mardi 19 septembre 2017

5320 - sans issue

Un Sturmgeschutz abandonné... comme tant d'autres
... dès les premières heures de l'offensive, le ravitaillement des uns et des autres s'avéra donc un formidable casse-tête, dont personne n'avait vraiment imaginé l'ampleur, et auquel personne ne fut en mesure d'apporter une solution.

Sur les rares routes disponibles, et aux carrefours, il n'était pas rare de voir les soldats, et même les officiers, en venir aux poings pour que "leur" ravitaillement puisse circuler à la place de celui d'une autre unité !

Lorsque les conditions météo s'amélioraient, la progression des hommes, des Panzers,... et du ravitaillement s'en trouvait grandement facilitée, mais on pouvait être sûr, dans ce cas, de voir aussitôt apparaître dans le ciel les avions ennemis, qui se chargeaient de transformer le tout en débris ensanglantés !

Et puisque les unités ne progressaient pas assez vite à son goût, Hitler décidait de leur envoyer des renforts... qui s'entassaient sur les mêmes routes et aux mêmes carrefours, augmentaient encore un peu plus la consommation d'essence,... et s'avéraient de toute manière incapables de faire pencher la situation en faveur du Reich puisque les Américains, de leur côté, réussissaient à envoyer encore davantage de renforts, et plus rapidement qu'Hitler et l'État-major ne l'avaient cru possible...

lundi 18 septembre 2017

5319 - le paradoxe météo

sherman embourbé, décembre 1944
... mais en définitive, la sous-estimation la plus flagrante, qui scella le sort de toute l'affaire, fut celle de l'influence, sur la progression des troupes, de la météo exécrable... dont ces mêmes troupes avaient impérativement besoin pour pouvoir progresser !

Car c'est l'immense paradoxe, et la savoureuse ironie, de Wacht am Rhein : cette opération ne pouvait réussir que si l'on parvenait à soustraire "l'Artillerie aérienne" des Alliés de l'équation.

Comme la Luftwaffe n'était pas en mesure de le faire, il ne restait donc plus alors qu'à attaquer en plein hiver,... ce que l'armée allemande n'avait jamais fait depuis les débuts de l'ère moderne; et comme les humeurs du général hiver étaient malgré tout changeantes, toute l’opération devait dès lors être bouclée en une semaine seulement, soit la limite habituelle des prévisions météorologiques.

Et de fait, durant la première semaine de l'offensive, les avions alliés furent pour ainsi dire absents du ciel. 

Le problème, c'est que, dans le même temps, les Volksgrenadiers devaient au moins autant lutter contre la neige et le froid que contre les G.I.'s, alors que les Panzers propulsaient quant à eux  leur consommation d'essence vers des sommets inavouables et surtout nullement prévus !

dimanche 17 septembre 2017

5318 - le Principe de Peter

soldats américains, devant des cadavres d'Allemands gelés, janvier 1945
… placer Josef "Sepp" Dietrich à la tête de la VIème Armée, considérée comme le fer de lance de cette offensive vitale pour le Reich, fut à l’évidence une erreur, dont Hitler seul porte la responsabilité.

La "volonté" et le courage personnel de Dietrich ne furent jamais en cause, mais en se retrouvant propulsé à la tête d’une Armée et non plus d’une division, ce dernier avait visiblement frappé de plein fouet le Principe de Peter : face aux défenses érigées par les Américains sur et autour de la Crète d’Elsenborn, Dietrich se contenta en effet de lancer, jour après jour, des attaques frontales plus brutales et inefficaces les unes que les autres, sans donner à aucun moment l’impression qu’il pourrait réussir.

L’opiniâtreté des Américains à résister, et à ne pas céder un pouce de terrain, avait certes été gravement sous-estimée - les Allemands méprisaient volontiers cette US Army trop souvent composée de Juifs et de Nègres - mais on peut néanmoins affirmer qu’à la place de Dietrich, un officier de carrière comme Manteuffel aurait obtenu de meilleurs résultats.

Hitler, du reste, avait lui-même fini par le reconnaître implicitement, en privant Dietrich de ses deux divisions de Panzers de réserve pour les confier à Manteuffel, qui certes avançait beaucoup plus lentement que prévu, mais avait au moins le mérite de continuer à avancer.

