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mercredi 31 août 2005

906 - ainsi passe la gloire du monde...

... commencée en 1895 par l'annexion de Formose, poursuivie en 1905 par la prise de Port-Arthur et la déroute des armées russes, l'ascension du Japon au rang de puissance impériale fut vertigineuse.

Sa chute, cinquante ans plus tard, le fut davantage encore.

En guise de tribut payé à ses vainqueurs, le Japon dévasté, ravagé d'un bout à l'autre par les bombardements américains, dut en effet se défaire de ses conquêtes indonésiennes, malaisiennes, philippines, indochinoises ou birmanes, mais aussi de toutes les colonies qu'il possédait avant-guerre, à commencer par la Corée, Formose, la Mandchourie, mais aussi les îles Sakhaline et Kouriles, dont la Russie de Staline s'empara le 23 août 1945, sans même avoir à combattre, et huit jours après que l'empereur Hirohito lui-même, enfin sorti de sa réserve, eut officiellement annoncé la capitulation.

Pour le Japon, la déclaration de guerre de l'URSS, deux jours après le lancement de la première bombe atomique sur Hiroshima, fut la goutte de trop, "l'ultime coup de poignard dans le dos", qui brisa à jamais les rêves de domination japonaise sur l'Asie-Pacifique.

Tout cela n'avait été qu'un rêve, qui gisait à présent sous les gravats d'un pays en ruines.

Ainsi passe la gloire du monde.

mardi 30 août 2005

905 - la Fin des kamikazes

... au plus fort de la campagne kamikaze, à Okinawa, entre mars et août 1945, les avions suicide japonais détruiront 9 destroyers et 6 transports américains, endommageront plus ou moins gravement 10 cuirassés, 16 porte-avions, 4 croiseurs, 81 destroyers, 44 transports et 62 plus petits bâtiments, et coûteront la vie à plus de 4 500 marins américains.

Une saignée qui acheva de persuader le Président Trumman de lancer la bombe atomique...

Le plus souvent, pourtant, les attaques kamikazes se soldaient par de sanglants échecs. Ainsi en fut-il le 21 mars 1945, lorsque 18 bimoteurs "Betty", emportant chacun une fusée-suicide "Ohka", décollèrent pour Okinawa, escortés par une trentaine de "Zéro". A 90kms de l'objectif, la formation nippone fut interceptée par une cinquantaine de "Hellcat" américains, qui envoyèrent au tapis les 18 bimoteurs, les avions suicide qu'ils transportaient, et 16 "Zéro" en prime (!)

En apprenant la nouvelle, au soir, le Vice-Amiral Ukagi, qui les avait vu partir au matin, pleura.

Encore eut-il la chance de ne pas assister à la capitulation du Japon, consécutive au lancement de deux bombes atomiques - solutions américaines au problème des attaques suicides japonaises - sur Hiroshima et Nagasaki : il se fit lui-même kamikaze et s'en fut rejoindre ses hommes, en s'écrasant avec son avion sur un navire américain, au large d'Okinawa.

Quant à Takijiro Onishi, véritable père des "kamikazes", il se fit seppuku, mettant un terme à une épopée aussi sanglante qu'inutile...

lundi 29 août 2005

904 - la solution du désespoir

... contre toute logique occidentale, des milliers et des milliers de jeunes gens se portèrent volontaires pour mourir lors des attaques kamikazes.

Le succès fut même tel qu'il fallut expressément l'interdire aux pilotes vétérans, que le Haut-Commandement nippon décida plutôt d'affecter à l'escorte des pilotes-suicide.

Il s'agissait en effet d'envoyer principalement - sinon exclusivement - à la Mort de jeunes pilotes débutants, qu'on ne pouvait de toute manière plus former davantage, faute d'essence pour les entraîner. Il s'agissait aussi de sacrifier tous les appareils périmés - et ils étaient nombreux - qui, même aux mains de pilotes très expérimentés, n'avaient aucun espoir de l'emporter sur les surpuissants "Corsair", "Hellcat" et autres "Mustang" américains.

Sachant à peine décoller, et aux commandes d'appareils aussi périmés que bourrés d'explosifs, les jeunes pilotes suicide n'avaient évidemment aucune chance de parvenir au but - survivre étant bien entendu exclu - s'ils rencontraient les innombrables chasseurs que les Américains ne manquaient jamais de lancer sur leur route. Et s'ils parvenaient néanmoins à tromper leur vigilance, ils devaient ensuite vaincre la formidable muraille d'acier que des centaines de canons de DCA dressaient devant eux.

