vendredi 3 décembre 2004

635 - une victoire aux allures de défaite

... en ce 31 mai 1916, la nuit est maintenant tombée sur les flots. A 21H30, la ligne des navires allemands, qui tente de rejoindre l'estuaire de la Jade, bouscule celle des escorteurs anglais. C'est une mêlée aussi héroïque qu'extraordinairement confuse, au cours de laquelle plusieurs croiseurs britanniques - dont le Black Prince, qui s'engloutit avec tout son équipage - sont expédiés par le fond alors que plusieurs destroyers britanniques se percutent à toute vitesse, ou se tirent les uns sur les autres

Au petit matin du lendemain, le cuirassé Friedrich der Grosse avait regagné son mouillage de la Jade, avec l'essentiel de la flotte allemande

Au final, le grand clash des cuirassés laissa des résultats pour le moins contrastés.

Sur le plan strictement matériel, alors qu'ils combattaient dans un rapport de 5 contre 8, les Allemands ont infligé aux Britanniques des pertes de l'ordre de 8 à 5, coulant 115 000 tonnes de navires et tuant 6 000 marins anglais en ne perdant eux-mêmes que 61 000 tonnes et 2 500 marins. Torpilleurs et petits bâtiments non compris, la Grand Fleet a ainsi perdu trois croiseurs de bataille, trois croiseurs cuirassés et huit destroyers alors que la Hochseeflotte n'y a laissé que le vieux pre-drednought Pommern, le croiseur de bataille Lützow (sabordé par son équipage), quatre croiseurs légers et trois destroyers.

La Presse allemande avait donc quelque raison, dès le lendemain, de parler de "grande victoire navale"

Sur le plan tactique, en revanche, les Anglais sont restés les maîtres du terrain, et ont forcé la Hochseeflotte à rentrer au port, dont elle ne sortira pratiquement plus jusqu'à l'armistice.

A la signature de celui-ci, elle fera ensuite route vers Scapa Flow, vers l'antre de la flotte britannique,... pour y être désarmée et internée sous la surveillance des marins anglais jusqu'en ce triste jour du 21 juin 1919, où le Contre-amiral von Reuter, sachant que l’Allemagne se verrait finalement dans l’obligation d’accepter les termes de reddition imposés par les Alliés, et craignant que la flotte ne leur soit cédée, donna l'ordre de sabordage, liquidant d'un dernier coup ce qui fut la deuxième marine de guerre du monde...

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