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lundi 8 mai 2017

5186 - "Les humains sont beaucoup plus féroces"

Éléphants de zoo, utilisés pour dégager les décombres, Hambourg, 1945
... lorsqu'il déambulera dans les ruines de Berlin quelques jours après la bataille, le grand écrivain et journaliste Vassili Grossman remarquera "ce jour froid, couvert et pluvieux, est bien celui de l'effondrement de l'Allemagne, de son engloutissement dans la fumée, au milieu des ruines en feu, au milieu des centaines de cadavres jonchant les rues (...) certains ont été écrasés par des chars, vidés comme des tubes de dentifrice".


A la Chancellerie du Reich, il apercevra, fracassé au sol, l'immense globe terrestre d'Hitler, rendu célèbre par le film de Chaplin "Le Grand Dictateur".


Tout n'était que vanité...

Et au Zoo de Berlin, ravagé par les combats autour de la Tour à Flak, il observera les "cages brisées, des cadavres de singes, d'oiseaux tropicaux et d'ours. (...) Sur l'île des babouins, des bébés s'accrochaient encore de leurs petites mains aux ventres de leurs mères"

Avisant une femelle gorille morte, dans sa cage fracassée, il demandera alors au vieux gardien, qui avait passé 37 ans de sa vie à s'occuper des singes à présents morts comme tout le reste alentours, il lui demandera si cette femelle gorille avait été féroce.

"Non", répondra le gardien. "Elle se contentait de rugir très fort. Les humains sont beaucoup plus féroces"...

dimanche 7 mai 2017

5185 - l'incroyable banalité du Mal

Himmler jouant au tennis : l'incroyable banalité du Mal
… mais contrairement à ce que l’on aimerait croire, Himmler n’avait rien d’un Hannibal Lecter ou d’un quelconque psycho-killer : ce myope rondouillard intellectuellement insignifiant n'était au fond que l'incarnation de l'incroyable banalité du Mal.

Les rodomontades martiales que multipliait ce “Criminel du siècle” servaient surtout à masquer un manque d’assurance, en particulier vis-à-vis de la gent féminine, raison pour laquelle il ne connut sa première expérience sexuelle qu’à l’âge de 27 ans à l’occasion de son mariage avec Margarete Boden, de sept  ans son aînée

Avec ses propres enfants, et en particulier avec sa fille aînée, il fut toujours un père attentif et débordant d’affection et, en autant qu’on le sache, un homme prévenant et poli avec ses collègues et subalternes

Contrairement à Heydrich, qui appréciait les soirées arrosées, multipliait les conquêtes et recherchait continuellement le risque et les sensations fortes (ce qui l’avait d’ailleurs poussé à passer son brevet de pilote de chasse), Himmler buvait peu (son estomac ne supportait pas l’alcool), menait une vie tranquille et quasiment asexuée (on ne lui connaît qu’une seule aventure extra-conjugale, par ailleurs fort épisodique) et se souciait au plus haut point de son confort et de sa sécurité personnelle (il était toujours accompagné de gardes du corps et ne voyageait pour ainsi dire qu’à bord de son luxueux train privé)

On ne saura jamais ce qui se serait passé si les rôles avaient été inversés : la guerre, à l'évidence, se serait conclue de la même manière, et Heydrich aurait assurément tué autant si pas plus de Juifs qu'Himmler.

Mais Heydrich, lui, n'aurait pas cherché par tous les moyens à sauver sa propre vie; il n'aurait pas tenté de conclure des accords secrets avec les ennemis du Reich; il ne serait pas empressé, le 20 avril 1945, de fuir Berlin avant l'arrivée de l'Armée rouge...

... et il ne serait pas suicidé en caleçon quelques jours plus tard, près de Luneburg...

samedi 6 mai 2017

5184 - les massacres de masse

les Einsatzgruppen : une solution insupportable... pour les tueurs
… mais l’extermination des Juifs n’aurait pas été rendue possible sans celle, préalable, des malades et handicapés mentaux, ou des alcooliques chroniques.

Présentée comme une mesure prophylactique, c-à-d comme le seul moyen de préserver le “sang”, la “race”,... mais aussi les finances du Reich et donc le bien-être des Allemands eux-mêmes (!), cette extermination de tous ceux “dont la vie ne méritait pas d’être vécue” ouvrit une voie royale à toutes les autres.

Mais si tuer un homme “à chaud” et au combat était chose relativement aisée, il en allait tout autrement du massacre systématique, “à froid”, de milliers et de milliers de femmes, d’enfants et de vieillards désarmés.