De fait, sur les quelque 2 400 avions de l'aéronavale japonaise qui furent lancés contre les forces américaines, seuls 530 parvinrent finalement à s'exploser sur les navires visés, coulant 26 d'entre eux et endommageant 400 autres à des degrés divers.

En vérité, et compte tenu de l'écrasante supériorité américaine, pareils résultats n'auraient jamais pu être obtenus par des moyens conventionnels, c-à-d en laissant aux pilotes une chance, même infime, de survie...

dimanche 28 août 2005

903 - le vent divin

... lorsque le Vice-Amiral Onishi se retrouva aux commandes des forces aériennes japonaises des Philippines, à l'automne 1944, celles-ci avaient pratiquement cessé d'exister.

Pour le bombardement, ne demeuraient en état de vol qu'une soixantaine de bimoteurs surnommés "briquets volants" en raison de leur détestable habitude de s'enflammer à la moindre rafale d'un avion américain.

La situation n'était pas plus reluisante au niveau de la chasse, où l'appareil le plus courant - encore qu'en nombre dramatiquement insuffisant - restait le vieux Mitsubishi "Zéro", dont certains dataient même de 1941.

Impossible, dans ces conditions, de lutter avec la moindre chance de succès contre les dizaines de navires et les centaines d'appareils ultra-modernes que les Américains lancèrent à la reconquête des Philippines, le 20 octobre 1944.

Lors d'une réunion décisive à Clark Field, le 19 octobre, les commandants d'escadrille japonais se rendirent aux arguments d'Onishi, et décidèrent de précipiter leurs avions - et bien entendu leurs pilotes - sur les forces américaines.

Ainsi naquirent les Kamikaze Tokobetsu Kogekitai, ou "groupes d'attaque spéciaux kamikaze", qui tiraient leur nom d'une légende du XIIIème siècle, dans laquelle un typhon divin détruisait la flotte du Mongol Koublaï Khan au moment où celui-ci s'apprêtait à conquérir le Japon...

samedi 27 août 2005

902 - une logique implacable

... à la fin de 1944, il était devenu évident que le Japon allait bientôt perdre la guerre qu'il avait initié trois ans auparavant, en attaquant la flotte américaine à son mouillage de Pearl Harbour.

Sur terre, sur mer, dans les airs, les forces japonaises ne cessaient de reculer, combattant toujours jusqu'à la Mort, mais avec de moins en moins d'espoirs de parvenir à stopper le rouleau-compresseur américain.

Les pertes d'aviateurs expérimentés s'étaient avérées impossibles à combler. Et même lorsqu'elles disposaient d'un matériel performant - ce qui restait rare - les nouvelles recrues n'avaient ni la formation ni le carburant nécessaires pour les utiliser à leur avantage contre des Américains toujours mieux équipés, mieux entraînés, et supérieurs en nombre.

Tous les efforts de l'industrie japonaise pour fabriquer de meilleures armes, tout le courage des soldats nippons pour les utiliser, ne servaient donc à rien,... si ce n'est à améliorer le tableau de chasse des Américains eux-mêmes.

Il fallait donc trouver autre chose...

vendredi 26 août 2005

901 - les kamikazes

... on ne gagne pas une guerre en se faisant tuer, mais bien en tuant les autres. Pourtant, dans le cas des pilotes kamikazes, se faire tuer constituait bel et bien la manière la plus efficace de tuer aussi les autres.

Si le suicide en combat aérien avait toujours existé dans l'armée japonaise - et même dans toutes les armées du monde - il n'avait jusque là concerné que des pilotes isolés et parfois grièvement blessés, agissant de leur propre initiative, aux commandes d'appareils souvent trop gravement endommagés pour poursuivre le combat ou rentrer à leur base.

On avait déjà vu, et à maintes reprises, des pilotes français, allemands, britanniques, polonais, russes, américains, et bien entendu japonais, ivres de rage ou d'orgueil, précipiter leur machine vers les navires, bâtiments ou avions ennemis, recherchant la Mort dans un ultime geste de défi ou de sacrifice, et cherchant à y entraîner un maximum d'adversaires avec eux.

