... si les croiseurs de bataille, nés en 1908, durent l'essentiel de leur existence à Lord Fisher - alors Premier Lord de la Mer - lequel entendait leur faire jouer le rôle d'éclaireurs pour la flotte de cuirassés, les "grands croiseurs légers" en furent l'expression ultime, et sans conteste la moins réussie.A l'origine, il ne s'agissait ni plus ni moins que de réaliser, sous l'enveloppe la plus réduite possible, des bâtiments aussi rapides que manoeuvrants, et porteurs des plus gros canons disponibles, afin qu'ils puissent opérer, en soutien d'une éventuelle invasion de la Poméranie, dans les détroits danois, dont les eaux resserrées gênaient terriblement les cuirassés et croiseurs de bataille ordinaires.
Avec un cahier des charges aussi restrictif, le produit fini ne pouvait que s'avérer fort décevant une fois l'idée-même d'une invasion de la Poméranie écartée. Et de fait, les trois navires ainsi construits - les Furious, Courageous et Glorious - sacrifiaient à ce point le blindage et la puissance de feu (quatre canons seulement), que la Royal Navy, ne sachant trop quoi en faire, décida de transformer le premier en... porte-hydravions avant même sa mise en service. C'est ainsi gréé que le Furious participa aux derniers combats de la Première Guerre mondiale.
Les résultats s'étant avérés encourageants, la Royal Navy décida d'aller plus loin, en transformant les Courageous et Glorious en authentiques porte-avions. Réalisée en 1924, et ensuite étendue au Furious, cette transformation radicale entraîna la disparition des superstructures ainsi que le démontage des deux tourelles de chaque bâtiment, ce qui permit l'installation d'un véritable pont d'envol, s'étendant pour la première fois de la poupe à la proue du navire.
En 1940, le Glorious eut pourtant le triste privilège de devenir le premier (et le dernier) porte-avions à succomber sous les obus de navires de ligne (les croiseurs de bataille Scharnhorst et Gneisenau), tandis que le Courageous était, plus classiquement, torpillé par un sous-marin allemand.
Curieusement, l'histoire des deux premiers porte-avions de la Royal Navy ne s'acheva pas là puisque leurs tourelles, démontées en 1924 et tenues en réserve, furent réinstallées près de vingt ans plus tard sur le plus gros et plus puissant cuirassé jamais construit par la Grande-Bretagne. Un monstre de plus de 50 000 tonnes, bien mal nommé "Vanguard" ("Avant-garde")...
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