mercredi 15 décembre 2010

2840 - résister sur place


... mais pour comprendre les raisons de ce que l'on va bientôt appeler "le Miracle de Remagen", il faut repasser de l'autre côté du Rhin - c-à-d du côté allemand - et tenter de se mettre dans la peau - ou plutôt l'esprit - d'un dictateur aux abois - Adolf Hitler - qui, sachant la Fin proche est plus que jamais convaincu de l'absolue nécessité de ne plus céder un seul pouce de terrain.

Pour Hitler, les soldats - et même les civils - doivent se battre où ils se trouvent et non pas se lancer dans des replis qui, pour être "stratégiques" n'en sont pas moins des retraites.

Devant Moscou, lors de l'hiver 1941-1942, cette conception, aux antipodes de celle défendue par un homme comme Erich von Manstein, cette conception a probablement sauvé la Wehrmacht d'une nouvelle Berezina. Mais devant Stalingrad, un an plus tard, et ensuite en Tunisie puis en Normandie, elle s'est au contraire révélée catastrophique, en condamnant à la mort ou à la captivité des dizaines de milliers de fantassins aguerris et donc difficiles à remplacer (1)

Avec l’aggravation de la situation militaire, cette tendance jusqu’au-boutiste n'a fait que s'accentuer. Et comme chaque fantassin allemand est loin, en ce domaine, de partager les vues de son Führer, il a évidemment fallu se résoudre à multiplier les mesures coercitives afin de les inciter à demeurer sur place et à accepter le sacrifice suprême en faveur du Heimat.

L'ordre du jour du 09 mars 1945 a ainsi institué les "Fliegende Standgericht", ou "courts martiales mobiles accélérées" qui, en plus des juges militaires, comprennent leur propre peloton d'exécution et ne manquent pas d'en faire grand usage sur les traînards, déserteurs et autres "défaitistes" allemands.

Le 13 mars, Hitler va aller encore plus loin : dans une directive cette fois plus spécialement dédiée aux officiers de l'armée et aux cadres du parti national-socialiste, il va en effet rappeler que "le premier des devoirs d'un chef militaire est de fanatiser politiquement ses hommes, et il sera pleinement responsable devant moi de leur comportement national-socialiste".

Le problème, c'est que la réalité militaire ne s'embarrasse guère des slogans...

(1) Saviez-vous que... La Guerre à l'Est

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