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vendredi 8 février 2008

1797 - "Et quand nous aurons gagné, qui nous demandera des comptes sur la méthode ?"

... comme la plupart des criminels nazis qui défilèrent avant lui sur les bancs de Nuremberg, et sur ceux d'une multitude de tribunaux à travers toute l'Europe, Eichmann se contenta de rappeler sans cesse qu'il n'avait fait "qu'accomplir son devoir de soldat", qu'il n'avait fait "qu'obéir aux ordres" d'individus toujours mieux placés que lui dans la hiérarchie, et qu'il ne pouvait s'y soustraire.

Le 15 décembre 1961, il fut reconnu coupable de l'ensemble des chefs d'accusation retenus contre lui, et condamné à la mort par pendaison. Lorsqu'il monta finalement sur l'échafaud, peu après minuit, le 1er juin 1962, l'infatigable bourreau des Juifs ne montra aucune émotion particulière. "Je devais obéir aux règles de la guerre et à mon drapeau", déclara-t-il. "Je suis prêt".

Et de fait, la plupart des anciens SS n'ont jamais rien regretté, jamais exprimé le moindre remord: on leur avait demandé d'exécuter un travail, et il l'avait fait, du mieux qu'ils pouvaient, illustrant ainsi les propos de leur chef, Heinrich Himmler qui, le 4 octobre 1943, déclarait que la solution finale de la question juive était "une page glorieuse de notre histoire, qui n'a jamais été écrite et ne saurait jamais l'être. Nous avions le droit moral, nous avions le devoir envers notre peuple de détruire ce peuple qui voulait nous détruire"

Appliquée aux guerres, la Justice des Hommes, qu'elle soit internationale ou non, reste et restera sans doute pour longtemps encore celle du Vainqueur appliquée au Vaincu, qui pourra du moins profiter d'une meilleure défense et de meilleures garanties qu'il n'en bénéficiait autrefois.

Comme le Procès Milosevic l'a démontré, ce sont toujours les vaincus - et pas les vainqueurs - qui comparaissent devant la "Justice internationale", ce qui, quelque part, donne tristement raison à Hitler qui, le 16 juin 1941, soulignait, "Que nous ayons raison ou tort, nous devons gagner. C'est la seule voie. Et elle est moralement juste et nécessaire. Et quand nous aurons gagné, qui nous demandera des comptes sur la méthode ?"

jeudi 7 février 2008

1796 - la capture d'Eichmann

... si nombre d'anciens SS se retrouvèrent devant les tribunaux, beaucoup préférèrent prendre les devants, ou plutôt la fuite.

Ainsi en fut-il d'Adolf Eichmann qui, après de multiples péripéties, et plusieurs changements d'identité, finit par se retrouver en Italie en 1950, sous le nom de Ricardo Klement, qu'il conserva jusqu'à la fin.

Comme tant d'autres, il avait obtenu un passeport humanitaire, grâce aux bons soins d'un moine franciscain, passeport qui lui avait ensuite permis de partir pour l'Argentine, où il débarqua le 14 juillet 1950.

Toujours sous le nom de Ricardo Klement, Eichmann fit venir sa famille en Argentine. Mais le 11 mai 1960, un commando du MOSSAD israélien l'enleva en pleine rue de Buenos-Aires et l'embarqua quelques jours plus tard dans un avion pour Israël. Le 23 mai, l'annonce officielle de sa capture déclencha des tonnerres d'applaudissement au Parlement israélien, dont les députés étaient bien décidés à l'envoyer à la potence.

Juridiquement, l'enlèvement d'Eichmann par un commando armé, dans la capitale d'un État étranger et souverain, cet enlèvement contrevenait à toutes les règles du Droit international, mais compte tenu de la personnalité de l'accusé, et des faits qui lui étaient reprochés, on trouva en vérité fort peu de gens pour s'en indigner.

Si les Israéliens lui offrirent un procès public, et même la possibilité de se faire assister par plusieurs avocats, c-à-d au final - et pour reprendre l'expression de Robert Jackson à Nuremberg - "bien plus qu'il n'en a jamais accordé à âme qui vive", on ne saurait décemment prétendre à la "présomption d'innocence", ou au "principe d'impartialité" : même si les faits reprochés étaient accablants, la condamnation à la peine de mort était acquise d'avance...

mercredi 6 février 2008

1795 - sur le strict plan du Droit...

... sur le strict plan du Droit, les aveux de Rudolf Höss lui ont été arrachés sous la torture, et un tribunal moderne les considérerait sans doute comme juridiquement nuls.

Plus grave encore, et sans qu'on sache s'il existe une relation de cause à effet, Höss ne va cesser de se contredire à plusieurs reprises au fil des témoignages suivants, tandis que sa mémoire lui fera défaut plus souvent qu'à son tour.