Même les plus endurcis des SS finissaient par craquer devant pareils spectacles. Himmler, qui avait personnellement assisté à plusieurs massacres commis par les Einsatzgruppem, en était bien conscient, et avait très vite réclamé une solution davantage supportable… pour ses tueurs, solution qui finit par prendre la forme des chambres à gaz, c-à-d de la mort mécanique, industrielle et conçue sinon pour rapporter de l’argent, du moins pour en coûter le moins possible.

Mais les camps de concentration pouvaient aussi être utilisés comme réservoirs de main d’œuvre gratuite, ce dont Himmler su très vite tirer parti, pour remplacer les ouvriers mobilisés sur le Front, ou pour creuser des galeries destinées à accueillir les usines bombardées.

Comme il le reconnut lui-même publiquement, peu lui importait que des milliers de travailleurs-esclaves meurent d’épuisement dans l’aventure pour autant que la tâche qui leur avait été assignée soit accomplie.

Et comme il l’avoua également, et sans davantage d’émotion, à partir du moment où la décision avait été prise de tuer systématiquement les adultes, il n’y avait pas d’autre choix que de tuer également les enfants,... du moins si l’on voulait éviter que ceux-ci, une fois rendus à l’âge adulte, ne cherchent à se venger...

vendredi 5 mai 2017

5183 - la grande affaire d'Himmler

survivant d'Auschwitz, devant une des entrées du camp, en 2015
… face à de véritables combattants dotés de vraies armes, Himmler s'avéra vite totalement dépassé par les événements, et même incapable de prendre quelque décision que ce soit.

En revanche, pour exterminer méthodiquement et sans remords des millions de civils Juifs désarmés, le Reichsfuhrer n’avait probablement pas d’egal !

Car si la SS et son chef s’aventurèrent dans quantités de domaines, en ce compris l’Astronautique et l'embouteillage de l’eau minérale (!), l’identification, la traque et, pour finir, l’extermination des Juifs furent de loin ses principales activités.

L’extermination des Juifs, pourtant, ne fut pas décidée par Himmler, ni même par aucun dirigeant nazi en particulier : elle s’imposa plutôt à chacun, à la longue, et par défaut, c-à-d lorsque les possibilités “classiques” - émigration volontaire, émigration forcée, ghettos, déportation vers un territoire lointain - furent toutes rendues impossibles… par les décisions politiques et militaires des dirigeants nazis eux-mêmes !

Entre 1933 et 1938, et en recourant uniquement à l’émigration, le Reich était ainsi parvenu à se débarrasser de la moitié de ses quelque 600 000 Juifs. Mais en annexant l’Autriche, puis la partie occidentale de la Pologne, il se retrouva avec une guerre mondiale, mais aussi avec 200 000, puis 2 000 000 de Juifs supplémentaires sur les bras !

L’émigration d’une telle masse de Juifs étant devenue impossible, il fallut les parquer dans les ghettos en attendant que l’on s’empare, “quelque part à l’Est”, d’un territoire où les expédier.

Et quand la conquête du dit territoire fut elle-même rendue impossible à court ou moyen terme, c-à-d au début de 1942, après l’échec de l’offensive sur Moscou, l’extermination s’imposa d’elle-même…

jeudi 4 mai 2017

5182 - les rêves de gloire

Himmler (le "Fidèle Heinrich") et Hitler
Hitler - il l’avait proclamé dans Mein Kampf dès le milieu des années 1920 - voulait réunir dans un seul et même Grand Reich les innombrables minorités germanophones alors dispersées dans toute l’Europe de l’Est, mais aussi offrir à ce Grand Reich un lebensraum, un “espace vital” à conquérir également à l’Est.

Tout cela impliquait évidemment une guerre à plus ou moins brève échéance, une guerre que Himmler appelait lui-même de tous ses vœux, ne serait-ce que pour prendre sa revanche sur la double “injustice” dont il estimait avoir été victime en 1918, lorsque l’Armistice, en plus de l’empêcher de terminer son cursus d’élève-officier, l’avait privé de cette “expérience du Front” dont son aîné était, lui, revenu décoré et couvert de louanges.

Et c’est probablement cette frustration de jeunesse qui l’avait très vite incité à transformer une partie de sa SS en une SS “en armes”, ce qui n’allait pourtant pas de soi, attendu que l’armée régulière, après s’être débarrassée de la SA grâce à la SS, n’avait évidemment aucune envie de voir la SS se mettre maintenant à imiter la SA !

