... l'apparition du Dreadnought, en 1906, sonna véritablement le départ d'une nouvelle course aux armements navals. Bon gré mal gré, toutes les marines soucieuses de tenir leur rang durent revoir entièrement leurs programmes de construction de nouveaux cuirassés.Pour l'Allemagne, cela se traduisit également par la nécessité d'élargir le canal de Kiel pour qu'il puisse accueillir ces nouveaux bâtiments deux fois plus gros que leurs prédécesseurs, et dont tout laissait à penser qu'ils n'en avaient pas fini avec leur crise de croissance.
Même s'ils étaient désormais irrémédiablement démodés, les cuirassés antérieurs, dont certains - comme le Pommern - étaient par ailleurs fort récents, ne furent pas immédiatement envoyés à la ferraille. Généralement qualifiés de "pre-dreadnought", ils continuèrent de figurer dans la nomenclature des flottes de combat tout au long de la Première Guerre mondiale.
Pour des raisons le plus souvent financières, plusieurs d'entre eux - comme les Schleswig-Holstein et Schliessen allemands - déjà considérés comme obsolètes en 1914, étaient encore en service en 1939, encore que depuis longtemps réduits au rôle de simples batteries flottantes, pour la défense côtière.
Grâce aux efforts démesurés de son industrie, et à la volonté du Kaiser, la marine de guerre allemande était devenue, en 1907, la deuxième au Monde, et inquiétait tant l'amiral Fisher, Premier Lord de la Mer, que celui-ci s'en alla réclamer de son souverain - le Roi d'Angleterre Edward VII - l'autorisation de déclencher une "guerre préventive" contre l'Allemagne, en "copenhaguant" la flotte allemande dans ses ports, comme Nelson l'avait si bien fait de la flotte danoise devant Copenhague un siècle auparavant.
Edward VII refusa, ce qui, sept ans plus tard, permit à cette même marine allemande, désormais adulte, de couler davantage de bâtiments britanniques , et de tuer davantage de marins anglais, qu'elle ne connut elle-même de pertes...
Au début de 1914, et sans même parler des bâtiments plus anciens ou plus petits (comme les croiseurs, destroyers ou torpilleurs), la Hochseeflotte disposait donc d'une douzaine de "dreadnought" ainsi que de cinq grands croiseurs de bataille. C'était bien plus que la France, l'Italie ou les États-Unis, mais c'était encore insuffisant pour prétendre affronter la Royal Navy à parité.
A moins d'imaginer une autre stratégie...
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