Mais on n'avait encore jamais vu le suicide ordonné, et systématique, de centaines et de centaines d'aviateurs.

On n'avait encore jamais vu les kamikazes...

jeudi 25 août 2005

900 - trop peu, trop tard

... à la fin de 1944, les pilotes japonais commencèrent à disposer de quelques avions qui, à l'image du Nakajima Ki-84 étaient enfin semblables à ceux - lourdement blindés et armés - de leurs adversaires américains.

Mais à la fin de 1944, plus de 80% des pilotes japonais formés dans l'avant-guerre étaient déjà morts au combat (!)

Insuffisamment formés - faute de moyens et surtout d'essence - leurs successeurs n'étaient plus que l'ombre de leurs glorieux aînés. Et s'ils disposaient à présent d'appareils sinon idéaux du moins convenables pour affronter leurs adversaires américaines, ceux-ci ne leur servaient à rien, sinon à se faire descendre comme moineaux le jour de l'ouverture de la chasse, comme le reconnut le contre-amiral Jojima en 1945..

"(...) en octobre 1942, nos équipages de bombardiers en piqué venaient de terminer un ultime cycle d'entraînement au Japon (...) contre le navire-cible Settsu (...) Ces tests avaient montré que des scores de neuf coups au but sur neuf piqués étaient chose courante. Dans les mêmes conditions d'attaque [sur le même navire, en juin 1944] le nombre de coups au but dépassa alors rarement un pour neuf piqués. Il était impossible pour nos jeunes sortant tout droit des écoles d'acquérir en quelques semaines, voire quelques jours, le niveau que leurs aînés avaient mis des années à atteindre".

mercredi 24 août 2005

899 - l'asphyxie

... petit à petit, la stratégie de "grignotage" du général McArthur finissait par porter ses fruits, isolant des milliers de soldats japonais sur de lointaines îles - comme Rabaul - où ils ne servaient plus à rien et pourrissaient sur pieds, faute de ravitaillement.

Les routes maritimes, qui reliaient le Japon à ses conquêtes, étaient désormais coupées par les sous-marins américains, privant la métropole des matières premières - et particulièrement du pétrole - indispensables à son effort de guerre.

Sur mer, l'US Navy régnait en maîtresse, et achevait de liquider ce qui restait de l'orgueilleuse flotte japonaise tandis que, dans les airs, chasseurs et bombardiers américains étaient de plus en plus nombreux et de moins en moins menacés par une aviation japonaise à l'agonie.

Pour autant, et alors même que leur situation se faisait chaque jour plus désespérée, les soldats japonais ne se rendaient jamais, préférant la mort au déshonneur de la reddition.

Dopées au saké, et criant de retentissants Banzaï, des compagnies entières se précipitaient baïonnette au canon sur les Marines américains, qui les fauchaient à la mitrailleuse lourde. A Manille, en février 1945, pas un seul des 17 000 combattants de l'amiral Iwabushi ne survécut ni n'accepta de se rendre...

Du plus petit (les torpilles pilotées Kaiten (Saviez-vous que... 497 et 518)) au plus gros (le super-cuirassé Yamato (Saviez-vous que... 700 et 701)), les navires japonais se précipitaient également sur leurs rivaux américains, cherchant à les entraîner avec eux dans la Mort...

mardi 23 août 2005

898 - les mauvais choix

... confrontés à la supériorité numérique et matérielle de leurs adversaires, et à l'inexorable dégradation de la situation militaire, les responsables nippons commirent les mêmes erreurs que leurs alliés allemands.

C'est ainsi qu'ils continuèrent à produire, jusqu'à la fin et en grandes quantités, des engins désormais irrémédiablement démodés (comme les Mitsubishi "Zéro" ou "Betty", équivalents des Messerschmitt 109 et Heinkel 111 allemands) ou parfaitement inutiles (comme les hydravions de chasse ou les sous-marins géants), tout en s'acharnant à développer, au compte-gouttes, des "armes miracles", comme le Nakajima "Kikka"/Messerschmitt 262, aussi chimériques qu'impossibles à mettre au point et à produire en nombre dans un délai raisonnable, c-à-d avant la fin du conflit.

En revanche, d'autres armes infiniment plus réalistes, comme le Kawasaki Ki-100 ou le Heinkel 219, qui auraient réellement pu apporter quelque chose à la machine de guerre japonaise ou allemande, ne bénéficièrent d'aucune priorité, ou furent totalement laissées dans l'ombre, sans doute parce que ne marquant pas une avancée fulgurante par rapport à celles qu'elles étaient censées remplacer.