Mais une fois encore, le temps et les circonstances (et notamment l’attentat du 20 juillet 1944) jouèrent en faveur d’Himmler, en lui permettant de développer une Waffen-SS qui, bien que restée numériquement inférieure à la Wehrmacht, avait fini, en 1945, par enrôler plus d’un million d’hommes, et aussi par devenir sinon le principal, du moins le meilleur fer de lance du Troisième Reich

Himmler se serait sans doute bien vu partir lui-même au combat à la tête de ses troupes, mais même si celles-ci lui demeuraient inféodées, elles opéraient sous le contrôle et le commandement opérationnel de la Wehrmacht

Ce n’est que dans les tous derniers mois du conflit, lorsque le Führer n’eut plus confiance en personne si ce n’est en son “Fidèle Heinrich”, que celui-ci put enfin concrétiser son rêve de jeunesse, en obtenant un véritable commandement opérationnel

Une expérience qui - mais faut-il s’en étonner - s’avéra vite si désastreuse que l’intéressé fut fort aise de s'en trouver débarrassé…

mercredi 3 mai 2017

5181 - l'obligation de se trouver de nombreux ennemis

Himmler, visitant le ghetto de Lodz : une quantité inépuisable d'"ennemis"
… au début de 1935, Himmler disposait donc des moyens d’identifier, arrêter, et emprisonner tous les “ennemis” possible.

Mais encore fallait-il que les “ennemis”... existent et continuent d’exister !

Avec tous les communistes allemands emprisonnés, et les socio-démocrates exilés, il se trouvait à présent confronté à un grave problème, ou plutôt à une obligation impérative : découvrir au plus vite quantités de nouveaux “ennemis” permettant de justifier l’existence-même de son poste et celle de son organisation.

Une fois de plus, la solution lui fut apportée sur un plateau et sans qu’il ait le moindre effort à consentir : elle prit la forme des quelque 600 000 Juifs et métis de Juifs présents en Allemagne depuis des générations, mais jamais acceptés comme “allemands” par la population allemande.

Et la transformation de la SS anti-bolchevique en instrument de lutte contre la “juiverie” fut d’autant plus aisée qu’Himmler, tout comme Hitler, était lui-même un antisémite enragé qui, depuis des années, rendait les Juifs responsables de tous les malheurs dont souffrait l’Allemagne, et en particulier du “coup de poignard dans le dos” ayant abouti à cet Armistice de 1918 qui avait privé Hitler d’un emploi stable, et lui-même d’une prometteuse carrière militaire !

Avec la “découverte” de la grave “menace” posée par les Juifs allemands, Himmler se découvrit  aussi un “travail”, et donc une garantie d’emploi, de plusieurs années.

Et si les Juifs venaient un jour à disparaître complètement du paysage allemand, il resterait de toute manière ceux, encore plus plus nombreux, de tous les pays qu’Hitler se proposait dès à présent d’envahir…

mardi 2 mai 2017

5180 - l'opportuniste par excellence

Himmler, à Dachau, en 1936
… au moment de l’arrivée d’Hitler à la Chancellerie, en janvier 1933, Himmler possédait donc, grâce à Heydrich, un service de renseignements certes embryonnaire mais en mesure, à terme, de lui fournir toutes les informations nécessaires sur tous les “ennemis” possibles.

Mais c’est l’incendie du Reichstag, un mois plus tard, qui permit réellement aux deux hommes, et à la SS dans son ensemble, de prendre leur envol

Peu nombreux, les hommes en noir  ne jouèrent pourtant qu’un rôle mineur dans les événements : c’est la police régulière, aidée des SA d’Ernst Röhm, qui se chargea des arrestations, tandis qu’en Prusse, Hermann Goering en profita pour créer une véritable police d’État, la Gestapo, où les SS ne figuraient pas.

Mais les débordements chroniques des SA, les ambitions personnelles de Röhm, et les erreurs de Goering, poussèrent bientôt Hitler à confier les instruments d’enquête et de répression à l’homme envers lequel il avait le plus confiance, autrement dit à Himmler.

Et comme l’armée régulière, de son côté, ne supportait pas la concurrence d’une SA aux effectifs largement supérieurs aux siens, elle ne tarda pas à conclure une alliance avec la seule force nazie capable de s’y opposer : la SS d’Himmler.

A l’été 1934, l’affaire était faite, Röhm éliminé, et les SA contraints de rentrer dans les rangs ou, plus exactement, d’intégrer à terme ceux de l’armée régulière.