Ainsi, dans une déclaration écrite du 16 mars 1946. il affirme "j'ai personnellement organisé, selon des ordres de Himmler reçus en mai 1941, le gazage de deux millions de personnes entre juin/juillet 1941 et la fin de 1943, lorsque j'étais commandant d'Auschwitz" (1) A l'audience de Nuremberg, le 15 avril, il déclare pourtant avoir "personnellement rencontré" Himmler à Berlin, et ce "au cours de l'été 1941" et aussi penser "qu'environ trois millions de personnes furent mises à mort à Auschwitz, dont environ deux millions cinq cents mille dans les chambres à gaz" (2)

Un chiffre que les historiens ramèneront par la suite à environ un million, tout en faisant remarquer que cette rencontre, si elle a réellement eu lieu, ne peut dater, au mieux, que de juin 1942 (3)

Si ces multiples incohérences seront largement exploitées par les révisionnistes dans les années qui vont suivre, personne sur le moment ne s'y attarde.

En vertu de la Déclaration de Moscou du 30 octobre 1943 sur la "territorialité" des crimes, Rudolf Höss est finalement livré, le 25 mai 1946, aux autorités polonaises, lesquelles lui organisent un procès à l'issue jouée d'avance.

Condamné à mort le 2 avril 1947, il est exécuté sur le lieu-même de ses crimes, à Auschwitz, deux semaines plus tard. "Comme il montait au gibet, gravissant les marches, et le connaissant comme un nazi coriace, j'ai cru qu'il allait dire quelque chose", raconta un témoin de la scène. "J'ai cru qu'il allait faire une déclaration à la gloire de l'idéologie nazie pour laquelle il mourait. Mais non, il n'a pas dit un mot" (4)

(1) Irving, Nuremberg, the last battlepage 351
(2) Wieviorka, Le Procès de Nuremberg, page 119 et 122
(3) Gelatelly, Les Entretiens de Nuremberg, page 372
(4) Rees, Auschwiz, pp 368-369

mardi 5 février 2008

1794 - les procès

... parmi les innombrables procès instruits à charge des meurtriers du
Troisième Reich, les plus connus sont assurément ceux de Nuremberg.

Lorsque, le 18 octobre 1945, s'ouvre le premier d'entre eux, celui des "majors", les deux principaux responsables de la SS, qui en firent ce qu'elle devint, sont absents. Himmler s'est suicidé le 23 mai précédent, et Heydrich est mort à Prague, le 4 juin 1942. Reste Kaltenbrunner, successeur d'Heydrich, qui est naturellement condamné à mort, et pendu le 16 octobre 1946.

A ce procès témoignent également d'anciens SS, comme Otto Ohlendorf, chef de l'Einsatzgruppe D qui opérait en Ukraine puis en Crimée, lequel détaille par le menu les exactions des Einsatzgruppen qui, sur le Front de l'Est, ont opéré des massacres massifs sur la population juive. Reconnu coupable lors du "procès des Einsatgruppen" (procès numéro 9), Ohlendorf est finalement pendu à la prison de Landsberg le 8 juin 1951.

Capitaine dans la SS et collaborateur d'Eichmann, Dieter Wisliceny est également témoin de l'Accusation, avant d'être livré aux autorités tchèques, qui le condamnent à mourir par pendaison, en février 1948

Mais c'est naturellement le témoignage de Rudolf Höss, ancien commandant du camp d'Auschwitz, qui fait sensation, surtout par l'extraordinaire détachement dont fait preuve l'intéressé à l'audience.

Capturé le 11 mars 1946 par les Britanniques, et roué de coups, Rudolf Höss a été emprisonné au camp de Heide où, pendant trois jours, les interrogateurs se sont relayés jour et nuit pour le frapper à coups de bâton à chaque fois qu'il faisait mine de s'endormir...

lundi 4 février 2008

1793 - qui poursuivre ?

... si l'on ne pouvait condamner les membres de la Waffen-SS sur la seule base de leur appartenance à cette organisation, ne restait plus alors qu'à tenter de le faire sur une base individuelle.

Mais avec largement plus d'un million de membres, il aurait alors fallu faire travailler les tribunaux pendant des années, à supposer-même qu'on soit parvenu à tous les retrouver et à monter un dossier contre chacun d'entre eux.

A l'évidence, tous ne portaient pas la même responsabilité dans le terrible bilan de la SS. Certains SS étaient restés simples fonctionnaires dans un bureau, tandis que d'autres avaient directement participé aux massacres commis par les Einsatzgruppen sur le Front de l'Est; certains n'avaient fait que leur métier de soldat, tandis que d'autres y avaient ajouté tortures et exécutions sommaires; certains étaient entrés dans la SS par véritable affinité avec son idéologie élitiste et raciale, mais la plupart ne l'avaient fait que par pur opportunisme, voire même contre leur gré.

Il était bien sûr difficile de prétendre que les gardiens des camps de concentration ignoraient les crimes qui s'y déroulaient, et n'y avaient pas participé d'une manière ou d'une autre, mais, faute de temps, d'argent, ou tout simplement de volonté, on se contenta donc d'essayer d'identifier, puis de retrouver, les plus coupables d'entre eux, ce qui, naturellement, en sauva un très grand nombre de la potence.