De retards en mauvaises décisions, il fut bientôt trop tard pour Berlin et Tokyo qui, jour après jour, disparurent sous les bombes d'avions certes moins fascinants pour l'esprit, mais infiniment plus efficaces, fiables et nombreux dans le ciel.

lundi 22 août 2005

897 - un recyclage trop tardif

... résultat des fructueux échanges entre l'Allemagne et le Japon, le Kawasaki Ki-61 "Hien" (Saviez-vous que... - 805 -), aurait dû devenir le nouveau chasseur de référence de l'armée japonaise.

Ressemblant étonnamment à un Messerschmitt 109, équipé comme lui d'un moteur en V inversé, refroidi par liquide,... qui n'était autre... que le Daimler-Benz DB-601 de ce même Messerschmitt 109 (dont Kawasaki avait obtenu la licence de fabrication), le "Hien" disposait également d'un puissant armement allemand, composé de deux (puis quatre) canons de 20mm, en l'occurrence des MG-151/20, dont un sous-marin... allemand avait obligeamment déposé quelque 800 exemplaires au Japon.

Né sous les meilleures auspices, le Hien s'avéra pourtant un échec, dû pour l'essentiel à la fiabilité catastrophique de son moteur, que les mécaniciens japonais, jusque là habitués aux rustiques moteurs en étoile refroidis par air, ne parvenaient pas à entretenir correctement, en particulier au Front, sur des îles isolées, et en l'absence de pièces détachées et de manuel d'entretien (!)

La production de ce chasseur détesté par ses pilotes n'en continua pas moins jusqu'au 19 janvier 1945, lorsqu'un tremblement de terre détruisit entièrement l'usine où les moteurs étaient assemblés. Restaient 275 cellules de Ki-61 déjà construites mais dépourvues de moteur.

Comme le Japon ne pouvait se permettre de les envoyer à la ferraille, décision fut prise de les remotoriser avec un moteur en étoile Mitsubishi. Comme le diamètre de ce dernier était très supérieur à celui de la cellule, les ingénieurs s'inspirèrent là encore de l'exemple allemand, et en l'occurrence d'un Focke-Wulf 190 importé d'Allemagne, un avion dont le moteur BMW était lui aussi d'un diamètre très supérieur au fuselage.

En multipliant les carénages, il fut possible d'installer le Mitsubishi sur la cellule du "Hien", ce qui donna naissance au Ki-100 "Go-Shiki-Sen", lequel devint le meilleur chasseur de l'armée mais qui, construit au moins un an trop tard, ne parvint en unités qu'au compte-gouttes...

dimanche 21 août 2005

896 - le bric à brac

... incapable d'innover par elle-même, l'industrie nippone se tourna tout naturellement vers l'Allemagne pour acquérir, en échange de matières premières, les connaissances et la technologie qui lui manquaient pour affronter l'ennemi américain.

Lors de leurs fréquentes visites au Japon, les grands sous-marins de transport allemands y débarquaient des plans d'armes nouvelles, mais aussi des centaines de canons de 20mm (montés notamment sur le Ki-61 "Hien", et même des avions complets, avant d'en repartir chargés de Wolfram, de chrome ou de caoutchouc.

Avec l'enthousiasme des néophytes, les ingénieurs japonais se précipitaient sur ces armes nouvelles, qu'ils tentaient tant bien que mal d'adapter et de reproduire au Japon, persuadés qu'elles leur permettrait de renverser une situation militaire de plus en plus compromise.

Naquirent ainsi le Kyushu J7W, le Mitsubishi J8M-1 (copie du Messerschmitt 163) ou le Nakajima "Kikka" (copie du biréacteur Messerschmitt 262), autant de merveilles construites en pure perte, à une poignée d'exemplaires seulement, qu'on ne pouvait de toute manière ni construire en série (faute de capacités industrielles) ni faire voler (faute d'essence).

samedi 20 août 2005

895 - le Tiers-monde japonais












... pour la génération d'aujourd'hui, née avec le "Made In Japan" comme référence absolue de qualité, il est difficile de concevoir qu'il y a 60 ans, ce même label était presque invariablement synonyme de "camelote".

