jeudi 23 octobre 2014

4248 - la classe cerisier

… 10 novembre 1927

Le Hood est un navire rapide, élancé et élégant… tout le contraire du Rodney, admis en service le 10 novembre 1927, trois mois après son jumeau Nelson.

Il faut dire que pour leur plus grand malheur, ces deux nouveaux cuirassés britanniques ont été victimes des restrictions de tonnage imposées par le Traité de Washington de février 1922 (1)

Au lendemain de la 1ère G.M., architectes et ingénieurs britanniques avaient en effet commencé à plancher sur un ambitieux programme de nouveaux cuirassés et croiseurs de bataille, jaugeant 48 000 tonnes et dotés de canons de 406 à 456mm.

Mais la signature de ce Traité destiné à empêcher, ou du moins à freiner, la course aux armements navals est soudainement venue bouleverser la donne : non contente de devoir se défaire d'une bonne partie de sa flotte existante, la Royal Navy n’a été autorisée à construire que deux cuirassés neufs dans les dix ans à venir, et avec une limitation à 35 000 tonnes chacun.

Il a donc fallu trouver le moyen de ramener à 35 000 tonnes des bâtiments prévus pour en jauger 48 000, et comme il n’était pas question de renoncer aux lourdes plaques de blindage, ni aux énormes canons de 406mm du projet initial, c'est la vitesse qui a été sacrifiée, et ramenée à 23 noeuds, soit 9 de moins que le Hood !

Mais comme ce n’était pas encore suffisant, on a également dû ramener à 220 mètres - 40 mètres de moins que le Hood, et 40 mètres de moins que prévu ! - la longueur de la coque, ce qui a obligatoirement entraîné un repositionnement de la troisième tourelle de l’arrière vers l'avant, conférant ainsi à ces deux bâtiments une allure aussi étrange que peu flatteuse, laquelle leur a immédiatement valu divers surnoms plus ou moins aimables et en particulier l'appellation de "classe cerisier" car "élagués par Washington"...

(1) notamment Saviez-vous que… 3703-3704

mercredi 22 octobre 2014

4247 - "le bien aimé de la Flotte"

… 15 mai 1920

En ce 15 mai 1920, le HMS Hood vient enfin d’être admis en service actif.

Premier d’une série - la classe Admiral - de quatre navires commandés en réaction à la mise sur cales, en Allemagne, de quatre croiseurs de bataille de la nouvelle classe Mackensen (1), sa construction a débuté en septembre 1916 mais, du fait de la guerre, a pris beaucoup de retard.

La construction de ses trois frères ayant été suspendue en mars 1917 - au moment où les Allemands, accaparés par la fabrication des U-boot renonçaient eux-mêmes à achever leurs Mackensen - puis définitivement abandonnée en février 1919, le Hood est finalement demeuré seul de son espèce.

Suite aux enseignements de la Bataille du Jutland - où la Royal Navy a perdu trois croiseurs de bataille et la Kaiserlische Marine un seul - il s’est cependant vu gratifier de 5 000 tonnes de blindage supplémentaire lors de sa construction, ce qui à 42 000 tonnes, et avec 260 mètres de long et huit canons de 15 pouces (381mm), en fait le plus grand et le plus puissant croiseur de bataille jamais construit en Grande-Bretagne, mais aussi, et jusqu’à la mise en service du Vanguard (2) en mai… 1946 (!), le plus gros navire de guerre de la Royal Navy !

Autant de caractéristiques qui, dans les années à venir, vont en faire "le bien-aimé de la Flotte", mais aussi, et surtout, un navire que l’on retrouvera aux quatre coins du monde dans le rôle d’ambassadeur-par-excellence de la puissance navale britannique…

(1) les quatre Mackensen étaient donnés pour 32 000 tonnes et huit canons de 350mm. Aucun ne fut jamais terminé
(2) Saviez-vous que… « A l’arrière de l’avant-garde »

mardi 21 octobre 2014

4246 - presque plus rien

… 1919

Avec la quasi-totalité de ses cuirassés et croiseurs de bataille  gisant désormais au fond de la rade de Scapa Flow (1), et les quelques autres, comme l’Ostfriesland (2), saisis par les Alliés, l’orgueilleuse Kaiserlische Marine de Guillaume II et de Tirpitz, qui en une génération était devenue la deuxième du monde, a été réduite à presque rien.