Comme le souligne Laurence Rees, "sur les quelque 6 500 SS qui ont travaillé à Auschwitz et qui auraient survécu à la guerre, environ 750 seulement ont jamais été condamnés"

dimanche 3 février 2008

1792 - une "organisation criminelle"

... à maintes reprises, la Wehrmacht s'était comportée aussi mal que la Waffen-SS, mais à Nuremberg, seule la seconde fut accusée et condamnée en tant qu'"organisation criminelle"

Aujourd'hui tombée dans l'oubli, cette mise en accusation correspondait à la volonté américaine, mise en avant par Murray Bernays dès septembre 1944, afin d'éviter la multiplication des procès individuels en se contentant de juger les "organisations" auxquelles les individus avaient appartenu.

Pour Bernays, qui tirait son argumentation des gangs criminels américains, "Il ne serait pas nécessaire d'accuser chacun de leurs membres, mais uniquement des "individus représentatifs". Une fois l'organisation jugée et condamnée, chaque membre pourrait être jugé en tant que complice d'un crime et avoir droit à un procès sommaire organisé par les Alliés".

Mais s'il était relativement facile de démontrer le caractère criminel de vulgaires gangs comme celui d'Al Capone, et de déduire la culpabilité individuelle de la simple appartenance à ces gangs, il en allait tout autrement pour les "organisations" nazies qui, à elles six, avaient hébergé plusieurs millions de personnes dans leurs rangs : la Waffen-SS - qui n'était qu'une des composantes de la SS - avait compté largement plus d'un million d'hommes (!)

Pour qu'une organisation soit reconnue "criminelle" au sens du Tribunal de Nuremberg, il fallait qu'elle ait clairement des "buts criminels", qu'elle constitue "un groupe dont les membres sont liés les uns aux autres et organisés en vue d'un but [criminel] commun", et enfin "que la formation du groupe ou son utilisation ait un rapport avec les crimes définis par le Statut [du Tribunal]. (1)

En pratique, si la SS, le parti nazi et la Gestapo furent bel et bien reconnues "organisations criminelles", le Tribunal arriva néanmoins à la conclusion que le simple fait de les déclarer "criminelles" ne pouvait suffire à lui seul à démontrer ensuite la culpabilité de chacun de leurs membres. Dans ses attendus, il souligna en effet que, dans la mesure où la criminalité des individus était déterminée par celle de "l'organisation" à laquelle ils avaient appartenu, il fallait néanmoins prouver, pour chaque individu, qu'il avait adhéré à cette organisation a) en pleine connaissance de ses buts, et b) sans contrainte aucune, ce qui, dans les faits, était quasiment impossible.

"Au total, l'accusation de criminalité pour les "organisations" fit long feu. Ainsi, souligne Bradley F Smith, "s'évanouit le grand rêve de voir expédier au gibet ou dans des camps de travaux forcés des milliers, voire des millions de nazis endurcis". On n'entreprit jamais de campagne systématique pour définir et répartir le blâme sur tous ceux qui étaient responsables des fléaux du nazisme" (2)

(1) Wieviorka, page 145
(2) ibid, page 149

samedi 2 février 2008

1791 - l'affaire de Bad Reichenhall

... à elle seule, l'affaire de Bad Reichenhall résume les limites du Droit dans les conflits armés, tout autant que la relativité des prétentions à la supériorité morale des vainqueurs sur les vaincus.

Le 8 mai 1945, douze survivants de la Charlemagne sont capturés (1) à Bad Reichenhall (Bavière) par les hommes de la 2ème Division Blindée française.

A ce moment, la signature officielle de la capitulation n'est plus qu'une question d'heures, mais l'affaire paraît suffisamment grave pour précipiter la venue du général Leclerc, commandant de la 2ème DB

Les prisonniers sont amenés devant Leclerc qui, en guise de préambule, les invective en leur demandant pourquoi ils portent un uniforme allemand. Du tac au tac, un des prisonniers lui demande alors pourquoi il porte, lui, un uniforme américain.

La saillie ulcère Leclerc, qui ordonne immédiatement qu'ils soient fusillés sans jugement, et même, selon certains, qu'ils soient fusillés dans le dos.

Ceux-ci sont alors conduits à l'écart, et fusillés par un peloton improvisé à la va-vite. Plusieurs d'entre eux tombent sous les balles en criant "Vive la France"...

(1) une autre version soutient qu'ils se seraient rendus aux Américains, lesquels les auraient ensuite livrés aux Français; une autre encore qu'ils auraient échappé à la surveillance des Américains mais auraient été repris par les Français

vendredi 1 février 2008

1790 - la si légère primauté du Droit

... tout au long de leur existence sanglante, les Waffen-SS se distinguèrent par leur mépris des lois et conventions régissant les conflits armés, n'hésitant pas, en maintes occasions, à exécuter les prisonniers de guerre.

