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lundi 13 octobre 2014

4238 - "quelque part..."

… au Cimetière des Invalides, le corps de Reinhard Heydrich ne vit jamais le gigantesque mausolée qui devait l’abriter une fois la Victoire finale acquise.

Après la Capitulation allemande, et les furieux combats qui, durant des semaines, avaient labouré le sol de Berlin, l’emplacement de la tombe - seulement marqué d’une simple et fort modeste croix en bois - avait même complètement disparu.

Certains affirment qu’elle aurait néanmoins été retrouvée par les Soviétiques en 1947, et le cercueil envoyé à l’incinérateur; d’autres soutiennent au contraire qu’elle s’y trouverait encore avec son contenu, "quelque part dans le carré A"

Depuis la fin de la 2ème G.M., aucune autorité politique n’a cependant jamais voulu s’en assurer officiellement, tant la seule évocation  d’Heydrich continue, même plus de 70 ans après sa mort, d'inspirer les pires craintes…

En 2011, Heider Heydrich, second fils de Reinhard, et alors âgé de 76 ans, raviva même les polémiques, en réclamant - en vain - une levée de fonds pour la restauration du domaine de Panenské Brezany, désormais en très mauvais état, où repose toujours son frère aîné…

... "quelque part"...

dimanche 12 octobre 2014

4237 - le grand absent

… eut-il survécu à l’attentat du 27 mai 1942, Heydrich aurait sans nul doute continué à étendre son emprise dans toute l’Europe et l’URSS occupées.

Mais qu’aurait- il fait à la fin de la guerre, lorsque l’étau allié se serait refermé sur l’Allemagne ?

Si la question restera - et pour cause - à jamais sans réponse, on peut cependant imaginer, au vu de son parcours personnel et de sa constante volonté de toujours "montrer l’exemple",  qu’il n’aurait pas fui Berlin comme son supérieur Heinrich Himmler et tant d'autres dirigeants nazis, mais qu’il aurait au contraire fait partie du "dernier carré" des irréductibles qui défendirent la capitale du Reich les armes à la main.

Bien que tout ceci ne soit que pure spéculation, on peut également regretter qu’Heydrich n’ait pas vécu assez longtemps pour devoir répondre de ses crimes devant le Tribunal International de Nuremberg, où il fut, en compagnie d'Hitler et d'Himmler, "le grand absent".
 
Car la disparition de ces trois hommes offrit à Hermann Goering - celui-là même qui avait dû céder les clés de la Gestapo à Heydrich en 1934 - une tribune inespérée ainsi que le "privilège" d’y prendre toute la place afin de s’y attribuer un rôle - celui de "numéro deux du régime nazi" et de "dauphin d’Hitler" - qui n’était en réalité plus le sien depuis des années…

samedi 11 octobre 2014

4236 - un coût humain exorbitant

… commandité et organisé depuis Londres, par des Britanniques et des Tchèques exilés, et imposé à la Résistance tchèque - qui n’en voulait pas et fit même tout pour l’empêcher ! - l’assassinat d’Heydrich ne changea rien au cours ni à l’issue de la guerre.

En Bohème-Moravie, cet assassinat provoqua en revanche la quasi-disparition de toute résistance organisée, ainsi qu’une véritable orgie de représailles, qui avaient certes été prévues - et souhaitées ! - dans le cadre de ces mêmes "considérations politiques", mais dont l’ampleur dépassa de loin toutes les prédictions.

Pour justifier ce coût humain exorbitant, on affirma - mais seulement a posteriori - que le dit attentat épargna au moins aux populations d’Europe de l’Ouest de connaître un sort semblable à celui de leurs homologues de l’Est.

Outre le fait que personne n’avait évidemment interrogé les Tchèques sur leur réelle envie de mourir pour que vivent les Français, les Belges ou les Danois (!), rien ne prouve cependant qu’Hitler, qui se devait de ménager la Wehrmacht et nourrissait, tout comme l’immense majorité des Allemands, davantage d’estime pour les peuples de l’Ouest, rien ne prouve qu’Hitler aurait finalement accepté la requête d’Heydrich de voir le RSHA y supplanter la Wehrmacht, et implanter une administration non plus de "supervision", mais bien de "gouvernance".

