... à 19H15, alors que l'amiral Scheer ordonne à sa flotte de cuirassés d'effectuer son troisième retournement en moins d'une heure, le sort des croiseurs de bataille allemands, chargés de couvrir la manoeuvre en attirant sur eux le feu des cuirassés anglais, paraît scellé.Le Derfflinger n'a plus qu'une seule tourelle intacte, le Seydlitz fait eau de partout, tout le personnel de passerelle du Von der Tann a été tué. Encore quelques minutes, et les cinq croiseurs de bataille de Hipper auront tout simplement cessé d'exister.
C'est alors que, par dizaines, les petits torpilleurs allemands passent à l'offensive, à 7 000 mètres des cuirassés britanniques. Sept d'entre eux sont presque immédiatement coulés par le déluge de feu qui s'abat sur eux, mais ils ont eu le temps de lancer une trentaine de torpilles vers la ligne des cuirassés de Jellicoe.
A cette époque où la trajectoire des torpilles est immuablement rectiligne, le meilleur moyen d'y échapper consiste à prendre une route parallèle à cette trajectoire, de manière à ne plus offrir que la surface - très réduite - de la proue ou de la poupe, où, à moins d'un miracle, la torpille n'a pour ainsi dire aucune chance de toucher. Jellicoe - plus que jamais soucieux de ne faire courir aucun risque à sa flotte - décide donc de faire virer ses bâtiments, mais... du bord opposé à l'ennemi (!)
Pendant plusieurs minutes, les cuirassés britanniques, qui tenaient les Allemands à la gorge, font donc route en présentant non pas leur proue mais bien leur poupe aux torpilles, et s'éloignent par conséquent de la flotte allemande à près de 20 noeuds alors que les navires allemands, de leur côté, s'éloignent à la même vitesse, mais dans la direction opposée.
Aucune torpille ne touche, mais à 19H45, quand Jellicoe s'aperçoit enfin de son erreur, et ordonne à ses cuirassés de revenir cap au sud-ouest, les Allemands lui ont repris plus de 4 000 mètres. Scheer peut respirer : encore une demi-heure, et la nuit sera tombée. De toute la vitesse dont elle est capable, la flotte allemande fonce vers Horns Reef et, au delà, vers l'estuaire de la Jade et le port de Wilhemshaven.
Et bien qu'il s'efforce à présent de prendre une route convergeante à celle de son adversaire, Jellicoe sait que sa volonté de ne prendre aucun risque vient tout bonnement de lui coûter une victoire décisive. Le combat reprend néanmoins à 20H00. Et cette fois, ce sont les vieux pre-dreadnought de Mauve qui tentent de se porter au secours des croiseurs de bataille allemands, de plus en plus éclopés et qui se traînent lamentablement en arrière-garde.
Mal leur en prend du reste : bien que fort récents, les Schleswig-Holstein, Pommern et autres Schlesien sont en effet à ce point obsolètes qu'ils se voient bientôt contraints de battre à leur tour en retraite, non sans avoir subi de lourds dommages...
Aucun commentaire:
Publier un commentaire