Pouvaient-ils dès lors revendiquer la protection de ces mêmes lois et
conventions lorsqu'ils se retrouvaient capturés à leur tour ? La réponse est complexe.

Les Russes, on le sait, traitaient fort mal les prisonniers de la Wehrmacht, et fusillaient presque systématiquement ceux de la SS.
Mais, d'un autre côté, les Russes avaient bien plus souffert de ceux-ci que les alliés occidentaux, et n'avaient pas ratifié les Conventions de Genève, ni jamais prétendu incarner la Démocratie et la primauté du Droit.

A l'Ouest, les exécutions de prisonniers allemands, et particulièrement de prisonniers SS, ne furent certes pas la règle, mais ne constituèrent pas plus des cas exceptionnels. Tout dépendait des circonstances du moment, et de l'humeur des troupes.

Si celles-ci venaient à apprendre l'exécution de certains de leurs camarades de combat par des hommes de la Waffen-SS, ou si elles découvraient des camps de concentration (comme celui de Dachau), elles avaient alors tendance à exécuter à leur tour, et sans le moindre jugement, tous les SS qui leur tombaient sous la main, que ceux-ci aient ou non participé aux événements incriminés.

Ainsi en fut-il à Bad Reichenhall, le 8 mai 1945

jeudi 31 janvier 2008

1789 - le suicide d'Himmler

... le suicide d'Hitler, le 30 avril 1945, ne marque pas la fin de la Waffen-SS, dont les troupes continuent encore de combattre ici et là, jusqu'à la capitulation.

Toujours aussi naïf, Himmler, leur chef et âme damnée, tente alors d'entrer dans l'éphémère gouvernement de l'amiral Doenitz, qu'Hitler a désigné comme successeur juste avant de se suicider.

Éconduit sine die, il erre pendant plusieurs jours, sous l'uniforme d'un sergent de la police militaire. Le 22 mai 1945, il est néanmoins arrêté par une patrouille britannique, à qui il exhibe des papiers au nom de Heinrich Hitzinger.

Envoyé dans un camp de prisonniers de Lüneburg, il est finalement démasqué, et se suicide le lendemain.

Avec sa mort s'achève l'Histoire officielle de la SS, une histoire commencée vingt ans plus tôt, alors que les hommes qui ne portaient pas encore l'uniforme noir n'étaient que gardes du corps d'un petit agitateur de brasserie nommé Adolf Hitler.

Étrange aventure que celle des SS, dont les puériles idéaux de pureté furent trahis dès l'origine par leur propre créateur, tout en provoquant la mort de millions de personnes.

Pour les survivants de la SS, pour ceux du moins qui n'ont pas encore été capturés, ne reste plus maintenant qu'à retourner à l'anonymat, en tentant de se soustraire à la vindicte de tous ceux, civils et militaires, qui sont bien décidés à les envoyer à la potence...

mercredi 30 janvier 2008

1788 - l'ultime trahison

... en apprenant par la radio de Stockholm les ouvertures d'Heinrich Himmler au comte Folke Bernadotte, Adolf Hitler est tout d'abord abasourdi, se refusant à croire que le "cher Heinrich", le chef d'une légion de SS dont la devise est "Mon Honneur s'appelle fidélité", que Himmler, donc, ait pu nourrir l'idée de signer une paix séparée avec les Alliés occidentaux, et même de lui succéder.

Lorsqu'il prend enfin conscience de la situation, il entre dans une rage folle et fait immédiatement venir Hermann Fegelein, enfermé dans les caves de la Chancellerie depuis son arrestation par la Gestapo.

Interrogé, Fegelein est bien forcé d'admettre qu'il a effectivement eu connaissance des projets de son chef. Un aveu qui, quelques minutes plus tard, lui vaut le peloton d'exécution.

A présent convaincu de la trahison d'Himmler, Hitler se précipite dans la pièce où Ritter Von Greim, nouveau commandant suprême de la Luftwaffe, se repose de sa blessure contractée deux jours auparavant, lorsque le minuscule avion d'observation dans lequel il se trouvait en compagnie d'Hanna Reitsch avait réussi à se poser près de la Porte de Brandebourg, sous le feu de l'artillerie soviétique.

"Un traître ne doit en aucun cas me succéder comme Führer !, lance-t-il à Greim, vous veillerez à ce qu'il ne le fasse pas !"

On s'empresse donc d'aller quérir Hanna Reitsch, par ailleurs maîtresse de Greim, puis à pousser le couple vers un véhicule blindé de la Nordland qui les conduit à un Arado 96 prêt à décoller.

Contre toute attente, et à la stupéfaction des soldats russes qui viennent juste d'investir le Tiergarten, Hanna Reitsch réédite son exploit précédent, en parvenant à faire décoller l'avion sous le feu de l'artillerie soviétique...

mardi 29 janvier 2008

1787 - la fuite de Fegelein

... non content de s'être débarrassé à bon compte des ses écrasantes responsabilités militaires, Himmler nourrissait depuis plusieurs semaines l'espoir insensé de parvenir à négocier une paix séparée avec les anglo-américains et - plus incroyable encore - à se faire reconnaître par eux comme le nouveau Führer de la Grande Allemagne (!)

