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samedi 4 avril 2015

4411 - refaire l'Histoire

… tout comme ceux du Yamato, du char d’assaut Tiger… ou du Messerschmidt 262 (!), les partisans du Bismarck ne cesseront jamais d’affirmer que leur favori était "intrinsèquement le meilleur", et "qu’à la loyale", "en combat singulier", ce dernier aurait immanquablement défait chacun de ses adversaires alliés.

Ils ne cesseront jamais de rêver à "une autre Histoire", c-à-d à une Histoire débarrassée des inévitables contraintes de la réalité.

Dès le départ, les responsables allemands et japonais savaient fort bien que jamais ils n’auraient les moyens de construire autant de bâtiments que leurs adversaires britanniques ou américains.

Mais en mettant en chantier de véritables Béhémoth comme le Bismarck, le Tirpitz, le Yamato ou le Musashi, plus gros et plus puissants que leurs homologues du moment, et en rêvant d’en construire d’autres plus gros et plus puissants encore, ils espéraient tout bonnement s’affranchir de la cruelle Loi du Nombre, laquelle accorde généralement la victoire à celui qui possède le plus grand nombre de soldats, de tanks, d’avions… ou de cuirassés.

Malheureusement pour eux, et que ce soit sur Terre, dans les Airs ou sur Mer, leur calcul s’avéra dramatiquement faux : quelles que soient sa taille et ses performances, aucun tank, aucun avion, aucun cuirassé ne pouvait triompher d’adversaires systématiquement plus nombreux et généralement beaucoup plus fiables.

Le cuirassé Bismarck, et ses deux mille officiers et marins en firent la cruelle expérience…

vendredi 3 avril 2015

4410 - ... et de l'Angleterre-maîtresse-des-mers

... après la destruction du Bismarck, le King George V, plus moderne, et surtout plus rapide que le Rodney, fut déployé dans l’Arctique, en Méditerranée, et finalement dans le Pacifique, ce qui lui permit, le 2 septembre 1945, en pleine Baie de Tokyo, d’assister à la cérémonie officielle de la Capitulation japonaise.

Mais bien qu'auréolé de gloire, et en relativement bon état, ses jours - comme du reste ceux de tous les cuirassés du monde - étaient à présent comptés.

Placé en réserve à partir de 1950, le King George V  fut finalement ferraillé en 1957, en compagnie de ses jumeaux Duke of York, Anson et Howe.

Trois ans plus tard, le Vanguard, ultime - et ô combien inutile - cuirassé britannique (1), fut à son tour envoyé à la casse, mettant ainsi, et de bien triste façon, un terme définitif à l'Histoire de l'Angtererre-maîtresse-des-mers...

(1) Saviez-vous que... À l'Arrière de l'avant-garde

jeudi 2 avril 2015

4409 - la fin des cuirassés...

… le destroyer Cossack, qui avait mené la charge des petits bâtiments de la 4ème Flottille dans la nuit du 26 au 27 mai, fut torpillé dans l'Atlantique le 23 octobre suivant par le sous-marin U-563.

Bien que pris en remorque, il sombra quatre jours plus tard au large de Gibraltar.

Le vaillant destroyer Piorun, et le non moins bouillant commandant Plawski, survécurent tous deux à la guerre : le premier fut restitué à la Royal Navy en 1946, rebaptisé HMS Noble, et ferraillé en 1955; le second dû s’exiler au Canada après l’érection du "Rideau de fer", et s’éteignit à Vancouver en 1972.

Véritable bourreau du Bismarck, le cuirassé Rodney n'avait plus dans l’Atlantique le moindre adversaire à affronter, ce pourquoi il s'en retourna à ses tranquilles missions d’escorte de convois, avant d'appuyer par la suite, de ses énormes canons de 406mm, les débarquements alliés en Afrique du Nord, en Italie et en Normandie

Déclaré obsolète aussitôt après la fin de la guerre, il fut décommissionné en 1946, et ferraillé deux ans plus tard...

mercredi 1 avril 2015

4408 - le croiseur-caméléon

… le petit patrouilleur américain Modoc, qui le 24 mai avait failli être coulé tant par les Allemands que par les Britanniques (!), poursuivit  dans l’anonymat son humble carrière de chien sauveteur.

Rendu à la vie civile à la fin de la guerre, il fut converti en navire marchand, et finalement ferraillé en 1964.