Et pour l’Allemagne, cette humiliation est d’autant plus terrible qu’elle s’accompagne de l’obligation de verser de gigantesques - et irréalistes - dommages de guerre à ses vainqueurs, lesquels l’ont jugée seule responsable du conflit, ainsi que de leur céder l’ensemble de ses comptoirs et colonies d’outre-mer (3), qui avaient précisément justifié la création d’une telle marine !

En raison des ravages que ceux-ci ont provoqué durant le conflit, la nouvelle Reichsmarine née du Traité de Versailles se voit d’autre part interdire la possession du moindre sous-marin.

Quant à sa flotte de surface, celle ne pourra plus comprendre que quelques croiseurs (très) légers ainsi que six vieux pre-dreadnought.

Paradoxalement, ce sont pourtant ces bâtiments totalement obsolètes et bien incapables de faire peur à qui que ce soit qui vont bientôt assurer la renaissance de la puissance navale allemande…

(1) la plupart d’entre eux seront néanmoins renfloués au cours des années 1920 et 1930 pour être aussitôt ferraillés
(2) le cuirassé Ostfriesland est surtout célèbre pour avoir servi de cible lors des expériences de bombardement menées par l’Américain Billy Mitchell, en juillet 1921 - à ce sujet : Saviez-vous que… 3707
(3) Nauru, la Terre de l'Empereur-Guillaume, l'archipel Bismarck et les Salomon du Nord passeront ainsi sous contrôle australien; les îles Carolines, Mariannes du Nord, Marshall et Palaos, ainsi que les comptoirs allemands en Chine (en particulier Tsingtao) deviendront japonais; la Belgique mettra la main sur le Ruanda et le Burundi, la Grand-Bretagne sur le Tanganyika, et l’Afrique du Sud sur la Namibie; Britanniques et Français se partageront également le Togo et le Cameroun…

lundi 20 octobre 2014

4245 - l'internement

… 11 novembre 1918

A la signature de l’Armistice, le 11 novembre 1918, cette Marine allemande sans tradition et partie de rien est néanmoins parvenue à couler ou à mettre hors de combat bien plus de navires britanniques qu’elle n’en a perdu elle-même de leur fait.

Au Jutland, du 31 mai au 01 juin 1916, dans le seule et véritable engagement qui a opposé les deux flottes (1), elle a même réussi à envoyer trois croiseurs de bataille anglais par le fond, en ne perdant qu’un seul des siens.

Mais quelle importance ? - ce sont les Anglais qui sont restés maîtres du terrain, et les Allemands qui n’ont eu d’autre choix que de retraiter dans leurs ports...

Et à présent, les jeux sont faits : sous équipages réduits, et sous l’étroite surveillance de leurs vainqueurs, les navires survivants prennent la mer les uns après les autres, pour aller se faire interner à Scapa Flow… chez l’ennemi britannique !

Au total, ce sont ainsi 74 bâtiments de guerre, dont 16 cuirassés et croiseurs de bataille, qui vont ainsi se retrouver au nord de l'Écosse, jusqu’à ce funeste jour du 21 juin 1919, lorsque leur parviendra l’ordre officiel du sabordage…

(1) Saviez-vous que… 3664 à 3692

dimanche 19 octobre 2014

4244 - la mutinerie

… Wilhemshaven, 24 octobre 1918

Mais en plus d’être battus en nombre, les cuirassés et croiseurs de bataille allemands, bien que généralement fort bien conçus -  en particulier au niveau du blindage - et habilement commandés, sont également surclassés en puissance de feu : ils ne portent en effet que du 305, voire du 280mm, contre du 340 ou même du 380mm pour leurs rivaux britanniques les plus récents.

Durant quatre ans, et malgré tous les efforts des ingénieurs, des ouvriers… et des contribuables allemands, ce double écart ne sera jamais comblé (1) en sorte que, confrontée en permanence au danger d’être anéantie par un adversaire très supérieur si elle s’aventure en mer, la Kaiserlische Marine ne quitte pour ainsi dire pas ses ports !

De toute manière, ce n’est pas sur Mer, mais bien sur Terre, et dans les tranchées où sert un certain caporal Adolf Hitler, que cette guerre se joue.