Après avoir secrètement rencontré le Comte Folke Bernadotte - de la Croix-Rouge internationale, et même Norbert Masur - représentant du Congrès juif mondial, arrivé tout aussi secrètement à l'aérodrome de Tempelhof - Himmler se décide à franchir le Rubicon au soir du 23 avril 1945.

Rencontrant une nouvelle fois Bernadotte à Lübeck, il lui demande de prendre contact avec les Alliés occidentaux et s'engage, en guise de sa bonne foi, à ce que tous les prisonniers scandinaves soient envoyés en Suède.

Dans son journal, Martin Bormann note qu'au soir du 27 avril 1945 "Himmler et Jodl bloquent les divisions que nous envoyons. (...) Beaucoup s'apprêtent à agir "pour des motifs plus élevés". Pouah ! Quels porcs ! Ils ont perdu tout honneur (...) Fegelein s'est déshonoré. Il a tenté de s'enfuir de Berlin en civil"

Et de fait, l'Obergruppenführer SS Hermann Fegelein, officier de liaison d'Himmler auprès du Führer, et beau-frère d'Eva Braun, a quitté la Chancellerie pour trouver refuge dans un luxueux appartement de Charlottenbourg, où il a coutume d'inviter ses maîtresses. Un détachement de la Gestapo y esr rapidement envoyé, et le découvre ivre mort, dans les bras d'une compagne d'occasion et avec, au pied de son lit, plusieurs valises remplies de bijoux, d'argent et de faux passeports.

Pris sur le fait, Fegelein en appele à Eva Braun dont la soeur, Gretl, est sur le point d'accoucher. Ulcérée, Eva refuse d'intervenir. Fegelein est alors ramené sous bonne escorte, et enfermé dans les caves de la Chancellerie, dont il ne ressort que pour être publiquement dégradé, puis exécuté dans le jardin.

lundi 28 janvier 2008

1786 - le dernier carré

... à mesure que les derniers défenseurs de Berlin refluent vers le centre de la capitale, la répression, loin de s'atténuer, gagne encore en férocité : les SS n'hésitent pas à pénétrer en trombe dans toutes les maisons où apparaissait un drapeau blanc, et à exécuter immédiatement tous les hommes qui s'y trouvent.

Dans ce pandémonium infernal, les quelques SS français de Gustav Krukenberg (1) jouent un rôle particulièrement efficace, détruisant à eux seuls plus d'une cinquantaine de tanks russes dans le secteur de la Chancellerie.

L'homme le plus performant dans cet discipline très particulière s'appele Eugène Vanlot (2), un plombier de 20 ans, qui en détruit huit à lui tout seul. Dans l'après-midi du 29 avril 1945, il se voit décerner une des dernières Croix de Chevalier à être attribuées. Son supérieur, le chef de bataillon Henri Fenet (3), est également décoré, pour avoir lui aussi détruit cinq chars russes à coups de Panzerfaust.

Un SS suédois de la Nordland, comme surgi de nulle part, apporte trois bouteilles de vin français, récupérées Dieu sait où, pour fêter l'événement entre damnés de la même cause perdue.

Le lendemain, les derniers survivants de la SS Nordland, retranchés au Ministère de l'Air, dans la Wilhemstrasse, voient subitement débarquer une vingtaine de leurs camarades, menés par un SS de la Charlemagne

"Tous riaient comme s'ils venaient de gagner la guerre. Ils étaient allés à la chasse aux blindés soviétiques autour de la gare d'Anhalter et affirmaient que l'endroit était maintenant devenu un cimetière de chars"

(1) Gustav Krukenberg, dernier commandant de la SS Charlemagne, survécu à la guerre et à la captivité, pour mourir en 1980, à l'âge de 92 ans.
(2) Eugène Vanlot mourut peu de temps après. Grièvement blessé lors d'une tentative de repli à travers la Spree, il agonisa trois jours dans la cave d'un immeuble en ruines
(3) Blessé, capturé par les Russes, Henri Fenet fut finalement livré aux autorités françaises, lesquelles le condamnèrent à 40 ans de prison,...
mais le libérèrent en 1949. Il mourut le 14 septembre 2002, à l'âge de 83 ans.

dimanche 27 janvier 2008

1785 - les derniers Juifs

... en cette fin d'avril 1945, il reste quelque 600 juifs à Berlin, internés au camp de transit de la Schulstrasse dans le quartier de Wedding.

Nombre d'entre eux ne sont en fait que des demi-juifs - ou Mischlinge. D'autres n'ont échappé aux fours crématoires que grâce à leur statut de Schutzjuden, de "juifs protégés", comme les les juifs étrangers originaires de pays neutres, tels la Suède ou l'Argentine.