Le croiseur léger Sheffield, qui avait quant à lui failli être coulé le 26 mai par les aviateurs britanniques l'ayant confondu avec le Prinz Eugen, demeura aux avant-postes durant toute la guerre.

Le 31 décembre 1942, il eut ainsi la chance de couler le destroyer allemand Friedrich Eckoldt (1),… venu à lui en toute innocence puisque l’ayant pour sa part confondu avec l'Admiral Hipper !

En 1954, ce véritable croiseur-caméléon eut même l’occasion d’endosser une dernière fois une autre identité, en l’occurrence celle du croiseur Ajax - ferraillé cinq ans plus tôt - dans le film "La Bataille du Rio de la Plata", consacré à la traque et à la destruction du Panzerschiff Admiral Graf Spee.

Décommissionné en 1964, il fut démoli à Faslane trois ans plus tard.

(1) Saviez-vous que… Le Crépuscule de la Kriegsmarine.

mardi 31 mars 2015

4407 - des destins fort différents

… le porte-avions Ark Royal, qui le 26 mai avait irrémédiablement bloqué le gouvernail du Bismarck, et l’avait ainsi livré à ses bourreaux, retourna en Méditerranée, où il fut torpillé le 13 novembre par le sous-marin U-81.

Il sombra le lendemain près de Gibraltar.

Le Victorious, qui avait lui aussi joué un rôle - bien que mineur - dans la chasse au Bismarck, eut quant à lui la chance de survivre à la guerre.

Il fut ferraillé en 1969.

Début 1942, le croiseur Dorsetshire, qui pendant plus d’une heure avait martelé le Bismarck avant de lui porter le coup fatal, fut assigné à l’escadre britannique d’Extrême-Orient, ce qui, le 5 avril, lui valut de succomber près de Ceylan (1) sous les coups de bombardiers en piqué japonais, et dans des circonstances finalement fort semblables à celles du Prince of Wales.

Les Suffolk et Norfolk, qui avaient brillamment pisté le Bismarck durant de longues heures, continuèrent en revanche à servir fidèlement la Royal Navy jusqu’à leur ferraillage, en 1948 et 1950.

En décembre 1943, le second avait même eu même la chance de jouer à nouveau un rôle déterminant dans la destruction d’un des derniers gros bâtiments de surface de la Kriegsmarine : le croiseur de bataille Scharnhorst (1)

(1) Saviez-vous que… - 3781
(2) Saviez-vous que… Auf einem seemannsgrab da blühen keine rosen

lundi 30 mars 2015

4406 - la prétendue "Malédiction du Bismarck"

"Vous serez les suivants !" aurait dit un des survivants du Bismarck aux marins du Dorsetshire occupés à le sortir de l’eau.

Et de fait, sans que l’on puisse pour autant parler d’une "malédiction du Bismarck", bon nombre de navires ayant participé à sa destruction allaient périr à leur tour au cours des mois suivants, à commencer par le plus gros et le plus moderne d’entre eux, le cuirassé Prince of Wales.

Héros malheureux - mais finalement fort chanceux ! - de la Bataille du Détroit du Danemark le 24 mai, le cuirassé convoya Winston Churchill jusqu’aux États-Unis en août pour la Conférence de l’Atlantique.

Après un bref séjour en Méditerranée, il mit ensuite le cap sur l’Extrême-Orient, et plus précisément sur Singapour, importante colonie britannique de plus en plus menacée par l’expansionnisme japonais.

Dans l’esprit de Churchill, et de la plupart des responsables britanniques, la présence de ce cuirassé moderne, mais aussi du croiseur de bataille Repulse et du tout nouveau porte-avions Indomitable, inciterait les Japonais à y regarder à deux fois avant de s’en prendre aux intérêts de la Grande-Bretagne dans la région.

Mais en décembre 1941, plus aucun cuirassé au monde n’était de taille à affronter la menace aérienne : surpris au large de Kuantan (Malaisie), le 10 décembre, le Prince of Wales et le Repulse furent envoyés par le fond en moins de deux heures par quelques dizaines de frêles avions-torpilleurs japonais qui, dans l’aventure, ne perdirent eux-même que trois appareils.

Pour la Grande-Bretagne, et pour la Royal Navy, cette perte fut au moins aussi douloureusement ressentie que celle du Hood...

dimanche 29 mars 2015

4405 - ... mais toujours en vie

… endommagé le 15 octobre 1944 suite à un abordage dans le brouillard avec le croiseur léger Leipzig - qui fut quasiment coupé en deux - le Prinz Eugen reprit néanmoins ses missions de soutien à la fin de l’année.