 On ne peut d'ailleurs s'empêcher de constater qu'après la mort d'Heydrich, ni son supérieur, Heinrich Himmler, ni son successeur à la tête du RSHA, Ernst Kaltenbrunner, ne remirent l'expansion à l'Ouest à l'ordre du jour des concessions à arracher au Führer...

... ni de remarquer qu'après la mort d'Heydrich, ni la Grande-Bretagne ni aucune autre nation alliée n'envisagea à nouveau d'assassiner un dignitaire nazi de premier plan...

vendredi 10 octobre 2014

4235 - comme un malaise...

… Heydrich était un général de la SS, le grand patron du RSHA - c-à-d de toutes les forces de police et de sécurité de l’Allemagne nazie, le Reichsprotektor de facto d’un État fantoche - la Bohème-Moravie - envahi et occupé par le Reich dès 1938, le maître d’œuvre de la "Solution finale à la question juive", et un homme qui, après avoir déjà fait arrêter, déporter, et assassiner des centaines de milliers de personnes à l’Est, avait bien l’intention d’en faire de même à l’Ouest, une fois qu’il serait parvenu à y supplanter la Wehrmacht.

Pour toutes ces raisons, Heydrich méritait cent fois la mort mais le malaise - et il est de taille ! - c’est qu’il ne fut assassiné pour aucune d’entre elles, mais uniquement pour des "considérations politiques" !

Il fut assassiné parce que le gouvernement tchèque en exil devait impérativement démontrer à ses alliés des autres nations que la petite Tchécoslovaquie faisait bel et bien sa "juste part" dans la lutte contre le nazisme.

Il fut assassiné parce que le gouvernement britannique, dans la perspective d’une Europe d’après-guerre, devait quant à lui prouver aux Tchèques que l’Angleterre - qui les avait pourtant trahi et abandonné en 1938, au moment des Accords de Munich - se tenait à leurs côtés, et que l’URSS de Joseph Staline n’était pas leur seul espoir de libération.

Et il fut assassiné parce que le SOE britannique avait quant à lui besoin d’une réussite spectaculaire pour faire taire les critiques - et en particulier celles émanant de son rival MI-6 - et justifier ainsi la poursuite de ses activités…

jeudi 9 octobre 2014

4234 - "montrer l'exemple"

… Heydrich n’eut jamais assez de talent, ni surtout assez de temps, pour devenir un "as" de la chasse allemande.

Au lieu de cela, il dut se contenter de quelques dizaines de missions de guerre fort anonymes, dépourvues de toute victoire mais ponctuées de plusieurs accidents, autrement dit d’un bien piètre palmarès, dont on aurait cependant tort de se gausser, d’abord parce que son cas fut loin d’être isolé, tous belligérants confondus, ensuite parce que l’affaire n’en démontre pas moins une réelle volonté de s’exposer et de courir des risques personnels.

Interdit de vol par Hitler et Himmler à l’été 1941 après un atterrissage forcé à l’intérieur des lignes soviétiques - dont il eut d’ailleurs bien de la chance de se sortir libre et vivant - Heydrich n’en persista pas moins à jouer avec la mort.

Devenu Reichsprotektor "adjoint" de Bohème-Moravie, autrement dit proconsul romain ayant droit de vie et de mort sur ses quelque sept millions de sujets, et donc haï à ce titre par ces derniers, Heydrich, parce qu’il voulait continuer à "montrer l’exemple", et aussi ne pas laisser les Tchèques croire qu’il les craignait, s’entêta, contre l’avis d’Hitler et d’Himmler, et, faut-il le dire, contre la Raison, à circuler sans escorte dans une voiture découverte, offrant ainsi à ses ennemis le parfait moyen de se débarrasser de lui...

... un beau matin du 27 mai 1942.

mercredi 8 octobre 2014

4233 - le nouveau Siegfried

… Heydrich eut tout ce qu’un homme intelligent, ambitieux et sans scrupule pouvait rêver à l’intérieur d’un régime dictatorial.

