dimanche 25 décembre 2005

1022 - l'éternel humain

... jamais l'Allemagne nazie n'aurait pu remporter de tels succès dans sa chasse aux Juifs si - comme on l'a vu - elle n'avait réussi à s'attirer, à des degrés divers, la collaboration de la population et des autorités locales des pays occupés.

Mais il convient également de souligner le rôle tout aussi essentiel que jouèrent en cette matière les notables juifs eux-mêmes lorsque, réunis au sein de "Conseils juifs" siégeant dans les différents ghettos, ils eurent à régir la vie quotidienne des dits ghettos et, surtout, à organiser eux-mêmes la déportation de leurs propres coreligionnaires, attendu qu'il ne pouvait évidemment être question, pour les surhommes aryens, de faire la police sur les trottoirs des sous-hommes juifs ni - a fortiori - d'entrer dans chaque pièce de chaque appartement de chaque ghetto pour y arracher le quota exact de Juifs à "évacuer".

Partout dans les ghettos, les conseils juifs organisèrent donc la vie et le travail de leurs compatriotes, firent régner l'ordre au moyen d'une "police juive", et dressèrent les listes des Juifs qui, semaine après semaine, mois après mois, devaient quitter le ghetto et se rendre à l'appel pour être ensuite "évacués" vers les camps. Mal connu, et volontairement occulté après-guerre, ce phénomène des Juifs collaborant avec les Nazis pour exterminer d'autres Juifs a évidemment de quoi réjouir les antisémites, et consterner les survivants des camps qui, aujourd'hui encore, gardent de cette collaboration un souvenir amer.

A leur décharge, des notables comme Chaim Rumkowski, dirigeant juif du ghetto de Lodz, ne cessèrent de justifier cette collaboration sous l'angle du "moindre mal" : puisque personne- et pas même eux - n'avait la possibilité de s'opposer aux diktats des Allemands, à leur constante volonté d'obtenir des Juifs à "évacuer", puisque les Allemands auraient de toute manière fini par obtenir ce qu'ils exigeaient, mais de manière infiniment plus brutale, mieux valait en définitive collaborer avec eux, jouer l'apaisement et essayer de temporiser afin de sauver ce qui pouvait l'être en espérant des jours meilleurs.

D'un autre côté, l'être humain - juif ou non - étant ainsi fait, on est bien forcé de constater que les notables juifs impliqués dans cette politique du "moindre mal" cherchèrent d'abord et avant tout à préserver et prolonger leur propre vie, celle de leur famille puis de leurs parents et amis proches, au détriment des éléments les plus jeunes, les plus faibles, les plus turbulents ou les moins connus de leur communauté. A maintes reprises, et notamment dans le ghetto de Varsovie, on vit même pareils notables continuer à faire bombance et à s'enrichir de leurs trafics avec les Allemands tandis que leurs compatriotes crevaient littéralement de faim sur les trottoirs (*)

La Justice divive - si tant est que Dieu existe et ait réellement quelque chose à voir avec tout cela - finissait pourtant, dans la plupart des cas, par rattraper les notables eux-mêmes qui, à l'image de Chaim Rumkowski, furent pour la plupart envoyés dans les chambres à gaz dès qu'il n'y eut plus personne d'autre à envoyer à leur place...

(*) de telles scènes sont abondamment décrites dans "Le Pianiste" de
Wladyslaw Szpilman

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