Aucun message portant le libellé Le bombardement stratégique. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Le bombardement stratégique. Afficher tous les messages

jeudi 30 juin 2005

844 - cherchez l'erreur

... moins de trente ans séparent les lourds et lents Zeppelins qui tentaient de bombarder Londres des fulgurantes et invulnérables fusées V2, qui faillirent la réduire en cendres.

En moins de trente ans, le bombardement stratégique était entré dans l'âge adulte, celui de la guerre "presse-boutons", où plus personne ne voit ni n'entend celui que l'on tue.

Trente années de développements, de perfectionnements et d'innovations, que l'on appelle paraît-il "Progrès", et qui ont certes bouleversé l'art de la guerre mais ne l'ont rendue ni impossible, ni improbable, ni même moins meurtrière.

Au baisser du rideau, le monde se divisa en deux clans antagonistes, qui se surveillèrent pendant des décennies, engloutirent des fortunes en armements nouveaux, et les testèrent par procuration, sur des champs de bataille éloignés, au détriment de populations qui n'en demandaient pas tant et auraient sans nul doute préféré la Paix ou, à défaut, les guerres d'antan, que l'on menait avec de simples fusils qui se chargeaient encore par le canon, entre adversaires qui, à défaut de s'apprécier, pouvaient du moins se voir au moment où ils s'entretuaient.

Paradoxalement, l'avenir semble aujourd'hui moins voué aux guerres technologiques qu'aux guerres dites "asymétriques", dans lesquelles des armées conventionnelles et formidablement équipées affrontent désormais des combattants en haillons, qui font sauter des bombes ou tirent quelques coups de feu quasiment au hasard, avant de se fondre dans une "population civile" dont ils sont par ailleurs souvent issus.

En dollars constants, un Boeing B52 de 1952 coûtait 74 millions de dollars. Vingt ans plus tard, le Rockwell B1B en valait 200 millions. Encore quinze ans, et l'actuel bombardier furtif Northrop B2 coûtait 2.3 milliards de dollars alors qu'un Taliban simplement armé de son Kalashnikov continuait à ne valoir que le prix du Kalashnikov, soit environ 200 dollars.

Cherchez l'erreur.

mercredi 29 juin 2005

843 - Terminator

... le 3 novembre 2002, près de Sanaa (Yémen), Qaïd Salim Sinan al-Harethi, cadre du mouvement terroriste Al-Quaïda, entra dans l'Histoire à son corps plus que défendant, en devenant, avec les cinq autres passagers de la voiture dans laquelle il avait pris place, la première victime d'un "assassinat ciblé" commis par un drône de combat.

Opérant sous les couleurs de la CIA, le drône, piloté à plusieurs centaines de kilomètres de distance par un opérateur confortablement installé dans une pièce à air conditionné, décocha un seul et unique missile Hellfire de 45 kg, qui percuta à 1 000 km/h la voiture des terroristes, les envoyant au paradis improbable d'Allah et des 72 vierges

Un an plus tard, en Irak, un autre Predator faillit lui aussi entrer dans l'Histoire lorsqu'il décocha un missile air-air Stinger contre le Mig-25 irakien qui l'attaquait. Hélas, le Stinger rata son but et ce fut l'avion piloté qui détruisit l'avion sans pilote.

Mais ce n'est sans doute que partie remise : d'ici quelques années, de nouveaux drones spécialement conçus pour le combat - tels le X45 - relégueront les Predator et autres Global Hawk au rang de curiosités dignes des Fokker triplans de la Première Guerre mondiale.

Les drones ne rendront pas la guerre plus propre, et certainement pas plus juste, mais ils épargneront à coup sûr de nombreuses vies, du moins dans le camp de leur utilisateurs...

mardi 28 juin 2005

842 - la guerre à distance

... dans l'imaginaire collectif, la Guerre du Vietnam, c'est le napalm, les hélicoptères et les bombardiers B52.

Beaucoup moins connus en revanche sont les drônes, également appelés "avions sans pilote", qui y ont pourtant effectué près de 3 500 missions de guerre, entre 1964 et 1975.

Plus d'un millier d'appareils, dont la durée de vie était de trois missions et demi en moyenne, ont ainsi été utilisés,... 30 ans avant l'Afghanistan et l'Irak (!)

Dans des conditions opérationnelles difficiles, et malgré une technologie plus que balbutiante, ces appareils ont effectué presque toutes les missions qui fascinent aujourd'hui le téléspectateur occidental : guerre électronique, reconnaissance photographique, largage de tracts

Trente ans plus tard, en Irak, le plus petit drône américain - le Dragon Eye - mesurait une quarantaine de centimètres et pesait 3 kg. Le plus gros - le Global Hawk - avouait ses 31 mètres d'envergure et un poids de 15 tonnes.

