait-il bien confier les postes ô combien stratégiques de commandant-en-chef de l'armée de Terre et, surtout, de Ministre de la Guerre,… un poste convoité par plusieurs grosses pointures du régime, à commencer par Hermann Goering et Heinrich Himmler !

Pour ne pas donner plus de pouvoir à l'un ou l'autre de ces deux hommes, le Führer décide alors… d’ajouter le poste de Ministre de la Guerre à sa propre couronne qui, rappelons-le, comprend déjà celles de chef de l'État, de chef du Gouvernement et de chef des Armées !

Et tant qu’à rebrasser les cartes, autant en profiter pour éjecter également quelques dizaines de généraux et officiers supérieurs... ainsi que le Ministre des Affaires étrangères Konstantin von Neurath (4 février) qui, comme nous l'avons vu, s'était lui aussi montré fort critique à son endroit lors de la réunion décisive du 5 novembre 1937.

Dans son cas du moins, le Führer dispose déjà d’une parfaite solution de remplacement, ou plus exactement d’un parfait homme-lige : un ancien représentant en vins de Champagne - par ailleurs colonel dans la SS... et ami d'Himmler (!) - à l'expérience diplomatique certes fort limitée, mais qui offre du moins l'avantage de ne jamais le contredire...

... Joachim von Ribbentrop

"En définitive, l'affaire Blomberg-Fritsch fut, après l'incendie du Reichstag et le "putsch de Röhm", la troisième étape de la consolidation du pouvoir absolu du Führer et, tout spécialement de sa domination sur l'armée. Avec un appareil militaire émasculé et un Ribbentrop belliciste aux Affaires étrangères, c'en était fini de toutes les forces qui auraient pu donner à Hitler des conseils de prudence et le freiner dans son désir personnel de l'expansion la plus rapide possible" (1)

(1) Kershaw, Hitler, tome 2, page 123