En avril 1945, après avoir échappé par miracle à un bombardement britannique qui provoqua la mise hors-service du Panzerschiff Lützow, le Prinz Eugen, à court de munitions et ses canons usés au point d’être inutilisables, mit le cap sur Copenhague, où il fut surpris par la Capitulation de l’Allemagne nazie.

La Grande-Bretagne, l’URSS et les États-Unis le revendiquèrent mais, faute de réussir à s’entendre, décidèrent de recourir à la bonne vieille méthode du tirage au sort.

Ce fut le billet américain qui sortit du chapeau…

Passé sous le contrôle de l’US Navy, le Prinz Eugen fut convoyé jusqu’à Boston en janvier 1946, puis jusqu’au petit atoll de Bikini où, en compagnie d’autre navires décommissionnés, il servit de cible lors de deux tests de bombes atomiques… auxquels il survécut.

Remorqué jusqu’à Kwajalein en août, le croiseur, désormais irradié, fut abandonné sur place, et finit par chavirer en eaux peu profondes le 22 décembre suivant.

Sa coque retournée est encore visible aujourd’hui, ultime témoignage des ambitions démesurées de la Kriegsmarine

samedi 28 mars 2015

4404 - résigné...

… après son arrivée penaude à Brest en juin 1941, puis son échappée à travers la Manche en février 1942 en compagnie des Scharnhorst et Gneisenau, le croiseur lourd Prinz Eugen, regagna l’Allemagne sain et sauf.

Destiné lui aussi à être redéployé en Norvège, il fut cependant attaqué lors de son voyage par le sous-marin britannique Trident, dont une torpille lui arracha tout son arrière.

Difficilement ramené en Allemagne, et barré au moyen de cabestans bricolés sur sa plage arrière, le croiseur passa le reste de l’année 1942 en réparations.

Après avoir vainement tenté, début 1943, de le renvoyer en Norvège, la Kriegsmarine se résigna à le cantonner à l’entraînement des cadets en Baltique.

En 1944, le Prinz Eugen retrouva enfin une certaine utilité militaire,... comme navire de soutien d’Artillerie.

Mais pas plus que ceux des autres survivants de la Kriegsmarine, ses canons de 203mm ne furent en mesure de stopper l’inexorable progression des tanks de l’Armée rouge…

vendredi 27 mars 2015

4403 - victorieux... même par-delà la mort

… en juin 1989, l’épave du Bismarck fut découverte par 4 800 mètres de fond, et à environ 800 kms de Brest, par le célèbre Robert D. Ballard, qui avait déjà retrouvé celle du Titanic quatre ans plus tôt.

Dans les années suivantes, plusieurs expéditions, dont une menée par le non moins célèbre réalisateur hollywoodien James Cameron — également auteur d’un film, désormais mythique, sur ce même Titanic (!) — permirent d’en savoir un peu plus sur les derniers instants du monstre, et accréditèrent en particulier l’hypothèse allemande du sabordage, encore que ce dernier point - bien que finalement de peu d'importance - demeure controversé.

A l’exception des quatre tourelles principales (qui se détachèrent de leur logement au moment du chavirage), de la poupe et d’une bonne partie des superstructures (arrachées par la pression de l’eau lors de la chute du navire vers le fond), l’épave du Bismarck est dans un état de conservation étonnant, et pourra encore témoigner pendant plusieurs siècles de la vanité et de la folie des hommes.

On ne peut hélas en dire autant de sa victime : retrouvé en juillet 2001 à environ 400 kms de Reykjavik, le croiseur de bataille Hood n’est en effet plus qu’une succession de débris difficilement identifiables et éparpillés sur plusieurs kilomètres carrés.

Même dans la mort, le Bismarck demeure victorieux…

jeudi 26 mars 2015

4402 - on a les souvenirs qu'on peut se donner...

"On ne pouvait pas le laisser à flots et simplement s’en aller" déclara l’officier de tir du Rodney après la guerre.

"J’avais un boulot à faire (…) et pas vraiment le temps de penser au côté moral de la chose. (…) Notre boulot, c’était de le couler, et de le couler aussi vite que possible."

