jeudi 19 août 2004

529 - la bonne planque

... si certains allemands s'épuisaient à réaliser des armes trop nouvelles, et d'autres à fabriquer des armes trop démodées, il en existait aussi qui s'efforçaient d'abord et avant tout d'échapper au Front de l'Est en s'affairant sur des programmes à l'utilité franchement douteuse.

Ceux qui, chez Blohm und Voss, étudiaient et fabriquaient les hydravions géants appartenaient incontestablement à cette dernière catégorie.

Incontournables sur les vols à longue distance jusqu'à la fin des années 1930, les hydravions de transport, en ces années de guerre, vivaient incontestablement leurs derniers instants. Trop complexes, trop coûteux, trop lents à produire, les hydravions, terrassés par les fulgurants progrès des grands avions terrestres, allaient bientôt disparaître du ciel pour ne plus survivre que dans des applications hyper-spécialisées, comme la lutte contre les incendies de forêts.

En 1941, Blohm und Voss était incontestablement un des leaders mondiaux du domaine, ayant réalisé pour la Lufthansa, puis pour la Luftwaffe, quantités d'excellents hydravions, parmi lesquels figuraient les BV138 et 139

Originellement conçu pour assurer la liaison passagers entre Berlin et New-York, le BV222 "Wiking" était son plus récent cheval de bataille. Énorme hexamoteur de 50 tonnes, le Wiking fut
construit en une douzaine d'exemplaires qui, bien que raisonnablement efficaces durant la guerre, ne justifièrent jamais le temps et les Reichsmarks investis.

Dans ces conditions, on peut vraiment se demander ce qui poussa le Ministère de l'Air allemand à réclamer, en 1941, une version encore plus grande - le BV238 - dont on pouvait être certain qu'il ne volerait pas avant plusieurs années, et engoutirait de nouvelles et importantes quantités de Reichsmarks.

Son créateur, le très flamboyant Richard Vogt, déja responsable des BV222 et de l'ahurissant BV141 "décalé" ne se posait évidemment pas toutes ces questions, pas plus que le personnel de son bureau d'études et les ouvriers de l'usine, trop contents d'échapper à l'hiver russe en construisant des hydravions géants dont personne ne savait trop à quoi ils serviraient

Le plus significatif, en définitive, fut l'unique vol d'essai accompli par ce monstre de 80 tonnes et de 43 mètres de long,... avant l'apparition, le 18 septembre 1944, de trois P51 "Mustang" américains, qui envoyèrent par le fond le plus gros hydravion de la Seconde Guerre mondiale, mettant ainsi un terme au programme.

Quant aux rares BV222 qui survécurent à la guerre, l'un d'entre eux fut capturé par les Britanniques à Trondheim (Norvège), et si longuement étudié par eux qu'à l'apparition de l'encore plus gigantesque Saunders-Roe "Princess", en 1952, beaucoup y virent comme une "german touch"

Mais ceci est une autre histoire...

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