... le 15 octobre 1944, en Hongrie, le régent Horthy fut renversé par un coup d'État orchestré depuis Berlin. Le jour-même, le décidément infatigable Adolf Eichmann convoqua Rudolf Kastzner - notable juif qui avait lui aussi participé aux tractations "Juifs contre camions" du mois d'avril - et l'accueillit d'un triomphal "Je suis de retour !"De fait, Eichmann, plongé dans un état dépressif depuis la décision prise par Horthy le 9 juillet d'interdire toute nouvelle "évacuation" de Juifs hongrois, retrouvait là une nouvelle occasion de se distinguer, cette fois au détriment des Juifs de Budapest. Mais comme l'avancée inexorable de l'armée rouge menaçait directement Auschwitz, plusieurs dizaines de milliers de Juifs furent chassés de Budapest et plutôt déportés vers Vienne, à 200 kms de là, sans vivre, sous la neige,...et à pieds (!)
Ce ne fut en vérité que le prologue des nombreuses "Marches à la Mort" qui, dans les derniers mois de 1944 et jusqu'à la fin de la guerre allaient jeter sur les routes plus de 750 000 personnes - juives ou non - encore détenues dans les camps de concentration désormais à portée des armées soviétiques. Dans des conditions abominables, sans nourriture, sans vêtements chauds, parfois pieds nus (!), mais toujours sous la conduite de leurs gardiens et gardiennes SS, ces malheureux allaient errer des semaines sur les routes gelées de l'hiver à la recherche d'un autre camp, dormant dans des granges, ou parfois en plein champ, achevées comme des bêtes sur le bord des routes. De 30 à 50% d'entre eux y trouvèrent la mort.
L'Allemagne se désintégrait de partout. Les ordres n'arrivaient plus aux gardiens qui, s'ils ne savaient plus quelle direction prendre, comprenaient du moins que la guerre était perdue et n'ignoraient pas que le nouveau régime - quel qu'il soit - appel à succéder au Troisième Reich ne leur serait pas favorable et risquait même de les traduire en Justice pour crimes de guerre.
Dans ces conditions, la simple bon sens aurait voulu que les bourreaux fassent enfin preuve d'humanité, libèrent leurs captifs, cherchent par tous les moyens - et ne serait-ce que par intérêt personnel - à s'attirer leur sympathie.
Ce fut tout le contraire : dans tous les camps évacués, les détenus trop faibles pour marcher furent abandonnés à leur sort, ou carrément abattus sur place, et les autres continuellement poussés droit devant eux, jour après jour, dans des marches qui, souvent, ne les conduisaient nulle part sinon à la tombe...
1 commentaire:
Bonjour, excellent Blog...la photo illustrant cet article est ...dérangeante. La meilleure moitié de l'humanité y apparaît sous un bien vilain éclairage (mais il y a peut être un peu de malice du photographe ) . On pense à la réflexion d'Eric Brown, le légendaire pilote d'essais britannique, qui en plus d'être un as du manche à balai et d'avoir risqué sa peau en essayant un nombre astronomique de prototypes d'avions tous plus dangereux et faiseurs de veuves les uns que les autres était aussi un germaniste de bon niveau .
Etudiant en vacances, il avait visité l'Allemagne d'avant guerre, assisté en pur touriste à des meetings nazis et reçu le baptême de l'air avec Ernst Udet en personne comme pilote.
En 1945 alors qu'il faisait partie d'une mission militaire chargée de récupérer les plans et prototypes des avions allemands les plus avancés, il s'était trouvé par hasard près du camp d'Auschwitz lors de la libération des prisonniers (qu'il a qualifié suivant ses propres termes de "Zombies en train d'agoniser") . Comme il parlait très couramment l'allemand on lui demanda de faire l'interprète lors des interrogatoires de Rudolf Höss (commandant en chef du camp) et d'Irma Grese (La matonne en chef, qualifiée par les journaliste de "Hyène d'Auschwitz") . Son appréciation est sans filtre: "Les deux êtres humains les plus méprisables que j'ai pu connaître dans ma vie" (qui fut longue) et concernant la dame en particulier : "le pire spécimen d'humanité que j'aie jamais rencontré". Rien à ajouter, çà dit tout.
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