A l’automne de la même année, et sans qu’il y soit vraiment pour quelque chose, Himmler, jusque-là fréquemment raillé pour sa petite taille, sa myopie, ses multiples maladies chroniques, ou encore sa timidité et son infinie maladresse avec les femmes, était donc devenu un des responsables les plus puissants d’Allemagne qui, grâce au Renseignement et à la Police, pouvait désormais identifier et arrêter qui il voulait, mais qui disposait aussi, grâce à des hommes comme Théodor Eicke, de camps de concentration efficaces dans lesquels il pouvait les enfermer aussi longtemps qu’il le jugeait nécessaire…

lundi 1 mai 2017

5179 - les associés du crime

Himmler et Heydrich... toujours quelques pas en arrière
… plus le NSDAP, Hitler et l’Allemagne gagnaient en puissance, et plus la SS et son chef en faisaient autant, et il suffisait somme toute à ce dernier de demeurer fidèle au Führer pour se voir automatiquement attribuer des prérogatives et un pouvoir sans cesse croissants et a priori inimaginables pour un personnage aussi “limité” que lui.

Mais aussi “limité” soit-il, Himmler avait cependant compris que “l’Information c’est le Pouvoir”, et que pour survivre à ses ennemis, en ce compris les autres “gros poissons” du NSDAP, il devait impérativement disposer de renseignements aussi complets que possible, et aussi compromettants que possible, sur ces derniers.

Incapable de concevoir et de mettre sur pieds par lui-même un tel service de renseignements, il s’était alors mis en quête d’un “spécialiste” du domaine, et avait finalement jeté son choix sur un jeune-homme au profil de demi-dieu aryen, Reinhard Heydrich, qui n’était en rien un “spécialiste” de la chose, mais qui allait à la fois réussir à le berner et aussi, et surtout, à réaliser au bout du compte le Sicherheitsdienst (SD) qu’il réclamait !

Et le cas Heydrich est révélateur : intellectuellement et physiquement, celui-ci était en effet largement supérieur à son chef de file, mais Heydrich n’avait intégré le NSDAP qu’en 1931, c-à-d une décennie après Himmler, et c’est ce dernier, déjà rendu Reichsführer-SS, qui l’avait recruté pour qu'il devienne, et surtout demeure, son second au sein de la Schutzstaffel, ce que Heydrich, peut-être parce qu'il préférait l'ombre à la lumière, le sport et le risque à la bureaucratie,... ou peut-être parce que Himmler possédait des renseignements contre lui (!), avait semble-t-il accepté de bonne grâce, au point de développer une véritable complicité avec lui...

dimanche 30 avril 2017

5178 - le Triomphe de la Médiocrité

Himmler, en 1929
… plus que tout autre, et bien plus qu’Hitler, Heinrich Himmler fut l’illustration parfaite, pour ne pas dire caricaturale, du Triomphe de la Médiocrité qui, dans certaines circonstances, permet à des individus quasiment dépourvus de toute qualité physique ou intellectuelle de s’élever au-dessus de la masse de leurs contemporains, d’accéder aux plus hautes fonctions et même, parfois, de gagner le droit de vie et de mort sur des millions et des millions d’êtres humains.

Himmler, c’est vrai, était un homme “méthodique” et “obstiné”, mais ces qualités ne l’auraient pas mené bien loin s’il ne s’était surtout trouvé “au bon endroit” et “au bon moment”, c-à-d recruté parmi les premiers, et au tout début des années 1920, au sein d’un parti politique - le NSDAP - qui n’était encore qu’un groupuscule mais, dans son cas, un groupuscule en tout cas appelé à un immense essor, puisqu’il passerait de 2 000 membres en 1920 à... 8 500 000 en 1945 !

Au sein de ce minuscule parti, Himmler qui, jusque-là n’avait aucun avenir et ne se voyait même pas en avoir un si ce n’est en rêves, eut ensuite la chance d’intégrer, puis de faire carrière, dans l’encore plus minuscule Schutzstaffel (SS), que l’on pourrait qualifier de groupuscule à l’intérieur d’un groupuscule,... n’était le fait qu’en tant que “bras armé” du premier, le second était appelé à un encore plus brillant avenir !

Grâce au charisme d’Hitler, et à son talent oratoire, grâce à la crise économique, grâce aussi aux erreurs et à la naïveté de ses adversaires comme de ses alliés, le parti nazi, quasiment rayé de la carte au lendemain du “Putsch de la Brasserie” de novembre 1923, allait, en à peine une décennie, devenir le premier parti politique d’Allemagne,... puis le seul à y être encore autorisé.

Et puisque le nazisme était totalitaire par nature, et puisqu’Hitler ne se voyait pas autrement qu’en Führer, c-à-d en dictateur absolu, l’un et l’autre avaient un besoin vital de cet “escadron de protection” entièrement dévoué à leur cause, c-à-d, in fine, d’un homme aussi “fidèle” que Himmler, qui en avait pris la tête en 1929…

samedi 29 avril 2017

5177 - les uns et les autres (3)

... Erich von Manstein qui, s’il l’avait voulu, aurait peut-être pu devenir ce “Sauveur de la Patrie” que recherchaient désespérément les opposants à Hitler, restera sans affectation, mais libre de ses mouvements, jusqu’à la Capitulation. Jugé pour crimes de guerre en 1949, sa condamnation suscitera une telle indignation, y compris chez ses anciens adversaires (!), qu’il sera libéré en 1952. Il mourra en 1973.