Chaque matin, il se rendit à son bureau pour organiser et commander la traque, l’arrestation, l’emprisonnement, et l’exécution de dizaines, centaines, milliers et finalement millions d’êtres humains.

Mais s’il excella dans ce rôle, il donna pourtant toujours l’impression de vouloir "autre chose", et en particulier d’être reconnu non pas comme un meurtrier efficace et un organisateur hors pair - ce qu’il fut sans conteste - mais plutôt comme un héros romantique, une sorte de nouveau Siegfried, lui aussi offert à l’admiration des générations futures.

Rendu officier de Marine, Heydrich continua à se rêver escrimeur et athlète olympique offrant à l’Allemagne un moisson de médailles d"or.

Devenu grand patron de toutes les polices du Reich, et craint  à ce titre dans toute l’Europe, il s’entêta, malgré son âge déjà avancé, à devenir pilote de chasse afin de glaner, seul dans le Ciel, de bien improbables mais fort romantiques lauriers…

mardi 7 octobre 2014

4232 - le paradoxe suprême

… car Heydrich fut un extraordinaire paradoxe, autant meurtrier de masse, froid, méthodique et impitoyable, qu’homme cultivé, passionné de concerts et doté d’une réelle sensibilité, et d’un réel talent, pour la musique.

Père affectueux et adorant ses propres enfants, il n’eut cependant aucun scrupule à envoyer les enfants de tous les "ennemis du Reich" - et particulièrement les enfants juifs - dans les camps de concentration, et jusque dans les chambres à gaz.

Prototype du parfait bureaucrate qui se tue au travail et ne rentre que fort tard chez lui, il mit néanmoins un point d’honneur à conserver la forme, en se levant aux aurores et en s’astreignant à plusieurs heures de sport quotidien.

Incarnation-même du meurtre industriel et scientifique, Heydrich  n’aima rien tant que les sabres, les épées et les fleurets et, tout au long de la guerre, continua à s’entraîner afin de pouvoir participer, au plus haut niveau, à des compétitions d’escrime pour le moins désuètes dans une époque où chacun s’efforçait de tuer le maximum de gens avec le moins d'efforts et dans le minimum de temps possible.

Et si Heydrich donna volontiers la mort, il n’hésita cependant jamais, contrairement aux autres hauts dignitaires nazis, à mettre sa propre vie dans la balance afin de "montrer l’exemple".

lundi 6 octobre 2014

4231 - exterminer de manière "correcte"

… après une maturation qui dura plusieurs années, et au cours desquelles il vit tous les autres choix possibles disparaitre les uns après les autres, Heydrich, comme beaucoup d’autres Allemands, en arriva lui aussi à la conclusion que seule l’extermination permettrait de résoudre une bonne fois pour toutes le "problème juif".

Il était cependant impératif que cette extermination se déroule de la manière la plus ordonnée, la plus efficace et la moins "passionnelle" possible : l’Allemagne se voulait en effet nation "civilisée" et Heydrich, comme l’immense majorité des Allemands, avait horreur des pogroms, toujours synonymes de débordements aveugles et d’importantes destructions de biens.

Alors, très vite, il donna des ordres pour que les meurtres, et bientôt les meurtres de masse, soient conduits de manière "correcte", ce qui excluait en particulier les vols, les viols et autres violences gratuites.

Sur le terrain, bien sûr, pareils ordres furent souvent appliqués de manière fort libre, quand ils ne furent pas purement et simplement ignorés, mais Heydrich, comme tant de hauts responsables, ne se soucia jamais des détails pratiques, qu’il abandonna sans vergogne à ses subalternes ce qui, quelque part, lui permit peut-être aussi de préserver sa propre conscience…

… et même de continuer à cultiver son image de héros romantique

dimanche 5 octobre 2014

4230 - le "bourreau des Juifs"

… Heydrich, donc, devint le "bourreau des Juifs", mais jusqu’à la fin de 1941, pas plus lui qu’un autre n’avait envisagé le meurtre systématique et de masse - autrement dit le génocide - comme moyen de s’en débarrasser.

