... lorsque l'US Army Air Corps lui demanda de concevoir un nouveau chasseur, capable de rivaliser avec les meilleures productions européennes, Alex Kartveli décida de partir non pas d'une page blanche mais tout simplement... du plus gros moteur américain de l'époque (le Pratt & Whitney R-2800) puis de dessiner l'avion autour !Loin de la finesse du P51 "Mustang", ou de la grâce du "Spitfire", le Republic P47 "Thunderbolt" évoquait plutôt une énorme cruche. De fait, lorsqu'ils le virent débarquer en 1943, les pilotes britanniques, habitués à des avions ne dépassant pas trois tonnes, souhaitèrent bonne chance à ces cinglés de yankees qui prétendaient affronter Messerschmitt et autres Focke-Wulf avec un engin qui en pesait facilement le double (1).
Sur le Front de l'Est, habitués eux aussi à des machines deux fois plus légères, les rares pilotes soviétiques qui utilisèrent le P-47 le détestèrent immédiatement, et ne virent de toute manière aucun intérêt à cet énorme avion avant tout conçu pour escorter des bombardiers lourds... dont l'Union Soviétique était pour ainsi dire dépourvue.
Pourtant, du côté américain, lorsque ses pilotes eurent appris à s'en servir, le pachydermique P47 s'avéra un adversaire redoutable, construit en plus grand nombre que n'importe quel autre chasseur américain.
A mesure la chasse allemande était effacée du ciel, les P-47 abandonnèrent leur tenue d'escorteurs de bombardiers pour devenir eux-mêmes chasseurs-bombardiers, rôle dans lequel leur poids, et leur énorme moteur en étoile - infiniment moins fragile que les moteurs en ligne britanniques - constituèrent des atouts considérables.
Au final, sur les quelque 16 000 P-47 construits, moins de 200 (!) furent livrés à l'URSS...
(1) très courante chez les pilotes britanniques, une plaisanterie soutenait que la meilleure manière pour un pilote de P-47 d'échapper aux Messerschmitt et autres Focke-Wulf consistait à se cacher quelque part à l'intérieur de son vaste habitacle
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