mercredi 18 août 2004

528 - faire du neuf avec du vieux














... à côté des Allemands travaillant sans relâche à créer des armes nouvelles et souvent bien trop en avance sur leur époque, il en existait d'autres qui, au contraire, s'échinaient sur des équipements, des véhicules, des sous-marins ou des avions parfaitement obsolètes mais qu'il fallait continuer à fabriquer et entretenir, faute de successeurs.

Aussi militarisée fut-elle, l'Allemagne nazie se trouva en effet contrainte d'opérer des choix militaires douloureux, qui hypothéquèrent complètement son avenir.

La première victime de ces coupures fut incontestablement le transport aérien, dont on sait qu'il constitua pourtant un élément capital de la victoire alliée.

Conçu à la fin des années 1920, le Junkers 52 formait encore l'essentiel des faibles moyens de transport allemands en 1944...

L'Allemagne ne fut jamais en mesure de lui trouver un successeur, ni de le construire en quantités suffisantes, au point qu'à Stalingrad, en 1942, il fallut convertir en avions de transport une kyrielle de bombardiers plus ou moins modernes - en ce compris les très médiocres Heinkel 177 "Greif" - afin qu'ils s'en aillent épauler les trop rares Ju-52 occupés à ravitailler la garnison assiégée. Réalisées à la hâte et sur des appareils qui n'avaient jamais été conçus à cette fin, ces transformations ne donnèrent évidemment que de piètres résultats, et contribuèrent à la chute de la place, en février 1943.

De même, quantités d'avions qui auraient dû être remplacés en 1940-1941 étaient toujours en service en 1945, toujours faute de remplaçants adéquats. Ainsi en fut-il du Junkers 87 "Stuka" (né en 1935), du bimoteur Messerschmitt 110 (né en 1936) ou du bimoteur Heinkel 111 qui, né avion de transport pour la Lufthansa en février 1934 était encore construit comme bombardier en octobre 1944.

Faute de pouvoir lui trouver un successeur, les ingénieurs allemands soumirent alors ce pauvre Heinkel à un véritable acharnement thérapeutique, le transformant tantôt en avion de transport, tantôt en avion sanitaire, lui greffant une fusée V1 sous chaque aile - ce qui en fit un avion lance-missiles - ou lui demandant de remorquer les plus lourds planeurs disponibles - les Messerschmitt 321 "Gigant"

Cette conversion, réalisée en une douzaine d'exemplaires, fut sans conteste la plus incroyable de toutes. Réalisant qu'elle ne disposait dans son inventaire d'aucun avion assez puissant pour remorquer ce qui était alors le plus gros planeur du monde, ni du moindre espoir d'en obtenir un rapidement, la Luftwaffe demanda alors à Ernst Heinkel... de souder deux Heinkel 111 l'un à côté de l'autre et autour d'un cinquième moteur central

Aussi stupéfiant que cela puisse paraître, cet invraisemblable équipage s'avérait très efficace dans son rôle de remorqueur, mais évidemment trop vulnérable pour justifier une fabrication en grande série.

A la capitulation de l'Allemagne, plus de 7 000 Heinkel 111 avaient été produits, et certains volaient encore au sein de l'armée espagnole en 1956 (!) Un résultat impressionnant pour un avion qui, en toute logique, aurait dû être remplacé au début de la guerre...

1 commentaire:

Anonyme a dit...

Il faut dire que les essais du Messerschmitt Gigant avaient été unevraie tragicomédie...en plus d'un contre-la-montre dicté par les circonstances militaires.

L'avion remorqueur des tout premiers essais était un très rare quadrimoteur prototype impossible à industrialiser à brève échéance.

Par la suite on utilisa un système dément en tentant de faire décoller le monstre derrière quatre ME 110 ou JU 88 bimoteurs mais la coordination des quatre avions était un cauchemar de pilote avec des câbles de longueur inégale qui ne demandaient qu'à faire un croche-pied à l'aile de l'avion voisin au premier "trou d'air" venu...et il falllait mainenir une extrême concentration à bord des 4 avions et du planeur durant plusieurs heures de vol.

Finalement la procédure standard en attendant mieux fut le troïka schlepp: atteler seulement trois avions (en sollicitant à bloc les moteurs) ce qui diminuait un peu le risque de s'emmêler les pinceaux...mais pas tant que çà : si un des avions remorqueurs se décalait un peu de la ligne de vol idéale , la traction du câble le faisait partir en vrille et l'obligeait à larguer en catastrophe sa remorque.

C'est pour cette raison que les remorqueurs maritimes ont le crochet en plein centre du bateau , ils restent manoeuvrants même aux grands angles de traction .
Faute de crochet central, les bateaux de série utilisés pour ski nautique ou d'assistance en école de voile utilisent une remorque prise sur une poulie qui coulisse sur une "patte d'oie" (un câble en Vé)...malgré cette précaution c'est parfois tangent en manoeuvre aux angles extrêmes.

Avec un planeur chargé de 100 soldats ou bourré de fûts d'essence en remorque cette acrobatie à trois remorqueurs pouvait facilement tourner au désastre ...ce qui arriva plus d'une fois...et les Zwilling furent une bénédiction malgré leur aspect de charrue volante à socs multiples.