Entassés sur deux étages et se nourrissant d'épluchures de pommes de terre et d'un peu de soupe, ces privilégiés craignent néanmoins de faire bientôt les frais de la prochaine arrivée des troupes russes. Une arrivée qu'ils appellent certes de leurs voeux mais qui risque néanmoins de pousser leurs geôliers allemands à les supprimer pour ne pas laisser de témoins gênants derrière eux.

Le commandant du camp, l'Obersturmbannführer SS Doberke, a d'ailleurs reçu l'ordre de les fusiller, et n'aurait pas hésité à le faire si la proximité des Russes, et celle d'un probable tribunal militaire, ne l'avaient incité à davantage de retenue.

Un représentant des prisonniers juifs s'en va donc lui proposer un marché : leur laisser la vie sauve en échange d'un document signé par eux tous, et reconnaissant qu'ils lui doivent bel et bien la vie sauve.

Deux heures après lui avoir remis le document, les 600 Juifs de la Schulstrasse s'avisent soudain que leurs gardiens ont tout bonnement disparu, laissant les portes grandes ouvertes.

Les soldats russes arrivent quelques heures plus tard pour les libérer définitivement,... et violer au passage les détenues féminines.

La morale de la guerre, c'est que ce qu'on gagne d'un côté, on le perd souvent de l'autre...

samedi 26 janvier 2008

1784 - les jusqu'au-boutistes de la Nordland

... en ce printemps de 1945, la moitié des officiers et soldats de la Waffen-SS qui combattent encore sont... étrangers.

Français de la Charlemagne, Scandinaves ou "Allemands raciaux" de la Nordland, Lettons, Baltes, Belges,... toute l'Europe du national-socialisme s'est pour ainsi dire donnée rendez-vous à Berlin pour le grand final d'un Troisième Reich dont l'ultime paradoxe est sans doute qu'après avoir voulu conquérir toutes les nations européennes, il trouve à présent ses ultimes défenseurs parmi chaque nation d'Europe.

Et ces combattants étrangers, soldats perdus d'une guerre perdue, se battent avec d'autant plus d'acharnement qu'ils se savent, à la différence de leurs compagnons d'armes allemands, dans l'impossibilité de pouvoir simplement "rentrer chez eux" : leur choix se limitant en vérité entre une balle russe ou le peloton d'exécution que ne manqueront pas de leur proposer leurs propres compatriotes.

Arrivés à Berlin contre toute attente, et pourrait-on dire contre la raison, Krukenberg et ses SS français ses sont installés dans un wagon de métro abandonné, non sans avoir au préalable pillé les magasins d'alimentation avoisinants.

Ils sont rejoints par des SS suédois, qui ont quant à eux volé quelques transporteurs de troupes blindés à l'armée rouge. Les uns et les autres se retrouventt finalement affectés à la défense de la Chancellerie.

A leur manière, ils incarnent l'Europe...

vendredi 25 janvier 2008

1783 - "Nous n'avions pas le temps de distinguer qui était qui"

... au printemps 1941, pour envahir l'Union soviétique toute entière, Adolf Hitler avait réuni 3 millions de soldats, 3 300 tanks et 2 258 appareils de combat.

En avril 1945, pour s'emparer de la seule ville de Berlin, Joseph Staline a mobilisé 2,5 millions de soldats, 41 600 canons et mortiers, 6 250 tanks et canons automoteurs, et... 7 500 avions de
combat (!)

En face, il ne reste guère que 45 000 hommes de la Wehrmacht et de la SS (ces derniers surtout composés d'étrangers), quelques 40 000 membres de la Volksturm (pour la plupart dépourvus d'armement ou d'une quelconque expérience du combat), et... une soixantaine de chars bientôt en panne d'essence (!)

Les trois principaux points fortifiés - les tours de DCA de la Humboldthain, de la Friedrichshain et du zoo de Berlin - sont convenablement approvisionnés en munitions et, derrière leurs mètres de béton armé, à peu près invulnérables à l'artillerie soviétique. Mais ils abritent aussi des milliers de civils dans des conditions d'hygiène et de promiscuité effroyables.

Non contente d'utiliser des canons de 152 ou 203mm pour tirer à bout portant sur les immeubles où se trouvent pourtant réfugiés de fort nombreux civils, l'armée rouge a vite recours à de petites sections d'assaut qui, inlassablement, partent à l'attaque des bâtiments et combattent de maison à maison, d'étage à étage, et même de pièce en pièce.

Pour les étages supérieurs, ils ont recours aux grenades, aux pistolets mitrailleurs, voire même aux Panzerfaust récupérés chez leurs adversaires, lesquels, lorsqu'ils sont tirés contre un mur, offrent non seulement l'avantage d'y percer une brèche, mais aussi celui d'éliminer sans coup férir tous ceux, civils ou militaires, qui se trouvent derrière. Pour les caves, rien ne vaut les lance-flammes, qui unissent hommes, femmes, enfants, civils et militaires dans un même magma carbonisé.

