samedi 4 décembre 2004

636 - les racines du mal

... "Décidément, il y a quelque chose qui ne va pas avec nos foutus bateaux", avait sobrement commenté l'amiral Beatty après l'explosion de son deuxième croiseur de bataille - le Queen Mary - et alors que son propre Lion, touché par plusieurs obus allemands, n'avait lui-même échappé à un complet anéantissement que grâce au noyage in-extremis de ses soutes à munitions,... et des marins qui se trouvaient à l'intérieur.

Et de fait, sur six croiseurs de bataille engagés au Jutland, trois avaient sombré corps et biens, et un quatrième - le Lion - n'était plus qu'un amas de ferrailles à son retour en Angleterre. Les Allemands y avaient certes laissé leur Lützow, mais la perte de cet unique croiseur de bataille - par ailleurs sabordé par son équipage - ne pouvait masquer les graves erreurs de construction des bâtiments anglais.

A leur apparition, en 1908, les croiseurs de bataille se voulaient compromis idéal entre les cuirassés - dont ils partageaient les dimensions et la puissance de feu - et les croiseurs - qu'ils égalaient presque en vitesse. Mais ce compromis n'avait pu se réaliser qu'au détriment du blindage, qui fut délibérément sacrifié pour permettre l'installation de machines plus puissantes, donc plus lourdes.

Aux Falklands, en 1914, face aux petits croiseurs cuirassés de l'amiral Von Spee, les gros croiseurs de bataille britanniques avaient pu faire illusion. Mais au Jutland, en 1916, face à leurs homologues et aux cuirassés allemands, leur trop faible blindage s'était avéré un handicap aussi irrémédiable que tragique. A l'évidence, l'idée-même du grand bâtiment de combat devant servir d'éclaireur rapide à la flotte de cuirassés - chère à l'amiral Fisher - venait de subir un contredit flagrant.

Après la Bataille du Jutland, la priorité fut cette fois donnée au blindage au détriment de la vitesse, et les travaux sur les grands croiseurs de bataille abandonnés,... à l'exception d'un seul, dont la construction avait commencé en 1916 et qui, 25 ans plus tard, mourut des mêmes défauts que ses prédécesseurs. Un croiseur de bataille que le directeur des constructions navales, atterré par les résultats des essais de tirs menés après la guerre, aurait préféré voir détruit sur cales et remplacé par quelque chose de mieux.

Il s'appelait le HMS Hood...

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