En moyenne, moins de 15 minutes s'écoulent désormais entre la collecte de l'information par le drône et le tir d'une bombe ou d'un missile sur l'objectif repéré. Et à aucun moment, ni le pilote de l'avion ni l'officier-missilier n'auront eux-mêmes identifié l'objectif, dont les coordonnées leur auront directement été transmises en plein ciel ou à bord de leur navire.

Durant la Seconde Guerre mondiale, il s'écoulait généralement plusieurs jours entre la prise d'une photographie et la chute des premières bombes sur les cibles qu'elle révélait.

Dans l'avenir, et en particulier avec la généralisation des drônes-tueurs, le délai de réaction devrait être ramené à une poignée de secondes.

La guerre à distance, et perpétuelle, est pour demain...

lundi 27 juin 2005

841 - la guerre asymétrique

... sur le grand marché de l'indignation sélective, le plus grave reste encore le comportement de nombreux gouvernements d'États dictatoriaux, qui n'hésitent pas à installer des postes de commandement dans les sous-sols des hôpitaux, des dépôts d'armes dans des édifices religieux, des batteries de canons dans des zones résidentielles, à distribuer des armes aux civils, ou à inciter des militaires à se déguiser en civils.

Pour le dictateur, le bénéfice est en effet double. Craignant la "bavure" hautement médiatique, la démocratie occidentale s'abstient d'attaquer ces objectifs pourtant militaires, ou se voit contrainte de les "traiter" avec des moyens technologiques si coûteux qu'ils rendent bientôt la guerre impossible

Et si par extraordinaire la démocratie occidentale bombarde malgré tout, le dictateur n'a plus alors qu'à inviter les innombrables journalistes toujours présents sur place à venir filmer les cadavres atrocement mutilés des pauvres civils innocents, victimes des affreux barbares qui ne savent même pas viser et faire la différence entre un tank et un hôpital...

Il faut dire que les guerres modernes ont tendance à devenir de plus en plus asymétriques, à mettre en présence, d'un côté, une armée conventionnelle lourdement équipée et ligotée par d'innombrables "règles d'engagement", et, de l'autre, une poignée de guerrilleros déguenillés, parfois adolescents ou même enfants, qui ne connaissent d'autre morale que l'action, et se fondent dans la "population civile" aussitôt leur coup accompli...

dimanche 26 juin 2005

840 - la cotation des morts
















... naguère, les crimes, les génocides, les "épurations ethniques" se pratiquaient dans l'ignorance du plus grand nombre, qui n'apprenait leur existence que des mois ou des années plus tard, ou même jamais.

Aujourd'hui, n'importe quel journaliste nanti d'un téléphone cellulaire d'occasion est capable de révéler à la planète entière la dernière panne de tank ou la dernière bavure de l'armée américaine à l'autre bout du monde.

Mais ce que l'on pourrait considérer comme un Progrès devient vite une régression dans l'information.

D'abord parce que tous les morts ne se valent pas sur l'échelle de la conscientisation médiatique : pour un millier d'articles sur les GI Joe trop nerveux en Irak, on en trouvera peut-être une dizaine sur les Ivan ivres morts en Tchétchénie, et probablement aucun sur les enfants soldats sierra-léonais en train de débiter leurs compatriotes, ou des étrangers, à la machette.

On en vient vite à la conclusion que sur cet étrange marché de l'indignation sélective, un civil irakien tué par erreur vaut bien cent civils tchétchénes et mille civils sierra-léonais, et aussi que l'on aurait toutes les chances de retrouver les mêmes (dis)proportions si l'on se mettait à compter les journalistes présents en Irak, en Tchétchénie ou au Sierra-Leone...

samedi 25 juin 2005

839 - ménager l'opinion

... en 1972, les premières bombes à guidage laser détruisirent les ponts Doumer et Thanh Hoa, qui avaient jusque là résisté à toutes les attaques aériennes conventionnelles.

Inauguré au Vietnam, l'usage des bombes à guidage laser mit pourtant longtemps à se généraliser au sein de l'armée américaine. En 1991, lors de la première guerre du Golfe, 10% des bombes utilisées pouvaient être qualifiées "d'intelligentes". En 2003, lors de la seconde guerre du Golfe, c'était 90%

Le surcoût de ces projectiles, ajouté à celui des avions de combat eux-mêmes, explique la lenteur de cette évolution. Le simple fait d'installer un dispositif de guidage (GPS, système de contrôle et de gouvernes, modification de la "peau" pour améliorer l'aérodynamisme,...) sur une bombe au demeurant fort classique revient en effet à 20 000 dollars... par bombe (!)

