... dogmatique, aigri par des décennies de combats perdus et de prêches dans le désert, idéologiquement très à droite - et même franchement réactionnaire - Rhee n'est pas un démocrate,... sauf à le considérer comme "très démocrate aussi longtemps qu'il avait le plein contrôle sur toutes les institutions démocratiques du pays et que personne n'osait défier sa volonté" (1)A 70 ans, ce n'est pas non plus un politicien d'avenir; et avec plus de la moitié de ceux-ci passés en exil aux USA, une épouse autrichienne, et des tenues occidentales toujours immaculées, il est impossible de le considérer comme le "Coréen moyen", et à vrai dire comme autre chose que "l'homme" - pour ne pas dire "la créature" - des Américains.
Les Américains, pour autant, ne se font aucune illusion à son sujet. Pour le général Hodge, qui le chaperonnera jusqu'en 1948, Rhee est "devious, emotionally unstable, brutal, corrupt and wildly unpredictable" ("sournois, instable, brutal, corrompu et parfaitement imprévisible") (2)
Jusqu'à sa démission forcée en 1960, Rhee sera probablement, pour les Coréens, le moins Coréen d'entre eux, et pour les Américains, le choix le moins pire, faute de toute alternative dans ce pays qu'ils ne connaissent pas et d'où les Japonais ont, pendant 40 ans, éliminé ou chassé les élites locales afin de pouvoir régner sans partage.
Mais si son portrait se dépeint donc en gris foncé, son rival du Nord et de près de 40 ans son cadet, Kim Il-Sung, ne brille pas davantage...
(1) David Halberstam, The Coldest Winter, page 68
(2) ibid, page 69
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