Là encore, ce sont les circonstances - et la politique de conquête des Nazis dans leur ensemble - qui rendirent l’émigration volontaire, puis forcée, impossible, en sorte qu’il ne resta plus que la ghettoïsation, puis les balles, et finalement les chambres à gaz.

Heydrich, bien sûr, joua un rôle-clé dans chacune de ces étapes, mais celles-ci, ainsi que l’inévitable passage de l’une à l’autre, avaient déjà été approuvés par tellement de gens que sa mort ou son retrait volontaire n’aurait rien changé à l’affaire : de fait, les déportations et gazages ne furent aucunement affectés par son assassinat, tant il existait, à tous les les niveaux, de fonctionnaires et de militaires prêts et disposés à prendre sa place, ou à mener ses ordres jusqu’à leur conclusion ultime quoi qu’il puisse lui arriver dans l’intervalle.

C’est l’échec de l’offensive allemande en URSS - et pas la volonté d’Heydrich ou d’un quelconque dirigeant nazi - qui rendit les chambres à gaz "acceptables" et même "nécessaires" : confrontés à l’obligation - qu’ils s’étaient eux-mêmes créée ! - de se débarrasser des Juifs, et à présent à l’impossibilité de leur trouver, dans un délai prévisible, une terre d’exil à la fois suffisamment lointaine et suffisamment dépourvue de tout pour qu’ils ne puissent plus y être considérés comme une "menace", et craignant, sans oser se l’avouer, que la guerre puisse se terminer à leur désavantage, ou du moins sans qu’une solution "définitive" ne soit apportée au "problème juif", les Nazis acceptèrent alors sans rechigner la "solution" que représentaient Chelmno, Treblinka, Belzec et, bien entendu Auschwitz

Et Heydrich se chargea simplement de la mettre en œuvre…

samedi 4 octobre 2014

4229 - poursuivre l'expansion

… la consolidation du Pouvoir nazi impliquait la mise en place d’une force policière et répressive de plus en plus imposante, ce qui, en conséquence, ne fit que renforcer le pouvoir de Reinhard Heydrich qui, de "petit chef" sous-payé d'une ridicule poignée d'hommes que personne ne prenait au sérieux, finit par devenir "super-patron" de milliers d'agents redoutés dans toute l’Allemagne.

Mais pour justifier leur propre existence, et poursuivre leur expansion, Heydrich et ses hommes avaient besoin de se découvrir un nombre sans croissant d’"ennemis".

Les communistes rapidement éliminés, restaient les sociaux-démocrates et, surtout, les Juifs, devenus pour Hitler une véritable obsession, en même temps que son fonds de commerce électoral, depuis le tout début des années 1920.

Si le nom d’Heydrich est aujourd’hui synonyme de persécution des Juifs, son propre antisémitisme demeure cependant sujet à caution.

Heydrich, il est vrai, fit face très jeune à l’accusation - au demeurant infondée - d’être lui-même un Juif, ou du moins d’avoir une ascendance juive, et ne cessa par la suite de devoir s’en défendre.

Mais au moins jusqu’au milieu des années 1930, son antisémitisme personnel ne dépassa jamais celui - il est vrai déjà élevé - de l’Allemand moyen, et c’est la radicalisation du régime, bien plus qu’une quelconque haine personnelle, qui l’amena progressivement à devenir le bourreau du "peuple élu"

vendredi 3 octobre 2014

4228 - une embauche providentielle

… devenu nazi en titre - à défaut de l’être encore dans l’esprit - Heydrich aurait encore pu - et encore dû - mener une tranquille carrière de SS ou encore de fonctionnaire anonyme au sein du futur Troisième Reich, mais le hasard - et plus exactement une autre rencontre, celle-ci avec Heinrich Himmler, le chef d’une SS alors minuscule - en décida à nouveau autrement.

Himmler cherchait à embaucher un "spécialiste du Renseignement", ce qu’Heydrich n’était en aucune manière, et c’est uniquement l’incompétence du premier, et l’incroyable culot du second, qui rendirent cette embauche possible.