La "bombe intelligente" est donc une arme de riches, qui n'a d'utilité qu'au sein de sociétés hantées par le remords et la peur de tuer des innocents. C'est avant tout une arme de prestige et d'apparat, que l'on présente à la Presse pour l'éblouir, et à l'opinion publique pusillanime pour lui démontrer que l'on tente tout et même l'impossible pour maintenir la guerre à un niveau socialement acceptable...

Rien d'étonnant dès lors à ce que les Russes - qui en possédaient pourtant quelques exemplaires - y aient renoncé en Tchétchénie, pilonnant Grozny au canon, au napalm et sous les bombes à fragmentation, l'investissant rue par rue, maison par maison, tuant des milliers de civils, transformant la ville entière (en ce compris les hôpitaux), en amas de ruines fumantes dans l'indifférence générale, mais en y laissant eux-mêmes 5 000 hommes.

Les Russes n'avaient aucune opinion publique -nationale ou internationale - à ménager...

vendredi 24 juin 2005

838 - la "frappe chirurgicale"

... A la fin des années '60, l'invention du laser, la miniaturisation électronique,... et les plantureux budgets libérés par la guerre du Vietnam, permirent de reconsidérer en profondeur la doctrine-même du bombardement, qui jusque-là faisait peu de cas de la précision.

A cette époque, la puissante US Air Force se trouvait confrontée au véritable défi que constituait la destruction de plusieurs ponts nord-vietnamiens. Construits en treillis, ces ouvrage d'art pourtant anciens faisaient preuve d'une étonnante résistance aux avions à réaction et à leurs bombes, qui n'avaient quant à elles guère évolué depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Le pont de Thanh Hoa fit ainsi l'objet de 871 sorties aériennes, et causa la perte de 11 avions américains, sans subir de dégâts majeurs.

Plus symbolique encore était le Pont Doumer à Hanoï, ouvrage en treillis métallique de trois kilomètres de long, reposant sur 18 piliers de maçonnerie, et défendu par 300 batteries anti-aériennes, 81 sites de missiles et quantités de chasseurs nord-vietnamiens.

113 missions furent lancées contre ce pont sans autre résultat que la perte de deux avions américains. En août 1967, une attaque menée par une vingtaine de F-105 supersoniques, emportant chacun une bombe d'une tonne et demie, avait certes détruit trois arches, mais le pont fut réparé deux mois plus tard.

En 1972, dans le cadre de l'opération Linebaker, les deux ponts furent enfin rendus impraticables par deux attaques menées dans la même journée avec des bombes à guidage laser, dont c'était la première sortie opérationnelle.

La "frappe chirurgicale" était devenue réalité.

jeudi 23 juin 2005

837 - la grande mutation

... la fin de la Deuxième Guerre mondiale se traduisit par une augmentation vertigineuse du prix des avions de combat, qui se poursuit encore aujourd'hui.

Désormais truffés d'ordinateurs, de capteurs, de radars embarqués, de système de navigation satellitaire, les avions devinrent des pièces d'orfèvrerie de plus en plus complexes, de plus en plus coûteuses et, partant, de plus en plus rares.

La formation des pilotes et navigants eut également à subir la même inflation. Il en résulta qu'aucune armée de l'air, aussi puissante fut-elle, n'eut encore les moyens de s'offrir une flotte de plusieurs milliers d'avions et de pilotes. Le Boeing B52 fut le dernier exemple de bombardier construit à plusieurs centaines d'exemplaires.

Pour le remplacer, les ingénieurs s'attachèrent à concevoir des avions certainement pas moins coûteux - ce fut en vérité tout le contraire, à l'image du BAC TSR2 - mais plus petits et plus polyvalents.

Le "chasseur-bombardier" mono ou biplace devint la norme et le genre le plus couramment répandu, celui qui pouvait tout faire, y compris la reconnaissance photographique.

Cette profonde mutation entraîna une modification fondamentale de la doctrine d'emploi et même des bombes embarquées...

mercredi 22 juin 2005

836 - comme un marteau-pilon pour écraser une noix

... au début des années 1920, l'Américain Billy Mitchell avait démontré, de manière pour le moins percutante, qu'aucun cuirassé - aussi puissant fut-il - aucune ville - aussi éloignée fut-elle - n'était désormais à l'abri des bombes d'avions.

Mais la démonstration de Mitchell impliquait un usage immodéré de la force brute, que la Seconde Guerre mondiale ne fit qu'aggraver. Il fallait en effet de grosses bombes et de fort nombreux avions pour couler un cuirassé, et bien davantage encore pour détruire une ville.

Contrairement à la croyance populaire, il était en effet très difficile d'identifier une cible déterminée du haut des airs, a fortiori la nuit, et absolument impossible de l'atteindre à coup sûr dès le premier coup.

Ce simple constat impliquait la recherche de cibles de très grandes dimensions - donc des villes - et le largage de milliers de bombes, dont quelques unes, statistiquement, finissaient bien par atteindre l'objectif visé. Cela se traduisait hélas par un incroyable gaspillage d'explosifs, et de considérables dommages collatéraux.