Heinz Guderian, qui avait prévu l’effondrement du “château de cartes”, échappera quant à lui à toute poursuite criminelle, et mourra en 1954. Comme Manstein, il est l’illustration parfaite de tous les officiers supérieurs de la Wehrmacht qui, à l’Est, et en toute connaissance de cause, donnèrent et exécutèrent des ordres - comme celui dit "des commissaires" - qu’ils savaient criminels et en tout cas contraire aux “règles normales de la guerre”

Mis en place à partir du 05 mai 1945, le Gouvernement de Flensburg, auquel Himmler avait vainement proposé ses services pendant plusieurs jours, n’aura qu’une existence éphémère : le 23 mai, il sera en effet officiellement dissous par le général Eisenhower, qui fera également arrêter son chef, le grand-amiral Dönitz. Celui qu’Hitler, juste avant sa mort, avait officiellement désigné pour lui succéder sera ensuite condamné à dix ans d’emprisonnement par le Tribunal de Nuremberg. Il mourra en 1980

Trop précieux pour être jugé, Werner von Braun sera discrètement exfiltré aux États-Unis dans le cadre de l’Operation Paperclip. Devenu chef de file du programme spatial américain, il réalisera, des années plus tard, son rêve de jeunesse, en réussissant à envoyer une fusée vers la Lune. Jusqu’à sa mort, en 1977, il ne se reconnaîtra en revanche aucune responsabilité dans le décès des milliers de travailleurs esclaves qui fabriquèrent ses V2 dans la gigantesque usine souterraine de Dora-Mittelbau...

vendredi 28 avril 2017

5176 - les uns et les autres (2)

... Albert Speer, à la fois rival et complice d’Himmler, sera condamné à 20 ans d’emprisonnement par le Tribunal de Nuremberg. Libéré en 1966, il fera à nouveau fortune en écrivant ses mémoires. Interrogé à de multiples reprises avant sa mort en 1981, il ne cessera d’affirmer à la fois son ignorance de la “Solution finale”,... et son absence lors de cette fameuse réunion de Posen du 6 octobre 1943, où le Reichsführer avait publiquement et très explicitement décrit le sort réservé aux Juifs supposément “évacués” à l’Est.

Successeur et pâle copie de Reinhard Heydrich à la tête du RSHA, Ernst Kaltenbrunner sera quant à lui condamné à mort, et pendu en octobre 1946.

Également condamné à mort par ce même tribunal, Hermann Goering, grand patron de la Luftwaffe, mais aussi créateur de la Gestapo, se suicidera quelques heures avant son exécution.

Après avoir réussi à quitter le bunker de la Chancellerie dans la soirée du 1er mai 1945, Martin Bormann et Heinrich “Gestapo” Müller ne seront plus jamais revus, bien que signalés à de multiples reprises au cours des années suivantes dans différentes villes et villages d’Amérique du Sud. En décembre 1972, lors de travaux d’excavation réalisés à Berlin, plusieurs cadavres seront mis à jour, dont l’un formellement identifié comme celui de Bormann. On s’entend généralement aujourd'hui pour considérer que Bormann et Müller ont été tués en tentant de fuir Berlin.

Arrêté et condamné à diverses reprises, Sepp Dietrich, commandant de la SS-Leibstandarte, sera définitivement libéré en 1959, et mourra huit ans plus tard. 

Aujourd'hui encore, et faute d'avoir pu démontrer que la SS dans son ensemble constituait une "organisation criminelle" (1) d'anciens SS, en ce compris étrangers, continuent de percevoir, en toute légalité, une pension de combattant versée par la République fédérale allemande...

(1) En pratique, si la SS, le parti nazi et la Gestapo furent bel et bien reconnues "organisations criminelles", le Tribunal de Nuremberg arriva néanmoins à la conclusion que le simple fait de les déclarer "criminelles" ne pouvait suffire à lui seul à démontrer ensuite la culpabilité de chacun de leurs membres. Dans ses attendus, il souligna en effet que, dans la mesure où la criminalité des individus était déterminée par celle de "l'organisation" à laquelle ils avaient appartenu, il fallait néanmoins prouver, pour chaque individu, qu'il avait adhéré à cette organisation a) en pleine connaissance de ses buts, et b) sans contrainte aucune, ce qui, dans les faits, était quasiment impossible.

jeudi 27 avril 2017

5175 - les uns et les autres (1)

Kluge, Himmler, Dönitz et Keitel, en 1944
... pour éviter que sa sépulture ne devienne un lieu de culte, Heinrich Himmler sera inhumé secrètement “quelque part dans la lande de Lüneburg”. Aujourd’hui encore, l’endroit exact reste inconnu.