Le dossier de Manteuffel fut pourtant loin d’être sans tache, en particulier devant Bastogne, lorsque, lui aussi victime du syndrome des sur- et sous-évaluation chroniques, il estima être en mesure de prendre la ville avec ses seules divisions d’Infanterie, et expédia donc au loin, vers la Meuse, ses divisions blindées qui, si elles avaient été immédiatement mises en œuvre, auraient certainement privés le général McAuliffe d’une répartie historique…

samedi 16 septembre 2017

5317 - "incapable de réaliser qu’il ne commande plus l’armée de 1939-1940"

Jagd Tiger définitivement enlisé... à l'image du Troisième Reich
… toutes ces difficultés, bien sûr, étaient surmontables et faisaient assurément partie du cours normal de toute guerre, mais le problème, c’est que leur nombre, mais aussi le temps et les efforts nécessaires pour les surmonter, avaient, là encore, été largement sous-estimés !

On pouvait toujours installer un pont provisoire ici, ou effectuer un détour de quelques dizaines de kilomètres là-bas, mais cela exigeait de perdre plusieurs heures, voire plusieurs jours, et aussi de brûler des milliers de litres d’essence supplémentaires : la longue errance du Kampfgruppe Peiper de routes en routes et de ponts en ponts jusqu’à la panne d’essence finale constitue à cet égard l’exemple parfait des problèmes rencontrés par les divisions allemandes tout au long de Wacht am Rhein.

A cela s’ajoutaient les effets, impossibles à mesurer mais pourtant bien réels, provoqués par quatre années de guerre sur le niveau opérationnel des unités elles-mêmes, où la plupart des vétérans ayant connu le succès en France ou en URSS avaient dû être remplacés par des recrues qui, mal formées et trop jeunes ou trop vieilles, n’étaient plus que l’ombre de leurs aînés.

Hitler, déclara Manteuffel, "est malheureusement incapable de réaliser qu’il ne commande plus l’armée de 1939-1940" (1).

Et c'était d’autant plus vrai que le Führer ne faisait plus du tout confiance à cette armée ! Depuis le siège de Moscou, à l’hiver 41-42, et, surtout, depuis Stalingrad, l’année suivante, l’armée n'avait jamais cessé de le "décevoir" et de lui "désobéir". Et depuis l’attentat raté du 20 juillet 1944, il la suspectait même de vouloir le « trahir » en permanence, ce qui l’avait d’ailleurs amené à placer Wacht am Rhein sous le commandement opérationnel d’un SS d’abord et avant tout reconnu pour sa fidélité à sa propre personne plutôt que pour ses capacités militaires…

(1) Piketty, op. cit.

vendredi 15 septembre 2017

5316 - la démonstration impossible

un Jagd Tiger : une gloutonnerie impossible à satisfaire
… pour plaire au Führer, ou tout simplement parce qu’ils voulaient eux aussi encore croire à un succès, les responsables militaires avaient alors rédigé Wacht am Rhein en conséquence : en surestimant systématiquement les "pour", et en sous-estimant tout aussi systématiquement les "contre", ils avaient ainsi fini par "démontrer" que l’affaire était en tout cas jouable.

Or, elle ne l’était pas !

Sur la base des réserves de carburant disponibles, et de la consommation moyenne des Panzers sur route, ils avaient ainsi "démontré" qu’il était "possible" de se rendre jusqu’à Antwerpen, mais personne ne s’était vraiment intéressé aux difficultés que poserait l’acheminement de ce carburant sur quelque 200 kms, ni, surtout, au fait qu’au combat, hors-route, dans la neige, et par des températures largement inférieures à zéro, la consommation des tanks serait facilement multipliée par trois ou quatre !

Ils avaient également tenu pour acquis que l’on s’emparerait, intacts (!), de tous les dépôts de carburant alliés situés sur le parcours, ce qui suffisait ainsi à "démontrer" que le problème de l’essence n’en était pas vraiment un.

Cet aveuglement volontaire eut des conséquences catastrophiques : partout dans les Ardennes, les Alliés découvrirent des centaines de chars et de véhicules divers, que leurs occupants avaient dû se résoudre à abandonner après qu’ils soient tombés en panne d’essence !