Au lendemain de la guerre, la vision de villes entièrement rasées avec parfois, au milieu d'elles, des installations militaires ou industrielles parfaitement intactes, paraissait insupportable à l'opinion.

L'invention de la bombe atomique ne fit qu'aggraver le déficit de légitimité du bombardement stratégique. Gagner la guerre - et la paix - en réduisant les villes en cendres au moyen de centaines d'appareils porteurs de bombes incendiaires, ou d'un seul mais transportant une bombe atomique, s'apparentait en effet à l'usage d'un marteau-pilon pour écraser une noix.

Il devait bien exister une manière plus efficace, et moins meurtrière, de parvenir au résultat recherché.

Restait à la découvrir...

mardi 21 juin 2005

835 - la voie de la précision

... avec leurs "dambusters", les Britanniques avaient démontré, en mai 1943, qu'il était possible de détruire une cible déterminée (en l'occurrence un barrage), avec une précision de quelques mètres, et en la bombardant du haut des airs, non pas avec des centaines d'appareils et des milliers de bombes conventionnelles - comme c'était jusque-là la norme - mais bien avec seulement une poignée d'avions et quelques bombes hautement spécialisées.

Cet exploit, qui avait inondé la Rühr toute entière, impliquait évidemment l'usage d'appareils largement modifiés, d'équipages tout spécialement entraînés, et de projectiles bien plus élaborés que la moyenne.

En d'autres termes, la réussite d'une pareille mission exigeait bien plus de préparations, de moyens et d'argent qu'une mission ordinaire.

De leur côté, les Allemands étaient également parvenus à des conclusions semblables, encore que pour des raisons fondamentalement différentes. Dans leur cas, la recherche de précision s'expliquait non par la volonté d'épargner des vies - dont ils n'avaient cure - mais bien par l'impossibilité de construire autant de bombardiers, et de larguer autant de bombes que leurs adversaires. Des projectiles "intelligents", moins nombreux, mais plus précis, pouvaient théoriquement donner les mêmes résultats que des myriades de bombes "idiotes".

Fritz X fut la première réalisation concrète en ce domaine. Le 9 septembre 1943, le cuirassé italien Roma de 40 000 tonnes fut ainsi promptement coulé par un seul coup au but de cette bombe planante de 1 400 kgs, qu'un radio-guidage élémentaire, agissant sur des spoilers mobiles, maintenait en liaison avec l'avion lanceur.

Si les Alliés découvrirent très vite le moyen de brouiller les ondes radio, forçant à l'abandon total du programme fin 1944, et si d'autres tentatives, notamment à l'aide de caméras de télévision, n'allèrent guère plus loin, faute de mise au point et de technologies adaptées, la voie était néanmoins tracée vers les bombes de précision, qui devraient tout de même attendre encore 20 ans et une guerre au Vietnam...

lundi 20 juin 2005

834 - un monde nouveau

... si le missile peut tuer autant, sinon plus, que le bombardier, et s'il n'est pas nécessairement plus précis, il élimine en revanche le "facteur humain", soit la peur, l'indécision ou même le remords, qui nuit à l'efficacité du bombardier.

Dans le cockpit de son avion, le "master bomber" aperçoit encore la cible qui se découpe dans le réticule du viseur, et imagine les gens qui vivent en dessous de lui. Dans son bunker, le technicien qui lance le missile ne voit qu'un point sur une carte, un cap et une vitesse, une longitude et une latitude, des coordonnées GPS.

Il est plus facile de tuer les gens qu'on ne voit pas.

C'est la guerre "presse-boutons", une guerre que les Allemands - encore eux - ont inventée avec leurs fusées V1 et V2. La V1 emporte 800 kilos d'explosifs à 600 kms/h sur environ 300 kilomètres. Pas plus précise, la V2 offre des capacités similaires, mais se déplace à plusieurs fois la vitesse du son, ce qui la rend invulnérable.

Sans surprise, c'est vers les fusées V1 et V2 que les vainqueurs de l'Allemagne se sont précipités dès la fin de la guerre, les évacuant par trains entiers, puis par bateaux, afin de les évaluer, de les reproduire, puis de les améliorer dans la perspective de garantir la paix, fut-ce au prix d'une nouvelle guerre.

Les premières donneront finalement naissance aux missiles de croisière, les secondes aux missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), toujours en service aujourd'hui et capables de foudroyer le monde en quelques minutes...

dimanche 19 juin 2005

833 - Docteur Folamour















..."Peace is ou job" ironise Stanley Kubrick dans son film "Docteur Folamour", où un général psychopathe envoie une escadrille de B52 bombarder la Russie, et déclencher la Troisième Guerre mondiale, parce qu'il voit dans la fluorisation de l'eau un complot communiste.