Demeurées en contact avec lui, par lettres puis par téléphone, et ce jusqu’au 19 avril 1945, Margarete Boden et Hedwig Potthast, épouses officielle et officieuse d’Himmler, survivront à la guerre et mourront respectivement en 1967 et 1997, après avoir toutes deux soutenu - et comme tant d’autres - qu’elles ignoraient tout de la “Solution finale” et du véritable rôle de leur Reichsführer d'époux dans celle-ci.

Gudrun “Puppi” Himmler, fille aînée d’Heinrich, est toujours en vie. Très proche de l’extrême-droite allemande, et des organisations de soutien aux anciens SS, elle n’a jamais renié la mémoire de son père.

Après plusieurs années de clandestinité, Adolf Eichmann émigrera en Argentine en 1950, mais y sera rattrapé dix ans plus tard par des agents du Mossad, qui l’enlèveront et l’exfiltreront en Israël. Jugé à Jérusalem en 1961, ce fonctionnaire ô combien zélé et enthousiaste sera condamné à mort et exécuté le 31 mai 1962

Grâce à ses “bus blancs” qui auront secouru des milliers de déportés relâchés par Himmler, Folke Bernadotte accédera au rang de héros national. Devenu médiateur des Nations-Unies pour la Palestine, il sera malheureusement assassiné par un extrémiste juif à Jérusalem en septembre 1948

Lui aussi reconnu comme un héros après la guerre, Felix Kersten, seul homme apparemment capable de soigner Himmler des multiples maux dont il se plaignait, s’établira définitivement en Suède, et y mourra en 1960.

Norbert Masur, représentant suédois du Congrès Juif mondial qui avait longuement dialogué avec Himmler lors de cette incroyable nuit du 20 au 21 avril 1945, mourra en 1971...

mercredi 26 avril 2017

5174 - la mort du "Criminel du Siècle"

23 mai 1945 : le "Criminel du siècle" vient de se suicider...
… Luneburg, 23 mai 1945

L’allure générale d’Himmler, et ses papiers d’identité trop neufs pour être vrais, ne tardent pas à attirer l’attention.

Himmler est tiré à l’écart, emmené dans un baraquement. On lui ordonne de se déshabiller, il fait mine de ne pas comprendre, réclame un interprète, puis finit par s’exécuter.

On lui dit qu’on l’a reconnu, qu’il est le Reichsführer-SS Heinrich Himmler. Il nie avec véhémence, ne cesse d’affirmer qu’il est le sergent Heinrich Hitzinger

Comme on craint qu’il ne cherche à s’empoisonner, on fait immédiatement venir un médecin, qui l’examine sous toutes les coutures, y compris entre les orteils

On lui demande d’ouvrir la bouche, et de tirer la langue. On ne voit rien. On le force à se rapprocher de la lumière. Le docteur lui ouvre la bouche, tente d’y introduire ses doigts.

Soudain, Himmler se rebelle, jette sa tête en arrière, mord le docteur aux doigts,... et casse la capsule de cyanure qu’il tenait dans sa bouche

On se précipite, mais il est trop tard : Heinrich Himmler, Reichsführer-SS, Ministre de l'Intérieur du Reich, "Criminel du Siècle" responsable du génocide de millions d’êtres humains, est mort.

Il avait 44 ans

mardi 25 avril 2017

5173 - en fuite

Heinrich Himmler : le "Criminel du Siècle"
… définitivement déchu le 6 mai de tout titre et pouvoir par l’éphémère Gouvernement de Flensburg, Heinrich Himmler est à présent condamné à la clandestinité et à la fuite.

Mais l’ultime paradoxe est sans doute que cet homme, qui pendant plus d’une décennie a été un des personnages les plus puissants et plus redoutés d’Allemagne, pour ne pas dire d’Europe, n’a strictement rien prévu pour assurer ses arrières en cas de malheur !

Il n’a pas d’argent, pas de réseau pour l’exfiltrer vers un pays neutre, et pas la moindre idée de ce que pourrait être son avenir.

Il n’ignore pas qu’il est le criminel nazi le plus recherché par les Alliés, que sa photo et son signalement ont été communiqués à toutes les polices militaires. 