"Il y a eu peu d’honneur ou de gloire dans cette bataille", reconnut pour sa part un autre officier. "Nous avons traité sans la moindre pitié un pirate qui, s’il avait pu remplir sa mission, se serait montré tout aussi impitoyable avec des navires marchands sans défense".

"Je ne pense pas qu’il y avait de la jubilation mais plutôt, au fond de nous, le sentiment qu’on avait fait du bon boulot", ajouta un simple matelot, ajoutant que "Beaucoup d’entre nous avaient le Hood en tête" et se rappelaient que ce dernier n’avait laissé que trois survivants sur un équipage de quelque mille cinq cents hommes.

Les marins du Dorsetshire, qui avait dû abandonner les survivants du Bismarck à leur sort après avoir aperçu - ou cru apercevoir - un U-boot, se rappelèrent plutôt cet Allemand décédé de ses blessures à bord du croiseur, et qu’ils inhumèrent en mer le 29 mai, le corps couvert non pas d’une swatstika hitlérienne mais bien d’un ancien drapeau de la marine impériale allemande déniché dieu-sait-où.

Ils se rappelèrent surtout les cris d’effroi et les suppliques des centaines de malheureux naufragés contraints, à mesure que le croiseur remontait en vitesse, de lâcher les uns après les autres les aussières auxquelles ils se cramponnaient.

On a les souvenirs qu’on peut se donner…

mercredi 25 mars 2015

4401 - le Bismarck voulait-il se rendre ?

… sur le Rodney comme sur le Dorsetshire, c-à-d sur les deux navires les plus proches du Bismarck, des témoins dignes de foi affirmèrent avoir aperçu, à plusieurs reprises, des "signaux" émanant du monstre et témoignant, selon eux, de sa volonté de se rendre.

Rien ne prouve cependant que ces "signaux" aient été émis par une autorité réellement habilitée à ordonner la reddition : si les circonstances exactes entourant la mort de Lütjens et Lindemann restent inconnues, on s’accorde en général à penser que les deux hommes ont été tués au tout début de l’engagement, lorsqu’un 406mm du Rodney a pulvérisé la passerelle du Bismarck (1)

A supposer qu’ils aient été authentiques, les dits "signaux" pouvaient donc tout aussi bien provenir d’un marin ou d’un officier subalterne agissant de sa seule initiative.

L’historien Iain Ballantyne a d’autre part raison de souligner que, dans l’ivresse et la confusion de la bataille, il était de toute manière extrêmement difficile pour Martin, pour Dalrymple-Hamilton et, a fortiori, pour Tovey sur le King George V, de se faire une idée exacte de la situation qui prévalait sur un navire distant de plusieurs milliers de mètres et entièrement noyé par les flammes et la fumée des incendies.

Reste qu'au lieu d’investiguer l’affaire, ou d’appeler lui-même à la reddition du Bismarck, le commandement britannique décida plutôt de tout ignorer et de continuer imperturbablement son matraquage, même après qu’il lui soit devenu évident que la victoire était acquise et que le combat ne relevait plus désormais que du carnage…

(1) quelques témoins affirmèrent cependant avoir cru apercevoir Lindemann, donnant encore des ordres, quelques instants avant le naufrage.

mardi 24 mars 2015

4400 - qui a coulé le Bismarck ?

… pour les Britanniques comme pour les Allemands, la courte carrière du Bismarck fut - comme nous l’avons vu - une affaire bien plus politique que réellement militaire.

Mais on peut en dire autant des causes exactes de sa disparition : aujourd’hui encore, les partisans des deux camps se renvoient la balle et ne cessent d’affirmer que ce sont eux, et eux seuls, qui sont responsables de l’engloutissement final du cuirassé.

Pour les Britanniques, après la destruction du Hood, mais aussi après des mois d’humiliants revers militaires sur tous les théâtres d’opérations, il était évidemment essentiel de revendiquer tout le mérite de la mise à mort, alors que, pour les Allemands, s’en attribuer l'entière responsabilité revenait en quelque sorte à lui offrir une vie et une gloire posthumes

Mais que le Bismarck ait finalement succombé à une torpille tirée du Dorsetshire ou alors au sabordage mené par son propre équipage n’a en vérité aucun importance : après le départ du King George V et du Rodney, vers 10h20, ce dernier n’était de toute manière plus qu’un amas de ferrailles calcinées prenant l’eau de toute part et que ses officiers et marins abandonnaient en masse.