La Troisième Guerre mondiale n'a jamais eu lieu. L'URSS s'est effondrée en 1992. Et les B52 survivants ont petit à petit été envoyés à la casse, sans jamais avoir mené la guerre pour laquelle ils avaient été conçus.

Contre toute attente, en 60 ans d'existence, l'armement nucléaire n'a pas mis fin aux conflits, qui se sont poursuivis un peu partout dans le monde, mais de manière traditionnelle, dès lors que les deux grands blocs disposèrent des moyens de s'anéantir mutuellement s'ils se hasardaient à s'aventurer trop loin dans la surenchère.

A la fin de la Guerre du Vietnam, la doctrine stratégique fut une nouvelle fois remis en cause. Dans le ciel du Vietnam, et malgré leur incroyable puissance de destruction, les bombardiers B52 n'avaient en effet pas davantage été en mesure de gagner la guerre que leurs lointains cousins B17, trente ans auparavant, au dessus des villes allemandes.

Et si leur taux de perte fut incomparablement inférieur, leurs résultats opérationnels ne plaidaient certes pas en leur faveur, en plus de susciter l'indignation des pacifistes qui, il est vrai, ne s'intéressaient qu'aux victimes des Américains et jamais à celles des Nord-Vietnamiens.

Impossible à gagner sur le terrain - à moins de recourir à l'arme atomique - la Guerre du Vietnam fut d'abord et avant tout perdue dans les esprits et par les images, en particulier par celles des B52 larguant leurs interminables chapelets de bombes.

Cette évidence, et l'incroyable gaspillage d'explosifs conventionnels - notamment sur les ponts Nord-Vietnamiens - persuadèrent les stratèges de recourir à des chasseurs-bombardiers plus petits (mais encore plus coûteux) et à des bombes "intelligentes", qui compenserait leur petit nombre par une bien meilleure efficacité...

samedi 18 juin 2005

832 - la guerre du bout du monde

.. on mène les guerres avec les moyens dont on dispose, et pas avec ceux qui seraient nécessaires. Et rarement aura-t-on vu cette maxime mieux illustrée que lors de la Guerre des Falklands, en 1982, lorsque l'Angleterre se rendit compte que son désarmement massif des décennies précédentes la contraignait à présent à s'engager seule, et à l'autre bout du monde, dans un conflit contre l'Argentine, sans porte-avions, sans chasseur supersonique, sans système de radar avancé, et avec de vieux bombardiers au rayon d'action bien trop court pour parcourir ne serait-ce que le tiers de la distance.

L'Angleterre gagna pourtant cette guerre, avec quelques petits porte-hélicoptères conçus pour la lutte anti-sous-marine, des porte-conteneurs commerciaux, un paquebot de croisière hâtivement transformé en transport de troupes, une poignée d'avions à décollage vertical, et une demi-douzaine de bombardiers Vulcan conçus plus de trente ans auparavant pour larguer une bombe atomique sur l'Union soviétique.

A dire vrai, la dernière guerre des derniers bombardiers stratégiques britanniques fut davantage motivée par des considérations politiques que par de réelles possibilités opérationnelles. De l'île d'Ascension jusqu'aux Falklands, il y avait en effet plus de 6 500 kilomètres d'océan vide, à parcourir à l'aller comme au retour, ce qui imposait la bagatelle de six ravitaillement en vol, et la présence de onze avions ravitailleurs qui, en raison là encore de leur trop faible autonomie, devaient se ravitailler les uns les autres afin de permettre à un seul et unique Vulcan de délivrer ses vingt-et-une bombes de 450 kilos sur la piste d'atterrissage de Port Stanley (!)

Quelle que soit la manière dont on l'envisageait, c'était donc une mission de pur prestige, uniquement destinée à impressionner les Argentins et à redorer le blason des pilotes de la RAF, qui s'ennuyaient fort dans cette guerre où il n'y en avait que pour les gars de la Royal Navy.

De fait, sur les vingt-et une bombes larguées dans la nuit du 30 avril au 1er mai, une seule frappa la piste d'atterrissage, n'y causant que des dégâts minimes. Les vingt autres s'écrasèrent dans les champs avoisinants et même... sur un terrain de golf.

Le Vulcan, du moins, parvint à rentrer sain et sauf à sa base dans ce qui constitua, avec seize heures de vol, le plus long raid aérien de l'Histoire.

Un second raid identique fut mené dans la nuit du 3 au 4 mai. Cette fois, aucune des vingt-et-une bombes n'atteignit la cible...

vendredi 17 juin 2005

831 - "ce n'est pas comme ça que je voyais l'Honneur américain"

... le retrait des derniers ressortissants américains du Cambodge a rendu de plus en plus en plus probable l'évacuation finale du Vietnam, tant l'avance des soldats nord-vietnamiens paraît à présent inarrêtable.