A partir de là, les jeux étaient faits, et Heydrich appelé à connaître la carrière qui fut effectivement la sienne… sauf si Hitler et les Nazis avaient finalement échoué aux portes du Pouvoir, ce qui, comme nous l’avons vu, aurait tout aussi bien pu se produire.

Mais une fois Hitler installé à la Chancellerie - moins par ses qualités et ses actions que par les défauts et les erreurs de ses adversaires - puis conforté à ce poste par l’Incendie du Reichstag, les années suivantes furent tout bonnement celles de la consolidation, une consolidation à laquelle Heydrich participa activement, et où il fit preuve de réelles qualités d’organisateur…

… qu’il aurait cependant pu mettre en œuvre dans bien d’autres domaines que la répression politique...

jeudi 2 octobre 2014

4227 - la puissance du simple hasard

… contrairement à ce que l'on pourrait - et que l'on aimerait - croire, ce n’est pas une quelconque "prédisposition à faire le Mal", mais bien le simple hasard, et les mauvaises circonstances socio-économiques du moment, qui contraignirent Heydrich-le-musicien à devenir Heydrich-l’officier-de-Marine.

Et c’est une ridicule vétille romanesque (en l’occurrence une promesse de mariage brisée), ainsi que sa propre arrogance devant le Tribunal d’Honneur appelé à en juger, qui provoquèrent son renvoi de la Marine, et donc l’obligation de "faire autre chose de sa vie".

Et c’est sa rencontre avec la jeune Lina von Osten qui incita non seulement ce coureur de jupons à se marier, mais aussi, et surtout, à embrasser la foi nationale-socialiste, car avant Lina, Heydrich - contrairement à Hitler - n’avait aucune conviction, et pas le moindre intérêt, pour la politique.

Lina eut-elle été communiste qu’il se serait probablement inscrit au KPD.

Mais Lina, comme toute sa famille, était une nazie convaincue, ce qui poussa donc Heydrich à plutôt adhérer au NSDAP, soit à ce parti qui, peu de temps après, n’allait laisser aux communistes que le choix entre l’exil forcé et les camps de concentration…

mercredi 1 octobre 2014

4226 - avec des si...

… si les examinateurs de l’Académie des Beaux Arts de Vienne, où il se présenta en 1907, puis encore en 1908, avaient fait preuve de davantage de mansuétude à son endroit, le jeune Adolf Hitler serait devenu un artiste-peintre anonyme, pas "le Führer de la Nouvelle et Grande Allemagne", et la Seconde Guerre mondiale - à supposer-même qu’elle ait eu lieu ! - aurait assurément pris une tournure fort différente.

Mais on peut en dire autant, et même bien davantage, du jeune Reinhard Heydrich qui, contrairement à Hitler, eut la chance de passer toute son enfance et son adolescence dans une famille unie et aisée, une famille d’intellectuels et d’artistes, lesquels furent en mesure de lui offrir la meilleure éducation possible et d’éveiller, puis de lui laisser développer, ses propres dons pour la musique, où il excellait.

Sans la Première Guerre mondiale, qui ruina sa famille et le força à chercher refuge dans la petite Marine de guerre de la République de Weimar, Heydrich serait devenu un compositeur comme son père, ou alors un violoniste peut-être pas génial, mais en tout cas suffisamment talentueux pour vivre de son Art.

Rendu marin, il aurait pu, il aurait dû, faire carrière, commander un bâtiment et, qui sait, devenir un jour amiral, mais certainement pas grand patron de toutes les forces policières et répressives du Reich, "bourreau d’Hitler", maître d’oeuvre de la "Solution finale à la Question juive", et finalement Reichsprotektor "adjoint" de Bohème-Moravie

mardi 30 septembre 2014

4225 - les quinze de Wannsee

... en plus de Reinhard Heydrich (mort le 4 juin 1942 des suites d’un attentat), étaient présents à la Conférence de Wannsee :

* Josef Bühler, Secrétaire d’État au Gouvernement général de Pologne : exécuté par les autorités polonaises le 22 août 1948

* Adolf Eichmann, SS-Obersturmbannführer, Responsable du transport pour la déportation des Juifs : pendu à Jérusalem le 31 mai 1962

