dimanche 23 janvier 2005

686 - la stratégie de la puce

... Malgré des jours de bombardement, malgré des milliers de tonnes de bombes et d'obus déversés sur une île de deux kilomètres carrés, malgré un soutien aérien incessant, malgré la présence, au large, de plusieurs cuirassés qui ont continuellement arrosé les positions japonaises avec les plus gros canons de l'époque, les pertes américaines à Tarawa s'élèvent à quelque mille tués, et plus de deux mille blessés.

L'opinion publique américaine - qui n'y est guère habituée - est abasourdie. Et ce n'est pas l'annihilation complète de la garnison japonaise et de ses quelque 5 000 hommes qui y changera quelque chose.

Que du contraire : le jusqu'au-boutisme des Nippons, leur volonté de lutter jusqu'à la mort, et de se suicider plutôt que de se rendre, n'ont fait que les déshumaniser davantage aux yeux des Américains.

"Pas un seul d'entre nous n'arrivera vivant au Japon !", écrivent les soldats américains, écoeurés de devoir débarquer et risquer leur vie semaine après semaine sur des îles dont personne n'a jamais entendu parler et où les attendent des Japonais qui, de manière parfaitement incompréhensible pour un esprit yankee, préfèrent la mort au déshonneur de la reddition.

Pourtant, même avec le recul du Temps, la stratégie du "saut de puce" du général McArthur, visant à ne débarquer que sur quelques îles stratégiques - comme Tarawa - capables d'accueillir un terrain d'atterrissage, et de laisser simplement les garnisons japonaises, privées de ravitaillement, croupir sur les autres - comme Rabaul - , était probablement la seule possible.

Ce qui ne l'empêchait pas de paraître encore bien trop coûteuse et trop lente aux yeux du gouvernement américains qui, désireux d'en finir au plus vite, allait bientôt se laisser entraîner par les sirènes du nucléaire...

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