Pourtant, en dehors de ses (très) mauvais faux papiers au nom de Heinrich Hitzinger (!) de son vieil uniforme de sergent, et du bandeau qu’il arbore sur l’œil gauche, il n'a fait pas grand-chose pour dissimuler sa véritable identité, si ce n'est raser sa moustache.

Est-ce par naïveté, par arrogance, parce qu’il n’a jamais vraiment cru à une possible disparition du Troisième Reich, parce qu’il se croyait véritablement indispensable quel que soit le régime qui pourrait lui succéder,... ou tout simplement par imprudence et par bêtise, le Reichsfuhrer déchu en est donc réduit à errer sans moyen et sans but dans le Schleswig-Holstein avec quelques compagnons d’infortune

Et le 22 mai, l’inévitable se produit, puisqu’il est arrêté, près de Lüneburg (Basse-Saxe) par un petit détachement britannique…

lundi 24 avril 2017

5172 - ... on se console

germanophones chassés de Tchécoslovaquie, juillet 1946
(...) Mais le sort des civils qui n'avaient pu s'échapper était plus tragique encore. 

La plupart des femmes et des jeunes-filles furent conduites à marches forcées en Union soviétique et contraintes de travailler dans des forêts, des tourbières et des canaux quinze à seize heures par jour. 

Un peu plus de la moitié d'entre elles périrent dans les deux années qui suivirent. La moitié des survivantes avaient été violées et, quand elles furent renvoyées dans la zone d'occupation soviétique d'Allemagne, en avril 1947, la plupart durent être immédiatement hospitalisées, souffrant de tuberculose ou de maladies vénériennes"

L'un dans l'autre, on estime à environ 14 millions (!) le nombre de germanophones qui, dans les semaines et les mois suivant la signature de la Capitulation, n'auront d'autre choix que de quitter la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Roumanie, la Prusse orientale,... où ils étaient pourtant établis depuis des générations, pour se réfugier à l'Ouest.

Soixante-dix ans plus tard, les survivants et descendants de ces réfugiés attendent toujours des excuses, une indemnisation, ou un "droit au retour" sanctifié par les Nations Unies et la communauté internationale...

dimanche 23 avril 2017

5171 - quand on se compare...

réfugiés de Prusse orientale, fuyant l'Armée rouge
... dans le Berlin de l'immédiat après-guerre, il ne reste plus que 8 500 lits d'hôpitaux sur 33 000. 

Mais il n'y a plus non plus ni électricité, ni eau, ni gaz.

Un million de personnes ont vu leur logement réduit en cendres, et pour ceux qui cherchent à se rendre dans un autre secteur de la ville - ne serait-ce que pour chercher de la nourriture - il n'existe d'autre choix que le vélo ou alors la marche à pieds : 95% du réseau de tramway est détruit, et le métro, inondé.

Pour autant, le sort des berlinois paraîtrait sans doute enviable aux yeux de leurs compatriotes de Poméranie, de Silésie, et surtout de Prusse orientale, où la population de 2 200 000 habitants en 1940 a été réduite à... 193 000 en mai 1945.

(...) "la terre même avait été rendue impropre à l'exploitation pour plusieurs années. Les maisons avaient été soit brûlées soit dépouillées de leurs installations les plus élémentaires. Des ampoules électriques avaient été volées par des paysans soviétiques qui n'avaient même pas l'électricité chez eux. Les fermes étaient zone morte, tout le bétail ayant été abattu ou envoyé en Russie"

samedi 22 avril 2017

5170 - tout s'achète, tout se vend, tout est à reconstruire

Berlin, année zéro : tout s'achète, tout se vend, tout est à reconstruire
... aux souffrances physiques et morales, à la fuite de leur époux ou fiancé, bon nombre des quelque deux millions d'Allemandes violées devront encore ajouter les maladies vénériennes et les grossesses non désirées.

Bientôt, la pénicilline va même devenir le produit le plus recherché sur le marché noir, tandis que le nombre d'avortements, officiellement autorisés, va grimper en flèche.

"On estime qu'environ 90% des femmes devenues enceintes à la suite de viols se firent avorter. Parmi celles qui accouchèrent, beaucoup abandonnèrent l'enfant à l'hôpital, sachant que leur mari ou leur fiancé ne l'accepterait jamais"

Et à la longue, ces histoires d'horreur finiront par circuler dans la Presse internationale et, par ricochet, par remonter jusqu'au Kremlin, où l'on s'en inquiétera ouvertement.

Mais bien plus que les réprimandes des officiers, ou l'indignation des commissaires politiques, ce sera la faim qui s'avérera en définitive la meilleure arme contre le viol.