* Roland Freisler, Secrétaire d’État au Ministère de la Justice : tué dans un bombardement sur Berlin le 3 février 1945

* Otto Hoffmann, SS-Gruppenführer, chef du Bureau pour la Race et le Peuplement (RuSHA) : condamné à 25 ans de prison en 1948, libéré en 1954, mort le 31 décembre 1982

* Gerhard Klopfer, Secrétaire permanent à la Chancellerie du Parti : arrêté pour crimes de guerre mais relâché faute de preuves, mort le 29 janvier 1987

* Friedrich Wilhelm Kritzinger, Secrétaire permanent à la Chancellerie du Reich : témoin de l’Accusation au Procès de Nuremberg, mort le 25 avril 1947

* Rudolf Lange, SS-Sturmbannführer, chef de la SIPO et du SD pour la Lettonie : disparu le 23 février 1945 lors de la Bataille de Poznań, s’est probablement suicidé

* Georg Leibbrandt, Reichsamtleiter pour les territoires occupés de l’Est : emprisonné de 1945 à 1950, mort le 16 juin 1982

* Martin Luther, Sous-secrétaire aux Affaires étrangères : emprisonné pour trahison en 1944, libéré par les Soviétiques en 1945, mort d’une crise cardiaque le 13 mai 1945

* Alfred Meyer, Gauleiter et Secrétaire d’État pour les territoires occupés de l’Est : s’est suicidé sur la Weser le 11 avril 1945

* Heinrich Müller, SS-Gruppenführer, chef de la Gestapo : disparu à Berlin le 1er mai  1945, probablement tué dans les derniers combats pour la ville

* Erich Neumann, Secrétaire d’État au Plan de Quatre ans : arrêté en 1945, libéré pour raisons de santé en 1948, mort le 23 mars 1951

* Karl Eberhard Schöngarth, SS-Oberführer, chef de la SIPO et du SD pour le Gouvernement général de Pologne : pendu par les Britanniques le 16 mai 1946 à la prison de Hameln pour avoir assassiné un pilote allié abattu

* Wilhelm Stuckart, Secrétaire d’État au Ministère de l’Intérieur : arrêté en 1945, relâché en 1949, tué dans un accident de la route le 15 novembre 1953

lundi 29 septembre 2014

4224 - une belle réussite...

... pour les Britanniques du SOE, Anthropoïd sera également vu comme une belle réussite, et surtout une réussite de nature à faire taire - pour un temps - les critiques émanant du MI-6 rival.

Renforcé dans sa crédibilité, le SOE pourra donc continuer à mener ses opérations clandestines à travers toute l’Europe occupée, autrement dit, et comme le souhaitait Churchill, "à mettre l’Europe en flammes".

Néanmoins, après celui de Reinhard Heydrich, plus aucun assassinat d’un haut responsable nazi ne sera organisé sous son égide, signe que le coût humain d’Anthropoïd avait finalement été jugé disproportionné à l’égard du résultat obtenu…

Devenu inutile après la guerre, le SOE sera officiellement dissous le 30 juin 1946, et une bonne partie de son personnel reversée… au MI-6.

Hugh Dalton, qui avait créé le SOE en juillet 1940, décédera en février 1962, couvert d’honneurs et de louanges.

Autre "grand serviteur de l’État", Frank Nelson, qui avait dirigé ce même SOE depuis sa création, et décidé, avec František Moravec, de lancer Anthropoïd à l’automne 1941, n’était cependant plus là pour assister à sa réussite : malade  et épuisé, il avait en effet démissionné en mai 1942, un mois avant l’assassinat.

Il mourra le 11 août 1966.

dimanche 28 septembre 2014

4223 - à qui profite le crime...

