samedi 1 janvier 2011

2857 - "son poids en or !"... mais pas tant que ça


... pour les hommes de la 1ère Armée américaine, il est clair que la tête de pont de Remagen doit être tenue et renforcée à tout prix.

De Hoge à Bradley en passant par Hodges, c'est également l'opinion des généraux qui sur le terrain ont déjà commencé à y transférer hommes et matériels.

Reste que le mot de la fin doit quand même revenir au SHAEF, où l'enthousiasme est loin d'être au rendez-vous : comme l'amant qui débarque sans crier gare en plein repas de famille, "l'affaire de Remagen" vient en effet bouleverser des plans établis de longue date, des plans qui prévoyaient en particulier de faire prochainement traverser l'inévitable maréchal Montgomery au Nord de la Ruhr !

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Envoyer des renforts à Remagen, c'est nécessairement priver "Monty" d'hommes, de blindés, et bien entendu, d'essence que l'intéressé, fidèle à ses habitudes, ne cesse de réclamer en quantités sans cesse croissantes avant même de consentir à démarrer.

A cela s'ajoute le fait que Remagen est probablement une des pires têtes de pont que l'on puisse imaginer, puisqu'on n'y trouve que fort peu de routes et, dans les environs immédiats, quasiment aucun objectif militaire qui vaille la traversée.

Mais en cette affaire, la rationalité est de peu d'importance car comment expliquer aux fantassins américains, et à la Presse américaine, qu'après avoir eu la chance inouïe de trouver, et de conquérir, un pont intact sur le Rhin, il convient à présent de l'abandonner afin de ne pas perturber le travail des planificateurs ?

Bradley ne dit pas autre chose qui, s'emportant contre l'aide-de-camp d'Eisenhower, s'exclame "que diable voulez-vous qu'on fasse maintenant ? qu'on se barre et qu'on le fasse péter nous-mêmes" ?

Le lendemain, Eisenhower, qui a toujours été plus politique que militaire, va une fois de plus ménager la chèvre et le chou : si l'Histoire retiendra sa déclaration selon laquelle le Pont de Remagen "vaut bien son poids en or", elle oubliera sa décision de n'octroyer à Bradley que seulement quatre divisions supplémentaires, soit à peine de quoi entretenir la tête de pont et lui éviter de succomber à une éventuelle contre-attaque allemande...

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