Si le qualificatif était parfois usurpé - le Japon savait déjà, à cette époque, construire des avions ou des navires remarquables - l'industrie japonaise n'en accusait pas moins une sévère longueur de retard sur ses homologues occidentales.

Les radars étaient primitifs et quasi inexistants. Souvent jugées inutiles à bord des avions (!), les radios étaient rares et très peu fiables, ce qui obligeait les pilotes japonais à communiquer entre eux par signes, et à courte distance. Les équipements électriques et hydrauliques étaient réduits à leur plus simple expression.

Non contents de manquer de puissance et de fiabilité par rapport à leurs rivaux, les moteurs japonais étaient également dépourvus de compresseurs ou de turbocompresseurs, et s'essoufflaient donc à haute altitude, c-à-d là où rôdaient les Boeing B29 occupés à incinérer les villes japonaises. Déjà sévèrement rationnée, l'essence accusait un degré d'octane très inférieur aux normes occidentales, ce qui réduisait encore les performances en plus d'occasionner un très grand nombre d'accidents.

Trop longtemps habituées à copier ce qui se faisait à l'étranger, les usines nippones, qui n'arrivaient déjà pas à suivre le rythme des commandes militaires, étaient à présent incapables d'innover et de produire des matériels technologiquement plus avancés, comme le Kyushu J7W1 Shinden.

Et à l'heure où le Japon contrôlait encore un immense empire, les ressources des pays conquis arrivaient de plus en plus difficilement en métropole, ce qui forçait les industriels à recourir à des ersatz d'une qualité de plus en plus médiocre.

Les quantités d'aluminium disponibles par avion furent ainsi réduites par deux entre 1942 et 1944. Même l'acier manquait, ce qui força le retour à l'entoilage et au bois, que l'on assemblait tant bien que mal - et plutôt mal que bien - jusque dans les classes des écoles primaires.

Comme cela se produisait au même moment en Allemagne, cette pénurie de plus en plus dramatique de matériaux pourtant indispensables entraîna une diminution catastrophique de la qualité des matériels produits qui, dans le cas des avions, se brisaient parfois en plein vol ou même au roulage (!)

vendredi 19 août 2005

894 - jeter le pétrole par les fenêtres

... le navire de transport est un gros cheval de trait frugal; le destroyer, un lévrier efflanqué et particulièrement glouton en carburant.

Lancés à pleine vitesse entre les îles du Pacifique, le plus souvent de nuit, les destroyers du "Tokyo Express" s'efforçaient de ravitailler les garnisons japonaises isolées. Mais, n'ayant jamais été conçus pour cette tâche, transportaient finalement fort peu et gaspillaient à une allure vertigineuse un carburant de plus en plus rare et précieux.

La simple logique comptable aurait voulu que ces garnisons soient, sinon autorisées à capituler - ce que le code du Bushido interdisait - du moins abandonnée à leur sort - ce qui finit d'ailleurs par arriver - tant il était devenu absurde de dépenser plus de carburant en transport que le carburant que l'on parvenait tant bien que mal à livrer sur place.

Mais les militaristes japonais n'entendaient pas perdre la face, et reconnaître que leur rêve de "grande sphère de co-prospérité asiatique" était bel et bien en train de tourner au cauchemar et à la banqueroute. On s'entêta donc bien trop longtemps à ravitailler des garnisons condamnées, en y consacrant un pétrole qui aurait pu être bien plus utile ailleurs.

Pour tenter malgré tout d'épargner un peu de ce précieux pétrole, on décida, à la mi-1944, de délocaliser la flotte de combat du Japon vers l'Indonésie, donc à proximité immédiate des raffineries. Outre l'incontestable économie de transport, cette mesure avait aussi pour avantage d'épargner aux rares pétroliers japonais une traversée du Pacifique que les sous-marins américains rendaient de plus en plus risquée.

Le problème, c'est que l'Indonésie manquait cruellement des infrastructures nécessaires pour entretenir et réparer une flotte, ce qui se traduisit rapidement par une diminution des capacités opérationnelles de celle-ci, au moment où la flotte américaine montait au contraire en puissance.