Par mer, puis par air, des centaines d'Américains, et des dizaines de milliers de Sud-Vietnamiens, s'enfuient de Hué, de Da-Nang, puis de Saïgon, à mesure que le mince filet de réfugiés se transforme en rivière, puis en torrent qui emporte chacun dans une panique indescriptible.

Si les technocrates américains connaissent à peu près le nombre de leurs ressortissants encore présents au Vietnam, ils ont en revanche largement sous-estimé le nombre de Vietnamiens désireux de partir avec eux.

A 7H53, le 30 avril, lorsque le dernier hélicoptère décolle du toit de l'ambassade des États-Unis à Saïgon, des milliers de candidats à l'exil se pressent encore dans les jardins. Plus de 30 000 réfugiés finiront néanmoins par se retrouver à bord des navires américains qui croisent au large. Plus d'un million d'autres réfugiés - qu'on appellera bientôt "boat people" - prendront également la fuite par mer, dans les mois et les années qui suivront.

"Ce n'est pas comme ça que je voyais l'Honneur américain", commente sobrement Graham Martin, dernier ambassadeur des États-Unis à Saïgon, dès sa descente d'hélicoptère. De fait, Saïgon est tombée aux mains des communistes, qui la rebaptisent Ho-Chi-Minh-Ville, et partent aussitôt à la chasse des "traîtres", des "collaborateurs" et autres "éléments subversifs", envoyant 65 000 d'entre eux devant un peloton d'exécution, et un nombre plus grand encore à la campagne ou dans des camps de "rééducation par le travail"

La Guerre du Vietnam est définitivement terminée. C'était il y a 30 ans.

A ceux et celles qui durent fuir le paradis des prolétaires réunifié, aux parents de Michèle, Bon Anniversaire...

jeudi 16 juin 2005

830 - le retrait de l'aigle

... au terme des accords de Paris de 1973, Richard Nixon Nixon s'était personnellement - et secrètement - engagé auprès du Président Thieu à renvoyer les B52 bombarder Hanoï si le Nord-Vietnam reprenait les hostilités.

Mais Nixon a été emporté par le scandale du Watergate, laissant ainsi au très terne Gérald Ford le soin de solder les comptes de l'engagement américain au Vietnam. Les B52 restent donc sur leurs parkings,.. ce qui finit de persuader les Nord-Vietnamiens de poursuivre leur offensive, assurés qu'ils sont à présent de leur impunité.

Le 12 avril 1975, au Cambodge voisin, Phnom-Penh a quant à elle vu le départ des Américains, extraits de la ville par hélicoptères au terme de l'Opération "Eagle Pull". Un "retrait de l'aigle" qui, cinq jours plus tard, laisse la métropole aux mains des Khmers rouges, lesquels la vident aussitôt de ses habitants, contraints de partir pour la campagne afin d'y devenir des "Hommes nouveaux",... et bientôt des cadavres qui se compteront par millions (*), le régime de Pol-Pot - qui a appris le communisme à Paris - ne s'embarrassant guère des détails.

En attendant, et du strict point de vue américain, Eagle Pull est un franc succès,... et aussi un excellent entraînement en vue de la gigantesque évacuation à mettre en oeuvre afin d'évacuer les milliers de ressortissants américains encore présents au Vietnam,... ainsi que les innombrables Sud-Vietnamiens qui craignent la vengeance, ou tout simplement la venue, des hommes du Nord.

(*) jamais connu avec précision, le nombre de victimes de l'auto-génocide cambodgien est généralement évalué entre un et trois millions de personnes

mercredi 15 juin 2005

829 - "je n'ai commis qu'une erreur, ce fut de vous croire et de croire les Américains"

... A la fin des années 60', après l'offensive du Têt, le Pentagone, confronté à une opinion publique de plus en plus traumatisée par la guerre du Vietnam, initia la "vietnamisation du conflit", doctrine qui, selon un ambassadeur humoriste, consistait en gros à "changer la couleur des cadavres"

Plus question donc de voir, à l'heure du breakfast, ces terribles images des "boys" du Minnesota ou de l'Arkansas, baignant les tripes à l'air dans l'eau sale d'une rizière : que les Vietnamiens se massacrent entre eux avec les armes russes et américaines. Ces morts-là s'avérant d'autant plus supportables aux yeux de la ménagère du middle-west que le retrait des troupes US s'accompagnerait forcément de celui de la plupart des reporters internationaux, peu soucieux d'encore immortaliser sur pellicules de simples dépouilles "viets" devenues quasi invendables sur le marché des médias.

