lundi 26 décembre 2005

1023 - la passivité

... parmi les éléments qui expliquent les succès de l'Allemagne nazie dans sa lutte contre les Juifs d'Europe figure indubitablement l'incroyable passivité des Juifs eux-mêmes.

De fait, à l'exception d'une poignée de révoltes vite réprimées dans les camps, et de l'insurrection - bien plus connue - du ghetto de Varsovie, en avril 1943, l'immense majorité des quelques six millions de Juifs assassinés se livra tout simplement sans résistance aux balles des einsatsgruppen ou à la gueule des chambres à gaz.

Bien qu'elle semble ahurissante au lecteur contemporain, cette passivité s'explique en fait par de multiples raisons, à commencer bien sûr par l'absence de précédent d'une pareille ampleur, par la croyance en une Europe et une Allemagne "civilisées" - donc incapables d'une telle horreur - et par les efforts constants déployés par les Nazis afin de "donner le change" dans les camps et y entretenir une illusion de normalité le plus longtemps possible.

Une autre explication réside dans l'intelligence et l'expérience des Allemands eux-mêmes. Passés les premiers tâtonnements où la séparation des femmes et de leurs enfants donnèrent lieu à des manifestations d'hystérie, les Allemands comprirent très vite qu'il était préférable de faire voyager les Juifs par familles entières. L'épuisement dû au voyage, et la désorientation lors du débarquement au camp, se chargeaient ensuite de calmer les plus coriaces, qu'une séance de déshabillage obligatoire - publique et parfois effectuée en plein air, donc terriblement humiliante - rendaient définitivement dociles.

Ceux qui étaient sélectionnés pour la Mort disparaissaient ensuite très vite - et quoi de plus normal en apparence que l'invite d'une bonne douche après un si long et si difficile voyage - tandis que les autres ne tardaient pas à apprendre que la meilleure manière - et en fait la seule possible - de rester en vie un peu plus longtemps était de courber l'échine, de baisser les yeux, et de se réfugier dans sa propre sphère intérieure, qui excluait toute idée de révolte collective.

Il était de surcroît inconcevable que des femmes, des enfants, des vieillards, ou toute personne dépourvue d'expérience militaire, puissent se révolter contre des hommes armés. A cet égard, tant au camp d'extermination de Sobibor que dans le ghetto de Varsovie, les révoltes ne furent le fait que d'hommes jeunes. Et elle n'eurent lieu qu'à l'annonce de la fermeture imminente des lieux, lorsque leurs occupants réalisèrent qu'ils n'avaient plus rien à perdre. A Sobibor, il fallut même attendre la venue d'un convoi de Juifs russes prisonniers de guerre - donc plus aptes que d'autres à envisager une résistance armée - pour que la révolte éclate.

A de rarissimes exceptions-près, les Juifs n'avaient du reste aucune arme pour s'opposer à leurs bourreaux,... et, dans la plupart des cas, aucun espoir à attendre de leur gouvernement, de leurs compatriotes ou de leurs voisins, qui les dénonçaient plus souvent qu'à leur tour...

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