De plus, les raffineries indonésiennes elles-mêmes n'étaient pas assez perfectionnées. Le carburant produit était beaucoup trop volatil, ce qui se traduisit par l'explosion du porte-avions Taiho, touché par une seule torpille américaine en juin 1944, trois mois à peine après sa mise en service...

jeudi 18 août 2005

893 - une improvisation totale

... pour le général MacArthur, il n'était pas question de reconquérir une à une toutes les îles où les Japonais avaient établi une garnison, mais bien de débarquer sur certaines d'entre elles - jugées les plus stratégiques - puis d'y installer un aérodrome et de puissantes forces aériennes, qui couperaient alors tout ravitaillement aux troupes japonaises demeurant sur les îles avoisinantes.

Bien que lente, cette stratégie du grignotage fit littéralement pourrir sur pieds des milliers de soldats nippons, qui guettaient désespérément l'arrivée de plus en plus hypothétique d'un navire ou d'un avion ravitailleur.

Pour les responsables japonais, il ne pouvait évidemment être question d'autoriser ces garnisons désormais isolées à capituler - l'orgueil et le Code du Bushido l'interdisaient - ni de se précipiter à leur secours, faute de troupes de renfort ainsi que de navires (ou d'avions) pour transporter ces troupes. Mais sans aide extérieure, les dites garnisons finiraient immanquablement par perdre toute capacité militaire, ce qui reviendrait donc à offrir aux Américains une victoire sur un plateau.

De nuit, des destroyers rapides - que les Américains surnommaient ironiquement "Tokyo Express" - pouvaient encore se faufiler entre les îles, mais ne pouvaient assurer à eux seuls le ravitaillement indispensable, en plus d'être effroyablement coûteux à l'usage. Restaient les sous-marins, dont le Japon avait pourtant désespérément besoin pour lutter contre le gigantesque trafic maritime américain.

Dans l'urgence, des dizaines de sous-marins furent mis à contribution - voire même totalement modifiés - pour le transport, et durent renoncer à toute action offensive pour acheminer ravitaillement et munitions aux garnisons encerclées. Mais comme ce n'était pas encore assez aux yeux de l'armée de terre, celle-ci décida carrément... de fabriquer ses propres sous-marins de transport, servis par son propre personnel (!)

Vingt-huit exemplaires furent construits avant la capitulation, qui constituèrent un des plus beaux exemples d'improvisation et de dispersion des efforts dans l'Histoire des guerres modernes...

mercredi 17 août 2005

892 - faire du neuf avec du vieux

... ne disposant pas des capacités américaines, l'industrie japonaise n'eut d'autre choix que de tenter de moderniser vaille que vaille le matériel de guerre déjà existant. Un pis-aller qui, dans la plupart des cas et des armées du monde, offrait finalement plus d'inconvénients que d'avantages.

Manquant cruellement de porte-avions - que l'Amérique fabriquait pour ainsi dire à la chaîne - le Japon décida ainsi de transformer deux de ses cuirassés existants en "cuirassés porte-avions" (ou plutôt porte-hydravions) hybrides, en supprimant les tourelles arrières pour y installer un pont d'envol. Le résultat final ne justifia jamais les milliers d'heures de travail nécessaires, et d'autant moins que lorsque l'Ise et le Hyuga repartirent au combat, ce fut sans un seul appareil à leur bord : les hydravions et les équipages prévus ayant depuis longtemps été anéantis par le rouleau-compresseur américain.

Un sort identique fut réservé au célèbre chasseur "Zéro". Plutôt que de consacrer leurs efforts au développement des nouveaux chasseurs lourds, les ingénieurs de Mitsubishi - poussés il est vrai par les responsables de la Marine - s'échinèrent à fabriquer et à améliorer un concept - celui du chasseur léger - qui était déjà au bout de son potentiel à l'entrée en guerre du Japon.

L'installation de moteurs plus puissants porta à plus de 10 000 le nombre d'exemplaires construit - record japonais - et permit certes de doter l'avion d'un semblant de blindage - qui faisait jusqu'alors totalement défaut - mais ne pouvait lui permettre de rivaliser avec les Hellcat et Corsair américains, conçus dès l'origine comme chasseurs lourds.

Bien que meilleures dans l'absolu, les ultimes versions du Zéro furent de toute manière confiées à des pilotes inexpérimentés, qui n'étaient plus que l'ombre de leurs aînés de 1941, et qui périrent donc en grand nombre.

mardi 16 août 2005

891 - la cruelle loi du nombre

... dans une guerre, la quantité prime souvent sur la qualité, comme les aviateurs allemands le découvrirent à leurs dépens face aux Russes.

