jeudi 24 mai 2018

5567 - la fin du Musashi

Le Musashi, à l'agonie en Mer de Sibuyan
… Mer de Sibuyan, 24 octobre, 08h00

Il ne fallait pas être grand clerc pour deviner que cet affrontement dans le Passage de Palawan, aux premières heures du 24 octobre, allait rameuter le ban et l’arrière-ban de l’Aéronavale américaine.

De fait, vers 08h00, les navires de Kurita, qui viennent de s’engager en Mer de Sibuyan sont pris à partie par plusieurs centaines de chasseurs et de bombardiers-torpilleurs américains partis des porte-avions Enterprise, Intrepid, Cabot, Lexington, Essex et Franklin.

Et les résultats ne se font pas attendre. : touché par une torpille, le croiseur Myoko doit à son tour se replier sur Bornéo, mais des bombes s’abattent également sur le croiseur Tone, les cuirassé Nagato et Haruna, et surtout les super-cuirassés Yamato et Musashi !

Si le premier-cité s’en tire sans trop de casse, la situation est beaucoup plus grave pour le second, sur lequel les Américains, flairant la bête blessée, vont à présent s’acharner.

Vague après vague, bombardiers et torpilleurs se relaient au-dessus de l’immense bâtiment de 70 000 tonnes qui s’enfonce lentement par l’avant....

mercredi 23 mai 2018

5566 - les premières victimes

Le croiseur Atago, navire-amiral de Kurita, coula en seulement quelques minutes
... et non contents de donner immédiatement l’alerte, les deux submersibles américains, décidément fort vexants, vont, dès l’aube, torpiller les croiseurs lourds Takao, Maya et Atago !

Le premier, gravement endommagé, n’a d’autre choix que de faire immédiatement demi-tour pour regagner Bornéo, puis Singapour où, jugé irréparable, il finira la guerre comme simple batterie antiaérienne, échouée dans la rade.

Les deux autres, en revanche, coulent en quelques minutes.

Et sur l’Atago, par ailleurs navire amiral de Kurita (!), le naufrage est si rapide que l’amiral lui-même en est quitte pour un bain forcé avant d’être secouru par les marins du super-cuirassé Yamato !

Dans cette bataille, connue sous le nom de "Passage de Palawan", les Japonais viennent donc de perdre trois croiseurs sans même avoir eu la satisfaction d’apprendre qu’un des sous-marins américains, échoué peu après sur un haut-fond, a dû être abandonné par son équipage.

Plus grave encore : la formation d’Ozawa, autrement dit "l’appât", n’a quant à elle  toujours pas été détectée par les Américains qui, dans les heures suivantes, vont au contraire porter toute leur attention, et leurs moyens, sur celle de Kurita !

mardi 22 mai 2018

5565 - quand la massue est découverte

La flotte japonaise, quittant Borneo. En rouge, les premières victimes...
… oubliées la fuite de Bataan, l'humiliation de la défaite, et surtout cette interminable attente qui n'a fait qu'exacerber la frustration de cet homme qui n'a jamais cessé de remuer le Ciel, la Terre,… mais aussi ses nombreuses relations politiques, afin de revenir aux Philippines, qu’il s’est juré de débarrasser du moindre soldat japonais, même s'il doit, pour y arriver, nuire à l'intérêt supérieur des États-Unis…

Sur le terrain, et pour le moment, l’affaire ne se passe en tout cas pas trop mal : face à une résistance japonaise sporadique et qui tarde à s'organiser, Tacloban, capitale de la Province de Leyte tombe dès le lendemain, 21 octobre, ce qui, deux jours plus tard, permet au grand homme d’y organiser une seconde cérémonie, laquelle consacre cette fois officiellement la restauration de la souveraineté philippine qui, pour l’heure, ne s’étend encore que sur une minuscule partie de l’archipel.

Les Japonais sont cependant loin d’avoir dit leur dernier mot : aussitôt le débarquement américain connu, leur Flotte a en effet appareillé, en application du plan Sho-Go-1

Mais comme la première victime de la bataille est toujours le plan de la bataille, Sho-Go-1 ne va pas faire exception car, contre toute attente, ce n’est en effet pas "l’appât" – les porte-avions d’Ozawa – mais bien la "massue" – les cuirassés de Kurita - qui sont découverts le 23 octobre 1943, peu avant minuit, par deux sous-marins américains en maraude près de l’île de Palawan

lundi 21 mai 2018

5564 - ""Peuple des Philippines, je suis revenu !"

MacArthur, débarquant à Leyte : "Peuple des Philippines, je suis revenu !"
… Leyte, 20 octobre 1944

Sur la passerelle du croiseur USS Nashville, le général Douglas MacArthur contemple le rivage des Philippines, ce même rivage que les Japonais l’avaient honteusement contraint à abandonner, le 12 mars 1942..

Et après quatre heures d’une violente préparation d’artillerie, les premiers soldats américains commencent à prendre pied sur les plages de Leyte, que des groupes de commandos, débarqués trois jours auparavant, ont reconnu praticables et surtout libres de mines.

A vrai dire, dans les premières heures, ce sont bien davantage les marais que les combattants japonais qui gênent la progression des troupes, en sorte qu’à 13h30, la zone est considérée comme suffisamment sécuritaire pour permettre l’arrivée du Président philippin Sergio Osmeña, mais aussi, et surtout, celle du grand homme en personne qui, en authentique diva, se fend aussitôt d’une proclamation aussi historique que soigneusement préparée.