... ayant rétabli sa crédibilité auprès des Alliés grâce à l’attentat contre Reinhard Heydrich et - il faut bien le dire - grâce à la sanglante répression qui lui avait fait suite, Edvard Beneš retrouvera son poste de Président de la République tchécoslovaque le 28 octobre 1945

Mais avant cela, il aura eu le temps de promulguer les infâmes "Décrets Beneš" - dont nous reparlerons un jour - qui, avec l’assentiment des grandes puissances, et particulièrement de la Grande-Bretagne, se traduiront par une véritable épuration ethnique de la Tchécoslovaquie : chassés de chez eux manu militari, plus de deux millions de germanophones des Sudètes, dont beaucoup périront en route, n’auront d’autre choix que de s’exiler en Allemagne de l’Ouest.

Beneš ne profitera cependant pas longtemps de sa Présidence recouvrée : en mauvaise santé, et ayant gravement sous-estimé la puissance du Parti Communiste Tchèque, ainsi que la volonté de Staline de faire passer la Tchécoslovaquie sous contrôle soviétique, il sera contraint à la démission le 7 juin 1948, et mourra le 3 septembre suivant.

Responsable du Renseignement au sein du gouvernement tchèque en exil, et principal instigateur de l’Opération Anthropoïd, František Moravec quittera lui aussi le confort de son exil londonien pour retourner en Tchécoslovaquie après la Capitulation allemande.

En 1948, après la prise de pouvoir par les communistes, et la démission forcée de Beneš, il jugera néanmoins plus sage de s’éclipser discrètement et de s’installer aux États-Unis, où cet éternel homme de l’ombre travaillera pour le Département de la Défense jusqu’à sa mort, le 26 juillet 1966.

Beneš et Moravec considéreront toujours l’assassinat d’Heydrich comme un grand succès - il n’est pas sûr que la population tchèque aurait exprimé la même opinion si quelqu’un avait eu l’idée de l’interroger par sondage…

samedi 27 septembre 2014

4222 - à tous les enfants victimes de la folie des adultes...

... Ata Moravec qui, pour sauver son père Alois, avait livré l’adresse de l’église Saint Cyrille et Méthode, sera exécuté peu après sa confession.

Déporté au camp de concentration de Mauthausen, Alois, qui ignorait l’implication de sa femme et de son fils au sein de la Résistance, lui survivra jusqu’au 24 octobre 1942.

Alfréd Bartoš, qui avait désespérément tenté de faire annuler l’assassinat de Reinhard Heydrich, deviendra une des nombreuses "victimes collatérales" des recherches allemandes entreprises à la suite de celui-ci : repéré puis poursuivi par des agents de la Gestapo, il n’aura d’autre choix que de se suicider dans une ruelle de Parduvice le 21 juin 1942.

Après l’arrestation de Vladimír Petřek, chapelain de Saint Cyrille et Méthode, l’évêque orthodoxe de Prague, Matěj Pavlík Gorazd écrira aux autorités allemandes une lettre dans laquelle il endossera la responsabilité de son chapelain : un beau geste mais une très mauvaise idée, qui lui vaudra d’être également arrêté, torturé, et finalement exécuté en compagnie de ce dernier, le 4 septembre 1942.

Autre "victime collatérale", et dernière petite amie en date de Jan Kubiš, Anna Nováková sera arrêtée par la Gestapo, et mourra elle aussi au camp de concentration de Mauthausen, de même que sa petite soeur Jindriska, qui, le 27 mai 1942, et à la demande de sa mère, était allée récupérer le vélo taché de sang que Kubiš avait fort maladroitement abandonné dans une ruelle.

Jindriska n'avait que 14 ans et toute la vie devant-elle.

Cette série d'articles lui est dédiée

A elle et à tous les enfants victimes de la folie des adultes...

vendredi 26 septembre 2014

4221 - renaître de ses cendres

... après avoir révélé aux agents de la Gestapo les informations après lesquelles ils couraient en vain depuis trois semaines, Karel Čurda empochera une récompense d’un million de Reichsmarks puis, par obligation plutôt que par choix, continuera de servir ses nouveaux maîtres jusqu’à la fin de la guerre.

Traqué par ses compatriotes, il sera finalement arrêté sous l’identité - allemande - de "Karl Jerhot", condamné pour trahison, puis pendu le 29 avril 1947.