Dit autrement, même sans torpille, même sans sabordage, il se serait immanquablement retrouvé au fond de l’Atlantique dans les heures suivantes…

lundi 23 mars 2015

4399 - pas de miracle

… le blindage du Bismarck était certes conséquent mais, dans dans sa composition comme son épaisseur, n’avait pourtant rien de particulièrement exceptionnel, se situant tout bonnement dans la norme des cuirassés contemporains, qu’ils soient japonais, américains ou même britanniques.

En réalité, la résistance a priori surprenante du cuirassé allemand - surtout si on la compare à la non-résistance du Hood ! - s’explique en fait par une raison bien plus prosaïque : tirés à une distance relativement courte, et pour finir à moins de 3 000 mètres, sur un navire déjà profondément enfoncé dans l’eau, les obus anglais ne pouvaient frapper que les superstructures - qui furent d’ailleurs réduites en charpie - mais pas les œuvres vives - machines et soutes à munitions - convenablement protégées et impossibles à atteindre en tir tendu.

Au demeurant, et quels qu’aient été la qualité et l’épaisseur du blindage allemand, le fait demeure qu’il s’avéra impuissant à protéger l’armement (très imprécis et rapidement réduit au silence), les communications internes (très vite mises totalement hors service), ou encore le personnel (mort par centaines dans des locaux transformés en véritables abattoirs).

Bien que demeurant obstinément à flots, le Bismarck fut bel et bien mis hors de combat en moins d’un quart d’heure.

Et quand bien-même aurait-il réussi par la suite à échapper à ses adversaires et à rallier Brest qu’il aurait fini sinon dans un parc à ferrailles, du moins dans un chantier naval jusqu’à la fin de la guerre…

dimanche 22 mars 2015

4398 - "Honnêtement, je ne pense pas que nos munitions étaient très bonnes"

… une autre explication réside dans la médiocre qualité des obus britanniques, ou plus exactement de leurs détonateurs, comme le le reconnut d’ailleurs après la guerre le commandant Crawford, officier de tir sur le Rodney.

"Honnêtement, je ne pense pas que nos munitions étaient très bonnes,… avec les obus perforants, et dépendamment de la cible visée, on pouvait ajouter ou pas un retard au détonateur.

Normalement, contre un navire cuirassé, on ajoute toujours un retard, parce qu’on veut que l’obus explose à l’intérieur de la coque, où il causera le maximum de dommages.

A un moment, le King George V (…) nous a signalé que nos obus passaient à travers le Bismarck et éclataient à l’extérieur.

J’ai alors ordonné qu’on règle sur non-retard, mais je pense que si nos obus avaient été réellement performants, on aurait dû le faire exploser, quelle qu’ait été la qualité de son blindage"
(1)

Cette "qualité du blindage" a d’ailleurs fait couler beaucoup d’encre, certains n’hésitant pas à lui attribuer des propriétés "extraordinaires" dues à l’utilisation d’un alliage - bien évidemment "ultra-secret" au nickel…

(1) Ballantyne, op cit

samedi 21 mars 2015

4397 - le Bismarck était-il "incoulable" ?

… largement commentée et analysée, la destruction du Bismarck n’en laisse pas moins de nombreuses zones d’ombre, à commencer bien sûr par celle de sa résistance a priori incroyable.

Car entre le premier tir du Rodney, à 08h47, et le cessez-le-feu final, vers 10h20, soit en quelque 90 minutes, le cuirassé allemand a été la cible de pas moins de 380 obus de 406mm (1), 339 de 356mm (2), 781 de 203mm (3), 716 de 152mm (1) et 660 de 133mm (2), soit de quelque 2 876 projectiles divers qui, pourtant, ne sont pas parvenus à le faire exploser ni même à l’envoyer par le fond puisqu’il a encore fallu plusieurs torpilles - ou l’intervention des marins allemands eux-mêmes - pour en venir à bout !

Le Bismarck était-il donc "incoulable" comme l’affirme la légende abondamment véhiculée, aujourd’hui encore, par ses (nombreux) supporters ?

N’en déplaise à ces derniers, il convient d’abord de souligner la très faible proportion de coups réellement mis au but par les Britanniques.