De fait, le sort des civils est considéré comme négligeable. Dans le meilleur des cas, ceux-ci sont expulsés dans la rue manu militari, et n'ont plus qu'à prier pour qu'une grenade, un obus, ou une balle simplement perdue ne se retrouve pas sur leur chemin.

Pour les femmes, cette glorieuse incertitude de la Mort s'accompagne également de la quasi certitude d'être violées au préalable par un, cinq ou dix soldats russes...

"Nous n'avions pas le temps de distinguer qui était qui", déclara un officier russe. Parfois, nous jetions tout simplement des grenades dans les caves et continuions notre chemin"

jeudi 24 janvier 2008

1782 - "la lutte nous a unifés"

... le 4 mars, la SS Charlemagne entre à nouveau en action à Körlin, et subit une nouvelle défaite qui l'oblige à retraiter de nuit et à abandonner les blessés sur place, avec la quasi-certitude qu'ils seront achevés par les troupes russes.

Début avril, alors que beaucoup de survivants ont préféré jeter l'éponge devant une lutte aussi inégale, la Charlemagne est réduite à un régiment
qui ne compte plus que quelques centaines d'hommes valides, presque totalement dépourvus d'armements.

Pour autant, le général Krukenberg, décidément indestructible, entend bien se battre jusqu'au bout, et préfère voir le bon côté des choses : "La lutte nous a unifiés", déclare-t-il. "Le fait que notre division ait été réduite par de glorieux combats doit nous inciter davantage encore à ne former qu'un bloc, qu'une équipe" (1)

Au matin du 24 avril, Krukenberg reçoit l'ordre de prendre le commandement de la SS Nordland, qui se bat à l'intérieur de Berlin, désormais encerclé par les Soviétiques. Reste à savoir comment s'y rendre.

Ayant réveillé Henri Fenet - le dernier chef de bataillon encore présent - Krukenberg et deux à trois cents volontaires montent dans les camions et croisent en chemin des milliers de civils fuyant dans lesens opposé, mais aussi bon nombre de soldats de la Wehrmacht qui, goguenards ou simplement incrédules, ne cessent de les interpeller en leur criant qu'ils s'en vont dans la mauvaise direction...

(1) Giolitto, page 504

mercredi 23 janvier 2008

1781 - la grande aventure

... le 17 février 1945, un premier contingent de la SS Charlemagne est enfin jugé apte au combat, et prend le chemin de la Poméranie.

Pour ces jeunes-gens, la "grande aventure" va très vite tourner au
calvaire. La division ne possède ni canons antichars, ni camions, ni postes de radio, et parfois même pas de casque pour les soldats (!)

"Notre convoi, écrit l'un d'eux, se traîne maintenant en direction de l'Est par de tristes journées durant lesquelles la neige tombe toujours. L'aviation américaine nous bombarde durement, en moyenne toutes les deux ou trois heures. Nous sommes alors obligés de quitter le train, qui fait halte, pour nous réfugier dans les bois en nous enfonçant dans la neige jusqu'aux cuisses" (1)

Le 25 février, les voilà rendus à Hammerstein pour un premier affrontement qui se révèle désastreux : luttant à un contre dix, et ne disposant que de leur arme individuelle et de quelques Panzerfaust, les hommes sont vite submergés et doivent battre en retraite par petits groupes largement dispersés.

Sur les quelque 4 500 hommes qui se sont lancés dans l'opération, plus de 2 000 sont tués, blessés ou portés disparus (!). Pour les survivants, débute alors une interminable retraite de 80 kms, dans le froid et la neige.

Mais le 1er mars, un nouvel ordre arrive : se diriger vers Körlin pour "fixer et contenir l'avance russe", bien qu'il s'agisse en fait, selon les propres termes de Krukenberg d'une mission "de sacrifice" visant à couvrir le plus longtemps possible la retraite des troupes allemandes cheminant vers le port de Kolberg, seule voie possible pour sortir de Poméranie...

mardi 22 janvier 2008

1780 - courage, fuyons

... après avoir appris la disparition soudaine d'Heinrich Himmler, Heinz Guderian s'était précipité au quartier général de ce dernier, où on lui appris que le Reichsführer-SS et commandant en chef du "Groupe d'armée de la Vistule" était parti faire soigner sa grippe à la clinique d'Hohenlychen, à une quarantaine de kilomètres de là.

Guderian sauta sur l'occasion pour convaincre Himmler que ses nombreuses et trop lourdes responsabilités l'empêchaient en vérité de commander lui-même une armée déjà par trop fantomatique, et que cette tâche devait donc incomber à un officier d'active.

Himmler, totalement dépassé par la situation et ne cherchant qu'à sauver sa propre peau, ne demandait pas mieux, mais encore fallait-il convaincre Hitler que son "cher Heinrich" n'était décidément pas l'homme de la situation.

Une fois encore, ce fut Guderian qui se chargea de porter la mauvaise nouvelle au Monstre, lui suggérant de remplacer Himmler par le général Heinrici, commandant de la première armée blindée.