"Peuple des Philippines, je suis revenu ! Par la grâce de Dieu-tout-puissant, nos forces se dressent à nouveau sur le sol philippin".

dimanche 20 mai 2018

5563 - prolonger la guerre

kamikazes, peu avant leur dernier décollage...
Soemu Toyoda, Takijiro Onishi,... mais aussi leurs équivalents allemands, ne sont pas des monstres dénués de tout sentiment, mais bien des soldats qui s’efforcent tout simplement de trouver une issue à une situation militaire impossible.

Leur ambition n’est nullement de gagner la guerre, mais bien d’utiliser de la manière la plus efficace possible les (faibles) moyens dont ils disposent, et ce dans le but de remporter un succès de nature à prolonger la dite guerre de quelques semaines ou de quelques mois, soit le temps que se produise un "miracle" ou, à défaut, que scientifiques, politiciens ou diplomates découvrent une autre manière de mettre fin au conflit.

Bien sûr, la stratégie de l’un et l’autre est authentiquement suicidaire.

C’est l'évidence-même pour les avions kamikaze d’Onishi, mais c’est également le cas pour une bonne partie de la flotte japonaise de Toyoda : si Halsey tombe effectivement dans le piège qui lui est tendu, les quatre porte-avions d’Ozawa, qui constituent "l’appât", sont obligatoirement condamnés, de même d’ailleurs que leurs équipages en entier !

De plus, personne, dans le camp japonais, ne doute que Halsey, après s’être rendu compte de sa méprise, ne reporte aussitôt sa fureur sur les cuirassés de Kurita,… a fortiori si ces derniers, comme le prévoit le plan, ont réussi à profiter de la dite méprise pour massacrer les troupes américaines débarquées à Leyte !

Mais, de toute manière, si le Japon perd les Philippines, il perd aussi, à brève échéance, le pétrole d’Indonésie, ce pétrole pour lequel il est précisément entré en guerre, et sans lequel il ne peut la continuer !

Et à quoi serviraient, dès lors, avions et navires de guerre s’ils se retrouvaient intacts mais cloués au sol ou au port par le manque d’essence…

samedi 19 mai 2018

5562 - pourquoi faire compliqué quand on peut faire... plus compliqué...

La Bataille de Leyte : cinq combats différents en seulement quelques jours !
… mais histoire de compliquer encore un peu plus les choses, la force "massue" se décomposera elle-même en trois forces distinctes  !

* la force principale sera constituée par les cinq cuirassés, les douze croiseurs et les quinze destroyers du vice-amiral Takeo Kurita qui, partis de Bornéo, attaqueront Leyte par le Nord, après avoir franchi le Détroit de San Bernardino.

* ceux-ci seront épaulés par une deuxième force, à savoir les deux cuirassés, le croiseur et les quatre destroyers du vice-amiral Shoji Nishimura, qui partiront eux aussi de Bornéo mais attaqueront par le Sud, après avoir franchi le Détroit de Surigao,… en compagnie d'une troisième force (!) beaucoup plus modeste, celle du vice-amiral Kiyohide Shima, comprenant seulement trois croiseurs et quatre destroyers partis du Japon.

Au final, Sho-Go-1 va donc mobiliser pas moins de quatre forces différentes, opérant indépendamment l’une de l’autre, et qui rencontreront - on s’en doute déjà ! - de telles difficultés à coordonner leur action que la future Bataille de Leyte va en pratique se dérouler en cinq lieux différents !

Plus encore qu’à la Bataille de la Mer des Philippines, les chances de succès d’un  tel plan sont donc, dès le départ, à peu près nulles, mais l’erreur à ne pas commettre serait d’en limiter l’analyse à la seule probabilité de succès ou d’échec….

vendredi 18 mai 2018

5561 - la simplicité de la carte

Les Philippines : sur la carte, tout était simple...
... mais outre son caractère totalement irréaliste, Sho-Go-1 souffre, comme la quasi-totalité des plans élaborés par la Marine impériale depuis le début de la guerre, de sa très - et beaucoup trop - grande complexité

Comme Yamamoto avant lui, l'amiral Soemu Toyoda, commandant-en-chef de l'Aéronavale japonaise, a en effet imaginé une mécanique sans doute facile à expliquer sur une carte, mais hélas bien plus difficile à mettre en œuvre sur l'océan.

Sur une carte, donc, et s’agissant de Leyte, l'affaire se présente en tout cas comme suit.

* partis de Bornéo, les gros cuirassés japonais - Yamato et Musashi en tête - seront utilisés comme "massue" afin d'écraser les troupes américaine dès qu'elles débarqueront.

* …. mais compte tenu de l'énorme supériorité de l'Aéronavale ennemie, cette opération ne pourra être réalisée qu'à la condition expresse d'attirer la Troisième Flotte de Halsey loin des plages, ce qui implique donc de lui tendre un "appât" suffisamment attirant pour qu’elle s’y précipite, abandonnant ainsi sa mission de protection.

* et ce rôle "d'’appât" sera tenu par les quatre porte-avions et les deux "cuirassés porte-avions" du vice-amiral Jisaburo Ozawa, partis du Japon accompagnés de trois croiseurs et de six destroyers, mais alignant à peine une centaine d'avions.