... le 14 mai 1905, après avoir encore passé une semaine à tenter de se remettre en état, la deuxième escadre du Pacifique appareille pour son dernier voyage. Mais aux Russes aussi épuisés que leurs bâtiments, les Japonais, qui opèrent à quelques centaines de kilomètres de leurs arsenaux, opposent des marins et des navires frais, dispos, et avides d'en découdre.Le 27 mai, jour anniversaire du couronnement du Tsar, un patrouilleur nippon aperçoit l'escadre russe par le travers du détroit de Corée, et en signale immédiatement la présence à l'amiral Togo Heihachiro, sur le cuirassé Mikasa.
Sur la passerelle du Souvaroff, Rojesvensky - soldat consciencieux mais hélas sans le moindre génie - donne son dernier ordre "Cap au Nord 23 degrés Est". Manque d'imagination, épuisement ou simple fatalisme slave, il n'en changera plus, même au plus fort de la bataille, alors que, d'évidence, la route de Vladivostock est totalement barrée. On le lui reprochera, mais n'est pas Nelson qui veut...
Le combat s'engage vers 14H00 et, très vite, les Japonais concentrent leur tir sur les cuirassés Souvaroff (navire amiral) et Osslyablia, qui sombre à 15H10. Brûlant d'un bord à l'autre, le malheureux Souvaroff lutte jusque 19H00, puis sombre à son tour. Blessé à plusieurs reprises, Rojesvensky a été évacué, et transporté inanimé sur un torpilleur russe. Le cuirassé Alexandre III n'est pas plus heureux, qui s'est englouti peu de temps avant le navire amiral, ne laissant que quatre survivants sur un équipage de plus de huit cents hommes. A 19H20, c'est au tour du Borodino de disparaître dans une gigantesque explosion, qui ne laisse qu'un seul survivant, après qu'un obus de 305mm japonais ait éclaté dans une soute à munitions.
La nuit commence à tomber lorsque Togo décide de se retirer vers le Nord, laissant ses torpilleurs massacrer ce qui reste de la flotte russe. Ainsi périssent les cuirassés Navarin et Sissio Veliki, et les croiseurs cuirassés Nakhimoff et Monomakh.
A l'aube du 28 mai, alors que les navires de Togo barrent toujours le chemin de Vladivostock, les deux derniers cuirassés russes - l'Orel et le Nicolas Ier - émergent de la brume. "Je suis un vieil homme", déclare l'amiral Nebogatoff en hissant le drapeau blanc. "Je serai fusillé pour ce geste, mais qu'importe (...) les vies des 2 400 hommes qui se trouvent sur ces navires sont plus importantes que la mienne".
Au bilan, la bataille de Tsu-chi-ma se solde par un véritable désastre pour la marine russe, qui ne s'en relèvera jamais. Sur 8 cuirassés, 6 ont été coulés et 2 capturés. Sur 37 navires à s'être présentés devant Tsu-chi-ma, seuls 3 sont finalement parvenus à rallier Vladivostock. Côté pertes humaines, le bilan est tout aussi lourd : plus de 6 000 morts côté russe, moins de 600 côté japonais.
Au terme d'une longue captivité au Japon, Sinovie Petrovitch Rojesvensky fut traduit en cour martiale dès son retour en Russie. Son vainqueur, l'amiral Togo Heihachiro eut droit à tous les honneurs... et à une statue qui orne aujourd'hui un parc, où son cuirassé, devenu monument historique, est pieusement conservé.
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