Le problème des Japonais, c'était de n'avoir, à quelques exceptions-près, ni l'un ni l'autre...

De 1930 à 1945, le Japon fabriqua par exemple moins de 2 500 appareils de transport de tout type alors que, dans le même temps, l'Amérique construisit plus de 10 000 exemplaires du seul Douglas DC3/C47 (!)

Si le Japon parvint malgré tout à produire quelque 10 000 bimoteurs de combat - chiffre élevé dans l'absolu mais très inférieur aux 22 000 bimoteurs et 30 000 quadrimoteurs fabriqués aux États-Unis durant la même période - il ne fut par contre en mesure d'en lancer une centaine sur un seul et même objectif que... dans la première semaine de la guerre (!)

Là où chaque raid américain ou britannique mobilisait plusieurs centaines, voire un millier de bombardiers à la fois, qui pouvaient donc bombarder à saturation un objectif déterminé, les raids japonais rassemblaient rarement plus d'une trentaine d'avions en même temps, qui ne pouvaient donc causer de gros dommages.

Cette carence industrielle se répercuta évidemment sur l'ensemble des productions militaires nippones.

Déjà très inférieur techniquement au Sherman américain - qui n'était pourtant pas une référence en la matière ! - le tank type 97 CHI-HA, par ailleurs le meilleur tank japonais, ne fut lui aussi produit qu'à quelque 3 000 exemplaires contre... près de 50 000 pour le Sherman...

lundi 15 août 2005

890 - des surhommes trop ordinaires

... en dignes héritiers des samouraïs, les soldats japonais se devaient de supporter stoïquement la maladie, les blessures, et l'épuisement physique.

Mais la Nature, tôt ou tard, finissait par reprendre ses droits, et réclamer son dû

"Il était complètement déraisonnable de maintenir en première ligne pendant des périodes de deux à trois mois, voire plus, des unités dont le personnel ne pouvait disposer d'aucun repos", souligna un pilote japonais. "Je suis certain, aujourd'hui, que beaucoup de nos pilotes tombèrent sous les coups de l'ennemi à cause de la fatigue, parce que mentalement et physiquement ils n'étaient pas en pleine possession de leurs moyens. (...)

Quant à nos mécaniciens, armuriers, radios et autres personnels au sol (...) ils vivaient et travaillaient comme des esclaves de 12 à 20 heures par jour, 7 jours sur 7, dans des conditions le plus souvent insalubres".(...) Les bombardements que j'avais connu à Buin n'étaient rien comparés à ceux que subissait Rabaul jour et nuit. Des centaines de bombardiers maintenaient une pression constante sur la base, empêchant quiconque de dormir et de se reposer"
.

Dans ces conditions, même les Japonais finissaient eux aussi par craquer, malgré les risques et le déshonneur encourus .

"Tsutomu Ito disparut un jour en combat au dessus de la Nouvelle Guinée et fut considéré comme mort. (...) [des années plus tard] j'eus un jour l'occasion de le croiser [par hasard] dans Tokyo (...) c'est ainsi que j'appris qu'il avait été blessé lorsque son avion s'était écrasé dans la jungle (...) il m'avoua avoir volontairement renoncé à rejoindre nos lignes pour poursuivre le combat comme le dictait l'honneur militaire. Pendant deux ans, il avait vécu au milieu d'une tribu indigène avant de se rendre aux troupes alliées qui avançaient. Le plus dur pour lui avait été le retour au Japon. Pour éviter le déshonneur de sa famille, il avait changé de nom, s'était marié et avait refait sa vie dans l'anonymat. Officiellement, Tsotomu Ito était mort au combat"

dimanche 14 août 2005

889 - un Bushido trop loin

... "aucun connard n'a jamais gagné une guerre en mourant pour son pays", assurait le général Patton, "mais bien en faisant en sorte que ce soit le connard d'en face qui meure pour son pays"

Pour évidente qu'elle soit, cette maxime posait néanmoins problème aux soldats et officiers japonais, régis depuis l'enfance par une doctrine du Bushido qui préconisait une attaque qui, dès 1943, n'était plus de mise, puisqu'il s'agissait à présent de défendre un empire que les Alliés s'efforçaient de reconquérir.