En conséquence, les Américains cédèrent progressivement leur matériel à leurs alliés sud-vietnamiens et, en janvier 1973, se désengagèrent du Vietnam au terme des accords de Paris, laissant aux communistes du Nord - qui se souciaient de la vie humaine comme d'une guigne - toute latitude pour envahir puis réunifier le Sud-Vietnam le 30 avril 1975, par le feu et le sang, au mépris de tous les engagements et traités internationaux...

Pris dans la tourmente des événements, le minuscule Cambodge le précéda le 17 avril, laissant à un petit prince cambodgien du nom de Sirik Matak - qui disparaîtrait bientôt de la surface de la terre - le soin de rédiger le mot de la fin, en écrivant à Richard Dean, ambassadeur des États-Unis à Pnom Penh, une lettre dans laquelle il lui déclara "je n'ai commis qu'une erreur, ce fut de vous croire et de croire les Américains" (*)

(*) cité dans Olivier Todd, "Cruel Avril", page 274

mardi 14 juin 2005

828 - le dernier caprice du Destin















... le 25 janvier 1972, à la surprise générale, le Président américain Richard Nixon révèle que Henri Kissinger négocie secrètement la paix avec le Nord Vietnam depuis... 1969.

Le 15 décembre de la même année, "dear Henry" est pourtant contraint de reconnaître que les négociations sont toujours dans l'impasse. Deux jours plus tard, les bombardiers B52 reprennent leurs raids sur le Nord Vietnam.

Le 8 janvier 1973, Le Duc Tho et Kissinger tombent enfin d'accord. La stratégie de la canonnière a payé. Ce sera la dernière fois. Le 21 janvier, les accords de Paris sont signés. Encore quelques mois, et les derniers soldats américains auront rembarqué.

La République du Sud-Vietnam, reconnue par les Nations-Unies et les traités internationaux, se retrouve seule face à son puissant voisin, qui s'est pourtant engagé à respecter sa "spécificité". S'ensuivent deux années de paix toute relative, qui font tout de même plus de 100 000 morts dans les deux camps.

Le 1er janvier 1975, les Nord-Vietnamiens repartent à l'offensive dans la province de Bien-Hoa. Ce n'est pas grand-chose, juste un test pour juger des réactions sud-vietnamiennes et américaines. A leur propre étonnement, les communistes progressent comme dans du beurre et - plus stupéfiant encore - les Américains n'interviennent pas.

Nixon s'y est pourtant - et secrètement - engagé auprès du Président Thieu au terme des accords de Paris, promettant de renvoyer les B52 (*), bombarder Hanoï si le Nord-Vietnam reprenait les hostilités.

Mais Nixon a été emporté par le Watergate (9 août 1974) et son successeur, le très pâle Gérald Ford, n'a aucune envie de relancer les États-Unis dans le cauchemar vietnamien.

C'est le dernier caprice du Destin...

(*) commencée au milieu des années 1950, la carrière opérationnelle du B52 devrait se poursuivre jusqu'en... 2025 !

lundi 13 juin 2005

827 - l'Offensive du Têt

... le Têt, c'est le Nouvel-An vietnamien. C'est aussi une offensive qui, le 30 janvier 1968, va changer le cours de la guerre.

Prenant les militaires américains et Sud-Vietnamiens par surprise, des troupes vietcongs, appuyées par des réguliers nord-vietnamiens, attaquent simultanément 37 villes du Sud-Vietnam, s'emparant de Quang Tri, Dalat et même Hué, ancienne capitale impériale.

A la télévision, les Américains, stupéfaits, voient même leur ambassade à Saïgon prise d'assaut par une vingtaine de vietcongs surgis d'on ne sait où, et qui y combattent pendant six heures avant d'être anéantis.

Par cette action, les communistes, qui ont infiltré les villes sud-vietnamiennes depuis des années, espèrent rallier les masses à leur cause, et provoquer une insurrection populaire. Dans les faits, pourtant, la population sud-vietnamienne préfère se terrer sagement chez elle ou, mieux encore, se précipiter vers les grandes bases américaines - comme Da-Nang - non pas pour les prendre d'assaut, mais s'y réfugier.

Il faudra une quinzaine de jours de furieux combats de rues avant que les troupes américaines ne parviennent à rétablir la situation, et même un mois avant qu'elles ne reprennent Hué, où elles découvriront des milliers de cadavres froidement exécutés par les Vietcongs pour "collaboration".

Militairement, l'offensive du Têt est une incontestable défaite pour les Communistes, qui non seulement n'ont pas su rallier la population, mais qui ont de surcroît vu tomber par milliers les agents et sympathisants qu'ils entretenaient depuis des années, et dans le plus grand secret, à l'intérieur-même des villes et des administrations sud-vietnamiennes.

