... Arrivée à Tanger le 6 novembre 1904, l'escadre russe envoyée à la rescousse de Port Arthur, se scinde en deux. Les plus petits navires, croiseurs et torpilleurs, empruntent le Canal de Suez. Mais celui-ci étant jugé trop étroit pour les cuirassés, ces derniers n'ont d'autre choix que de contourner toute l'Afrique avant de gagner Madagascar, où l'escadre doit se regrouper.Jour après jour, semaine après semaine, les cuirassés russes descendent donc vers le Sud, avec une lenteur désespérante, et toujours cette crainte de rater le rendez-vous prévu avec les charbonniers allemands, et de tomber à court de combustible. Contraints d'enfourner des heures durant des pelletées de charbon dans les chaudières, sous une chaleur infernale, les soutiers, à demi-morts d'épuisement, se traînent ensuite jusqu'aux ponts supérieurs pour tenter d'aspirer quelques goulées d'air pur sur des navires qui, conçus pour les combats en Baltique, n'ont jamais été prévus pour les longues croisières sous des climats tropicaux...
Rendue à Dakar (Sénégal) le 16 novembre 1904, la flotte poursuit néanmoins son périple, atteignant Libreville (Gabon) le 1er décembre, et l'Afrique du Sud quinze jours plus tard. Reste à franchir le Cap de Bonne Espérance, à affronter les fameux "40ème rugissants" pour gagner Madagascar, la plus longue escale du voyage. Bourrés à ras-bord de charbon, les bâtiments essuient tempête sur tempête pendant plusieurs jours. Les ponts sont balayés par les lames, les chaudières noyées. Partout l'odeur d'humidité, de transpiration, de moisissure et de vomi qui prend à la gorge.
Épuisés, les marins russes arrivent enfin à Sainte Marie (Madagascar) le 6 janvier 1905,... pour repartir aussitôt pour Nossi-Bé, mille kilomètres plus loin sur la côte occidentale de l'île, tant les autorités françaises de Sainte Marie, aiguillonnées par les Britanniques, sont pressées de les voir décamper.
Les règlements internationaux en vigueur interdisent en effet aux navires des nations belligérantes de séjourner plus de 24 heures dans des ports neutres. Mais à Nossi-Bé, le télégraphe n'a pas encore été installé par l'administration française, ce qui permet donc de sauver les apparences...
Il y a trois mois que l'escadre russe a quitté Kronstadt. Il y a quatre jours que Port Arthur, but du voyage et raison d'être de toute cette aventure, est tombé aux mains des Japonais....
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