Et au bout du compte, ce sont pas les obus britanniques, mais bien la mutinerie, qui a finalement raison de cette marine : le 24 octobre 1918, à Wilhemshaven, les équipages de plusieurs cuirassés, qui sont au courant des rumeurs d’Armistice, refusent d’appareiller pour livrer l’ultime baroud d’honneur réclamé par leurs chefs. (2)

Bientôt, la rébellion gagne Kiel, puis le reste de l’Allemagne, et précipite la chute du Kaiser, contraint à abdiquer puis à chercher refuge aux Pays-Bas…

(1) seuls cuirassés allemands à porter du 380mm, les Bayern et Baden n’entreront en service qu’après la Bataille du Jutland, et ne prendront pour ainsi dire jamais la mer.
(2) Saviez-vous que… 3695-3696

samedi 18 octobre 2014

4243 - "tenir son rang"

… septembre 1914

Bon gré mal gré, toutes les marines soucieuses de "tenir leur rang" n’ont à présent d’autre choix que d’emboîter le pas au Britanniques, et donc de se mettre à construire elles aussi des dreadnought., et bientôt des super-dreadnought, puisque chacun se retrouve lancé, sans vraiment l’avoir voulu, dans une nouvelle surenchère aux armements.

Avec ses 20 000 tonnes et ses 10 canons de 305mm, le Dreadnought de 1906 paraît certes gigantesque par rapport à ses devanciers, mais il fait déjà figure de nain huit ans plus tard, à l'entrée en service de l'Iron Duke, qui avoue 5 000 tonnes de plus, et 10 pièces de 340mm !

Cette constante prise de poids et de puissance coûte évidemment fort cher, car chaque lancement d’un nouveau monstre marin défonce allègrement le budget de son prédécesseur,… en plus d’entraîner de nombreux frais accessoires qui, pour les Allemands, se traduisent notamment par l’obligation d’élargir le Canal de Kiel - qui relie la Baltique à la Mer du Nord - afin d’y permettre le passage de ces mastodontes.

A la veille de la guerre, et au prix d'un effort industriel et financier démesuré, la Kaiserlische Marine aligne une douzaine de dreadnought ainsi que cinq grands croiseurs de bataille (1), soit bien plus que la France, l'Italie ou les États-Unis, mais toujours bien moins que la Grande-Bretagne…

(1) apparu dans la foulée du dreadnought, et quasi-identique à celui-ci, le croiseur de bataille, conçu pour servir d'éclaireur à la flotte, dispose du même armement que le cuirassé mais sacrifie une partie de son lourd blindage au bénéfice de la vitesse.

vendredi 17 octobre 2014

4242 - inutile

… 10 février 1906

Parce qu’elle devra un jour ou l’autre - Guillaume II et Tirpitz en sont convaincus - affronter la Royal Navy, la Kaiserlische Marine devra donc être aussi kolossale que sa rivale, ce qui, puisque l’on part d’une feuille blanche, va imposer des années, et même des décennies, d’efforts et d’investissements.

Reste que tout cela est en définitive… inutile, puisque les Britanniques, qui n’ont évidemment aucune envie de se voir ravir la première place, ne manqueront pas, dès qu’ils auront pris la mesure des intentions allemandes, d’améliorer et de développer encore davantage leur flotte existante, en sorte que la Kaiserlische Marine se trouve, dès sa naissance, en 1871, engagée dans un cercle vicieux, et une lutte sans espoir.

Pour l’heure, et sans même avoir besoin de tirer un seul coup de canon, les Anglais vont d’ailleurs remporter une importante victoire : le 10 février 1906, ils lancent en effet le premier d’une nouvelle série de cuirassé, le Dreadnought (1), qui, en puissance de feu, en vitesse, en blindage… et en coût (!), surclasse irrémédiablement tout ce qui existait jusque-là.

Et pour l’Allemagne, c’est une très mauvaise nouvelle, qui va la contraindre à emboîter le pas, donc à envoyer à la ferraille, ou du moins à ne plus admettre qu’en seconde ligne, tous les cuirassés neufs qu’elle venait tout juste de construire au prix d’un effort démesuré !

Et ce n’est que le début…

(1) Saviez-vous que… 3654 à 3656