(...) à l'inverse des Américains, l'armée japonaise n'a jamais jugé utile de se doter d'un véritable service de santé. Des services soignaient les blessés, mais rien ou très peu avait été envisagé pour traiter les maladies que le soldat était censé supporter stoïquement. Dans un environnement particulièrement malsain comme celui des îles Salomon et de Nouvelle-Guinée, le manque d'installations hygiéniques et la méconnaissance des maladies endémiques eurent des conséquences catastrophiques sur la santé de la troupe (...) L'absence de moustiquaires, comme c'était courant dans la plupart des garnisons nippones, impliquait une épidémie de malaria pas ou mal soignée"

Bientôt, faute de logistique, des divisions entières se trouvèrent privées de ravitaillement et livrées à elles-mêmes, condamnées à croupir sur des îles perdues, ou alors à se lancer, baïonnette au canon, dans des contre-attaques suicides (dites "Banzaï") sur des unités américaines inifiment mieux équipées, qui les cueillaient à la mitrailleuse lourde...

samedi 13 août 2005

888 - l'impossible renouvellement

... les Américains (tout comme les Britanniques) avaient les moyens d'entraîner leurs recrues loin du Front, et de retirer de ce même Front des sous-officiers ou des officiers expérimentés, qui pouvaient alors servir d'instructeurs.

En revanche, les Japonais (tout comme les Allemands), étaient précipités dans la bataille trop tôt. Et comme on ne pouvait d'autre part se passer au Front des hommes les plus aguerris, ceux-ci continuaient à combattre jusqu'à l'épuisement, ou la mort, sans pouvoir transmettre leur expérience aux plus jeunes.

A mesure que la situation militaire empira, la qualité des nouvelles recrues se fit de plus en plus catastrophique, aggravant d'autant, dans le plus parfait des cercles vicieux, la situation militaire.

"Le 7 décembre 1941, les commandants du groupe aériens totalisaient environ 2 000 heures de vol, les plus jeunes 1 500", reconnut Minora Genda après la guerre. "A titre de comparaison, la moyenne des pilotes du 343e Kokutai, en 1945, totalisaient 400 heures de vol. Les plus jeunes de mes hommes n'en avaient que 150. Cette unité était alors considérée comme une unité d'élite".

(...) "J'en perdis 100 en cinq mois de combat. A cette époque, le Japon n'avait plus les moyens d'offrir à ses aviateurs un entraînement sérieux. (...) Il nous restait bien quelques vétérans qui, comme moi, totalisaient 3 000 heures de vol, mais ces hommes d'exception ne totalisaient que 5% de l'effectif global"

vendredi 12 août 2005

887 - les fausses économies

... ce qui coûte cher dans un avion, c'est le pilote expérimenté. Car si l'industrie remplace facilement le premier, on n'a pas encore trouvé le moyen de fabriquer le second à la chaîne.

Les Américains comprirent très vite la nécessité de protéger leurs pilotes par d'épaisses plaques de blindage, de les doter d'un équipement de survie adéquat s'ils devaient sauter en parachute, et de mettre sur pieds des unités spécialisées de secours en mer afin de les recueillir.

Les Japonais, en revanche, ne juraient que par les avions légers et ne disposaient d'aucun équipement de survie ni du moindre service de récupération des pilotes abattus.

"En 1945, les ingénieurs de Mitsubishi installèrent des réservoirs auto-obturants et des plaques de blindage sur nos Zéro", expliqua un pilote nippon. "Très vite, je demandai, comme la plupart de mes camarades, a en être débarrassé et fit également disparaître la radio de bord qui marchait toujours aussi mal (...) Dans la mesure où notre sécurité importait peu, cela augmentait les performances de nos machines (...) Un jour de 1945, je fus extrêmement surpris de voir le kit de sauvetage dont disposaient les aviateurs ennemis : matériel de pèche, moustiquaire, canot pneumatique, rations conditionnées, miroir de signalisation, etc.. Notre propre équipement se limitait à un pistolet automatique Nambu de 8mm pour nous suicider le cas échéant".

Conforme à l'esprit Bushido, ce comportement n'en était pas moins parfaitement contre-productif, car là où le pilote américain abattu conservait malgré tout une bonne chance de survivre et de pouvoir reprendre le combat, son homologue japonais était quant à lui condamné à mort et devait donc être remplacé - quand il l'était - par un pilote moins expérimenté, forcément moins efficace et encore plus susceptible d'être abattu à son tour...