Hitler, qui avait lui-même nommé Himmler à ce poste moins de deux moins auparavant, n'accepta qu'avec réticence.

Et quand le général Heinrici se présenta pour prendre son commandement, Himmler le gratifia d'une des pompeuses harangues patriotiques dont il avait le secret... avant d'être interrompu par la sonnerie du téléphone.

Son interlocuteur, le général Busse, lui apprit alors que la route d'accès à forteresse de Kustrin venait juste d'être perdue. Sans se démonter, Himmler passa immédiatement le téléphone à Heinrici, lui déclarant que puisqu'il était désormais le nouveau commandant en chef, c'était maintenant à lui de donner les ordres.

Ce devoir patriotique accompli, Heinrich Himmler s'empressa de disparaître...

lundi 21 janvier 2008

1779 - ... mais pas ce que je fais

... si les Waffen-SS devaient non seulement affronter, presque sans munitions, leurs homologues soviétiques, et aussi composer avec la présence constante des poux et de la vermine, leur chef s'était enfin décidé à abandonner son luxueux train privé - le Steiermark - pour installer son quartier général à 80kms de Berlin, en pleine forêt et à bonne distance des bombardements alliés.

Mais il n'entendait pas pour autant renoncer à son mode de vie et à son confort personnel : la Reichsführerbaracke, construite spécialement pour lui et ornée de riches tapisseries et de porcelaines provenant des fabriques contrôlées par la SS, était non seulement bien plus vaste, mais surtout beaucoup plus luxueusement meublée que les autres baraquements de son quartier général

"La chambre à coucher, nota l'un de ses officiers, était très élégante, meublée de bois rose, avec un tapis vert pâle. Cela ressemblait plus au boudoir d'une grande dame qu'au logement d'un chef militaire"

Du point de vue militaire, justement, la situation ne cessait d'empirer. Au début de février 1945, pour tenter de ragaillardir les troupes, Hitler avait déjà ordonné que "les tribunaux militaires [prennent] les mesures les plus trictes possibles, fondées sur le principe que ceux qui ont peur de trouver une mort honorable au combat méritent la mort des lâches". Un mois plus tard, il avait créé les "Fliegende Standgericht", ou courts martiales mobiles accélérées qui, en plus des juges militaires, comprenaient leur propre peloton d'exécution et ne manquaient pas d'en faire grand usage sur les traînards, déserteurs et autres "défaitistes" allemands

Le 13 mars, il fit également diffuser une autre directive, cette fois plus spécialement dédiée aux officiers de l'armée et aux cadres du parti national-socialiste. "Le premier des devoirs d'un chef militaire, y rappelait-il, est de fanatiser politiquement ses hommes, et il sera pleinement responsable devant moi de leur comportement national-socialiste".

Pour Heinrich Himmler, cette directive fut sans doute celle de trop. Sans en avertir quiconque, le Reichsführer-SS abandonna son luxueux quartier général pour aller faire soigner sa grippe par son médecin personnel, 40 kilomètres plus loin...

dimanche 20 janvier 2008

1778 - faites ce que je dis...

... bien que nommé commandant-en-chef du "Groupe d'armées de la Vistule", Heinrich Himmler, ce chef suprême de la Waffen-SS, cet homme qui avait envoyé des millions de personnes à l'abattoir, et qui en envoyait encore d'autres mourir à sa place, Heinrich Himmler, donc, continuait de mener une existence normale et confortable, et en vérité fort éloignée des dures réalités de la guerre.

A ses Waffen-SS couverts de boue et de vermine, qui n'avaient plus touché de solde, ni pris de douche, ni changé de sous-vêtements depuis des mois, le Reichsführer SS opposait une vie finalement paisible, à fortiori pour un homme censé combattre l'envahisseur soviétique avec la dernière énergie.

Malgré la débâcle générale, et ses responsabilités en principe écrasantes, Himmler ne débutait sa journée de travail qu'à 10H30, après un long bain, un passage entre les mains de son masseur personnel, puis un solide petit-déjeuner. Et lorsqu'il partait se recoucher, nul n'avait l'autorisation de le déranger dans son sommeil, quelle que fut la situation militaire du moment ou l'importance des décisions à prendre.

Des décisions, Heinrich Himmler n'en prenait du reste aucune, se contenant d'approuver mollement les ordres du jour rédigés par ses subordonnés.

Mais quand il s'agissait d'expliquer les revers et la retraite constante des troupes, l'homme le plus craint et probablement le plus détesté d'Allemagne retrouvait toute sa superbe, éructant comme autant de leit-motivs les termes de "Kriegsgericht" - cour martiale - et "Standgericht" - cour martiale accélérée, et envoyant à la potence ou devant un peloton d'exécution des centaines, sinon des milliers, de soldats allemands, coupables d'avoir battus en retraite face à un adversaire infiniment supérieur en nombre, et donc d'avoir manqué de "force morale"