Politiquement, en revanche, c'est un désastre pour l'État-major et le gouvernement américains, plus que jamais incapables de démontrer à la Nation - qui a assisté en direct aux combats retransmis à la télévision - que la victoire est à portée de main. Après le Têt, les États-Unis - comme la France après Dien-Bien-Phu - ne songeront plus qu'à s'en aller au plus vite...

dimanche 12 juin 2005

826 - "Je pense que les Vietnamiens seront à la hauteur"

















... "Je pense que les Vietnamiens seront à la hauteur", ironise le petit Owen Meany - héros du roman de John Irving "Une prière pour Owen" - à chaque nouvelle annonce d'une offensive américaine "décisive" contre le Vietnam du Nord.

Et de fait, les Américains vont s'enliser au Vietnam tout comme les Français avant eux, n'échappant à un désastre semblable à celui de Dien-Bien-Phu que grâce à leur écrasante supériorité aérienne.

Mais aussi invincible soit-elle, l'armée américaine ne pourrait gagner cette guerre qu'à la condition de réduire le Nord-Vietnam en montagne de cendres, ce que l'opinion publique nationale et internationale, tétanisée par les images de petites filles brûlées au napalm, lui interdit.

Au Vietnam, les GI's ne comprennent pas les Sud-Vietnamiens qu'ils sont pourtant censés aider, et se désespèrent devant leur manque de combativité face à leurs ennemis du Nord qui, il est vrai, n'ont pour leur part le choix qu'entre la victoire ou le cercueil.

La République du Sud-Vietnam est en effet une démocratie à peine balbutiante, dont la Presse internationale souligne fréquemment les carences, sans reconnaître pour autant que le Nord, lui, est une véritable dictature, qui ne reconnaît pas la liberté de culte et ne tolère aucune forme d'Opposition.

Il faut dire que si les journalistes internationaux sont toujours nombreux à accompagner les GI's sur le terrain, et à en relever les viols, exactions et autres bavures, on compte sur les doigts d'une main les rares correspondants - par ailleurs affiliés à un Parti communiste - autorisés à accompagner les soldats du Nord.

Impossible à gagner sur le terrain avec les moyens dont on dispose - ou plus exactement avec ceux qu'on est autorisé à utiliser - la guerre du Vietnam devient, à mesure qu'elle se prolonge, de plus en plus coûteuse et impopulaire, y compris aux États-Unis, où les manifestations de protestation, les désertions et les refus d'incorporation se multiplient.

Au Vietnam-même, l'armée américaine s'enfonce progressivement dans la drogue, qui la mine et l'affaiblit plus sûrement que les rafales de Kalachnikovs des combattants Vietcongs ou Nord-Vietnamiens. A l'évidence, il faut en sortir, trouver une issue politique au conflit, ou plus exactement ce que les diplomates américains appellent une "Paix dans l'Honneur".

samedi 11 juin 2005

825 - agent orange

... la capitulation du camp retranché de Dien-Bien-Phu (7 mai 1954) s'était traduite par la partition du Vietnam au terme des accords de Genève (20 juillet), et par le retrait définitif de la France (20 novembre)

Comme la Corée, le Vietnam était maintenant divisé en deux avec, au Nord, des communistes fidèles à Moscou et Pékin, et, au Sud, un gouvernement ouvertement pro-américain, les deux reconnus par les Nations-Unies. La guerre n'allait pas tarder à reprendre.

Dès 1961, l'armée américaine intervient en effet ouvertement au profit de la République du Sud Vietnam, agressée par son voisin du Nord. En 1967, plus d'un demi-million de GI's sont sur place et s'efforcent tant bien que mal, et plutôt mal que bien, de vaincre un ennemi insaisissable, qui est à la fois partout et nulle part, qui se réfugie dans la forêt et jongle avec les frontières cambodgiennes et laotiennes, où les soldats américains ne peuvent les suivre, du moins officiellement.

Et puisque la forêt vietnamienne camoufle et sert les desseins des soldats et des guerrilleros du Nord, puisqu'il est impossible de les y débusquer, les technocrates américains se disent qu'il faut supprimer la forêt tout comme les technocrates britanniques s'étaient convaincus, 20 ans auparavant, de la nécessité de noyer l'Allemagne sous l'eau de ses propres barrages.

Soixante-dix millions de litres de désherbant - plus connu sous le nom "d'agent orange", même s'il ne fut pas le seul - seront ainsi déversées sur les forêts vietnamiennes. Une catastrophe écologique et sanitaire, à l'efficacité guerrière jamais démontrée.

Dans cette nouvelle guerre totale, les Boeing B52 sont évidemment de la partie mais, comme en Corée, en pure perte. Au Nord, les civils pris sous les bombes n'ont en effet aucun désir de réclamer la Paix à un régime dictatorial qui les enverrait en camps de rééducation et qui, de toute manière, est généreusement ravitaillé en armes et munitions par ses puissants voisins russes et chinois...