Car à quoi bon encore user de violence si on peut obtenir de la même fille, à présent affamée, qu'elle se donne plus ou moins volontairement, en échange d'un peu de pain ou d'un petit morceau de viande.

Et l'Histoire n'ayant rien à voir avec la morale, on verra même se former des couples réguliers et, dans certains cas, des soldats et des officiers soviétiques refuser de rentrer au pays, et déserter, afin de demeurer avec la compagne allemande qu'ils auront, à la longue, fini par apprécier…

vendredi 21 avril 2017

5169 - la "culture du viol"

la victoire est enfin là... les abus aussi
... "Ainsi, une amie d'Ursula von Kardorff fut violée par vingt-trois soldats, l'un après l'autre. Elle dut ensuite être recousue dans un hôpital".

Et à l'humiliation, aux souffrances physiques, et parfois aux maladies vénériennes ou à la maternité non désirée, s'ajoutera dans bien des cas la désintégration de la cellule familiale…

Car pour les hommes, le viol généralisé de leurs compagnes constitue également une expérience traumatisante, a fortiori s'ils ont été contraints d'assister à la scène sans rien pouvoir tenter pour l'empêcher.

"Hanna Gerlitz, s'était donnée à deux officiers soviétiques ivres afin de sauver son mari et elle-même. Ensuite, écrivit-elle, j'ai dû consoler mon mari et l'aider à reprendre courage. Il pleurait comme un bébé"

(...) On rapporta à Ursula von Kardorff le cas d'un jeune aristocrate qui rompit immédiatement ses fiançailles en apprenant que celle qu'il devait épouser avait été violée par cinq soldats russes".

D'autres quitteront carrément foyer, épouse et enfants, pour ne jamais revenir.

jeudi 20 avril 2017

5168 - Allemagne, année zéro

parade soviétique, devant les ruines du Reichstag
... et comme Hitler a pillé l'Europe, Staline entreprend tout d'abord de piller l'Allemagne.

Des usines entières sont démantelées jusqu'au dernier boulon, et expédiées en URSS, de même que tout le matériel scientifique de la future Allemagne de l'Est, et tous les savants et techniciens  qui ne sont pas passés à l'Ouest et sur lesquels les hommes du NKVD ont pu mettre la main.

Au niveau individuel, chacun, du général au plus simple soldat, se fait également un devoir d'emporter quelques "souvenirs" : bijoux, montres, armes de chasse, dessous féminins, panneaux vitrés ou même simples boîtes de clous (!), tout peut en vérité être expédié par la Poste militaire jusqu'aux recoins les reculés de l'Union soviétique.

Et bien sûr, il y a les viols, qui n'ont pas cessé malgré la fin des combats

"Leurs mères ne se hasardaient dans les rues pour aller chercher de l'eau que très tôt le matin, quand les soldats soviétiques cuvaient encore leur alcool de la veille. Il arrivait qu'une mère indique aux Russes la cachette d'autres filles dans l'espoir de préserver les siennes. Toutes les vitres ayant été brisées, on entendait distinctement, toutes les nuits, les hurlements des victimes"

On estime à environ deux millions, dont plus de cent mille rien qu'à Berlin, le nombre d'Allemandes violées par les soldats de l'Armée rouge...

mercredi 19 avril 2017

5167 - une ivresse sans lendemain

L'Allemagne a capitulé. La guerre est finie. Mais pour combien de temps ?
... Berlin, 8 mai 1945

La Seconde Guerre mondiale avait commencé en Pologne le 31 août 1939, avec l'attaque de la station de radio allemande de Gleiwitz par un commando SS revêtu d'uniformes polonais.

Par une étrange ironie, elle se termine, du moins pour la Luftwaffe, le 8 mai 1945, lorsque quatre Focke-Wulf 190 du III/SG 77 attaquent une autre station de radio, celle de Prague...

Quelques heures plus tard, dans la banlieue de Berlin, l'amiral Hans-Georg von Friedeburg et le maréchal Keitel signent enfin cette fameuse "Capitulation sans condition" exigée par Roosevelt en janvier 1943, et à laquelle Hitler s'était toujours refusé de son vivant.

Décédé le 12 avril précédent, Roosevelt ne connaîtra malheureusement jamais l'ivresse de la victoire.

Mais cette ivresse ne va hélas pas durer longtemps ! L'Europe est en effet en ruines et submergée de millions de réfugiés et de sans-abri en quête d'un avenir.

Et Staline, de son côté, est bien décidé à mettre la main sur la moitié de l'Europe qui lui a été attribuée à Yalta, puis à l'enfermer à double tour derrière un rideau de fer...