Jusqu’à la généralisation des radars de tir puis, surtout, des projectiles autoguidés, atteindre un navire en mouvement depuis un autre navire en mouvement était une entreprise complexe, qui entraînait un effrayant gaspillage de munitions, a fortiori par mer agitée et dans de mauvaises conditions de visibilité, en sorte que l’on peut raisonnablement estimer que seuls 10 à 20 % des obus tirés par les deux cuirassés et les deux croiseurs anglais ont réellement atteint leur but.

Mais même en ne retenant que la fourchette la plus basse, cela fait encore près de 300 projectiles de gros et moyen calibre…

(1) Rodney
(2) King George V
(3) Norfolk et Dorsetshire

vendredi 20 mars 2015

4396 - tout n'était que politique...

… si la première - et dernière - mission de guerre du Bismarck fut le résultat d’une volonté infiniment plus "politique" que militaire, la traque puis la destruction de ce même Bismarck revêtirent elles aussi, du côté britannique, une dimension essentiellement politique.

Pour Churchill, le Bismarck devait en effet être coulé "à n’importe quel prix" : pour venger la perte du Hood, bien sûr, mais aussi, et surtout, pour réaffirmer - en particulier vis-à-vis des États-Unis - la suprématie britannique dans l'Atlantique ainsi que la détermination inébranlable de la Grande-Bretagne à poursuivre la lutte contre l’Allemagne nazie.

On ne peut expliquer autrement la mobilisation sans précédent des moyens navals dont disposait la Royal Navy, ni a fortiori l’acharnement de cette même Royal Navy à poursuivre son matraquage bien après que le Bismarck ait été réduit à l’état d’épave incapable de causer le moindre mal à quiconque.

Et la Royal Navy n’était pas seule en cette affaire : sur le terrain d’Aviation de St-Eval (Cornouailles) une douzaine de bombardiers Wellington et Whitley, déjà chargés de bombes perforantes de 500 livres, avaient été tenus en réserve pour une attaque d’ultime recours, au cas où les cuirassés de l'amiral Tovey ne seraient pas parvenus à rattraper le cuirassé allemand.

Une attaque menée à la limite extrême du rayon d’action de ces appareils, et une véritable attaque-suicide qui, si elle avait dû être lancée, aurait d’ailleurs contraint ces derniers à se poser ensuite en mer, faute de carburant, entraînant la mort plus que probable de tous les équipages…

jeudi 19 mars 2015

4395 - condamné à échouer

Le Bismarck, aussi puissant que cruellement démodé. (tableau de Michel Guyot)
Rheinübung fut une opération infiniment plus "politique" que militaire : à la veille de l’invasion de l’URSS, Raeder comme Lütjens voulaient faire bonne figure et, surtout, démontrer à Hitler que les grands navires de surface de la Kriegsmarine avaient encore un rôle à jouer dans cette guerre, et qu’il devait donc continuer à leur accorder son soutien.

Non contente d’être menée pour de mauvaises raisons, cette opération était pour ainsi dire vouée à l’échec avant-même de débuter : le Bismarck était certes un navire puissant - probablement le plus puissant cuirassé européen jamais mis en service - mais il était seul face aux nombreux bâtiments que la Royal Navy n’allait pas manquer de lancer à sa poursuite.

Surtout, c’était un navire irrémédiablement condamné par l’Histoire et le progrès technique : condamné par l’essor de l’Aviation et l’avènement des porte-avions, bien sûr, mais aussi, de manière plus subtile, par la généralisation, sur les bâtiments britanniques, de radars de plus en plus performants et désormais capables de le pister à grande distance, même dans la nuit la plus noire ou le brouillard le plus épais.

Comme Lütjens le reconnut lui-même dans un de ses ultimes messages, "La possession par l’ennemi d’équipements radars ayant une portée efficace d’au moins 35 000 mètres nuit au plus haut point aux opération dans l’Atlantique".

Cet avertissement sera cependant sinon ignoré, du moins négligé, ce qui, le 26 décembre 1943, entraînera à nouveau la perte du Scharnhorst et de tout son équipage (1)…

(1) Saviez-vous que… Auf einem seemannsgrab da blühen keine rosen

mercredi 18 mars 2015

4394 - quand s'évanouit la dernière chance

… 11 février 1942

malgré la disparition du Bismarck, la Kriegsmarine dispose toujours de trois puissants bâtiments de surface idéalement positionnés à Brest et qui, moyennant quelques réparations, pourraient très facilement reprendre la mer et mener la guerre de course pour laquelle ils ont été conçus.