Emil Hácha, Président fantoche du Protectorat de Bohème-Moravie, s’enfoncera toujours plus loin dans la voie de la Collaboration avec l’Allemagne nazie : arrêté par les Soviétiques, il décédera, dans des circonstances jamais élucidées, à l’infirmerie de la Prison de Pankrác, le 27 juin 1945.

Konrad Henlein, le "Führer des Sudètes" qui, pendant des années, avait milité pour le rattachement de cette région de la Tchécoslovaquie au Reich, et qui en était devenu Gauleiter en 1938, se rendra aux Américains mais, réalisant que ces derniers n’ont aucune intention - comme il l’espérait ô combien naïvement - de "respecter les accords de Munich", mais veulent au contraire le juger comme criminel de guerre, il se suicidera dans sa cellule le 10 mai 1945.

Horst Böhme, responsable du SD à Prague, et qui désigna le petit village de Lidice comme l’agneau du sacrifice, sera tué en avril 1945, lors des combats de Koenigsberg (aujourd’hui Kaliningrad)

Littéralement effacé du paysage en 1942, Lidice sera reconstruit après la guerre, sur un autre emplacement…

jeudi 25 septembre 2014

4220 - "quelque part dans la lande de Lüneburg"

… après la disparition de Reinhard Heydrich, dont il était à la fois le patron, le mentor, l’ami et le rival, Heinrich Himmler décidera d’assumer lui-même le commandement du RSHA jusqu’en décembre 1942, lorsqu’il le transférera, faute de mieux, à l’Autrichien Ernst Kaltenbrunner

Bien que quasi-sosie d’Heydrich au physique mais aussi sur le plan des idées et des principes, Kaltenbrunner ne bénéficiera pourtant jamais ni des pouvoirs ni de l’aura de ce dernier, dont il se contentera d'ailleurs de poursuivre les politiques.

Jugé et condamné à mort par le Tribunal International de Nuremberg, qui l’aura fait paraître bien fade, Kaltenbrunner sera pendu le 16 octobre 1946

Himmler n’aura pas plus de chance : après avoir fui Berlin menacé d’encerclement par les Soviétiques, et s’être fort naïvement demandé s’il devrait saluer ou simplement serrer la main d’Eisenhower lorsqu’il le rencontrerait pour signer une paix séparée (!), Himmler sera finalement capturé, sous une fausse identité, par les Britanniques, et se suicidera le 23 mai 1945, avant d’être formellement reconnu.

Le sort final de son cadavre, "enterré quelque part dans la lande de Lüneburg" demeure inconnu à ce jour….

mercredi 24 septembre 2014

4219 - zélé comme Eichmann

... protégé par Reinhard Heydrich tout au long de sa carrière, Adolf Eichmann sera lui aussi, et à sa manière, victime de l’assassinat de son chef, puisqu’il ne sera plus jamais promu par la suite.

En tant qu’"Administrateur du Transport", c’est néanmoins lui qui, jusqu’à la toute fin de la guerre, se chargera d’organiser la déportation des juifs et autres "ennemis du Reich" vers les camps de la Mort, comme le lui avait ordonné Heydrich après la Conférence de Wannsee, en janvier 1942

Il y mettra d’ailleurs un point d’honneur, et même un enthousiasme et un zèle difficilement compréhensibles pour tout esprit rationnel : en novembre 1944, alors que chacun sait pourtant la guerre perdue et qu’Himmler, chef suprême de la SS, lui a pourtant personnellement ordonné d’arrêter les déportations dans l’espoir de parvenir à un arrangement avec les anglo-américains, Eichmann décidera… de désobéir et de poursuivre frénétiquement celles-ci jusqu’à la Capitulation allemande !

Après avoir vécu quelque temps en Allemagne sous un fausse identité, Eichmann parviendra à fuir en Argentine à l’été 1950, mais repéré, puis enlevé par un commando israélien dix ans plus tard, cet homme qui, selon ses propres dires,  "n’a fait qu’obéir aux ordres" sera finalement jugé à Jérusalem, condamné à mort après huit mois de procès, et pendu le 31 mai 1962.

 Presque vingt ans jour pour jour après la mort de son ancien patron Reinhard Heydrich…