Les contraintes particulières que posait à présent l’usage de tanks de 15 à 40 tonnes (!)... plus lourds que les Sherman américains, ou que les traditionnels Panzer IV, avaient également été passées sous silence, avec pour résultat que les chefs de chars virent à plusieurs reprises des ponts entiers s’effondrer sous leurs chenilles, ou découvrirent à la dernière minute que le seul pont sur lequel ils pouvaient passer avait été détruit par l’ennemi ou, comme à Dinant, que la route qu’ils se proposaient d’emprunter était trop étroite pour leur Panzer

jeudi 14 septembre 2017

5315 - la "volonté"... et les faits

la vache, la neige,... et le tank américain
… personne, parmi les généraux combattant à l’Ouest, n’avait contesté les arguments qui militaient en faveur d’une offensive à cette période de l’année, et en cet endroit bien précis du Front

Mais le problème, avec Hitler, c’était sa tendance à surestimer largement le potentiel de ses troupes, et à sous-estimer tout aussi largement non seulement celui des troupes adverses mais aussi les inévitables problèmes liés à la météo ou à la nature du terrain à traverser.

Cette tendance était déjà manifeste lors de Barbarossa, à l’été 1941, lorsqu’il n’avait par exemple vu aucune incongruité dans le fait de partir en guerre avec seulement 2 800 avions… c-à-d moins que lors de la Campagne de France, un an auparavant !

Et cette tendance était devenue de plus en plus dramatique au fil des mois, et des revers. Pour Hitler, la "volonté', la sienne et celle de cette "race supérieure" qu’était le peuple allemand, pouvait en effet surmonter tous les obstacles, qu’il s’agisse des distances, du froid, de la boue, de la neige ou, tout simplement, de la supériorité numérique de l’ennemi.

Mais la "volonté' ne pouvant malheureusement triompher de la simple et dure épreuve des faits, le Führer en était tout simplement venu, à la fin de la guerre, à ne même plus voir ou écouter les faits qu’on lui présentait : lorsque Guderian, le 9 janvier 1945, lui avait expliqué que les Soviétiques allaient, d’ici quelques jours, lancer une offensive avec… dix fois plus de tanks, de canons, d’avions et d’hommes que n’en alignait l’Allemagne sur le Front de l’Est, Hitler avait refusé d’y croire, refusé de l’écouter, et plutôt considéré que le responsable de ce rapport "aberrant"  "devrait immédiatement être enfermé dans un asile d'aliénés"…

mercredi 13 septembre 2017

5314 - trop grand, trop loin

soldat américain, prenant un peu de repos...
… pour Wacht am Rhein, Hitler a de toute évidence vu trop grand, et trop loin.

A sa décharge, il est néanmoins évident que seule une action d’éclat à l’Ouest, c-à-d un "grand coup", était susceptible de lui apporter les quelques semaines et peut-être même les quelques mois de répit dont il estimait avoir besoin pour renforcer ses positions à l’Est.

Cette ambition, nous l’avons dit, était purement chimérique, mais à partir du moment où la capitulation était exclue par principe, et où une attitude strictement défensive ne pouvait en rien changer l’issue de la guerre, c’était la seule conduite à tenir : même couronnée de succès, une attaque sur un objectif plus modeste, comme les Ière et IXème Armée américaines autour d’Aachen, que proposait notamment Model, n’aurait nullement dissuadé les Anglo-Américains de mener leur propre offensive vers Berlin quelques jours ou semaines plus tard.

Bien plus conscient des réalités, et en particulier des véritables possibilités de l’armée allemande de cette fin de guerre, les militaires professionnels comme Model, von Runstedt, ou même Dietrich (!), savaient parfaitement qu’ils n’avaient pour ainsi dire aucune chance, avec les moyens somme toute limités dont ils disposaient, d’atteindre Antwerpen ni, a fortiori, de l’atteindre en seulement une semaine (!), mais ils se sont néanmoins ralliés au plan d’Hitler non par servilité, peur ou devoir, comme on l’a trop souvent écrit, mais d’abord et avant tout parce qu’ils reconnaissaient n’avoir rien de fondamentalement meilleur à proposer dans les circonstances ô combien dramatiques du moment.

Hitler, du reste, n’était ni un "fou" ni un homme "qui ne comprenait rien à la guerre" : pour Wacht am Rhein, par exemple, il avait parfaitement saisi l’intérêt d’attaquer au beau milieu d’un hiver qui ne pourrait que clouer l’Aviation alliée au sol, d’attaquer dans une forêt que les Alliés jugeaient quasiment impénétrable et où ils n’entretenaient donc qu’un minimum de troupes, d’attaquer dans un secteur presque exclusivement défendu par des troupes mises au repos ou alors sans aucune expérience de la guerre, et d’attaquer avec, pour une fois, davantage de troupes que n’en possédait l’ennemi…