Mais à cause de la disparition du Bismarck, personne n’a vraiment envie de se relancer dans une pareille aventure qui, de toute manière, exigerait cette fois l’approbation formelle d’un Führer aux pensées désormais entièrement tournées vers la nouvelle guerre qu’il vient de lancer à l’Est (1)

Les grands navires de la Kriegsmarine vont donc laisser passer leur ultime chance de retourner un jour dans l’Atlantique.

Pire encore, bien qu’ils soient plus en sécurité au port qu’en pleine mer, les Scharnhorst, Gneisenau et Prinz Eugen y sont néanmoins à la merci d’un ennemi bien plus redoutable que les cuirassés de la Royal Navy : les bombardiers de la Royal Air Force, qui leur rendent régulièrement visite…

Le 11 février 1942, la Kriegsmarine en tirera d’ailleurs les conséquences et, au terme d’une manœuvre audacieuse mais qui n’en symbolisera pas moins sa défaite (2), les rapatriera en Allemagne, prélude à leur redéploiement dans les fjords norvégiens…

(1) l’Opération Barbarossa - l’invasion de l’URSS - a été déclenchée le 22 juin 1941, moins d’un mois après la disparition du Bismarck
(2) Saviez-vous que… 3600 à 3605

mardi 17 mars 2015

4393 - le début de la fin de la Kriegsmarine

… bien qu’un succès en soi, l’arrivée sans encombre du Prinz Eugen à Brest n’en représente pas moins l’ultime clou planté dans le cercueil d’une Opération Rheinübung décidément calamiteuse.

Non seulement la dite opération n’a-t-elle pas permis de couler un seul cargo anglais - ce qui était pourtant l’objectif recherché, ou du moins avoué - mais encore s’est-elle traduite par la destruction du fleuron de la flotte de surface allemande, ainsi que par le rappel de la suprématie de la Royal Navy dans l’Atlantique.

Pourtant, sur le papier, avec les Scharnhorst, Gneisenau et maintenant Prinz Eugen, la Kriegsmarine dispose toujours de moyens importants et rassemblés dans un port - celui de Brest - qui offre par ailleurs l’avantage d’un accès direct à l’Atlantique.

Mais après la perte du Bismarck, Hitler qui, comme nous l’avons vu, n’a jamais eu la moindre confiance dans les grands navires de surface, est bien décidé à ne plus laisser les marins se lancer seuls dans des aventures inconsidérées et ô combien risquées pour son prestige personnel et celui du Troisième Reich.

Dans l’immédiat, et jusqu’à la fin de l’année 1941, le Tirpitz, enfin déclaré opérationnel, va donc être relégué à la Mer Baltique, où il ne servira à rien mais ne courra en revanche aucun risque de tomber sur un cuirassé, un porte-avions, ou même un sous-marin anglais.

Pour la Kriegsmarine, c’est - déjà - le début de la fin…

lundi 16 mars 2015

4392 - ... et l'oublié

… Brest, 01 juin

Mais si la Royal Navy a finalement - et très largement - triomphé de la Kriegsmarine, qu’est-il donc arrivé au Prinz Eugen qui, comme nous l’avons vu, a profité de l’obscurité pour disparaître dans la soirée du 24 mai ?

En se séparant ainsi de son croiseur d’accompagnement, et en offrant à ce dernier la possibilité de partir seul à la chasse aux convois ennemis, l’amiral Lütjens espérait sauver ce qui pouvait encore l’être d’une Opération Rheinübung irrémédiablement compromise par les avaries du Bismarck.

De fait, avec l’attention des Anglais toute entière focalisée sur la chasse au bien plus gros et emblématique Bismarck, le Prinz Eugen a tranquillement pu poursuivre sa route vers le Sud, et se ravitailler, le 26 mai, auprès du tanker Spichern.

Ses réservoirs pleins, et la mer vide de tout navire de guerre britannique, le grand croiseur a désormais le champ libre et l’opportunité de faire un carnage au sein des cargos sans défense.

Seulement voilà : ses excès de vitesse des jours précédents ont eu un effet catastrophique sur l’état de santé de ses chaudières, victimes du même et insondable mal qui afflige tous les grands navires de surface allemands, à commencer par le Scharnhorst.

Dit autrement, le Prinz Eugen n’a lui aussi plus d’autre choix que d’interrompre sa croisière pour rallier Brest, où il arrive le 01 juin, sans avoir pu couler un seul cargo britannique !